Sougya : L'amoud explique le débat ouvert au feuillet précédent : Rabba et Rav Hisda, sur un Pessa'h abattu pour des circoncis afin que des incirconcis soient expiés par la zerika. Le verset lekhaper alav exige un prochain bar kapara.
Rabba exclut l'arel. Rav Hisda le compte comme bar kapara par un ho'il : il peut se circoncire.
Ce ho'il est confronté à celui qui cuit le Yom Tov pour la semaine : Rav Hisda le refuse pour dispenser des coups, et l'accepte pour rendre le Pessa'h passoul. Mar Zutra demande ensuite à Ravina de quelle tuma la baraita apprend l'arela partielle : chair ou personnes, et en quoi le Pessa'h se sépare des autres zevahim au moment de jeter le sang.
Ils divergent sur ce verset : "Il sera agréé pour lui, pour expier pour lui" : pour lui, et non pour son prochain. Rabba tient : son prochain doit être semblable à lui.
De même que lui est bar kapara (apte à l'expiation), de même son prochain doit être bar kapara. Pour exclure cet arel (incirconcis), qui n'est pas bar kapara.
Le verset, "pour expier pour lui", vise la zerika. L'expiation vaut pour lui, et elle ne vaut pas pour un autre. Rabba limite le passoul du shinui baalim à un prochain qui est bar kapara. L'arel est hors de l'expiation du Pessa'h : une zerika pensée pour lui laisse le korban kacher.
Rachi place le débat. Des arelim inscrits, si toute la zerika est pour eux, tout le monde rend passoul. La divergence porte sur des arelim non inscrits, au titre de shelo le-manuyav.
Et Rav Hisda tient : cet arel aussi, puisqu'il est bar hiyuva (soumis à l'obligation), il est bar kapara, puisque, s'il le veut, il se rend apte.
Rav Hisda tient l'arel pour bar hiyuva : le Pessa'h lui incombe. Le ho'il (puisque) ajoute : s'il veut, il se circoncit et devient apte. Il compte donc déjà comme bar kapara, et une zerika pensée pour lui rend le Pessa'h passoul.
Et Rav Hisda a-t-il le ho'il (puisque) ? Or on a enseigné : celui qui cuit le jour de fête pour un jour de semaine, Rav Hisda dit : il reçoit des malkot (coups).
Rabba dit : il ne reçoit pas de malkot.
Le ho'il que Rav Hisda vient d'employer pour l'arel est confronté à un autre débat. Cuire le Yom Tov pour la semaine : Rav Hisda inflige les malkot, Rabba les écarte.
Rabba dit qu'il ne reçoit pas de malkot : nous disons "ho'il, si des hÎtes lui arrivent, cela lui est propre ; maintenant aussi, cela lui est propre", et il ne reçoit pas de coups. Rav Hisda dit qu'il reçoit des malkot : nous ne disons pas ho'il.
Pour Rabba, la cuisson du Yom Tov peut encore servir le jour même : des hÎtes peuvent arriver. L'acte a donc un usage permis, et les malkot tombent. Rav Hisda refuse ce ho'il.
Passe encore pour Rabba face à Rabba, il n'y a pas de difficulté : ici, un acte manque ; là , aucun acte ne manque. Mais Rav Hisda face à Rav Hisda, c'est difficile !
On dit : quand Rav Hisda n'a pas le ho'il, c'est pour la kola (souplesse) ; pour la houmera (rigueur), il l'a.
Ici, l'arel du Pessa'h : la mila manque, c'est un acte, et Rabba ne dit pas ho'il. Là , la cuisson : l'arrivée d'hÎtes n'est pas un acte, et Rabba dit ho'il. Ses deux avis se tiennent.
Rav Hisda paraît à l'envers : il refuse le ho'il là où aucun acte ne manque, et il l'accepte pour l'arel. Réponse : il refuse le ho'il lekoula, pour dispenser des coups. Il l'accepte lehoumra, pour rendre le Pessa'h passoul.
Tossefot : Ri distingue la mila, acte plus considérable, du pilage du grain. Le passoul de Rav Hisda est ensuite lu comme mi-derabbanan. Au niveau de la Torah, le ho'il ne se partage pas entre kola et houmera.
Mar Zutra, fils de Rav Mari, dit à Ravina : on enseigne : puisque l'arela (l'incirconcision) invalide et que la tuma (l'impureté) invalide, de même que pour la tuma on n'a pas traité une tuma partielle comme toute la tuma, de même pour l'arela on n'a pas traité une arela partielle comme toute l'arela. Cette tuma, comment est-elle ?
Si tu dis : la tuma des personnes, et que signifie "on n'a pas traité en elle une tuma partielle comme toute la tuma" ? S'il y a quatre ou cinq hommes temeim et quatre ou cinq hommes tehorim, les temeim ne rendent pas passoul pour les tehorim,
Mar Zutra reprend la baraita. Elle apprend l'arela partielle de la tuma partielle : une part d'inaptes ne donne pas au korban le din du tout. PremiÚre lecture : la tuma des personnes inscrites. Quatre ou cinq temeim avec autant de tehorim : les temeim ne rendent pas le Pessa'h passoul pour les tehorim.
pour l'arela aussi, ils ne rendent pas passoul, car la michna enseigne : pour des circoncis et des incirconcis, c'est kacher. En quoi la tuma lui est-elle évidente, et en quoi l'arela lui est-elle douteuse ?
La lecture par les personnes bloque. La michna enseigne déjà : shehita pour des circoncis et des incirconcis, le Pessa'h est kacher. L'arela partielle laisse elle aussi le korban kacher. Les deux cas sont clairs, et la baraita reste à expliquer : pourquoi prouver l'arela par la tuma, et pourquoi l'une est évidente tandis que l'autre est douteuse.
Tossefot, Ri : la tuma des personnes s'apprend du zman, car on rapproche un passoul de mahshava d'un passoul de mahshava. La tuma de la chair est un passoul de la chose elle-même.
Dis plutÎt : la tuma de la chair. Et que signifie "on n'a pas traité en elle une tuma partielle comme toute la tuma" ?
Si l'un des membres est devenu impur : celui qui est devenu impur, nous le brûlons ; et le reste, nous le mangeons.
Autre lecture : la tuma de la chair. Un membre impur se brûle, le reste se mange. Le partiel n'a pas reçu le din du tout. C'est le modÚle dont la baraita apprend l'arela partielle.
Sur quoi l'établis-tu ? Sur la tuma de la chair ?
Dis la fin : on déduit une chose qui ne se pratique pas dans tous les zevahim d'une chose qui ne se pratique pas dans tous les zevahim, et que le zman (l'intention hors du temps), qui se pratique dans tous les zevahim, ne serve pas de preuve. Et quelle tuma ?
Si l'on dit la tuma de la chair, pourquoi ne se pratique-t-elle pas dans tous les zevahim ?
La fin de la baraita serre cette lecture. On apprend une rÚgle absente de tous les zevahim d'une rÚgle du même genre. Le zman, présent dans tous, ne prouve pas. La tuma de la chair se pratique dans tous les sacrifices : elle sort du modÚle que la fin appelle une chose qui ne se pratique pas dans tous les zevahim.
Dis plutÎt, c'est évident : la tuma des personnes. Et que signifie "elle ne se pratique pas dans tous les zevahim" ?
Dans tous les zevahim, l'arel et le tamei envoient leurs korbanot ; pour le Pessa'h, l'arel et le tamei n'envoient pas leurs pessahim. Le début porterait sur la tuma de la chair, et la fin sur la tuma des personnes !
La fin vise la tuma des personnes. Dans les autres korbanot, l'arel et le tamei envoient leur sacrifice, un autre l'offre pour eux. Au Pessa'h, ils n'envoient pas le leur : il faut être apte à le manger, lefi okhlo. Le début parlerait de la chair, la fin des personnes.
Rachi relie "permise hors de son interdit" au Pessa'h du tsibour : si la majorité est temea, le public apporte le Pessa'h en tuma, alors qu'un particulier tamei ne peut pas envoyer le sien.
Il lui dit : oui, c'est au nom de tuma qu'il objecte.
Ravina accepte le décalage. La baraita objecte au nom de tuma, le genre, sans exiger que le début et la fin parlent de la même sorte de tuma.
Et si tu veux, dis : la fin aussi porte sur la tuma de la chair. Et que signifie "elle ne se pratique pas dans tous les zevahim" ?
Dans tous les zevahim, que le helev (la graisse) soit devenu impur et que la chair subsiste, ou que la chair soit devenue impure et que le helev subsiste, on jette le sang.
Autre voie : la fin parle elle aussi de la chair. Chez les autres zevahim, il reste de la chair pour l'homme ou du helev pour l'autel : on jette le sang. Rachi le rattache à Rabbi Yehoshoua : s'il n'y a pas de chair, il n'y a pas de sang.
Pour le Pessa'h, le helev est devenu impur et la chair subsiste : on jette le sang ; la chair est devenue impure et le helev subsiste : on ne jette pas le sang.
Au Pessa'h, la consommation des propriétaires fait obstacle. Helev impur et chair pure : on jette le sang. Chair impure et helev pur : on ne jette pas. Le helev seul, nourriture de l'autel, ne tient pas lieu du kazayit que les baalim mangent.
Sur quoi l'établis-tu ? Sur la tuma de la chair ?
Dis la fin : on déduit une chose qui n'a pas été permise hors de son interdit, d'une chose qui n'a pas été permise hors de son interdit, et que la tuma ne serve pas de preuve, puisqu'elle a été permise hors de son interdit. Dans quel cas ?
Si tu dis
Si tout est tuma de la chair, la clause suivante reste à lire. On apprend l'arela, jamais permise hors de son interdit au Pessa'h, du zman, jamais permis hors du sien. La tuma ne prouve pas : une permission a été faite dans son interdit. La question "dans quel cas" s'ouvre sur l'amoud suivant.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).