Sougya : La baraita de 6à demandé quand on commence à interroger et à enseigner les halakhot de Pessa'h : trente jours avant, ou deux semaines selon Rabban Shimon ben Gamliel. La preuve des trente jours est Moché au Pessa'h rishon, qui avertit déjà du Pessa'h sheni.
Rabban Shimon ben Gamliel s'appuie sur Roch Hodesh Nissan, et une gezera shava midbar-midbar fixe ce jour au 1er. De la, Rav enseigne qu'il n'y a pas d'ordre antérieur-postérieur dans la Torah entre deux inyanim, tandis que dans un seul inyan l'ordre écrit reste l'ordre réel, pour que klal et prat tiennent.
Nouvelle sougya : Rav exige le bitoul après la bedika. Les miettes ne comptent pas.
Rava decree à cause d'une belle galette. Après l'interdit, le hamets est hors de la reshut, et aux 4e et 5e heures on craint la peshia.
Puisque Moché se tient au premier Pessa'h, et avertit au sujet du second Pessa'h, comme il est dit : Les enfants d'Israël feront le Pessa'h en son temps. Et il est écrit : Il y eut des hommes qui étaient impurs par un mort.
Suite de la baraita de 6à. Le tana kama fixe l'étude des halakhot de Pessa'h à trente jours. Preuve : au Pessa'h rishon, le 14 Nissan, Moché avertit déjà du Pessa'h sheni, le 14 Iyar. Les hommes impurs par un mort viennent ce jour-la, et la halakha du second Pessa'h leur est dite.
Tossefot : la réponse pouvait s'arrêter à l'interdit de faire le Pessa'h. Le développement des halakhot montre qu'on enseigné à l'avance. À Gittin 60a, la paracha des impurs dite le jour de l'érection du Mishkan vise la touma de la teruma et des kodashim. Le verset des hommes impurs, lui, est de la veille de Pessa'h.
Et Rabban Shimon ben Gamliel peut te dire : puisqu'il était occupé des paroles de Pessa'h, il fait monter toutes les paroles de Pessa'h.
Rabban Shimon ben Gamliel écarte la preuve. Moché traitait déjà de Pessa'h. Il achève alors tout le sujet, y compris le second Pessa'h. On ne tire pas de cet enchaînement un délai de trente jours.
Quelle est la raison de Rabban Shimon ben Gamliel ? Puisque Moché se tient à Roch Hodesh, et avertit au sujet du Pessa'h, comme il est dit : Ce mois-ci est pour vous la tête des mois.
Et il est écrit : Parlez à toute la communauté d'Israël pour dire : au dix de ce mois, ils prendront pour eux chacun un agneau pour la maison des pères, etc.
Sa preuve à lui vise deux semaines. À Roch Hodesh Nissan, au verset de ce mois-ci, Moché avertit déjà : le 10, chaque maison prend l'agneau du Pessa'h. Du 1er au 14, le délai est de deux semaines, les shtei chabbatot de la baraita.
D'où tient-on qu'il se tient au début du mois ? Peut-être se tient-il au quatre du mois, où au cinq du mois ?
Le verset du 10 ne date pas la parole. Elle peut avoir eu lieu le 4 où le 5. Le délai tomberait alors au-dessous de deux semaines, et la preuve de Rabban Shimon ben Gamliel ne tiendrait plus.
Tossefot : à Chabbat 86b, la gezera shava de ce jour-ci et de ce mois-ci tient l'arrivée au Sinaï pour un Roch Hodesh, et Menahot 29a placé la vision de la lune, ke-zeh rée ve-kadesh, à ce jour. Rabbeinou Tam sépare la parole dite à Moché et la parole dite à Israël. Le Ri sépare ce mois-ci et l'ordre de prendre l'agneau. La forme midbar ne s'apprend pas de be-midbar.
Plutôt, Rabba bar Shimi à dit au nom de Ravina, d'ici : Hachem parla à Moché dans le désert du Sinaï, en la seconde année, au premier mois. Et il est écrit : Les enfants d'Israël feront le Pessa'h en son temps.
Ici aussi : d'où tient-on qu'il se tient au début du mois ? Peut-être se tient-il au quatre du mois, où au cinq du mois ?
Autre source, Nombres 9. La parole est placée au premier mois de la seconde année, et le verset suivant ordonné le Pessa'h en son temps. On a donc un enseignement avant la fête. La même question revient : le premier mois peut désigner le 4 ou le 5, et non le 1er.
Rav Nahman bar Yitshak à dit : cela s'apprend, midbar de midbar. Il est écrit ici : dans le désert du Sinaï.
Et il est écrit la-bas : Hachem parla à Moché dans le désert du Sinaï, dans la Tente d'assignation, le premier du second mois. De même que la-bas c'est à Roch Hodesh, de même ici c'est à Roch Hodesh.
Gezera shava. Le mot midbar du premier mois (Nombres 9) est lu sur le mot midbar du recensement (Nombres 1). La-bas, le verset date la parole : le premier du second mois. Ici, la parole de Pessa'h est donc aussi au premier du mois. Le délai de deux semaines est fixe.
Qu'on écrive d'abord ce qui est du premier mois, et ensuite qu'on écrive ce qui est du second mois. Rav Menashya bar Tahlifa à dit au nom de Rav : cela enseigne qu'il n'y a pas d'antérieur et de postérieur dans la Torah.
Si la parole de Nombres 9 est du 1er Nissan, et le recensement du 1er Iyar, l'ordre du livre est inverse : Iyar ouvre Bamidbar, Nissan est dans Behaalotkha. Rav, par Rav Menashya bar Tahlifa : ein mukdam u-meuhar ba-Torah. La Torah ne range pas les parashiot selon le temps où elles ont été dites.
Rav Papa à dit : nous ne l'avons dit que pour deux inyanim (sujets). Mais dans un seul inyan, ce qui est antérieur est antérieur, et ce qui est postérieur est postérieur.
Car sans cela, un klal et un prat : le klal ne contient que ce qui est dans le prat, peut-être est-ce un prat et un klal !
Rav Papa borne la règle. Deux inyanim : l'ordre du livre ne dit pas l'ordre du temps. Un seul inyan : le verset écrit avant à été dit avant, le verset écrit après à été dit après.
Sinon, la mida klal u-prat ne tiendrait plus. Elle réduit le général au particulier seulement parce que le prat vient après le klal. Inverse, ce serait un prat suivi d'un klal, et la mida change. Tossefot : la où une derasha où une raison réordonne, l'écrit cède. Exemple : à Sanhédrin 45a, on précipité le lapidé avant de le lapider, bien que la lapidation soit écrite d'abord, à cause du verset où la lapidation achève la mort.
Et encore : un prat et un klal, le klal devient un ajout au prat. Peut-être est-ce un klal et un prat !
Deuxième mida, en miroir. Prat u-klal : le klal qui suit élargit, jusqu'à ce qui ne ressemble pas au prat. Rachi : sans ce klal, on n'aurait que le prat et son semblable, par binian av. Si l'ordre interne n'était pas fixe, ce klal pourrait être lu comme venant avant, et la mida se renverserait en klal u-prat.
S'il en est ainsi, même pour deux inyanim ! Cela se tient selon celui qui dit : un klal et un prat éloignés l'un de l'autre, on ne les juge pas en klal et prat.
C'est bien. Mais selon celui qui dit : on les juge, que dire ?
L'objection retourne l'argument. Si l'absence d'ordre empêche klal u-prat, elle l'empêche aussi entre deux inyanim, des que les versets sont dans deux parashiot. Selon l'avis qui refuse de drasher un klal et un prat éloignés, la difficulté tombe : ces versets-la ne font pas l'objet de la mida. Selon l'avis qui les drash, la question reste ouverte. Rachi situe la mahloket à Menahot 55b et Bava Kamma 85a.
Même selon celui qui dit : on les juge, ces paroles visent un seul inyan. Mais pour deux inyanim, on ne les juge pas.
Réponse. L'avis qui drash des versets éloignés ne le fait que dans un seul inyan, même si les versets sont séparés dans le livre. Deux inyanim : pas de klal u-prat, puisque l'ordre du temps n'est pas celui de l'écrit.
Tossefot : à Bava Kamma 54b, on enchaîne klal, prat et klal d'une table des dix paroles à l'autre, malgré l'éloignement. Les dix paroles restent un seul inyan : elles ont été dites be-dibur ehad, en une seule parole.
Rav Yehouda à dit au nom de Rav : celui qui fait la bedika doit annuler. Quelle est la raison ?
Si l'on dit : à cause des miettes, les voici qui ne comptent pas.
Nouvelle sougya. Après la bedika (recherche du hamets), Rav exige le bitoul : annuler dans son cœur, et le dire. Rachi donne la formule courte : tout hamira de cette maison, qu'il soit annulé.
La première raison proposée, les perurin (miettes) laissées par la recherche, ne tient pas. Elles ne sont pas hashuv (assez importantes pour compter). La suite examine si la garde de la maison les rend importantes.
Et si tu dis : puisqu'il les garde du fait de sa maison, elles comptent. Or on a enseigné : fins de figues, et il garde son champ à cause des raisins.
Fins de raisins, et il garde son champ à cause des champs de concombres et à cause des courges.
Reprise possible : les miettes sont gardées agav beiteh, du fait de la maison. Fermer la maison garde tout ce qui est dedans. Cela suffirait à les rendre hashuv.
La baraita répond par les sofei te'enim, les dernières figues, restées crues. Le maître garde le champ pour les raisins, puis, en fin de raisins, pour les concombres et les courges. Rachi : une shemira qui ne vise pas le fruit lui-même ne le rend pas important. Il lit makshaot et dle'uot comme un nom pour tous les arbres du champ.
Quand le propriétaire y tient, ils sont interdits à cause du vol, et soumis à la dîme. Quand le propriétaire n'y tient pas, ils sont permis du côté du vol, et exempts du côté de la dîme.
Le critère est le kapda, le fait que le maître y tienne. S'il y tient : gezel (vol) de les prendre, et maaser (dîme) s'il les cueille où les donne. S'il n'y tient pas : pas de vol, et pas de dîme, parce que c'est du hefker.
La garde du champ pour un autre fruit ne change pas ce statut. De même, fermer la maison ne rend pas les miettes hashuv. Le bitoul ne se justifie donc pas par elles.
Rava à dit : un décret, de crainte qu'il trouve une belle galette, et que sa pensée soit sur elle. Et quand tu la trouves, annule-la !
Raison retenue, Rava : une gezeira. On craint une geluska yafa, une belle galette, oubliée dans un coin, à laquelle il tient. Elle ne tombe pas d'elle-même au hefker, comme les miettes. Rachi : il la ménage au moment de la brûler, diffère un instant, et passe sur bal yerae et bal yimatse. Le bitoul fait cesser, et le verset n'a écrit que tashbitu.
La guemara objecte : qu'il annule au moment où il la trouve. Tossefot : selon Rachi, sa pensée sur elle signifie qu'il refuse de l'annuler. L'objection de la guemara suppose au contraire qu'il peut encore l'annuler à ce moment-la. Le Roch rassemble ici toute la sougya, la formule kol hamira, l'heure de la sixième, les kidouchin par du blé de Kurdanaya, et le minhag : bitoul la nuit et bitoul au moment de la serifa, les deux ensemble.
Il se peut que tu la trouves après l'interdit. Elle ne se tient plus dans sa reshut, et il ne peut plus annuler.
Car Rabbi Elazar à dit : deux choses ne sont pas dans la reshut de l'homme, et le verset les a faites comme si elles étaient dans sa reshut. Les voici : un puits dans le domaine public, et le hamets à partir de six heures et au-delà.
Réponse. Il peut trouver la galette le-batar issura, une fois l'interdit déjà la. À ce moment le hamets lav bi-reshutei : il n'est plus dans son domaine au sens où le bitoul exige un bien à lui. Il ne peut plus l'annuler.
Rabbi Elazar : deux choses que l'homme ne possède pas, et que le verset lui impute comme si elles étaient dans sa reshut, pour le rendre hayav. Un bor dans le reshut ha-rabim : le puits est hefker, et celui qui l'a ouvert paie les nezek. Le hamets des six heures et au-delà : il ne vaut plus rien pour lui, et bal yerae demeure. Tossefot : Rachi lit des le début de la sixième heure. Rabbeinou Tam lit la fin de la sixième, et s'appuie sur le blé dur de Kurdanaya, hamets noukche, interdit seulement de-rabbanan.
Qu'il annule à la quatrième, et qu'il annule à la cinquième. Puisque ce n'est ni le temps de l'interdit, ni le temps du biour, il se peut qu'il fasse peshia et qu'il n'annule pas.
Dernière objection. La 4e et la 5e heure du 14 sont encore avant l'interdit et avant le biour. On pourrait fixer le bitoul la, pour chacun, plutôt qu'à la nuit de la bedika.
Réponse : ces heures n'ont pas de repère. Ni l'interdit ni l'élimination ne les marquent. On craint la peshia : il oublié. À la bedika, il est occupé du hamets, et c'est cette occupation qui le fait se souvenir d'annuler.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).