Sougya : L'amoud répond au kal va-homer de Rav Ashi, en fin de 68b. Rabbi Eliezer tient qu'une shevout de mitsva pèse plus qu'une shevout de reshut : on n'en tire pas l'interdiction des préparatifs du pesah le chabbat.
Il compare les makhshirim d'après la shehita, qui repoussent déjà le chabbat, à ceux d'avant. Rabbi Akiva coupe la comparaison au moment de la shehita, puis une raison de zevah passoul est écartée parce qu'elle interdirait aussi l'abattage.
La mishna de la haza'a ouvre le débat entre le maître et l'élève : Oula parle d'une aspersion pour la terouma, Rabba montre qu'il s'agit du pesah, et l'enseignement de Rabbi Eliezer s'était déraciné. La haza'a reste interdite par une gezera de quatre amot, et seulement là où l'homme est déjà apte.
De là, l'eau chaude de la mila, puis l'objection de l'arel passible de karet.
Et Rabbi Eliezer : une shevout de mitsva à plus de poids pour lui.
Fin de 68b : Rav Ashi construit un kal va-homer contre Rabbi Eliezer. À Yom tov, la melakha de reshut est permise, et la shevout qui l'accompagne reste interdite. Au chabbat, seule la melakha de mitsva est permise : à plus forte raison la shevout qui l'accompagne resterait interdite.
Rabbi Eliezer répond que les deux shevout ne se comparent pas dans ce sens. Une shevout faite pour une mitsva pèse plus qu'une shevout faite pour une reshut. Ils ont donc décrété à Yom tov. Au chabbat, ils n'ont pas placé une shevout qui ferait tomber la mitsva.
On enseigne. Rabbi Eliezer a dit : et que m'importe, si les makhshirim de mitsva d'après la shehita repoussent le chabbat, alors que la mitsva a déjà été faite pour lui : les makhshirim de mitsva d'avant la shehita ne repousseraient pas le chabbat !
Makhshirim : les actes qui rendent la mitsva possible. Rabbi Eliezer les prend après la shehita. Rachi : le mihui des entrailles. La mitsva, le besoin du Ciel, est déjà faite, et pourtant ces actes repoussent le chabbat.
La phrase est une temia, une question d'étonnement. Si l'après repousse alors que la mitsva est derrière, l'avant, qui prépare encore la mitsva, repousse aussi.
Rabbi Akiva lui dit : que m'importe si les makhshirim de mitsva d'après la shehita repoussent le chabbat, puisque la shehita a déjà repoussé le chabbat. Irais-tu dire que les makhshirim de mitsva d'avant la shehita repoussent le chabbat, alors que la shehita n'a pas repoussé le chabbat.
Autre explication : peut-être le sacrifice se trouvera passoul, et l'on se trouvera avoir profane le chabbat rétroactivement.
Rabbi Akiva accepte le fait, et refuse la conséquence. Après la shehita, le chabbat a déjà été repoussé par la mitsva : on ne décrète plus sur la shevout qui reste. Avant la shehita, ce repoussement n'a pas encore eu lieu.
Seconde voie, davar aher : le sacrifice peut se révéler passoul. Le chabbat aurait alors été profane lemafre'a, rétroactivement, sans mitsva.
Tossefot, le Ri : le mihui de Rachi pouvait difficilement se faire la veille, la preuve reste faible. Il lit donc l'après-shehita comme la haktara des graisses, possible jusqu'à la nuit, et qui repousse pourtant le chabbat. Le Yerushalmi va dans ce sens avec les emourim du public. Cette lecture sert aussi plus loin : puisqu'on ne distingue plus le possible de l'impossible, l'objection vaut aussi pour la shehita, qu'on ne peut pas reporter.
S'il en est ainsi, qu'on n'abatte pas non plus, de crainte que le sacrifice se trouve passoul, et que l'on se trouve avoir profane le chabbat rétroactivement. Plutôt : ceci, il le lui a dit d'abord, et il le lui a réfuté ; puis il lui a dit : que m'importe s'ils repoussent.
La crainte d'un zevah passoul prouverait trop. Elle interdirait aussi la shehita, que le verset be-mo'ado place même le chabbat.
L'ordre se remet donc ainsi. Rabbi Akiva a d'abord dit le risque de passoul. Rabbi Eliezer l'a réfuté par la shehita elle-même. Ensuite seulement, Rabbi Akiva a distingué l'après, où la shehita a déjà repoussé le chabbat, de l'avant.
Rabbi Akiva répondit et dit : la haza'a le prouvera, etc. On enseigne.
Rabbi Eliezer lui dit : Akiva, par la shehita tu m'as raillé ; par la shehita sera ta mort. Il lui dit : Maître, ne me renie pas à l'heure du débat.
Ainsi je le tiens de toi : la haza'a est une shevout, et elle ne repousse pas le chabbat.
La mishna citée : la haza'a, aspersion de l'eau de purification, prouve que la shevout ne repousse pas le chabbat. Akiva retourne le raisonnement. Shevout qui ne repousse pas : la shehita, qui est une melakha, encore moins.
Rabbi Eliezer y voit une raillerie. Le retournement déracinerait be-mo'ado, qui fixe la shehita à sa date, chabbat compris. Il dit que la mort d'Akiva sera par shehita. Akiva répond qu'il rapporte l'enseignement du maître : la haza'a est une shevout et ne repousse pas le chabbat. Le kal va-homer, même faible, doit faire revenir le maître sur son dire : c'est sur elle que je raisonne.
Et puisque c'est lui qui le lui a enseigné, pourquoi revient-il là-dessus ? Oula a dit : lorsque Rabbi Eliezer le lui a enseigné, c'est la haza'a de la terouma qu'il lui a enseignée, car la terouma elle-même ne repousse pas le chabbat.
La question : si Rabbi Eliezer a enseigné à Akiva que la haza'a ne repousse pas, pourquoi raisonne-t-il ensuite comme si elle repoussait ?
Oula sépare deux haza'ot. L'enseignement visait la haza'a qui permet de manger la terouma. Le prélèvement de la terouma ne repousse pas le chabbat, l'aspersion non plus. Tossefot ajoutent le quiproquo : Eliezer croit qu'Akiva parle de la haza'a du pesah, et, dans cette lecture, celle-là repousserait le chabbat. Akiva, lui, croit que le maître contredit son propre enseignement.
Seconde glose : on n'apprend pas la terouma des korbanot qui repoussent le chabbat. Manger la terouma peut attendre la sortie du chabbat.
Rabbi Akiva aussi, lorsqu'il lui a objecté, lui a objecté par la haza'a de la terouma : c'est une mitsva, et elle relève d'une shevout ! Et lui pensait : c'est la haza'a du pesah qu'il lui objecte.
Selon Oula, l'objection d'Akiva reste sur la terouma. Manger la terouma est une mitsva, la haza'a n'est qu'une shevout, et elle ne repousse pas le chabbat. De là, la shehita, melakha de la Torah, encore moins.
Rabbi Eliezer entend autre chose : une objection par la haza'a du pesah. D'où sa réponse, qu'il raisonne aussi sur elle.
Rabba objecte : Rabbi Akiva répondit et dit : l'aspersion de l'impur par un mort le prouvera, lorsque son septième jour tombe un chabbat, et que c'est la veille de Pesah, car c'est une mitsva, et elle relève d'une shevout, et elle ne repousse pas le chabbat.
Rabba lit une autre baraitha. Le cas est nommé : tamei met, son septième jour tombe un chabbat, et ce chabbat est erev pesah. L'aspersion permettrait le pesah. Elle est mitsva, elle n'est que shevout, et elle ne repousse pas le chabbat.
Akiva répond donc sur la haza'a du pesah, et la chose lui est évidente. Rachi : cette évidence vient de l'enseignement de Rabbi Eliezer. La lecture d'Oula, limitée à la terouma, ne tient plus.
Plutôt : c'est bien la haza'a du pesah qu'il lui a enseignée. Et puisque il la lui a enseignée, pourquoi Rabbi Eliezer la lui conteste-t-il ?
L'enseignement de Rabbi Eliezer s'est déraciné, et Rabbi Akiva est venu le lui rappeler. Qu'il le lui dise explicitement !
Il a pensé : ce n'est pas orah ar'a, la conduite convenable.
La baraitha de Rabba fixe l'enseignement : haza'a du pesah. Reste la question. Pourquoi le maître conteste-t-il ce qu'il a lui-même enseigné ?
It'akar : l'enseignement s'est déraciné, il l'a oublié. Akiva le ramène par le kal va-homer, sans le lui dire en face. Le dire ouvertement manquerait à orah ar'a. Rachi nomme déjà la gezera, développée au segment suivant, et le parallèle d'Avoda Zara 46b.
Et la haza'a, pour quelle raison ne repousse-t-elle pas le chabbat ? Puisque ce n'est qu'un simple tiltoul, qu'elle repousse le chabbat à cause du pesah !
Rabba a dit : gezera, de crainte qu'il la prenne et la déplace de quatre amot dans le reshut ha-rabim.
La haza'a elle-même est un tiltoul : on déplace l'eau du récipient vers l'homme. Pour le pesah, ce maniement devrait être permis.
Rabba place l'interdit dans une gezera. On craint qu'il prenne le récipient et fasse quatre amot dans le reshut ha-rabim, melakha de la Torah.
Tossefot : le porteur des mei hatat, eaux de la vache rousse, est impur, et il rendrait l'eau impure. Pourquoi craindre un transport qu'il ne ferait pas ? Réponse : un récipient de pierre ou de bouse ne reçoit pas la touma, l'eau reste apte, la gezera a donc un objet.
Et selon Rabbi Eliezer, qu'on la déplace ! Car Rabbi Eliezer a dit : les makhshirim de mitsva repoussent le chabbat.
On répond : ces paroles valent là où l'homme lui-même est apte, et l'obligation pèse sur lui. Mais ici, où l'homme lui-même n'est pas apte, l'obligation ne pèse pas sur lui.
Selon Rabbi Eliezer, les makhshirim repoussent même une melakha de la Torah. Le transport des quatre amot devrait donc être permis pour la haza'a du pesah.
La réponse serre une condition. L'homme doit déjà être hazi, apte, et l'obligation pèse alors sur lui. Rachi : apporter l'izmel pour un nourrisson déjà apte à la mila. Le tamei qui attend la haza'a n'est pas apte à manger le pesah. L'obligation ne pèse pas, et porter l'eau n'entre pas dans les makhshirim.
Rabba a dit : selon les paroles de Rabbi Eliezer, un petit bien portant, on lui chauffe de l'eau pour le fortifier et le circoncire le chabbat, car il est apte. Un petit malade, on ne lui chauffe pas d'eau pour le fortifier et le circoncire, car il n'est pas apte.
Rabba applique la condition au cas de la mila. Le petit bari, bien portant, est déjà apte sans lavage : chauffer l'eau le chabbat pour le fortifier entre dans les makhshirim. Le petit holeh, malade, ne devient apte qu'une fois lavé : tant qu'il ne l'est pas, on ne chauffe pas.
Tossefot limitent la distinction à Rabbi Eliezer. Rabbi Akiva, dans la mishna, prouve par la haza'a qu'une shevout de mitsva ne repousse pas, sans partager l'apte et l'inapte.
Rava a dit : et s'il est bien portant, pourquoi lui faut-il de l'eau chaude pour le fortifier ? Plutôt, Rava a dit : tous sont malades au regard de la mila.
Le petit bien portant comme le petit malade, on ne lui chauffe pas d'eau pour le fortifier et le circoncire le chabbat, car il n'est pas apte.
Rava reprend le petit bien portant. S'il est déjà fort, l'eau chaude ne sert pas à le fortifier. Il en conclut que, pour la mila, tout nourrisson est holeh tant qu'il n'a pas été lavé. On ne chauffe donc le chabbat ni pour l'un ni pour l'autre.
Rachi : l'eau doit venir de la veille. Tossefot précisent le cas où Rabbi Eliezer permet les makhshirim de la mila : l'eau est déjà chaude avant le chabbat, et l'enfant est alors hazi.
Abaye lui objecte : un arel qui ne s'est pas circoncis est passible de karet, paroles de Rabbi Eliezer. Or ici, l'homme lui-même n'est pas apte, et l'on enseigne qu'il est passible de karet.
Il en ressort : l'obligation pèse sur lui !
Abaye objecte à la condition de Rabba. Selon Rabbi Eliezer, un arel qui ne s'est pas circoncis est passible de karet pour le pesah. Tant qu'il est incirconcis, il n'est pas apte à en manger. Le karet montre pourtant que l'obligation pèse sur lui.
Rachi place la différence dans les six heures, à partir de la sixième heure, heure de la shehita. L'arel adulte peut encore se circoncire dans ce temps. Le tamei et l'homme du chemin lointain ne le peuvent pas, et avant ce temps l'obligation ne pèse pas. Là où l'on peut se mettre en règle, la mitsva pèse même si l'on n'est pas encore apte. De là, la haza'a du chabbat devrait elle aussi repousser le chabbat.
Rachi écarte une difficulté de plus loin, Pesachim 92a. Celui qui se sépare de l'orla est comme celui qui se sépare d'une tombe : haza'a du troisième et du septième jour, et la circoncision ne suffit pas. Ce cas vise un non-juif qui se convertit, au chapitre Ha-isha, et non l'arel israël qui se circoncit la veille de Pesah.
Rabba a dit : Rabbi Eliezer tient qu'on n'égorge pas et qu'on ne fait pas la zerika pour un impur par un sherets.
Rabba répond par une thèse de Rabbi Eliezer : on n'égorge pas le pesah, et on n'en fait pas la zerika, pour un tamei sherets. Rachi ne fait ici que fixer la leçon : c'est Rabba qui le dit. La suite du raisonnement est au daf suivant.
Tossefot prennent l'autre branche, celle où l'on égorgerait pour lui. Pourquoi le verset doit-il écrire qu'un impur ne fait pas le pesah ? Ish lefi okhlo exige déjà un homme apte à manger (Pesachim 78b). Le Rashba : le verset enseigne le pesah sheni. Sinon le second, tashlumin du premier, né tiendrait que pour qui était apte au premier, comme pour la hagiga (Pesachim 80a). Autre voie : ish ki yihyeh tamei, un particulier est renvoyé, le public offre en touma.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).