Sougya : La Guemara reprend le couteau posé sur l'animal le chabbat. Travailler avec des kodashim est écarté par la pratique de Hillel : on amène la bête en houlin, on la consacre dans la azara, et on l'abat aussitôt, sans intervalle où naisse une me'ila.
Consacrer reste interdit le chabbat, sauf une hova à temps fixé : le pesah le chabbat, la hagiga le Yom Tov. Le mehamer ki-le-ahar yad échappe à l'interdit de la Torah ; la shevout rabbinique demeure, et Hillel, qui a oublié si on la déracine pour une mitsva, laisse la chose à Israël.
Rav et Reish Lakish tirent de cet oubli, puis de Dévora, de Moché, d'Elisha et d'Eliav, que l'orgueil et la colère font partir la 'hokhma, la prophétie, ou la grandeur. Ensuite : d'où le tamid et le pesah repoussent la touma.
Rabbi Yo'hanan l'apprend de ish ish. Reish Lakish, de va-yeshalhu min ha-mahane.
Mais voici qu'il accomplit un travail avec des kodashim (sacrifices consacrés) ! À la manière de Hillel.
Car on a enseigné : on a dit de Hillel : de ses jours, personne n'a commis de me'ila (usage d'un bien consacré) avec son olah (holocauste). Il l'amène plutôt en houlin (profane) dans la azara (cour du Temple), il la consacre, il appuie sa main sur elle et il l'abat.
Le couteau voyage sur l'animal, déjà kodech si on l'a consacré avant. Porter une charge avec lui est une avoda dans les kodashim. Rachi renvoie à Deutéronome 15, 19 : on ne fait pas travailler le premier-né.
Hillel ferme l'intervalle. La bête entre en houlin. L'hekdesh a lieu dans la azara. Semikha et chehita suivent aussitôt. Sans délai, pas de me'ila.
Tossefot citent le Yerushalmi : un acte pour le besoin du korban n'est pas une me'ila, sur le modèle de la para adouma. Ils distinguent aussi l'entrée de houlin : la tenoufa à la manière d'un korban est interdite ; amener l'agneau sans rite de korban est permis, comme le repas de houlin avant les menahot (Menahot 21b).
Le pesah, le chabbat, comment peut-il le consacrer ? Or on a enseigné : on ne consacre pas, on ne fait pas d'erakhin (évaluations votives), on ne fait pas de herem (biens voués à l'anathème), et on ne prélève pas la terouma ni les maaserot (dîmes).
Tout cela, on l'a dit pour Yom Tov ; kal va-homer (à plus forte raison) pour le chabbat !
La pratique de Hillel déplace la difficulté. Si l'animal n'est consacré qu'une fois dans la azara, cette hakdasha tombe le chabbat, le 14 nissan.
La mishna de Beitsa interdit, à Yom Tov, l'hekdesh, les erakhin, le herem, le prélèvement de terouma et de maaser. Le chabbat, plus grave, est atteint par kal va-homer.
Cela ne vise que les hovot (obligations) qui n'ont pas de temps fixe. Mais les hovot qui ont un temps fixe, on les consacre.
Car Rabbi Yo'hanan a dit : un homme consacre son pesah le chabbat, et sa hagiga (sacrifice de fête) à Yom Tov.
L'interdit de la mishna vise les hovot sans jour fixe. Une hova dont le jour est fixé se consacre ce jour-là, puisque la chehita a lieu le même jour.
Rabbi Yo'hanan coupe en deux, et Rachi dit pourquoi. Le pesah s'offre le 14, donc le chabbat quand le 14 tombe ce jour-là, et non un Yom Tov. La hagiga s'offre le Yom Tov, et non le chabbat.
Mais n'est-il pas mehamer (celui qui conduit une bête chargée) ? C'est un mehamer ki-le-ahar yad (d'une manière inhabituelle).
Un mehamer ki-le-ahar yad aussi : admettons qu'il n'y ait pas d'interdit de la Torah ; un interdit d'ordre rabbinique, en tout cas, il y en a un.
Mehamer : il conduit une bête qui porte. Rachi : le nom vise cette conduite, et l'avertissement est dans Chabbat, chapitre Mi she-hehshikh. Un agneau ne porte pas de charge : l'acte est ki-le-ahar yad.
La Torah ne l'interdit pas. La shevout rabbinique reste. Tossefot notent une autre réponse possible : poser le couteau seulement pendant la marche, comme en Chabbat 153a. Et une autre objection : l'usage d'un être vivant est déjà une shevout.
C'est précisément ce qu'on lui demanda : une chose qui a une permission de la Torah, et une chose de shevout (interdit rabbinique) se tient devant elle : la déraciner ki-le-ahar yad, là où il y a une mitsva, qu'en est-il ? Il leur dit : cette halakha, je l'ai entendue et je l'ai oubliée.
Mais laissez Israël : s'ils ne sont pas des prophètes, ils sont fils de prophètes.
La question des bene Beteira, sur le daf précédent, est exactement celle-ci. L'acte est permis par la Torah. Une shevout le barre. Peut-on l'écarter ki-le-ahar yad, parce que le pesah est empêché ?
Rachi allège cette shevout : l'acte est rare. Tossefot comparent avec la mishna, qui interdit une shevout faisable dès la veille. Réponse : la shevout de la bête pèse moins que la shevout de l'homme.
Hillel a reçu la halakha et l'a oubliée. Il laisse Israël : bene neviim, fils de prophètes. Le récit du couteau dans la laine, au daf 66a, est la suite de cette parole.
Rav Yehouda a dit au nom de Rav : quiconque s'enfle d'orgueil, s'il est sage, sa sagesse se retire de lui ; s'il est prophète, sa prophétie se retire de lui. S'il est sage, sa sagesse se retire de lui : de Hillel.
Car le maître a dit : il se mit à les piquer par des paroles, et il leur dit : cette halakha, je l'ai entendue et je l'ai oubliée. S'il est prophète, sa prophétie se retire de lui : de Dévora.
Car il est écrit : "Les villageois ont cessé, ils ont cessé en Israël, jusqu'à ce que je me sois levée, moi, Dévora, que je me sois levée, mère en Israël, etc." Et il est écrit : "Éveille-toi, éveille-toi, Dévora, éveille-toi, éveille-toi, dis un chant, etc."
Yohara, l'orgueil. Rav : elle fait partir la 'hokhma du sage et la nevoua du prophète. Hillel a piqué les bene Beteira, puis il a oublié. Dévora a dit "jusqu'à ce que je me lève" (Juges 5, 7). Rachi : elle rabaisse les chefs d'avant et se glorifie. "Éveille-toi" (5, 12) montre qu'elle s'était tuée.
Ben Yehoyada : gaava a le compte du nom Yah, sod de 'hokhma et de bina. "De lui" limite le retrait à la chose dont on s'est enorgueilli, comme l'oubli de Hillel sur le pesah lui-même. Le même mot dit aussi la honte : les disciples s'en souviennent, lui seul oublie.
Pourquoi Dévora, et non Samuel, qui dit "c'est moi le voyant" puis se trompe sur Eliav ? Quatre réponses. Samuel l'a dit dans le cœur. Le midrach : il a vu juste sur la descendance d'Eliav, et le détail seul à manqué. Le temps entre les deux paroles est long. L'orgueil de Dévora blâme les autres.
Reish Lakish a dit : tout homme qui se met en colère, s'il est sage, sa sagesse se retire de lui ; s'il est prophète, sa prophétie se retire de lui. S'il est sage, sa sagesse se retire de lui : de Moché.
Car il est écrit : "Moché s'irrita contre les officiers de l'armée, etc." Et il est écrit : "Elazar le cohen dit aux hommes de l'armée qui viennent à cette guerre : voici le statut de la Torah que Hachem a ordonné à Moché, etc." On en déduit que cela avait échappé à Moché.
Kaas, la colère, chez Reish Lakish, a le même effet que la yohara chez Rav. Preuve pour le sage : Moché s'irrite contre les officiers (Nombres 31, 14). Ensuite Elazar enseigne "le statut de la Torah que Hachem a ordonné à Moché" (31, 21). La halakha avait échappé à Moché.
Ben Yehoyada donne deux raisons. Mida ke-neged mida, d'après le Maharsha : la colère ferme la bouche, et la 'hokhma comme la nevoua sortent par la bouche. Le navi vient de niv sefatayim. Ensuite, le visage : les forces de la colère s'y attachent (Zohar II, 182b), et la lumière de la 'hokhma, qui éclaire le visage (Qohelet 8, 1), s'en va. Le miloui de kaas assemble peneikhem, vos visages.
Objection du monde : Moché était prophète, et c'est sa 'hokhma qui est partie. Quatre réponses. Le retrait suit ce qui se présente sur l'heure. Une parole donnée au buisson empêche un retrait de nevoua. Israël n'a rien perdu, Elazar a parlé aussitôt. Et Elazar a parlé au nom de Moché.
S'il est prophète, sa prophétie se retire de lui : d'Elisha. Car il est écrit : "Si je ne portais le visage de Yehoshafat, roi de Yehouda, je ne te regarderais pas et je ne te verrais pas, etc." Et il est écrit : "Et maintenant, prenez-moi un joueur.
Et ce fut, tandis que le joueur jouait, la main de Hachem fut sur lui, etc."
Suite de Reish Lakish, pour le prophète. Elisha parle au roi d'Israël, Yehoram : sans le visage de Yehoshafat, il ne le regarderait pas (II Rois 3, 14). Rachi : la colère vise Yehoram.
Ensuite il demande un ménaguen, un joueur (3, 15). "La main de Hachem fut sur lui" implique, pour Rachi, qu'elle s'était retirée. Le jeu la ramène.
Rabbi Mani bar Patish a dit : quiconque se met en colère, même si l'on a décrété pour lui une grandeur depuis les cieux, on l'en fait descendre. D'où le tenons-nous ?
D'Eliav. Car il est dit : "La colère d'Eliav s'enflamma contre David, et il dit : pourquoi donc es-tu descendu, et auprès de qui as-tu laissé ce peu de brebis, les voilà, dans le désert ?
Moi, je connais ton insolence et la méchanceté de ton cœur, car c'est pour voir la guerre que tu es descendu." Et quand Samuel alla pour les oindre, chez tous il est écrit : "Hachem n'a pas choisi celui-ci." Et chez Eliav il est écrit : "Hachem dit à Samuel : ne regarde pas son aspect ni la hauteur de sa taille, car Je l'ai rejeté." On en déduit qu'Il l'avait aimé jusqu'à maintenant.
Rabbi Mani bar Patish ajoute un degré. La colère fait descendre une gedoula déjà fixée depuis les cieux. Preuve : Eliav, dont la colère s'enflamme contre David (I Samuel 17, 28).
À l'onction (I Samuel 16), les frères ont "Il n'a pas choisi". Eliav a "Je l'ai rejeté". Rachi lit le premier comme un jamais, le second comme un maintenant. Inférence de la Guemara : jusqu'alors Il l'aimait. L'onction précède pourtant la scène de colère. Rachi : le seul défaut connu est celui-là, et il était révélé d'avance.
Le Rif objecte : Moché et Elisha n'ont pas perdu leur grandeur, le retrait fut d'une heure. Ben Yehoyada répond : la page parle d'être raouy, digne, comme la bat kol sur la Chekhina et l'éloge de Rav Houna. "Je l'ai rejeté" ferme la royauté du côté d'Eliav lui-même.
Nous avons trouvé que le tamid et le pesah repoussent le chabbat. Qu'ils repoussent la touma (impureté rituelle), d'où le tenons-nous ?
On dit : de même que l'on apprend le pesah à partir du tamid au sujet du chabbat, de même l'on apprend le tamid a partir du pesah au sujet de la touma.
Retour à la halakha, après l'aggada. Le tamid et le pesah repoussent le chabbat : c'est acquis. La touma du public, d'où ?
La gezera shava de mo'ado marche dans les deux sens. Le pesah reçoit le chabbat depuis le tamid. Le tamid reçoit la touma depuis le pesah. Rachi : dans cette page, mo'ado à lui seul ne l'enseigne pas. Le din est tenu pour acquis dans Keitsad tsolin, 76b. Le pesah compte comme korban tsibour : il vient bi-kenoufia, en rassemblement.
Et le pesah lui-même, d'où le tenons-nous ? Rabbi Yo'hanan a dit : car le verset dit : "Un homme, un homme, lorsqu'il sera impur par un mort." Un homme est écarté vers le pesah sheni (second pesah).
Le public n'est pas écarté vers le pesah sheni. Ils le font en état de touma.
D'où le pesah lui-même repousse la touma ? Rabbi Yo'hanan lit Nombres 9, 10 : ish ish. Le yahid impur par un mort est renvoyé au pesah sheni. Le tsibour ne l'est pas : il offre en touma.
Tossefot comparent avec Sanhédrin 17b. Là, "ish" exclut la ville entière, et certains une tribu. Ici, le mot n'écarte que le cas du public, face au particulier. Deux réponses : la ir ha-nidahat a sa loi à part ; et là-bas, ish et isha sont écrits plusieurs fois.
Rabbi Shimon ben Lakish dit à Rabbi Yo'hanan : dis plutôt : un homme est écarté vers le pesah sheni ; le public n'a pas de takana (réparation), ni au premier pesah, ni au pesah sheni !
Reish Lakish refuse la preuve. De "ish", on apprend le renvoi du particulier au pesah sheni. On peut lire le silence sur le tsibour autrement : aucune takana, ni le 14 nissan, ni le 14 iyar.
Le verset, dans cette lecture, ne dit pas que le public offre en touma. Il faut une autre source. C'est l'objet du segment suivant.
Plutôt, Rabbi Shimon ben Lakish a dit, d'ici : "Ils renverront hors du camp tout metsora (lépreux), tout zav, et tout impur par un mort." Qu'il dise les impurs par un mort, et qu'il ne dise pas les zavim et les metsora'im. Et je dirais : si les impurs par un mort sont renvoyés, les zavim et les metsora'im, à plus forte raison !
Reish Lakish quitte "ish ish" et prend Nombres 5, 2 : on renvoie du camp le metsora, le zav et le tamei met. Le tamei met suffisait. Un kal va-homer y ajouterait zav et metsora, dont la touma sort du corps, comme le dit Rachi.
Le verset les écrit quand même. Rachi en tire le cas visé : la où le tamei met n'est pas renvoyé. Le surplus du verset garde zav et metsora. La page s'arrête sur la question ; la suite du din est au daf suivant.
Tossefot, au nom du Rashba : la preuve va pour Rabbi Yehouda. Pour Rabbi Shimon, les trois catégories sont écrites parce que les camps d'où on les renvoie diffèrent. Dans cette lecture, d'où le pesah repousse-t-il la touma ?
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).