Sougya : L'amoud reprend la question de Rav Pappa : lishmo et shelo lishmo dans une seule avoda. La baraita le-okhlav et shelo le-okhlav, kacher, ne force pas la michna à une seule avoda.
On demande alors ce qu'il en est d'un Pessa'h abattu le reste de l'année, lishmo et shelo lishmo. Rav Dimi le tient pour passoul par un binyan av ; Rabbi Yirmeya écarte l'analogie, car le passoul de lishmo ne concerne que le Pessa'h.
Rava le déclare kacher, le stam se tenant pour lishmo et shelo lishmo l'en extrayant ; Rav Ada bar Ahava oppose les okhlin. Rav Pappa assimile ensuite le shinou baalim au shinou kodech hors du temps, et Rava refuse : le passoul du shinou kodech est dans le corps du korban et dans les quatre avodot.
Plutôt, n'est-ce pas dans une seule avoda ? Et puisque la seifa est dans une seule avoda, la reisha aussi est dans une seule avoda !
La Guemara sort de l'impasse ouverte en fin de 60a. Si le-okhlav et shelo le-okhlav n'était kacher que sur deux avodot, la pensée invalidante tomberait sur la zerika, où la mahshava des okhlin ne joue pas. Sur une seule avoda, la shehita, ce serait alors passoul. Or miktzat okhlin, une part de personnes inaptes à manger, ne rend pas passoul. La seifa vise donc une seule avoda, et elle reste kacher.
De là, la reisha : la michna lishmo et shelo lishmo, qui enseigne passoul, vise aussi une seule avoda. Cette lecture est celle de Rabbi Yosse. La fin de la formule prend effet avec le début.
Est-ce comparable ? Celui-ci selon ce qu'il est, et celui-là selon ce qu'il est.
La seifa, dans une seule avoda. Et la reisha, ou dans une seule avoda, ou dans deux avodot.
La réponse dénoue les deux clauses. La seifa des okhlin peut viser une seule avoda. La reisha, lishmo et shelo lishmo, peut viser une seule avoda, et c'est Rabbi Yosse, ou deux avodot seulement, et c'est Rabbi Meir.
Selon Rabbi Meir, tafos lashon rishon : dans une seule avoda on retient lishmo, la première formule, et le Pessa'h en son temps serait kacher. La michna qui enseigne passoul parle alors de deux avodot. La question de Rav Pappa reste ouverte.
On a posé la question : un Pessa'h qu'on a abattu le reste des jours de l'année, lishmo et shelo lishmo, qu'en est-il ? Shelo lishmo vient-il l'extraire de lishmo et le rendre kacher, ou non ?
Nouvelle question. Un Pessa'h mis à part avant son temps : abattu shelo lishmo, pour des shelamim, il est kacher. Abattu lishmo, pour le nom de Pessa'h, il est passoul. Les deux intentions ensemble : shelo lishmo arrache-t-il le lishmo déjà dit ?
Tossefot : le doute existe déjà pour Rabbi Meir. En général il retient la première formule. Ici le passoul de lishmo est propre au Pessa'h. S'il est trop faible pour prendre effet, la seconde formule est une akira, un arrachement du nom. Selon Rabbi Yosse les deux formules prennent effet, et l'ordre inverse aurait aussi fait question. L'ordre choisi, lishmo puis shelo lishmo, fait porter le doute même sur Rabbi Meir.
Quand Rav Dimi est arrivé, il a dit : j'ai exposé cet enseignement devant Rabbi Yirmeya. Puisque lishmo le rend kacher en son temps, et que shelo lishmo le rend kacher hors de son temps : de même que lishmo, qui le rend kacher en son temps, ne l'extrait pas de shelo lishmo, de même shelo lishmo, qui le rend kacher hors de son temps, ne l'extrait pas de lishmo.
Et il est passoul.
Rav Dimi construit un binyan av. En son temps, lishmo rend kacher, et il n'arrache pas un shelo lishmo dit avec lui : on ne garde pas la dernière formule seule pour valider shelo lishmo puis lishmo. Hors du temps, shelo lishmo rend kacher. À ce même titre, il n'arracherait pas un lishmo dit avec lui. Rav Dimi conclut : passoul.
Rachi glose les deux membres. Extraire de shelo lishmo, ce serait ne garder que lishmo, la fin de la phrase, et rendre kacher. Extraire de lishmo, ce serait ne garder que shelo lishmo, la fin de la phrase hors du temps, et rendre kacher. Le binyan av refuse les deux extractions.
Et il m'a dit : non. Si tu le dis de shelo lishmo, c'est qu'il a cours dans tous les zevahim.
Le diras-tu de lishmo, qui, parmi tous les zevahim, n'a cours que pour le Pessa'h seul ?
Rabbi Yirmeya refuse de transporter la règle. Le passoul de shelo lishmo touche tous les zevahim : Pessa'h et hatat entièrement, les autres au moins pour la hova, l'obligation des propriétaires. Le passoul de lishmo hors du temps ne touche que le Pessa'h. Un passoul plus étroit reste plus léger, et shelo lishmo peut l'arracher.
Rachi renvoie à la michna d'ouverture de Zevahim. Shelo lishmo laisse les autres korbanot aptes à la zerika, aux emourin et à la chair. Ils ne comptent plus pour la hova. Cette étendue empêche lishmo d'effacer entièrement shelo lishmo. Le passoul propre au Pessa'h hors de son temps n'a pas cette étendue.
Qu'en est-il à la fin ? Rava a dit : un Pessa'h qu'on a abattu le reste des jours de l'année, lishmo et shelo lishmo, est kacher.
Car son stam se tient pour lishmo, et même ainsi, quand on l'abat shelo lishmo, il est kacher,
Rava tranche pour kacher. Le stam du Pessa'h, tant qu'on ne parle pas, se tient pour lishmo. Malgré cette tenue, un shelo lishmo seul le rend kacher. Shelo lishmo a donc la force d'arracher lishmo. La phrase continue au segment suivant.
Tossefot resserre she'ar yemot ha-shana sur l'avant-temps du Pessa'h. L'animal se tient pour le Pessa'h à venir, d'où le besoin d'une akira. Après la fête, Pesachim 64a laissé un safek : l'akira reste-t-elle exigée ?
Il en ressort : shelo lishmo vient et l'extrait de lishmo. Quand on l'abat aussi lishmo et shelo lishmo, shelo lishmo vient et l'extrait de lishmo.
Second pas de Rava. Si shelo lishmo arrache le lishmo du stam, il arrache aussi un lishmo dit dans la même shehita. Lishmo et shelo lishmo, hors du temps, est kacher.
Tossefot écarte une attaque prise du Pessa'h en son temps. Là, selon Rabbi Meir, lishmo puis shelo lishmo reste kacher : shelo lishmo n'arrache pas le lishmo dit, alors que shelo lishmo seul est passoul malgré le stam. Le Ri : le hekhsher de lishmo vaut pour tous les zevahim, et le lishmo dit est fort. Le passoul de lishmo hors du temps ne vaut que pour le Pessa'h. L'objection ajustée viendra des okhlin, cas propre au Pessa'h.
Rav Ada bar Ahava lui dit, à Rava : peut-être que le cas où il a parlé diffère du cas où il n'a pas parlé. Car le-okhlav et shelo le-okhlav est kacher, et partout où on l'abat shelo le-okhlav seul, c'est passoul.
Et pourquoi ? Son stam se tient pour le-okhlav.
Plutôt : le cas où il a parlé diffère du cas où il n'a pas parlé. Ici de même : le cas où il a parlé diffère du cas où il n'a pas parlé.
Rav Ada bar Ahava sépare le dit et le tu. Shelo le-okhlav seul est passoul, bien que le stam semble le-okhlav : la pensée inapte extrait ce stam. Le-okhlav et shelo le-okhlav est kacher : shelo le-okhlav n'arrache pas le le-okhlav dit. Le cas parlé diffère du cas tu. Rav Ada propose la même coupure pour lishmo et shelo lishmo.
Rachi, au dibour הכי השתא, donne déjà la réponse de Rava, que la Guemara développe ensuite. Le stam de lishmo est fort : le nom de Pessa'h tient jusqu'à l'akira. Le stam des okhlin reste faible : les inscrits peuvent se retirer et vendre leur part à une autre havoura. Tossefot : le Ri lie le hekhsher aux okhlin précis sur lesquels on a pensé. Le stam ne vise pas ces okhlin-là.
Il lui dit : est-ce comparable ? Passe pour là-bas : tant qu'il ne l'a pas arraché lors de la shehita, son stam se tient bien pour lishmo.
Ici, son stam se tient-il pour le-okhlav ?
Rava refuse l'alignement. Pour le nom du korban, tant que la shehita n'a pas fait d'akira, le stam est lishmo de façon certaine. Pour les mangeurs, il demande si le stam tient pour les okhlin déjà inscrits.
Peut-être que ceux-ci se retireront, et que d'autres viendront et s'inscriront sur lui. Car nous avons appris dans une michna : on s'inscrit, et on retire ses mains de lui, jusqu'à ce qu'on l'abatte.
La michna laisse s'inscrire sur le Pessa'h et retirer sa main jusqu'à la shehita. Les premiers peuvent partir. Un malade ou un vieillard, inapte à manger la quantité requise, peut prendre leur place. Toute la bête serait alors abattue shelo le-okhlav. Le stam ne fixe pas ces okhlin-ci, et la pensée inapte peut rendre passoul.
Quand la phrase dit le-okhlav et shelo le-okhlav, il reste une part d'okhlin aptes. Miktzat okhlin ne rend pas passoul. D'où la différence, pour les mangeurs, entre le cas dit et le cas tu. Cette différence ne se transporte pas au nom de Pessa'h, qui tient jusqu'à l'akira.
On a posé la question : un Pessa'h qu'on a abattu le reste des jours de l'année avec un shinou baalim, qu'en est-il ? Le shinou baalim est-il comme un shinou kodech, et le rend-il kacher, ou non ?
Seconde question de l'amoud. Shinou baalim : la bête est à Reouven, on l'abat pour Shimon, sans arracher le nom de Pessa'h. Rachi écarte une leçon qui ajouterait lishmo. En son temps, ce changement rend le Pessa'h passoul. Shinou kodech, c'est shelo lishmo : hors du temps, il rend kacher, comme shelamim. Le shinou baalim fait-il de même après le temps ?
Rav Pappa a dit : j'ai exposé cet enseignement devant Rava. Puisque le shinou kodech le rend passoul en son temps, et que le shinou baalim le rend passoul en son temps : de même que le shinou kodech, qui le rend passoul en son temps, le rend kacher après son temps, de même le shinou baalim, qui le rend passoul en son temps, le rend kacher après son temps.
Rav Pappa aligne les deux changements. Chacun rend passoul en son temps. Le shinou kodech rend kacher après le temps. Le shinou baalim rendrait kacher après le temps.
Rachi rappelle le régime déjà fixé au début de Zevahim. Pessa'h et hatat : passoul entier. Les autres zevahim : ils ne montent plus pour les propriétaires au titre de la hova. Le shinou baalim suit, en son temps, la même grille que le shinou kodech.
Et il m'a dit : non. Si tu le dis du shinou kodech, c'est que son passoul est dans son corps, et qu'il a cours dans les quatre avodot,
Rava refuse l'alignement par deux traits du shinou kodech. Son passoul est be-gufo : la mahshava porte sur le korban lui-même. Et il joue dans les quatre avodot du sang : shehita, kabala, holakha, zerika. La shehita sort de zevah Pessa'h. Les autres avodot sortent de asita Pessa'h, Zevahim 7a.
La phrase s'interrompt sur la virgule. Elle nomme ici les deux traits. La suite est au daf suivant.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).