Pesachim 54b — Choses cachées et jeûne du 9 Av

Pesachim 54b

Sougya : L'amoud achève la liste du crépuscule par le vêtement d'Adam le premier. Les Sages enseignent ensuite sept choses cachées aux fils de l'homme, puis trois choses montées dans la pensée : le mort se putréfie, il s'oublie du cœur, la récolte pourrit.

La michna règle le travail le 9 Av selon la coutume, et le chômage des disciples des Sages. La Guemara compare le 9 Av au jeûne public et à Yom Kippour : crépuscule, doute du mois, prière de Neila, vingt-quatre bénédictions, et la mesure de l'interdit de se laver.

Sept choses cachées aux fils de l'homme 1. Jour de la mort Il concerne chacun Ben Yehoyada : en tête parce qu'il est pour tous 2. Jour de la nehama Rachi : fin du souci Maharsha : jour de la délivrance 3. Profondeur du din La plupart s'y trompent Ou le jugement à venir 4. Cœur du prochain Ce qu'il cache Ben Yehoyada : la gêne d'un marché 5. Par quoi l'on gagne Nul ne sait d'où viendra son gain 6. Maison de David Quand la royauté reviendra 7. Royauté coupable Rachi : Rome Quand elle prendra fin
Sept choses cachées : mort, consolation, jugement, cœur, gain, maison de David, royauté coupable.
Trois choses montées dans la pensée Si elles n'étaient pas montées, il est juste qu'elles montent. Sinon l'homme ne tiendrait pas. Le mort se putréfie Sinon les proches le conserveraient et verraient leur peine Rachi Le mort s'oublie du cœur Décret du Ciel cité par Ben Yehoyada pour le conjoint mort Pesachim 54b La récolte pourrit Sinon les maîtres de maison l'entassent et la famine vient Rachi Certains disent : la monnaie sort, elle circule.
Putréfaction, oubli du mort, pourriture de la récolte. Certains ajoutent la monnaie qui circule.
9 Av, Yom Kippour, jeûne public Point 9 Av Yom Kippour Jeûne public Crépuscule Chmouel : permis Rava, R. Yo'hanan : interdit Rav Papa : derniers jeûnes Interdit L'ajout du jour est de la Torah (Tossefot) 3 premiers : permis après la tombée de la nuit 7 derniers : on cesse tant qu'il fait jour Doute du mois Un seul jour Le 9 Av ne se double pas kviuta de-yarha Doute, même en Israël L'homme du désert fait deux jours Tossefot, Roch Hachana 21a La baraitha du doute vise le calendrier Travail Selon la coutume Disciples : chôment partout R. Chimon n'interdit pas Hors du partage de cette michna Travail interdit Seul écart retenu avec le 9 Av Neila Pas au rang d'obligation Tossefot : une mitsva demeure Neila, avec le jeûne et les maamadot Rachi, Taanit 26a Obligation rabbinique Quatrième amida Là-bas hova, ici rechout 24 berakhot Les dix-huit L'alternative des 24 vise le jeûne public Dix-huit plus six Taanit 15a Lavage R. Elazar : un doigt comme Yom Kippour L'objection reste ouverte Rav Papa : amoud suivant Même un doigt dans l'eau Tout le corps : interdit Visage, mains, pieds : permis
Crépuscule, calendrier, travail, Neila, vingt-quatre bénédictions, lavage : 9 Av, Yom Kippour, jeûne public.
1
בִּגְדּוֹ שֶׁל אָדָם הָרִאשׁוֹן.

le vêtement d'Adam le premier.

📜 Rachi (1)
בִּגְדּוֹ שֶׁל אָדָם הָרִאשׁוֹן שֶׁהָיוּ חֲקוּקוֹת בּוֹ כָּל מִין חַיָּה וּבְהֵמָה וְהוּא נִמְסַר לְנִמְרוֹד עַל כֵּן יֵאָמַר כְּנִמְרֹוד גִּבּוֹר צַיִד (בְּרֵאשִׁית י׳:ט׳) וְעֵשָׂו הֲרָגוֹ וּנְטָלוֹ לְפִיכָךְ הָיָה אִישׁ צַיִד וְהֵן שֶׁכָּתוּב בָּהֶן הַחֲמֻודֹות אֲשֶׁר אִתָּהּ בַּבָּיִת (שָׁם כז) וַאֲנִי שָׁמַעְתִּי בְּגָדָיו שֶׁל אָדָם הָרִאשׁוֹן הַיְינוּ כָּתְנוֹת עוֹר שֶׁהָיוּ לוֹ:
Toutes les espèces de bête sauvage et de bétail y étaient gravées. Il fut remis à Nimrod. C'est pourquoi l'on dira : comme Nimrod, héros de la chasse (Bereshit 10, 9). Essav l'a tué et le lui a pris. C'est pourquoi il était un homme de la chasse. Ce sont eux dont il est écrit : les précieux qui sont dans la maison (ibid. 27). Et moi, j'ai entendu : les vêtements d'Adam le premier, ce sont les tuniques de peau qu'il avait.
💡 Explication

La phrase achève la baraitha de l'amoud précédent : certains ajoutent, au crépuscule, le vêtement d'Adam.

Rachi donne deux identifications. L'une : un vêtement gravé de toutes les espèces, passé à Nimrod, puis pris par Essav qui l'a tué. Ce sont les habits précieux de Bereshit 27, et de là Essav est un homme de la chasse. L'autre, qu'il a entendue : les tuniques de peau de Bereshit 3, 21.

🖼️ Schéma
Le vêtement d'Adam, selon Rachi Adam espèces gravées Nimrod héros de la chasse Essav il tue Nimrod et prend le vêtement Maison d'Its'hak habits précieux Bereshit 27 Autre écoute de Rachi : les tuniques de peau d'Adam (Bereshit 3, 21).
D'Adam à Nimrod, puis à Essav. Rachi a aussi entendu : les tuniques de peau.
2
תָּנוּ רַבָּנַן: שִׁבְעָה דְּבָרִים מְכֻוסִּים מִבְּנֵי אָדָם, אֵלּוּ הֵן: יוֹם הַמִּיתָה, וְיוֹם הַנֶּחָמָה, וְעֹומֶק הַדִּין, וְאֵין אָדָם יוֹדֵעַ מַה בְּלִבּוֹ שֶׁל חֲבֵירוֹ, וְאֵין אָדָם יוֹדֵעַ בַּמֶּה מִשְׂתַּכֵּר, וּמַלְכוּת בֵּית דָּוִד מָתַי תַּחְזֹור, וּמַלְכוּת חַייֶּבֶת מָתַי תִּכְלֶה.

Les Sages ont enseigné : sept choses sont cachées aux fils de l'homme. Les voici : le jour de la mort, le jour de la consolation, la profondeur du jugement, et nul homme ne sait ce qu'il y a dans le cœur de son prochain, et nul homme ne sait par quoi il gagne, et la royauté de la maison de David, quand elle reviendra, et la royauté coupable, quand elle prendra fin.

📜 Rachi (3)
וְיוֹם הַנֶּחָמָה שֶׁל כָּל אָדָם מָתַי יִתְנַחֵם מִדַּאֲגָתוֹ:
De chaque homme : quand il sera consolé de son souci.
וְעֹומֶק הַדִּין הָרֹוב טוֹעִים בּוֹ אִי נָמֵי עֹומֶק הַדִּין הֶעָתִיד:
La plupart s'y trompent. Ou bien : la profondeur du jugement à venir.
מַלְכוּת חַיֶּיבֶת רוֹמִי שֶׁכָּתוּב בָּהּ גְּבוּל רִשְׁעָה וְרִשְׁעָה הַיְינוּ חַיֶּיבֶת:
Rome, dont il est écrit : frontière de la méchanceté. Et la méchanceté, c'est être coupable.
🪔 Ben Yehoyada (2)
שִׁבְעָה דְּבָרִים מְכַסִּין מִבְּנֵי אָדָם: יוֹם הַמִּיתָה, וְיוֹם הַנֶּחָמָה. פֵּירֵשׁ רַשִׁ"י זַ"ל 'הוּא יוֹם הַיְּשׁוּעָה שֶׁל הָאָדָם הָעוֹמֵד בְּצָרָה' יע"ש. וְנִרְאֶה לִי בס"ד הַטַּעַם שֶׁאִם יוּכַל לְהַשְׂכִּיל וּלְהָבִין לֵידַע יוֹם יְשׁוּעָתוֹ, הֵן הַיָּחִיד הֵן הַצִּיבּוּר אָז יִהְיֶה לִבּוֹ שָׂמֵחַ בִּישׁוּעָתוֹ קֹודֶם שֶׁיַּגִּיעַ זְמַנָּהּ וּמִמֵּילָא יָקֵל כֹּובֶד הַצַּעַר שֶׁיֵּשׁ לוֹ מִן הַצָּרָה שֶׁגָּזַר עָלָיו הקב"ה בִּשְׁבִיל כַּפָּרָה, וּבֶאֱמֶת הקב"ה קָצַב לוֹ שִׁיעוּר צַעַר שֶׁיַּסְפִּיק לוֹ לְכַפָּרָה וְאִם יָקֵל מֵעָלָיו הַצַּעַר מֵחֲמַת הַיְּדִיעָה שֶׁלּוֹ נִמְצָא נֶחְסַר שִׁיעוּר הַמֻּוגְבָּל וּמָדוּד מֵאֵת הַשֵּׁם יִתְבָּרַךְ בַּעֲבוּר כַּפָּרָתוֹ. וְעוֹד נָמֵי נָפְקָא מִינַּהּ לְאִידָךְ גִּיסָא כִּי שֶׁמָּא יוֹם יְשׁוּעָתוֹ רָחוֹק וְאָז בִּרְאוֹתוֹ רָחוֹק יִכְבַּד עָלָיו הַצַּעַר עֶשֶׂר יָדוֹת מַה שֶׁאֵין כֵּן עַתָּה שֶׁאֵינוֹ יוֹדֵעַ מָתַי יִהְיֶה הִנֵּה הוּא מְצַפֶּה בְּכָל יוֹם וְעַל יְדֵי זֶה יִתְקַיֵּים בָּעוֹלָם. וּמַה שֶׁהִקְדִּים ' יוֹם הַמִּיתָה ' מִפְּנֵי דְּהוּא שַׁייָּךְ בַּכֹּל, אֲבָל ' יוֹם הַנֶּחָמָה ' יֵשׁ אָדָם שֶׁלֹּא רָאָה צָרָה בָּעוֹלָם כְּדֵי שֶׁיִּהְיֶה לוֹ יוֹם הַנֶּחָמָה. אָמְנָם מָהַרְשָׁ"א זַ"ל פֵּירֵשׁ 'יוֹם הַנֶּחָמָה הוּא יוֹם הַגְּאֻולָּה' וּלְפִי פֵּירוּשׁוֹ מוּבָן הַטַּעַם מַה שֶׁהִקְדִּים 'יוֹם הַמִּיתָה'. אַךְ צָרִיךְ לְהָבִין לָמָּה קָרְאוּ 'יוֹם הַנֶּחָמָה' וְלֹא קָרְאוּ 'יוֹם הַגְּאֻלָּה'? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דִּבְגָלוּת אֵין כְּבוֹד ה' נִגְלֶה לְעֵינֵי הַכֹּל אֲבָל בִּזְמַן הַגְּאֻולָּה כְּתִיב 'וְנִגְלָה כְּבוֹד ה' וְרָאוּ כָל בָּשָׂר יַחְדָּו כִּי פִּי ה' דָּבָר' כַּנִּזְכָּר בִּישַׁעְיָה (יְשַׁעְיָה מ, ה) וְכֵן הוּא אוֹמֵר (יְשַׁעְיָהוּ ס, א) 'קוּמִי אוֹרִי כִּי בָא אוֹרֵךְ וּכְבוֹד ה' עָלַיִךְ זָרָח'. וְהִנֵּה 'כְּבוֹד ה'' [58] הוּא מִסְפַּר נ"ח שֶׁהוּא אוֹתִיּוֹת 'חֵן' וּלְכָךְ כְּתִיב עַל הַתּוֹרָה (מִשְׁלֵי ה, יט) 'אַיֶּלֶת אֲהָבִים וְיַעֲלַת חֵן' כִּי בָּהּ נִגְלֶה כְּבוֹד ה' שֶׁהוּא מִסְפַּר חֵן וְלָזֶה אָמַר (זְכַרְיָה ד, ז) 'וְהוֹצִיא אֶת הָאֶבֶן הָרֹאשָׁה תְּשֻׁאוֹת חֵן חֵן לָה'. גַּם יָדוּעַ דְּשֵׁם הוי"ה בְּמִלּוּי אַלְפִין עוֹלֶה מִסְפַּר מ"ה [יוֹ"ד הֵ"א וָא"ו הֵ"א=45] וְהוּא מִסְפַּר גְּאֻולָּה [45] וּבְגָלוּת אוֹת א' דְּמִלּוּי ו א "ו אֵינוֹ מִתְגַּלֶּה בִּשְׁלֵימוּת וְיִשָּׁאֵר הַשֵּׁם מִסְפַּר מ"ד שֶׁהוּא מִסְפַּר גּוֹלָה [44] וְכַאֲשֶׁר כָּתַבְתִּי הַקְדָּמָה זוֹ בְּמָקוֹם אַחֵר בְּשֵׁם רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל. נִמְצָא בַּגְּאֻולָּה נִזְכֶּה לִשְׁתַּיִם הָא' גִּילּוּי 'כְּבוֹד ה'' שֶׁהוּא מִסְפַּר 'נֹחַ' וְעוֹד שְׁלֵימוֹת שֵׁם הֲוָיָ"ה דְּאַלְפִין שֶׁהוּא מִסְפַּר 'מַה' וְזֶהוּ צֵירוּף 'נֶחָמָה' שֶׁהוּא 'נֹחַ מַה' וְלָכֵן קָרֵי לְיוֹם הַגְּאֻולָּה בְּשֵׁם ' יוֹם הַנֶּחָמָה '.
Sept choses sont cachées aux fils de l'homme : le jour de la mort, et le jour de la consolation. Rachi, de mémoire bénie, explique : c'est le jour du salut de l'homme qui se tient dans la détresse. Voir là-bas. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que la raison est la suivante. S'il pouvait comprendre et connaître le jour de son salut, l'individu comme la communauté, son cœur se réjouirait du salut avant que son temps arrive. Le poids de la peine que le Saint, béni soit-Il, lui a décrétée pour l'expiation s'en trouverait allégé. Or le Saint, béni soit-Il, lui a mesuré une quantité de peine qui suffise à l'expiation. Si la peine s'allège à cause de ce qu'il sait, la mesure limitée et comptée par le Nom, béni soit-Il, pour son expiation, manque. Il y a aussi une conséquence de l'autre côté. Le jour de son salut est peut-être lointain. En le voyant lointain, la peine pèserait sur lui dix fois plus. Maintenant, il ignore quand il viendra : il espère chaque jour, et par là le monde tient. Il a placé le jour de la mort en tête parce qu'il concerne chacun. Pour le jour de la consolation, il existe un homme qui n'a pas vu de détresse dans le monde, et qui n'a donc pas de jour de consolation. Toutefois le Maharsha, de mémoire bénie, explique : le jour de la consolation est le jour de la délivrance. Selon lui, on comprend pourquoi le jour de la mort vient en tête. Il reste à comprendre le nom choisi, jour de la nehama, pour ce que le Maharsha lit comme le jour de la geula. Il me semble, avec l'aide du Ciel : dans l'exil, la gloire de ה' n'est pas révélée aux yeux de tous. Au temps de la délivrance, il est écrit : la gloire de ה' se révélera, et toute chair verra ensemble que la bouche de ה' a parlé, comme rappelé en Isaïe (40, 5). Il dit de même (Isaïe 60, 1) : lève-toi, brille, car ta lumière est venue, et la gloire de ה' a resplendi sur toi. Or la gloire de ה' a pour compte 58, qui est les lettres de hen. C'est pourquoi il est écrit de la Torah (Michlei 5, 19) : biche des amours et chèvre de hen, car en elle se révèle la gloire de ה', dont le compte est hen. C'est dans ce sens qu'il a dit (Zacharie 4, 7) : il fera sortir la pierre de faîte, acclamations de hen, hen pour elle. On sait aussi que le Nom, en remplissage par des alef, monte au compte de 45 : youd (10+6+4), hé-alef (5+1), vav-alef-vav (6+1+6), hé-alef (5+1). C'est le compte de geula, 45. Dans l'exil, l'alef du remplissage du vav n'est pas révélée en plénitude, et le Nom reste au compte de 44, qui est le compte de gola, 44, comme je l'ai écrit en introduction ailleurs au nom de notre maître l'Ari, de mémoire bénie. Il en résulte qu'à la délivrance nous aurons deux parts. L'une : la révélation de la gloire de ה', compte de nah, 58. L'autre : la plénitude du Nom en alef, compte de mah, 45. Leur joint est nehama, soit nah et mah. C'est pourquoi il appelle le jour de la délivrance du nom de jour de la nehama.
וְאֵין אָדָם יוֹדֵעַ מַה בְּלִבּוֹ שֶׁל חֲבֵרוֹ. אֵין הַכַּווָּנָה עַל הַמַּחֲשָׁבָה כִּי זֶה גַּם הַמַּלְאָכִים אֵין יוֹדְעִין אֶלָּא דַּוְקָא הַשֵּׁם יִתְבָּרַךְ לְבַדּוֹ יוֹדֵעַ! אַךְ הַכַּווָּנָה יֵשׁ מוֹכֵר חֵפֶץ מִפְּנֵי דּוֹחֲקוֹ אוֹ מִפְּנֵי רָעָתוֹ וְאִם יוּכַל הַלּוֹקֵחַ לְהָבִין מִתְּנוּעוֹת הַמּוֹכֵר שֶׁהוּא מוֹכֵר מֵחֲמַת כֵּן אָז יַפְסִיד הַמּוֹכֵר הַרְבֵּה בָּזֶה שֶׁיִּתֵּן עֵרֶךְ לִשְׁלִישׁ וְלִרְבִיעַ, וְכֵן נָמֵי יִזְדַּמֵּן שֶׁהַלּוֹקֵחַ צָרִיךְ לוֹ אוֹתוֹ חֵפֶץ מְאֹד שֶׁאִם לֹא יִקְנֶה אוֹתוֹ יַפְסִיד הַרְבֵּה וְאִם הַמּוֹכֵר יַרְגִּישׁ מִתְּנוּעוֹת הַלּוֹקֵחַ וּדְבָרָיו שֶׁהוּא צָרִיךְ הַרְבֵּה יִהְיֶה נֶזֶק לַלּוֹקֵחַ כִּי אָז יְבַקֵּשׁ בַּעֲדוֹ מָמוֹן הַרְבֵּה וְזֶה מֻוכְרָח לִקְנוֹת. וּמַה שֶׁאָמְרוּ וּמַלְכוּת פָּרַס מָתַי תִּפּוֹל מְדַבֵּר עַל אֻומָּה אַחֶרֶת וְהַמַּדְפִּיס שִׁינָּה מֵחֲמַת הַפַּחַד. וּמָצָאתִי כָּתוּב דְּקָאֵי עַל אֻומָּה שֶׁקְּלִיפָּתָהּ חֲזִיר דִּכְתִיב בֵּיהּ (וַיִּקְרָא יא, ז) 'כִּי מַפְרִיס פַּרְסָה הוּא'.
Et nul homme ne sait ce qu'il y a dans le cœur de son prochain. L'intention laisse de côté la pensée intérieure : celle-ci, les anges non plus ne la connaissent, le Nom, béni soit-Il, seul la connaît. L'intention vise ceci. Un homme vend un objet à cause de sa gêne, ou à cause d'un défaut. Si l'acheteur lisait, dans les mouvements du vendeur, qu'il vend pour cette raison, le vendeur perdrait beaucoup : l'autre ne donnerait que le tiers ou le quart. Il arrive aussi que l'acheteur ait un grand besoin de cet objet : s'il ne l'achète pas, il perd beaucoup. Si le vendeur sent, aux mouvements de l'acheteur et à ses paroles, qu'il en a grand besoin, l'acheteur est lésé : le vendeur demandera beaucoup d'argent, et l'autre est contraint d'acheter. Ce qu'ils ont dit de la royauté de Perse, quand elle tombera : cela parle d'une autre nation, et l'imprimeur a changé le texte par crainte. J'ai trouvé écrit que cela vise une nation dont la kelipa est le porc, car il est écrit à son sujet (Vayikra 11, 7) : car il a le sabot fendu.
💡 Explication

Sept choses restent hors de portée. Rachi. La nehama est le jour où chacun est consolé de son souci. La profondeur du din : la plupart s'y trompent, ou bien il s'agit du jugement à venir. La royauté coupable est Rome, appelée frontière de la méchanceté : la méchanceté, c'est être coupable.

Ben Yehoyada tient le jour de la nehama pour le jour du salut. Le connaître d'avance allégerait la peine mesurée pour la kapara, ou l'alourdirait si le terme est loin. Il lit ensuite nehama comme le joint nah (58, gloire de ה', lettres de hen) et mah (45, Nom en remplissage d'alef, compte de geula), face à gola (44) dans l'exil. Le cœur du prochain vise ici un marché : ni l'acheteur ni le vendeur ne doit lire la gêne de l'autre.

3
תָּנוּ רַבָּנַן: שְׁלֹשָׁה דְּבָרִים עָלוּ בְּמַחְשָׁבָה לִיבָּרְאוֹת, וְאִם לֹא עָלוּ — דִּין הוּא שֶׁיַּעֲלוּ: עַל הַמֵּת שֶׁיַּסְרִיחַ. וְעַל הַמֵּת שֶׁיִּשְׁתַּכֵּחַ מִן הַלֵּב. וְעַל הַתְּבוּאָה שֶׁתֵּרָקֵב. וְיֵשׁ אוֹמְרִים: עַל הַמַּטְבֵּעַ שֶׁיָּצָא.

Les Sages ont enseigné : trois choses sont montées dans la pensée pour être créées. Et si elles n'étaient pas montées, il est juste qu'elles montent : pour le mort, qu'il se putréfie ; pour le mort, qu'il soit oublié du cœur ; et pour la récolte, qu'elle pourrisse.

Et certains disent : pour la monnaie, qu'elle sorte.

📜 Rachi (4)
עָלוּ בְּמַחֲשָׁבָה וְנִתְקַיְּימוּ:
Et elles ont été réalisées.
וְאִם לֹא עָלוּ דִּין הוּא שֶׁיַּעֲלוּ דאל"כ לֹא הָיָה אָדָם מִתְקַיֵּים:
Sinon, l'homme ne se maintiendrait pas.
שֶׁיַּסְרִיחַ שאל"כ הַקְּרוֹבִים הָיוּ מַצְנִיעִין אוֹתוֹ וְרוֹאִין אֶת צַעֲרָן תָּמִיד לִפְנֵיהֶם:
Sinon, les proches le conserveraient caché, et ils verraient leur peine toujours devant eux.
וְעַל הַתְּבוּאָה שֶׁתֵּרָקֵב שאל"כ הָיוּ בַּעֲלֵי בָּתִּים מְאַצְּרִין אוֹתָהּ וּמְבִיאִין רְעָבוֹן לְעוֹלָם:
Sinon, les maîtres de maison l'entasseraient, et ils amèneraient la famine dans le monde.
🪔 Ben Yehoyada (1)
וְאַל תְּבַשֵּׁל בִּקְדֵרָה שֶׁבִּשֵּׁל בָּהּ חֲבֵרֶךָ. קָשֶׁה לָמָּה דִּיבֵּר לוֹ בָּזֶה בְּרֶמֶז יֹאמַר לוֹ בְּפֵירוּשׁ ' לֹא תִּשָּׂא גְּרוּשָׁה '? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דִּבֵּר עִמּוֹ בְּלָשׁוֹן זֶה לְהוֹדִיעוֹ טַעְמוֹ שֶׁל דָּבָר מִשּׁוּם ד'אֵין אִשָּׁה כּוֹרֶתֶת בְּרִית אֶלָּא לְמִי שֶׁעֲשָׂאָהּ כְּלִי' (סַנְהֶדְרִין כב:) , וְלָכֵן כִּינָּה אֶת הָאִשָּׁה בְּשֵׁם 'קְדֵרָה' כִּי בַּעְלָהּ הָרִאשׁוֹן עֲשָׂאָהּ קְדֵרָה שֶׁהִיא כְּלִי וְלָכֵן אֵלָיו דַּוְקָא כּוֹרֶתֶת בְּרִית בֶּאֱמֶת וּבֶאֱמוּנָה, וְלֹא לְבַעַל שֵׁנִי! וּמִזֶּה יָבִין דִּין אַחֵר דִּגְרוּשָׁה מִן הָאֵירוּסִין לֵית לַן בַּהּ. וּמַה שֶׁאָמַר רַב פַּפָּא בִּגְרוּשָׁה בְּחַיֵּי בַּעֲלָהּ יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת מָה הֶפְרֵשׁ יֵשׁ בָּזֶה בֵּין אִם בַּעְלָהּ הָרִאשׁוֹן חַי אוֹ מֵת, וַהֲלֹא כֵּיוָן דְּנִשֵּׂאת נֶאֶסְרָה עַל בַּעְלָהּ הָרִאשׁוֹן וּלְגַבֵּי דְּיָדָהּ חָשׁוּב כְּמֵת שֶׁאֵין לָהּ עוֹד תִּקְוָה לַחֲזֹור אֵלָיו כְּדֵי שֶׁיִּהְיֶה לִבָּהּ נִמְשָׁךְ אֵלָיו? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּאֵין הַחֲשָׁשׁ שֶׁמָּא יִהְיֶה לִבָּהּ נוֹטָה שֶׁתַּחֲזֹור אֵלָיו אֶלָּא הַכַּוָּונָה כִּי הִיא תִּזְכֹּור גַּעְגּוּעִין שֶׁהָיָה בֵּינוֹ לְבֵינָהּ בְּעֵת תַּשְׁמִישׁ, כִּי כַּאֲשֶׁר מְשַׁמֵּשׁ עִמָּהּ בַּעְלָהּ הַב' זוֹכֶרֶת מַה שֶׁהָיָה לָהּ בְּתַשְׁמִישׁ עִם בַּעְלָהּ הָרִאשׁוֹן, וְנִמְצָא נַעֲשָׂה מַחְשֶׁבֶת פִּיגּוּל וְזָרָה נַעֲשָׂה בְּתַשְׁמִישׁ שֶׁל זֶה הַב', וְכָל עוֹד שֶׁבַּעְלָהּ חַי אֶפְשָׁר שֶׁתִּזְכּוֹר, אֲבָל אִם מֵת כֵּיוָן דִּגְזֵרָה הִיא מִן הַשָּׁמַיִם שֶׁהַמֵּת יִשְׁתַּכַּח מִן הַלֵּב (פְּסָחִים נד:) אִם כֵּן לֹא תִּזְכֹּור אוֹתוֹ וּמִמֵּילָא לֹא תִּזְכֹּור גַּעְגּוּעִין שֶׁלּוֹ וּמַחְשַׁבְתָּהּ רַק בְּבַעְלָהּ הַשֵּׁנִי. וְהִנֵּה הָרַב עִיּוּן יַעֲקֹב זַ"ל הִקְשָׁה אַמַּאי לָא קָא מַזְהִיר לְהֵפֶךְ שֶׁאִשָּׁה לֹא תִּשָּׂא אִישׁ שֶׁגֵּירֵשׁ אֶת אִשְׁתּוֹ? וְתֵירֵץ הָאִישׁ מְגָרֵשׁ לִרְצוֹנוֹ וְאֵינוֹ זוֹכְרָהּ עַייֵּן שָׁם. וּדְבָרָיו תְּמוּהִין דְּהָא מַיְיתֵי עֲלָהּ אָמַר מַר: אַרְבַּע דֵּעוֹת בַּמִּטָּה. אַךְ בֶּאֱמֶת אֵין הַתְחָלָה לְקֻושְׁיָא זוֹ כִּי הוּא עַתָּה מְצַוֵּוהוּ דְּבָרִים הַשַּׁייָּכִים לְעַצְמוֹ שֶׁהוּא אִישׁ וְאֵינוֹ מְצֻוֶּוה לְאִשָּׁה.
Et ne cuis pas dans une marmite où ton prochain a déjà cuisiné. Difficulté : pourquoi lui parler de cela par allusion ? Qu'il lui dise en clair : tu n'épouseras pas une divorcée. Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il lui a parlé dans cette langue pour lui faire connaître la raison. Une femme ne conclut d'alliance qu'avec celui qui l'a faite keli, ustensile (Sanhédrin 22b). C'est pourquoi il appelle la femme marmite : le premier mari l'a faite marmite, c'est-à-dire ustensile. L'alliance en vérité et en confiance se conclut avec lui, et elle ne se conclut pas avec un second mari. De là se comprend une autre règle : une divorcée depuis les eroussin, les fiançailles, ne nous pose pas cette réserve. Sur ce que Rav Papa a dit d'une divorcée du vivant de son mari, on peut objecter : quelle différence y a-t-il selon que le premier mari est vivant ou mort ? Dès lors qu'elle s'est remariée, elle est interdite à son premier mari, et pour elle il compte comme mort : elle n'a plus d'espoir de revenir à lui, au point que son cœur serait tiré vers lui. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que la crainte porte sur le souvenir. Elle se rappellera les regrets qui étaient entre eux au moment de l'union. Quand le second mari s'unit à elle, elle se souvient de ce qu'elle avait dans l'union avec le premier. Il se forme alors une pensée de pigul, et une pensée étrangère, dans l'union de ce second. Tant que son mari vit, elle peut se souvenir. S'il est mort, puisqu'un décret du Ciel veut que le mort soit oublié du cœur (Pesachim 54b), elle ne se souviendra pas de lui. Dès lors elle ne se souviendra pas de ses regrets, et sa pensée reste sur le second mari. Le rav Iyoun Yaakov, de mémoire bénie, a objecté : pourquoi l'avertissement inverse manque-t-il, qu'une femme n'épouse pas un homme qui a divorcé la sienne ? Il a répondu : l'homme divorce de sa volonté, et il ne se souvient pas d'elle. Voir là-bas. Ses paroles étonnent : on apporte sur ce sujet la parole du maître, quatre daot dans le lit. En vérité, cette question n'a pas de point de départ. Il est en train de lui commander des choses qui le concernent lui-même, puisqu'il est un homme, et il ne commande pas à une femme.
💡 Explication

Trois dispositions sont montées dans la mahashava pour être créées, et la justice voulait qu'elles y montent : sans elles, l'homme ne tiendrait pas. Le mort se putréfie, sinon les proches le garderaient sous les yeux. Le mort s'oublie du cœur. La récolte pourrit, sinon on l'entasse et la famine vient. Certains ajoutent la monnaie qui sort, qui circule.

La glose du Ben Yehoyada s'ancre ici par la phrase du mort oublié du cœur. Son lemme est ailleurs : ne cuis pas dans la marmite de ton prochain, c'est-à-dire n'épouse pas une divorcée. La marmite nomme le keli. L'alliance vraie se conclut avec le premier mari. Une divorcée des eroussin sort de ce cas. Si le premier mari est mort, le décret de notre daf fait oublier les regrets de l'union.

4
מַתְנִי׳ מָקוֹם שֶׁנָּהֲגוּ לַעֲשׂוֹת מְלָאכָה בְּתִשְׁעָה בְּאָב — עוֹשִׂין, מָקוֹם שֶׁנָּהֲגוּ שֶׁלֹּא לַעֲשׂוֹת מְלָאכָה — אֵין עוֹשִׂין, וּבְכָל מָקוֹם תַּלְמִידֵי חֲכָמִים בְּטֵלִים. רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל אוֹמֵר: לְעוֹלָם יַעֲשֶׂה אָדָם עַצְמוֹ תַּלְמִיד חָכָם.

Michna. Un endroit où l'on a coutume de faire un travail le 9 Av, on en fait.

Un endroit où l'on a coutume de ne pas faire de travail, on n'en fait pas. Et en tout endroit, les disciples des Sages chôment.

Rabban Chimon ben Gamliel dit : toujours, l'homme se fera lui-même disciple des Sages.

📜 Rachi (3)
מַתְנֵי' וּבְכָל מָקוֹם בֵּין נָהֲגוּ בֵּין לֹא נָהֲגוּ:
Qu'ils aient la coutume, ou qu'ils ne l'aient pas.
תַּלְמִידֵי חֲכָמִים בְּטֵלִין מִמְּלָאכָה אוֹתוֹ הַיּוֹם:
De travail, ce jour-là.
רַבָּן שִׁמְעוֹן כוּ' וְלָא אָמְרִינַן מִיחְזֵי כְּיֻוהֲרָא וְאִם רָצָה לִיבָּטֵל רַשַּׁאי:
Et l'on ne dit pas que cela a l'air d'une yohara. S'il veut chômer, il le peut.
💡 Explication

Le travail le 9 Av suit la coutume du lieu. Partout, les talmidei hakhamim chôment, avec coutume ou sans elle.

Rabban Chimon ben Gamliel : chacun peut se conduire comme un disciple des Sages et chômer. Rachi : on ne parle pas de yohara, de présomption. S'il veut chômer, il le peut.

5
גְּמ׳ אָמַר שְׁמוּאֵל: אֵין תַּעֲנִית צִיבּוּר בְּבָבֶל אֶלָּא תִּשְׁעָה בְּאָב בִּלְבַד. לְמֵימְרָא דְּסָבַר שְׁמוּאֵל תִּשְׁעָה בְּאָב בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת שֶׁלּוֹ אָסוּר? וְהָאָמַר שְׁמוּאֵל: תִּשְׁעָה בְּאָב בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת שֶׁלּוֹ מֻותָּר. וְכִי תֵּימָא קָסָבַר שְׁמוּאֵל: כָּל תַּעֲנִית צִיבּוּר בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת שֶׁלּוֹ מֻותָּר, וְהָאֲנַן תְּנַן: ״אוֹכְלִין וְשׁוֹתִין מִבְּעוֹד יוֹם״. לִמְעוּטֵי מַאי, לָאו לְמַעוֹטֵי בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת? לֹא, לִמְעוּטֵי מִשֶּׁחֲשֵׁיכָה.

Guemara. Chmouel a dit : il n'y a pas de jeûne public à Babylone, sinon le 9 Av seulement.

Est-ce à dire que Chmouel estime : le 9 Av, son crépuscule est interdit ? Or Chmouel a dit : le 9 Av, son crépuscule est permis.

Et si tu dis que Chmouel estime : tout jeûne public, son crépuscule est permis, or nous avons appris : on mange et on boit tant qu'il fait jour. Pour exclure quoi ?

Est-ce pour exclure le crépuscule ? Non : pour exclure après la tombée de la nuit.

📜 Rachi (4)
גְּמ' אֵין תַּעֲנִית צִיבּוּר בְּבָבֶל הוֹאִיל וְאֵין צְרִיכִין לִגְשָׁמִים אִם גּוֹזְרִין עַל דָּבָר אַחֵר אֵין חֹומֶר תַּעֲנִית צִיבּוּר נוֹהֵג בּוֹ לֶאֱכֹול מִבְּעוֹד יוֹם וְלֵיאָסֵר בִּמְלָאכָה וּשְׁאָר חוּמְרֵי הָאֲמוּרִים שָׁם:
Puisqu'ils n'ont pas besoin de pluie, s'ils décrètent sur une autre affaire, la rigueur du jeûne public n'y a pas cours : manger tant qu'il fait jour, être interdit de travail, et les autres rigueurs dites là-bas.
בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת שֶׁלּוֹ אָסוּר בַּאֲכִילָה וּבִמְלָאכָה דְּמַחְמִירִין עַל סְפֵיקוֹ כִּדְאָמְרִינַן בְּתַעֲנִית צִיבּוּר וּשְׁמוּאֵל קָא מְשַׁוֵּי ט' בְּאָב כְּתַעֲנִית צִיבּוּר:
En nourriture et en travail. On est rigoureux sur le doute, comme nous le disons pour le jeûne public. Et Chmouel égale le 9 Av au jeûne public.
מִבְּעוֹד יוֹם לְמַעוֹטֵי מַאי לָאו לְמַעוֹטֵי בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת סָפֵק:
Un doute.
לָא לְמַעוּטֵי מִשֶּׁחֲשֵׁכָה וַדַּאי אֲבָל עַל סְפֵיקוֹ לָא מַחְמְרִינַן:
C'est certain. Sur son doute, on n'est pas rigoureux.
🗂️ Tossefot (1)
אֵין תַּעֲנִית צִיבּוּר בְּבָבֶל אֶלָּא תִּשְׁעָה בְּאָב פ"ה לֶאֱכֹול מִבְּעוֹד יוֹם וְלֶאֱסֹור בִּמְלָאכָה וּשְׁאָר חוּמְרֵי הָאֲמוּרִים שָׁם וא"ת תִּשְׁעָה בְּאָב מִי הָוֵי כְּתַעֲנִית צִיבּוּר לֶאֱסֹור בִּמְלָאכָה וְי"ל דְּה"ק אֵין תַּעֲנִית צִיבּוּר בְּבָבֶל אֲפִילּוּ בְּמָקוֹם שֶׁלֹּא נָהֲגוּ לַעֲשׂוֹת מְלָאכָה:
Le commentaire de Rachi : manger tant qu'il fait jour, interdire le travail, et les autres rigueurs dites là-bas. Et si tu dis : le 9 Av est-il comme un jeûne public pour interdire le travail ? On peut répondre : voici ce qu'il dit. Il n'y a pas de jeûne public à Babylone, même dans un endroit où l'on n'a pas coutume de faire un travail.
💡 Explication

Chmouel : en Bavel, le seul jeûne public est le 9 Av. Rachi : faute de besoin de pluie, un autre jeûne décrété n'a pas les rigueurs, manger tant qu'il fait jour, interdit de travail, et le reste.

La Guemara serre deux paroles. Si le 9 Av est un jeûne public, son bein hashemashot serait interdit, car on est rigoureux sur le doute. Or Chmouel le dit permis. Piste : tout jeûne public aurait le crépuscule permis. La michna dit qu'on mange tant qu'il fait jour. Ce membre exclut la nuit certaine, après la tombée. Le crépuscule, qui est un safek, reste en dehors de la rigueur.

Tossefot. Si les rigueurs incluent le travail, le 9 Av suivrait-il un jeûne public sur ce point ? La michna le laisse à la coutume. Tossefot relit Chmouel : il n'y a pas de jeûne public en Bavel, même là où la coutume est de ne pas travailler. Ce cadre ne vise que le 9 Av.

🖼️ Schéma
Chmouel : le crépuscule du 9 Av Parole 1 Seul jeûne public en Bavel : le 9 Av Question Donc le crépuscule du 9 Av est interdit ? Parole 2 Chmouel : le crépuscule du 9 Av est permis Piste écartée ensuite Tout jeûne public aurait le crépuscule permis Michna : tant qu'il fait jour Exclut la nuit certaine Le crépuscule reste un doute
Deux paroles de Chmouel. Tant qu'il fait jour exclut la nuit certaine, pas le doute du crépuscule.
6
נֵימָא מְסַיַּיע לֵיהּ: אֵין בֵּין תִּשְׁעָה בְּאָב לְיוֹם הַכִּיפּוּרִים, אֶלָּא שֶׁזֶּה סְפֵיקוֹ אָסוּר, וְזֶה סְפֵיקוֹ מֻותָּר.

Disons que ceci l'appuie : il n'y a de différence entre le 9 Av et Yom Kippour que celle-ci : celui-ci, son doute est interdit, et celui-là, son doute est permis.

📜 Rachi (1)
אֵין בֵּין ט' בְּאָב ליוה"כ לְכַתְּחִילָּה קָאָמַר אֲבָל דְּאִי עָבַד טוּבָא אִיכָּא זֶה כָּרֵת וְזֶה אִיסּוּר בְּעָלְמָא:
Il parle de lekhathila. Si l'acte est déjà fait, l'écart est grand : l'un emporte le karet, l'autre une simple interdiction.
🗂️ Tossefot (1)
אֵין בֵּין תִּשְׁעָה בְּאָב לְיוֹם הַכִּפּוּרִים הָא דְּלָא חֲשִׁיב מְלָאכָה שֶׁמֻּותָּר בְּתִשְׁעָה בְּאָב בְּמָקוֹם שֶׁנָּהֲגוּ נִרְאֶה לר"י מִשּׁוּם דִּבְסֵיפָא מַסִּיק לָהּ לְשַׁרְיוּתָא דִּמְלָאכָה גַּבֵּי אֵין בֵּין ט' בְּאָב לְתַעֲנִית צִיבּוּר וְהָא דְּלָא חֲשִׁיב תְּפִילַּת נְעִילָה דְּלֵיתָא בְּט' בְּאָב כְּדִלְקַמָּן מִשּׁוּם דְּבַבָּרַיְיתָא לָא אַייְרֵי אֶלָּא בְּמִידֵּי דְּאִיסּוּר וְהֶיתֵּר:
Ce qu'il ne compte pas le travail, permis le 9 Av là où l'on a la coutume : il semble au Ri que c'est parce que, à la fin, il range la permission du travail auprès de : il n'y a de différence entre le 9 Av et le jeûne public. Et ce qu'il ne compte pas la prière de Neila, qui n'est pas au 9 Av, comme plus bas : la baraitha ne traite que de choses d'interdit et de permis.
💡 Explication

Une baraitha semble appuyer Chmouel. Entre le 9 Av et Yom Kippour, un seul écart : le doute de l'un est interdit, le doute de l'autre est permis. Le premier vise Yom Kippour, le second le 9 Av.

Rachi limite la phrase à la conduite de lekhathila. Si l'acte est déjà fait, l'écart est autre : Yom Kippour emporte le karet, le 9 Av une simple interdiction.

Tossefot, Ri. Le travail permis le 9 Av selon la coutume est réservé à la baraitha de la fin, celle qui compare le 9 Av au jeûne public. La Neila manque aussi au 9 Av, et la baraitha ne parle que d'interdit et de permis.

7
מַאי סְפֵיקוֹ מֻותָּר — לָאו בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת? לֹא, כִּדְאָמַר רַב שִׁישָׁא בְּרֵיהּ דְּרַב אִידִי: לִקְבִיעָא דְּיַרְחָא, הָכָא נָמֵי — לִקְבִיעָא דְּיַרְחָא.

Que signifie : son doute est permis ? Est-ce le crépuscule ?

Non. Comme l'a dit Rav Chicha, fils de Rav Idi : pour la fixation du mois.

Ici aussi : pour la fixation du mois.

📜 Rachi (2)
דְּרַב שִׁישָׁא לְקַמָּן:
Plus bas.
לִקְבִיעָא דְּיַרְחָא לַעֲשׂוֹת שְׁנֵי יָמִים כִּי מְסַפְּקָא לָן אִם עָבְרוּ ב"ד חֹדֶשׁ שֶׁעָבַר אִי לֹא:
Faire deux jours, quand nous doutons si le tribunal a intercalé le mois précédent, ou non.
🗂️ Tossefot (2)
לָאו דְּשָׁרֵי בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת דִּידֵיהּ תֵּימַהּ לְרִ"י אַמַּאי קָתָנֵי גַּבֵּי יוה"כ סְפֵיקוֹ הָא אֲפִילּוּ וַדַּאי יוֹם אָסוּר דְּתוֹסֶפֶת יוה"כ דְּאוֹרָיְיתָא וְתֵירֵץ דִּנְקַט סְפֵיקוֹ לְאַשְׁמוֹעִינַן דִּבְט' בְּאָב אֲפִילּוּ סְפֵיקוֹ מֻותָּר:
Le Ri s'étonne. Pourquoi enseigner, à propos de Yom Kippour, son doute ? Même un jour certain est interdit, car l'ajout de Yom Kippour est de la Torah. Il a répondu : il a pris le mot doute pour nous apprendre que, le 9 Av, même le doute est permis.
לִקְבִיעָא דְּיַרְחָא אֵין לְפָרֵשׁ כְּגוֹן בְּנֵי בָּבֶל שֶׁאֵין יוֹדְעִים מָתַי הֻוקְבַּע הַחֹודֶשׁ בא"י שֶׁהָיוּ צְרִיכִים לַעֲשׂוֹת יוה"כ שְׁנֵי יָמִים דִּבְהֶדְיָא אָמַר בְּסוֹף פ"ק דר"ה (דַּף כא.) שֶׁאֵין עוֹשִׂין אֶלָּא יוֹם אֶחָד אֶלָּא ה"פ סְפֵיקוֹ אָסוּר אִם מִסְתַּפֵּק אֲפִילּוּ בא"י מָתַי הֻוקְבַּע הַחֹודֶשׁ כְּגוֹן שֶׁמְּהַלֵּךְ בַּמִּדְבָּר עוֹשֶׂה ב' יָמִים כְּדִין כָּל סְפֵיקוֹת דְּאוֹרָייְתָא דְּאָזְלִינַן לְחוּמְרָא הִקְשָׁה רַשְׁבָּ"א דְּמַשְׁמַע לִקְבִיעָא דְּיַרְחָא הֵן חֲלוּקִין הָא לְכָל דִּבְרֵיהֶן שָׁוִין וְהָא יוֹם הַכִּפּוּרִים תּוֹסַפְתּוֹ אָסוּר וְט' בְּאָב תּוֹסַפְתּוֹ מֻותָּר וְתֵירֵץ ר"י דְּלָא מַיְירֵי אֶלָּא בִּדְבָרִים דְּשָׁיְיכִי בְּתַעֲנִית עַצְמוֹ:
Cette lecture ne tient pas : les gens de Babylone, qui ignorent quand le mois a été fixé en terre d'Israël, et qui feraient Yom Kippour deux jours. Il est dit explicitement à la fin du premier chapitre de Roch Hachana (21a) qu'on ne fait qu'un seul jour. Voici le sens. Son doute est interdit : si l'on doute, même en terre d'Israël, du moment où le mois a été fixé, par exemple un homme qui marche dans le désert, il fait deux jours, selon la règle de tous les doutes de la Torah, où l'on va à la rigueur. Le Rachba a objecté. Le texte donne à entendre qu'ils ne se séparent que sur la fixation du mois, et que pour le reste ils sont égaux. Or Yom Kippour, son ajout est interdit, et le 9 Av, son ajout est permis. Le Ri a répondu : la baraitha ne traite que des choses qui tiennent au jeûne lui-même.
💡 Explication

Le safek permis du 9 Av pourrait être le bein hashemashot. La Guemara le reporte sur la kviuta de-yarha, la fixation du mois : faut-il deux jours quand on ignore si le tribunal a intercalé ? Rav Chicha le dira plus bas. Rachi : deux jours, si le mois précédent a été plein ou non.

Tossefot. Sur Yom Kippour, même un temps certain d'avant le jour est interdit : la tosefet est de la Torah. Le mot doute sert à apprendre que, le 9 Av, le doute lui-même est permis. Les gens de Bavel ne doublent pas Yom Kippour (Roch Hachana 21a). Le cas est l'homme du désert, même en terre d'Israël : doute de Torah, deux jours. Le Rachba : s'ils sont égaux hors le calendrier, pourquoi la tosefet de Yom Kippour est-elle interdite et celle du 9 Av permise ? Le Ri : la baraitha ne parle que de ce qui tient au jeûne lui-même.

🖼️ Schéma
Que veut dire : son doute est permis ? Baraïtha : 9 Av et Yom Kippour Lecture écartée Le doute = le crépuscule 9 Av : crépuscule permis Cela appuierait Chmouel contre Rava Lecture retenue Le doute = fixation du mois Yom Kippour : deux jours au désert, doute de Torah 9 Av : un seul jour
Le doute permis du 9 Av vise la fixation du mois, pas le crépuscule.
8
דָּרַשׁ רָבָא: עֻובָּרוֹת וּמְנִיקוֹת — מִתְעַנּוֹת וּמַשְׁלִימוֹת בּוֹ, כְּדֶרֶךְ שֶׁמִּתְעַנּוֹת וּמַשְׁלִימוֹת בְּיוֹם הַכִּיפּוּרִים, וּבֵין הַשְּׁמָשׁוֹת שֶׁלּוֹ אָסוּר. וְכֵן אָמְרוּ מִשְּׁמֵיהּ דְּרַבִּי יוֹחָנָן. וּמִי אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן הָכִי? וְהָאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: תִּשְׁעָה בְּאָב אֵינוֹ כְּתַעֲנִית צִיבּוּר. מַאי לַָאו, לְבֵין הַשְּׁמָשׁוֹת? לֹא, לִמְלָאכָה.

Rava a exposé : les femmes enceintes et les nourrices jeûnent et mènent le jeûne à son terme en ce jour, de la manière dont elles jeûnent et le mènent à son terme le jour de Kippour. Et son crépuscule est interdit.

Et ainsi a-t-on dit au nom de Rabbi Yo'hanan. Et Rabbi Yo'hanan a-t-il dit cela ?

Or Rabbi Yo'hanan a dit : le 9 Av n'est pas comme un jeûne public. Quoi, est-ce au sujet du crépuscule ?

Non : au sujet du travail.

📜 Rachi (2)
מַאי לַָאו לַאֲכִילַת בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת:
Pour manger au crépuscule.
לֹא לִמְלָאכָה שֶׁל יוֹם עַצְמוֹ מִשֶּׁתֶּחְשַׁךְ וְאַשָּׁמְעִי' דִּבְתַעֲנִית צִיבּוּר אָסוּר וּבְט' בְּאָב שָׁרִי:
Du jour lui-même, dès que la nuit tombe. Il nous apprend que, dans un jeûne public, c'est interdit, et que, le 9 Av, c'est permis.
🗂️ Tossefot (1)
וְהָאָמַר ר' יוֹחָנָן וּלְוַאי שֶׁיִּתְפַּלֵּל כָּל הַיּוֹם אע"ג דְּר' יוֹחָנָן אַייְרֵי דַּוְקָא בְּסָפֵק לֹא הִתְפַּלֵּל אֲבָל וַדַּאי הִתְפַּלֵּל אָסוּר לְהִתְפַּלֵּל כִּדְמוֹכַח בְּמִי שֶׁמֵּתוּ (בְּרָכוֹת כא.) דְּקָאָמַר סָפֵק הִתְפַּלֵּל סָפֵק לֹא הִתְפַּלֵּל אַל יִתְפַּלֵּל וְר' יוֹחָנָן אָמַר וּלְוַאי שֶׁיִּתְפַּלֵּל כָּל הַיּוֹם וְקָאָמַר אִם הִתְפַּלֵּל וּמָצָא צִיבּוּר מִתְפַּלְּלִין אִם יָכוֹל לְחַדֵּשׁ דָּבָר בִּתְפִלָּתוֹ יַחְזֹור וְיִתְפַּלֵּל וְאִם לָאו אַל יִתְפַּלֵּל מ"מ פָּרִיךְ שַׁפִּיר כֵּיוָן דְּר' יוֹחָנָן עַל הַסָּפֵק מְחַיֵּיב לְהִתְפַּלֵּל א"כ בְּתִשְׁעָה בְּאָב דְּדָמֵי לְתַעֲנִית צִיבּוּר בְּכַמָּה דְּבָרִים וּבְתַעֲנִית צִיבּוּר אִיכָּא תְּפִלַּת נְעִילָה בְּט' בְּאָב נָמֵי יִתְפַּלֵּל וּמְשַׁנֵּי הָתָם חוֹבָה וְהָכָא רְשׁוּת פִּי' לֹא לְגַמְרֵי רְשׁוּת אֶלָּא לָאו חוֹבָה הָוֵי אֶלָּא מִצְוָה מִיהָא אִיכָּא:
Bien que Rabbi Yo'hanan ne traite que du cas où l'on doute de ne pas avoir prié. Si l'on a certainement prié, il est interdit de prier, comme il est prouvé dans Mi che-meto (Berakhot 21a), qui dit : doute s'il a prié, doute s'il n'a pas prié, qu'il ne prie pas. Et Rabbi Yo'hanan a dit : si seulement il priait toute la journée. Et l'on dit : s'il a prié et qu'il a trouvé la communauté en train de prier, s'il peut innover une chose dans sa prière, il revient et il prie ; sinon, qu'il ne prie pas. Néanmoins l'objection porte bien. Puisque Rabbi Yo'hanan, sur le doute, oblige à prier, alors le 9 Av, qui ressemble au jeûne public en plusieurs points, et puisqu'il y a une prière de Neila dans le jeûne public, au 9 Av aussi on priera. Et l'on répond : là-bas, obligation ; ici, permission. Explication : la permission n'est pas entière. Une mitsva s'y trouve, et le rang d'obligation en est absent.
💡 Explication

Rava : les femmes enceintes et les nourrices achèvent le 9 Av comme Yom Kippour, et le bein hashemashot est interdit. On le dit aussi au nom de Rabbi Yo'hanan.

Or Rabbi Yo'hanan a dit que le 9 Av n'est pas comme un jeûne public. La Guemara propose : cela viserait le crépuscule, et le manger y serait permis, contre Rava. Réponse tentée : cela vise le travail. Rachi : une fois la nuit tombée, le travail du jour est interdit dans un jeûne public, et permis le 9 Av. Le segment suivant écarte cette lecture.

Tossefot anticipe la Neila. Dans Berakhot 21a, Rabbi Yo'hanan dit : si seulement l'on priait toute la journée, et cela sur un doute, alors qu'une prière certaine déjà dite ne se répète pas, sauf nouveauté devant la communauté. Dès lors le 9 Av, proche du jeûne public, appellerait la Neila. Réponse : là-bas hova, ici rechout. Tossefot : la rechout laisse une mitsva, sans le rang d'obligation.

9
מְלָאכָה? תְּנֵינָא: מָקוֹם שֶׁנָּהֲגוּ לַעֲשׂוֹת מְלָאכָה בְּתִשְׁעָה בְּאָב — עוֹשִׂין, וּבְמָקוֹם שֶׁנָּהֲגוּ שֶׁלֹּא לַעֲשׂוֹת — אֵין עוֹשִׂין. וַאֲפִילּוּ רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל לָא אָמַר אֶלָּא דְּכִי יָתֵיב וְלָא עָבֵיד, לָא מִיחְזֵי כְּיֻוהֲרָא, אֲבָל מְיַסֵּר — לֹא אָסַר.

Le travail ? Nous l'avons déjà enseigné : un endroit où l'on a coutume de faire un travail le 9 Av, on en fait, et un endroit où l'on a coutume de ne pas en faire, on n'en fait pas.

Et même Rabban Chimon ben Gamliel n'a dit que ceci : quand il est assis et qu'il ne fait pas, cela n'a pas l'air d'une yohara. Mais interdire, il n'a pas interdit.

📜 Rachi (1)
וַאֲפִילּוּ לְר' שִׁמְעוֹן לָאו לְמֵיסַר אֲתָא אֶלָּא אִם יִרְצֶה מִי שֶׁאֵינוֹ תַּלְמִיד חָכָם לַעֲשׂוֹת עַצְמוֹ כְּתַלְמִיד חָכָם וְלִיבָּטֵל בִּמְקוֹם הָעוֹשִׂין רַשַּׁאי וְלָא חָיְישִׁינַן דִּילְמָא מִיחְזֵי כְּיֻוהֲרָא:
Il n'est pas venu pour interdire. Si quelqu'un qui n'est pas disciple des Sages veut se faire comme un disciple des Sages et chômer dans un endroit où l'on travaille, il le peut. Et nous ne craignons pas que cela ait l'air d'une yohara.
💡 Explication

La réponse par le travail ne tient pas. La michna a déjà tout dit : le travail suit la coutume. Rabban Chimon ben Gamliel permet de s'asseoir sans travailler, parce que cela n'a pas l'air d'une yohara. Il n'a pas posé d'interdit.

Rachi : même un homme qui n'est pas talmid 'hakham peut se conduire comme tel et chômer là où l'on travaille. On ne craint pas la présomption. La parole de Rabbi Yo'hanan, le 9 Av n'est pas comme un jeûne public, cherche donc un autre point.

10
אֶלָּא: מַאי אֵינוֹ כְּתַעֲנִית צִיבּוּר — לִתְפִילַּת נְעִילָה. וְהָאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: וּלְוַאי שֶׁיִּתְפַּלֵּל אָדָם וְהוֹלֵךְ כָּל הַיּוֹם כֻּולּוֹ!

Plutôt : que signifie, il n'est pas comme un jeûne public ? Pour la prière de Neila.

Or Rabbi Yo'hanan a dit : si seulement l'homme priait, et qu'il continuât, toute la journée !

📜 Rachi (2)
לִתְפִלַּת נְעִילָה שֶׁבְּתַעֲנִית צִיבּוּר הָיוּ מִתְפַּלְּלִין תְּפִלַּת נְעִילָה כְּדִתְנַן בְּפֶ' בָּתְרָא דְּתַעֲנִית (דַּף כו.) בַּג' פְּרָקִים בַּשָּׁנָה כֹּהֲנִים נוֹשְׂאִים כַּפֵּיהֶן ד' פְּעָמִים בַּיּוֹם שַׁחֲרִית וּמוּסָף וּמִנְחָה וּנְעִילָה וְאֵלּוּ הֵן ג' פְּרָקִים תַּעֲנִית וּמַעֲמָדוֹת ויוה"כ:
Dans un jeûne public, on priait Neila, comme l'enseigne le dernier chapitre de Taanit (26a). En trois périodes de l'année, les kohanim lèvent les mains quatre fois dans la journée : chaharit, moussaf, minha et neïla. Voici les trois périodes : le jeûne, les maamadot, et Yom Kippour.
וְהָאָמַר ר' יוֹחָנָן בְּמַסֶּכֶת בְּרָכוֹת דְּאֵין בִּתְפִלָּה יְתֵירָה מִשּׁוּם בְּרָכָה לְבַטָּלָה:
Dans le traité Berakhot : il n'y a pas de prière en plus, à cause d'une bénédiction vaine.
💡 Explication

Nouvelle lecture. Le 9 Av n'est pas comme un jeûne public pour la Neila. Rachi : au jeûne public on dit Neila. En trois temps de l'année, les kohanim lèvent les mains quatre fois : chaharit, moussaf, minha, neïla. Ces temps sont le jeûne, les maamadot, et Yom Kippour (Taanit 26a).

Difficulté, depuis Berakhot : une prière en plus serait une berakha levatala. Or Rabbi Yo'hanan souhaite que l'on prie toute la journée. La réponse est au segment suivant.

11
הָתָם חוֹבָה, הָכָא רְשׁוּת. וְאִיבָּעֵית אֵימָא: מַאי אֵינוֹ כְּתַעֲנִית צִיבּוּר — לְעֶשְׂרִים וְאַרְבָּעָה.

Là-bas, obligation. Ici, permission.

Et si tu veux, dis : que signifie, il n'est pas comme un jeûne public ? Pour les vingt-quatre.

📜 Rachi (2)
הָתָם דְּחוֹבָה בְּתַעֲנִית צִבּוּר חוֹבָה מִדְּרַבָּנָן וּבְתִשְׁעָה בְּאָב אַשְׁמוֹעִינַן דְּלָאו חוֹבָה הוּא ומ"מ אִם בָּא לְהִתְפַּלֵּל כָּל יְמוֹת הַשָּׁנָה מֻותָּר וּלְוַאי:
Dans le jeûne public, c'est une obligation d'ordre rabbinique. Le 9 Av, il nous apprend que l'obligation ne s'y trouve pas. Néanmoins, s'il vient prier tous les jours de l'année, c'est permis, et l'on dit : si seulement.
לְעֶשְׂרִים וְאַרְבָּעָה דִּתְנַן בְּמַסֶּכֶת תַּעֲנִית (דַּף טו.) שֶׁמּוֹסִיפִין בְּתַעֲנִית צִיבּוּר שֵׁשׁ בְּרָכוֹת עַל שְׁמוֹנֶה עֶשְׂרֵה:
Comme l'enseigne le traité Taanit (15a) : dans un jeûne public, on ajoute six bénédictions aux dix-huit.
💡 Explication

Là-bas, au jeûne public, la Neila est une hova rabbinique. Ici, au 9 Av, elle est rechout. Rachi : prier en plus, tous les jours de l'année, reste permis, et l'on dit : si seulement.

Autre lecture. L'écart porte sur les vingt-quatre bénédictions : au jeûne public on ajoute six berakhot aux dix-huit (Taanit 15a). Le 9 Av garde les dix-huit.

12
רַב פָּפָּא אָמַר: מַאי ״אֵינוֹ כְּתַעֲנִית צִיבּוּר״ — אֵינוֹ כָּרִאשׁוֹנוֹת, אֶלָּא כָּאַחֲרוֹנוֹת, וַאֲסוּרָה.

Rav Papa a dit : que signifie, il n'est pas comme un jeûne public ? Il n'est pas comme les premières, mais comme les dernières, et c'est interdit.

📜 Rachi (1)
רַב פָּפָּא אָמַר לְעוֹלָם כִּדְסָלְקָא דַּעְתִּין מֵעִיקָּרָא דְּאֵינוֹ כְּתַעֲנִית צִיבּוּר דְּאָמַר לְבֵין הַשְּׁמָשׁוֹת קָאָמַר וְלָא תִּקְשֵׁי לְרַבִּי יוֹחָנָן קַמַּיְיתָא דְּהַאי דְּקָאָמַר אֵינוֹ כְּתַעֲנִית צִיבּוּר לְחוּמְרָא קָאָמַר וְהָכִי קָאָמַר אֵינוֹ כְּשָׁלֹשׁ רִאשׁוֹנוֹת שֶׁמֻּותָּר בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת שֶׁלָּהֶן כְּדִתְנַן בְּהוּ בְּתַעֲנִית אוֹכְלִין וְשׁוֹתִין מִשֶּׁחֲשֵׁיכָה אֶלָּא כָּאַחֲרוֹנוֹת דִּתְנַן בְּהוּ אוֹכְלִין וְשׁוֹתִין מִבְּעוֹד יוֹם:
En fait, comme la pensée le prenait au début. Ce qu'il a dit, il n'est pas comme un jeûne public, il l'a dit du crépuscule. Et la première parole de Rabbi Yo'hanan ne fait pas difficulté. Car lorsqu'il a dit qu'il n'est pas comme un jeûne public, il l'a dit pour la rigueur. Voici ce qu'il dit. Il n'est pas comme les trois premières, dont le crépuscule est permis, comme l'enseigne à leur sujet Taanit : on mange et on boit après la tombée de la nuit. Il est comme les dernières, à leur sujet desquelles on enseigne : on mange et on boit tant qu'il fait jour.
💡 Explication

Rav Papa revient au crépuscule, et il lit la parole de Rabbi Yo'hanan comme une rigueur. Le 9 Av n'est pas comme les trois premières jeûnes pour la pluie, où l'on mange après la tombée de la nuit : le bein hashemashot est permis. Il est comme les dernières, où l'on mange tant qu'il fait jour : le crépuscule est interdit.

Ainsi la parole rapportée par Rava au nom de Rabbi Yo'hanan, crépuscule interdit, et la parole le 9 Av n'est pas comme un jeûne public, tiennent ensemble.

🖼️ Schéma
Rav Papa : pas comme les premières, comme les dernières Trois premières On mange et on boit après la tombée de la nuit Crépuscule permis Taanit, Rachi Sept dernières On mange et on boit tant qu'il fait jour Crépuscule interdit Taanit, Rachi 9 Av Comme les dernières La parole de R. Yo'hanan est une rigueur Crépuscule interdit Ainsi Rava et Rabbi Yo'hanan tiennent ensemble.
Trois premières : crépuscule permis. Dernières, et le 9 Av avec elles : crépuscule interdit.
13
מֵיתִיבִי: אֵין בֵּין תִּשְׁעָה בְּאָב לְיוֹם הַכִּיפּוּרִים אֶלָּא שֶׁזֶּה סְפֵיקוֹ אָסוּר וְזֶה סְפֵיקוֹ מֻותָּר, מַאי סְפֵיקוֹ מֻותָּר — לָאו בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת שֶׁלּוֹ! אָמַר רַב שִׁישָׁא בְּרֵיהּ דְּרַב אִידִי: לֹא, לִקְבִיעָא דְּיַרְחָא, הָא לְכָל דְּבָרִים — זֶה וָזֶה שָׁוִין.

On objecte : il n'y a de différence entre le 9 Av et Yom Kippour que celle-ci : celui-ci, son doute est interdit, et celui-là, son doute est permis. Que signifie : son doute est permis ?

Est-ce son crépuscule ? Rav Chicha, fils de Rav Idi, a dit : non, pour la fixation du mois.

Donc, pour toutes choses, celui-ci et celui-là sont égaux.

📜 Rachi (1)
לָאו בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת וְקַשְׁיָא לְרָבָא וּלְרַבִּי יוֹחָנָן דְּאָמְרִי בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת שֶׁלּוֹ אָסוּר:
Et c'est une difficulté pour Rava et pour Rabbi Yo'hanan, qui disent : son crépuscule est interdit.
💡 Explication

La même baraitha revient comme objection. Si le doute permis du 9 Av était le crépuscule, Rava et Rabbi Yo'hanan, qui l'interdisent, seraient en difficulté. Rachi le marque ainsi.

Rav Chicha maintient la kviuta de-yarha. Dès lors, hors ce doute du mois, le 9 Av et Yom Kippour sont égaux. C'est cette égalité qui appuie Rabbi Elazar au segment suivant.

14
מְסַייֵּעַ לְרַבִּי אֶלְעָזָר, דְּאָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: אָסוּר לוֹ לְאָדָם שֶׁיּוֹשִׁיט אֶצְבָּעוֹ בְּמַיִם בְּתִשְׁעָה בְּאָב, כְּדֶרֶךְ שֶׁאָסוּר לְהוֹשִׁיט אֶצְבָּעוֹ בְּיוֹם הַכִּיפּוּרִים.

Cela appuie Rabbi Elazar. Car Rabbi Elazar a dit : il est interdit à l'homme d'étendre son doigt dans l'eau le 9 Av, de la manière dont il est interdit d'étendre son doigt dans l'eau le jour de Kippour.

💡 Explication

Puisque le 9 Av égale Yom Kippour hors le doute du mois, Rabbi Elazar interdit le 9 Av jusqu'au geste d'étendre un doigt dans l'eau, comme à Yom Kippour.

15
מֵיתִיבִי: אֵין בֵּין תִּשְׁעָה בְּאָב לְתַעֲנִית צִיבּוּר אֶלָּא שֶׁזֶּה אָסוּר בַּעֲשִׂיַּית מְלָאכָה וְזֶה מֻותָּר בַּעֲשִׂייַּת מְלָאכָה בִּמְקוֹם שֶׁנָּהֲגוּ. הָא לְכָל דִּבְרֵיהֶם — זֶה וָזֶה שָׁוִין. וְאִילּוּ גַּבֵּי תַּעֲנִית צִיבּוּר תַּנְיָא: כְּשֶׁאָמְרוּ ״אָסוּר בִּרְחִיצָה״, לֹא אָמְרוּ אֶלָּא כָּל גּוּפוֹ, אֲבָל פָּנָיו יָדָיו וְרַגְלָיו — לֹא!

On objecte : il n'y a de différence entre le 9 Av et le jeûne public que celle-ci : celui-ci est interdit de faire un travail, et celui-là est permis de faire un travail là où l'on a la coutume. Donc, en toutes leurs paroles, celui-ci et celui-là sont égaux.

Or, à propos du jeûne public, on a enseigné : quand ils ont dit interdit de se laver, ils n'ont dit que tout son corps, mais son visage, ses mains et ses pieds, non.

📜 Rachi (2)
הָא לְכָל דִּבְרֵיהֶן זֶה וָזֶה שָׁוִין מִילְּתָא בְּאַנְפֵּי נַפְשָׁהּ הִיא וְדִייֵּק לָהּ מִמַּתְנִיתִין דִּלְעֵיל דְּקָתָנֵי אֵין בֵּין תִּשְׁעָה בְּאָב לְיוֹם הַכִּפּוּרִים שֶׁיְּהֵא מֻותָּר לְכַתְּחִלָּה בָּזֶה מַה שֶּׁאָסוּר בָּזֶה אֶלָּא שֶׁזֶּה סְפֵיקוֹ אָסוּר וְזֶה סְפֵיקוֹ מֻותָּר:
C'est une parole à part. Il la déduit de l'enseignement d'en haut, qui enseigne : entre le 9 Av et Yom Kippour, rien ne rend permis à l'origine, dans l'un, ce qui est interdit dans l'autre, hormis ceci : celui-ci, son doute est interdit, et celui-là, son doute est permis.
אֵין בֵּין תַּעֲנִית צִיבּוּר לְתִשְׁעָה בְּאָב קס"ד בֵּין לְהָקֵל בֵּין לְהַחְמִיר אַלְמָא לָא חֲמִיר תִּשְׁעָה בְּאָב מִתַּעֲנִית צִיבּוּר וּבְתַעֲנִית צִיבּוּר תַּנְיָא דְּפָנָיו יָדָיו וְרַגְלָיו מֻותָּר:
On pensait : aussi bien pour alléger que pour alourdir. Il en sort que le 9 Av n'a pas plus de rigueur que le jeûne public. Et dans le jeûne public, on a enseigné : son visage, ses mains et ses pieds sont permis.
💡 Explication

Autre baraitha. Entre le 9 Av et le jeûne public, le seul écart est le travail : interdit au jeûne public, permis le 9 Av là où la coutume est d'en faire. Pour le reste, ils seraient égaux.

Or, au jeûne public, l'interdit de la rehitsa ne vise que le corps entier. Le visage, les mains et les pieds restent permis. Le doigt interdit par Rabbi Elazar irait donc plus loin que le jeûne public.

Rachi. L'égalité générale est une déduction à part, tirée de la baraitha du 9 Av et de Yom Kippour : hors le doute, on ne rend pas permis à l'origine dans l'un ce qui est interdit dans l'autre. Sur la présente objection, on lisait la baraitha dans les deux sens, alléger et alourdir : le 9 Av n'aurait pas plus de rigueur que le jeûne public.

🖼️ Schéma
Jusqu'où va l'interdit de se laver ? Yom Kippour Même un doigt dans l'eau Interdit R. Elazar aligne le 9 Av 9 Av, R. Elazar Égal à Yom Kippour hors le doute du mois Doigt interdit Appui : ils sont égaux Jeûne public Tout le corps : interdit Visage, mains, pieds : permis Objection : hors le travail le 9 Av lui serait égal
Doigt interdit comme à Yom Kippour. Au jeûne public, visage, mains et pieds restent permis.
16
אָמַר רַב פָּפָּא:

Rav Papa a dit :

💡 Explication

La réponse de Rav Papa s'ouvre ici et continue sur l'amoud suivant. L'objection sur le lavage reste en suspens.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).