Pesachim 65a - Yesod de l'ola, rinçage du chabbat, coupe de sang mêlé

Pesachim 65a

Sougya : L'amoud ouvre sur le sang de l'ola : il se verse au yesod, le socle de l'autel, là où ce socle existe, nord et ouest, et une seule coudée à l'est et au sud. Puis la mishna : le troisième groupe du pesah est appelé paresseux ; trois groupes restent obligatoires, et chacun devait se presser pour être parmi les premiers.

Le rinçage de la azara le chabbat est opposé à Rabbi Eliezer, pour qui balayer et arroser sont une melakha ; Rav Ashi le maintient contre les Sages, selon Rabbi Natan, car une shevout non indispensable n'est pas permise au Temple. Rabbi Yehouda remplit une coupe du sang répandu, pour un korban dont tout le sang aurait coulé ; la discussion porte sur la réception dans un keli, la zerizout des cohanim, et le dam hatamtzit.

Où verse-t-on le reste du sang de l'ola ? Vayikra 4, 25. Le yesod ne fait pas le tour complet. Middot 3, 1. Nord : yesod sur toute la face autel mizbeah Ouest toute la face 1 coudée Est : sans yesod Sud : une coudée à l'ouest seulement Lecture du plan Yesod : on y verse Sans socle : exclu Est : 1 coudée, près du nord Sud : 1 coudée, près de l'ouest Le verset dit : yesod de l'autel de l'ola Donc l'ola exige le yesod Hatat du nassi, Vayikra 4, 25
Le yesod de l'ola : nord et ouest entiers, une coudée à l'est et au sud.
Qui s'oppose au rinçage de la azara le chabbat ? Mishna : les cohanim rincent, shelo birtson hakhamim. Deux lectures. Rav Hisda : Rabbi Eliezer Balayer, arroser, rayon de miel Shogeg le chabbat : hatat Mezid le yom tov : quarante Les Sages : shevout seulement Pas de shevout dans le Mikdash Ils ne s'opposeraient pas au rinçage L'opposition vise Rabbi Eliezer Tsorekh gavoah déjà fait : interdit Rav Ashi : les Sages Mishna selon Rabbi Natan Shevout indispensable permise au Temple Shevout non indispensable non permise au Temple Le rite continue sans rinçage Donc contre la volonté des Sages Le sol peut rester souillé de sang Deux listes dans la baraitha de Rabbi Eliezer Toladot, pour tous Traire : mefarek Cailler : borer Fromage : boneh. Shiur : grogeret Rabbi Eliezer / Sages Balayer, arroser : ashvuyei gumot Détacher un rayon de miel Sages : shevout, chabbat et yom tov
Rinçage le chabbat : Rabbi Eliezer selon Rav Hisda, ou les Sages selon Rabbi Natan.
La coupe de sang mêlé, selon Rabbi Yehouda Chaque objection reste dans l'ordre de la Guemara. Coupe remplie du sang répandu sur le sol Si tout le sang d'un pesah a coulé : cette zerika le rend kacher Objection : le keli Peut-être jamais reçu dans un récipient Zevahim 15a : du cou au sol, passoul Réponse Rabbi Yehouda ne parle que du sang déjà reçu Les cohanim sont zerizim Si zerizim, pourquoi coule-t-il ? La hâte du service fait échapper le sang des mains Dam hatamtzit mélangé Sang d'un seul korban minoritaire : bitul Rabbi Yehouda : le dam hatamtzit est un sang Tanna kamma : azhara, un lav Cinq lavim sur le sang Rabbi Yehouda : karet Comme le sang de la vie Fin de l'amoud : objection de Rabbi Elazar Rabbi Yehouda convient : ce sang n'expie pas Verset : c'est par la vie que le sang expie. Suite : 65b
Coupe de Rabbi Yehouda : réception, zerizout, dam hatamtzit, kappara.
1
ועולה גופה מנלן? אמר קרא: ״אל יסוד מזבח העולה״, אלמא עולה טעונה יסוד.

Et l'ola elle-même, d'où le tenons-nous ? Le verset dit : vers le yesod de l'autel de l'ola.

Il en ressort que l'ola exige un yesod.

📜 Rachi (2)
ועולה גופה מנלן שמתן דמה במקום שיש תחתיו יסוד למעוטי מזרח ודרום חוץ מאמה למזרח אצל צפון ואמה לדרום אצל מערב דהכי תנן (מדות פ"ג מ"א) אוכל במזרח אמה אחת ובדרום אמה אחת:
Que la mise de son sang se fasse la où, en dessous, il y a un yesod, pour exclure l'est et le sud, hors une coudée à l'est près du nord, et une coudée au sud près de l'ouest. C'est ainsi qu'on enseigne (Middot, chapitre 3, mishna 1) : il occupe à l'est une coudée, et au sud une coudée.
אל יסוד מזבח העולה גבי חטאת [נשיא] כתיב ולקח הכהן מדם החטאת באצבעו ונתן על קרנות מזבח העולה ואת דמו ישפך אל יסוד מזבח העולה וה"ל למיכתב אל יסוד המזבח למה לי דכתיב מזבח העולה אלא הכי קאמר אל יסוד מזבח תעשה העולה:
C'est écrit à propos du hatat [du nassi]. Le cohen prendra du sang du hatat avec son doigt, il en mettra sur les cornes de l'autel de l'ola, et il versera son sang vers le yesod de l'autel de l'ola. Il aurait fallu écrire : vers le yesod de l'autel. Pourquoi écrire : l'autel de l'ola ? Le verset dit donc : vers le yesod de l'autel, tu feras l'ola.
💡 Explication

La sougya précédente rattache d'autres korbanot au yesod à partir de l'ola. Reste à fonder l'ola elle-même.

Dans le hatat du nassi (Vayikra 4, 25), le sang restant va vers le yesod de l'autel de l'ola. Le mot ola dépasse le besoin du verset : il enseigne le lieu du sang de l'ola.

Le socle longe tout le nord et tout l'ouest. À l'est, une seule coudée, du côté du nord. Au sud, une seule coudée, du côté de l'ouest. Le sang qui exige le yesod se verse sur ces parties-là.

🖼️ Schéma
Où verse-t-on le reste du sang de l'ola ? Vayikra 4, 25. Le yesod ne fait pas le tour complet. Middot 3, 1. Nord : yesod sur toute la face autel mizbeah Ouest toute la face 1 coudée Est : sans yesod Sud : une coudée à l'ouest seulement Lecture du plan Yesod : on y verse Sans socle : exclu Est : 1 coudée, près du nord Sud : 1 coudée, près de l'ouest Le verset dit : yesod de l'autel de l'ola Donc l'ola exige le yesod Hatat du nassi, Vayikra 4, 25
Faces de l'autel où le yesod existe, et faces exclues.
2
יצתה כת ראשונה וכו׳. תנא: היא נקראת כת עצלנית. והא לא סגי דלאו הכי, מאי הוי להו למיעבד?

Le premier groupe sortait, etc. On enseigne : elle est appelée le groupe paresseux.

Mais on ne peut se passer de cette disposition. Que pouvaient-ils faire ?

📜 Rachi (2)
עצלנית מפני שנתעצלה להיות אחרונה:
Parce qu'elle s'est montrée paresseuse en restant la dernière.
והא לא סגי דלאו הכי דמצוה לשלש כתות:
Car c'est une mitsva de faire trois groupes.
💡 Explication

Le dibour hamatchil reprend la mishna : le premier groupe sort, le second entre, puis le troisième. Elle, la troisième ket, est appelée atzlanit, le groupe paresseux.

L'objection : trois groupes sont exigés. Le dernier n'avait pas d'autre place. La réponse vient au segment suivant.

3
אפילו הכי, איבעי להו לזרוזי נפשייהו. כדתניא, רבי אומר: אי אפשר לעולם בלא בסם ובלא בורסי. אשרי מי שאומנתו בסם, אוי לו מי שאומנתו בורסי. ואי אפשר לעולם בלא זכרים ובלא נקבות. אשרי מי שבניו זכרים, אוי לו מי שבניו נקבות.

Même ainsi, ils auraient dû se presser. Comme on l'enseigne : Rabbi dit : le monde ne peut se passer ni de parfumeur ni de tanneur.

Heureux celui dont le métier est parfumeur, malheur à celui dont le métier est tanneur. Et le monde ne peut se passer ni de garçons ni de filles.

Heureux celui dont les enfants sont des garçons, malheur à celui dont les enfants sont des filles.

📜 Rachi (1)
לזרוזי נפשייהו להיות מן הראשונים:
Pour être parmi les premiers.
💡 Explication

La place du dernier groupe reste obligatoire. Chacun devait pourtant se presser pour ne pas s'y trouver.

Rabbi aligne deux nécessités. Le monde à besoin du bassam (parfumeur) et du boursi (tanneur), des garçons et des filles. Dans chaque couple, un lot est dit heureux, l'autre pénible. Une place requise peut donc rester celle qu'on évite.

🖼️ Schéma
Trois groupes obligatoires, et se presser quand même Groupe 1 Entre, sort Groupe 2 Même rite Groupe 3 Ket atzlanit le groupe paresseux Mitsva de trois groupes : on ne peut pas supprimer le dernier Chacun devait pourtant se presser pour être des premiers
Trois groupes : le dernier est nommé paresseux, et l'on se presse quand même.
4
כמעשהו בחול וכו׳. שלא ברצון מאן? אמר רב חסדא: שלא ברצון רבי אליעזר. דאי רבנן — הא אמרי שבות הוא, ואין שבות במקדש.

Comme son acte en semaine, etc. Contre la volonté de qui ?

Rav Hisda dit : contre la volonté de Rabbi Eliezer. Car si c'était les Sages, ils disent que c'est une shevout, et il n'y a pas de shevout dans le Temple.

📜 Rachi (1)
שלא ברצון רבי אליעזר דאמר בעלמא גבי מכבד דהיינו דומיא דהדחה איכא חיוב חטאת הלכך במקדש כשכבר נעשה צורך גבוה אסור:
Car il dit, en général, à propos de celui qui balaye, ce qui ressemble au rinçage, qu'il y a obligation d'un hatat. Dès lors, dans le Temple, une fois que le besoin du culte a déjà été accompli, c'est interdit.
💡 Explication

La mishna dit le rinçage de la azara le chabbat shelo birtson hakhamim, contre la volonté des Sages. Rav Hisda demande de qui.

Selon les Sages, arroser le sol est une shevout (interdit rabbinique). Une shevout ne s'applique pas au Temple : ils autoriseraient le rinçage. L'opposition de la mishna vise donc Rabbi Eliezer, pour qui cet acte est une melakha, passible d'un hatat.

Rachi : une fois le tsorekh gavoah accompli, le service de l'autel n'a plus besoin de ce rinçage. L'interdit de la Thora reste en vigueur.

5
מאי היא? דתניא: אחד החולב והמחבץ והמגבן — כגרוגרות. המכבד והמרבץ והרודה חלות דבש בשוגג בשבת — חייב חטאת, הזיד ביום טוב — לוקה את הארבעים, דברי רבי אליעזר.

De quoi s'agit-il ? Comme on l'enseigne : celui qui trait, celui qui fait cailler et celui qui fait le fromage, à la mesure d'une figue sèche.

Celui qui balaye, celui qui arrose le sol et celui qui détache des rayons de miel : par inadvertance le chabbat, il est passible d'un hatat ; volontairement un jour de fête, il reçoit les quarante. Paroles de Rabbi Eliezer.

📜 Rachi (3)
החולב מושך החלב מן הבהמה:
Il tire le lait de la bête.
מחבץ מעמיד החלב ועושה ממנו חביצין שקורין מטונ"ש (גושים (של חלב חמוץ)) :
Il fait prendre le lait et en fait des caillés, qu'on appelle mâtons (morceaux de lait aigre).
ורודה מדכתיב (שמואל א י״ד:כ״ז) ויטבול אותה ביערת הדבש:
Du fait qu'il est écrit (Shemuel I 14, 27) : il la trempa dans le rayon de miel.
🗂️ Tossefot (2)
החולב כגרוגרות הקשה ה"ר אפרים דתנן בפ' המוציא (שבת עו:) דשיעור המוציא חלב כדי גמיאה ושיעורי שבת הן שוים לכל המלאכות הוצאה טחינה וקצירה ותירץ דסתם חלב כדי גמיאה שהוא שיעור גדול אבל הכא בחולב לגבינה דאחשובי אחשביה שיעורו כגרוגרות דזוטר אבל אי כדי גמיאה זוטר צריך לומר דסתם חלב לגבינה ולכך הכא שיעורו כגרוגרת והא דמיחייב בכדי גמיאה היינו במפרש בהדיא לאכילה ולשתיה דאי סתם חולב לאכילה ולשתיה ולא לגבינ' אפילו היה מפרש בהדיא לגבינה היה לו להתחייב בכדי גמיאה דזוטר הואיל וסתמו לאכול ולשתות כדאמרינן בסוף כלל גדול (שבת עו.) המוציא תבן כמלא פי פרה לגמל חייב אף על גב דלגמל לא הוי שיעורא בהכי הואיל וסתמא לפרה מיחייב אשיעורא דפרה ויש מפרש דכשהחלב כבר בעין מיחייב בכדי גמיאה אבל חולב לא מיחייב אלא בכגרוגרת דאין אדם טורח לחלוב בפחות מגרוגרת וכי האי גוונא מפליג בהמוציא (שבת עט.) גבי עור לעשות קמיע:
Rav Ephraim objecte : on a appris dans le chapitre Ha-motzi (Chabbat 76b) que la mesure de celui qui transporte du lait dehors est kedei gemia (de quoi une gorgée), et les mesures du chabbat sont les mêmes pour toutes les melakhot : hotzaa (transport), tehina (mouture) et ketzira (récolte). Il répond : le lait ordinaire a pour mesure une gorgée, qui est une grande mesure. Ici, celui qui trait pour le fromage lui confère une importance (ahashvei) : sa mesure est une grogeret (figue sèche), qui est plus petite. Mais si la gorgée était la mesure la plus petite, il faudrait dire que le lait ordinaire est destiné au fromage, et que la mesure, ici, est donc la grogeret ; et l'on est hayav pour une gorgée lorsque l'on précise expressément que c'est pour manger et pour boire. Car si le trait ordinaire visait le manger et le boire, et non le fromage, même en précisant expressément que c'est pour le fromage on serait hayav dès la gorgée, mesure plus petite, puisque l'usage ordinaire est de manger et de boire. Comme on le dit à la fin de Klal gadol (Chabbat 76a) : celui qui transporte dehors de la paille à la mesure d'une bouche de vache, à destination d'un chameau, est hayav, bien que pour le chameau cette quantité ne soit pas la mesure, puisque l'usage ordinaire vise la vache : on est hayav à la mesure de la vache. Certains expliquent : quand le lait est déjà là, on est hayav pour une gorgée ; celui qui trait n'est hayav que pour une grogeret, car on ne se donne pas la peine de traire pour moins d'une grogeret. On distingue de la même manière dans Ha-motzi (Chabbat 79a) à propos d'une peau destinée à une amulette.
המכבד והמרבץ ע"כ לאו פסיק רישיה הוא דבפסיק רישיה לא הוה שרי ר"ש לרבץ לכתחלה בשילהי המצניע (שבת צה.) ותימה לר"י דא"כ אמאי מחייב רבי אליעזר כיון דיכול להיות בלא גומות ודוחק לומר דפליגי אי הוי פסיק רישיה אי לא ונראה לר"י דבהא פליגי דר' אליעזר סבר סתם מכבד ומרבץ מתכוון להשוות גומות אף על פי שא"צ להשוות גומות מיחייב לרבי יהודה הואיל והשוה גומות לבסוף ורבנן סברי דאין מתכוון אלא לכבד ולרבץ בעלמא וליכא אלא שבות. תימה לר"י היכי מתוקמא מתניתין כרבי אליעזר והא בעזרה שהיה לה רצפת אבנים לא שייך בה אשוויי גומות ואפילו לכתחלה שרי כדאמר בשילהי המצניע (גם זה שם) אמימר שרא זילחא במחוזא אע"ג דגזרינן בבמה מדליקין (שבת דף כט:) עיליתא דשישא אטו עיליתא דעלמא מחוזא היתה כולה רצופה באבנים לא גזרינן אטו דעיר דעלמא ואור"י דבעזרה בין רובד לרובד היו גומות אי נמי דלרבי אליעזר דאיכא איסורא דאורייתא בכיבוד דעלמא גזרינן עזרה אטו כיבוד דעלמא דכמה שבות אשכחן במקדש בפ' בתרא דעירובין (דף קב:) אבל לרבנן דאפילו בעלמא ליכא אלא איסורא דרבנן אין שבות כי האי במקדש כיון דליכא איסורא דאוריית' בשום מקום. פסק בהלכות גדולות דכיבוד מותר כדאמרינן בהמצניע (דף צה.) גבי ריבוץ האידנא קיימא לן כרבי שמעון דשרי לרבץ לכתחלה ואין נראה לר"י דהא מזיז עפר ממקומו אסרינן בכירה (שבת דף לט.) ובביצה (ד' ח.) ועוד בפרק כל הכלים (שבת דף קכד:) אמרינן אמר רבי (אליעזר) אף מכבדות של תמרה מותר לטלטל ופריך אי מחמה לצל בהא לימא רבי (אליעזר) כו' משמע דפשיטא דהוי מלאכתו לאיסור לכולי עלמא ואף על גב דריבוץ שרי לכתחלה לרבי שמעון בכיבוד אסור דמשוי ביה גומות יותר מריבוץ:
Ce cas n'est forcément pas un pesik reisha (conséquence inévitable). Dans un pesik reisha, Rabbi Shimon n'aurait pas permis d'arroser dès le départ, à la fin de Ha-matznia (Chabbat 95a). Le Ri s'étonne : dès lors, pourquoi Rabbi Eliezer rend-il hayav, puisqu'on peut balayer et arroser sans creux ? Et il est forcé de dire qu'ils divergent sur le point de savoir si c'est un pesik reisha. Il paraît au Ri qu'ils divergent ainsi : Rabbi Eliezer tient que, d'ordinaire, celui qui balaye ou arrose a l'intention d'aplanir les creux ; même s'il n'a pas besoin de les aplanir, il est hayav selon Rabbi Yehouda, puisqu'il a aplani les creux à la fin. Les Sages tiennent qu'il n'a d'intention que de balayer et d'arroser, sans plus, et qu'il n'y a qu'une shevout. Le Ri s'étonne : comment établir la mishna selon Rabbi Eliezer ? Dans la azara, dont le sol est pavé de pierres, aplanir des creux n'a pas de place, et même dès le départ c'est permis, comme on le dit à la fin de Ha-matznia (même passage) : Ameimar a permis d'arroser à Mehoza. Bien que, dans Bame madlikin (Chabbat 29b), on décrète une chambre haute de marbre à cause d'une chambre haute ordinaire, Mehoza était entièrement pavée de pierres : on ne décrète pas à cause d'une ville ordinaire. Le Ri répond : dans la azara, d'un rang de dalles à l'autre, il y avait des creux. Autre réponse : selon Rabbi Eliezer, puisqu'il y a un interdit de la Thora dans le balayage ordinaire, on décrète la azara à cause du balayage ordinaire. On trouve en effet plusieurs shevout dans le Temple, au dernier chapitre d'Erouvin (102b). Selon les Sages, en revanche, même au-dehors il n'y a qu'un interdit rabbinique : une shevout de ce genre n'a pas cours dans le Temple, puisqu'il n'y a d'interdit de la Thora en aucun lieu. Les Halakhot Gedolot ont tranché que le balayage est permis, comme on le dit dans Ha-matznia (95a) au sujet de l'arrosage : aujourd'hui la halakha suit Rabbi Shimon, qui permet d'arroser dès le départ. Le Ri n'admet pas cette tranché : on interdit de déplacer de la terre de sa place, dans Kira (Chabbat 39a) et dans Beitsa (8a). De plus, au chapitre Kol ha-kelim (Chabbat 124b), on rapporte : Rabbi (Eliezer) a dit : même les balais de palmier, on peut les déplacer. Et l'on objecte : s'il s'agit de les déplacer du soleil à l'ombre, Rabbi (Eliezer) dirait-il cela ? On en tire qu'il est acquis, pour tous, que leur usage est un usage interdit. Et bien que l'arrosage soit permis dès le départ selon Rabbi Shimon, le balayage est interdit : on y fait des creux plus qu'en arrosant.
💡 Explication

Voici la baraitha de Rabbi Eliezer. Traire, faire cailler, faire le fromage : dès une grogeret (figue sèche). Balayer, arroser, détacher un rayon de miel : shogeg le chabbat, un hatat ; mezid le yom tov, les quarante coups.

Rachi sépare les listes. Les trois actes du lait sont des toladot : mefarek (extraire), borer (trier), boneh (construire). Balayer et arroser visent, pour Rabbi Eliezer, ashvuyei gumot, aplanir les creux du sol. Rodeh se lit par le verset du rayon de miel.

Tossefot règle le shiur du lait, gorgée ou grogeret, puis le statut du balayage : intention d'aplanir, dallage de la azara, et balayage distingué de l'arrosage.

🖼️ Schéma
Baraïtha : qui est hayav, et à quel titre Av melakha, shiur grogeret Holav, traire : mefarek Mehabetz, cailler : borer Magben, fromage : boneh Les Sages ne les mettent pas dans la shevout Ce sont des toladot, Ha-matznia Rabbi Eliezer : hatat Mekhabed : balayer Merabetz : arroser le sol Rodeh : détacher le miel Raison : aplanir les creux Sages : shevout seulement Chabbat et yom tov, même statut
Toladot du lait, communes ; balayage et arrosage, selon Rabbi Eliezer ou les Sages.
6
וחכמים אומרים, אחד זה ואחד זה אינו אלא משום שבות.

Et les Sages disent : l'un comme l'autre n'est interdit qu'à titre de shevout.

📜 Rachi (1)
אחד זה ואחד זה מכבד ומרבץ ורודה אבל מאידך לא קאמרי דתולדות אב מלאכה נינהו כדאמרינן בפרק המצניע רבי אליעזר משום הכי מחייב חולב משום מפרק מגבן משום בונה מחבץ משום בורר בהמצניע ומרבץ ומכבד מפרש התם משום אשוויי גומות:
Celui qui balaye, celui qui arrose, et celui qui détache [le miel]. Mais de l'autre groupe ils ne parlent pas, car ce sont des toladot d'une av melakha, comme on le dit dans le chapitre Ha-matznia. Rabbi Eliezer, pour cette raison, rend hayav celui qui trait à titre de mefarek, celui qui fait le fromage à titre de boneh, celui qui fait cailler à titre de borer, dans Ha-matznia. L'arrosage et le balayage y sont expliqués à titre d'ashvuyei gumot (aplanir les creux).
💡 Explication

Ehad ze ve-ehad ze : le chabbat et le yom tov. Pour les Sages, balayer, arroser et détacher le miel restent une shevout.

Rachi borne la phrase à ces trois actes. Traire, cailler et faire le fromage restent, pour tous, des dérivés d'une av melakha.

7
רב אשי אמר: אפילו תימא שלא ברצון חכמים — ורבי נתן היא. דתניא, רבי נתן אומר: שבות צריכה התירו, שבות שאינה צריכה לא התירו.

Rav Ashi dit : tu peux même dire : contre la volonté des Sages, et c'est selon Rabbi Natan. Comme on l'enseigne : Rabbi Natan dit : une shevout indispensable, ils l'ont permise ; une shevout qui n'est pas indispensable, ils ne l'ont pas permise.

📜 Rachi (1)
רב אשי אמר לעולם רבנן דאמרי בעלמא נמי שבות הוא ומתני' כר' נתן דאמר שבות שאינה צריכה לא התירו במקדש:
En fait, ce sont bien les Sages, qui disent qu'en général aussi c'est une shevout. Et la mishna suit Rabbi Natan, qui dit : une shevout qui n'est pas indispensable, ils ne l'ont pas permise dans le Temple.
💡 Explication

Rav Ashi garde le sens ordinaire de la mishna : le rinçage se fait contre les Sages. La mishna suit alors Rabbi Natan.

Rabbi Natan coupe la shevout du Temple en deux. Indispensable au rite : permise. Superflue : elle reste interdite. Le pesah peut être offert sans rincer le dallage. Ce rinçage est une shevout she-eina tserikha.

8
רבי יהודה אומר כוס היה ממלא וכו׳. תניא רבי יהודה אומר: כוס היה ממלא מדם התערובות, שאם ישפך דמו של אחד מהן — נמצא זה מכשירו.

Rabbi Yehouda dit : il y avait une coupe qu'on remplissait, etc. On enseigne : Rabbi Yehouda dit : il y avait une coupe qu'on remplissait du sang du mélange, afin que, si le sang de l'un d'eux se répandait, celle-ci se trouve le rendre kacher.

📜 Rachi (2)
שאם נשפך דמו של אחד מהן לארץ ולא נזרק ממנו למזבח:
À terre, sans qu'on en ait jeté sur l'autel.
נמצא כוס זה מכשירו שהרי מעורב בו מן הנשפך:
Car il s'y trouve mélangé une part de ce qui s'est répandu.
💡 Explication

Le sang de nombreux pesahim se mélange sur le dallage : dam ha-taarovot. Rabbi Yehouda en remplit une coupe et la jette sur l'autel.

Le cas vise : tout le sang d'un korban a coulé avant la zerika. La coupe en contient une part. La jeter rend ce korban kacher.

9
אמרו לו לרבי יהודה: והלא לא נתקבל בכלי? מנא ידעי?! אלא הכי קאמרי ליה: שמא לא נתקבל בכלי? אמר להן: אף אני לא אמרתי אלא בנתקבל בכלי.

Ils lui dirent, à Rabbi Yehouda : or il n'a pas été reçu dans un récipient ! D'où le savent-ils ?

En fait, voici ce qu'ils lui disaient : peut-être n'a-t-il pas été reçu dans un récipient ? Il leur dit : moi non plus, je n'ai parlé que d'un sang qui a été reçu dans un récipient.

📜 Rachi (2)
שמא לא נתקבל בכלי אותו שאתה רוצה להכשיר שמא לא נתקבל בכלי ותו לא מהניא ליה זריקה דתנן נשפך מצואר בהמה על הרצפה ואספו פסול בזבחים בפרק שני (דף טו.):
Celui que tu veux rendre kacher : peut-être n'a-t-il pas été reçu dans un récipient, et dès lors la zerika ne lui sert plus. Car on enseigne : s'il s'est répandu du cou de la bête sur le dallage et qu'on l'a recueilli, il est passoul, dans Zevahim, au second chapitre (15a).
אף אני לא אמרתי שיועיל אלא כשנתקבל בכלי:
Qu'elle serve, seulement lorsqu'il a été reçu dans un récipient.
🗂️ Tossefot (1)
שמא לא נתקבל בכלי פי' בקונטרס ולא תועיל זריקה משום דנשפך מצואר בהמה וקשה לר"י דמ"מ יזרוק דתועיל זריקה לאותו שנשפך אחר שנתקבל ונראה לר"י דהכי פי' שמא לא נתקבל בכלי ואסור להעלות דם פסול על גבי המזבח כדמוכח בכמה דוכתי דדוקא אם עלו בדיעבד לא ירדו וקאמר אף אני לא אמרתי אלא בנתקבל דסמכינן אזריזות כהנים כדמסיק ודוקא מדם הראוי להתקבל פריך אבל דם התמצית כמים בעלמא חשיב כיון דאינו ראוי לכיסוי אינו אוסר להעלותו וכי פריך והלא דם התמצית מעורב בו ומבטיל ליה ברוב לא פריך מדם הראוי להתקבל ונשפך דעולין אין מבטלין זה את זה אפי' לרבנן כדאמר בהקומץ רבה (מנחות דף כב:):
Rachi explique : et la zerika ne servirait pas, parce que le sang s'est répandu depuis le cou de la bête. C'est difficile pour le Ri : qu'il jette malgré tout, car la zerika servirait pour le sang qui s'est répandu après avoir été reçu. Il paraît au Ri que le sens est celui-ci : peut-être n'a-t-il pas été reçu dans un récipient, et il est interdit de faire monter un sang passoul sur l'autel, comme il ressort en plusieurs endroits : seulement s'ils sont montés, bediavad, ils ne redescendent pas. Et il dit : moi non plus, je n'ai parlé que d'un sang reçu, car on s'appuie sur la zerizout des cohanim, comme la Guemara le conclut. L'objection porte seulement sur le sang apte à être reçu. Le dam hatamtzit, lui, compte comme de l'eau ordinaire : puisqu'il n'est pas apte à la kisui (couverture du sang), il n'interdit pas de le faire monter. Et quand on objecte : le dam hatamtzit n'est-il pas mélangé à lui, et il l'annule dans la majorité, on n'objecte pas à partir d'un sang apte à être reçu qui se serait répandu, car les matières qui montent sur l'autel (olin) ne s'annulent pas l'une l'autre, même selon les Sages, comme il est dit dans Ha-kometz rabba (Menahot 22b).
💡 Explication

Les Sages avaient dit : ce sang n'a pas été reçu dans un keli. La Guemara refuse la certitude : ils ne peuvent que dire peut-être.

Rabbi Yehouda borne son décret au sang déjà reçu dans un récipient, puis répandu. Rachi : sans réception, la zerika est sans effet (Zevahim 15a). Le Ri lit l'objection comme l'interdit de faire monter un sang passoul. S'il est déjà monté, on ne le redescend pas.

10
מנא ידע? כהנים זריזין הן. אי זריזין — אמאי משתפיך? אגב זריזותייהו דעבדי, משתפיך.

D'où le sait-il ? Les cohanim sont zerizim (vigilants).

S'ils sont zerizim, pourquoi se répand-il ? À cause de leur zerizout, tandis qu'ils agissent, il se répand.

📜 Rachi (4)
ומנא ידע רבי יהודה אם נתקבל בכלי והא חששא בעלמא הוא דקאמר שאם ישפך דמו וכיון דלתקוני ספיקי אתא היכי מיתקני בהכי שמא לא נתקבל:
Rabbi Yehouda, [comment sait-il] s'il a été reçu dans un récipient ? Ce n'est qu'une crainte qu'il énonce : si son sang se répand. Et puisqu'il vient réparer des doutes, comment cela se réparerait-il ainsi ? Peut-être n'a-t-il pas été reçu.
כהנים זריזין הן וליכא למיחש לשמא לא קיבלוהו לישנא אחרינא שמא לא נתקבל בכלי כל זה שאתה שואב מארץ ונמצאת זורק דם פסול אף אני לא אמרתי למלאות אלא ממקום שיודעין שנשפכו שם דמים שנתקבלו בכלי ואי משום דמיערב בהו מהאי דלא נתקבל כגון דם התמצית הא קא פריך ליה בסיפא וראשון עיקר:
Et il n'y a pas lieu de craindre qu'ils ne l'aient pas reçu. Autre version : peut-être n'a-t-il pas été reçu dans un récipient, tout ce que tu puises du sol, et te voilà en train de jeter un sang passoul. Moi non plus, je n'ai dit de remplir [la coupe] que d'un endroit où l'on sait que s'est répandu un sang reçu dans un récipient. Et si du sang non reçu s'y mélange, par exemple le dam hatamtzit, c'est ce qu'il objecte à la fin. La première version est la principale.
אי זריזין הן היכן נשפכין הא זריזין הן וידעי:
Où donc se répand-il ? Ils sont vigilants, et ils le savent.
אגב זריזותייהו שממהרים לרוץ ולקרב ולזרוק מיתשיד מידייהו:
Parce qu'ils se hâtent de courir, d'approcher et de jeter, il leur en échappe.
💡 Explication

Comment Rabbi Yehouda sait-il que le sang du sol a d'abord été reçu ? Réponse : les cohanim sont zerizim. On ne craint pas un oubli de la réception dans le keli.

Nouvelle question : des zerizim ne laissent pas couler le sang. Réponse : la zerizout elle-même, la course vers l'autel, fait échapper le sang des mains. Rachi signale une seconde version de l'échange, et retient la première.

11
והלא דם התמצית מעורב בו! רבי יהודה לטעמיה, דאמר: דם התמצית — דם מעליא הוא. דתניא: דם התמצית באזהרה, רבי יהודה אומר: בהיכרת.

Mais le dam hatamtzit n'y est-il pas mélangé ? Rabbi Yehouda suit son propre avis, car il dit : le dam hatamtzit est un sang à part entière.

Comme on l'enseigne : le dam hatamtzit est sous le coup d'une azhara ; Rabbi Yehouda dit : sous le coup du karet.

📜 Rachi (3)
והלא דם התמצית של פסחים הרבה מעורב בו ואי נשפך דם של אחד כולו בטל במיעוטו ומה תועיל זריקה שהרי בטל:
Le sang de nombreux pesahim s'y trouve mélangé. Si le sang de l'un s'est répandu en totalité, il est annulé du fait de sa petite quantité. À quoi servirait la zerika, puisqu'il est annulé ?
דם התמצית של חולין ושל קדשים:
De houlin et de kodashim.
באזהרה בלאו ולא כרת דכתיב כי נפש כל בשר דמו בנפשו הוא וגו' עד כל אוכליו יכרת יצא דם התמצית שאינו דם הנפש ובמסכת כריתות מפרש טעמא חמשה לאוין כתיבי בדם ומייתיר חד לדם התמצית:
Par un lav, et non par le karet. Car il est écrit : car la vie de toute chair, son sang est dans sa vie, etc., jusqu'à : quiconque en mange sera retranché. En est exclu le dam hatamtzit, qui n'est pas le sang de la vie. Et dans le traité Keritot on explique la raison : cinq lavim sont écrits au sujet du sang, et il en reste un de trop pour le dam hatamtzit.
💡 Explication

Le dam hatamtzit est le sang qui s'écoule après le jet de la vie, le dam ha-nefech. Il se mélange, sur le sol, au sang des pesahim. Le sang d'un seul korban y devient minoritaire : la zerika ne sauverait plus rien, s'il est annulé.

Rabbi Yehouda tient ce sang pour un sang véritable. La baraitha : le tanna kamma, un lav (azhara, coups) ; Rabbi Yehouda, le karet. Rachi : le verset du karet vise le sang de la vie. Cinq interdits sont écrits sur le sang ; l'excédent vise, pour le tanna kamma, le dam hatamtzit.

🖼️ Schéma
La coupe de sang mêlé, selon Rabbi Yehouda Chaque objection reste dans l'ordre de la Guemara. Coupe remplie du sang répandu sur le sol Si tout le sang d'un pesah a coulé : cette zerika le rend kacher Objection : le keli Peut-être jamais reçu dans un récipient Zevahim 15a : du cou au sol, passoul Réponse Rabbi Yehouda ne parle que du sang déjà reçu Les cohanim sont zerizim Si zerizim, pourquoi coule-t-il ? La hâte du service fait échapper le sang des mains Dam hatamtzit mélangé Sang d'un seul korban minoritaire : bitul Rabbi Yehouda : le dam hatamtzit est un sang Tanna kamma : azhara, un lav Cinq lavim sur le sang Rabbi Yehouda : karet Comme le sang de la vie Fin de l'amoud : objection de Rabbi Elazar Rabbi Yehouda convient : ce sang n'expie pas Verset : c'est par la vie que le sang expie. Suite : 65b
De la coupe jusqu'à l'objection sur la kappara, dans l'ordre du daf.
12
והאמר רבי אלעזר: מודה רבי יהודה לענין כפרה שאינו מכפר, שנאמר: ״כי הדם הוא בנפש יכפר״,

Or Rabbi Elazar n'a-t-il pas dit : Rabbi Yehouda convient, en matière de kappara, qu'il n'expie pas, puisqu'il est dit : car c'est le sang qui, par la vie, expie,

📜 Rachi (1)
לענין כפרה שאינו ראוי לזריקה:
Qu'il n'est pas apte à la zerika.
💡 Explication

L'amoud s'arrête sur l'objection. Rabbi Elazar rapporte que Rabbi Yehouda lui-même exclut le dam hatamtzit de la kappara. Le verset (Vayikra 17, 11) attache l'expiation au sang de la vie.

Rachi : ce sang n'est pas apte à la zerika. La réponse de la Guemara est au daf suivant.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).