Pesachim 58b : l'heure du tamid et l'ordre des korbanot

Pesachim 58b

Sougya : L'amoud poursuit l'heure du tamid de l'après-midi. Abaye, Rava et Rabba bar Oula lisent la baraitha de Rabbi Yishmael et de Rabbi Akiva selon trois cadres : la veille de Pessa'h, la viande qui s'échauffe, ou le Chabbat ordinaire et le décret à cause des nedarim.

Deux autres baraithot appuient l'un puis l'autre, et chacun ajuste la leçon. La fin fixe l'ordre : rien avant le tamid du matin, rien après le tamid de l'après-midi, puis le Pessa'h, le ketoret et les nerot.

Trois lectures de la baraitha Heure d'abattage du tamid de l'après-midi. L'heure 6 est midi. Point Abaye Rava Rabba bar Oula Sujet Veille de Pessa'h semaine et Chabbat Veille de Pessa'h qui tombe un Chabbat Chabbat ordinaire de toute l'année Rabbi Yishmael 7 h 30 comme la veille en semaine 8 h 30 la viande s'échauffe ikhmar bisra 8 h 30 décret, habitude gezera Rabbi Akiva 6 h 30 bazikhin d'abord puis musafin 7 h 30 musafin d'abord puis bazikhin 7 h 30 musafin d'abord sans décret Mahloket Qui précède : musafin ou bazikhin Craint-on que la viande s'échauffe Décrète-t-on Chabbat à cause de la semaine Michna Rabbi Yishmael Rabbi Akiva Avis de tous pour cette baraitha
Abaye : veille de Pessah, musafin contre bazikhin. Rava : viande qui s'échauffe. Rabba bar Oula : décret du Shabbat à cause de la semaine.
Heures fixes du tamid de l'après-midi Heures du jour. L'heure 6 est midi. Avant 6 h 30, le tamid de l'après-midi n'est pas à son heure. Cas Abattage (shehita) Offrande (hakrava) Toute l'année 8 h 30 9 h 30 Veille de Pessa'h 7 h 30 8 h 30 Veille un vendredi rôtissage avant Chabbat 6 h 30 7 h 30 En semaine, les nedarim et nedavot occupent le temps d'avant 8 h 30. Après le tamid de l'après-midi, plus aucun korban.
Toute l'année, 8 h 30 et 9 h 30. Veille de Pessah, 7 h 30 et 8 h 30. Veille un vendredi, 6 h 30 et 7 h 30.
Deux bornes, puis l'ordre du soir Rien avant le tamid du matin ha-olah : l'olah première Rava, Vayikra 6, 5 Rien après le tamid de l'après-midi ha-shelamim : hashlem Rava : on achève tout sur l'olah du matin 1. Tamid de l'après-midi bein ha-arbayim 2. Pessa'h l'agneau après le tamid 3. Ketoret encens de l'après-midi 4. Nerot allumage des lampes
Rien avant le tamid du matin. Rien après le tamid de l'après-midi. Puis Pessah, ketoret, nerot.
1
אִי לָא חָיְישִׁינַן, נֶיעֶבְדֵיהּ בְּשֵׁשׁ וּמֶחֱצָה? קָא סָבַר: מוּסָפִין קוֹדְמִין לִבְזִיכִין. עָבֵיד לְהוּ לְמוּסָפִין בְּשֵׁשׁ, וּבְזִיכְיַן בְּשֶׁבַע, וְעָבֵיד לֵיהּ לְתָמִיד בְּשֶׁבַע וּמֶחְצָה.

Si nous ne craignons pas, qu'on le fasse à six heures et demie ? Il estime : les musafin (sacrifices supplémentaires) précèdent les bazikhin (coupes de levona).

Il fait les musafin à six heures, les bazikhin à sept heures, et il fait le tamid à sept heures et demie.

📜 Rachi (2)
אִי לָא חָיֵישׁ נֶיעֶבְדֵיהּ בְּשֵׁשׁ וּמֶחֱצָה דְּהָא הַפְּסָחִים מְרֻובִּין וּבְשַׁבָּת לָא בָּעֵי לְאִיחוּרֶיהָ מִשּׁוּם נְדָרִים וּנְדָבוֹת:
Car les pesahim sont nombreux, et le Chabbat n'exige pas de le retarder à cause des nedarim et des nedavot (vœux et dons volontaires).
קָסָבַר מוּסָפִין קוֹדְמִין לְבָזִיכִין וְעַל כָּרְחֲךָ בְּזִיכְיַן בְּשֶׁבַע וְאֵינָן פִּנּוּיָין בָּהּ:
Et nécessairement les bazikhin sont à sept heures, et cette heure n'est pas libre.
💡 Explication

Suite de Rava, en 58a. Rabbi Akiva ne craint pas que la viande s'échauffe, ikhmar bisra. La question demande alors pourquoi le tamid de la veille de Pessa'h qui tombe un Chabbat reste à sept heures et demie, et ne descend pas à six heures et demie, première heure permise.

Réponse : les musafin passent avant les bazikhin, les coupes de levona du pain de proposition. Six heures : musafin. Sept heures : bazikhin, et l'heure est prise. Le tamid vient à sept heures et demie. Rachi : les nombreux pesahim pousseraient à avancer, et le Chabbat n'a pas de nedarim à loger avant le tamid. Les bazikhin occupent quand même la septième heure.

🖼️ Schéma
Pourquoi le tamid reste à 7 h 30 Musafin avant les bazikhin. L'heure 6 est midi. 6 h Musafin sacrifices du Chabbat 7 h Bazikhin coupes de levona 7 h 30 Tamid abattage 6 h 30 resterait libre seulement si les bazikhin passaient avant les musafin.
Musafin à 6 h, bazikhin à 7 h, tamid à 7 h 30. La case de 6 h 30 reste fermée.
2
מַתְקִיף לַהּ רַבָּה בַּר עֻולָּא: מִידִי ״כְּסִידְרוֹ בַּחֹול כָּךְ סִידְרוֹ בַּשַּׁבָּת בְּעֶרֶב הַפֶּסַח, דִּבְרֵי רַבִּי יִשְׁמָעֵאל״ קָתָנֵי?! ״כָּךְ סִידְּרוּ בְּשַׁבָּת״ סְתָמָא קָתָנֵי?

Rabba bar Oula attaque : enseigne-t-on donc "comme son ordre en semaine, ainsi est son ordre le Chabbat, veille de Pessa'h, paroles de Rabbi Yishmael" ? On enseigne "ainsi est son ordre le Chabbat", sans précision.

💡 Explication

L'attaque porte sur les mots. Rava faisait dire à la baraitha : le Chabbat de la veille de Pessa'h. Le texte dit le Chabbat, stam, sans ce complément. La lecture de Rava ajoute un cas que la baraitha ne nomme pas.

3
אֶלָּא אָמַר רַבָּה בַּר עֻולָּא, הָכִי קָתָנֵי: כְּסִידְרוֹ בְּחוֹל דְּעָלְמָא — כָּךְ סִידְרוֹ בְּשַׁבָּת דְּעָלְמָא, דִּבְרֵי רַבִּי יִשְׁמָעֵאל.

Rabba bar Oula dit donc : voici ce que l'on enseigne. Comme son ordre un jour de semaine ordinaire, ainsi est son ordre un Chabbat ordinaire, paroles de Rabbi Yishmael.

📜 Rachi (2)
בְּעָלְמָא כָּל יְמוֹת הַחֹול בִּשְׁמוֹנָה וּמֶחֱצָה:
Tous les jours de semaine, à huit heures et demie.
כָּךְ סִידְּרוּ בְּשַׁבָּתוֹת שֶׁל כָּל הַשָּׁנָה וְאַף עַל גַּב דְּלֵיכָּא נְדָרִים וּנְדָבוֹת חָיְישִׁינַן לְסֶרֶךְ נְדָרִים דְּחוֹל דִּילְמָא אָתוּ לְמִיסְרַךְ וּלְמֶיעְבַּד בְּחוֹל נָמֵי בְּשֶׁבַע וּמִיפַּסְלִי נְדָרִים וּנְדָבוֹת שֶׁל אַחֲרָיו:
Les Chabbat de toute l'année. Et bien qu'il n'y ait ni nedarim ni nedavot, on craint l'habitude des nedarim de la semaine : ils pourraient s'y entraîner et le faire aussi en semaine à sept heures, et les nedarim et nedavot qui viennent après seraient passoul (invalides).
💡 Explication

Rabba bar Oula sort la baraitha de la veille de Pessa'h. Be-alma : un jour ordinaire, toute l'année. Rabbi Yishmael aligne le Chabbat ordinaire sur la semaine : abattage à huit heures et demie.

Rachi donne la raison, qui sera nommée plus loin gezera. Le Chabbat n'a pas de nedarim. Si l'on y avançait le tamid, la semaine suivrait l'habitude, serekh. Un tamid de semaine fait à sept heures laisserait les nedarim d'après lui passoul, puisque rien ne s'offre après le tamid de l'après-midi.

4
רַבִּי עֲקִיבָא אוֹמֵר: כְּסִידְרוֹ בְּעֶרֶב הַפֶּסַח דְּעָלְמָא — כָּךְ סִידְרוֹ בְּשַׁבָּת דְּעָלְמָא. וּמַתְנִיתִין דְּקָתָנֵי בֵּין בַּחֹול בֵּין בְּשַׁבָּת — דִּבְרֵי הַכֹּל הִיא.

Rabbi Akiva dit : comme son ordre une veille de Pessa'h ordinaire, ainsi est son ordre un Chabbat ordinaire. Et notre michna, qui enseigne "aussi bien en semaine qu'à Chabbat", est l'avis de tous.

📜 Rachi (2)
ר"ע אוֹמֵר כָּל שַׁבְּתוֹת הַשָּׁנָה הוּא נִשְׁחָט בְּשֶׁבַע וּמֶחֱצָה כְּסִידְרוֹ עֶרֶב הַפֶּסַח דְּלָא גָּזְרִינַן מִשּׁוּם חוֹל:
Tous les Chabbat de l'année, on l'abat à sept heures et demie, comme l'ordre de la veille de Pessa'h, car on ne décrète pas à cause de la semaine.
דִּבְרֵי הַכֹּל הִיא דר' יִשְׁמָעֵאל וְרַבִּי עֲקִיבָא לָא אַייְרֵי בְּעֶרֶב פֶּסַח כְּלָל וּכְמַתְנִיתִין סְבִירָא לְהוּ בֵּין בְּחוֹל בֵּין בְּשַׁבָּת:
Rabbi Yishmael et Rabbi Akiva ne traitent pas du tout de la veille de Pessa'h, et ils estiment comme la michna, aussi bien en semaine qu'à Chabbat.
🗂️ Tossefot (2)
דִּבְרֵי הַכֹּל הִיא וּבֵין בְּחוֹל וּבֵין בְּשַׁבָּת דְּקָתָנֵי בְּמָתְנֵי' לָא קָאֵי אַרֵישָׁא אֶלָּא אַעֶרֶב הַפֶּסַח וְהָא דְּקָאָמַר דִּבְרֵי הַכֹּל הִיא הַיְינוּ כְּלוֹמַר דְּמָצִינוּ לְמֵימַר דִּבְרֵי הַכֹּל לִפְלוּגְתָּא דְּהַךְ בָּרַיְיתָא דְּקָייְמִינַן עֲלָהּ אֲבָל אִיכָּא שְׁנֵי בָּרָייְתוֹת דְּמַיְיתֵי בְּסָמוּךְ דִּפְלִיגִי בְּהֶדְיָא בְּשַׁבָּת דְּעֶרֶב פֶּסַח וּמְהַנֵּהוּ וַדַּאי אִיכָּא לְמִיפְשַׁט דְּלָאו דִּבְרֵי הַכֹּל הִיא:
"Aussi bien en semaine qu'à Chabbat", que la michna enseigne, ne porte pas sur le début, mais sur la veille de Pessa'h. Et ce qu'on dit "c'est l'avis de tous" veut dire : on peut dire que c'est l'avis de tous au regard du débat de cette baraitha sur laquelle nous nous tenons. Mais il y a deux baraithot apportées tout de suite, qui divergent explicitement sur le Chabbat de la veille de Pessa'h, et de celles-là on peut certes conclure que la michna n'y est pas l'avis de tous.
כְּאִילּוּ חָל בַּשֵּׁנִי בְּשַׁבָּת אֵין צָרִיךְ לְפָרֵשׁ דְּדַוְקָא נְקַט שֵׁנִי דְּהוּא יוֹמָא קַמָּא דְּמִיקְלַע בֵּיהּ אַרְבָּעָה עָשָׂר דְּחַד בְּשַׁבְּתָא לָא חָזֵי לְאַרְבֵּיסַר דְּלָא בד"ו פֶּסַח דְּהָא ע"כ לְרָבָא דְּמוּקֵי לָהּ בְּשֵׁנִי בְּשַׁבָּת דְּעָלְמָא לָא הָוֵי שֵׁנִי בְּשַׁבָּת דַּוְקָא דְּהָא לֹא בְּעֶרֶב הַפֶּסַח מַיְירֵי הוּא הַדִּין לְאַבַּיֵּי אִם לֹא יִהְיֶה דַּוְקָא אֵין לָחוּשׁ וְרַשִׁ"י שֶׁהִקְשָׁה דְּעַל פִּי הָרְאִיָּיה הָיוּ מְקַדְּשִׁין אֵין נִרְאֶה לר"י דאע"ג דְּהָיוּ מְקַדְּשִׁין עַל פִּי הָרְאִייָּה הָיוּ נִזְהָרִין שֶׁלֹּא יָבֹאוּ תְּרֵי שְׁבִי בַּהֲדֵי הֲדָדֵי דְּאָמְרִינַן בְּהֶדְיָא פֶּרֶק קַמָּא דְּרֹאשׁ הַשָּׁנָה (דַּף כ.) מְאַיְּימִין עַל הָעֵדִים עַל הַחֹדֶשׁ שֶׁנִּרְאָה בִּזְמַנּוֹ לוֹמַר שֶׁלֹּא רָאוּ וְהָא דְּאָמְרִי' בְּשִׁילְהֵי אֵלּוּ קְשָׁרִים (שַׁבָּת דַּף קיג.) חֶלְבֵי שַׁבָּת קְרֵיבִים בְּיוֹם הַכִּפּוּרִים אַלְמָא בַּהֲדֵי הֲדָדֵי נִינְהוּ מוּקֵי לָהּ בְּהֶחָלִיל (סֻוכָּה דַּף נד:) כַּאֲחֵרִים דְּאָמְרִי אֵין בֵּין עֲצֶרֶת לַעֲצֶרֶת אֶלָּא ד' יָמִים בִּלְבַד:
Comme s'il tombait un lundi. Il n'est pas besoin d'expliquer qu'il a pris le lundi en particulier, parce que ce serait le premier jour où le quatorze peut tomber : le dimanche ne convient pas au quatorze, puisque Pessa'h ne tombe pas selon la règle lo BADU Pessa'h (le 15 nissan évite le lundi, le mercredi et le vendredi). Car nécessairement, selon Rava, qui l'établit comme un lundi ordinaire, le lundi n'est pas particulier, puisqu'il ne traite pas de la veille de Pessa'h. Il en va de même pour Abaye : s'il n'est pas particulier, il n'y a pas à s'en soucier. Et Rachi, qui a objecté qu'on sanctifiait le mois d'après la vision, ne paraît pas juste au Ri. Car bien qu'on sanctifiât d'après la vision, on prenait garde que deux jours de Chabbat ne viennent l'un contre l'autre. Nous le disons explicitement au premier chapitre de Roch Hachana (20a) : on intimide les témoins, pour le mois vu en son temps, afin qu'ils disent qu'ils ne l'ont pas vu. Et ce que nous disons à la fin d'Elou Kécharim (Chabbat 113) : les graisses de Chabbat s'offrent le jour de Kippour, d'où il ressort qu'ils tombent l'un à côté de l'autre, on l'établit dans HaHalil (Souka 54b) selon Aherim, qui disent : entre une Chavouot et la suivante, il n'y a que quatre jours.
💡 Explication

Selon Rabba bar Oula, Rabbi Akiva aligne tout Chabbat de l'année sur une veille de Pessa'h ordinaire : abattage à sept heures et demie. Il ne décrète pas le Chabbat à cause de la semaine.

La michna, "en semaine comme à Chabbat", serait alors divrei ha-kol, l'avis de tous : les deux Tannaïm parlent du Chabbat de l'année, et laissent la veille de Pessa'h à la michna. Tossefot resserre : "l'avis de tous" vaut pour le débat de cette baraitha. Les deux baraithot qui suivent se disputent le Chabbat de la veille de Pessa'h, et là la michna ne réunit pas les avis.

L'autre Tossefot commente le "lundi" de la baraitha citée plus loin. Inutile d'y voir le premier jour où le 14 nissan peut tomber. La règle lo BADU Pessa'h écarte le dimanche pour le 14, puisque le 15 éviterait alors le lundi. Le Ri maintient la règle même à l'époque où l'on fixait le mois sur témoignage : on intimidait les témoins pour empêcher deux jours de cessation l'un contre l'autre (Roch Hachana 20a).

5
בְּמַאי קָמִיפַּלְגִי? בִּגְזֵרַת נְדָבוֹת וּנְדָרִים קָמִיפַּלְגִי. רַבִּי יִשְׁמָעֵאל סָבַר: גָּזְרִינַן שַׁבָּת אַטּוּ חוֹל, וְרַבִּי עֲקִיבָא סָבַר: לָא גָּזְרִינַן.

Sur quoi divergent-ils ? Ils divergent sur le décret des nedavot et des nedarim.

Rabbi Yishmael estime : on décrète le Chabbat à cause de la semaine. Et Rabbi Akiva estime : on ne décrète pas.

💡 Explication

Le point de la mahloket, dans la lecture de Rabba bar Oula, est la gezera. Rabbi Yishmael : on décrète le Chabbat atu hol, à cause de la semaine, pour que l'heure du tamid reste huit heures et demie et que les nedarim de la semaine gardent leur place.

Rabbi Akiva : on ne reporte pas sur le Chabbat une crainte qui ne le concerne pas. Le tamid du Chabbat peut venir à l'heure de la veille de Pessa'h.

🖼️ Schéma
Décret du Chabbat à cause de la semaine Rabbi Yishmael On décrète : Chabbat suit l'heure de la semaine Tamid à 8 h 30 Sinon l'habitude gagne. En semaine à 7 h, les nedarim d'après le tamid sont passoul. Rabbi Akiva On ne décrète pas le Chabbat à cause de la semaine Tamid à 7 h 30 Comme une veille de Pessa'h ordinaire. Le Chabbat n'a pas de nedarim ni de nedavot.
Yishmael garde 8 h 30 par décret. Akiva laisse le Chabbat à 7 h 30.
6
אִי לָא גָּזְרִינַן, נֶיעֶבְדֵיהּ בְּשֵׁשׁ וּמֶחֱצָה! קָסָבַר: מוּסָפִין קוֹדְמִין לִבְזִיכִין. מוּסָפִין בְּשֵׁשׁ, וּבְזִיכְיַן בְּשֶׁבַע, וְעָבֵיד לֵיהּ לְתָמִיד בְּשֶׁבַע וּמֶחְצָה.

Si l'on ne décrète pas, qu'on le fasse à six heures et demie ! Il estime : les musafin précèdent les bazikhin.

Les musafin à six heures, les bazikhin à sept heures, et il fait le tamid à sept heures et demie.

📜 Rachi (2)
נֶיעֶבְדֵיהּ בְּשֵׁשׁ וּמֶחֱצָה דְּהָא זְרִיזִין מַקְדִּימִין לְמִצְוֹת:
Car les zerizin (les empressés) avancent les mitsvot.
קָסָבַר מוּסָפִין קוֹדְמִין לְבָזִיכִין גָּרְסִינַן:
C'est ainsi que nous lisons.
💡 Explication

Même question que pour Rava, reprise pour Rabbi Akiva selon Rabba bar Oula. Sans gezera, les zerizin makdimin : on avancerait le tamid à six heures et demie.

Le plancher reste sept heures et demie, parce que les musafin précèdent les bazikhin. Rachi note que la leçon du texte est bien celle-ci : musafin avant bazikhin. Chez Abaye, en 58a, c'était l'inverse pour Rabbi Akiva : bazikhin à cinq heures, musafin à six heures, tamid à six heures et demie.

🖼️ Schéma
Pourquoi le tamid reste à 7 h 30 Musafin avant les bazikhin. L'heure 6 est midi. 6 h Musafin sacrifices du Chabbat 7 h Bazikhin coupes de levona 7 h 30 Tamid abattage 6 h 30 resterait libre seulement si les bazikhin passaient avant les musafin.
Sans décret, l'empressement irait à 6 h 30. Les musafin et les bazikhin remplissent jusqu'à 7 h 30.
7
מֵיתִיבִי: תָּמִיד, כָּל הַשָּׁנָה כֻּולָּהּ קָרֵב כְּהִלְכָתוֹ: נִשְׁחָט בִּשְׁמוֹנָה וּמֶחֱצָה, וְקָרֵב בְּתֵשַׁע וּמֶחֱצָה. וּבְעֶרֶב הַפֶּסַח, נִשְׁחָט בְּשֶׁבַע וּמֶחֱצָה, וְקָרֵב בִּשְׁמוֹנָה וּמֶחֱצָה. חָל לִהְיוֹת בַּשַּׁבָּת כְּחָל לִהְיוֹת בְּשֵׁנִי בַּשַּׁבָּת, דִּבְרֵי רַבִּי יִשְׁמָעֵאל. רַבִּי עֲקִיבָא אוֹמֵר: כְּסִידְרוֹ בְּעֶרֶב הַפֶּסַח.

On objecte. Le tamid, toute l'année, est offert selon sa règle : on l'abat à huit heures et demie, et on l'offre à neuf heures et demie.

La veille de Pessa'h, on l'abat à sept heures et demie, et on l'offre à huit heures et demie. S'il tombe un Chabbat, c'est comme s'il tombait un lundi, paroles de Rabbi Yishmael.

Rabbi Akiva dit : comme son ordre la veille de Pessa'h.

📜 Rachi (3)
כְּחָל לִהְיוֹת בְּשֵׁנִי בַּשַּׁבָּת עֶרֶב הַפֶּסַח שֶׁהַתָּמִיד נִשְׁחָט בְּשֶׁבַע וּמֶחֱצָה:
La veille de Pessa'h, où l'on abat le tamid à sept heures et demie.
בִּשְׁנֵי בַּשַּׁבָּת חַד מֵימוֹת הַחֹול נְקַט וְאִית דְּאָמְרִי יוֹמָא קַמָּא דְּשַׁבְּתָא דַּחֲזֵי לְאַרְבֵּיסַר נְקַט וְחַד בְּשַׁבְּתָא לָא חֲזִי לְאַרְבֵּיסַר דְּלָא בד"ו פֶּסַח וְלָאו מִילְּתָא הִיא שֶׁהֲרֵי עַל פִּי הָרְאִיָּיה הָיוּ מְקַדְּשִׁין:
Il a pris un des jours de semaine. Et certains disent : il a pris le premier jour de la semaine qui convient au quatorze, et le dimanche ne convient pas au quatorze, car Pessa'h ne tombe pas selon lo BADU. Et cela ne tient pas, car on sanctifiait d'après la vision.
ור"ע אוֹמֵר כְּסִידְרוֹ עֶרֶב הַפֶּסַח גָּרְסִינַן וְתוּ לָא:
C'est ainsi que nous lisons, et rien de plus.
💡 Explication

Nouvelle baraitha, avec les heures écrites. Toute l'année : abattage 8 h 30, offrande 9 h 30. Veille de Pessa'h : abattage 7 h 30, offrande 8 h 30. Si la veille tombe un Chabbat, Rabbi Yishmael la traite comme un lundi, un jour de semaine de veille, donc 7 h 30.

Cela va dans le sens d'Abaye : Chabbat et semaine de veille de Pessa'h ont la même heure. Rachi : "lundi" peut être un jour de semaine pris au hasard, ou le premier jour où le 14 peut tomber. Il écarte la seconde piste, parce qu'on fixait le mois sur la vision. Tossefot, plus haut, répond au Ri : même alors, on empêchait deux cessations consécutives. La leçon de Rabbi Akiva s'arrête à "comme la veille de Pessa'h", sans ajout.

🖼️ Schéma
Heures fixes du tamid de l'après-midi Heures du jour. L'heure 6 est midi. Avant 6 h 30, le tamid de l'après-midi n'est pas à son heure. Cas Abattage (shehita) Offrande (hakrava) Toute l'année 8 h 30 9 h 30 Veille de Pessa'h 7 h 30 8 h 30 Veille un vendredi rôtissage avant Chabbat 6 h 30 7 h 30 En semaine, les nedarim et nedavot occupent le temps d'avant 8 h 30. Après le tamid de l'après-midi, plus aucun korban.
Les trois horaires écrits : l'année, la veille, la veille un vendredi.
8
בִּשְׁלָמָא לְאַבַּיֵּי נִיחָא, אֶלָּא לְרָבָא קַשְׁיָא. אָמַר לָךְ רָבָא: לָא תֵּימָא ״כְּחָל בִּשְׁנֵי בְּשַׁבָּת״, אֶלָּא אֵימָא: כִּשְׁנֵי בְּשַׁבָּת דְּעָלְמָא.

Soit : pour Abaye, cela va. Pour Rava, c'est difficile.

Rava peut te dire : ne lis pas "comme s'il tombait un lundi". Lis : comme un lundi ordinaire.

📜 Rachi (3)
בִּשְׁלָמָא לְאַבַּיֵּי נִיחָא דְּמִדְּקָאָמַר רַבִּי יִשְׁמָעֵאל חָל לִהְיוֹת בַּשַּׁבָּת כְּחָל לִהְיוֹת בְּשֵׁנִי בַּשַּׁבָּת עַל כָּרְחָךְ כְּסִידְרוֹ עֶרֶב הַפֶּסַח דְּקָאָמַר ר"ע בע"פ שֶׁחָל לִהְיוֹת בְּע"ש קָאָמַר:
Puisque Rabbi Yishmael a dit "s'il tombe un Chabbat, comme s'il tombait un lundi", nécessairement "comme son ordre la veille de Pessa'h", que dit Rabbi Akiva, vise la veille de Pessa'h qui tombe un vendredi.
אֶלָּא לְרָבָא דְּקָאָמַר רַבִּי יִשְׁמָעֵאל לְמִיכְמַר בִּישְׂרָא חָיֵישׁ וּכְסִידְּרוּ בְּחוֹל בְּעָלְמָא קָאָמַר הָא קָתָנֵי הָכָא כְּחָל לִהְיוֹת בְּשֵׁנִי בַּשַּׁבָּת:
Lui qui dit que Rabbi Yishmael craint que la viande ne s'échauffe, et qui explique "comme son ordre un jour de semaine ordinaire". Or ici l'on enseigne "comme s'il tombait un lundi".
אֶלָּא אֵימָא כְּשֵׁנִי בַּשַּׁבָּת שֶׁאֵינוֹ עֶרֶב הַפֶּסַח דְּהַייְנוּ בִּשְׁמוֹנָה וּמֶחֱצָה דְּחָיְישִׁינַן לְמִיכְמַר בִּישְׂרָא:
Qui n'est pas une veille de Pessa'h, c'est-à-dire à huit heures et demie, car on craint que la viande ne s'échauffe.
🗂️ Tossefot (1)
אֶלָּא לְרָבָא קַשְׁיָא תֵּימַהּ לְרַבָּה בַּר עֻולָּא נָמֵי תִּיקְשֵׁי דְּלִדְבָרָיו לְרַבִּי עֲקִיבָא מוּסָפִין קוֹדְמִין לִבְזִיכִין וּלְפִי מַה שֶׁהַבָּרַיְיתָא כְּאַבַּיֵּי לְרַבִּי עֲקִיבָא תָּמִיד נִשְׁחָט בְּשֵׁשׁ וּמֶחֱצָה וא"כ בְּזִיכְיַן קוֹדְמִין לְמוּסָפִין וְתֵירֵץ רַשְׁבָּ"א דִּלְרַבָּה בַּר עֻולָּא לָא קָאֵי ר"ע אֶלָּא אַרֵישָׁא דְּקָתָנֵי תָּמִיד כָּל הַשָּׁנָה קָרֵב כְּהִלְכָתוֹ מַשְׁמַע ל"ש חוֹל וְלָא שְׁנָא שַׁבָּת וְעָלָה פְּלִיג ר"ע וְאָמַר דְּשַׁבָּת דְּעָלְמָא כְּעֶרֶב הַפֶּסַח וְהַיְינוּ מַמָּשׁ כְּרַבָּה בַּר עֻולָּא אוֹ יְתָרֵץ כְּרָבָא:
Étonnant : la difficulté atteint aussi Rabba bar Oula. Car selon lui, pour Rabbi Akiva, les musafin précèdent les bazikhin. Or, si l'on lit cette baraitha comme Abaye, pour Rabbi Akiva le tamid est abattu à six heures et demie, et alors les bazikhin précèdent les musafin. Le Rachba a répondu : selon Rabba bar Oula, Rabbi Akiva ne porte que sur le début, qui enseigne que le tamid de toute l'année est offert selon sa règle, ce qui implique que la semaine et le Chabbat sont sur le même pied. Et là-dessus Rabbi Akiva diverge : un Chabbat ordinaire est comme la veille de Pessa'h. Et c'est exactement la lecture de Rabba bar Oula. Ou bien l'on répond comme Rava.
💡 Explication

Pour Abaye, la baraitha tombe juste. Rabbi Yishmael égalise le Chabbat de la veille et le lundi de la veille, à 7 h 30. Rabbi Akiva, qui s'en écarte, vise alors la veille qui tombe un vendredi, à 6 h 30. Rachi le tire de la formule même.

Pour Rava, Rabbi Yishmael craint ikhmar bisra et garde 8 h 30 le Chabbat de la veille. "Comme un lundi" de veille dirait 7 h 30. Rava ajuste la leçon : un lundi ordinaire, hors veille de Pessa'h, donc 8 h 30.

Tossefot : Rabba bar Oula est atteint lui aussi, si Rabbi Akiva de cette baraitha abat à 6 h 30, car alors les bazikhin passent avant les musafin. Le Rachba rattache la phrase de Rabbi Akiva au début, "toute l'année selon sa règle" : le Chabbat ordinaire suit la veille de Pessa'h. C'est la lecture de Rabba bar Oula. L'autre issue est l'ajustement de Rava.

🖼️ Schéma
Que veut dire le lundi de la baraitha Abaye, leçon reçue Comme s'il tombait un lundi Veille de Pessa'h en semaine Tamid à 7 h 30 Rabbi Akiva vise alors la veille qui tombe un vendredi Rava, leçon ajustée Comme un lundi ordinaire Un jour de semaine quelconque Tamid à 8 h 30 On craint que la viande s'échauffe, ikhmar bisra
Abaye garde le lundi de la veille, 7 h 30. Rava lit un lundi ordinaire, 8 h 30.
9
מֵיתִיבִי: חָל לִהְיוֹת בְּשַׁבָּת — כְּסִידְרוֹ כָּל הַשָּׁנָה כֻּולָּהּ, דִּבְרֵי רַבִּי יִשְׁמָעֵאל. רַבִּי עֲקִיבָא אוֹמֵר: כְּסִידְרוֹ בְּעֶרֶב הַפֶּסַח דְּעָלְמָא. בִּשְׁלָמָא לְרָבָא נִיחָא, אֶלָּא לְאַבַּיֵּי קַשְׁיָא!

On objecte. S'il tombe un Chabbat : comme son ordre de toute l'année, paroles de Rabbi Yishmael.

Rabbi Akiva dit : comme son ordre une veille de Pessa'h ordinaire. Soit : pour Rava, cela va.

Pour Abaye, c'est difficile.

📜 Rachi (1)
כְּסֵדֶר כָּל הַשָּׁנָה הַייְנוּ בִּשְׁמוֹנָה וּמֶחֱצָה דְּחָיְישִׁי' לְמִיכְמַר בִּישְׂרָא:
C'est-à-dire à huit heures et demie, car on craint que la viande ne s'échauffe.
💡 Explication

Baraitha inverse de la précédente. Rabbi Yishmael, si la veille tombe un Chabbat : comme toute l'année, donc 8 h 30. Rachi : la crainte est ikhmar bisra, la viande qui s'échauffe parce qu'on ne peut rôtir qu'après la sortie du Chabbat.

Rabbi Akiva : comme une veille de Pessa'h ordinaire, 7 h 30. C'est la lecture de Rava. Pour Abaye, qui met Rabbi Yishmael à 7 h 30 même le Chabbat, la formule "toute l'année" gêne.

10
אָמַר לָךְ אַבַּיֵּי: לָא תֵּימָא ״כְּסִידְרוֹ כָּל הַשָּׁנָה״, אֶלָּא אֵימָא: כְּסִידְרוֹ כָּל הַשָּׁנִים כֻּולָּן, דִּבְרֵי רַבִּי יִשְׁמָעֵאל. רַבִּי עֲקִיבָא אוֹמֵר: כְּסִידְרוֹ עֶרֶב הַפֶּסַח שֶׁחָל לִהְיוֹת בְּעֶרֶב שַׁבָּת.

Abaye peut te dire : ne lis pas "comme son ordre de toute l'année". Lis : comme son ordre de toutes les années, paroles de Rabbi Yishmael.

Rabbi Akiva dit : comme son ordre de la veille de Pessa'h qui tombe un vendredi.

📜 Rachi (1)
כָּל הַשָּׁנִים שֶׁעֶרֶב הַפֶּסַח חָל בְּחוֹל דְּשַׁחְטִינְהוּ בְּשֶׁבַע וּמֶחֱצָה ור"ע אָמַר כְּסִידְרוֹ עֶרֶב הַפֶּסַח שֶׁחָל לִהְיוֹת בְּעֶרֶב שַׁבָּת:
Quand la veille de Pessa'h tombe en semaine, où on l'abat à sept heures et demie. Et Rabbi Akiva a dit : comme son ordre de la veille de Pessa'h qui tombe un vendredi.
💡 Explication

Abaye déplace un mot. Kol ha-shana, toute l'année, devient kol ha-shanim, toutes les années : chaque veille de Pessa'h qui tombe en semaine, à sept heures et demie. Le Chabbat de la veille suit cette heure. C'est son Rabbi Yishmael.

Rabbi Akiva, dans la même leçon ajustée, suit la veille qui tombe un vendredi, à six heures et demie. Chacun des deux Amoraïm garde donc sa lecture en retouchant la baraitha qui le gêne.

11
תָּנוּ רַבָּנַן: מִנַּיִן שֶׁלֹּא יְהֵא דָּבָר קוֹדֵם לְתָמִיד שֶׁל שַׁחַר, תַּלְמוּד לוֹמַר: ״וְעָרַךְ עָלֶיהָ הָעוֹלָה״. מַאי תַּלְמוּדָא? אָמַר רָבָא: ״הָעוֹלָה״ — עוֹלָה רִאשׁוֹנָה.

Les Sages ont enseigné : d'où sait-on que rien ne précède le tamid du matin ? Le verset dit : "et il arrangera sur elle l'olah".

Quelle est la dérivation ? Rava dit : "l'olah", l'olah première.

📜 Rachi (3)
מִנַּייִן שֶׁלֹּא יְהֵא דָּבָר נִקְטָר בַּמַּעֲרָכָה מִשֶּׁנֶּעֶרְכָה שַׁחֲרִית קֹודֶם לְתָמִיד שֶׁל שַׁחַר ת"ל וְעָרַךְ עָלֶיהָ בָּתַר וּבִעֵר עָלֶיהָ הַכֹּהֵן כְּתִיב דְּהוּא סִידּוּר מַעֲרָכָה:
Qui soit brûlé sur le bûcher une fois qu'il a été arrangé le matin, avant le tamid du matin. Le verset dit "et il arrangera sur elle", après qu'il est écrit "et le kohen brûlera sur elle", ce qui est l'arrangement du bûcher.
מַאי תַּלְמוּדָא דְּהַאי הָעוֹלָה אַתָּמִיד שֶׁל שַׁחַר קָאֵי:
Que ce "l'olah" vise le tamid du matin.
הָעוֹלָה עוֹלָה רִאשׁוֹנָה מִדְּלָא כְּתִיב וְעָרַךְ עָלֶיהָ עוֹלָה אֶלָּא הָעוֹלָה הָכִי קָאָמַר וְעָרַךְ עָלֶיהָ מִיָּד הָעוֹלָה הַחֲשׁוּבָה הָאֲמוּרָה תְּחִלָּה לְכָל הָעוֹלוֹת וְהַיְינוּ עוֹלַת תָּמִיד דְּפָרָשַׁת קָרְבָּנוֹת [בְּפָ' פִּינְחָס] דְּקָרְבָּן תָּמִיד כְּתִיב בְּרֵישָׁא:
Puisqu'il n'est pas écrit "et il arrangera sur elle une olah", mais "l'olah", voici ce que dit le verset : et il arrangera sur elle aussitôt l'olah importante, dite en tête de toutes les olot. C'est l'olat tamid du passage des korbanot, dans la paracha de Pinhas, car le korban tamid est écrit au début.
🗂️ Tossefot (1)
הָעוֹלָה עוֹלָה רִאשׁוֹנָה תֵּימַהּ דְּבִזְבָחִים פֶּ' כָּל הַתָּדִיר (זְבָחִים דַּף פט.) מַפְּקִינַן מִקְּרָא אַחַרְיַנָא דִּתְנַן הַתְּמִידִין קוֹדְמִין לְמוּסָפִין שֶׁנֶּאֱמַר מִלְּבַד עֹולַת הַבֹּקֶר אֲשֶׁר לְעֹולַת הַתָּמִיד וְלֵיכָּא לְמֵימַר דְּהָתָם אִיצְטְרִיךְ לַצִּבּוּר שֶׁאֵין לָהֶן תְּמִידִין וּמוּסָפִין אֶלָּא כְּדֵי אֶחָד מֵהֶם דְּהָא קָתָנֵי הָתָם דַּם חַטָּאת קוֹדֵם לְדַם עוֹלָה וְדֻומְיָא דְּזֶה הָוֵי תְּמִידִין וּמוּסָפִין וְלֵיכָּא לְמֵימַר נָמֵי דְּאִיצְטְרִיךְ קְרָא תְּנֵינָא לְעַכֵּב דִּבְהַתְּכֵלֶת (מִנְחַת דַּף מט:) אָמְרִינַן בְּהֶדְיָא דְּלֵיכָּא עִיכּוּבָא וְי"ל דְּהָתָם אִיצְטְרִיךְ לְמוּסָפִין דְּלָא קָדְמִי וְהָכָא לִנְדָרִים וּנְדָבוֹת וּצְרִיכִי דְּשֶׁמָּא מוּסָפִין חֲמִירִי שֶׁהֵן קָרְבַּן צִבּוּר אוֹ שֶׁמָּא נְדָרִים וּנְדָבוֹת חֲמִירִי שֶׁרְגִילִים וּמְצוּיִים יוֹתֵר אִי נָמֵי קְרָא דְּהָכָא לְהַקְדָּמַת הַקְטָרָה דִּבְהַקְטָרָה כְּתִיב וְעָרַךְ עָלֶיהָ הָעוֹלָה וּקְרָא דְּכָל הַתָּדִיר לְהַקְדָּמַת שְׁחִיטָה דְּתַעֲשׂוּ אֶת אֵלֶּה בַּעֲשִׂיַּית הַדָּם כְּתִיב וְהָא דְּפָרִיךְ בְּהַתְּכֵלֶת (שָׁם) גַּבֵּי הָא דִּתְנַן הַתְּמִידִין אֵין מְעַכְּבִין אֶת הַמּוּסָפִין וְקָאָמַר הֵיכִי דָּמֵי אִילֵּימָא דְּאִית לֵיהּ וּלְקַדֵּם וְהָתַנְיָא מִנַּיִן שֶׁלֹּא יְהֵא דָּבָר כו' וּמַיְיתִי הָא דְּרָבָא וְלָא מַייְתֵי קְרָא דְּמִלְּבַד מִשּׁוּם דִּלְשׁוֹן שֶׁלֹּא יְהֵא דָּבָר קוֹדֵם מַשְׁמַע טְפֵי עִיכּוּב [לְהָכִי] אַתְייָה טְפֵי מִן הַמִּשְׁנָה אִי נָמֵי לְמֵימְרָא דְּאַפֵּי' בְּהַקְטָרָה דְּלָא תְּנַן בְּכָל הַתָּדִיר תָּמִיד שֶׁל שַׁחַר קוֹדֵם אַךְ קָשֶׁה דְּאַמַּאי אִיצְטְרִיךְ הָעוֹלָה וּמִלְּבַד תִּיפּוֹק לִי' דְּתָמִיד קוֹדֵם לְמוּסָפִין דִּבְתָמִיד כְּתִיב בַּבֹּקֶר וּבְמוּסָפִין כְּתִיב בַּיּוֹם דְּמַשְׁמַע בְּעִיצּוּמוֹ שֶׁל יוֹם וּלְמַאי דְּאָמְרִי' בְּהַתְּכֵלֶת דְּלֵיכָּא עִיכּוּבָא בְּהַקְדָּמָה לְתָמִיד אָתֵי שַׁפִּיר הָא דְּאָמְרִינַן בְּרֵישׁ עֵירוּבִין (דַּף ב.) שְׁלָמִים שֶׁשְּׁחָטָן קֹודֶם פְּתִיחַת דַּלְתוֹת הַהֵיכָל פְּסוּלִים שֶׁנֶּאֱמַר וּשְׁחָטוֹ פֶּתַח אֹהֶל מוֹעֵד בִּזְמַן שֶׁהֵן פִּתּוּחִין וְלֹא בִּזְמַן שֶׁהֵן נְעוּלִין דְּמִטַּעַם שֶׁשְּׁחָטָן קֹודֶם תָּמִיד שֶׁל שַׁחַר לָא הָווּ פְּסוּלִין וְהָא דְּתָנֵי בַּתּוֹסֶפְתָּא דִּמְכִילְתִּין [פ"ד] כָּל הַקֳּדָשִׁים שֶׁהִקְרִיבָן קֹודֶם תָּמִיד שֶׁל שַׁחַר אוֹ שֶׁעִיכְּבָן אַחַר תָּמִיד שֶׁל בֵּין הָעַרְבָּיִם פְּסוּלִין שֶׁאֵין לְךָ קוֹדֵם לְתָמִיד שֶׁל שַׁחַר אֶלָּא קְטֹורֶת וְאֵין לְךָ שֶׁמִּתְעַכֵּב אַחַר תָּמִיד שֶׁל בֵּין הָעַרְבָּיִם כּוּ' הַאי פְּסוּלִין הַיְינוּ מִדְּרַבָּנָן [וְעַייֵּן תּוֹס' עֵירוּבִין ב'. ד"ה שְׁלָמִים ותוס' יוֹמָא כט. ד"ה אֶלָּא ע"ש הֵיטֵב שֶׁכָּתְבוּ לְהֶדְיָא אֲבָל לְשׁוֹן הַתּוֹסֶפְתָּא מַשְׁמַע דְּאַפֵּי' זָרַק הַדָּם בְּדִיעֲבַד וְעָשָׂה כָּל מִצְוֹת אַפֵּ"ה פְּסוּלִין דְּקָתָנֵי שֶׁהִקְרִיבוּ וְלָא קָתָנֵי שֶׁשְּׁחָטָן וְאִי מִדְּרַבָּנָן אַמַּאי פְּסוּלִין וְכוּ']:
Étonnant : dans Zevahim, chapitre Kol HaTadir (Zevahim 89a), nous le tirons d'un autre verset. Car nous avons appris : les temidin précèdent les musafin, puisqu'il est dit "outre l'olah du matin, qui est pour l'olat ha-tamid". Et l'on ne peut pas dire que là-bas le verset sert pour une communauté qui n'a de quoi, pour les temidin et les musafin, que pour un seul des deux. Car on enseigne là-bas : le sang de la hatat précède le sang de l'olah, et les temidin avec les musafin sont du même genre. Et l'on ne peut pas dire non plus que le second verset sert à rendre la chose le-akev (indispensable, à peine de passoul). Car dans HaTekhelet (Menahot 49b) nous disons explicitement qu'il n'y a pas d'ikev (d'invalidation si l'ordre est inversé). On peut répondre : là-bas, le verset sert pour que les musafin ne précèdent pas, et ici, pour les nedarim et les nedavot. Et les deux sont nécessaires. Peut-être les musafin sont-ils plus graves, étant un korban tsibbour (sacrifice de la communauté). Ou peut-être les nedarim et les nedavot sont-ils plus graves, étant plus habituels et plus fréquents. Autre réponse : le verset d'ici vise l'avance de la haktara (combustion sur le mizbeah), car "et il arrangera sur elle l'olah" est écrit au sujet de la combustion. Et le verset de Kol HaTadir vise l'avance de la chehita (abattage), car "vous ferez ceci" est écrit au sujet de la confection du sang. Et ce qu'on objecte dans HaTekhelet, au sujet de la michna "les temidin n'empêchent pas les musafin" : de quoi s'agit-il ? Si l'on dit qu'il a de quoi et qu'il a fait précéder, or une baraitha enseigne : d'où sait-on que rien ne doit précéder, etc. On cite cet enseignement de Rava, et l'on ne cite pas le verset de "outre" (milvad), parce que la formule "que rien ne précède" implique davantage un ikev. C'est pour cela qu'on l'apporte de préférence à la michna. Autre réponse : pour dire que même pour la haktara, que Kol HaTadir n'enseigne pas, le tamid du matin précède. Mais c'est difficile : pourquoi a-t-on besoin de "l'olah" et de "outre" ? Qu'on le tire de ce que le tamid précède les musafin, car pour le tamid il est écrit "le matin" (ba-boker), et pour les musafin "le jour" (ba-yom), ce qui veut dire au cœur du jour. Et selon ce que nous disons dans HaTekhelet, qu'il n'y a pas d'ikev à précéder le tamid, cela s'accorde avec le début d'Erouvin (2a) : des shelamim abattus avant l'ouverture des portes du Heikhal sont passoul, puisqu'il est dit "et ils l'abattront à l'entrée de la Tente d'assignation", quand elles sont ouvertes, et quand elles sont fermées, non. Car du seul fait qu'on les aurait abattus avant le tamid du matin, ils ne seraient pas passoul. Et ce qu'enseigne la Tossefta de notre traité, chapitre 4 : tous les kodashim qu'on a offerts avant le tamid du matin, ou qu'on a retardés après le tamid de l'après-midi, sont passoul. Car tu n'as rien qui précède le tamid du matin, sinon le ketoret, et tu n'as rien qui se retarde après le tamid de l'après-midi, etc. Ce passoul est d'ordre rabbinique (mi-derabbanan). Vois Tossefot Erouvin 2a, dibour shelamim, et Tossefot Yoma 29a, dibour ela : regarde là-bas avec soin, car ils l'ont écrit explicitement. Mais la langue de la Tossefta implique que même s'il a jeté le sang après coup et accompli toutes les mitsvot, ils restent passoul : elle enseigne "qu'on les a offerts", et elle n'enseigne pas "qu'on les a abattus". Et si c'est d'ordre rabbinique, pourquoi sont-ils passoul, etc.
💡 Explication

Nouvelle baraitha, sur la borne du matin. Rien ne précède le tamid shel shahar. Le verset (Vayikra 6, 5) dit, après le bois du matin : "et il arrangera sur elle l'olah". Rava : l'article de ha-olah désigne l'olah première, la plus importante, écrite en tête dans Pinhas : le tamid.

Rachi situe la place. Une fois le bûcher arrangé, u-vi'er aleha ha-kohen, le verset enchaîne tout de suite sur cette olah. Rien d'autre ne brûle entre le bois et le tamid du matin.

Tossefot confronte Zevahim 89a, où les temidin précèdent les musafin par "milvad olat ha-boker". Deux réponses tiennent ensemble. L'un des versets vise les musafin, l'autre les nedarim et nedavot. Ou bien l'un vise la haktara, l'autre la chehita. Menahot 49b dit qu'inverser l'ordre n'invalide pas de la Torah : le passoul de la Tossefta, kodashim offerts avant le tamid du matin ou après celui de l'après-midi, reste rabbinique. Tossefot laisse ouverte la tension avec le mot "qu'on les a offerts", qui vise même le sang déjà jeté.

🖼️ Schéma
Vayikra 6, 5 : l'ordre écrit sur le mizbeah 1. Le bois Le kohen brûle du bois, le matin u-vi'er aleha 2. L'olah ha-olah l'olah première tamid du matin 3. Les graisses helvei ha-shelamim sur cette olah après le tamid du matin Borne du soir Sur la pareille, le tamid du soir, plus de shelamim Rava : ha-shelamim se lit hashlem. Sur l'olah du matin, on achève tous les korbanot.
Bois, puis ha-olah, le tamid du matin, puis les graisses. Rien ne s'intercale avant cette olah.
12
וּמִנַּיִן שֶׁאֵין דָּבָר קָרֵב אַחֵר תָּמִיד שֶׁל בֵּין הָעַרְבָּיִם, תַּלְמוּד לוֹמַר: ״וְהִקְטִיר עָלֶיהָ חֶלְבֵי הַשְּׁלָמִים״. מַאי תַּלְמוּדָא? אָמַר אַבַּיֵּי: ״עָלֶיהָ״ שְׁלָמִים, וְלֹא עַל חֲבֶירְתָּהּ שְׁלָמִים.

Et d'où sait-on que rien ne s'offre après le tamid de l'après-midi ? Le verset dit : "et il fera fumer sur elle les graisses des shelamim".

Quelle est la dérivation ? Abaye dit : "sur elle", les shelamim, et sur sa pareille, pas les shelamim.

📜 Rachi (1)
וְהִקְטִיר עָלֶיהָ אַתָּמִיד קָאֵי דְּסֵיפֵיהּ דִּקְרָא הוּא וה"ק וְהִקְטִיר עַל הָעֹולָה הַזֹּאת כְּלוֹמַר אַחֲרֶיהָ חֶלְבֵי הַשְּׁלָמִים:
Cela vise le tamid, car c'est la fin du verset. Et voici ce que dit le verset : et il fera fumer sur cette olah, c'est-à-dire après elle, les graisses des shelamim.
💡 Explication

La baraitha passe à la borne du soir. Rien après le tamid shel bein ha-arbayim. Abaye lit aleha : les graisses des shelamim montent sur cette olah, le tamid du matin, donc après lui, dans la journée. Sur sa pareille, le tamid de l'après-midi, les shelamim ne montent plus.

Rachi : "sur elle" est la fin du même verset, et "elle" est l'olah déjà nommée. Après cette olah, les graisses. La pareille du soir ferme la série.

13
מַתְקִיף לַהּ רָבָא: אֵימָא שְׁלָמִים הוּא דְּלָא נַקְרֵיב, הָא עוֹלוֹת נַקְרִיב! אֶלָּא אָמַר רָבָא: ״הַשְּׁלָמִים״ — עָלֶיהָ הַשְׁלֵם כָּל הַקָּרְבָּנוֹת כֻּולָּן.

Rava attaque : dis que ce sont les shelamim que nous n'offrons pas, tandis que les olot, nous les offrons. Rava dit donc : "ha-shelamim", sur elle achève tous les korbanot, tous.

📜 Rachi (2)
וְאֵימָא שְׁלָמִים הוּא דְּלָא קָרְבִי אַחַר תָּמִיד שֶׁל בֵּין הָעַרְבָּיִם:
Après le tamid de l'après-midi.
הַשְּׁלָמִים לְשׁוֹן הַשָּׁלֵם:
Un langage de hashlem (achèvement).
💡 Explication

La dérivation d'Abaye ne nomme que les shelamim. Des olot pourraient encore venir après le tamid de l'après-midi. La baraitha, elle, dit que rien ne vient après.

Rava lit ha-shelamim comme hashlem : sur cette olah, celle du matin, on achève l'ensemble des korbanot. La clôture vaut pour tous, shelamim et olot. Rachi : le mot est un langage d'achèvement, et l'interdit de la suite vise l'après du tamid de l'après-midi.

🖼️ Schéma
Deux bornes, puis l'ordre du soir Rien avant le tamid du matin ha-olah : l'olah première Rava, Vayikra 6, 5 Rien après le tamid de l'après-midi ha-shelamim : hashlem Rava : on achève tout sur l'olah du matin 1. Tamid de l'après-midi bein ha-arbayim 2. Pessa'h l'agneau après le tamid 3. Ketoret encens de l'après-midi 4. Nerot allumage des lampes
Abaye ferme les shelamim. Rava, par hashlem, ferme tous les korbanot avant le tamid du soir.
14
תָּנוּ רַבָּנַן: תָּמִיד קוֹדֵם לְפֶסַח, פֶּסַח קֹודֶם לִקְטֹרֶת, קְטֹרֶת קוֹדֶמֶת לְנֵרוֹת.

Les Sages ont enseigné : le tamid précède le Pessa'h, le Pessa'h précède le ketoret (encens), le ketoret précède les nerot (lampes).

📜 Rachi (3)
תָּמִיד שֶׁל בֵּין הָעַרְבַּיִם קֹודֶם לְפֶסַח:
Le tamid de l'après-midi précède le Pessa'h.
לִקְטֹורֶת שֶׁל בֵּין הָעַרְבַּיִם וְכוּלְּהוּ יָלֵיף טַעְמָא:
L'encens de l'après-midi. Et pour tous, on en tire la raison.
לְנֵרוֹת לְהַדְלָקַת נֵרוֹת:
À l'allumage des lampes.
💡 Explication

Ordre de l'après-midi, le jour du korban Pessa'h. D'abord le tamid de bein ha-arbayim, puis l'agneau, puis le ketoret, puis l'allumage des nerot.

Rachi fixe les trois termes du côté du soir : tamid de l'après-midi, encens de l'après-midi, hadlakat nerot. La raison de chaque priorité s'apprend à la suite.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).