Sougya : L'amoud donne la raison pour laquelle le tamid de l'après-midi précède le korban de Pesach : le Pesach est dit au soir et entre les deux soirs, le tamid seulement entre les deux soirs. La Guemara demande alors pourquoi l'encens et les lampes, qui n'ont qu'un entre-les-deux-soirs, ne précèdent pas aussi le Pesach.
Une baraita place le Pesach avant l'encens et les lampes ; une autre, conforme à l'objection, place les lampes avant le Pesach. Le mot oto n'exclut qu'un service intérieur.
Une baraita ne laisse ensuite, après le tamid du soir, que l'encens, les lampes, le Pesach, et le mehusar kapara : le premier tanna, la veille de Pesach seulement, à cause du karet ; Rabbi Yishmael, fils de Rabbi Yo'hanan ben Beroka, tous les jours, pour manger les kodashim. Rav Hisda et Rav Pappa expliquent comment offrir cette expiation sans mettre au feu après le tamid.
La fin de l'amoud ouvre le cas de l'holocauste du metzora.
Que soit retardée une chose au sujet de laquelle il est dit "au soir" et "entre les deux soirs", par rapport à une chose au sujet de laquelle il n'est pas dit "au soir", mais "entre les deux soirs" seulement.
La baraita de la fin de 58b place le tamid de l'après-midi avant le Pesach. Ici, la raison. Le Pesach a deux formules de temps : ba-erev (au soir) et bein ha-arbayim (entre les deux soirs). Le tamid n'a que bein ha-arbayim. La chose qui a les deux formules vient plus tard.
Tossefot : le tamid est tadir (fréquent), et le fréquent précède. Il fallait quand même ce verset. On aurait pu faire passer le Pesach avant, à cause de aleha hashlem : le tamid du soir achève toutes les offrandes du jour.
S'il en est ainsi, l'encens et les lampes aussi devraient précéder le Pesach : que soit retardée une chose au sujet de laquelle il est dit "au soir" et "entre les deux soirs", par rapport à une chose au sujet de laquelle il n'est dit que "entre les deux soirs" seulement !
Si la règle est celle-là, l'encens et les lampes n'ont, eux aussi, qu'un seul bein ha-arbayim (Exode 30:8). Ils devraient donc précéder le Pesach, qui a les deux formules. Or la baraita de 58b place le Pesach avant eux.
Là, c'est différent, car le Miséricordieux a exclu par "oto" (lui). Comme on l'enseigne : "Du soir jusqu'au matin" - donne-lui sa mesure, pour qu'elle brûle du soir jusqu'au matin.
Les lampes échappent à la règle du simple bein ha-arbayim. Le mot oto (lui), dans le verset de la menora, est détaché : on aurait pu dire le verbe avec son pronom en un seul mot. Il vient exclure.
Première lecture de me-erev ad boker (du soir jusqu'au matin) : une mesure d'huile, un demi-log par lampe, assez pour la plus longue nuit.
Autre interprétation : tu n'as aucun service valable du soir jusqu'au matin, sinon celui-ci seulement. Quelle est la raison ?
Le verset dit : "Aaron et ses fils le disposeront, du soir jusqu'au matin". Lui, du soir jusqu'au matin, et aucune autre chose du soir jusqu'au matin.
Seconde lecture du même verset. Aucun service du Temple n'est valable du soir jusqu'au matin, sinon l'allumage des lampes. Rachi : aucun service ne peut commencer après elles. L'allumage clôt la journée.
Et l'encens est rapproché des lampes.
Le verset rapproche l'encens des lampes : on le fait fumer au moment où l'on élève les lampes. Même clôture : aucun service après l'encens. Dans cette baraita, le Pesach vient donc avant l'encens et avant les lampes.
Et l'on enseigne conformément à notre objection : le tamid précède l'encens, l'encens précède les lampes, et les lampes précèdent le Pesach. Que soit retardée une chose au sujet de laquelle il est dit "au soir" et "entre les deux soirs", par rapport à une chose au sujet de laquelle il n'est dit que "entre les deux soirs" seulement.
Une autre baraita suit l'objection. L'ordre est : tamid, puis encens, puis lampes, puis Pesach. La même règle du double temps place le Pesach en dernier.
Rachi renvoie à Yoma pour l'ordre tamid, encens, lampes. Tossefot, le Riva : les lampes ont aussi "du soir jusqu'au matin", proche de "au soir". Réponse : cette formule sert à la mesure d'huile, et non à retarder le Pesach.
Or il est écrit "oto" (lui) ! Ce "oto" est nécessaire pour exclure un service de l'intérieur.
Et quel est-il ? L'encens.
Il te serait venu à l'esprit de dire : puisqu'il est écrit "Quand Aaron élèvera les lampes, entre les deux soirs, il le fera fumer", je dirais : allumons d'abord les lampes, puis faisons fumer l'encens. Le Miséricordieux a exclu par "oto".
Cette seconde baraita laisse le Pesach après les lampes. Comment lire alors oto, qui semblait interdire tout service après elles ?
Il exclut un service intérieur, semblable aux lampes. C'est l'encens. Le verset "quand il élèvera les lampes, il le fera fumer" pourrait se lire : lampes d'abord, encens ensuite. Oto écarte cette lecture. Le Pesach, service de la cour, n'entre pas dans l'exclusion.
Mais alors, pourquoi ai-je besoin de "entre les deux soirs, il le fera fumer" ? Voici ce que dit le Miséricordieux : au moment où tu allumes les lampes, l'encens doit être en train de fumer.
Si oto enseigne déjà que l'encens ne vient pas après les lampes, à quoi sert bein ha-arbayim yaktirenah ? La formule fixe l'heure : quand on allume les lampes, l'encens fume déjà. Rachi : il a déjà été mis au feu.
La seconde glose de Rachi prépare la baraita du matin : seul l'encens, dit "au matin, au matin", précède le tamid du matin.
Les Sages ont enseigné : tu n'as rien qui précède le tamid du matin, sinon l'encens seulement, car il est dit à son sujet : "au matin, au matin". Et que l'encens précède : une chose au sujet de laquelle il est dit "au matin, au matin", comme il est écrit : "Aaron fera fumer sur lui un encens d'aromates, au matin, au matin", par rapport à une chose au sujet de laquelle il n'est dit qu'un seul "matin".
Le matin, la règle est symétrique, dans l'autre sens. L'encens a ba-boker ba-boker (au matin, au matin). Le tamid du matin n'a qu'un boker. Le double matin vient plus tôt. Rien ne précède le tamid du matin, sinon cet encens.
Tossefot, le Ri : dans la liste de ce qui suit le tamid de l'après-midi, on ne garde pas "et les lampes". La baraita ne compte que la haktara, car c'est sur elle que porte l'achèvement. Sinon, le matin, il faudrait aussi compter le retrait des cendres, les deux bûches et la hatavat ha-nerot (préparation des lampes), qui précèdent le tamid (Yoma 33). La Tossefta n'a pas non plus "et les lampes".
Et tu n'as rien qui soit retardé après le tamid de l'après-midi, sinon l'encens, les lampes, le Pesach, et celui à qui manque l'expiation la veille de Pesach, qui s'immerge une seconde fois et mange son Pesach le soir.
Après le tamid de l'après-midi, la baraita ne laisse que quatre choses : l'encens, les lampes, le Pesach, et le mehusar kapara la veille de Pesach.
Le mehusar kapara, un metzora ou un zav, n'a pas encore apporté le sacrifice qui achève sa purification. Sans lui, il ne mange pas le Pesach : les kodashim lui sont interdits, sous peine de karet. Il s'immerge une seconde fois après le sacrifice, même s'il s'était déjà immergé le septième jour. Rachi cite Hagiga : l'onen (endeuillé avant l'enterrement) et le mehusar kapara exigent une immersion pour le kodech.
Rabbi Yishmael, fils de Rabbi Yo'hanan ben Beroka, dit : même celui à qui manque l'expiation les autres jours de l'année, qui s'immerge et mange des kodashim le soir.
Rabbi Yishmael, fils de Rabbi Yo'hanan ben Beroka, étend la permission à tous les jours de l'année. Le mehusar kapara apporte son sacrifice après le tamid, s'immerge, et mange le soir les kodashim. Rachi prend des shelamim de nedava déjà offerts. "Ils les mangeront, ceux pour qui l'on a fait expiation" (Exode 29:33) fait de cette consommation un aseh, pour les parts des kohanim comme pour celles d'Israël.
Soit, selon le premier tanna : que vienne le commandement positif du Pesach, qui comporte le karet, et qu'il repousse le commandement positif de l'achèvement, qui ne comporte pas le karet. Mais selon Rabbi Yishmael, fils de Rabbi Yo'hanan ben Beroka, quelle est la force de ce commandement positif par rapport à ce commandement positif ?!
Pour le premier tanna, le raisonnement est net. L'aseh du Pesach emporte le karet si l'on s'en abstient. Il repousse l'aseh de la hashlama, l'achèvement par le tamid du soir, qui n'emporte pas le karet.
Pour Rabbi Yishmael, manger les kodashim est un aseh, et l'achèvement aussi. La Guemara demande d'où vient la force de l'un sur l'autre. Rachi nomme les deux termes : l'achèvement, et le fait de manger les kodashim.
Tossefot. Le Riva : au moment où l'on écarte l'achèvement, on ne mange pas encore le Pesach, réservé à la nuit. Réponse : le Pesach a déjà été abattu pour lui. On abat et l'on asperge pour un tevul yom et un mehusar kapara, même s'il ne mange pas à la fin, puisque devenir apte dépend de lui. Apporter l'expiation le rend apte : c'est l'accomplissement de l'aseh du Pesach. Le Ri : la coïncidence dans le temps n'est exigée que face à un lo ta'aseh. Un aseh grave repousse un aseh léger même sans elle. Preuves : l'esclave affranchi par Rabbi Eliezer (Gittin 38a), et le metzora face au renvoi du nid (Houlin 141a).
Ravina a dit au nom de Rav Hisda : ici, nous traitons d'une hatat d'oiseau, dont l'autel n'a que le sang.
Rav Hisda, rapporté par Ravina, limite le cas à une hatat ha-of, expiatoire d'oiseau, celle du metzora pauvre. Les kohanim mangent la chair. L'autel ne reçoit que le sang. L'aseh de l'achèvement est écrit sur la haktara. Il n'y en a pas ici. La purification dépend pourtant de cette hatat, comme chez la femme qui accouche : "il fera expiation pour elle" porte sur la hatat.
Rav Pappa a dit : tu peux même dire une hatat de bête. Il la monte et la laisse passer la nuit en haut de l'autel.
Rav Pappa tient le cas même d'une hatat de bête. On monte les parts sur le haut de l'autel et on les y laisse la nuit. On les brûle le lendemain, après le tamid du matin. La linah n'invalide pas en haut de l'autel : les parts n'en descendent pas (Zevahim 87a). Rien n'est brûlé après le tamid de l'après-midi. L'achèvement du jour reste en place.
Mais il y a l'acham. Soit, selon Rav Pappa : c'est pour cela qu'il la laisse passer la nuit.
Mais selon Rav Hisda, que peut-on dire ? Ils disent : c'est que son acham à déjà été offert.
L'acham du metzora est toujours une bête. Pour Rav Pappa, on le laisse aussi passer la nuit en haut de l'autel. Pour Rav Hisda, le cas est celui où l'acham à déjà été offert. Il ne reste que la hatat d'oiseau.
Mais il y a l'holocauste ! Et si tu dis : l'holocauste n'empêche pas.
Or on enseigne : Rabbi Yishmael, fils de Rabbi Yo'hanan ben Beroka, dit : de même que sa hatat et son acham l'empêchent, ainsi son holocauste l'empêche !
Reste l'olah du metzora, brûlée entière. Si l'on dit qu'elle n'est pas me'akev (elle n'empêche pas la purification), Rabbi Yishmael lui-même enseigne le contraire : hatat, acham et olah empêchent tous les trois.
Rachi écarte une leçon qui dirait "l'asham n'empêche pas". L'asham porte le sang mis sur le pouce et l'orteil. Hatat et acham empêchent l'accès aux kodashim : la hatat, comme chez la femme qui accouche ; l'asham, à cause de ce sang.
Et si tu dis : dans le cas où son holocauste a déjà été offert. Mais son holocauste est-il offert avant sa hatat, en premier ?!
Or on enseigne : "Il offrira celui qui est pour la hatat, en premier." Que vient enseigner le verset ? S'il vient enseigner qu'elle précède l'holocauste, il est déjà dit : "Et le second, il le fera holocauste selon la règle."
Autre issue : l'olah aurait déjà été offerte. La Guemara la refuse. La hatat vient en premier. "Il offrira ce qui est pour la hatat, en premier" (Lévitique 5:8). Si le verset ne servait qu'à faire précéder cette olah-là, ce serait déjà dit : "le second, il le fera holocauste" (Lévitique 5:10). Rachi : ce second verset est dans la paracha du serment d'énonciation. Dès que l'olah est appelée "le second", la hatat est la première.
Mais : ceci a construit un binyan av (règle tirée d'un cas-père) pour toutes les hatat, afin qu'elles précèdent toutes les olot qui viennent avec elles. Et nous tenons pour établi que même une hatat d'oiseau précède une olah de bête !
Le mot "en premier" construit un binyan av : toute hatat précède toute olah apportée avec elle. Même une hatat d'oiseau précède une olah de bête. On ne peut donc pas avoir offert l'olah avant la hatat.
Rachi : ce binyan av sert pour la femme qui accouche et qui est riche, olah de bête et hatat d'oiseau (Zevahim 90a). Tossefot lit l'objection comme un ikuv : l'ordre empêche, sinon le cas "olah déjà offerte" tiendrait encore. Le Riva objecte que la Torat Kohanim et Kinnim laissent apporter la hatat après l'olah. Rabbeinou Haim Cohen : l'ikuv visé ici ne concerne que le metzora, à cause du mot tihyeh (Menahot 19a). Tossefot rapporte la réponse : ve-hé'ela retire l'empêchement.
Rava a dit : l'holocauste du metzora est différent, car le Miséricordieux a dit :
Rava ouvre la réponse : l'olah du metzora a son propre verset. La phrase s'arrête ici et continue sur l'amoud suivant. Tossefot porte déjà sur le mot ve-hé'ela (et il fera monter) : cela ne vaut qu'après coup, bediavad. L'ordre de départ reste écrit : "ensuite il abattra l'holocauste".
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).