Sougya : L'amoud achève la liste du crépuscule par le vêtement d'Adam le premier. Les Sages enseignent ensuite sept choses cachées aux fils de l'homme, puis trois choses montées dans la pensée : le mort se putréfie, il s'oublie du cœur, la récolte pourrit.
La michna règle le travail le 9 Av selon la coutume, et le chômage des disciples des Sages. La Guemara compare le 9 Av au jeûne public et à Yom Kippour : crépuscule, doute du mois, prière de Neila, vingt-quatre bénédictions, et la mesure de l'interdit de se laver.
le vêtement d'Adam le premier.
La phrase achève la baraitha de l'amoud précédent : certains ajoutent, au crépuscule, le vêtement d'Adam.
Rachi donne deux identifications. L'une : un vêtement gravé de toutes les espèces, passé à Nimrod, puis pris par Essav qui l'a tué. Ce sont les habits précieux de Bereshit 27, et de là Essav est un homme de la chasse. L'autre, qu'il a entendue : les tuniques de peau de Bereshit 3, 21.
Les Sages ont enseigné : sept choses sont cachées aux fils de l'homme. Les voici : le jour de la mort, le jour de la consolation, la profondeur du jugement, et nul homme ne sait ce qu'il y a dans le cœur de son prochain, et nul homme ne sait par quoi il gagne, et la royauté de la maison de David, quand elle reviendra, et la royauté coupable, quand elle prendra fin.
Sept choses restent hors de portée. Rachi. La nehama est le jour où chacun est consolé de son souci. La profondeur du din : la plupart s'y trompent, ou bien il s'agit du jugement à venir. La royauté coupable est Rome, appelée frontière de la méchanceté : la méchanceté, c'est être coupable.
Ben Yehoyada tient le jour de la nehama pour le jour du salut. Le connaître d'avance allégerait la peine mesurée pour la kapara, ou l'alourdirait si le terme est loin. Il lit ensuite nehama comme le joint nah (58, gloire de ה', lettres de hen) et mah (45, Nom en remplissage d'alef, compte de geula), face à gola (44) dans l'exil. Le cœur du prochain vise ici un marché : ni l'acheteur ni le vendeur ne doit lire la gêne de l'autre.
Les Sages ont enseigné : trois choses sont montées dans la pensée pour être créées. Et si elles n'étaient pas montées, il est juste qu'elles montent : pour le mort, qu'il se putréfie ; pour le mort, qu'il soit oublié du cœur ; et pour la récolte, qu'elle pourrisse.
Et certains disent : pour la monnaie, qu'elle sorte.
Trois dispositions sont montées dans la mahashava pour être créées, et la justice voulait qu'elles y montent : sans elles, l'homme ne tiendrait pas. Le mort se putréfie, sinon les proches le garderaient sous les yeux. Le mort s'oublie du cœur. La récolte pourrit, sinon on l'entasse et la famine vient. Certains ajoutent la monnaie qui sort, qui circule.
La glose du Ben Yehoyada s'ancre ici par la phrase du mort oublié du cœur. Son lemme est ailleurs : ne cuis pas dans la marmite de ton prochain, c'est-à-dire n'épouse pas une divorcée. La marmite nomme le keli. L'alliance vraie se conclut avec le premier mari. Une divorcée des eroussin sort de ce cas. Si le premier mari est mort, le décret de notre daf fait oublier les regrets de l'union.
Michna. Un endroit où l'on a coutume de faire un travail le 9 Av, on en fait.
Un endroit où l'on a coutume de ne pas faire de travail, on n'en fait pas. Et en tout endroit, les disciples des Sages chôment.
Rabban Chimon ben Gamliel dit : toujours, l'homme se fera lui-même disciple des Sages.
Le travail le 9 Av suit la coutume du lieu. Partout, les talmidei hakhamim chôment, avec coutume ou sans elle.
Rabban Chimon ben Gamliel : chacun peut se conduire comme un disciple des Sages et chômer. Rachi : on ne parle pas de yohara, de présomption. S'il veut chômer, il le peut.
Guemara. Chmouel a dit : il n'y a pas de jeûne public à Babylone, sinon le 9 Av seulement.
Est-ce à dire que Chmouel estime : le 9 Av, son crépuscule est interdit ? Or Chmouel a dit : le 9 Av, son crépuscule est permis.
Et si tu dis que Chmouel estime : tout jeûne public, son crépuscule est permis, or nous avons appris : on mange et on boit tant qu'il fait jour. Pour exclure quoi ?
Est-ce pour exclure le crépuscule ? Non : pour exclure après la tombée de la nuit.
Chmouel : en Bavel, le seul jeûne public est le 9 Av. Rachi : faute de besoin de pluie, un autre jeûne décrété n'a pas les rigueurs, manger tant qu'il fait jour, interdit de travail, et le reste.
La Guemara serre deux paroles. Si le 9 Av est un jeûne public, son bein hashemashot serait interdit, car on est rigoureux sur le doute. Or Chmouel le dit permis. Piste : tout jeûne public aurait le crépuscule permis. La michna dit qu'on mange tant qu'il fait jour. Ce membre exclut la nuit certaine, après la tombée. Le crépuscule, qui est un safek, reste en dehors de la rigueur.
Tossefot. Si les rigueurs incluent le travail, le 9 Av suivrait-il un jeûne public sur ce point ? La michna le laisse à la coutume. Tossefot relit Chmouel : il n'y a pas de jeûne public en Bavel, même là où la coutume est de ne pas travailler. Ce cadre ne vise que le 9 Av.
Disons que ceci l'appuie : il n'y a de différence entre le 9 Av et Yom Kippour que celle-ci : celui-ci, son doute est interdit, et celui-là, son doute est permis.
Une baraitha semble appuyer Chmouel. Entre le 9 Av et Yom Kippour, un seul écart : le doute de l'un est interdit, le doute de l'autre est permis. Le premier vise Yom Kippour, le second le 9 Av.
Rachi limite la phrase à la conduite de lekhathila. Si l'acte est déjà fait, l'écart est autre : Yom Kippour emporte le karet, le 9 Av une simple interdiction.
Tossefot, Ri. Le travail permis le 9 Av selon la coutume est réservé à la baraitha de la fin, celle qui compare le 9 Av au jeûne public. La Neila manque aussi au 9 Av, et la baraitha ne parle que d'interdit et de permis.
Que signifie : son doute est permis ? Est-ce le crépuscule ?
Non. Comme l'a dit Rav Chicha, fils de Rav Idi : pour la fixation du mois.
Ici aussi : pour la fixation du mois.
Le safek permis du 9 Av pourrait être le bein hashemashot. La Guemara le reporte sur la kviuta de-yarha, la fixation du mois : faut-il deux jours quand on ignore si le tribunal a intercalé ? Rav Chicha le dira plus bas. Rachi : deux jours, si le mois précédent a été plein ou non.
Tossefot. Sur Yom Kippour, même un temps certain d'avant le jour est interdit : la tosefet est de la Torah. Le mot doute sert à apprendre que, le 9 Av, le doute lui-même est permis. Les gens de Bavel ne doublent pas Yom Kippour (Roch Hachana 21a). Le cas est l'homme du désert, même en terre d'Israël : doute de Torah, deux jours. Le Rachba : s'ils sont égaux hors le calendrier, pourquoi la tosefet de Yom Kippour est-elle interdite et celle du 9 Av permise ? Le Ri : la baraitha ne parle que de ce qui tient au jeûne lui-même.
Rava a exposé : les femmes enceintes et les nourrices jeûnent et mènent le jeûne à son terme en ce jour, de la manière dont elles jeûnent et le mènent à son terme le jour de Kippour. Et son crépuscule est interdit.
Et ainsi a-t-on dit au nom de Rabbi Yo'hanan. Et Rabbi Yo'hanan a-t-il dit cela ?
Or Rabbi Yo'hanan a dit : le 9 Av n'est pas comme un jeûne public. Quoi, est-ce au sujet du crépuscule ?
Non : au sujet du travail.
Rava : les femmes enceintes et les nourrices achèvent le 9 Av comme Yom Kippour, et le bein hashemashot est interdit. On le dit aussi au nom de Rabbi Yo'hanan.
Or Rabbi Yo'hanan a dit que le 9 Av n'est pas comme un jeûne public. La Guemara propose : cela viserait le crépuscule, et le manger y serait permis, contre Rava. Réponse tentée : cela vise le travail. Rachi : une fois la nuit tombée, le travail du jour est interdit dans un jeûne public, et permis le 9 Av. Le segment suivant écarte cette lecture.
Tossefot anticipe la Neila. Dans Berakhot 21a, Rabbi Yo'hanan dit : si seulement l'on priait toute la journée, et cela sur un doute, alors qu'une prière certaine déjà dite ne se répète pas, sauf nouveauté devant la communauté. Dès lors le 9 Av, proche du jeûne public, appellerait la Neila. Réponse : là-bas hova, ici rechout. Tossefot : la rechout laisse une mitsva, sans le rang d'obligation.
Le travail ? Nous l'avons déjà enseigné : un endroit où l'on a coutume de faire un travail le 9 Av, on en fait, et un endroit où l'on a coutume de ne pas en faire, on n'en fait pas.
Et même Rabban Chimon ben Gamliel n'a dit que ceci : quand il est assis et qu'il ne fait pas, cela n'a pas l'air d'une yohara. Mais interdire, il n'a pas interdit.
La réponse par le travail ne tient pas. La michna a déjà tout dit : le travail suit la coutume. Rabban Chimon ben Gamliel permet de s'asseoir sans travailler, parce que cela n'a pas l'air d'une yohara. Il n'a pas posé d'interdit.
Rachi : même un homme qui n'est pas talmid 'hakham peut se conduire comme tel et chômer là où l'on travaille. On ne craint pas la présomption. La parole de Rabbi Yo'hanan, le 9 Av n'est pas comme un jeûne public, cherche donc un autre point.
Plutôt : que signifie, il n'est pas comme un jeûne public ? Pour la prière de Neila.
Or Rabbi Yo'hanan a dit : si seulement l'homme priait, et qu'il continuât, toute la journée !
Nouvelle lecture. Le 9 Av n'est pas comme un jeûne public pour la Neila. Rachi : au jeûne public on dit Neila. En trois temps de l'année, les kohanim lèvent les mains quatre fois : chaharit, moussaf, minha, neïla. Ces temps sont le jeûne, les maamadot, et Yom Kippour (Taanit 26a).
Difficulté, depuis Berakhot : une prière en plus serait une berakha levatala. Or Rabbi Yo'hanan souhaite que l'on prie toute la journée. La réponse est au segment suivant.
Là-bas, obligation. Ici, permission.
Et si tu veux, dis : que signifie, il n'est pas comme un jeûne public ? Pour les vingt-quatre.
Là-bas, au jeûne public, la Neila est une hova rabbinique. Ici, au 9 Av, elle est rechout. Rachi : prier en plus, tous les jours de l'année, reste permis, et l'on dit : si seulement.
Autre lecture. L'écart porte sur les vingt-quatre bénédictions : au jeûne public on ajoute six berakhot aux dix-huit (Taanit 15a). Le 9 Av garde les dix-huit.
Rav Papa a dit : que signifie, il n'est pas comme un jeûne public ? Il n'est pas comme les premières, mais comme les dernières, et c'est interdit.
Rav Papa revient au crépuscule, et il lit la parole de Rabbi Yo'hanan comme une rigueur. Le 9 Av n'est pas comme les trois premières jeûnes pour la pluie, où l'on mange après la tombée de la nuit : le bein hashemashot est permis. Il est comme les dernières, où l'on mange tant qu'il fait jour : le crépuscule est interdit.
Ainsi la parole rapportée par Rava au nom de Rabbi Yo'hanan, crépuscule interdit, et la parole le 9 Av n'est pas comme un jeûne public, tiennent ensemble.
On objecte : il n'y a de différence entre le 9 Av et Yom Kippour que celle-ci : celui-ci, son doute est interdit, et celui-là, son doute est permis. Que signifie : son doute est permis ?
Est-ce son crépuscule ? Rav Chicha, fils de Rav Idi, a dit : non, pour la fixation du mois.
Donc, pour toutes choses, celui-ci et celui-là sont égaux.
La même baraitha revient comme objection. Si le doute permis du 9 Av était le crépuscule, Rava et Rabbi Yo'hanan, qui l'interdisent, seraient en difficulté. Rachi le marque ainsi.
Rav Chicha maintient la kviuta de-yarha. Dès lors, hors ce doute du mois, le 9 Av et Yom Kippour sont égaux. C'est cette égalité qui appuie Rabbi Elazar au segment suivant.
Cela appuie Rabbi Elazar. Car Rabbi Elazar a dit : il est interdit à l'homme d'étendre son doigt dans l'eau le 9 Av, de la manière dont il est interdit d'étendre son doigt dans l'eau le jour de Kippour.
Puisque le 9 Av égale Yom Kippour hors le doute du mois, Rabbi Elazar interdit le 9 Av jusqu'au geste d'étendre un doigt dans l'eau, comme à Yom Kippour.
On objecte : il n'y a de différence entre le 9 Av et le jeûne public que celle-ci : celui-ci est interdit de faire un travail, et celui-là est permis de faire un travail là où l'on a la coutume. Donc, en toutes leurs paroles, celui-ci et celui-là sont égaux.
Or, à propos du jeûne public, on a enseigné : quand ils ont dit interdit de se laver, ils n'ont dit que tout son corps, mais son visage, ses mains et ses pieds, non.
Autre baraitha. Entre le 9 Av et le jeûne public, le seul écart est le travail : interdit au jeûne public, permis le 9 Av là où la coutume est d'en faire. Pour le reste, ils seraient égaux.
Or, au jeûne public, l'interdit de la rehitsa ne vise que le corps entier. Le visage, les mains et les pieds restent permis. Le doigt interdit par Rabbi Elazar irait donc plus loin que le jeûne public.
Rachi. L'égalité générale est une déduction à part, tirée de la baraitha du 9 Av et de Yom Kippour : hors le doute, on ne rend pas permis à l'origine dans l'un ce qui est interdit dans l'autre. Sur la présente objection, on lisait la baraitha dans les deux sens, alléger et alourdir : le 9 Av n'aurait pas plus de rigueur que le jeûne public.
Rav Papa a dit :
La réponse de Rav Papa s'ouvre ici et continue sur l'amoud suivant. L'objection sur le lavage reste en suspens.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).