Sougya : L'amoud poursuit l'heure du tamid de l'après-midi. Abaye, Rava et Rabba bar Oula lisent la baraitha de Rabbi Yishmael et de Rabbi Akiva selon trois cadres : la veille de Pessa'h, la viande qui s'échauffe, ou le Chabbat ordinaire et le décret à cause des nedarim.
Deux autres baraithot appuient l'un puis l'autre, et chacun ajuste la leçon. La fin fixe l'ordre : rien avant le tamid du matin, rien après le tamid de l'après-midi, puis le Pessa'h, le ketoret et les nerot.
Si nous ne craignons pas, qu'on le fasse à six heures et demie ? Il estime : les musafin (sacrifices supplémentaires) précèdent les bazikhin (coupes de levona).
Il fait les musafin à six heures, les bazikhin à sept heures, et il fait le tamid à sept heures et demie.
Suite de Rava, en 58a. Rabbi Akiva ne craint pas que la viande s'échauffe, ikhmar bisra. La question demande alors pourquoi le tamid de la veille de Pessa'h qui tombe un Chabbat reste à sept heures et demie, et ne descend pas à six heures et demie, première heure permise.
Réponse : les musafin passent avant les bazikhin, les coupes de levona du pain de proposition. Six heures : musafin. Sept heures : bazikhin, et l'heure est prise. Le tamid vient à sept heures et demie. Rachi : les nombreux pesahim pousseraient à avancer, et le Chabbat n'a pas de nedarim à loger avant le tamid. Les bazikhin occupent quand même la septième heure.
Rabba bar Oula attaque : enseigne-t-on donc "comme son ordre en semaine, ainsi est son ordre le Chabbat, veille de Pessa'h, paroles de Rabbi Yishmael" ? On enseigne "ainsi est son ordre le Chabbat", sans précision.
L'attaque porte sur les mots. Rava faisait dire à la baraitha : le Chabbat de la veille de Pessa'h. Le texte dit le Chabbat, stam, sans ce complément. La lecture de Rava ajoute un cas que la baraitha ne nomme pas.
Rabba bar Oula dit donc : voici ce que l'on enseigne. Comme son ordre un jour de semaine ordinaire, ainsi est son ordre un Chabbat ordinaire, paroles de Rabbi Yishmael.
Rabba bar Oula sort la baraitha de la veille de Pessa'h. Be-alma : un jour ordinaire, toute l'année. Rabbi Yishmael aligne le Chabbat ordinaire sur la semaine : abattage à huit heures et demie.
Rachi donne la raison, qui sera nommée plus loin gezera. Le Chabbat n'a pas de nedarim. Si l'on y avançait le tamid, la semaine suivrait l'habitude, serekh. Un tamid de semaine fait à sept heures laisserait les nedarim d'après lui passoul, puisque rien ne s'offre après le tamid de l'après-midi.
Rabbi Akiva dit : comme son ordre une veille de Pessa'h ordinaire, ainsi est son ordre un Chabbat ordinaire. Et notre michna, qui enseigne "aussi bien en semaine qu'à Chabbat", est l'avis de tous.
Selon Rabba bar Oula, Rabbi Akiva aligne tout Chabbat de l'année sur une veille de Pessa'h ordinaire : abattage à sept heures et demie. Il ne décrète pas le Chabbat à cause de la semaine.
La michna, "en semaine comme à Chabbat", serait alors divrei ha-kol, l'avis de tous : les deux Tannaïm parlent du Chabbat de l'année, et laissent la veille de Pessa'h à la michna. Tossefot resserre : "l'avis de tous" vaut pour le débat de cette baraitha. Les deux baraithot qui suivent se disputent le Chabbat de la veille de Pessa'h, et là la michna ne réunit pas les avis.
L'autre Tossefot commente le "lundi" de la baraitha citée plus loin. Inutile d'y voir le premier jour où le 14 nissan peut tomber. La règle lo BADU Pessa'h écarte le dimanche pour le 14, puisque le 15 éviterait alors le lundi. Le Ri maintient la règle même à l'époque où l'on fixait le mois sur témoignage : on intimidait les témoins pour empêcher deux jours de cessation l'un contre l'autre (Roch Hachana 20a).
Sur quoi divergent-ils ? Ils divergent sur le décret des nedavot et des nedarim.
Rabbi Yishmael estime : on décrète le Chabbat à cause de la semaine. Et Rabbi Akiva estime : on ne décrète pas.
Le point de la mahloket, dans la lecture de Rabba bar Oula, est la gezera. Rabbi Yishmael : on décrète le Chabbat atu hol, à cause de la semaine, pour que l'heure du tamid reste huit heures et demie et que les nedarim de la semaine gardent leur place.
Rabbi Akiva : on ne reporte pas sur le Chabbat une crainte qui ne le concerne pas. Le tamid du Chabbat peut venir à l'heure de la veille de Pessa'h.
Si l'on ne décrète pas, qu'on le fasse à six heures et demie ! Il estime : les musafin précèdent les bazikhin.
Les musafin à six heures, les bazikhin à sept heures, et il fait le tamid à sept heures et demie.
Même question que pour Rava, reprise pour Rabbi Akiva selon Rabba bar Oula. Sans gezera, les zerizin makdimin : on avancerait le tamid à six heures et demie.
Le plancher reste sept heures et demie, parce que les musafin précèdent les bazikhin. Rachi note que la leçon du texte est bien celle-ci : musafin avant bazikhin. Chez Abaye, en 58a, c'était l'inverse pour Rabbi Akiva : bazikhin à cinq heures, musafin à six heures, tamid à six heures et demie.
On objecte. Le tamid, toute l'année, est offert selon sa règle : on l'abat à huit heures et demie, et on l'offre à neuf heures et demie.
La veille de Pessa'h, on l'abat à sept heures et demie, et on l'offre à huit heures et demie. S'il tombe un Chabbat, c'est comme s'il tombait un lundi, paroles de Rabbi Yishmael.
Rabbi Akiva dit : comme son ordre la veille de Pessa'h.
Nouvelle baraitha, avec les heures écrites. Toute l'année : abattage 8 h 30, offrande 9 h 30. Veille de Pessa'h : abattage 7 h 30, offrande 8 h 30. Si la veille tombe un Chabbat, Rabbi Yishmael la traite comme un lundi, un jour de semaine de veille, donc 7 h 30.
Cela va dans le sens d'Abaye : Chabbat et semaine de veille de Pessa'h ont la même heure. Rachi : "lundi" peut être un jour de semaine pris au hasard, ou le premier jour où le 14 peut tomber. Il écarte la seconde piste, parce qu'on fixait le mois sur la vision. Tossefot, plus haut, répond au Ri : même alors, on empêchait deux cessations consécutives. La leçon de Rabbi Akiva s'arrête à "comme la veille de Pessa'h", sans ajout.
Soit : pour Abaye, cela va. Pour Rava, c'est difficile.
Rava peut te dire : ne lis pas "comme s'il tombait un lundi". Lis : comme un lundi ordinaire.
Pour Abaye, la baraitha tombe juste. Rabbi Yishmael égalise le Chabbat de la veille et le lundi de la veille, à 7 h 30. Rabbi Akiva, qui s'en écarte, vise alors la veille qui tombe un vendredi, à 6 h 30. Rachi le tire de la formule même.
Pour Rava, Rabbi Yishmael craint ikhmar bisra et garde 8 h 30 le Chabbat de la veille. "Comme un lundi" de veille dirait 7 h 30. Rava ajuste la leçon : un lundi ordinaire, hors veille de Pessa'h, donc 8 h 30.
Tossefot : Rabba bar Oula est atteint lui aussi, si Rabbi Akiva de cette baraitha abat à 6 h 30, car alors les bazikhin passent avant les musafin. Le Rachba rattache la phrase de Rabbi Akiva au début, "toute l'année selon sa règle" : le Chabbat ordinaire suit la veille de Pessa'h. C'est la lecture de Rabba bar Oula. L'autre issue est l'ajustement de Rava.
On objecte. S'il tombe un Chabbat : comme son ordre de toute l'année, paroles de Rabbi Yishmael.
Rabbi Akiva dit : comme son ordre une veille de Pessa'h ordinaire. Soit : pour Rava, cela va.
Pour Abaye, c'est difficile.
Baraitha inverse de la précédente. Rabbi Yishmael, si la veille tombe un Chabbat : comme toute l'année, donc 8 h 30. Rachi : la crainte est ikhmar bisra, la viande qui s'échauffe parce qu'on ne peut rôtir qu'après la sortie du Chabbat.
Rabbi Akiva : comme une veille de Pessa'h ordinaire, 7 h 30. C'est la lecture de Rava. Pour Abaye, qui met Rabbi Yishmael à 7 h 30 même le Chabbat, la formule "toute l'année" gêne.
Abaye peut te dire : ne lis pas "comme son ordre de toute l'année". Lis : comme son ordre de toutes les années, paroles de Rabbi Yishmael.
Rabbi Akiva dit : comme son ordre de la veille de Pessa'h qui tombe un vendredi.
Abaye déplace un mot. Kol ha-shana, toute l'année, devient kol ha-shanim, toutes les années : chaque veille de Pessa'h qui tombe en semaine, à sept heures et demie. Le Chabbat de la veille suit cette heure. C'est son Rabbi Yishmael.
Rabbi Akiva, dans la même leçon ajustée, suit la veille qui tombe un vendredi, à six heures et demie. Chacun des deux Amoraïm garde donc sa lecture en retouchant la baraitha qui le gêne.
Les Sages ont enseigné : d'où sait-on que rien ne précède le tamid du matin ? Le verset dit : "et il arrangera sur elle l'olah".
Quelle est la dérivation ? Rava dit : "l'olah", l'olah première.
Nouvelle baraitha, sur la borne du matin. Rien ne précède le tamid shel shahar. Le verset (Vayikra 6, 5) dit, après le bois du matin : "et il arrangera sur elle l'olah". Rava : l'article de ha-olah désigne l'olah première, la plus importante, écrite en tête dans Pinhas : le tamid.
Rachi situe la place. Une fois le bûcher arrangé, u-vi'er aleha ha-kohen, le verset enchaîne tout de suite sur cette olah. Rien d'autre ne brûle entre le bois et le tamid du matin.
Tossefot confronte Zevahim 89a, où les temidin précèdent les musafin par "milvad olat ha-boker". Deux réponses tiennent ensemble. L'un des versets vise les musafin, l'autre les nedarim et nedavot. Ou bien l'un vise la haktara, l'autre la chehita. Menahot 49b dit qu'inverser l'ordre n'invalide pas de la Torah : le passoul de la Tossefta, kodashim offerts avant le tamid du matin ou après celui de l'après-midi, reste rabbinique. Tossefot laisse ouverte la tension avec le mot "qu'on les a offerts", qui vise même le sang déjà jeté.
Et d'où sait-on que rien ne s'offre après le tamid de l'après-midi ? Le verset dit : "et il fera fumer sur elle les graisses des shelamim".
Quelle est la dérivation ? Abaye dit : "sur elle", les shelamim, et sur sa pareille, pas les shelamim.
La baraitha passe à la borne du soir. Rien après le tamid shel bein ha-arbayim. Abaye lit aleha : les graisses des shelamim montent sur cette olah, le tamid du matin, donc après lui, dans la journée. Sur sa pareille, le tamid de l'après-midi, les shelamim ne montent plus.
Rachi : "sur elle" est la fin du même verset, et "elle" est l'olah déjà nommée. Après cette olah, les graisses. La pareille du soir ferme la série.
Rava attaque : dis que ce sont les shelamim que nous n'offrons pas, tandis que les olot, nous les offrons. Rava dit donc : "ha-shelamim", sur elle achève tous les korbanot, tous.
La dérivation d'Abaye ne nomme que les shelamim. Des olot pourraient encore venir après le tamid de l'après-midi. La baraitha, elle, dit que rien ne vient après.
Rava lit ha-shelamim comme hashlem : sur cette olah, celle du matin, on achève l'ensemble des korbanot. La clôture vaut pour tous, shelamim et olot. Rachi : le mot est un langage d'achèvement, et l'interdit de la suite vise l'après du tamid de l'après-midi.
Les Sages ont enseigné : le tamid précède le Pessa'h, le Pessa'h précède le ketoret (encens), le ketoret précède les nerot (lampes).
Ordre de l'après-midi, le jour du korban Pessa'h. D'abord le tamid de bein ha-arbayim, puis l'agneau, puis le ketoret, puis l'allumage des nerot.
Rachi fixe les trois termes du côté du soir : tamid de l'après-midi, encens de l'après-midi, hadlakat nerot. La raison de chaque priorité s'apprend à la suite.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).