Pesachim 61a - shinui baalim hors de son temps, et pour qui le Pessah est abattu

Pesachim 61a

Sougya : L'amoud achève le rapprochement entre shinui kodech (changement de sainteté) et shinui baalim (changement de propriétaire) pour un Pessa'h abattu le reste de l'année. Sur quatre écarts, deux tombent : le passoul du corps, et l'après-mort selon Rav Pinhas.

Rava quitte ce rapprochement : un tel Pessa'h est comme un Pessa'h en son temps sans propriétaire, et il est passoul, parce que le shinui baalim ne compte pas comme akira (déracinement du nom de Pessa'h). La michna nouvelle fixe pour qui l'abattage est passoul ou kacher, l'heure de bein ha-arbayim, et la place du tamid.

La Guemara tire shelo le-manuyav et shelo le-okhlav du verset be-mikhsat takhosu.

Quatre écarts, deux qui restent Peut-on apprendre le shinui baalim du shinui kodech ? Écart Shinui kodech Shinui baalim Statut Passoul du corps dans le korban oui non mahshava seule tombe les deux : pensée Quatre avodot shehita à zerika les quatre zerika sauf en vue d'elle tient Après la mort le fils apporte oui hava amina : non Rav Pinhas : oui tombe selon Rav Pinhas Tsibour et yahid public / particulier les deux le yahid seul lekhaper alav tient Il reste : les quatre avodot, et le tsibour face au yahid. Rava ne s'appuie plus sur ce rapprochement.
Quatre écarts entre shinui kodesh et shinui baalim. Le passoul du corps tombe, l'après-mort tombe selon Rav Pinhas. Restent les quatre avodot et le tsibour.
Michna : pour qui, et à quelle heure Intention seule vers des inaptes : passoul shelo le-okhlav : malade ou vieillard shelo le-manuyav : autre havura pour des arelim pour des temeim Aucun apte dans la mahshava. Intention mêlée, une part apte : kacher okhlin et inaptes manuyim et non inscrits mulin et arelim temeim et tehorim miktzat okhlin lo pasla L'heure du 14 nissan avant hatsot passoul bein ha-arbayim après hatsot, avant le tamid kacher si l'on remue le sang jusqu'à la zerika du tamid zerika du Pessa'h avant le tamid kacher quand même L'ordre "retarder ce qui est dit le soir" ne rend pas l'offrande passoul.
Michna. Intention seule vers des inaptes : passoul. Intention mêlée : kacher. Avant midi : passoul. Avant le tamid, sang remué : kacher. Zerika anticipée : kacher.
Exode 12:4, de be-mikhsat à l'hekesh be-mikhsat ... takhosu, ish lefi okhlo selon le compte, vous compterez, chacun selon ce qu'il mange be-mikhsat langue des inscrits le Pessa'h n'est abattu que pour ses manuyim répétition be-mikhsat et takhosu le verset répète pour le'akev : passoul Rabbi takhosu = kos langue sursi : abats l'intention est à la shehita ish lefi okhlo takhosu hekesh : les mangeurs sont joints aux inscrits. Shelo le-okhlav suit shelo le-manuyav.
Exode 12:4. be-mikhsat : seulement les inscrits. La répétition est le'akev. Rabbi : takhosu vise la shehita. L'hekesh joint les mangeurs aux inscrits.
1
וְיֶשְׁנוֹ לְאַחַר מִיתָה, וְיֶשְׁנוֹ בְּצִבּוּר כִּבְיָחִיד. תֹּאמַר בְּשִׁינּוּי בְּעָלִים — דְּאֵין פְּסוּלוֹ בְּגוּפוֹ, וְאֵינוֹ בְּאַרְבַּע עֲבוֹדוֹת, וְאֵינוֹ לְאַחַר מִיתָה, וְאֵינוֹ בְּצִבּוּר כִּבְיָחִיד.

Et il s'applique après la mort, et il s'applique au public comme au particulier. En diras-tu autant d'un shinui baalim (changement de propriétaire) : son passoul n'est pas dans son corps, il ne porte pas sur les quatre avodot, il ne s'applique pas après la mort, et il ne s'applique pas au public comme au particulier.

📜 Rachi (4)
וְיֶשְׁנוֹ לְאַחַר מִיתָה מֵת בְּנוֹ מֵבִיא קָרְבַּן אָבִיו וְאִם שְׁחָטוֹ שֶׁלֹּא לִשְׁמוֹ לֹא עָלָה לְשֵׁם חוֹבָה וְאַחְרָיוּת הַקָּרְבָּן מֻוטָּל עַל נִכְסֵי הַמֵּת וְצָרִיךְ לְהָבִיא אַחֵר וְיֶשְׁנוֹ בְּקָרְבַּן צִבּוּר כְּקָרְבַּן יָחִיד:
S'il est mort, son fils apporte le korban de son père. S'il l'a abattu shelo lishmo (pas pour son nom), il n'est pas monté au titre d'obligation. La responsabilité du korban pèse sur les biens du mort, et il faut en apporter un autre. Et il s'applique au korban public comme au korban d'un particulier.
אֲבָל בְּשִׁינּוּי בְּעָלִים מְחַשֵּׁב בְּדָבָר אַחֵר הוּא וְאֵינוֹ בְּאַרְבַּע עֲבוֹדוֹת בִּשְׁאָר זְבָחִים דְּלָאו פֶּסַח דְּלָאו עִיקָּרָן לַאֲכִילָה אָתֵי אֶלָּא לְכַפָּרָה לֹא שַׁיָּיךְ שִׁינּוּי בְּעָלִים אֶלָּא בִּזְרִיקָה שֶׁאֵין לוֹ בְּקָרְבָּן אֶלָּא כַּפָּרָתוֹ וְכַפָּרָה לֵיתָא אֶלָּא בִּזְרִיקָה וְכִי מִרַבֵּינַן שְׁאָר עֲבוֹדוֹת לְפָוסְלָהּ בְּשִׁינּוּי בְּעָלִים בפ"ק דִּזְבָחִים לָא מִרַבֵּינַן אֶלָּא שׁוֹחֵט לְהִתְכַּפֵּר אַחֵר בִּזְרִיקַת דָּמוֹ אוֹ מוֹלִיךְ אוֹ מְקַבֵּל לִזְרוֹק לְשֵׁם אַחֵר אוֹ זָרַק מִמֶּנּוּ לְשֵׁם אַחֵר אֲבָל שׁוֹחֵט לְשֵׁם אַחֵר שֶׁתְּהֵא הַשְּׁחִיטָה לְבַדָּהּ לְשֵׁם אֲחֵרִים אֲבָל בִּשְׁעַת שְׁחִיטָה אֵין דַּעְתּוֹ עַל הַזְּרִיקָה אֶלָּא לִבְעָלָיו כָּשֵׁר וְהָכִי אָמְרִי' הָתָם אָמַר רַב אַשִּׁי ק"ו וּמָה אִם בְּמָקוֹם שֶׁאָמַר הֲרֵינִי שׁוֹחֵט לְשֵׁם פְּלוֹנִי דְּכָשֵׁר שְׁחָטוֹ לִזְרוֹק לְשֵׁם פְּלוֹנִי פָּסוּל מָקוֹם שֶׁאִם אָמַר כו' ש"מ מִיהָא דְּאֵין מַחֲשֶׁבֶת שִׁינּוּי בְּעָלִים בִּשְׁאָר עֲבוֹדוֹת אא"כ מְחַשְּׁבִין בְּאַחַת מֵהֶן עַל מְנָת לִזְרוֹק אֲבָל בְּשִׁינּוּי קוֹדֶשׁ שָׁחַט שֶׁלֹּא לִשְׁמוֹ פָּסוּל דִּכְתִיב זֶבַח שְׁלָמִים זְבִיחָה לְשֵׁם שְׁלָמִים וְכֵן בְּחַטָּאת וְשָׁחַט אוֹתָהּ לְחַטָּאת וְכֵן פֶּסַח זֶבַח פֶּסַח הוּא וּמִיהוּ וַדַּאי פֶּסַח שֶׁעִיקָּרוֹ לִבְעָלָיו לֵיאָכֵל בָּא שְׁחָטוֹ שֶׁלֹּא לְשֵׁם בְּעָלָיו לְהַאֲכִילוֹ לִמְנוּיִין אֲחֵרִים פָּסוּל כִּדְקָתָנֵי מַתְנֵי' שְׁחָטוֹ שֶׁלֹּא לְמִנּוּיוֹ פָּסוּל וע"כ בְּחִישֵּׁב עַל הַשְּׁחִיטָה לְחֻודָּא קָאָמַר לֹא עַל מְנָת לִזְרוֹק מִדְּאִיפְּלַגוּ בָּהּ אָמוֹרָאֵי בַּגְּמָרָא שְׁחָטוֹ לְמוּלִין עַל מְנָת שֶׁיִּתְכַּפְּרוּ בּוֹ עֲרֵלִים מִכְּלָל דִּשְׁחָטוֹ לַעֲרֵלִים דְּמַתְנִיתִין בִּמְחַשֵּׁב עַל הַשְּׁחִיטָה קָאָמַר וְשֶׁלֹּא לְמִנּוּיוֹ דֻּומְיָא דְּלַעֲרֵלִים דְּהָא גַּבֵּי הֲדָדֵי קָתָנֵי לְהוּ:
Il pense à une autre personne. Et cela ne porte pas sur les quatre avodot dans les autres zevahim, qui ne sont pas le Pessa'h, dont l'essentiel ne vient pas pour être mangé, mais pour la kappara (expiation). Le shinui baalim ne concerne que la zerika : il n'a dans le korban que sa kappara, et la kappara n'a lieu qu'à la zerika. Quand on étend les autres avodot pour les rendre passoul par shinui baalim, au premier chapitre de Zevahim, on n'étend que celui qui abat pour qu'un autre soit expié par l'aspersion de son sang, ou celui qui transporte, ou celui qui reçoit, afin d'asperger au nom d'un autre, ou celui qui en a aspergé au nom d'un autre. Celui qui abat au nom d'un autre, de sorte que la shehita seule soit pour d'autres, alors qu'au moment de la shehita son intention sur la zerika reste pour son propriétaire : kacher. Et c'est ainsi qu'on dit là-bas. Rav Ashi a dit un kal va-homer (à plus forte raison) : là où il a dit " j'abats au nom d'un tel " et c'est kacher, s'il l'a abattu pour asperger au nom d'un tel, c'est passoul. Là où, s'il disait, et la suite. On en déduit en tout cas qu'il n'y a pas de mahshava de shinui baalim dans les autres avodot, sauf si l'on pense dans l'une d'elles en vue d'asperger. Dans un shinui kodech, s'il a abattu shelo lishmo, c'est passoul, car il est écrit " zevah shelamim " : l'abattage au nom des shelamim. De même pour le hatat : " et il l'abattra en hatat ". De même le Pessa'h : " zevah Pessa'h hou ". Cependant, un Pessa'h, dont l'essentiel vient pour ses propriétaires afin d'être mangé, s'il l'a abattu pas au nom de ses propriétaires pour le faire manger à d'autres inscrits, est passoul, comme l'enseigne la michna : s'il l'a abattu shelo le-manuyav, passoul. Nécessairement, il parle de celui qui a pensé sur la shehita seule, pas en vue d'asperger. Preuve : les Amoraïm divergent là-dessus dans la Guemara, " il l'a abattu pour des circoncis à condition que des arelim en soient expiés ". On en déduit que " il l'a abattu pour des arelim " de la michna parle de celui qui pense sur la shehita. Et shelo le-manuyav est du même ordre que " pour des arelim ", puisqu'elle les enseigne l'un à côté de l'autre.
וְאֵינוֹ לְאַחַר מִיתָה דְּאֵין שֵׁם בְּעָלָיו עָלָיו מֵאַחַר שֶׁמֵּת וְאִם שִׁינָּה שְׁמוֹ כָּשֵׁר:
Le nom de son propriétaire n'est plus sur lui depuis qu'il est mort. S'il a changé son nom, c'est kacher.
וְאֵינוֹ בְּצִבּוּר דִּלְשֵׁם מִי יְשַׁנֶּה אוֹתוֹ שֶׁלֹּא יְהֵא בְּעָלָיו אִם לְשֵׁם נָכְרִים לָא מִיפְּסִיל כִּדְאָמְרִי' הָתָם וּלְקַמָּן בִּשְׁמַעְתִּין דְּאֵין שִׁנּוּי בְּעָלִים פּוֹסֵל אא"כ שִׁינָּהוּ לִמְחֻויָּב כַּפָּרָה כְּמוֹתוֹ דְּיָלֵיף מִלְּכַפֵּר עָלָיו עָלָיו וְלֹא עַל חֲבֵירוֹ אַלְמָא שִׁינּוּי בְּעָלִים פָּסוּל בַּחֲבֵירוֹ דֻּומְיָא דִּידֵיהּ וּמְחֻויָּב כַּפָּרָה כְּמוֹתוֹ וְאִי לָא לָא פְּסִיל:
Au nom de qui le changerait-il pour qu'il n'ait plus son propriétaire ? Au nom de non-Juifs, il n'est pas rendu passoul, comme on le dit là-bas et plus loin dans cette sougya : un shinui baalim ne rend passoul que s'il l'a reporté sur quelqu'un astreint à une kappara comme lui. On l'apprend de " lekhaper alav " : sur lui, et pas sur son prochain. Donc le shinui baalim est un passoul quand il s'agit de son prochain, semblable à lui, et astreint à une kappara comme lui. Sinon, il ne rend pas passoul.
🗂️ Tossefot (1)
וְיֶשְׁנוֹ לְאַחַר מִיתָה וְשִׁינּוּי בְּעָלִים אֵינוֹ לְאַחַר מִיתָה שֶׁמָּא מִשּׁוּם דִּכְתִיב לְכַפֵּר עָלָיו וְלֹא עַל חֲבֵירוֹ וּמֵת לָאו בַּר כַּפָּרָה גְּמוּרָה הוּא אֶלָּא שֶׁנִּתְחַייֵּב לַהֲבִיאוֹ וְהַךְ דִּשְׁמַעְתִּין אָתְיָא לְהֶדְיָא כמ"ד שִׁיעְבּוּדָא דְּאֻורְיִי' וּכְרַב אַסִּי אָמַר רַב בפ"ק דְּקִדּוּשִׁין (ד' יג:) דְּמוּקֵי הָא דִּתְנַן הָאִשָּׁה שֶׁמֵּתָה יָבִיאוּ יוֹרְשִׁין עוֹלָתָהּ אע"פ שֶׁלֹּא הִפְרִישַׁתָּה מֵחַיִּים אֲבָל לְרַב יְהוּד' אָמַר שְׁמוּאֵל דְּאָמַר וְהוּא שֶׁהִפְרִישַׁתָּה מֵחַיִּים אֲבָל לֹא הִפְרִישַׁתָּה לֹא מִשּׁוּם דְּשִׁיעְבּוּדָא לָאו דְּאוֹרָייְתָא לִכְאוֹרָה אֵינוֹ נַפְקוּתָא בֵּין שִׁינּוּי קוֹדֶשׁ לְשִׁינּוּי בְּעָלִים דִּלְאַחַר מִיתָה כֵּיוָן דִּבְשִׁינּוּי קֹודֶשׁ [נָמֵי] אֵין הַיּוֹרֵשׁ חַייָּב לְהַפְרִישׁ אַחֵר תַּחְתָּיו וּמִיהוּ י"ל דנ"מ אִם הִפְרִישׁוּ בְּעָלִים שְׁתֵּי עוֹלוֹת לְאַחְרָיוּת שֶׁאִם תִּפָּסֵל הָאַחַת יָבִיא הַשְּׁנִיָּה וְאִם לָאו תְּהֵא הַשְּׁנִיָּה חֻולִּין אִי נָמֵי שִׁינּוּי קוֹדֶשׁ אָסוּר לְשַׁנּוֹת אַחַר מִיתָה דְּאָמַר בְּרֵישׁ זְבָחִים (ד' ב:) וּנְדָבָה מִי שְׁרֵי לְשַׁנּוֹיֵי בַּהּ אֲבָל שִׁינּוּי בְּעָלִים לֵיכָּא אַפֵּי' אִיסּוּר כֵּיוָן דְּאֵינוֹ לְאַחַר מִיתָה:
Et le shinui baalim ne s'applique pas après la mort. Peut-être parce qu'il est écrit " lekhaper alav ", et pas sur son prochain : un mort n'est pas apte à une kappara complète, il s'est seulement engagé à l'apporter. Ce passage de notre sougya vient explicitement selon celui qui dit que le shiabuda (la créance) est de-Oraita, et selon Rav Assi au nom de Rav, au premier chapitre de Kidouchin (daf 13b), qui explique la michna : une femme qui est morte, les héritiers apportent son ola, même si elle ne l'avait pas mise de côté de son vivant. Selon Rav Yehouda au nom de Shmuel, qui a dit : à condition qu'elle l'ait mise de côté de son vivant, et si elle ne l'a pas mise de côté, non, parce que le shiabuda n'est pas de-Oraita, en apparence il n'y a pas de nafka mina (conséquence pratique) entre shinui kodech et shinui baalim après la mort, puisque, pour le shinui kodech aussi, l'héritier n'est pas tenu de mettre de côté un autre à sa place. On peut dire que la nafka mina est celle-ci : si les propriétaires ont mis de côté deux olot pour la responsabilité, de sorte que si l'une est rendue passoul il apporte la seconde, et sinon la seconde sera houlin (profane). Autre voie : le shinui kodech, il est interdit de l'opérer après la mort, comme il est dit au début de Zevahim (daf 2b) : " et une nedava, est-il permis d'y changer ? ". Pour le shinui baalim, il n'y a même pas d'interdiction, puisqu'il ne s'applique pas après la mort.
💡 Explication

Suite du rapprochement. Le shinui kodech vaut après la mort : le fils apporte le korban du père, et un abattage shelo lishmo ne compte pas pour l'obligation. Il vaut aussi pour le korban public comme pour le particulier. Le shinui baalim n'a aucun de ces traits, ni les deux déjà dits : passoul dans le corps, quatre avodot.

Rachi détaille la zerika. Hors le Pessa'h, la kappara est à l'aspersion. Penser un autre nom sur la shehita seule, en laissant la zerika au propriétaire, laisse kacher. Penser une avoda en vue de la zerika pour un autre rend passoul. Le Pessa'h, lui, se mange : shelo le-manuyav à la shehita seule est déjà passoul.

Au public, on ne trouve pas un " autre propriétaire " astreint à la même kappara. Le verset lekhaper alav limite le passoul au prochain semblable à lui.

2
וְאַף עַל גַּב דְּתַרְתֵּי לָאו דַּוְקָא, תַּרְתֵּי מִיהָא דַּוְקָא. דְּמַאי שְׁנָא שִׁינּוּי בְּעָלִים דְּלָא הָוֵי פְּסוּלוֹ בְּגוּפוֹ — דִּפְסוּלוֹ מַחְשָׁבָה בְּעָלְמָא הִיא. שִׁינּוּי קוֹדֶשׁ נָמֵי — פְּסוּלוֹ מַחְשָׁבָה בְּעָלְמָא הִיא.

Et bien que deux ne soient pas exactes, deux du moins sont exactes. En quoi le shinui baalim diffère-t-il, pour que son passoul ne soit pas dans le corps ?

C'est que son passoul n'est qu'une mahshava (pensée). Le shinui kodech aussi : son passoul n'est qu'une mahshava.

📜 Rachi (2)
ואע"ג דְּתַרְתֵּי מֵהָנָךְ פִּירְכֵי:
Parmi ces objections.
לָאו דַּוְוקָא כְּלוֹמַר לָאו פִּירְכֵי נִינְהוּ תַּרְתֵּי מִיהָא דַּוְוקָא וּמְפָרֵשׁ וְאָזֵיל הֵי תַּרְתֵּי לָאו דַּווְקָא: פְּסוּל מַחֲשָׁבָה לָא מִיקְּרֵי פְּסוּל הַגּוּף:
C'est-à-dire que ce ne sont pas des objections. Deux du moins sont exactes. Et il poursuit en expliquant lesquelles des deux ne sont pas exactes. Un passoul de mahshava ne s'appelle pas passoul du corps.
💡 Explication

Premier écart qui tombe. On avait dit : le shinui baalim a son passoul hors du corps, parce qu'il vient d'une mahshava. Le shinui kodech vient lui aussi d'une mahshava. L'écart " passoul du corps " ne sépare donc plus les deux.

Rachi : un passoul de pensée ne porte pas le nom de passoul du corps. La Guemara garde deux écarts, et dit lesquels lâchent.

3
וְתוּ, הָא דְּאָמַר שִׁינּוּי בְּעָלִים אֵינוֹ לְאַחַר מִיתָה, וּלְרַב פִּנְחָס בְּרֵיהּ דְּרַב אַמֵּי דְּאָמַר יֵשׁ שִׁינּוּי בְּעָלִים לְאַחַר מִיתָה, מַאי אִיכָּא לְמֵימַר? תַּרְתֵּי מִיהַת דַּוְקָא נִינְהוּ.

Et encore : cela qu'on a dit, que le shinui baalim ne s'applique pas après la mort. Selon Rav Pinhas, fils de Rav Ami, qui a dit qu'il y a un shinui baalim après la mort, que dire ?

Deux du moins sont exactes.

📜 Rachi (2)
וּלְרַב פִּנְחָס בפ"ק דִּזְבָחִים אֲמָרָהּ:
Il l'a dit au premier chapitre de Zevahim.
יֵשׁ בְּעָלִים לְאַחַר מִיתָה וְאִם שְׁחָטוֹ לְשֵׁם בְּעָלִים אֲחֵרִים צָרִיךְ הַיּוֹרֵשׁ לְהָבִיא אַחֵר:
Et s'il l'a abattu au nom d'autres propriétaires, l'héritier doit en apporter un autre.
💡 Explication

Deuxième écart qui tombe, selon Rav Pinhas fils de Rav Ami (Zevahim, premier chapitre). Pour lui, le shinui baalim vaut après la mort : abattu au nom d'un autre, l'héritier doit un second korban.

La formule finale tient bon : deux écarts restent exacts. Ce sont les quatre avodot, et le public face au particulier.

4
אֶלָּא, אָמַר רָבָא: פֶּסַח שֶׁשְּׁחָטוֹ בִּשְׁאָר יְמוֹת הַשָּׁנָה בְּשִׁינּוּי בְּעָלִים — נַעֲשָׂה כְּמִי שֶׁאֵין לוֹ בְּעָלִים בִּזְמַנּוֹ, וּפָסוּל.

Plutôt, Rava a dit : un Pessa'h qu'on a abattu les autres jours de l'année en shinui baalim devient comme celui qui n'a pas de propriétaire en son temps, et il est passoul.

📜 Rachi (1)
כְּמִי שֶׁאֵין לוֹ בְּעָלִים כְּמִי שֶׁשְּׁחָטוֹ בִּזְמַנּוֹ שֶׁלֹּא לְשֵׁם בְּעָלִים וַאֲנִי שָׁמַעְתִּי שִׁינּוּי בְּעָלִים אֵינוֹ בִּזְרִיקָה כִּדְאָמְרִי' אֵין מַחֲשֶׁבֶת אוֹכְלִים בִּזְרִיקָה וְאִי אֶפְשָׁר לוֹמַר כֵּן דְּמַחֲשֶׁבֶת שֶׁלֹּא לְאוֹכְלָיו מְנוּיִין עָלָיו הֵן וּבִשְׁחִיטָה הוּא דְּגַלִּי רַחֲמָנָא וְלֹא בִּשְׁאָר עֲבוֹדוֹת אֲבָל מַחֲשֶׁבֶת שֶׁלֹּא לְמִנּוּיוֹ דְּהַיְינוּ שִׁינּוּי בְּעָלִים עִיקָּרָהּ בִּזְרִיקָה הוּא כִּדְיָלֵיף לְקַמָּן בִּשְׁמַעְתִּין בִּזְרִיקָה וְכִפֵּר עָלָיו וְלֹא עַל חֲבֵירוֹ:
Comme celui qu'on a abattu en son temps pas au nom de ses propriétaires. Et moi, j'ai entendu : le shinui baalim ne porte pas sur la zerika, comme on dit qu'il n'y a pas de mahshava des mangeurs à la zerika. On ne peut pas dire cela. La mahshava shelo le-okhlav vise des gens inscrits sur lui, et c'est à la shehita que le Miséricordieux l'a révélée, pas dans les autres avodot. La mahshava shelo le-manuyav, c'est-à-dire le shinui baalim, a son principe à la zerika, comme on l'apprend plus loin dans cette sougya, à la zerika : " ve-khiper alav ", et pas sur son prochain.
🗂️ Tossefot (1)
נַעֲשָׂה כְּמִי שֶׁאֵין לוֹ בְּעָלִים בִּזְמַנּוֹ וּפְסוּל תֵּימַהּ לר"י ל"ל לְמֵימַר נַעֲשָׂה כֵּיוָן דְּתַרְתֵּי דַּוְקָא לֵימָא דְּפָסוּל מִשּׁוּם דְּאֵין כָּאן עֲקִירָה וְאִי לָא חָיֵישׁ לְהָנֵי פִּירְכֵי וְסָבַר דְּדָמֵי לְשִׁינּוּי קוֹדֶשׁ הוֹאִיל וּפוֹסְלוֹ בִּזְמַנּוֹ וַחֲשִׁיב עֲקִיר' א"כ אַמַּאי הָוֵי כְּמִי שֶׁאֵין לוֹ בְּעָלִים בִּזְמַנּוֹ הֲלֹא בְּשִׁינּוּי קוֹדֶשׁ לָא חָשְׁבִי' מְשַׁנֶּה כְּבִזְמַנּוֹ לִפְסֹול ואור"י דְּהָכִי פִּי' אַפֵּי' לֵיתַנְהוּ לְהָנְהוּ פִּירְכֵי מ"מ לָא הָוֵי עֲקִירָה דְּנַעֲשָׂה כְּפֶסַח בִּזְמַנּוֹ שֶׁמֵּתוּ בְּעָלָיו דְּאָמַר בְּסוֹף אֵלּוּ דְבָרִים (פְּסָחִים ד' עג:) דְּבָעֵי עֲקִירָה וּכְשֶׁשְּׁחָטוֹ סְתָם פָּסוּל אע"פ שֶׁהוּא כִּמְפָרֵשׁ שֶׁלֹּא לְשֵׁם בְּעָלָיו שֶׁהֲרֵי מֵתוּ ה"נ שֶׁלֹּא בִּזְמַנּוֹ שִׁינּוּי בַּעְלִי' לָא חֲשִׁיב עֲקִירָה וְכֵן מוֹכִיחַ הַלָּשׁוֹן דְּקָאָמַר שֶׁאֵין לוֹ בְּעָלִים וְלָא קָאָמַר כְּמִי שֶׁשְּׁחָטוֹ בְּשִׁינּוּי בְּעָלִים:
Étonnement pour le Ri : pourquoi dire " il devient ", puisque deux écarts sont exacts ? Qu'il dise qu'il est passoul parce qu'il n'y a pas ici d'akira (déracinement du nom). Et s'il ne tient pas compte de ces objections, et qu'il juge le cas semblable au shinui kodech, puisque celui-ci le rend passoul en son temps et compte comme akira, pourquoi serait-il comme celui qui n'a pas de propriétaire en son temps ? Dans le shinui kodech, on ne compte pas le changement comme valant en son temps pour rendre passoul. Le Ri dit : voici le sens. Même si ces objections n'existent pas, de toute façon ce n'est pas une akira. Car il devient comme un Pessa'h en son temps dont les propriétaires sont morts. On dit à la fin du chapitre Elou devarim (Pesachim, daf 73b) qu'il exige une akira, et quand on l'abat stam (sans précision) il est passoul, bien qu'il soit comme s'il précisait pas au nom de ses propriétaires, puisqu'ils sont morts. De même, hors de son temps, le shinui baalim ne compte pas comme akira. La formulation le montre : il dit " qui n'a pas de propriétaire ", il ne dit pas " comme celui qu'on a abattu en shinui baalim ".
💡 Explication

Rava laisse le kal va-homer. Un Pessa'h abattu le reste de l'année avec un shinui baalim est traité comme un Pessa'h en son temps sans propriétaire, et il est passoul.

Tossefot, au nom du Ri : le mot " il devient " vise l'akira. Un Pessa'h dont les propriétaires sont morts doit être déraciné de son nom de Pessa'h. Abattu stam, il est passoul. Le shinui baalim, hors de son temps, ne fait pas cette akira. La formule retenue est " qui n'a pas de propriétaire ".

🖼️ Schéma
Rava : comme un Pessa'h sans propriétaire Pessa'h reste de l'année shinui baalim équivalent en son temps propriétaires morts passoul akira exigée Un Pessa'h dont les propriétaires sont morts demande une akira. Abattu stam, il est passoul, même si la mort vaut un "pas pour eux". Le shinui baalim, hors de son temps, ne compte pas comme akira.
Hors de son temps, le shinui baalim est mis au rang d'un Pessa'h en son temps dont les propriétaires sont morts : akira exigée, donc passoul.
5
מַתְנִי׳ שְׁחָטוֹ שֶׁלֹּא לְאוֹכְלָיו, וְשֶׁלֹּא לְמִנּוּיוֹ, לַעֲרֵלִים וְלִטְמֵאִים — פָּסוּל. לְאוֹכְלָיו וְשֶׁלֹּא לְאוֹכְלָיו לִמְנוּיָו וְשֶׁלֹּא לִמְנוּיָו, לְמוּלִים וְלַעֲרֵלִים, לִטְמֵאִים וְלִטְהוֹרִים — כָּשֵׁר.

Michna. S'il l'a abattu pas pour ceux qui peuvent le manger, et pas pour ses inscrits, pour des arelim (incirconcis) et pour des temeim (impurs) : passoul.

Pour ceux qui peuvent le manger et pour ceux qui ne le peuvent pas, pour ses inscrits et pour ceux qui ne sont pas inscrits, pour des circoncis et des arelim, pour des temeim et des tahorim (purs) : kacher.

📜 Rachi (1)
מַתְנֵי' לְאוֹכְלָיו וְשֶׁלֹּא לְאוֹכְלָיו כָּשֵׁר דְּמִקְצָת אֳוכָלִין לָא פָּסְלִי וּלְקַמָּן מְפָרֵשׁ טַעְמָא:
Car une partie des mangeurs ne rend pas passoul. Plus loin, il explique la raison.
💡 Explication

Michna nouvelle. Quatre mahshavot entières vers des gens barrés rendent le Pessa'h passoul : inaptes à manger, non inscrits, arelim, temeim.

La même mahshava mêlée à une part apte laisse kacher. Rachi nomme la règle : miktzat okhlin lo pasla, une partie des mangeurs ne rend pas passoul. La raison viendra plus loin.

6
שְׁחָטוֹ קֹודֶם חֲצוֹת — פָּסוּל, מִשּׁוּם שֶׁנֶּאֱמַר ״בֵּין הָעַרְבַּיִם״. שְׁחָטוֹ קֹודֶם לַתָּמִיד — כָּשֵׁר, וּבִלְבַד שֶׁיְּהֵא אַחֵר מְמָרֵס בְּדָמוֹ עַד שֶׁיִּזָּרֵק הַתָּמִיד. וְאִם נִזְרַק — כָּשֵׁר.

S'il l'a abattu avant hatsot (midi) : passoul, parce qu'il est dit " bein ha-arbayim " (entre les deux soirs). S'il l'a abattu avant le tamid : kacher, à condition qu'un autre remue son sang jusqu'à ce qu'on asperge le tamid.

Et s'il a été aspergé : kacher.

📜 Rachi (2)
מְמָרֵס בְּדָמוֹ שֶׁלֹּא יִקְרֹושׁ כְּדֵי שֶׁיְּהֵא רָאוּי לִזְרִיקָה:
Pour qu'il ne coagule pas, afin qu'il reste apte à la zerika.
וְאִם נִזְרַק קֹודֶם לְתָמִיד כָּשֵׁר דאע"ג דַּאֲמָרָן (לְעֵיל פְּסָחִים ד' נט.) יְאֻוחַר דָּבָר שֶׁנֶּאֱמַר בּוֹ בָּעָרֶב וּבֵין הָעַרְבָּיִם וְגוֹ' לָא מִיפְּסִיל בְּהָכִי:
Avant le tamid, kacher. Bien qu'on ait dit (plus haut, Pesachim, daf 59a) : on retarde ce dont il est dit " le soir " et " bein ha-arbayim ", et la suite, il n'est pas rendu passoul par cela.
💡 Explication

Trois temps. Avant hatsot, hors de bein ha-arbayim (Exode 12:6) : passoul. Après midi, avant le tamid de l'après-midi : kacher, si quelqu'un remue le sang pour qu'il ne coagule pas jusqu'à la zerika du tamid.

Si le sang du Pessa'h a déjà été jeté avant le tamid : kacher aussi. L'ordre " retarder ce qui est dit le soir " (Pesachim 59a) fixé une préséance. Il ne rend pas l'offrande passoul.

🖼️ Schéma
Avant midi, avant le tamid, zerika déjà faite hatsot avant : passoul bein ha-arbayim shehita kacher si l'on remue le sang zerika du tamid Pessa'h déjà jeté : kacher Remuer : le sang ne coagule pas, il reste apte à la zerika.
Avant midi : passoul. Entre midi et le tamid : kacher si le sang est remué. Zerika du Pessa'h avant le tamid : kacher.
7
גְּמ׳ תָּנוּ רַבָּנַן: כֵּיצַד שֶׁלֹּא לְאוֹכְלָיו? לְשׁוּם חוֹלֶה אוֹ לְשׁוּם זָקֵן. כֵּיצַד שֶׁלֹּא לְמִנּוּיוֹ? נִמְנוּ עָלָיו חֲבוּרָה זוֹ, וּשְׁחָטוֹ לְשֵׁם חֲבוּרָה אַחֶרֶת.

Guemara. Les Sages ont enseigné : comment, pas pour ceux qui peuvent le manger ?

Pour le compte d'un malade, ou pour le compte d'un vieillard. Comment, pas pour ses inscrits ?

Ce groupe-ci s'est inscrit sur lui, et on l'a abattu pour le nom d'un autre groupe.

💡 Explication

La baraïta nomme les deux cas de la michna. Shelo le-okhlav : on abat pour un malade ou un vieillard, gens qui ne peuvent pas manger le Pessa'h. Shelo le-manuyav : une havura (groupe) est inscrite, et la shehita est faite pour une autre havura.

8
מְנָהָנֵי מִילֵּי? דְּתָנוּ רַבָּנָן: ״בְּמִכְסַת״ — מְלַמֵּד שֶׁאֵין הַפֶּסַח נִשְׁחָט אֶלָּא לִמְנוּיָו,

D'où ces paroles ? Comme les Sages ont enseigné : " be-mikhsat " (selon le compte) enseigne que le Pessa'h n'est abattu que pour ses inscrits.

📜 Rachi (1)
גמ' מִכְסַת לְשׁוֹן מְנוּיִין כְּמוֹ אֶת מִכְסַת הָעֶרְכְּךָ (וַיִּקְרָא כ״ז:כ״ג):
Langue des inscrits, comme " et mikhsat erkekha " (Lévitique 27:23).
💡 Explication

Source du shelo le-manuyav : Exode 12:4, be-mikhsat. Rachi : le mot est de la même famille que le compte des inscrits, comme mikhsat dans l'évaluation (Lévitique 27:23). Le Pessa'h n'est abattu que pour ceux qui sont inscrits sur lui.

9
יָכוֹל שְׁחָטוֹ שֶׁלֹּא לִמְנוּיָו יְהֵא כְּעוֹבֵר עַל הַמִּצְוָה וְכָשֵׁר — תַּלְמוּד לוֹמַר: ״בְּמִכְסַת ... תָּכֹסּוּ״, הַכָּתוּב שָׁנָה עָלָיו לְעַכֵּב.

J'aurais pu dire : s'il l'a abattu pas pour ses inscrits, il serait comme celui qui transgresse le commandement, et [l'offrande resterait] kacher. Le verset enseigne : " be-mikhsat ... takhosu ".

L'Écrit l'a répété à son sujet pour [en faire] un obstacle.

💡 Explication

Sans la répétition, l'inscription serait une mitsva dont la transgression laisserait le korban kacher. Le verset dit deux fois le compte, be-mikhsat et takhosu. Cette répétition est le'akev : elle fait de l'inscription une condition. Shelo le-manuyav rend passoul.

10
רַבִּי אוֹמֵר: לְשׁוֹן סוּרְסִי הוּא, כְּאָדָם שֶׁאוֹמֵר לַחֲבֵירוֹ ״כּוֹס לִי טָלֶה זֶה״.

Rabbi dit : c'est de la langue sursi, comme un homme qui dit à son compagnon : " kos li " (abats-moi) cet agneau.

📜 Rachi (2)
סוּרְסִי אֲרַמִּי חַכְמֵי הָאֻומּוֹת קוֹרִין לוֹ לינג"א שוריי"א (שָׂפָה סוּרִית) :
Araméen. Les sages des nations l'appellent lingua suria (langue syriaque).
כּוֹס שְׁחוֹט לְמֵימְרָא דְּבִשְׁעַת שְׁחִיטָה צָרִיךְ לְהִתְכַּוֵּין לְמִנּוּיוֹ:
Abats. Pour dire qu'au moment de la shehita il faut viser ses inscrits.
🗂️ Tossefot (1)
רַבִּי אוֹמֵר לָשׁוֹן סוּרְסִי הוּא זֶה אור"י דְּרַבִּי לָא פְּלִיג את"ק וּמוֹדֶה דְּאִיכָּא עִיכּוּבָא בְּאוֹכְלָיו וּמִנּוּיוֹ וְאֵינוֹ אֶלָּא מְפָרֵשׁ דְּבָרָיו דְּלָא פָּסְלִי אוֹכְלָיו וּמִנּוּיוֹ אֶלָּא בִּשְׁחִיטָה וְכֵן מַשְׁמַע בִּכְיָצֹד צוֹלִין (ד עח:) דְּמַסִּיק רַב דְּאָמַר אֲכִילָה לָא מְעַכְּבִי כְּרַבִּי נָתָן וְלָא קָאָמַר כַּר' וְהַיְינוּ מִשּׁוּם דְּלִפְרוּשִׁי אֲתָא כִּדְפֵי':
Le Ri dit que Rabbi ne diverge pas du premier Tana. Il convient qu'il y a un ikuv (condition qui rend passoul) pour les mangeurs et pour les inscrits. Il ne fait qu'expliquer ses paroles : les mangeurs et les inscrits ne rendent passoul qu'à la shehita. C'est aussi ce qui ressort dans Keitzad tzolin (daf 78b) : Rav conclut en disant que l'akhila (le fait de manger) n'est pas me'akev, selon Rabbi Natan, et il ne dit pas selon Rabbi. C'est parce que Rabbi est venu expliquer, comme on l'a expliqué.
💡 Explication

Rabbi lit takhosu comme un mot sursi (araméen, langue syriaque) : kos, " abats ". L'inscription dont parle le verset se joue au moment de la shehita.

Tossefot : Rabbi explique le premier Tana, il n'ouvre pas un autre avis sur l'ikuv. Mangeurs et inscrits ne rendent passoul qu'à l'abattage. Plus loin (Pesachim 78b), Rav cite Rabbi Natan sur l'akhila qui n'est pas me'akev, et non Rabbi, puisque Rabbi ne fait qu'expliquer.

11
אַשְׁכְּחַן שֶׁלֹּא לְמִנּוּיוֹ, שֶׁלֹּא לְאוֹכְלָיו מְנָא לַן? אֲמַר קְרָא ״אִישׁ לְפִי אָכְלוֹ תָּכֹוסּוּ״, אִיתַּקַּשׁ אֳוכָלִין לִמְנוּיִין.

Nous avons trouvé [la source de] pas pour ses inscrits. Pas pour ceux qui peuvent le manger, d'où le tenons-nous ?

Le verset dit : " ish lefi okhlo takhosu " (chacun selon ce qu'il mange, vous compterez). Les mangeurs sont rapprochés des inscrits.

📜 Rachi (1)
לְפִי אָכְלוֹ הָרָאוּי לֶאֱכֹול פְּרָט לְחוֹלֶה וְלַזָּקֵן וּלְעָרֵל וַאֲפִילּוּ הֵן מְנוּיִין:
Celui qui est apte à manger, à l'exclusion du malade, du vieillard et de l'arel, même s'ils sont inscrits.
🗂️ Tossefot (2)
לְאוֹכְלָיו מְנָא לַן אור"י דַּעֲרֵלִים וּטְמֵאִים כּוּלְּהוּ נָפְקִי מֵהַאי קְרָא דְּאִישׁ לְפִי אָכְלוֹ דְּכֵיוָן דְּלָא מָצוּ אָכְלִי לֵיהּ חֲשִׁיבִי כּוּלְּהוּ שֶׁלֹּא לְאוֹכְלָיו וְכֵן מַשְׁמַע בפ"ב דִּזְבָחִים (ד' כב:) דְּקָאָמַר קָסָבְרִי זִקְנֵי דָרוֹם טְמֵא מְשַׁלֵּחַ קָרְבְּנוֹתָיו פִּי' פֶּסַח וְהָתַנְיָא בְּמִכְסַת נְפָשׁוֹת מִכָּאן שֶׁאֵין הַפֶּסַח נִשְׁחָט אֶלָּא לִמְנוּיָו וְאִיתַּקַּשׁ אֹוכְלָיו לְמִנּוּיוֹ מַשְׁמַע בְּהֶדְיָא דְּטָמֵא נָפְקָא לָן מֵאִישׁ לְפִי אָכְלוֹ:
Le Ri dit que les arelim et les temeim sortent tous de ce verset " ish lefi okhlo ". Puisqu'ils ne peuvent pas le manger, ils comptent tous comme shelo le-okhlav. C'est aussi ce qui ressort au deuxième chapitre de Zevahim (daf 22b), où il dit : les Anciens du Sud tiennent qu'un tame envoie ses korbanot, explication : le Pessa'h. Et l'on a enseigné : " be-mikhsat nefachot ", de là, le Pessa'h n'est abattu que pour ses inscrits, et ses mangeurs sont rapprochés de ses inscrits. Cela montre explicitement qu'on fait sortir le tame de " ish lefi okhlo ".
וְאִיתַּקַּשׁ אוֹכְלָיו לְמִנּוּיוֹ תֵּימַהּ לר"י א"כ מַה מִנּוּיוֹ פָּסְלִי בַּד' עֲבוֹדוֹת דְּהַיְינוּ שִׁינּוּי בְּעָלִים אַף אוֹכְלָיו יִפָּסְלוּ בַּד' עֲבוֹדוֹת וּבִשְׁאָר קָרְבָּנוֹת נָמֵי יִפָּסְלוּ בְּמִנּוּיוֹ וי"ל דִּשְׁלָא לְמִנּוּיוֹ אֵין זֶה שִׁינּוּי בְּעָלִים דְּשִׁינּוּי בְּעָלִים לָא פָּסֵיל אֶלָּא בִּזְרִיקָה כְּגוֹן שׁוֹחֵט אוֹ מְקַבֵּל וּמוֹלִיךְ עַל מְנָת לִזְרוֹק לְשֵׁם אֲחֵרִים אוֹ זוֹרֵק לְשֵׁם אֲחֵרִים אֲבָל שׁוֹחֵט וּמְקַבֵּל וּמוֹלִיךְ לְשֵׁם אֲחֵרִים כָּשֵׁר דְּמֻוכְפָּר עָלָיו נָפְקָא לָן וְשֶׁלֹּא לְמִנּוּיוֹ הַייְנוּ שׁוֹחֵט שֶׁלֹּא לְמִנּוּיוֹ וְלָא פְּסִיל אֶלָּא בִּשְׁחִיטָה דַּוְוקָא כְּדִכְתִיב תָּכֹוסּוּ וְדַווְקָא בְּפֶסַח וְלֹא בִּשְׁאָר קָרְבָּנוֹת וא"ת וְנֵימָא הוֹאִיל וְגַלִּי שֶׁלֹּא לְאוֹכְלָיו בִּשְׁחִיטָה ה"ה בִּשְׁאָר עֲבוֹדוֹת כְּדַאי' בפ"ק דִּזְבָחִים (ד' ז:) פֶּסַח שֶׁלֹּא לִשְׁמוֹ מִזְבַּח פֶּסַח שְׁאָר עֲבוֹדוֹת מְנָא לַן הוֹאִיל וְגַלִּי גַּלִּי ואור"י דְּלָא דָּמֵי כֵּיוָן דְּגַלִּי בְּכָל הַקָּרְבָּנוֹת דְּלָא עָלוּ לַבְּעָלִים לְשֵׁם חוֹבָה וְגַבֵּי פֶּסַח אַשְׁכְּחַן פָּסוּל בְּחַד מִינַּייְהוּ אֵין לָנוּ לְחַלֵּק:
Étonnement pour le Ri : s'il en est ainsi, de même que ses inscrits rendent passoul dans les quatre avodot, c'est-à-dire le shinui baalim, de même ses mangeurs rendraient passoul dans les quatre avodot. Et dans les autres korbanot aussi, on rendrait passoul faute d'inscrits. On peut répondre : shelo le-manuyav n'est pas ce shinui baalim. Le shinui baalim ne rend passoul qu'à la zerika, par exemple celui qui abat, ou reçoit, ou transporte en vue d'asperger au nom d'autres, ou qui asperge au nom d'autres. Celui qui abat, reçoit et transporte au nom d'autres est kacher : on l'apprend de " ve-khuper alav ". Shelo le-manuyav, c'est abattre pas pour ses inscrits. Cela ne rend passoul qu'à la shehita, précisément, comme il est écrit " takhosu ", et précisément pour le Pessa'h, pas pour les autres korbanot. Et si tu dis : puisqu'il a révélé shelo le-okhlav à la shehita, il en va de même des autres avodot, comme il est dit au premier chapitre de Zevahim (daf 7b) : un Pessa'h shelo lishmo, de " zevah Pessa'h " ; les autres avodot, d'où ? Puisqu'il a révélé, il a révélé. Le Ri dit : les cas diffèrent. Puisque, là-bas, on a révélé pour tous les korbanot qu'ils ne montent pas pour les propriétaires au titre d'obligation, et que pour le Pessa'h on a trouvé un passoul dans l'une des avodot, nous n'avons pas à les séparer.
💡 Explication

Shelo le-manuyav est acquis. Shelo le-okhlav en sort par hekesh : " ish lefi okhlo takhosu " met les mangeurs à côté des inscrits. Rachi : " selon ce qu'il mange " vise celui qui est apte à manger. Malade, vieillard et arel restent exclus, même inscrits.

Tossefot étend le même verset aux arelim et aux temeim : eux non plus ne peuvent pas manger, donc ils entrent dans shelo le-okhlav. Le hekesh ne transforme pas shelo le-manuyav en shinui baalim des quatre avodot. Shelo le-manuyav ne frappe qu'à la shehita, et seulement le Pessa'h. L'extension " puisqu'il a révélé, il a révélé " de Zevahim 7b reste liée au shelo lishmo de tous les korbanot.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).