Sougya : L'amoud reprend la mishna du pesah qui tombe un chabbat. Rabbi Shimon montre combien une mitsva est chรจre en son temps : on brรปle les graisses le jour, alors que la nuit entiรจre resterait valable.
La coupe de la yabelet oppose Pesachim et Erouvin. Rabbi Elazar et Rabbi Yossi bar Hanina la lรจvent, l'un par humide et sec, l'autre par main et instrument.
De lร , Rabbi Eliezer et Rabbi Yehoshoua se sรฉparent sur la joie de yom tov : tout le jour pour Hachem ou pour vous, ou bien la moitiรฉ. Tous conviennent pourtant d'un "pour vous" ร l'atzeret, au chabbat et ร Pourim.
Rav Ashi rend au kal va-homer de Rabbi Yehoshoua sa force, mรชme si le yom tov est une reshut.
Et la combustion de ses graisses, etc. On enseigne : Rabbi Shimon a dit : viens et vois combien une mitsva est chรจre en son temps.
Car la combustion des graisses, des membres et des pedarim (graisses qui couvrent les entrailles) est valable toute la nuit, et l'on n'attend pas pour eux jusqu'ร la nuit.
La mishna a dit que la haktara des graisses du pesah รฉcarte le chabbat. Rabbi Shimon en tire une mesure : une mitsva en son temps est chรจre. Le verset du foyer laisse toute la nuit. On pourrait attendre la sortie du chabbat. On brรปle dรจs le jour.
Rachi joint un second verset : l'ola du chabbat vient en plus du tamid. On aime avancer l'acte ร son heure, au point de profaner le chabbat pour ces graisses.
Le fait de le faire monter et de l'apporter, etc. On objecte : on coupe une yabelet (verrue) dans le Temple, mais pas dans le pays.
Et si c'est avec un instrument, ici et lร , c'est interdit.
La mishna refuse, pour le pesah du chabbat, de le faire monter, de l'apporter de l'extรฉrieur du tehoum, et de couper sa yabelet. Erouvin permet de couper une yabelet dans le Temple. Rachi : le Temple n'a pas reรงu le dรฉcret des shevout. L'instrument, lui, est une melakha : il reste interdit dans le Temple et hors du Temple.
Rabbi Elazar et Rabbi Yossi bar Hanina. L'un a dit : l'un et l'autre ร la main ; ici, c'est humide, lร , c'est sec.
Et l'autre a dit : l'un et l'autre est humide, et il n'y a pas de difficultรฉ : ici ร la main, lร avec un instrument.
Deux levรฉes, sans nommer qui tient laquelle. Main et main : Pesachim parle d'une yabelet humide, chair de la bรชte, shevout qu'on pouvait faire la veille. Erouvin parle d'une yabelet sรจche, qui se dรฉtache, sans shevout.
Humide et humide : Erouvin est la main, shevout non dรฉcrรฉtรฉ dans le Temple. Pesachim est l'instrument, melakha de la Torah, interdite partout.
Rachi barre une troisiรจme lecture : on ne met pas Erouvin dans la bouche de Rabbi Eliezer. La fin de cette mishna interdit l'instrument ici et lร , or Rabbi Eliezer laisse les makhshirim รฉcarter le chabbat mรชme quand c'est une melakha, comme l'instrument de la mila apportรฉ le chabbat (Chabbat 130a). L'autre avis se heurte, dans Erouvin, au fait que la coupe est rangรฉe parmi les shevout, donc pas parmi les instruments.
Et selon celui qui dit : ici ร la main, lร avec un instrument, quelle est la raison pour laquelle il n'a pas dit : l'un et l'autre ร la main, et il n'y a pas de difficultรฉ, ici humide, lร sec ? Il te dit : le sec s'effrite.
Pourquoi cet amora refuse-t-il la levรฉe humide / sec ? Une yabelet sรจche s'effrite (mifrach perikha). La dรฉtacher n'est pas une coupe. L'enseigner serait sans objet.
Tossefot serre la fin de la mishna d'Erouvin : l'instrument est interdit ici et lร . Si le cas permis รฉtait le sec, l'instrument du sec serait permis aussi, puisque la piรจce s'effrite. Erouvin 103 le montre. Les deux mishnayot parlent donc d'une yabelet humide.
Et selon celui qui dit : l'un et l'autre ร la main, et il n'y a pas de difficultรฉ, ici humide, lร sec, quelle est la raison pour laquelle il n'a pas dit : l'un et l'autre est humide, et il n'y a pas de difficultรฉ, ici ร la main, lร avec un instrument ? Il te dit : l'instrument, on l'enseigne dรฉjร lร -bas : si c'est avec un instrument, ici et lร , c'est interdit.
L'amora de la main et de la main refuse l'autre levรฉe. L'instrument interdit partout est dรฉjร la fin de la mishna d'Erouvin. Le rรฉpรฉter en stam dans Pesachim n'apprendrait rien. Rachi : on aurait aussi lu Erouvin sur l'humide, ร la main. Le texte d'Erouvin a dรฉjร tranchรฉ l'instrument.
Et l'autre ? Ce que l'on enseigne ici au sujet de l'instrument vient nous apprendre la discussion de Rabbi Eliezer et de Rabbi Yehoshoua.
L'amora de l'instrument rรฉpond ร l'objection prรฉcรฉdente. Rรฉpรฉter l'instrument dans Pesachim a un objet : la mahloket de Rabbi Eliezer et de Rabbi Yehoshoua. Pour Rabbi Eliezer, on coupe la yabelet humide mรชme avec un instrument, afin de rendre le pesah apte.
Rachi place dรฉjร Rabbi Yehoshoua : la joie de yom tov est une mitsva, et elle n'รฉcarte pourtant pas un shevout qu'on pouvait faire de jour. La preuve du yom tov reste donc valable contre le pesah.
Rabbi Eliezer a dit : et si la shehita, etc. Rabbi Yehoshoua suit son raisonnement, lui qui dit que la joie de yom tov est elle aussi une mitsva.
La mishna : Rabbi Eliezer construit un kal va-homer. La shehita, melakha, รฉcarte le chabbat pour le pesah. Ces actes, qui ne sont qu'un shevout, doivent l'รฉcarter ร plus forte raison. Rabbi Yehoshoua rรฉpond par le yom tov. La Guemara dit qu'il reste dans sa ligne : la simha de yom tov est une mitsva, donc le repas du yom tov peut servir de preuve ร une mitsva.
Tossefot, au nom du Ri, demande d'oรน vient la force de ce kal va-homer. Rabbi Eliezer lui-mรชme sรฉpare ce qu'on peut faire la veille, comme pour la mila, oรน il lui faut deux versets, un pour la mila et un pour ses makhshirim (Chabbat 132a). Le Ri lit alors le kal va-homer d'ici comme dit selon les Sages : un shevout, mรชme faisable la veille, ร plus lieu d'รชtre permis qu'une shehita impossible la veille. Reste la source des makhshirei pesah chez Rabbi Eliezer : la souka, le loulav et les autres ne collent pas, parce que leur mitsva s'accomplit dรจs l'instant oรน le chabbat est รฉcartรฉ, alors que le pesah ne se mange que la nuit. Et be-moado serait alors de trop.
Car on enseigne : Rabbi Eliezer dit : l'homme n'a, le yom tov, que ceci : ou il mange et boit, ou il s'assoit et รฉtudie. Rabbi Yehoshoua dit : partage-le, moitiรฉ pour manger et boire, et moitiรฉ pour le beit ha-midrach.
Baraรฏtha qui porte le raisonnement de Rabbi Yehoshoua. Rabbi Eliezer : le jour se prend en bloc, repas ou รฉtude. Rabbi Yehoshoua : on partage, moitiรฉ table, moitiรฉ beit ha-midrach. Chez lui, manger le yom tov est une part due du jour, donc une mitsva.
Et Rabbi Yo'hanan a dit : et tous deux ont derache un mรชme mikra. Un รฉcrit dit : "Atzeret pour Hachem ton D.ieu" Et un รฉcrit dit : "Ce sera une atzeret pour vous." Rabbi Eliezer pense : ou le tout pour Hachem, ou le tout pour vous.
Et Rabbi Yehoshoua pense : partage-le, moitiรฉ pour Hachem et moitiรฉ pour vous.
Rabbi Yo'hanan fait sortir les deux avis des mรชmes รฉcrits. Atzeret pour Hachem (Devarim 16, 8) donne le jour ร Hachem. Atzeret pour vous (Bamidbar 29, 35) le donne ร Israรซl. Rabbi Eliezer lit un choix : le bloc entier d'un cรดtรฉ ou de l'autre. Rabbi Yehoshoua lit un partage : hetsyo la-Hachem, hetsyo lakhem.
Ben Yehoyada compte les deux noms du jour. Moed vaut 120, yom tov vaut 73, total 193, comptรฉ du nom Kozu en remplissage et de "seouda gedola". Chez Rabbi Eliezer, 193 tient le jour entier, d'un seul cรดtรฉ. Chez Rabbi Yehoshoua, 73 avec l'inclusif du Nom en milouy de youd va ร Hachem, et 120, "mazon tov", va ร la part "pour vous".
(Signe : ayin, beit, mem.) Rabbi Elazar a dit : tous conviennent, pour l'atzeret, qu'il nous faut aussi "pour vous". Quelle est la raison ?
C'est le jour oรน la Torah a รฉtรฉ donnรฉe. Rabba a dit : tous conviennent, pour le chabbat, qu'il nous faut aussi "pour vous".
Quelle est la raison ? "Tu appelleras le chabbat un dรฉlice." Rav Yossef a dit : tous conviennent, pour Pourim, qu'il nous faut aussi "pour vous".
Quelle est la raison ? "Jours de festin et de joie" est รฉcrit ร son sujet.
Le signe ayin, beit, mem prend l'ayin d'atzeret, le beit du milieu de chabbat, le mem de Pourim. Sur ces trois jours, Rabbi Eliezer lui-mรชme demande un lakhem : manger et se rรฉjouir. L'atzeret, parce que la Torah y a รฉtรฉ donnรฉe. Le chabbat, par le verset du oneg. Pourim, par "jours de festin et de joie".
Tossefot, au nom du Riva : si l'atzeret est une mitsva de repas, elle pourrait rรฉpondre ร Rabbi Eliezer qui refuse la preuve d'une reshut vers une mitsva. Rรฉponse : chez lui, le "pour vous" de l'atzeret vient d'un sevara, pas du verset qu'il lit comme un choix.
Ben Yehoyada demande pourquoi le jour de la Torah appelle un repas, et non l'รฉtude seule. Les surplus de ce monde, part d'Essav, reviennent ร la descendance de Yaakov par la Torah qui tient le monde, comme un sauvetage du flot de la mer. Le repas du jour le montre. Chabbat, Pourim, atzeret : initiales shefa.
Mar fils de Ravina, toute l'annรฉe, รฉtait assis en jeรปne, sauf l'atzeret, Pourim, et la veille du jour de Kippour. L'atzeret : jour oรน la Torah a รฉtรฉ donnรฉe.
Pourim : "jours de festin et de joie" est รฉcrit. La veille du jour de Kippour : car Hiyya bar Rav de Difti a enseignรฉ : "Vous affligerez vos รขmes le neuf du mois." Est-ce le neuf que l'on jeรปne ?
On jeรปne le dix ! Cela vient te dire : quiconque mange et boit le neuf, l'รcriture le compte comme s'il avait jeรปnรฉ le neuf et le dix.
Mar fils de Ravina jeรปne tous les jours, avec trois sorties. Atzeret et Pourim reprennent les raisons dรฉjร dites. La veille de Kippour s'ajoute par une derasha de Hiyya bar Rav de Difti sur Vayikra 23, 32 : l'affliction est รฉcrite au neuf, alors que le jeรปne tombe le dix.
Le verset vient apprendre le compte : manger et boire le neuf est inscrit comme un jeรปne du neuf et du dix. Rachi situe la derasha ร la fin de Yoma, selon l'avis pour qui l'on n'est pas tenu d'ajouter l'affliction dรจs la veille. Celui qui ajoute du profane sur le saint tire cet ajout d'un autre verset, "au labour et ร la moisson tu chรดmeras". "Le neuf" reste donc libre pour cette lecture : l'acte du neuf, le repas, reรงoit le nom d'affliction.
Rav Yossef, le jour de l'atzeret, disait : faites-moi un veau tiers. Il disait : si ce jour n'avait pas causรฉ cela, combien de Yossef y a-t-il au marchรฉ ?
Rav Yossef commande, ร l'atzeret, un egla tilta : Rachi, le troisiรจme de la matrice, le plus choisi. La phrase "si ce jour n'avait pas causรฉ cela" vise le don de la Torah. Sans l'รฉtude, il resterait un Yossef parmi les Yossef du marchรฉ.
Tossefot reporte ici la difficultรฉ du Ri sur le kal va-homer de la shehita. Rabbi Eliezer sรฉpare ce qui peut se faire la veille, comme pour la mila. Le kal va-homer est alors dit selon les paroles des Sages : un shevout a plus lieu d'รชtre permis qu'une melakha complรจte.
Ben Yehoyada relie le veau tiers aux trois jours de prรฉparation du Sinaรฏ (Chabbat 87a). Mochรฉ ajoute un jour ร "aujourd'hui et demain", la Torah est donnรฉe de jour, l'ayin ha-ra brise les tables, l'oubli entre dans le monde. La mรฉmoire de Rav Yossef a alors son relief. La Guemara, en rapportant le veau, apprend ร craindre l'ayin ha-ra mรชme dans une chose sainte.
Rav Sheshet, tous les trente jours, se repassait son รฉtude. Il s'appuyait et se tenait sur le verrou de la porte, et il disait : rรฉjouis-toi, mon รขme, rรฉjouis-toi, mon รขme, pour toi j'ai lu, pour toi j'ai รฉtudiรฉ.
Est-ce ainsi ? Rabbi Elazar a dit : sans la Torah, le ciel et la terre ne se seraient pas maintenus, car il est dit : "Si Mon alliance n'รฉtait pas, le jour et la nuit, les lois du ciel et de la terre, Je ne les aurais pas placรฉes." Au dรฉpart, quand un homme agit, c'est dans l'intention de lui-mรชme qu'il agit.
Rav Sheshet rรฉvise chaque mois, appuyรฉ au verrou de la porte, et parle ร son รขme : la lecture et l'รฉtude sont pour elle. La Guemara objecte par Rabbi Elazar : la Torah tient le ciel et la terre (Yirmeyahou 33, 25). L'alliance du jour et de la nuit, dit Rachi, est l'รฉtude, "tu la murmureras jour et nuit". Rรฉponse : au dรฉpart, l'homme agit pour lui-mรชme. Le maintien du monde vient ensuite.
Tossefot, sur un autre fil de la sougya, lit dans "quelle preuve d'une reshut vers une mitsva" que Rabbi Eliezer interdit les makhshirim d'okhel nefech faisables la veille de yom tov. L'objection de Rav Sh. Cohen vient de Chabbat 137b, oรน Rabbi Eliezer permet plus que Rabbi Yehuda. Le Ri limite cette permission ร la mishmeret, la garde, qui ressemble peu ร une melakha.
Ben Yehoyada, premiรจre glose : la porte de Mishlei 26, 14. Deux gonds, cerveau et cลur, rendent le fardeau de la Torah mobile. Les trente jours suivent la lune, ร laquelle Israรซl est comparรฉ. Le Ari, Shaar HaGilgoulim, fait de Rav Sheshet un gilgoul de Bava ben Bouta : "bava" en langue du Talmud dรฉsigne la porte.
Seconde glose, le double "hadai nafshai" : ce monde et le monde ร venir ; la part de l'acte et la part de l'รฉtude, l'รฉtude menant ร l'acte ; les onze senteurs de la ketoret, tiferet et malkhout ; la Torah comme mรจre, deux seins, Torah รฉcrite et Torah orale, le mot "hadya". Rav Sheshet, aveugle, ne reรงoit pas l'honneur que les yeux prennent. L'agrรฉment reste ร l'รขme.
Rav Ashi a dit : mรชme selon ce qu'a dit Rabbi Eliezer, que le yom tov est une reshut (acte facultatif), il y a une objection. Si le yom tov, oรน l'on a permis une melakha de reshut, n'a pas permis le shevout qui va avec elle ; le chabbat, oรน l'on n'a permis qu'une melakha de mitsva, n'est-il pas logique qu'il ne permette pas le shevout qui va avec elle !
Rav Ashi ferme la discussion ouverte par "et si la shehita". Mรชme si l'on donne ร Rabbi Eliezer que la joie de yom tov est une reshut, la preuve de Rabbi Yehoshoua tient par kal va-homer.
Au yom tov, une melakha de reshut est permise, cuire et abattre pour le repas, et le shevout qui l'accompagne reste interdit. Au chabbat, la melakha permise est seulement une mitsva, la shehita des korbanot publics. ร plus forte raison le shevout qui va avec elle, mรชme un shevout de mitsva que l'on pouvait faire la veille, reste interdit. Rachi le dit sur la rรฉponse de Rabbi Yehoshoua ร celui qui voulait : melakha de mitsva, donc ร plus forte raison shevout de mitsva.
Texte hรฉbreu et aramรฉen vocalisรฉ : รฉdition numรฉrique William Davidson du Talmud Koren Noรฉ, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction franรงaise, notes et schรฉmas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).