Pesachim 55a - Travail la veille de Pessah : minhag, issour, et les trois métiers

Pesachim 55a

Sougya : L'amoud achève d'abord le 9 Av : le tanna n'a retenu que les koulim, puis la yohara oppose Rabban Chimon ben Gamliel aux Sages, en face de la michna du hatan qui lit le Chema. Rabbi Yo'hanan renverse une chita ; Rav Chicha, fils de Rav Idi, maintient les deux avis, selon que l'acte se voit.

La michna nouvelle règle le travail en erev Pessa'h : Yehouda jusqu'à hatsot, le Galil pas du tout, et la nuit selon Beit Chammai et Beit Hillel. Rabbi Yo'hanan rattache le minhag à Rabbi Meir et l'issour à Rabbi Yehouda.

Viennent le désherbage du 13 Nissan, les trois jours de klita avant l'omer, puis la michna des trois oumanuyot et l'ibaya : achever seulement, ou aussi commencer, pour le besoin du moed.

Yohara : deux michnayot, deux lectures 9 Av : chômer du travail Sages : les talmidei hakhamim chôment RSBG : chacun se conduit comme eux Lecture : les Sages craignent la yohara, RSBG non Nuit du hatan : le Chema Sages : s'il veut, il lit RSBG : qui veut le nom ne le prend pas Lecture inverse : RSBG craint la yohara, les Sages non Rabbi Yo'hanan Mouhaleft ha-chita Le tanna s'est trompé dans l'une des deux listes On renverse une attribution pour faire coïncider les avis Rav Chicha, fils de Rav Idi On ne renverse pas Sages : ici il est seul à chômer Là-bas, tous lisent, lui aussi RSBG : là-bas la kavana manque Ici : il n'a pas de travail Le marché est plein d'oisifs La yohara se juge à ce qui se voit
Yohara : Rabbi Yohanan renverse une chita. Rav Chicha distingue ce qui se voit.
Erev Pessa'h : minhag ou issour Yehouda Travail jusqu'à hatsot le 14 Nissan Après midi, on arrête Galil Aucun travail kol ikar, tout le 14 Dès le matin Nuit, entrée du 14 Beit Chammai : assur Beit Hillel : moutar Jusqu'au nets ha-hama Rabbi Meir : minhag Chaque lieu suit son usage Michna du début du perek Beit Chammai et Beit Hillel ne divisent pas un minhag On regarde comment on pratique Rabbi Yehouda : issour Yehouda permet, le Galil interdit Michna d'ici, les Hakhamim Mahloket de la nuit : en Galil, selon Rabbi Yehouda Roch : ici, halakha comme Meir Pesak du Roch Entre Rabbi Meir et Rabbi Yehouda, la halakha suit d'ordinaire Rabbi Yehouda Ici la michna anonyme du début du perek l'emporte sur les Hakhamim
Yehouda, Galil, nuit du 14. Rabbi Meir : minhag. Rabbi Yehouda : issour. Rosh : halakha comme Meir ici.
Le 14 : achever, commencer, trois métiers Rabbi Meir Commence avant le 14 : on achève le 14 On ne commence pas le 14 même si l'on peut finir Hakhamim : trois oumanuyot Jusqu'à hatsot, en tout lieu Tailleurs, barbiers, blanchisseurs Rabbi Yossi bar Yehouda : aussi les cordonniers 1. Besoin du moed La michna parle du tsorekh ha-moed Hors besoin : on n'achève pas Achever oui, commencer non seulement pour le moed 2. Hors besoin La michna parle de l'hors-besoin Pour le besoin : on commence aussi Le début reste ferme hors du tsorekh 3. Les deux cas Besoin ou non Achever : oui Commencer : non La baraita du tsiltsol ne tranche pas encore La suite ouvre 55b
Rabbi Meir : achever un travail déjà commencé. Hakhamim : trois métiers jusqu'à hatsot. Trois lectures de l'ibaya.
1
תַּנָּא קֻולֵּי קֻולֵּי קָתָנֵי.

Le tanna enseigne koula sur koula.

📜 Rachi (1)
תַּנָּא קֻולֵּי קֻולֵּי נְקַט כָּל הָנֵי אֵין בֵּין חַד תַּנָּא אַמְרִינְהוּ וְקֻולֵּי קֻולֵּי נְקַט בְּרֵישָׁא תַּנָּא אֵין בֵּין תִּשְׁעָה בְּאָב קַל מיוה"כ לְכַתְּחִלָּה אֶלָּא שֶׁזֶּה סְפֵיקוֹ כו' וְסֵיפָא תְּנָא אֵין תִּשְׁעָה בְּאָב קַל מִתַּעֲנִית צִיבּוּר אֶלָּא לְעִנְיַן מְלָאכָה וּבְחוּמְרֵי דַּחֲמִיר תִּשְׁעָה בְּאָב מִתַּעֲנִית צִיבּוּר לָא אַייְרֵי הָכָא דְּתֵידוּק מִינָּהּ זֶה וָזֶה שָׁוִין וּלְעוֹלָם לְעִנְיַן רְחִיצָה ט"ב חֲמִיר:
Il n'a retenu que les koulim. Toutes ces formules 'il n'y a pas de différence' ont été dites par un seul tanna, et il n'a retenu que les koulim. Au début, il a enseigné : il n'y a de différence, là où le 9 Av est plus léger que Yom Kippour lekhathila, que le doute de l'un, etc. À la fin, il a enseigné : le 9 Av n'est plus léger qu'un ta'anit tsibour que pour le travail. Les houmot où le 9 Av est plus grave qu'un ta'anit tsibour, il n'en traite pas ici, de peur qu'on en déduise que l'un et l'autre sont égaux. En fait, pour la rehitsa, le 9 Av est plus grave.
🗂️ Tossefot (1)
קֻולֵּי קֻולֵּי קָתָנֵי בְּלֹא דָּר' אֶלְעָזָר דְּאָסַר לְהוֹשִׁיט אֶצְבָּעוֹ בְּמַיִם צ"ל קֻולֵּי קֻולֵּי קָתָנֵי דְּהָא בְּתִשְׁעָה בְּאָב לְכָל הַפָּחוֹת כָּל גּוּפוֹ אָסוּר אֲפִילּוּ בְּצוֹנֵן וּבְתַעֲנִית צִיבּוּר מֻותָּר בְּצוֹנֵן כִּדְמוֹכַח בפ"ק דְּתַעֲנִית (דַּף יג.):
Même sans l'avis de Rabbi Elazar, qui interdit de plonger le doigt dans l'eau, il faut dire qu'il enseigne koula sur koula. Car le 9 Av, au minimum, tout le corps est interdit, même à l'eau froide, et un ta'anit tsibour permet l'eau froide, comme il ressort du premier chapitre de Ta'anit (13a).
💡 Explication

Fin de la sougya du 9 Av. Koula sur koula : le tanna n'a retenu que les leniencies. Rachi : un seul tanna a dit tous les 'ein bein'. Il a choisi les cas où le 9 Av est plus léger.

Face à Yom Kippour, la différence retenue est le doute. Face à un ta'anit tsibour (jeûne public), la différence retenue est le travail. Les houmot sont laissées de côté : les citer aurait fait lire une égalité. Pour la rehitsa (ablution), le 9 Av est plus grave.

Tossefot : la formule reste nécessaire même sans Rabbi Elazar, qui interdit le doigt dans l'eau. Le 9 Av interdit tout le corps, y compris l'eau froide. Le ta'anit tsibour permet l'eau froide (Ta'anit 13a).

2
וּבְכָל מָקוֹם תַּלְמִידֵי חֲכָמִים וְכוּ׳. לְמֵימְרָא דְּרַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל סָבַר: לָא חָיְישִׁינַן לְיֻוהֲרָא, וְרַבָּנָן סָבְרִי: חָיְישִׁינַן לְיֻוהֲרָא? וְהָא אִיפְּכָא שָׁמְעִינַן לְהוּ, דִּתְנַן: חָתָן, אִם יִרְצֶה לִקְרוֹת קְרִיַּת שְׁמַע לַיְלָה הָרִאשׁוֹן — קוֹרֵא. רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל אָמַר: לֹא כָּל הָרוֹצֶה לִיטֹּול אֶת הַשֵּׁם יִטּוֹל.

Et en tout lieu, les talmidei hakhamim, etc. Est-ce à dire que Rabban Chimon ben Gamliel tient : on ne craint pas la yohara, et que les Sages tiennent : on craint la yohara ?

Or nous avons entendu d'eux le contraire. Car nous avons appris : un hatan, s'il veut lire le Chema la première nuit, il lit.

Rabban Chimon ben Gamliel a dit : pas tout homme qui veut prendre le nom le prendra.

📜 Rachi (1)
לִיטֹּול לוֹ אֶת הַשֵּׁם כֶּתֶר פְּרִישׁוּת וְיִרְאַת חֵטְא שֶׁאֵינוֹ יָכוֹל לְבַטֵּל הֵימֶנּוּ מַלְכוּת שָׁמַיִם אֲפִילּוּ לַיְלָה אַחַת לֹא כָּל הָרוֹצֶה לִיטְלוֹ יִטְּלֶנּוּ דְּמִיחְזֵי כְּיֻוהֲרָא וּמָחֵינַן בִּידֵיהּ:
Prendre le nom : la couronne de la perichout et de la crainte du péché, à savoir qu'il ne peut écarter de lui la malkhout chamayim même une seule nuit. Pas tout homme qui veut le prendre le prendra, car cela a l'apparence de la yohara, et on lui frappe la main.
💡 Explication

La michna précédente : en tout lieu les talmidei hakhamim chôment le 9 Av, et Rabban Chimon ben Gamliel veut que chacun se conduise ainsi. On lirait donc qu'il ne craint pas la yohara (ostentation), et que les Sages la craignent.

La michna du hatan (Berakhot) va dans l'autre sens. Les Sages : s'il veut lire le Chema la première nuit, il lit. Rabban Chimon ben Gamliel : prendre le nom de la crainte, la couronne de perichout, ne se fait pas à volonté. Rachi : cela a l'air de yohara, et on l'en empêche.

3
אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: מֻוחְלֶפֶת הַשִּׁיטָה. רַב שִׁישָׁא בְּרֵיהּ דְּרַב אִידִי אָמַר לָא תֵּיפוֹךְ: דְּרַבָּנַן אַדְּרַבָּנַן לָא קַשְׁיָא; הָכָא, כֵּיוָן דְּכֻולֵּי עָלְמָא עָבְדִי מְלָאכָה וְאִיהוּ לָא עָבֵיד — מִיחְזֵי כְּיֻוהֲרָא, אֲבָל הָתָם, כֵּיוָן דְּכֻולֵּי עָלְמָא קָרֵי וְאִיהוּ נָמֵי קָרֵי — לָא מִיחְזֵי כְּיֻוהֲרָא.

Rabbi Yo'hanan a dit : la chita est inversée. Rav Chicha, fils de Rav Idi, a dit : ne renverse pas.

Les Sages face aux Sages, cela ne fait pas difficulté. Ici, puisque tout le monde fait un travail et que lui n'en fait pas, cela a l'apparence de la yohara.

Mais là-bas, puisque tout le monde lit et que lui aussi lit, cela n'a pas l'apparence de la yohara.

📜 Rachi (1)
מֻוחְלֶפֶת הַשִּׁיטָה הַתַּנָּא שֶׁסִּידְּרָן טָעָה בְּאַחַת מֵהֶן וְהֶחֱלִיף שִׁיטָתוֹ:
La chita est inversée : le tanna qui les a rangées s'est trompé dans l'une d'elles, et il a échangé sa position.
💡 Explication

Rabbi Yo'hanan : mouhaleft ha-chita. Le tanna qui a ordonné les deux michnayot a inversé une attribution.

Rav Chicha refuse le renversement. Pour les Sages, les deux textes tiennent ensemble. Le 9 Av, tout le monde travaille et lui chôme : la yohara se voit. La nuit du hatan, tout le monde lit le Chema et lui aussi : son acte se confond avec celui de tous.

4
דְּרַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל אַדְּרַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל לָא קַשְׁיָא; הָתָם הוּא דְּבָעֵינַן כַּוָּונָה, וַאֲנַן סָהֲדֵי דְּלָא מָצֵי כַּוּוֹנֵי דַּעְתֵּיהּ — מִיחְזֵי כְּיֻוהֲרָא: אֲבָל הָכָא לָא מִיחְזֵי כְּיֻוהֲרָא, אָמְרִי: מְלָאכָה הִיא דְּלֵית לֵיהּ, פּוּק חֲזִי כַּמָּה בַּטְלָנֵי אִיכָּא בְּשׁוּקָא.

Rabban Chimon ben Gamliel face à Rabban Chimon ben Gamliel, cela ne fait pas difficulté. Là-bas, c'est que nous exigeons la kavana, et nous sommes témoins qu'il ne peut fixer son esprit : cela a l'apparence de la yohara.

Mais ici, cela n'a pas l'apparence de la yohara. On dit : c'est un travail qu'il n'a pas.

Sors et vois combien d'oisifs il y a au marché.

📜 Rachi (1)
אָמְרִי מְלָאכָה לֵית לֵיהּ הָרוֹאֶה אוֹתוֹ בָּטֵל אוֹמְרִים אֵין לוֹ מַה לַעֲשׂוֹת וְלָא מִיחְזֵי כְּנוֹהֵג בּוֹ אִיסּוּר:
On dit : il n'a pas de travail. Celui qui le voit oisif dit qu'il n'a rien à faire, et cela n'a pas l'apparence de quelqu'un qui s'impose un issour.
💡 Explication

Suite de Rav Chicha, pour Rabban Chimon ben Gamliel. La nuit du hatan, le Chema exige la kavana (concentration). Tout le monde voit qu'il ne peut pas fixer son esprit. Lire quand même affiche une yohara.

Le 9 Av, chômer ne se lit pas comme un issour qu'il s'imposerait. On dit qu'il n'a pas d'ouvrage. Rachi : le passant parle d'oisiveté, pas d'un homme qui se rend interdit le travail. Le marché compte déjà beaucoup de batlanim.

5
מַתְנֵי׳ וַחֲכָמִים אוֹמְרִים: בִּיהוּדָה הָיוּ עוֹשִׂין מְלָאכָה בְּעַרְבֵי פְסָחִים עַד חֲצוֹת, וּבַגָּלִיל לֹא הָיוּ עוֹשִׂין כָּל עִיקָּר. הַלַּיְלָה, בֵּית שַׁמַּאי אוֹסְרִים, וּבֵית הִלֵּל מַתִּירִין עַד הָנֵץ הַחַמָּה.

Michna. Et les Sages disent : en Yehouda, on faisait un travail les veilles de Pessa'h jusqu'à hatsot, et en Galil on n'en faisait aucun.

La nuit, Beit Chammai interdisent, et Beit Hillel permettent jusqu'au nets ha-hama.

📜 Rachi (1)
מַתְנֵי' הַלַּיְלָה אוֹר לְאַרְבָּעָה עָשָׂר:
La nuit : l'entrée du quatorze.
💡 Explication

Michna nouvelle, encore sur le travail. Yehouda : on travaille le 14 jusqu'à hatsot (midi). Galil : aucun travail, kol ikar.

La nuit, Rachi : l'or du quatorze, la nuit qui ouvre le 14 Nissan. Beit Chammai interdit. Beit Hillel permet jusqu'au nets ha-hama (lever du soleil).

6
גְּמָ׳ מֵעִיקָּרָא תְּנָא מִנְהָגָא, וּלְבַסּוֹף תְּנָא אִיסּוּרָא!

Guemara. D'abord il a enseigné un minhag, et à la fin il a enseigné un issour !

📜 Rachi (2)
גְּמָ' מֵעִיקָּרָא תְּנָא מִנְהָגָא תָּלָה בְּמִנְהַג:
D'abord il a enseigné un minhag : il a rattaché la chose à la coutume.
וּלְבַסּוֹף תְּנָא אִיסּוּרָא דְּקָתָנֵי בֵּית שַׁמַּאי אוֹסְרִין דְּמַשְׁמַע בְּכָל מָקוֹם:
Et à la fin il a enseigné un issour : car on enseigne que Beit Chammai interdisent, ce qui vise tout lieu.
💡 Explication

Le début du perek parlait de minhag : le lieu où l'on a coutume de travailler, on travaille. Ici, Beit Chammai interdisent la nuit. Rachi : un issour, et un issour qui vaut partout, pas une coutume locale.

7
אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן, לָא קַשְׁיָא: הָא — רַבִּי מֵאִיר, הָא — רַבִּי יְהוּדָה. דְּתַנְיָא, אָמַר רַבִּי יְהוּדָה: בִּיהוּדָה הָיוּ עוֹשִׂין מְלָאכָה בְּעַרְבֵי פְסָחִים עַד חֲצוֹת, וּבַגָּלִיל אֵינָן עוֹשִׂין כָּל עִיקָּר. אָמַר לוֹ רַבִּי מֵאִיר: מָה רְאָייָה יְהוּדָה וְגָלִיל לְכָאן? אֶלָּא, מָקוֹם שֶׁנָּהֲגוּ לַעֲשׂוֹת מְלָאכָה — עוֹשִׂין, מָקוֹם שֶׁנָּהֲגוּ שֶׁלֹּא לַעֲשׂוֹת — אֵין עוֹשִׂין. מִדְּקָאָמַר רַבִּי מֵאִיר מִנְהָגָא — מִכְּלָל דְּרַבִּי יְהוּדָה אִיסּוּרָא קָאָמַר.

Rabbi Yo'hanan a dit : cela ne fait pas difficulté. Ceci est Rabbi Meir, cela est Rabbi Yehouda.

Car on a enseigné : Rabbi Yehouda a dit : en Yehouda, on faisait un travail les veilles de Pessa'h jusqu'à hatsot, et en Galil on n'en fait aucun. Rabbi Meir lui a dit : quelle preuve Yehouda et le Galil apportent-ils ici ?

Plutôt : un lieu où l'on a coutume de faire un travail, on en fait ; un lieu où l'on a coutume de ne pas en faire, on n'en fait pas. Du fait que Rabbi Meir parle de minhag, il ressort que Rabbi Yehouda parle d'issour.

📜 Rachi (2)
מָה רְאָיָה יְהוּדָה וְגָלִיל לְכָאן אַף כָּל מָקוֹם שֶׁנָּהֲגוּ הֶיתֵּר הֶיתֵּר נָהֲגוּ אִיסּוּר אִיסּוּר:
Quelle preuve Yehouda et le Galil apportent-ils ici : de même, tout lieu qui a pratiqué le heter, c'est le heter ; qui a pratiqué l'issour, c'est l'issour.
מִכְּלָל דְּר' יְהוּדָה אִיסּוּרָא קָאָמַר דִּבְנֵי יְהוּדָה מַתִּירִין וּבְנֵי גָּלִיל אוֹסְרִין דְּאִי מִנְהָגָא קָאָמַר מַאי פְּלֻוגְתֵּיהּ דר"מ הָא ר' יְהוּדָה נָמֵי הָכִי הֲוָה אָמַר בַּגָּלִיל הָיוּ נוֹהֲגִין בּוֹ אִיסּוּר שֶׁהֶחְמִירוּ עַל עַצְמָן וּבִיהוּדָה נוֹהֲגִין בּוֹ הֶיתֵּר:
Il ressort que Rabbi Yehouda parle d'issour : les gens de Yehouda permettent, et les gens du Galil interdisent. Car s'il parlait de minhag, où serait la mahloket de Rabbi Meir ? Rabbi Yehouda aussi aurait dit cela : en Galil on y pratiquait l'issour, pour s'être imposé une houmera, et en Yehouda on y pratiquait le heter.
🗂️ Tossefot (2)
אָמַר ר' מֵאִיר מָה רְאָייָה יְהוּדָה וְגָלִיל לְכָאן לְרַבִּי מֵאִיר דְּאִית לֵיהּ דְּהָוֵי מִנְהָגָא קָסָבַר דְּלָא נֶחְלְקוּ ב"ש וב"ה בְּדָבָר זֶה דִּבְמִנְהָג לֹא שַׁיָּיךְ פְּלֻוגְתָּא דְּלֶיחְזֵי הֵיכִי נָהוּג:
Pour Rabbi Meir, qui tient que c'est un minhag, Beit Chammai et Beit Hillel ne se sont pas divisés là-dessus. Un minhag ne porte pas de mahloket : que l'on voie comment on a coutume.
מִדְּקָאָמַר ר"מ מִנְהָגָא מִכְּלָל דְּרַבִּי יְהוּדָה אִיסּוּרָא קָאָמַר אַמַּתְנִיתִין לֵיכָּא לְמֵידַק הָכִי מִדְּקָאָמַר ת"ק מִנְהָגָא מִכְּלָל דַּחֲכָמִים אִיסּוּרָא קָאָמְרִי דְּאַמַּתְנִי' אִיכָּא לְמֵימַר דְּתַרְוַייְהוּ סָבְרִי מִנְהָגָא וה"ק חֲכָמִים לת"ק לָמָּה אַתָּה סוֹתֵם דְּבָרֶיךָ וַהֲלֹא אַתָּה יָכוֹל לְפָרֵשׁ דְּבָרֶיךָ וּלְבָאֵר דְּבַגָּלִיל אֵין עוֹשִׂין וּבִיהוּדָה עוֹשִׂין וּבַבָּרַיְיתָא לֹא שַׁייָּךְ לְפָרֵשׁ כֵּן:
Du fait que Rabbi Meir parle de minhag, il ressort que Rabbi Yehouda parle d'issour. Sur la michna, on ne déduit pas ainsi, du tanna kama qui parle de minhag, que les Sages parleraient d'issour. Car sur la michna on peut dire que les deux tiennent un minhag, et voici ce que les Sages disent au tanna kama : pourquoi laisses-tu tes paroles fermées, alors que tu peux les expliquer et préciser qu'en Galil on ne travaille pas et qu'en Yehouda on travaille. Dans la baraita, cette lecture ne convient pas.
⚖️ Rosh (1)
גְּמָ' מֵעִיקָּרָא תְּנָא מִנְהָגָא לְבַסּוֹף תָּנֵי אִיסּוּרָא. א"ר יוֹחָנָן לָא קַשְׁיָא הָא רַבִּי מֵאִיר הָא רַבִּי יְהוּדָה. דְּתַנְיָא א"ר יְהוּדָה בִּיהוּדָה הָיוּ עוֹשִׂין מְלָאכָה בְּעַרְבֵי פְסָחִים עַד חֲצוֹת וּבַגָּלִיל לֹא הָיוּ עוֹשִׂין כָּל עִיקָּר אָמַר לוֹ רַבִּי מֵאִיר וְכִי מָה רְאָיָה יְהוּדָה וְגָלִיל לְכָאן אֶלָּא מָקוֹם שֶׁנָּהֲגוּ לַעֲשׂוֹת עוֹשִׂין וּמָקוֹם שֶׁנָּהֲגוּ שֶׁלֹּא לַעֲשׂוֹת אֵין עוֹשִׂין וּמַתְנִי' דְּרֵישׁ פִּירְקִין רַבִּי מֵאִיר וּמַתְנִי' דְּהָכָא ר' יְהוּדָה וּפְלוּגְתָּא דְּב"ש וּב"ה בְּלַיְלָה וּבַגָּלִיל וְאַלִּיבָּא דְּר' יְהוּדָה וְלֵר' מֵאִיר לֹא נֶחְלְקוּ ב"ש וב"ה בְּדָבָר זֶה דְּלֵיכָּא אִסּוּרָא אֶלָּא מִנְהָגָא וּבְמִנְהָגָא לֹא שַׁיָּיךְ פְּלֻוגְתָּא דְּלֶיחְזֵי הֵיכִי נָהוּג. ואע"ג דְּרַבִּי מֵאִיר וְרַבִּי יְהוּדָה הֲלָכָה כְּרַבִּי יְהוּדָה. יֵרָאֶה דַּהֲלָכָה כְּרַבִּי מֵאִיר בְּהָא דִּסְתָם מִשְׁנָה דְּרֵישׁ פִּרְקִין עָדִיף מִדִּבְרֵי חֲכָמִים.
Guemara. D'abord il a enseigné un minhag, à la fin un issour. Rabbi Yo'hanan a dit : cela ne fait pas difficulté. Ceci est Rabbi Meir, cela est Rabbi Yehouda. Car on a enseigné : Rabbi Yehouda a dit : en Yehouda on faisait un travail les veilles de Pessa'h jusqu'à hatsot, et en Galil on n'en faisait aucun. Rabbi Meir lui a dit : et quelle preuve Yehouda et le Galil apportent-ils ici ? Plutôt, un lieu où l'on a coutume de faire, on fait, et un lieu où l'on a coutume de ne pas faire, on ne fait pas. La michna du début de notre perek est Rabbi Meir, et la michna d'ici est Rabbi Yehouda. La mahloket de Beit Chammai et de Beit Hillel sur la nuit vaut en Galil, selon Rabbi Yehouda. Pour Rabbi Meir, Beit Chammai et Beit Hillel ne se sont pas divisés sur ce point : il n'y a pas d'issour, il y a un minhag, et un minhag ne porte pas de mahloket, que l'on voie comment on pratique. Et bien qu'entre Rabbi Meir et Rabbi Yehouda la halakha suive Rabbi Yehouda, il apparaît que la halakha suit Rabbi Meir en ceci : la michna anonyme du début du perek l'emporte sur les paroles des Sages.
💡 Explication

Rabbi Yo'hanan répartit les deux michnayot. Le début du perek, le minhag, est Rabbi Meir. La michna d'ici est Rabbi Yehouda, et elle parle d'issour.

Dans la baraita, Rabbi Yehouda fixe Yehouda et le Galil. Rabbi Meir répond : ces deux contrées ne prouvent qu'un usage local. Rachi : en minhag, la mahloket de Rabbi Meir n'a plus de place, Rabbi Yehouda dirait la même chose.

Tossefot : selon Rabbi Meir, Beit Chammai et Beit Hillel ne divisent pas un minhag. Sur la michna elle-même, les Hakhamim peuvent encore parler de minhag, en demandant au tanna kama de nommer Yehouda et le Galil. Cette lecture ne passe pas dans la baraita. Le Roch : d'ordinaire la halakha suit Rabbi Yehouda contre Rabbi Meir ; ici la michna anonyme du début l'emporte, et la halakha suit Rabbi Meir.

8
וְסָבַר רַבִּי יְהוּדָה אַרְבָּעָה עָשָׂר מֻותָּר בַּעֲשִׂייַּת מְלָאכָה? וְהָתַנְיָא, רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: הַמְנַכֵּשׁ בִּשְׁלֹשָׁה עָשָׂר וְנֶעְקְרָה בְּיָדוֹ — שׁוֹתְלָהּ בִּמְקוֹם הַטִּיט, וְאֵין שׁוֹתְלָהּ בִּמְקוֹם הַגְּרִיד.

Et Rabbi Yehouda tient-il que le quatorze est permis pour le travail ? Or on a enseigné : Rabbi Yehouda dit : celui qui désherbe le treize, et qu'un épi s'arrache dans sa main, le replante à un endroit de tit, et ne le replante pas à un endroit de garid.

📜 Rachi (7)
וְסָבַר רַבִּי יְהוּדָה מֻותָּר דְּקָאָמַר בְּנֵי יְהוּדָה מַתִּירִין:
Et Rabbi Yehouda tient-il que c'est permis : puisqu'il dit que les gens de Yehouda permettent.
הַמְנַכֵּשׁ מִבֵּין תְּבוּאַת דָּגָן:
Celui qui désherbe : au milieu de la récolte de grain.
בִּשְׁלֹשָׁה עָשָׂר בְּנִיסָן מְפָרֵשׁ וְאָזֵיל שְׁלֹשָׁה עָשָׂר אַמַּאי נְקַט:
Le treize de Nissan : il va expliquer pourquoi il a pris le treize.
וְנֶעֶקְרָה בְּיָדוֹ הַשִּׁיבֹּולֶת עַצְמָהּ נֶעֶקְרָה בְּיָדוֹ שָׁורְשָׁהּ מִן הָאָרֶץ וּבָא לַחֲזֹור וּלְשָׁותְלָהּ:
Et elle s'est arrachée dans sa main : l'épi lui-même s'est arraché dans sa main, sa racine hors de la terre, et il vient le replanter.
שׁוֹתְלָהּ בִּמְקוֹם הַטִּיט שֶׁתְּמַהֵר לִיקָּלֵט קֹודֶם הָעֹומֶר שֶׁהָעֹומֶר מַתִּיר אֶת הַנִּשְׁרָשִׁין אֲבָל הַנִּשְׁרָשִׁין אַחַר הָעֹומֶר אֲסוּרִין מִשּׁוּם חָדָשׁ עַד שֶׁיָּבֹא עֹומֶר הַבָּא:
Il le replante dans la boue, pour qu'il prenne vite avant l'omer. L'omer permet ce qui s'est enraciné ; ce qui s'enracine après l'omer est interdit à titre de 'hadach, jusqu'à ce que vienne l'omer suivant.
הַגָּרִיד יָבֵשׁ שֶׁאֵינוֹ מְמַהֵר לִקְלֹוט:
Le garid : un sol sec, qui ne prend pas vite.
מְנַכֵּשׁ בִּשְׁלֹשָׁה עָשָׂר קָתָנֵי מְנַכֵּשׁ בְּאַרְבָּעָה עָשָׂר לָא קָתָנֵי ומ"ט נְקַט שְׁלֹשָׁה עָשָׂר וְלָא קָתָנֵי אַרְבָּעָה עָשָׂר אִי מִשּׁוּם דְּלָא מִיקַּלְטָה לִפְנֵי הָעֹומֶר הַקָּרֵב בְּשִׁשָּׁה עָשָׂר מִכְּדֵי שָׁמְעִינַן לְרַבִּי יְהוּדָה כו' בפ"ק דְּרֹאשׁ הַשָּׁנָה (דַּף י:) וְאִי אַרְבָּעָה עָשָׂר מֻותָּר בִּמְלָאכָה נִינְקֹוט אַרְבֵּיסַר נָמֵי דְּהָא אִיכָּא מִקְצָת אַרְבֵּיסַר וַחֲמֵיסַר כּוּלֵּיהּ וּמִקְצָת שִׁיתְסַר עַד שְׁעַת הַקְרָבָתוֹ:
On enseigne celui qui désherbe le treize ; on n'enseigne pas celui qui désherbe le quatorze. Pourquoi a-t-il pris le treize plutôt que le quatorze ? Si c'est parce qu'elle ne prendrait pas avant l'omer offert le seize : or nous tenons déjà de Rabbi Yehouda, etc., au premier chapitre de Roch Hachana (10b). Et si le quatorze est permis pour le travail, qu'il prenne aussi le quatorze, puisqu'il y a une partie du quatorze, le quinze tout entier, et une partie du seize jusqu'à l'heure de son offrande.
💡 Explication

Si Rabbi Yehouda permet le travail en Yehouda le 14, pourquoi sa baraita du désherbage ne parle-t-elle que du 13 ? L'épi arraché se replante dans le tit (boue), pour une klita rapide. On le laisse hors du garid (sol sec).

Enjeu : l'omer du 16 Nissan permet ce qui a pris racine avant lui. Ce qui s'enracine après reste 'hadach jusqu'à l'omer de l'année suivante. Rachi annonce déjà le compte : partie du 14, 15 entier, partie du 16 jusqu'à l'offrande.

9
בִּשְׁלֹשָׁה עָשָׂר — אִין, בְּאַרְבָּעָה עָשָׂר — לֹא. מִכְּדֵי שָׁמְעִינַן לֵיהּ לְרַבִּי יְהוּדָה דְּאָמַר: כָּל הַרְכָּבָה שֶׁאֵינָהּ קוֹלֶטֶת לִשְׁלֹשָׁה יָמִים — שׁוּב אֵינָהּ קוֹלֶטֶת. וְאִי סָלְקָא דַּעְתָּךְ אַרְבָּעָה עָשָׂר מֻותָּר בַּעֲשִׂייַּת מְלָאכָה, לָמָּה לִי שְׁלֹשָׁה עָשָׂר? וְהָאִיכָּא אַרְבֵּיסַר וַחֲמֵיסַר וּמִקְצָת שִׁיתְּסַר! אָמַר רָבָא: בַּגָּלִיל שָׁנוּ.

Le treize, oui ; le quatorze, non. Or nous tenons de Rabbi Yehouda qu'il a dit : toute greffe qui ne prend pas en trois jours ne prend plus.

Et si tu supposes que le quatorze est permis pour le travail, pourquoi me faut-il le treize ? Il y a pourtant le quatorze, le quinze, et une partie du seize !

Rava a dit : on l'a enseigné pour le Galil.

📜 Rachi (1)
בַּגָּלִיל שָׁנוּ שֶׁלֹּא הָיוּ עוֹשִׂין מְלָאכָה כָּל עִיקָּר בְּאַרְבָּעָה עָשָׂר וּבָהֶן נִשְׁנֵית מִשְׁנָה זוֹ:
On l'a enseigné pour le Galil : ils ne faisaient aucun travail le quatorze, et c'est à leur sujet que cette michna a été enseignée.
🗂️ Tossefot (1)
כָּל הַרְכָּבָה שֶׁאֵינָהּ קוֹלֶטֶת וא"ת א"כ לָמָּה אֵינוֹ שׁוֹתְלָהּ בִּמְקוֹם הַגָּרִיד אִי קְלָטָהּ עַד שְׁלֹשָׁה יָמִים שָׁרִי לָהּ עֹומֶר וְאִי לֹא קְלָטָהּ שׁוּב לֹא תִּקְלוֹט וְאֵינוֹ צָרִיךְ הֶיתֵּר כְּמוֹ חִיטֵּי דְּכַדָּא וי"ל דִּבְמָקוֹם הַגָּרִיד מֵאַחֶרֶת לִקְלֹוט יוֹתֵר מג' יָמִים א"נ יֵשׁ לָחוּשׁ כְּשֶׁיִּרְאֶה שֶׁלֹּא תִּקְלוֹט שֶׁיִּשְׁתֹּול אוֹתָהּ בִּמְקוֹם הַטִּיט אַחַר הָעֹומֶר:
Toute greffe qui ne prend pas. Et si tu dis : dès lors, pourquoi ne la replante-t-il pas dans le garid ? Si elle a pris dans les trois jours, l'omer la permet ; si elle n'a pas pris, elle ne prendra plus, et elle n'a pas besoin d'heter, comme le blé d'une cruche. On répond : dans le garid, elle prend plus tard que trois jours. Autre réponse : on craint que, lorsqu'il verra qu'elle ne prend pas, il la replante dans la boue après l'omer.
⚖️ Rosh (2)
גְּמָ' הַשְׁתָּא אוֹתוֹבֵי מוֹתְבִינַן אַהְדּוֹרֵי מִבָּעֵי אָמַר אַבָּיֵי סֵיפָא אֲתָאן לְחֻולּוֹ שֶׁל מוֹעֵד אָמַר רַב הוּנָא לֹא שָׁנוּ אֶלָּא תּוֹךְ ג' לְמִרְדָּהּ דְּאַכַּתִּי לָא פְּרַח צִימְרָא מִינָּה וְאֵין טֹורַח כָּל כָּךְ בַּחֲזִירָתָהּ. וְאַחַר ג' לִישִׁיבָתָהּ דְּפָסְדִי בֵּיעֵי לְגַמְרֵי. דְּאִיכָּא תַּרְתֵּי לְטֵיבוּתָא דְּזוּטָר טִירְחָא וּנְפִישׁ פְּסֵידָא. אֲבָל לְאַחַר שְׁלֹשָׁה לְמִרְדָּהּ דִּפְרַח צִימְרָא מִינָּהּ אַפִּי' לְאַחַר ג' לִישִׁיבָתָהּ אָסוּר וְתוֹךְ ג' לִישִׁיבָתָהּ דְּאַכַּתִּי לָא פָּסְדִי בֵּיעֵי לְגַמְרֵי אַפֵּי' תּוֹךְ שְׁלֹשָׁה לְמִרְדָּהּ לָא מְהַדְּרִינַן. וְרַבִּי אַמִּי אָמַר אֲפִי' תּוֹךְ שְׁלֹשָׁה לִישִׁיבָתָהּ מַהְדְּרִינַן. בְּמַאי קָא מִיפַּלְגִי מָר סָבַר לְהֶפְסֵד מְרֻובֶּה חָשְׁשׁוּ לְהֶפְסֵד מוּעָט לֹא חָשְׁשׁוּ ומ"ס לְהֶפְסֵד מוּעָט נָמֵי חָשְׁשׁוּ וְנִרְאֶה דִּבְהֶפְסֵד מוּעָט תּוֹךְ שְׁלֹשָׁה פְּלִיג רַבִּי אַמִּי אֲבָל בְּטִירְחָא דְּבָתַר שְׁלֹשָׁה לְמִרְדָּהּ לָא פְּלִיג אַרַב הוּנָא. יֵשׁ פּוֹסְקִים כְּרַב הוּנָא לְחוּמְרָא. אֲבָל לְמַאי דִּפְסִיק ר"ת וְרִיבָ"א מ"ק סִי' א' דְּאִיסּוּר מְלָאכָה בְּחוֹל הַמּוֹעֵד דְּרַבָּנָן א"כ אָזְלִינַן בָּהּ לְקֻולָּא.
Guemara. Maintenant que nous objectons, il faudrait répondre. Abaye a dit : la fin vise Hol ha-moed. Rav Houna a dit : on n'a enseigné cela que dans les trois jours de sa merida, car la tzimra ne s'est pas encore enfuit d'elle, et la peine de la ramener n'est pas si grande ; et après trois jours de sa couvaison, car les œufs sont entièrement perdus. Il y a là deux avantages : la peine est faible, et la perte est grande. Mais après trois jours de sa merida, quand la tzimra s'est enfuit d'elle, même après trois jours de sa couvaison, c'est interdit. Et dans les trois jours de sa couvaison, quand les œufs ne sont pas encore entièrement perdus, même dans les trois jours de sa merida, on ne la ramène pas. Rabbi Ami a dit : même dans les trois jours de sa couvaison, on la ramène. Sur quoi divergent-ils ? L'un tient : on a tenu compte d'une perte importante, on n'a pas tenu compte d'une perte faible. L'autre maître tient : on a aussi tenu compte d'une perte faible. Il apparaît que, pour une perte faible dans les trois jours, Rabbi Ami diverge, mais pour la peine d'après trois jours de merida, il ne diverge pas de Rav Houna. Certains tranchent comme Rav Houna, dans le sens de la houmera. Mais selon le psak de Rabbeinou Tam et du Riva, Moed Katan, siman 1, l'interdit du travail à Hol ha-moed est de-rabbanan : on va alors à la koula.
גְּמָ' אָמַר רַב פָּפָּא בָּדֵיק לַן רָבָא תְּנַן מוֹלִיכִין וּמְבִיאִין כֵּלִים מִבֵּית הָאֻומָּן ואע"פ שֶׁאֵין לְצֹורֶךְ הַמּוֹעֵד וְהָא אֲנַן תְּנַן אֵין מְבִיאִין כֵּלִים מִבֵּית הָאֻומָּן וְאִם חוֹשֵׁשׁ לָהֶם שֶׁמָּא יִגָּנְבוּ מְפַנָּן לְחָצֵר אַחֶרֶת וּמִשָּׁנֵינַן ל"ק הָא בְּאַרְבָּעָה עָשָׂר וְהָא בְּחֻולּוֹ שֶׁל מוֹעֵד בי"ד מְבִיאִין וּבְחֻולּוֹ שֶׁל מוֹעֵד אֵין מְבִיאִין אא"כ לְצֹורֶךְ הַמּוֹעֵד. וְכֵן הִלְכְתָא. הַדְרָן עֲלָךְ פֶּרֶק מָקוֹם שֶׁנָּהֲגוּ
Guemara. Rav Papa a dit : Rava nous a éprouvés. On a enseigné : on emporte et on rapporte des outils de chez l'artisan, même hors du besoin du moed. Or nous, nous avons appris : on ne rapporte pas d'outils de chez l'artisan, et si l'on craint qu'on les vole, on les déplace vers une autre cour. Nous répondons : cela ne fait pas difficulté. Ceci vise le quatorze, cela vise Hol ha-moed. Le quatorze, on les rapporte ; à Hol ha-moed, on ne les rapporte que pour le besoin du moed. Et ainsi est la halakha. Hadran alakh, chapitre Makom che-nahagou.
💡 Explication

Du silence sur le 14, la Guemara lit : le 13, on désherbe ; le 14, non. Or Rabbi Yehouda (Roch Hachana 10b) : une harkava (greffe) qui ne prend pas en trois jours ne prend plus. Planté le 14, il resterait le 14, le 15, et une partie du 16 avant l'omer. Rava : la baraita vise le Galil, où le 14 est interdit au travail.

Tossefot : dans le garid, si elle ne prend pas en trois jours, elle ne prendra plus, comme le blé déjà détaché dans une cruche, et l'omer n'aurait rien à permettre. Réponse : le sol sec prend après trois jours, donc possiblement après l'omer, et ce sera du 'hadach. Autre crainte : en voyant l'échec, il replantera dans la boue après l'omer.

Le Roch rapporte ici deux pesakim. L'un : ramener une poule qui a quitté ses œufs à Hol ha-moed, délai de trois jours pour la merida (elle quitte le nid) et pour la couvaison, tzimra (chaleur), perte des œufs, Rav Houna et Rabbi Ami ; Rabbeinou Tam et le Riva vont à la koula, l'interdit de Hol ha-moed étant de-rabbanan. L'autre : les outils chez l'artisan, rapportés le 14, et à Hol ha-moed seulement pour le besoin du moed. Formule de clôture du chapitre Makom che-nahagou.

🖼️ Schéma
Trois jours de klita avant l'omer du 16 13 On désherbe Replanter : boue 14 La baraita se tait Travail en question 15 Jour entier Yom tov 16, jusqu'à l'omer Partie du jour L'omer permet l'enraciné Rabbi Yehouda : une greffe qui ne prend pas en trois jours ne prend plus Si le 14 était permis : 14 + 15 + partie du 16 suffiraient. Pourquoi seulement le 13 ? Rava : la baraita vise le Galil, où l'on ne travaille pas le 14
13, 14, 15, partie du 16. Rava : la baraita du désherbage vise le Galil.
10
וְהָאִיכָּא לֵילְיָא! אָמַר רַב שֵׁשֶׁת: כְּבֵית שַׁמַּאי. רַב אַשִּׁי אָמַר: לְעוֹלָם כְּבֵית הִלֵּל — לְפִי שֶׁאֵין דַּרְכָּן שֶׁל בְּנֵי אָדָם לְנַכֵּשׁ בַּלַּיְלָה.

Mais il y a la nuit ! Rav Chechet a dit : comme Beit Chammai.

Rav Achi a dit : en réalité, comme Beit Hillel, car les gens n'ont pas pour usage de désherber la nuit.

📜 Rachi (2)
וְהָא אִיכָּא לַיְלָה וּמָצֵי לְמִיתְנֵי הַמְנַכֵּשׁ לֵילֵי אַרְבָּעָה עָשָׂר:
Mais il y a la nuit : et il pouvait enseigner celui qui désherbe dans la nuit du quatorze.
כב"ש דְּמַתְנִיתִין דִּתְנַן הַלַּיְלָה ב"ש אוֹסְרִין:
Comme Beit Chammai : de la michna, où l'on enseigne que la nuit, Beit Chammai interdisent.
💡 Explication

Même en Galil, Beit Hillel permet le travail la nuit qui ouvre le 14. La baraita aurait pu dire : celui qui désherbe cette nuit-là. Le compte des trois jours commencerait plus tôt.

Rav Chechet : Rabbi Yehouda suit ici Beit Chammai, qui interdit cette nuit. Rav Achi le laisse avec Beit Hillel, qui est la halakha. On n'enseigne pas ce cas : désherber la nuit n'est pas l'usage, on n'y voit pas les herbes.

🖼️ Schéma
Et la nuit du 14, en Galil ? Objection Beit Hillel permet cette nuit-là On aurait pu enseigner le désherbage de nuit Rav Chechet Comme Beit Chammai La nuit est interdite D'où le silence de la baraita Rav Achi Comme Beit Hillel La nuit est permise On ne désherbe pas la nuit : cas sans usage
La nuit du 14. Rav Chechet : Beit Chammai. Rav Achi : Beit Hillel, et l'on ne désherbe pas la nuit.
11
רָבִינָא אָמַר: לְעוֹלָם בִּיהוּדָה, וּבְהַשְׁרָשָׁה חַד ״מִקְצָת הַיּוֹם כְּכֻולּוֹ״ — אָמְרִינַן, תְּרֵי ״מִקְצָת הַיּוֹם כְּכֻולּוֹ״ — לָא אָמְרִינַן.

Ravina a dit : en réalité, en Yehouda. Et pour l'hachracha, un seul miktsat ha-yom ke-khoullo, nous le disons ; deux miktsat ha-yom ke-khoullo, nous ne le disons pas.

📜 Rachi (1)
ה"ג רָבִינָא אָמַר לְעוֹלָם בִּיהוּדָה וּדְקַשְׁיָא לָךְ לִיתְנֵי בְּאַרְבָּעָה עָשָׂר וּבְהַשְׁרָשָׁה חַד מִקְצָת אָמְרִינַן תְּרֵי מִקְצָת לָא אָמְרִינַן לְעִנְיַן הַשְׁרָשָׁה חַד מִקְצָת הַיּוֹם כְּכֻולּוֹ אָמְרִינַן אִם הָיָה מְנַכֵּשׁ בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת שֶׁל כְּנִיסַת אַרְבָּעָה עָשָׂר הֲוָה אָמְרִינַן דְּקָלְטָה בי"ד שָׁלֵם וּבַחֲמִשָּׁה עָשָׂר שָׁלֵם וּמִקְצָת שִׁשָּׁה עָשָׂר אֲבָל תְּרֵי מִקְצָת כְּגוֹן מְנַכֵּשׁ בי"ד דְּמִיבְּעֵי לָן לְמֵימַר תְּרֵי מִקְצָת לָא אָמְרִינַן:
Voici la version : Ravina a dit, en réalité en Yehouda. Et sur ta difficulté, qu'il enseigne le quatorze : pour l'hachracha, un seul miktsat, nous le disons, deux miktsat, nous ne le disons pas. Pour l'hachracha, un seul 'une partie du jour vaut tout le jour', nous le disons : s'il désherbait au bein ha-chemachot de l'entrée du quatorze, nous dirions qu'elle a pris pendant un quatorze entier, un quinze entier, et une partie du seize. Mais deux miktsat, comme lorsqu'on désherbe le quatorze, là où il nous faudrait dire deux miktsat, nous ne le disons pas.
💡 Explication

Troisième réponse, Ravina : la baraita peut viser Yehouda, où le 14 est permis au travail. Le principe miktsat ha-yom ke-khoullo (une partie du jour vaut le jour entier) ne s'applique qu'une fois pour l'hachracha (enracinement).

Rachi. Au bein ha-chemachot qui ouvre le 14 : un seul miktsat fait compter le 14 entier, plus le 15 entier, plus une partie du 16. En pleine journée du 14 : il faudrait deux miktsat, la fin du 14 et le début du 16. On ne les dit pas. D'où le choix du 13 dans la baraita, même en Yehouda.

🖼️ Schéma
Hachracha : un miktsat, ou deux Bein ha-chemachot, entrée du 14 Un seul miktsat ha-yom 14 compte entier 15 entier partie du 16 On le dit. La klita est comptée Désherbage dans le jour du 14 Deux miktsat ha-yom partie du 14 15 entier partie du 16 On ne le dit pas. Cas laissé de côté Ravina : la baraita peut viser Yehouda. Le 14 de jour ne donne pas trois jours d'hachracha
Un miktsat à l'entrée du 14. Deux miktsat si l'on désherbe dans le jour du 14 : on ne le dit pas.
12
מַתְנִי׳ רַבִּי מֵאִיר אוֹמֵר: כָּל מְלָאכָה שֶׁהִתְחִיל בָּהּ קֹודֶם לְאַרְבָּעָה עָשָׂר, גּוֹמְרָהּ בְּאַרְבָּעָה עָשָׂר. אֲבָל לֹא יַתְחִיל בָּהּ בַּתְּחִלָּה בְּאַרְבָּעָה עָשָׂר, אַף עַל פִּי שֶׁיָּכוֹל לְגָומְרָהּ. וַחֲכָמִים אוֹמְרִים: שָׁלֹשׁ אֻומָּנִיּוֹת עוֹשִׂין מְלָאכָה בְּעַרְבֵי פְסָחִים עַד חֲצוֹת, וְאֵלּוּ הֵן: הַחַייָּטִין, וְהַסְּפָרִים, וְהַכּוֹבְסִין. רַבִּי יוֹסֵי בַּר יְהוּדָה אוֹמֵר: אַף רַצְעָנִין.

Michna. Rabbi Meir dit : tout travail qu'il a commencé avant le quatorze, il l'achève le quatorze.

Mais il ne le commencera pas initialement le quatorze, même s'il peut l'achever. Et les Sages disent : trois métiers font un travail les veilles de Pessa'h jusqu'à hatsot, et les voici : les tailleurs, les barbiers, et les blanchisseurs.

Rabbi Yossi bar Yehouda dit : même les cordonniers.

📜 Rachi (2)
מַתְנֵי' שָׁלֹשׁ אֻומָּנִיּוֹת עוֹשִׂין מְלָאכָה בְּכָל מָקוֹם וְטַעְמָא מְפָרֵשׁ בַּגְּמָרָא:
Trois métiers font un travail : en tout lieu, et la raison est expliquée dans la Guemara.
רַצְעָנִין אֻושְׁכָּפִין:
Cordonniers : ouchkefin, ceux qui cousent les chaussures.
⚖️ Rosh (1)
מַתְנֵי' ר' מֵאִיר אוֹמֵר כָּל מְלָאכָה שֶׁהִתְחִיל בָּהּ קֹודֶם אַרְבָּעָה עָשָׂר גּוֹמְרָהּ בְּאַרְבָּעָה עָשָׂר אֲבָל לֹא יַתְחִיל בָּהּ בַּתְּחִלָּה בְּאַרְבָּעָה עָשָׂר ואע"פ שֶׁהוּא יָכוֹל לְגָומְרָהּ. וחכ"א שָׁלֹשׁ אֻומָּנִיּוֹת עוֹשִׂין מְלָאכָה בְּעַרְבֵי פְסָחִים עַד חֲצוֹת הַחַייָּטִין וְהַסַּפָּרִין וְהַכּוֹבְסִין ר' יוֹסֵי ב"ר יְהוּדָה אוֹמֵר אַף הָרַצְעָנִין.
Michna. Rabbi Meir dit : tout travail qu'il a commencé avant le quatorze, il l'achève le quatorze, mais il ne le commencera pas initialement le quatorze, même s'il peut l'achever. Et les Sages disent : trois métiers font un travail les veilles de Pessa'h jusqu'à hatsot : les tailleurs, les barbiers et les blanchisseurs. Rabbi Yossi fils de Rabbi Yehouda dit : même les cordonniers.
💡 Explication

Rabbi Meir sépare deux gestes. Un travail déjà commencé avant le 14 : on le finit le 14. Un travail neuf : on ne l'ouvre pas le 14, même si la fin tient avant hatsot.

Les Hakhamim nomment trois oumanuyot qui travaillent jusqu'à hatsot, en tout lieu, Rachi. Tailleurs, barbiers, blanchisseurs : le vêtement, la coupe, le linge du moed. Rabbi Yossi bar Yehouda ajoute les rats'anim, Rachi : les ouchkefin, cordonniers.

13
גְּמ׳ אִיבַּעְיָא לְהוּ: לְצֹורֶךְ הַמּוֹעֵד תְּנַן, אֲבָל שֶׁלֹּא לְצֹורֶךְ הַמּוֹעֵד — אֲפִילּוּ מִיגְמַר נָמֵי לָא, אוֹ דִּילְמָא: שֶׁלֹּא לְצֹורֶךְ הַמּוֹעֵד תְּנַן, אֲבָל לְצֹורֶךְ — אַתְחוֹלֵי מַתְחֲלִינַן, אוֹ דִּילְמָא: בֵּין לְצֹורֶךְ הַמּוֹעֵד בֵּין שֶׁלֹּא לְצֹורֶךְ, מִיגְמָר — אִין, אַתְחוֹלֵי — לָא.

Guemara. On leur a posé une question.

A-t-on enseigné cela pour le besoin du moed, mais hors du besoin du moed, même achever, non plus ? Ou bien à-t-on enseigné cela hors du besoin du moed, mais pour le besoin, on commence aussi ?

Ou bien, pour le besoin du moed comme hors besoin, achever, oui, commencer, non ?

📜 Rachi (2)
גְּמ' לְצֹורֶךְ הַמּוֹעֵד תְּנַן הָא דר"מ:
On a enseigné pour le besoin du moed : il s'agit de cet enseignement de Rabbi Meir.
אוֹ דִּילְמָא שֶׁלֹּא לְצֹורֶךְ הַמּוֹעֵד תְּנַן וּמִשּׁוּם הָכִי אֵין מַתְחִילִין אֲבָל לְצֹורֶךְ הַמּוֹעֵד אֲפִילּוּ אַתְחוֹלֵי נָמֵי שָׁרִי כו':
Ou bien on a enseigné hors du besoin du moed : c'est pour cela qu'on ne commence pas ; mais pour le besoin du moed, même commencer est permis, etc.
💡 Explication

L'ibaya porte sur la phrase de Rabbi Meir. Trois lectures.

1. Il parle du tsorekh ha-moed. Hors besoin, on n'achève même pas un travail déjà ouvert. 2. Il parle de l'hors-besoin. Pour le besoin du moed, on commence aussi. 3. Besoin ou non : gamar (achever), oui ; hathala (commencer), non.

14
תָּא שְׁמַע: אֲבָל לֹא יַתְחִיל בַּתְּחִילָּה בְּאַרְבָּעָה עָשָׂר אֲפִילּוּ צִלְצוֹל קָטָן אֲפִילּוּ שְׂבָכָה קְטַנָּה. מַאי ״אֲפִילּוּ״? לָאו אֲפִילּוּ הָנֵי, דִּלְצֹורֶךְ הַמּוֹעֵד, מִיגְמָר — אִין, אַתְחוֹלֵי — לָא?! מִכְּלָל דְּשָׁלָא לְצֹורֶךְ — מִיגְמַר נָמֵי לָא גָּמְרִינַן!

Viens et entends : mais on ne commencera pas initialement le quatorze, même un petit tsiltsol, même une petite sevakhah. Que veut dire 'même' ?

N'est-ce pas : même ceux-là, qui sont pour le besoin du moed, achever, oui, commencer, non ? Il en ressort que, hors besoin, nous n'achevons pas non plus !

📜 Rachi (2)
צִילְצוֹל בנדי"ל לַחְגֹּור:
Tsiltsol : un bandel, pour ceindre.
שְׂבָכָה עַל הָרֹאשׁ:
Sevakhah : sur la tête.
🗂️ Tossefot (1)
וּמַאי אֲפִילּוּ אַפֵּי' הָנֵי נָמֵי דְּזוּטְרֵי ה"מ לְשַׁנּוֹיֵי כְּדִבְסָמוּךְ אַפֵּי' הָנֵי נָמֵי דִּלְצֹורֶךְ הַמּוֹעֵד מִיגְמַר אִין אַתְחוֹלֵי לָא אֶלָּא נִיחָא לֵיהּ לְמִידְחֵי שֶׁלֹּא יִפְשֹׁוט מִינָּהּ כְּלָל דְּהַשְׁתָּא מָצֵי לְמֵימַר דִּלְצֹורֶךְ הַמּוֹעֵד אַתְחוֹלֵי נָמֵי מַתְחֲלִינַן:
Et que veut dire 'même' : même ceux-là aussi, qui sont petits. Il aurait pu répondre comme le texte voisin : même ceux-là aussi, qui sont pour le besoin du moed, achever oui, commencer non. Mais il préfère écarter la preuve, afin qu'on n'en tire rien du tout. Dès lors on peut dire que, pour le besoin du moed, on commence aussi.
💡 Explication

Baraita : on ne commence pas le 14, même un petit tsiltsol (ceinture, le bandel de Rachi) ni une petite sevakhah (résille sur la tête).

Première lecture du mot afilou : même ces objets, qui servent le moed. On achève, on ne commence pas. Conséquence : hors besoin, on n'achève pas. Ce serait la lecture 1 de l'ibaya.

Tossefot : la Guemara aurait pu s'arrêter là. Elle préfère écarter toute preuve, et laisser ouverte la lecture où, pour le besoin du moed, on commence aussi.

🖼️ Schéma
Que vise le mot afilou : ceinture et résille Lecture proposée Même ces objets du moed Achever : oui Commencer : non Il suivrait : hors besoin, on n'achève pas non plus Lecture retenue ici Même ces petits objets Leur début est déjà leur fin On ne les commence pas Hors besoin, on achève La baraita ne tranche pas l'ibaya
Afilou : objets du moed, ou simples petits ouvrages dont le début est déjà la fin.
15
לֹא, לְעוֹלָם דְּשֶׁלֹּא לְצֹורֶךְ מִיגְמַר נָמֵי גָּמְרִינַן, וּמַאי ״אֲפִילּוּ״? אֲפִילּוּ הָנֵי נָמֵי, דְּזוּטְרֵי נִינְהוּ, דְּסָלְקָא דַּעְתָּךְ אָמֵינָא הַתְחָלָתָן זוֹ הִיא גְּמַר מְלַאכְתָּן — נַתְחֵיל בְּהוּ נָמֵי לְכַתְּחִילָּה, קָמַשְׁמַע לַן.

On repousse. En réalité, hors besoin, nous achevons aussi.

Et que veut dire 'même' ? Même ceux-là aussi, qui sont petits.

Car il te serait venu à l'esprit de dire : leur commencement, c'est déjà l'achèvement de leur travail, commençons-les aussi lekhathila. Il nous l'apprend.

💡 Explication

Rejet. Hors tsorekh, on achève aussi. Le mot afilou vise la petite taille : ceinture et résille sont des zutrei. On aurait dit que les commencer, c'est déjà les finir, et qu'on peut donc les ouvrir le 14 lekhathila. La baraita l'interdit.

Cette lecture laisse l'ibaya ouverte : elle correspond à la troisième branche, sans fermer la question du travail utile au moed.

16
תָּא שְׁמַע. רַבִּי מֵאִיר אוֹמֵר: כָּל מְלָאכָה שֶׁהִיא לְצֹורֶךְ הַמּוֹעֵד —

Viens et entends. Rabbi Meir dit : tout travail qui est pour le besoin du moed -

⚖️ Rosh (1)
גְּמ' תַּנְיָא ר' מֵאִיר אוֹמֵר כָּל מְלָאכָה שֶׁהִיא לְצֹורֶךְ הַמּוֹעֵד גּוֹמְרָהּ בי"ד וְשֶׁאֵינָהּ לְצֹורֶךְ הַמּוֹעֵד לֹא יִגְמֹור. עוֹשִׂין מְלָאכָה בְּעַרְבֵי פְסָחִים עַד חֲצוֹת בִּמְקוֹם שֶׁנָּהֲגוּ. נָהֲגוּ אִין לֹא נָהֲגוּ לָא וְיֵרָאֶה דְּהַךְ דְּשָׁרֵי ר' מֵאִיר לִגְמֹור בְּמָקוֹם שֶׁלֹּא נָהֲגוּ הַייְנוּ עַד חֲצוֹת דַּוְקָא דְּאֵין לְךָ צֹורֶךְ הַמּוֹעֵד יוֹתֵר מִלְּסַפֵּר וּלְכַבֵּס וּלְכָךְ הִתִּירוּ וַאֲפִילּוּ לְהַתְחִיל וְאַפֵּי' הָכֵי לֹא הִתִּירוּ אֶלָּא עַד חֲצוֹת. וּבְשֵׁם הר"י זַ"ל כָּתְבוּ דְּכָל הַיּוֹם שָׁרִי מִדְּקָתָנֵי בְּסֵיפָא דְּהַךְ בָּרַיְיתָא עַד חֲצוֹת מִכְּלָל דְּרֵישָׁא לְצֹורֶךְ הַמּוֹעֵד גּוֹמֵר כָּל הַיּוֹם וְאֵין נִרְאֶה לִי הָרְאָיָה דְּלָא מָצֵי לְמִיתְנֵי בְּעִנְיָן אַחֵר כֵּיוָן דְּקָתָנֵי עוֹשִׂין מְלָאכָה בְּעַרְבֵי פְסָחִים הֻוצְרַךְ לִשְׁנוֹת עַד חֲצוֹת.
Guemara. On a enseigné : Rabbi Meir dit : tout travail qui est pour le besoin du moed, on l'achève le quatorze, et celui qui n'est pas pour le besoin du moed, on ne l'achèvera pas. On fait un travail les veilles de Pessa'h jusqu'à hatsot, là où l'on a coutume. Là où l'on a coutume, oui ; là où l'on n'a pas coutume, non. Et il apparaît que ce que Rabbi Meir permet d'achever dans un lieu où l'on n'a pas coutume ne vaut que jusqu'à hatsot. Car aucun besoin du moed ne dépasse couper les cheveux et laver le linge ; pour cela on a permis même de commencer, et malgré cela on n'a permis que jusqu'à hatsot. Au nom du Ri, de mémoire bénie, on a écrit que toute la journée est permise, puisque la fin de cette baraita enseigne 'jusqu'à hatsot' : il suit que le début, pour le besoin du moed, on achève toute la journée. Et je ne retiens pas cette preuve : il ne pouvait pas enseigner autrement, car, dès lors qu'il enseigne 'on fait un travail les veilles de Pessa'h', il devait enseigner 'jusqu'à hatsot'.
💡 Explication

Nouveau ta chema. Rabbi Meir : tout travail qui est pour le besoin du moed. La phrase s'arrête ici ; la suite est au daf suivant.

Le Roch donne déjà le corps de la baraita : pour le moed, on achève le 14 ; hors besoin, on n'achève pas. Le travail des veilles de Pessa'h jusqu'à hatsot suit le minhag du lieu. Il limite à hatsot même l'achèvement que Rabbi Meir permet là où l'on n'a pas coutume : couper les cheveux et laver, le besoin du moed le plus grand, n'ont été permis, y compris pour commencer, que jusqu'à hatsot. Le Ri lisait un achèvement toute la journée, à partir du 'jusqu'à hatsot' de la fin. Le Roch ne retient pas la preuve : cette fin devait être dite dès qu'on parle du travail en erev Pessa'h.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).