Sougya : L'amoud poursuit la question de Rav Pappa : la michna du Pessa'h lishmo et shelo lishmo parle d'une seule avoda, selon Rabbi Yosse, ou de deux avodot, même selon Rabbi Meir. Shelo lishmo puis lishmo est déjà passoul dès la première formule.
La question qui reste est lishmo puis shelo lishmo. Quatre ta chema sont proposés.
Les trois premiers sont écartés : pensée d'une avoda vers l'autre, paire de style, ou chaque clause selon son cas. Le quatrième, kacher pour ses mangeurs et pas pour ses mangeurs, amène une conséquence qui heurte la règle : une part des mangeurs ne rend pas passoul.
Ou peut-être : c'est de deux avodot que nous avons appris. Même selon Rabbi Meir, qui dit : retiens la première formule, ces paroles-là visent une seule avoda.
Dans deux avodot, il en convient : c'est passoul.
Suite de la question de Rav Pappa (59b). Première branche : une seule avoda, et la michna est de Rabbi Yosse. Cette branche-ci : deux avodot. Tafos lashon rishon, retiens la première formule, ne joue qu'à l'intérieur d'une même avoda. Dans deux avodot, Rabbi Meir en convient : passoul. Shehita, kabala, holakha, zerika se valent : une seule shelo lishmo suffit.
Rachi annonce la question qui suit : quelle formule de la fin de la michna est visée, lishmo puis shelo lishmo, ou l'inverse.
On dit : sur laquelle ? Si tu dis : sur shelo lishmo et lishmo, que ce soit dans une seule avoda, que ce soit dans deux avodot, que ce soit selon Rabbi Meir, que ce soit selon Rabbi Yosse, il est passoul dès la première.
Car Rabbi Yosse aussi tient : même à la fin de ses paroles, l'homme est saisi. Plutôt : sur lishmo et shelo lishmo, qu'en est-il ?
Shelo lishmo puis lishmo est passoul dans les deux lectures et pour les deux maîtres. Rabbi Meir retient la première formule, déjà shelo lishmo. Rabbi Yosse saisit aussi la fin : le shelo lishmo du début reste. La question ouverte est donc lishmo puis shelo lishmo. Si la michna le dit passoul même dans une seule avoda, elle suit Rabbi Yosse : chez Rabbi Meir, la seconde formule ne prend pas effet.
Tossefot : la michna qui dit pour des temeim et des tehorim, kacher, semble heurter Rabbi Meir, car la mahshava des temeim ne joue qu'à la shehita, donc dans une seule avoda, et la première formule serait les temeim. Réponse : ils sont devant lui, et il dit "j'abats pour ceux-ci", une seule désignation. Selon Rava, la shehita ne compte qu'à la fin : on ne construit pas autrement une part d'arelim qui laisse kacher.
Viens et entends. Le Pessa'h qu'on a abattu shelo lishmo, et qu'on a reçu, et qu'on a porté, et qu'on a jeté shelo lishmo.
Comment est le cas ? Si tu dis : comme c'est enseigné, pourquoi me faut-il jusqu'à ce qu'il pense pour tous ?
Dès la première, il est passoul !
Premier ta chema, tiré du début de la michna. Si shehita, kabala, holakha et zerika sont toutes shelo lishmo, la liste est de trop : une seule avoda shelo lishmo rend déjà le zevah passoul, comme au début de Zevahim. Rachi : la michna ne dit pas "ou" entre ces quatre rites.
Plutôt, n'est-ce pas ceci qu'il enseigne : le Pessa'h qu'on a abattu shelo lishmo ; ou bien qu'on l'a abattu lishmo, et qu'on a reçu, porté et jeté shelo lishmo ; ou bien qu'on l'a abattu, reçu et porté lishmo, et jeté shelo lishmo. Ce qui fait deux avodot.
La Guemara relit le début comme trois cas. Shehita entièrement shelo lishmo. Ou shehita lishmo, puis les rites du sang shelo lishmo. Ou les trois premiers lishmo, et la zerika shelo lishmo. Les deux derniers sont des deux avodot : une avoda ultérieure shelo lishmo suffit à rendre passoul.
Dis la fin : lishmo et shelo lishmo. Comment est le cas ?
Si tu dis : dans deux avodot, c'est le début ! Plutôt, n'est-ce pas dans une seule avoda, et c'est Rabbi Yosse, qui dit : même à la fin de ses paroles, l'homme est saisi.
Si le début est déjà deux avodot, la fin lishmo et shelo lishmo répète le même cas. La Guemara en tire : la fin est une seule avoda, et la michna est Rabbi Yosse. Les deux formules d'une même parole prennent effet.
Tossefot propose un écart : le début serait une shehita stam, et la zerika shelo lishmo prouverait le début, hokhiah sofo al tehilato. La fin viserait celui qui a dit explicitement lishmo. Réponse : dans deux avodot, préciser lishmo n'apporte pas plus que stam. La fin ne servirait à rien de plus.
Non. En réalité, dans deux avodot.
Et le début : il se tient à la shehita et il pense à la shehita ; ou bien, il se tient à la zerika et il pense à la zerika.
Rejet. Début et fin restent deux avodot, avec un écart. Au début, la pensée shelo lishmo vise l'avoda en cours : shehita pendant la shehita, ou zerika pendant la zerika. Rachi assemble le tableau : shehita lishmo, puis zerika shelo lishmo. La fin, elle, met les deux pensées au moment de la shehita. La phrase continue au segment suivant.
La fin : il se tient à la shehita et il pense à la zerika. Car il dit : j'abats le Pessa'h lishmo, pour jeter son sang shelo lishmo.
Et cela nous apprend que l'on pense d'une avoda vers une autre avoda. Et c'est la question de Rav Pappa.
La fin enseigne mahshivin me-avoda le-avoda. Pendant la shehita il dit : j'abats lishmo, pour jeter le sang shelo lishmo. Le Pessa'h est passoul aussitôt, même si la zerika se fait ensuite lishmo. La seconde formule vise une autre avoda : tafos lashon rishon ne la met pas de côté.
Rachi renvoie à l'objection de Rav Pappa, Zevahim 10a. Tossefot trouve ce renvoi forcé : là-bas, Rabbi Yo'hanan le dit explicitement. Le Riva : la leçon, plus haut, est la question même de Rav Pappa, qu'il ne peut pas trancher par la michna. Ainsi un livre ancien, et Rabbeinou Hananel. Le Rashba : les deux avodot de Rav Pappa sont précisément shehita lishmo à condition de zerika shelo lishmo.
Viens et entends : ou shelo lishmo et lishmo, passoul. Comment est le cas ?
Si tu dis : dans deux avodot. Maintenant que lishmo et shelo lishmo, tu as dit passoul, shelo lishmo et lishmo fait-il question ?
Second ta chema, la clause shelo lishmo et lishmo. Dans deux avodot, elle est évidente : lishmo puis shelo lishmo est déjà passoul alors que la première avoda était kacher. Shelo lishmo d'abord à rendu passoul dès le premier rite. Le second rite lishmo ne le rend pas kacher.
Tossefot : la même évidence vaudrait dans une seule avoda, puisque Rabbi Meir aussi retient la première formule. Réponse du Kontres : la clause écarte Ben Nanas (Bava Batra 105a), qui retient seulement la dernière formule et annule la première. Le Ri : dans une seule avoda, les deux clauses se ressemblent et s'enseignent l'une à la suite de l'autre. Dans deux avodot, le passoul du début est à la zerika, celui de la fin à la shehita : la michna ne les enseignerait pas en paire.
Plutôt, n'est-ce pas dans une seule avoda ? Et puisque la fin est dans une seule avoda, le début aussi est dans une seule avoda !
Si la fin est une seule avoda, le début lishmo et shelo lishmo l'est aussi. La michna serait donc Rabbi Yosse. Rachi : lishmo puis shelo lishmo écarte Rabbi Meir. Shelo lishmo puis lishmo écarte celui qui ne retiendrait que la dernière formule, comme si l'homme était revenu de la première. Rabbi Yosse : dans toutes ses paroles, l'homme est saisi. Il a visé les deux.
Non. En réalité, dans deux avodot.
Et en droit, ce n'était pas nécessaire. Et puisque l'on a enseigné lishmo et shelo lishmo, l'on a aussi enseigné shelo lishmo et lishmo.
Second rejet. La clause reste deux avodot. Elle était superflue : le passoul était déjà là dès la première avoda. On l'enseigne parce qu'on a enseigné l'autre, eidi de-tna. Rachi rattache lishmo puis shelo lishmo à l'enseignement déjà vu : on pense d'une avoda vers l'autre.
Viens et entends. On l'a abattu pas pour ses mangeurs, et pas pour ses inscrits, pour des arelim et pour des temeim : passoul.
Ici, il est évident que c'est une seule avoda. Et puisque la fin est une seule avoda, le début aussi est une seule avoda !
Troisième ta chema, une autre michna. Quatre pensées à la shehita rendent le Pessa'h passoul : shelo le-okhlav, des gens qui ne mangent pas un kezayit ; shelo le-manuyav, une autre havura que les inscrits ; des arelim, Israélites non circoncis parce que des frères sont morts de la mila ; des temeim, interdits aux kodashim, passibles de karet. Une seule mahshava : donc une seule avoda. La Guemara en tire la même chose pour le début, lishmo et shelo lishmo, à l'encontre de Rabbi Meir.
Tossefot : si les seuls inscrits sont le malade et le vieillard, une shehita stam est déjà passoul, faute de mangeurs. Le cas a donc aussi d'autres inscrits. Le passoul vient de la mahshava shelo le-okhlav.
Cela se compare-t-il ?! Ceci comme c'est, et cela comme c'est.
La fin : une seule avoda. Le début : soit une seule avoda, soit deux avodot.
Rejet : midi irya. Les deux michnayot n'ont pas à se caler l'une sur l'autre. La fin n'a qu'une mahshava : elle reste une avoda. Le début a deux mahshavot : une seule avoda, et non selon Rabbi Meir, ou deux avodot, selon Rabbi Meir. Rachi : la seconde branche est deux avodot, et une seule avoda n'entre pas dans cette lecture.
Viens et entends. Pour ses mangeurs et pas pour ses mangeurs : kacher.
Comment est le cas ? Si tu dis : dans deux avodot, et la raison est qu'il a pensé à la zerika, car il n'y a pas de mahshava des mangeurs à la zerika,
Quatrième ta chema. Le-okhlav et shelo le-okhlav est kacher. Si ce sont deux avodot, shehita pour les mangeurs et zerika pas pour eux, la raison du kacher serait que la mahshava des mangeurs ne rend pas passoul à la zerika. Rachi : le verset des mangeurs est à la shehita, "selon ce qu'il mange, takhosu" (Exode 12:4). Le Targoum rend l'abattage par ve-yikhos. La phrase reste ouverte : le segment suivant tire la conséquence.
Tossefot : cette lecture de deux avodot suit Rabba (Pesachim 61b), shehita pour les circoncis à condition que des arelim en aient la kappara, kacher. Rav Hisda dit passoul : il ne peut pas lire la michna comme deux avodot. Plus loin, la conclusion laisse entendre passoul même selon Rabba.
alors, dans une seule avoda, par exemple à la shehita, où la mahshava des mangeurs agit, c'est passoul. Or nous tenons pour établi : une part des mangeurs ne rend pas passoul !
Le ha tire la conséquence. Si le kacher des deux avodot vient de ce que la zerika ignore les mangeurs, alors le même mélange dans une seule avoda, la shehita, où cette mahshava agit, serait passoul. Même "pour ses mangeurs et pas pour ses mangeurs".
Cela heurte la règle tenue plus loin (Pesachim 61a) : miktzat okhlin lo pasla. Des gens aptes sont inscrits, on abat pour eux tous, y compris ceux qui ne peuvent pas manger : kacher. Rachi : toute la shehita est exigée pour les mangeurs, puisqu'un kezayit de viande passe par elle. L'écart avec lishmo et shelo lishmo, qui est passoul, sera expliqué plus loin. L'amoud s'arrête sur cette tension.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).