Sougya : L'amoud commence par l'olah du metzora : le verbe ve-hé'ela se lit comme une olah déjà montée, qui peut précéder la hatat. Rav Pappa, pour le mehusar kappara, monte les emourin et les laisse la nuit en haut du mizbeah, afin de ne pas brûler après le tamid du soir.
On lui objecte la faute des kohanim, puis l'absence de kappara tant que la chair n'est pas mangée ; il assimile ces emourin à des pièces impures ou perdues. Rav Kahana et Rav Safra opposent ensuite les versets qui ouvrent toute la nuit et ceux qui ferment après le tamid du soir, ou qui interdisent une olah de semaine un Yom Tov.
La michna enseigne qu'un Pessa'h shelo lishmo est passoul, et Rav Pappa demande si lishmo et shelo lishmo visent une seule avoda, celle de Rabbi Yosse.
"Et le kohen a fait monter l'olah" : qu'il l'a déjà fait monter.
Suite de Rava, à la fin de l'amoud précédent. L'olah du metzora peut précéder sa hatat. Le verset (Vayikra 14, 20) dit ve-hé'ela, à l'accompli. La forme attendue, après la hatat, aurait été le futur ya'alé.
L'accompli se lit she-hé'ela kevar : il a déjà fait monter. Même si l'olah est apportée avant la hatat, il y a kappara. Rachi situe le verset dans le passage de la hatat du metzora.
Rav Shemen bar Abba dit à Rav Pappa : selon toi, qui dis qu'on fait monter et qu'on laisse passer la nuit en haut du mizbeah, nous nous tenons et nous faisons une chose pour les kohanim, par laquelle ils en viennent à une faute. Car ils pensent que c'est de ce jour, et ils en viennent à les faire fumer.
Il lui dit : les kohanim sont zerizin (vigilants).
Rav Pappa, sur l'amoud précédent : le mehusar kappara (celui à qui manque l'expiation) dont la hatat vient après le tamid du soir monte les emourin et les laisse en linah en haut du mizbeah. On les brûle le lendemain, après le tamid du matin. La linah en haut ne rend pas passoul.
Rav Shemen bar Abba : les kohanim, en brûlant toute la nuit les restes ordinaires, prendront ces pièces pour des restes du jour et les feront fumer cette nuit. Ils passent alors sur l'asse de hashlema. Rav Pappa : kohanim zerizin. Celui qui les monte avertit les autres.
Rav Ashi dit à Rav Kahana, et d'autres disent : Rav Huna, fils de Rav Natan, à Rav Pappa. Or, tant que les emourin ne sont pas brûlés, les kohanim ne peuvent pas manger la chair.
Car on enseigne : j'aurais pu penser que les kohanim ont droit à la poitrine et à la cuisse avant la haktara des emourin. Le verset dit : "Et le kohen fera fumer la graisse sur le mizbeah", et ensuite : "et la poitrine sera pour Aharon et pour ses fils".
Deuxième attaque. Tant que les emourin ne sont pas brûlés, les kohanim ne mangent pas la chair. La baraitha le tire des shelamim : "il fera fumer la graisse", et ensuite seulement "la poitrine sera pour Aharon". L'ordre du verset fait de la haktara la condition de la part des kohanim.
Rachi ramène cela à la hatat du mehusar kappara. Sans haktara, pas de consommation, pas de kappara, et il reste interdit aux kodashim. La linah jusqu'au lendemain repousse donc l'expiation au-delà du soir où il doit manger.
Et tant que les kohanim ne mangent pas la chair, les propriétaires ne sont pas expiés. Car on enseigne : "Et ils les mangeront, ceux par lesquels expiation a été faite", ce qui enseigne que les kohanim mangent et que les propriétaires sont expiés.
Second maillon. Shemot 29, 33, dans les miluim : "ils les mangeront, ceux par lesquels expiation a été faite". Le verset colle kappara et akhila. Les kohanim mangent, et par là les propriétaires sont expiés.
La chaîne est donc : pas de haktara, pas d'akhila ; pas d'akhila, pas de kappara. Laisser les emourin jusqu'au lendemain laisse l'homme mehusar kappara pour la nuit.
Il lui dit : puisqu'il est impossible, on les a rendus comme s'ils s'étaient rendus impurs, ou comme s'ils s'étaient perdus. Car on enseigne : j'aurais pu penser que, si les emourin se sont rendus impurs ou s'ils se sont perdus, les kohanim n'auraient pas droit à la poitrine et à la cuisse.
Le verset dit : "et la poitrine sera pour Aharon et pour ses fils", de toute façon.
Réponse de Rav Pappa. Brûler maintenant est impossible, à cause de l'asse de hashlema. On aligne donc ces emourin sur le cas où ils sont impurs ou perdus. Là, le verset redit "la poitrine sera pour Aharon", mi-kol makom, de toute façon. Les kohanim mangent, et les propriétaires ont la kappara.
Tossefot : si le tzitz n'agrée pas les parties qui montent, impure et perdu se valent, et l'exemple va. La baraitha de 80b, qui met le sang et la graisse sous le tzitz, s'explique d'ordre rabbinique : sans agrément rabbinique, c'est comme un perdu.
Le Riva oppose Yevamot 90a : du sang impur jeté en mezid n'est pas agréé pour permettre la chair, et les propriétaires sont pourtant expiés. Tossefot distinguent. Tant que la chair est apte, la kappara attend l'akhila des kohanim. Si ensuite elle devient impure, sort, ou devient notar, les propriétaires sont déjà expiés.
Rav Kahana oppose. Il est écrit : "la graisse de Mon offrande de fête ne passera pas la nuit jusqu'au matin".
C'est jusqu'au matin qu'elle ne passe pas la nuit ; toute la nuit, elle passe la nuit. Et il est écrit : "et il fera fumer sur elle les graisses des shelamim" : sur elle, achève tous les korbanot, tous.
Nouvelle tension, sur la nuit elle-même. Lo yalin helev haggi ad boker (Shemot 23, 18) : l'interdit vise le matin. Toute la nuit, la graisse peut rester en bas, puis monter et brûler. Rachi : le passoul n'est là que si l'aube la trouve encore en bas.
Ve-hiktir aleha halvei ha-shelamim se lit aleha hashlem : sur le tamid du matin, achève tous les korbanot. Rien ne se retarde après le tamid de l'après-midi. Les deux lectures se heurtent : l'une ouvre la nuit, l'autre la ferme après le tamid du soir.
C'est lui qui objecte, et c'est lui qui résout : lorsqu'ils sont restés.
Nitotaru : des restes. Le sang a été jeté avant le tamid de l'après-midi, et la haktara n'a pas suivi. Ces pièces étaient déjà aptes. L'achèvement dont parle "sur elle, achève" porte alors sur le tamid du matin, déjà accompli pour elles.
Le verset qui ouvre toute la nuit vise ce reste-là. L'idéal reste de brûler avant le tamid du soir. S'ils sont restés, on les brûle jusqu'au matin.
Rav Safra oppose devant Rav. Il est écrit : "le sacrifice de la fête de Pessa'h ne passera pas la nuit jusqu'au matin".
C'est jusqu'au matin qu'il ne passe pas la nuit ; toute la nuit, il passe la nuit. Et il est écrit : "l'olah du Chabbat en son Chabbat" : et non l'olah d'un jour de semaine le Chabbat, et non l'olah d'un jour de semaine le Yom Tov.
Même forme, sur le Pessa'h. Shemot 34, 25 : le zevah de la fête ne passe pas la nuit jusqu'au matin. Toute la nuit, il peut rester, donc on brûle les graisses dans la nuit du 15, qui est Yom Tov.
En face, olat Chabbat be-shabbato (Bamidbar 28, 10) : l'olah du Chabbat en son Chabbat. On en tire qu'une olah de hol (jour de semaine) ne s'offre ni le Chabbat ni le Yom Tov. Le 14 ordinaire est un jour de semaine. Ses graisses, la nuit du Yom Tov, seraient une olah de semaine un jour de fête.
Tossefot : le verset parle du Chabbat. L'extension au Yom Tov suit Rabbi Akiva, Chabbat 114a : les graisses de Chabbat montent le Yom Tov, et celles de hol n'y montent pas. Le Ri rappelle que "lo yalin" du Pessa'h sert aussi pour la chair, mangée toute la nuit jusqu'au hipazon. L'ordonnateur lit le verset sur le zevah entier, chair et emourin, parce qu'il ne dit ni "graisse" ni "vous n'en laisserez pas" à côté du repas.
Il lui dit : Rav Abba bar Hiyya l'a déjà opposé devant Rabbi Abbahu, et celui-ci lui a répondu : ici, nous traitons du quatorze qui tombe un Chabbat, car les graisses du Chabbat sont offertes le Yom Tov.
Réponse déjà donnée par Rabbi Abbahu à Rav Abba bar Hiyya. Le verset qui laisse toute la nuit vise le 14 qui tombe un Chabbat. Le Pessa'h est alors un korban de Chabbat. Ses graisses, dans la nuit du 15, sont des graisses de Chabbat, et celles-là sont offertes le Yom Tov.
Tossefot rapportent le Yerushalmi sur "helev haggi". On ne peut pas poser ce verset un Chabbat si "haggi" est la hagiga qui accompagne le Pessa'h : elle ne repousse pas le Chabbat. Le Yerushalmi relit alors : garde-le de jour, à son heure, pour qu'il n'en vienne pas au bal yalin. Tossefot s'étonnent : ce verset parle de la hagiga du quinze.
Le Rachba presse Ben Teima, qui lit "zevah hag" comme la hagiga semblable au Pessa'h. Deux issues : il tient comme Rabbi Yishmael que les graisses de hol montent le Yom Tov, ou il lit le verset comme le Yerushalmi, un avertissement de ne pas laisser passer la nuit.
Il lui dit : parce que les graisses du Chabbat sont offertes le Yom Tov, nous lèverions-nous pour dire que ce verset est écrit au sujet du quatorze qui tombe un Chabbat ? Il lui dit : laisse le verset, car il est à l'étroit et il s'établit de lui-même.
L'objection : un verset se lirait-il seulement sur le cas rare du 14 qui tombe un Chabbat, sous prétexte que les graisses de Chabbat montent le Yom Tov ?
Réponse, devenue formule : shevkia le-kra, de-hou dahik u-mokim anafsheh. Laisse le verset. Il est à l'étroit, et il s'établit de lui-même. Rachi : les deux écritures se contredisent, donc elles se posent elles-mêmes sur ce cas.
Michna. Le Pessa'h qu'on a abattu shelo lishmo (pas pour son nom), ou qu'on a reçu, ou qu'on a porté, ou qu'on a jeté shelo lishmo, ou lishmo et shelo lishmo, ou shelo lishmo et lishmo : passoul.
Michna nouvelle. Quatre avodot du sang : shehita, kabala, holakha, zerika. Une mahshava shelo lishmo sur l'une d'elles rend le Pessa'h passoul. Rachi : shelo lishmo, ici, c'est pour le nom de shelamim. Le même cadre vaut pour le passoul et pour le piggul, comme en Zevahim 4a.
Deux mélanges sont nommés : lishmo et shelo lishmo, ou l'inverse. La Guemara demandera si les deux pensées tiennent dans une seule avoda ou dans deux. Le passoul sort de "zevah Pessa'h hou" : l'abattage pour le nom de Pessa'h, et "hou" écarte le shelo lishmo.
Comment, lishmo et shelo lishmo ? Pour le nom de Pessa'h et pour le nom de shelamim.
Shelo lishmo et lishmo : pour le nom de shelamim et pour le nom de Pessa'h.
La michna glose ses propres mots. Lishmo et shelo lishmo : d'abord le nom de Pessa'h, puis le nom de shelamim. Shelo lishmo et lishmo : d'abord shelamim, puis Pessa'h. L'ordre des deux noms est la question que Rav Pappa va ouvrir.
Guemara. Rav Pappa demande : est-ce d'une seule avoda que nous avons appris, ou de deux avodot ?
Be-avoda ahat : pendant une seule avoda, par exemple la shehita, il pense les deux noms. La michna dit quand même passoul. Rachi : cette lecture est celle de Rabbi Yosse. Même la fin de la phrase saisit l'homme. Le second nom reste lié au premier.
Bi-shte avodot : une pensée dans un service, l'autre dans un autre. Par exemple kabala lishmo, zerika shelo lishmo. Rav Pappa laisse les deux lectures ouvertes. La suite commence par la première.
C'est d'une seule avoda que nous avons appris, et c'est Rabbi Yosse, qui dit : même à la fin de ses paroles, l'homme est saisi.
Première branche. Si la michna parle d'une seule avoda, elle suit Rabbi Yosse : af bi-gemar devarav adam nitpas, même à la fin de ses paroles l'homme est saisi. Dans une même phrase, le nom qui vient après compte avec le premier.
Rachi, au segment précédent, renvoie à Temoura 25a. Celui qui dit "temourat olah, temourat shelamim" : pour Rabbi Yosse les deux paroles tiennent. Ici, "pour le Pessa'h et pour les shelamim" dans une seule avoda laisse les deux noms, et la michna enseigne passoul.
Car si c'est Rabbi Meir, il a dit : retiens la première formule,
La phrase est ouverte, elle continue au daf suivant. Ici : si la michna était de Rabbi Meir, il a dit tafos lashon rishon, on retient la première formule. Rachi fixe le cas de Temoura. "Temourat olah, temourat shelamim" : Rabbi Meir ne garde que l'olah. Rabbi Yosse fait tenir les deux paroles : la bête paît, on la vend avec un défaut, moitié olah, moitié shelamim.
Tossefot : cette lecture suit Rava. En Zevahim 30a, "c'est encore la même discussion" : Rabbi Meir diverge même quand les deux noms pourraient prendre effet ensemble, à la fin de la shehita. Pour Rabba et Abaye, la shehita compte du début à la fin, et les deux noms prennent effet même selon Rabbi Meir. Selon eux, Rabbi Meir ne validerait pas ici lishmo et shelo lishmo, même dans une seule avoda.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).