Pesachim 56b - Moisson de Yericho, pousses d'hekdesh, brèches et pea

Pesachim 56b

Sougya : L'amoud achève les six usages des gens de Yericho. La moisson avant l'omer fait quatre là où Rabbi Yehouda compte trois : on l'efface de la liste, elle reste birtson hakhamim.

Les gamziyot de caroubier et de sycomore consacrés sont des gidoulin venus après la consécration : pas de me'ila selon eux, un issour demeure selon les Sages. Les brèches ouvertes aux pauvres : Oula et Ravin rapportent deux versions de Reish Lakich, makhbedot ou kippin, gezera de telicha ou mouktse des dattes propres aux corbeaux.

La pea des légumes échoue au kiyoum. Rav ramène le différend aux feuilles de navet conservées avec les racines.

Ketzira : trois annonces, quatre actes Michna de Menahot, langue de Rabbi Yehouda : mihou / lo mihou Moisson birtson hakhamim. Gerbes chelo birtson. Les Sages n'ont pas protesté. Liste de Rabbi Yehouda : sur trois, on n'a pas protesté 1. Greffe Palmiers, tout le jour Reste dans les trois 2. Chema Korekhin et ha-Chema Reste dans les trois 3. Moisson Kotsrin lifnei ha-omer Sami : on l'efface 4. Gerbes Godshin, avant l'omer Devient le troisième Sami mikhan ketzira On retire la moisson de la liste. Le compte revient à trois. Sans protestation Greffe des palmiers Enroulement du Chema Gerbes avant l'omer La moisson Birtson hakhamim Heter, michna de Menahot Hors du compte des trois
Rabbi Yehouda annonce trois usages sans protestation et en liste quatre. On efface la moisson. Elle reste birtson hakhamim.
Dattes du palmier : Oula et Ravin Makhbedot Couronne, palmes en coupe Les dattes y tombent Haut : il faut monter Fruits encore attachés Détacher = av melakha Bein ha-kippin Palmes basses Pas de fruit attaché Selon Oula : rien à craindre Sol Dattes déjà tombées Oula, au nom de Reish Lakich Mahloket : les makhbedot Sages : gezera, on monterait et on détacherait Yericho : pas de gezera Kippin : permis pour tous Le différend est la telicha, pas le mouktse Rava objectera : ces dattes sont mouktsot Ravin, au nom de Reish Lakich Mahloket : bein ha-kippin Sages : mukhan pour les corbeaux ne vaut pas mukhan pour l'homme Yericho : mukhan pour les corbeaux, donc pour l'homme Makhbedot : interdit pour tous Gezera : on monterait et on détacherait Brèches des jardins, années de sécheresse : les pauvres prennent le nosher à Chabbat et Yom Tov
Oula : différend en haut du palmier, gezera de telicha. Ravin : différend en bas, mouktse des dattes laissées aux corbeaux.
Pea : cinq conditions, cinq sorties Condition Sens Perat : on exclut Okhel C'est un aliment Sefahim d'isatis et de kotza Nishmar On garde le champ Hefker Min ha-arets Croissance du sol Kemehin et pitriyot Ke-ahat Cueillette d'un coup Figue, tout l'été Kiyoum On le rentre, il se garde Le légume Rav : rashei leftot, feuilles de navet, kiyoum par les imahot Yericho : conservation par autre chose = kiyoum, hayav. Sages : pas un kiyoum, patour.
La klal de la pea. Le légume sort au kiyoum. Les feuilles de navet rouvrent la question, si la conservation par les racines compte.
1
מַאן שָׁמְעַתְּ לֵיהּ דְּאָמַר ״מִיחוּ״ ו״לא מִיחוּ״ — רַבִּי יְהוּדָה. וְקָתָנֵי: קוֹצְרִין בִּרְצוֹן חֲכָמִים! וְלִיטַעֲמֵיךְ, הָנֵי אַרְבָּעָה הֲוָה! אֶלָּא: סַמִּי מִיכֵּן קְצִירָה.

De qui as-tu entendu qu'il dise mihou et lo mihou (ils ont protesté, ils n'ont pas protesté) ? Rabbi Yehouda.

Et l'on enseigne : ils moissonnent birtson hakhamim (avec la volonté des Sages) ! Et selon ton raisonnement, ceux-ci font quatre !

Plutôt : efface d'ici la ketzira (la moisson).

📜 Rachi (2)
מַאן שָׁמְעַת לֵיהּ דִּנְקַט לִישָּׁנָא דְּמִיחוּ וְלֹא מִיחוּ ר' יְהוּדָה הִיא דִּשְׁמַעְתָּ לֵיהּ לְעֵיל:
De qui as-tu entendu : celui qui prend la langue de mihou et de lo mihou, c'est Rabbi Yehouda, comme on l'a entendu plus haut.
וְלִיטַעֲמֵיךְ דִּסְבִירָא לָךְ הָא דִּלְעֵיל דְּקָתָנֵי אֵלּוּ וָאֵלּוּ שֶׁלֹּא בִּרְצוֹן חֲכָמִים כו' מְתָרַצְתָּא הִיא דְּקָא רָמֵית אַחֲרִיתִי עָלֶיהָ לִיפְרְכֵיהּ מִינָּהּ וּבָהּ דְּקָתָנֵי עַל שְׁלֹשָׁה לֹא מִיחוּ וְקָא חֲשִׁיב אַרְבָּעָה מַרְכִּיבִין וְכוֹרְכִין וְקוֹצְרִין וְגוֹדְשִׁין:
Et selon ton raisonnement : tu tiens que l'enseignement d'en haut, ceux-ci et ceux-là contre la volonté des Sages, est une résolution, et tu lui opposes encore une autre difficulté. Réfute-le par lui-même et en lui-même : il enseigne sur trois ils n'ont pas protesté, et il en compte quatre, on greffe, on enroule, on moissonne et on gerbe.
💡 Explication

La question reste celle de la fin de 56a. Rabbi Yehouda range la ketzira parmi ce qui s'est fait contre la volonté des Sages. La michna de Menahot parle sa langue, mihou et lo mihou, et elle enseigne : ils moissonnent birtson hakhamim.

La réponse reprend la liste de l'intérieur. Il a dit : sur trois, on n'a pas protesté. Moisson et gerbes séparées, on lit quatre : greffe, Chema, moisson, gerbes. Sami mikhan ketzira : on efface la moisson de cette liste. Elle reste un heter. Le troisième point sans protestation, ce sont les gerbes.

2
וּמַתִּירִין גַּמְזִיּוֹת שֶׁל הֶקְדֵּשׁ שֶׁל חָרוּב וְשֶׁל שִׁקְמָה. אָמְרוּ: אֲבוֹתֵינוּ לֹא הִקְדִּישׁוּ אֶלָּא קוֹרוֹת, וְאָנוּ נַתִּיר גַּמְזִיּוֹת שֶׁל הֶקְדֵּשׁ שֶׁל חָרוּב וְשֶׁל שִׁקְמָה. וּבְגִידּוּלִין הַבָּאִין לְאַחַר מִכָּאן עָסְקִינַן, וְסָבְרִי לַהּ כְּמַאן דְּאָמַר: אֵין מְעִילָה בְּגִידּוּלִין. וְרַבָּנָן סָבְרִי: נְהִי דִּמְעִילָה לֵיכָּא, אִיסּוּרָא מִיהָא אִיכָּא.

Et ils permettent les gamziyot (pousses) de l'hekdesh, de harouv (caroubier) et de shikma (sycomore). Ils ont dit : nos pères n'ont consacré que des korot (des bois), et nous, nous permettrons les gamziyot de l'hekdesh, de caroubier et de sycomore.

Et nous traitons des gidoulin (croissances) qui viennent ensuite, et ils tiennent comme celui qui dit : il n'y a pas de me'ila (profit interdit du consacré) dans les gidoulin. Et les Sages tiennent : admettons qu'il n'y ait pas de me'ila, un issour, en tout cas, il y en a.

📜 Rachi (2)
וּבְגִידּוּלִין גָּרְסִינַן:
Et des gidoulin : c'est ainsi que nous lisons.
כְּמַאן דְּאָמַר אֵין מְעִילָה בְּגִידּוּלִין בְּמַסֶּכֶת מְעִילָה (דַּף יג.):
Comme celui qui dit qu'il n'y a pas de me'ila dans les gidoulin : dans le traité Me'ila (13a).
💡 Explication

Les Sages ont reproche cet usage. Les gens de Yericho permettent les gamziyot, les pousses du caroubier et du sycomore consacrés. Leur raison : les pères n'ont consacré que les korot, les bois. La Guemara fixe le cas : des gidoulin venus après la consécration. Ils suivent l'avis rapporté à Me'ila 13a : pas de me'ila sur les gidoulin. Les Sages : sans me'ila, l'issour de jouissance demeure. De là, la protestation.

3
וּפוֹרְצִין פְּרָצוֹת. אָמַר עֻולָּא אָמַר רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן לָקִישׁ: מַחֲלֹוקֶת בְּשֶׁל מַכְבְּדוֹת, דְּרַבָּנָן סָבְרִי: גָּזְרִינַן שֶׁמָּא יַעֲלֶה וְיִתְלֹושׁ, וְאַנְשֵׁי יְרִיחוֹ סָבְרִי: לָא גָּזְרִינַן שֶׁמָּא יַעֲלֶה וְיִתְלֹושׁ. אֲבָל בְּשֶׁל בֵּין הַכִּיפִּין — דִּבְרֵי הַכֹּל מֻותָּר.

Et ils ouvrent des peratsot (brèches). Oula a dit que Rabbi Chimon ben Lakich a dit : le différend porte sur celles des makhbedot.

Les Sages tiennent : nous décrétions, de crainte qu'on monte et qu'on détache. Les gens de Yericho tiennent : nous ne décrétions pas, de crainte qu'on monte et qu'on détache.

Mais pour celles d'entre les kippin, de l'avis de tous, c'est permis.

📜 Rachi (3)
מַחֲלֹוקֶת דְּאַנְשֵׁי יְרִיחוֹ וְרַבָּנָן:
Le différend : celui des gens de Yericho et des Sages.
בְּשֶׁל מַכְבְּדוֹת כַּפּוֹת תְּמָרִים הֵן בְּרֹאשׁ הַדֶּקֶל וּכְפוּפוֹת זוֹ אֵצֶל זוֹ כְּעֵין כְּלִי וּכְשֶׁהַתְּמָרִים נוֹשְׁרִין מְקַבְּלוֹת אוֹתָן וְכֵיוָן דְּגָבוֹהַּ וְצָרִיךְ לַעֲלוֹת עַל הַדֶּקֶל לְנוֹטְלָן חָיְישִׁינַן שֶׁמָּא יִתְלֹושׁ מִן הַמְחֻובָּרוֹת דְּהָוֵי אַב מְלָאכָה:
Celles des makhbedot : ce sont les palmes de dattier en haut du palmier. Elles sont repliées l'une contre l'autre, à la façon d'un récipient, et quand les dattes tombent elles les reçoivent. Puisque c'est haut et qu'il faut monter sur le palmier pour les prendre, nous craignons qu'on détache parmi les fruits encore attachés, et c'est un av melakha.
בְּשֶׁל בֵּין הַכֵּיפִים לְמַטָּה מִנּוֹפֵיהֶן נוֹפוֹת הַתַּחְתּוֹנִים וְלֵיכָּא לְמִיחַשׁ לִתְלִישָׁה דְּאֵין כָּאן מְחֻובָּרוֹת:
Celles d'entre les kippin : en dessous de leur feuillage, les palmes basses. Et il n'y a pas à craindre une telicha, car il n'y a pas ici de fruits attachés.
🗂️ Tossefot (1)
מַחֲלֹוקֶת בְּשֶׁל מַכְבְּדוֹת פ"ה כֻּולָּהּ שְׁמַעְתָּא בְּנִתְלְשׁוּ ביו"ט וְדַווְקָא בְּשֶׁל מַכְבְּדוֹת דְּאִיכָּא נָמֵי מְחֻובָּרוֹת גָּזְרוּ רַבָּנָן שֶׁמָּא יַעֲלֶה וְיִתְלֹושׁ וְקָשֶׁה נְהִי דְּלָא גָּזְרוּ בְּנֵי יְרִיחוֹ בְּשֶׁל מַכְבְּדוֹת שֶׁמָּא יַעֲלֶה וְיִתְלֹושׁ תִּיפּוֹק לֵיהּ שֶׁמִּשְׁתַּמֵּשׁ בִּמְחֻובָּר דְּאַטּוּ לֵית לְהוּ הָא דִּתְנַן (בֵּיצָה דַּף לוֹ:) אֵין עוֹלִין בְּאִילָן וְכוּ' וּבֵין הַכִּיפִּין נָמֵי אַמַּאי ד"ה מֻותָּר הָא קָמִשְׁתַּמַּשׁ בְּאִילָן כִּדְאָמַר בְּכִירָה (שַׁבָּת דַּף מה.) אֵין מַנִּיחִין נֵר עַל גַּבֵּי דֶּקֶל שֶׁמָּא יִשְׁתַּמֵּשׁ בְּאִילָן בִּשְׁעַת נְטִילָתָהּ וְכֵן מַשְׁמַע בְּעֵירוּבִין (דַּף ק.) וּבְכַמָּה דֻּוכְתֵי וְעוֹד דְּלָא גָּרַע בֵּין הַכִּיפִּין מִבֵּיצָה שֶׁנּוֹלְדָה שֶׁהִיא עַל הַקַּרְקַע דְּאָסְרִינַן בְּבֵיצָה (דַּף ג.) מִשּׁוּם פֵּירוֹת הַנּוֹשְׁרִין וְלֵיכָּא לְאוֹקְמָא בְּפָחוֹת מג' טְפָחִים דְּמֻותָּר לְהִשְׁתַּמֵּשׁ דמ"מ ה"ל לִפְלוּגֵי בְּבֵין הַכִּיפִּין בֵּין פָּחוֹת מִג' טְפָחִים לְיוֹתֵר וְנִרְאֶה לר"י דִּשְׁמַעְתָּא אַיְירֵי בִּתְלוּשִׁין מעי"ט בְּמַכְבָּדוֹת וּבִכְיָפִים וּמֻונָּחִים שָׁם בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת וְקָאָמַר מַחְלֹוקֶת בְּשֶׁל מַכְבֵּדוֹת דְּרַבָּנַן אָסְרִי אֲפִילּוּ נָפְלוּ לָאָרֶץ בי"ט כֵּיוָן דְּמַכְבְּדוֹת אִיכָּא נָמֵי מְחֻובָּרִים גָּזְרִינַן שֶׁמָּא יַעֲלֶה וְיִתְלֹושׁ כֵּיוָן דְּבֵין הַשְּׁמָשׁוֹת הָיוּ עַל הָאִילָן אע"פ שֶׁהֵן תָּלוּשׁ וּבְנֵי יְרִיחוֹ לֹא גָּזְרוּ כֵּיוָן דְּתָלוּשׁ מעי"ט אֲבָל בְּשֶׁל בֵּין הַכִּיפִּין הוֹאִיל וְלֹא הָיוּ שָׁם מְחֻובָּרִים לֵיכָּא לְמִיגְזַר אַטּוּ שֶׁמָּא יַעֲלֶה וְיִתְלֹושׁ מִמָּקוֹם שֶׁלֹּא נָשְׁרוּ וְהַשְׁתָּא א"ש דְּלָא דָּמֵי לְבֵיצָה דְּהָתָם שֶׁנּוֹלַד בי"ט גָּזְרִינַן וְהָכָא בְּנִתְלְשׁוּ מעי"ט וּקְצָת תֵּימַהּ אֵיךְ יַכִּירוּ בֵּין אוֹתָם שֶׁנָּשְׁרוּ אֶתְמוֹל לְאוֹתָם שֶׁנָּשְׁרוּ הַיּוֹם וְנָשַׁר מִן הַכִּיפִּין לְנָשַׁר מִן הַמַּכְבָּדוֹת וּפָרִיךְ וְהָא מֻוקְצֶה נִינְהוּ כֵּיוָן דְּהָיוּ בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת עַל הָאִילָן וְלֹא הָיוּ רְאוּיוֹת לִינָּטֵל שֶׁלֹּא יִשְׁתַּמֵּשׁ בָּאִילָן וּבַיְּרוּשַׁלְמִי דס"פ פָּרִיךְ בַּמֶּה אֲנַן קָיְימִין אִי בְּנָשְׁרוּ מעי"ט ד"ה מֻותָּרִים וְאִי בי"ט ד"ה אֲסוּרִים אֶלָּא בַּמֶּה קָיְימִין בִּסְתָם פִּי' דְּבִסְתָם לֹא שַׁיָּיךְ לְמִיגְזַר שֶׁמָּא יַעֲלֶה וְיִתְלֹושׁ אֶלָּא דַּוְקָא בְּנָשְׁרוּ וַדַּאי בי"ט וְהֵיכָא דְּנָשְׁרוּ וַדַּאי בי"ט אֲפִילּוּ בִּשֵּׁל בֵּין הַכִּיפִּין אָסוּר וּפָרִיךְ וְהָא מֻוקְצוֹת נִינְהוּ פִּי' סְפֵק מֻוקְצוֹת נִינְהוּ אֲבָל מ"מ קָשֶׁה דְּתִיפּוֹק לֵיהּ שֶׁמִּשְׁתַּמֵּשׁ בִּמְחֻובָּר:
Le différend sur celles des makhbedot. Selon le commentaire de Rachi, toute la sougya parle de dattes détachées le Yom Tov, et précisément de celles des makhbedot, où il y a aussi des fruits attachés : les Sages ont décrété, de crainte qu'on monte et qu'on détache. Difficulté : admettons que les gens de Yericho n'aient pas décrété, pour les makhbedot, cette crainte qu'on monte et qu'on détache. L'interdit sort déjà de ce qu'il se sert d'un mehoubar (attaché au sol). N'ont-ils donc pas la michna (Beitsa 36b) : on ne monte pas sur un arbre, etc. ? Et pour celles d'entre les kippin aussi, pourquoi, de l'avis de tous, est-ce permis ? Il se sert de l'arbre, comme il est dit au chapitre Kira (Chabbat 45a) : on ne pose pas une lampe sur un palmier, de crainte qu'on se serve de l'arbre au moment où on la prend. Il en ressort de même à Erouvin (100a), et en plusieurs endroits. De plus, celles d'entre les kippin ne le cèdent pas à un œuf qui a été pondu, lequel est sur le sol, et que l'on interdit à Beitsa (3a) à cause des fruits qui tombent. Et l'on ne peut pas fixer le cas à moins de trois tefahim, là où il est permis de se servir de l'arbre : de toute façon, il aurait fallu distinguer, pour celles d'entre les kippin, entre moins de trois tefahim et davantage. Il paraît au Ri que la sougya parle de fruits déjà détachés avant Yom Tov, dans les makhbedot et dans les kippin, et posés là au bein ha-shemashot. Et il dit : le différend porte sur celles des makhbedot. Les Sages interdisent même si elles sont tombées à terre le Yom Tov, puisque dans les makhbedot il y a aussi des fruits attachés : on décrète, de crainte qu'on monte et qu'on détache, parce qu'au bein ha-shemashot elles étaient sur l'arbre, bien qu'elles soient détachées. Et les gens de Yericho n'ont pas décrété, puisqu'elles étaient détachées dès avant Yom Tov. Mais pour celles d'entre les kippin, puisqu'il n'y avait pas là de fruits attachés, il n'y a pas à décréter de crainte qu'on monte et qu'on détache depuis un endroit d'où elles ne sont pas tombées. Et maintenant cela s'accorde, car le cas ne ressemble pas à l'œuf : là-bas, ce qui naît le Yom Tov, on le frappe d'une gezera ; ici, elles ont été détachées dès avant Yom Tov. Et c'est un peu étonnant : comment reconnaîtra-t-on celles qui sont tombées hier et celles qui sont tombées aujourd'hui, et ce qui est tombé des kippin et ce qui est tombé des makhbedot ? Et l'on objecte : mais ce sont des mouktsot, puisqu'au bein ha-shemashot elles étaient sur l'arbre et n'étaient pas propres à être prises, afin qu'on ne se serve pas de l'arbre. Et dans le Yerouchalmi, à la fin du perek, on objecte : de quoi traitons-nous ? Si elles sont tombées dès avant Yom Tov, de l'avis de tous elles sont permises ; si c'est le Yom Tov, de l'avis de tous elles sont interdites. Alors, de quoi traitons-nous ? D'un cas stam (non précisé). Explication : dans un cas stam, décréter de crainte qu'on monte et qu'on détache ne s'applique pas ; cela ne vaut que lorsqu'elles sont tombées à coup sûr le Yom Tov. Et là où elles sont tombées à coup sûr le Yom Tov, même celles d'entre les kippin sont interdites. Et l'on objecte : mais ce sont des mouktsot. Explication : des mouktsot mi-safek (par doute). Mais de toute façon la difficulté reste : l'interdit sort déjà de ce qu'il se sert d'un mehoubar.
💡 Explication

Les peratsot ouvrent jardins et vergers aux pauvres, années de sécheresse, pour le fruit tombé à Chabbat et Yom Tov. Oula, au nom de Reish Lakich, limite le différend aux dattes prises dans les makhbedot, les palmes du sommet repliées en récipient. Pour les prendre, on monte. Les Sages décrètent, de crainte d'une telicha sur un fruit encore attaché, av melakha. Yericho ne décrète pas. Sur les kippin, palmes basses, pas de fruit attaché : permis pour tous.

Tossefot : si les dattes sont tombées le Yom Tov, monter à l'arbre est déjà interdit (Beitsa 36b), se servir de l'arbre aussi (Chabbat 45a), et le fruit tombé est interdit comme l'œuf pondu (Beitsa 3a). Le Ri lit autrement : détachées avant Yom Tov, posées là au bein ha-shemashot. Les Sages interdisent encore celles des makhbedot, même une fois au sol, à cause de la gezera. Entre les kippin, aucun fruit attaché : pas de gezera.

🖼️ Schéma
Dattes du palmier : Oula et Ravin Makhbedot Couronne, palmes en coupe Les dattes y tombent Haut : il faut monter Fruits encore attachés Détacher = av melakha Bein ha-kippin Palmes basses Pas de fruit attaché Selon Oula : rien à craindre Sol Dattes déjà tombées Oula, au nom de Reish Lakich Mahloket : les makhbedot Sages : gezera, on monterait et on détacherait Yericho : pas de gezera Kippin : permis pour tous Le différend est la telicha, pas le mouktse Rava objectera : ces dattes sont mouktsot Ravin, au nom de Reish Lakich Mahloket : bein ha-kippin Sages : mukhan pour les corbeaux ne vaut pas mukhan pour l'homme Yericho : mukhan pour les corbeaux, donc pour l'homme Makhbedot : interdit pour tous Gezera : on monterait et on détacherait Brèches des jardins, années de sécheresse : les pauvres prennent le nosher à Chabbat et Yom Tov
Haut du palmier : gezera de telicha. Bas des palmes : selon Oula, permis pour tous. Ravin renverse les deux.
4
אָמַר לֵיהּ רָבָא: וְהָא מֻוקְצוֹת נִינְהוּ. וְכִי תֵּימָא: הוֹאִיל דְּחָזֵי לְעוֹרְבִין. הַשְׁתָּא מוּכָן לְאָדָם לָא הָוֵי מוּכָן לִכְלָבִים, דִּתְנַן: רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: אִם לֹא הָיְתָה נְבֵילָה מֵעֶרֶב שַׁבָּת — אֲסוּרָה, לְפִי שֶׁאֵינָהּ מִן הַמּוּכָן, מוּכָן לָעוֹרְבִים הָוֵי מוּכָן לְאָדָם?!

Rava lui a dit : mais ce sont des mouktsot. Et si tu dis : puisqu'elles conviennent aux orevim (corbeaux).

À présent : ce qui est mukhan (préparé) pour l'homme n'est pas mukhan pour les chiens, comme nous l'avons appris. Rabbi Yehouda dit : si elle n'était pas nevela (charogne) dès la veille de Chabbat, elle est interdite, parce qu'elle ne fait pas partie du mukhan.

Ce qui est mukhan pour les corbeaux serait mukhan pour l'homme ?

📜 Rachi (3)
וְהָא מֻוקְצוֹת נִינְהוּ שֶׁמֵּעֶרֶב שַׁבָּת בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת הָיוּ מְחֻובָּרוֹת וְנִמְצְאוּ מֻוקְצוֹת מֵחֲמַת אִיסּוּר תְּלִישָׁה וּמֻוקְצֶה בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת מֻוקְצֶה לְכָל הַיּוֹם:
Mais ce sont des mouktsot : car la veille de Chabbat, au bein ha-shemashot, elles étaient attachés. Elles se trouvent mouktsot à cause de l'interdit de telicha. Et un mouktse au bein ha-shemashot est mouktse pour toute la journée.
וְכִי תֵּימָא הוֹאִיל וַחֲזוּ בִּמְחֻובָּר לְעוֹרְבִים שֶׁיֵּשׁ לוֹ הַגְּדֵילוֹת בְּתוֹךְ בֵּיתוֹ לִגְדֻולָּה וּמֻותָּר לְהַעֲמִידָם עֲלֵיהֶן לְאָוכְלָם:
Et si tu dis, puisqu'elles conviennent : encore attachées, à des corbeaux. Il a des jeunes qu'il élève dans sa maison, et il est permis de les poster dessus pour qu'ils les mangent.
נְבֵילָה שֶׁנִּתְנַבְּלָה בְּשַׁבָּת הָיְתָה עוֹמֶדֶת בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת לְאָדָם וְלָא חֲשִׁיב לָהּ מוּכָן לְגַבֵּי כְּלָבִים:
Une nevela qui est devenue charogne le Chabbat était destinée, au bein ha-shemashot, à l'homme, et on ne la compte pas mukhan à l'égard des chiens.
🗂️ Tossefot (2)
דִּתְנַן רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר אִם לֹא הָיְתָה נְבֵילָה מע"ש תֵּימַהּ הָא הָתָם לָא הָוֵי מוּכָן לְאָדָם דְּאָסוּר לְשׁוֹחֲטָהּ בְּשַׁבָּת וּמְפָרֵשׁ ה"ר יוֹסֵף דְּמִמִּשְׁנָה יַתִּירָא דִּיֵּיק דְּלָא ה"ל לְמִיתְנֵי לְפִי שֶׁאֵינָהּ מִן הַמּוּכָן כֵּיוָן דִּכְבָר תְּנָא אִיסּוּרָא אֶלָּא אֲפִילּוּ הָיָה מוּכָן שֶׁאֵין מֻוקְצֶה מֵחֲמַת אִיסּוּר לָא הָוֵי מוּכָן לִכְלָבִים ור"י מְפָרֵשׁ מוּכָן לְאָדָם הַייְנוּ שֶׁעוֹמֶדֶת לַאֲכִילַת אָדָם ואע"ג דְּאֵין רְאוּיָה לְאָדָם לְאוֹתָהּ שַׁבָּת הַיְינוּ מֵחֲמַת אִיסּוּר וְלֹא מֵחֲמַת הַקְצָאָה שֶׁלֹּא הָיָה רוֹצֶה שֶׁיֵּהָנֶה בָּהּ אָדָם וְלָא אָמְרִינַן עֲמִידָתָהּ לְאָדָם כַּעֲמִידָתָהּ לַכְּלָבִים שֶׁאִלּוּ הָיְתָה עוֹמֶדֶת לִכְלָבִים כְּמוֹ שֶׁעוֹמֶדֶת לְאָדָם הָיְתָה מֻותֶּרֶת כְּשֶׁנִּתְנַבְּלָה בְּשַׁבָּת דִּלְגַבֵּי כְּלָבִים לֵיכָּא מֻוקְצֶה מֵחֲמַת אִיסּוּר כִּי יֵשׁ דְּבָרִים שֶׁרְאוּיָם לִינָּתֵן לִכְלָבִים חַיִּים כְּגוֹן עוֹפוֹת וְכַיּוֹצֵא בָּהֶן וְלֹא אָמַר דְּהָוֵי מוּכָן לִכְלָבִים אע"ג דִּלְבַסּוֹף הָוֵי מוּכָן לִכְלָבִים אֶלָּא אַדְּרַבָּה לְפִי שֶׁסְּתָמָא עוֹמֵד לְאָדָם מַקְצֵי לֵיהּ מִכְּלָבִים ה"נ מוּכָן לְעוֹרְבִים לָא הָוֵי מוּכָן לְאָדָם אע"ג דִּלְבַסּוֹף הָוֵי מוּכָן לְאָדָם:
Comme nous l'avons appris, Rabbi Yehouda dit : si elle n'était pas nevela dès la veille de Chabbat. Étonnant : là-bas, elle n'était pas mukhan pour l'homme, puisqu'il est interdit de l'abattre le Chabbat. Et Rabbeinou Yossef explique qu'il le tire d'une michna de trop : il n'avait pas à enseigner parce qu'elle ne fait pas partie du mukhan, puisqu'il a déjà enseigné l'interdit. Donc : même là où elle serait mukhan, au sens où il n'y a pas de mouktse à cause d'un interdit, elle ne serait pas mukhan pour les chiens. Et le Ri explique : mukhan pour l'homme veut dire qu'elle est destinée à la nourriture de l'homme. Et bien qu'elle ne soit pas propre à l'homme pour ce Chabbat, cela vient de l'interdit, et non d'une haktsaa (mise à l'écart) par laquelle il n'aurait pas voulu qu'un homme en jouisse. Et l'on ne dit pas : sa destination pour l'homme vaut sa destination pour les chiens. Car si elle avait été destinée aux chiens comme elle est destinée à l'homme, elle serait permise quand elle devient nevela le Chabbat : pour les chiens, il n'y a pas de mouktse à cause d'un interdit, car certaines choses peuvent leur être données vivantes, comme les oiseaux et ce qui leur ressemble. Et il ne dit pas qu'elle est mukhan pour les chiens, bien qu'à la fin elle le soit. À l'inverse : puisque, par défaut, elle est destinée à l'homme, il l'écarte des chiens. De même ici : mukhan pour les corbeaux n'est pas mukhan pour l'homme, bien qu'à la fin il le soit.
מוּכָן לָעוֹרְבִים אֲפִילּוּ אִי לָא שָׁרֵי הָכָא אֶלָּא לְמִי שֶׁיֵּשׁ לוֹ עוֹרְבִים אִיצְטְרִיךְ בְּרֵישׁ בֵּיצָה (דַּף ג.) לְמֵיסַר פֵּירוֹת הַנּוֹשְׁרִין מִטַּעַם גְּזֵירָה שֶׁמָּא יַעֲלֶה וְיִתְלֹושׁ דְּלָא מָצֵי לְמֵימַר הָתָם אִיסּוּרָא מִשּׁוּם מֻוקְצֶה שֶׁהֲרֵי מַעֲמִיד שָׁם הַמִּשְׁנָה בְּתַרְנְגֹולֶת הָעוֹמֶדֶת לַאֲכִילָה א"כ אִיסּוּר מֻוקְצֶה לֹא שַׁיָּיךְ בָּהּ לְמִיגְזַר אִי לָאו מִשּׁוּם גְּזֵירָה שֶׁמָּא יַעֲלֶה וְיִתְלֹושׁ:
Mukhan pour les corbeaux. Même si l'on ne permet ici que pour celui qui a des corbeaux, il a fallu, au début de Beitsa (3a), interdire les fruits qui tombent par une gezera, de crainte qu'on monte et qu'on détache. On ne peut pas dire là-bas que l'interdit vient du mouktse, puisque la michna y est posée à propos d'une poule destinée à être mangée. Dès lors, l'interdit de mouktse ne s'y prête pas pour une gezera : il reste la gezera de crainte qu'on monte et qu'on détache.
💡 Explication

Rava : ces dattes sont mouktsot. Au bein ha-shemashot elles étaient attachées ; le mouktse de cette heure vaut pour toute la journée. Piste écartée : elles convenaient aux orevim, qu'on peut poster dessus pour qu'ils mangent. Rava répond par la michna : une bête vivante vendredi est destinée à l'homme ; devenue nevela le Chabbat, Rabbi Yehouda l'interdit aux chiens, elle n'était pas du mukhan. Mukhan pour l'homme ne fait pas mukhan pour les chiens. Mukhan pour les corbeaux ferait mukhan pour l'homme ?

Tossefot : l'abattage est interdit le Chabbat, donc la bête n'était pas prête pour l'homme ce jour-là. Rabbeinou Yossef lit la phrase en trop de la michna : même sans mouktse d'interdit, elle n'est pas mukhan pour les chiens. Le Ri : destinée à l'homme, on l'écarte des chiens. La même logique refuse de faire passer les dattes des corbeaux à l'homme. Deuxième glose : Beitsa 3a a besoin de la gezera de telicha. Le mouktse n'y suffit pas, la poule de la michna étant destinée à être mangée.

5
אֲמַר לֵיהּ: אִין, מוּכָן לְאָדָם — לָא הָוֵי מוּכָן לִכְלָבִים, דְּכָל מִידֵּי דַּחֲזֵי לְאִינִישׁ, לָא מַקְצֵה לֵיהּ מִדַּעְתֵּיהּ. מוּכָן לָעוֹרְבִים — הָוֵי מוּכָן לְאָדָם, כָּל מִידֵּי דַּחֲזֵי לְאִינִישׁ, דַּעְתֵּיהּ עִלָּוֵיהּ.

Il lui a dit : oui. Ce qui est mukhan pour l'homme n'est pas mukhan pour les chiens, car toute chose qui convient à l'homme, il ne l'écarte pas de sa daat (pensée).

Ce qui est mukhan pour les corbeaux est mukhan pour l'homme : toute chose qui convient à l'homme, sa daat est sur elle.

💡 Explication

Oula sépare les deux sens de mukhan. Ce qui convient à l'homme, on ne le retire pas de sa daat : il reste à lui, il n'est pas mukhan pour les chiens. Ce qui convient à l'homme, sa daat est dessus : des dattes que les orevim atteignent sur l'arbre sont déjà dans sa pensée. Mukhan pour les corbeaux est donc mukhan pour lui.

🖼️ Schéma
Mukhan : homme, chiens, corbeaux Mukhan pour l'homme Ne devient pas mukhan pour les chiens Ce qui lui convient, il ne l'ôte pas de sa daat Bête vivante vendredi, pour l'homme Nevela le Chabbat : interdite aux chiens, Rabbi Yehouda Mukhan pour les corbeaux Devient mukhan pour l'homme Ce qui convient à l'homme, sa daat est dessus Dattes encore sur l'arbre Les orevim les atteignent L'homme les a dans sa pensée Réponse d'Oula à Rava. Ravin placera ce mouktse au bein ha-kippin.
Oula : mukhan pour l'homme reste à l'homme. Mukhan pour les corbeaux entre dans la daat de l'homme.
6
כִּי אֲתָא רַבִּין, אָמַר רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן לָקִישׁ: מַחְלֹוקֶת בְּשֶׁל בֵּין כִּיפִּין, דְּרַבָּנָן סָבְרִי: מוּכָן לָעוֹרְבִים — לָא הָוֵי מוּכָן לְאָדָם, וְאַנְשֵׁי יְרִיחוֹ סָבְרִי: מוּכָן לָעוֹרְבִים — הָוֵי מוּכָן לְאָדָם, אֲבָל בְּשֶׁל מַכְבְּדוֹת — דִּבְרֵי הַכֹּל אָסוּר, גָּזְרִינַן שֶׁמָּא יַעֲלֶה וְיִתְלֹושׁ.

Quand Ravin vint, il a dit que Rabbi Chimon ben Lakich a dit : le différend porte sur celles d'entre les kippin. Les Sages tiennent : mukhan pour les corbeaux n'est pas mukhan pour l'homme.

Les gens de Yericho tiennent : mukhan pour les corbeaux est mukhan pour l'homme. Mais pour celles des makhbedot, de l'avis de tous c'est interdit : nous décrétions, de crainte qu'on monte et qu'on détache.

💡 Explication

Ravin rapporte une autre version de Reish Lakich. Le différend descend aux kippin, et il porte sur le mouktse : mukhan pour les corbeaux vaut-il mukhan pour l'homme. Sur les makhbedot, tout le monde interdit, gezera de telicha. Chez Oula, la gezera faisait le différend et les kippin étaient permis pour tous. Ici, le mouktse fait le différend, et les makhbedot sont interdites pour tous.

7
וְנוֹתְנִין פֵּיאָה לְיָרָק. וְלֵית לְהוּ לְאַנְשֵׁי יְרִיחוֹ הָא דִּתְנַן, כְּלָל אָמְרוּ בְּפֵיאָה: כָּל שֶׁהוּא אֹוכֶל, וְנִשְׁמָר, וְגִידּוּלוֹ מִן הָאָרֶץ, וּלְקִיטָתוֹ כְּאַחַת, וּמַכְנִיסוֹ לְקִיּוּם — חַיָּיב בְּפֵיאָה.

Et ils donnent la pea au yerek (légume). Et les gens de Yericho n'ont-ils pas ce que nous avons appris : on a énoncé une klal (règle) pour la pea.

Tout ce qui est okhel (aliment), ve-nishmar (et garde), dont la croissance vient du sol, dont la cueillette se fait d'un coup, et qu'on rentre pour un kiyoum (conservation), est hayav de pea.

📜 Rachi (2)
וְנִשְׁמָר שֶׁאֵינוֹ מֻופְקָר וּמַקְפִּידִין עָלָיו לְשָׁומְרוֹ:
Et il est gardé : il n'est pas hefker, et l'on y tient, pour le garder.
וּמַכְנִיסוֹ לְקִיּוּם שֶׁמִּתְקַייֵּם יָמִים רַבִּים:
Et on le rentre pour un kiyoum : il se conserve de nombreux jours.
🗂️ Tossefot (1)
כְּלָל אָמְרוּ בְּפֵיאָה כו' נִרְאֶה לְרַבֵּינוּ תָּם דְּמִדְּאוֹרַיְיתָּא לָא מִיחַייַּב בְּפֵאָה אֶלָּא זַיִת וְכֶרֶם וְשָׂדֶה דִּכְתִיבִי בְּהֶדְיָא בִּקְרָא וְאַחֲרִינִי תַּקַּנְתָּא דְּרַבָּנָן נִינְהוּ וְשֶׁאֵין מַכְנִיסוֹ לְקִיּוּם לֹא רָצוּ לְתַקֵּן פֵּיאָה דְּאֵינוֹ דָּבָר חָשׁוּב וּתְאֵינָה וְכֹל דְּדָמֵי לָהּ אַף עַל גַּב דַּחֲשִׁיב אִיכָּא בִּטּוּל עֲנִיִּים לְפִי שֶׁאֵין לְקִיטָתָן כְּאֶחָד וְהֶפְסֵד יָתֵר עַל הֲרִיוַּח וּכְמֵיהִין וּפִטְרִיּוֹת הוֹאִיל וְאֵין בְּמִינוֹ חִיּוּבָא שֶׁאֵין גָּדֵל בַּקַּרְקַע לֹא תִּקְּנוּ וְהָא דְּדָרֵישׁ בְּתוֹרַת כֹּהֲנִים יָכוֹל שֶׁאֲנִי מְרַבֶּה קִישּׁוּאִין וּדְלוּעִין שֶׁיִּהְיוּ חַיָּיבִין בְּפֵיאָה תַּלְמוּד לוֹמַר וּבְקֻוצְרְכֶם אֶת קְצִיר אַרְצְכֶם מַה קָצִיר שֶׁהוּא אֹוכֶל וְנִשְׁמָר וְגִידּוּלוֹ מִן הָאָרֶץ אַף כָּל כו' יָצְאוּ יְרָקוֹת כו' אַסְמַכְתָּא בְּעָלְמָא הִיא כְּמוֹ שֶׁדּוֹרֵשׁ שָׁם מִקְּרָא מַעְשַׂר יָרָק אַף עַל גַּב דְּהָוֵי דְּרַבָּנָן:
On a énoncé une klal pour la pea, etc. Il paraît à Rabbeinou Tam que, de la Torah, on n'est hayav de pea que pour l'olive, la vigne et le champ, écrits explicitement dans le verset. Les autres sont une takana des Sages. Et ce qu'on ne rentre pas pour un kiyoum, ils n'ont pas voulu y instituer la pea, car ce n'est pas une chose importante. Et la figue, et tout ce qui lui ressemble : bien qu'elle soit importante, il y a bitoul aniyim (les pauvres y perdent), parce que leur cueillette ne se fait pas d'un coup, et la perte dépasse le gain. Et les kemehin et les pitriyot : puisqu'il n'y a pas d'obligation dans leur espèce, car cela ne pousse pas du sol, ils n'ont pas institué. Et ce que l'on derache dans la Torat Kohanim : on pourrait croire que j'inclus les kishouim (concombres) et les delouim (courges) pour qu'ils soient hayav de pea ; le verset enseigne : et dans votre moisson, la moisson de votre terre. De même que la moisson est un aliment, gardée, et que sa croissance vient du sol, de même tout le reste. Les légumes en sortent. Ce n'est qu'une asmakhta, comme il derache là-bas un verset pour le maaser du légume, bien que ce soit de-rabbanan.
💡 Explication

Dernier usage reproche ici : donner la pea au yerek. La michna de Pea pose une klal à cinq conditions, toutes requises. Le légume manque la dernière : on ne le rentre pas pour un kiyoum. Il est patour. Les gens de Yericho en donnaient.

Rachi : nishmar, le champ n'est pas hefker, on tient à le garder. Le kiyoum dure de nombreux jours. Tossefot, Rabbeinou Tam : de la Torah, la pea vise l'olive, la vigne et le champ de céréale, écrits dans le verset. Le reste est une takana. Pas de pea pour ce qui ne se garde pas, ni pour la figue à cause du bitoul aniyim, ni pour la truffe et le champignon, qui ne poussent pas du sol. La deracha de la Torat Kohanim est une asmakhta.

8
״כָּל שֶׁהוּא אֹוכֶל״ — פְּרָט לִסְפִיחֵי סְטִיס וְקוֹצָה. ״וְנִשְׁמָר״ —פְּרָט לְהֶפְקֵר. ״וְגִידּוּלוֹ מִן הָאָרֶץ״ — פְּרָט לִכְמֵהִין וּפִטְרִיּוֹת. ״וּלְקִיטָתָן כְּאַחַת״ — פְּרָט לִתְאֵנִים. ״וּמַכְנִיסוֹ לְקִיּוּם״ — פְּרָט לְיָרָק.

Tout ce qui est okhel : pour exclure les sefahim (repousses) d'isatis et de kotza. Et nishmar : pour exclure le hefker.

Et sa croissance vient du sol : pour exclure les kemehin (truffes) et les pitriyot (champignons). Et leur cueillette d'un coup : pour exclure les figues.

Et on le rentre pour un kiyoum : pour exclure le légume.

📜 Rachi (3)
סְפִיחֵי סְטִיס וְקוֹצָה קָשִׁין לַאֲכִילָה אֲבָל סְטִיס וְקוֹצָה שֶׁאֵינָם סְפִיחִים חֲזוּ לַאֲכִילָה סְטִיס מוֹרִיקָא קרו"ג:
Les sefahim d'isatis et de kotza : ils sont durs à manger. Mais l'isatis et la kotza qui ne sont pas des sefahim sont propres à être mangés. L'isatis, c'est le morika, en laaz : crog.
קוֹצָה וויישר"א:
Kotza : en laaz, veissera.
תְּאֵינָה אֵינָהּ מִתְבַּשֶּׁלֶת כְּאַחַת אֶלָּא זוֹ גְּמוּרָה הַיּוֹם וְאַחֶרֶת יוֹצְאָהּ בְּצִידָּהּ כָּל יְמוֹת הַקַּיִץ:
La figue ne mûrit pas d'un coup. Celle-ci est achevée aujourd'hui, et une autre sort à côté, tous les jours de l'été.
💡 Explication

Chaque membre de la klal a son perat. Okhel écarte les sefahim d'isatis et de kotza : Rachi, durs à manger, alors que le pied qui n'est pas sefah se mange. Nishmar écarte le hefker. Min ha-arets écarte kemehin et pitriyot. Ke-ahat écarte la figue, fruit après fruit pendant tout l'été. Kiyoum écarte le légume.

🖼️ Schéma
Pea : cinq conditions, cinq sorties Condition Sens Perat : on exclut Okhel C'est un aliment Sefahim d'isatis et de kotza Nishmar On garde le champ Hefker Min ha-arets Croissance du sol Kemehin et pitriyot Ke-ahat Cueillette d'un coup Figue, tout l'été Kiyoum On le rentre, il se garde Le légume Rav : rashei leftot, feuilles de navet, kiyoum par les imahot Yericho : conservation par autre chose = kiyoum, hayav. Sages : pas un kiyoum, patour.
Cinq conditions de la pea. Le légume sort au kiyoum. Rav le ramènera aux feuilles de navet.
9
אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר רַב: הָכָא בְּרָאשֵׁי לְפָתוֹת עָסְקִינַן, וּמַכְנִיסוֹ לְקִיּוּם עַל יְדֵי דָּבָר אַחֵר קָמִיפַּלְגִי. מַר סָבַר: מַכְנִיסוֹ לְקִיּוּם עַל יְדֵי דָּבָר אַחֵר — שְׁמֵיהּ קִיּוּם, וּמַר סָבַר: לָא שְׁמֵיהּ קִיּוּם.

Rav Yehouda a dit que Rav a dit : ici, nous traitons des rashei leftot (têtes de navets). Et ils divergent sur le fait de le rentrer pour un kiyoum par le moyen d'une autre chose.

L'un tient : le rentrer pour un kiyoum par le moyen d'une autre chose, cela s'appelle un kiyoum. Et l'un tient : cela ne s'appelle pas un kiyoum.

📜 Rachi (1)
רָאשֵׁי לְפָתוֹת עֲלֵי הַלֶּפֶת מַכְנִיסִין אוֹתָן לְקִיּוּם עַל יְדֵי הָאִימָּהוֹת:
Les têtes de leftot : les feuilles du navet. On les rentre pour un kiyoum par le moyen des imahot (les mères, les racines).
💡 Explication

Rav resserre le mot yerek aux rashei leftot. Rachi : les feuilles du navet. On les conserve avec les imahot, les racines. Le différend : un kiyoum al yedei davar aher, par une autre chose, porte-t-il le nom de kiyoum. Les gens de Yericho : oui, hayav de pea. Les Sages : non, patour, et ils ont protesté.

🖼️ Schéma
Rashei leftot : kiyoum par autre chose Feuilles du navet Ne se gardent pas seules avec les imahot Racines Elles, se conservent Yericho : shemeih kiyoum Hayav de pea. Ils en donnent. Sages : lo shemeih kiyoum Patour. Ils ont protesté.
Les feuilles ne se gardent qu'avec les racines. Yericho appelle cela un kiyoum. Les Sages, non.
10
תָּנוּ רַבָּנַן: בָּרִאשׁוֹנָה הָיוּ נוֹתְנִין פֵּיאָה לְלֶפֶת וְלִכְרוּב, רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר: אַף לְקַפְלוֹט. וְתַנְיָא אִידָךְ: הָיוּ נוֹתְנִין פֵּיאָה לְלֶפֶת וּלְקַפְלוֹט, רַבִּי שִׁמְעוֹן אוֹמֵר: אַף לִכְרוּב.

Les Sages ont enseigné : au début, on donnait la pea au lefet (navet) et au kerouv (chou). Rabbi Yosse dit : même au kaflot (poireau).

Et l'on enseigne dans une autre baraitha : on donnait la pea au lefet et au kaflot. Rabbi Chimon dit : même au chou.

📜 Rachi (1)
לְלַפֵּת לֶעָלִין דְּבָאִימָּהוֹת כֻּולֵּי עָלְמָא מוֹדוֹ דְּהָא מִתְקַיְּימִין:
Pour le lefet : pour les feuilles. Car pour les imahot, tout le monde convient, puisque celles-là se conservent.
💡 Explication

Deux baraithot sur la pratique d'autrefois, ba-richona. L'une : pea au lefet et au kerouv ; Rabbi Yosse ajoute le kaflot. L'autre : pea au lefet et au kaflot ; Rabbi Chimon ajoute le chou. Rachi : lefet vise les feuilles. Pour les imahot, les racines, tout le monde convient qu'elles sont hayav : elles se conservent.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).