Sougya : Le mot qui ouvre le daf achève la phrase de 75b : chaud tombe dans chaud, tous l'interdisent. Froid dans froid, tous le permettent.
Entre les deux, Rav et Shmuel se partagent : ila'a gavar, le dessus impose sa chaleur ; tata'a gavar, le dessous l'emporte. La mishna du jus sur le tesson, du jus sur la farine, et de l'huile de teruma sert d'épreuve, puis deux baraitot suivent Shmuel et corrigent le chaud dans le froid : on pèle.
Rav Houna réserve le rinçage au cas sans sel. Shmuel pose le salé comme le bouillant et le mariné comme le cuit.
Rava limite cela au sel qui gâte le goût. Rav Hinana permet un jeune pigeon tombé dans le koutah, tant qu'il est cru, sans fente et sans épice.
C'est interdit. Du froid dans du froid : de l'avis de tous, c'est permis.
Du chaud dans du froid, et du froid dans du chaud, Rav dit : le supérieur l'emporte. Et Shmuel dit : l'inférieur l'emporte.
Le mot assour ferme la phrase ouverte en 75b : chaud tombe dans chaud, de l'avis de tous, c'est interdit. Le permis à absorbé de l'interdit. Froid dans froid, tous le permettent.
Le débat porte sur les cas mélangés. Ila'a gavar : le dessus impose son état. Chaud sur froid, Rav interdit, le dessus chauffe le dessous. Froid sur chaud, Rav permet, le dessus refroidit. Tata'a gavar : Shmuel inverse. Rachi : pour les interdits, la halakha suit d'ordinaire Rav. Ici elle suit Shmuel, appuyée par deux baraitot qui viennent plus bas.
Nous avons appris : s'il a dégoutté de son jus sur le tesson et qu'il y est revenu, on en retire la place. Il te vient à l'esprit : sur un tesson froid.
Cela se tient selon Rav, qui dit que le supérieur l'emporte : c'est pour cela qu'on en retire la place, car le jus va et fait bouillir le tesson, puis le tesson fait bouillir le jus. Et quand le jus revient sur le pesah, le pesah rôtit du fait de la chaleur du tesson.
Et le Miséricordieux a dit : tseli ech (rôti au feu), et non un rôti du fait d'autre chose.
Mishna. Le rotav, le jus du pesah, tombe sur le hères, le tesson, puis revient sur la viande. On retire cet endroit. L'hava amina lit un tesson froid, pour faire jouer la mahloket.
Selon Rav, le dessus l'emporte. Le jus chaud chauffe le tesson, le tesson renvoie cette chaleur au jus. Au retour, le pesah est rôti par le tesson : tseli mehamat davar aher, rôti du fait d'autre chose. Le verset demande un tseli ech.
Tossefot. On n'objecte pas depuis "il a touché le tesson du four, on pèle" : là, tous admettent une absorption d'une pelure, ou bien le mot "touche" ne dit pas le sens du contact, et le tesson du four est chaud. La broche de bois, selon le Ri, ne garde pas la chaleur comme le tesson ou la farine. Une leçon de Rabbeinou Hananel fait porter le rôtissage sur le jus : la cause nommée est le tesson.
Mais selon Shmuel, qui dit que l'inférieur l'emporte : le tesson, puisqu'il est froid, refroidit le jus. Pourquoi en retirer la place ?
Comme l'a dit Rabbi Yirmeya que Shmuel a dit : dans de la farine bouillante. Ici aussi, dans un tesson bouillant.
Selon Shmuel, un tesson froid, étant le dessous, refroidit le jus. Rien n'est absorbé. Retirer la place n'a plus de motif. Rachi refuse la leçon "il suffit d'en peler la place".
La Guemara répond par anticipation. Rabbi Yirmeya au nom de Shmuel lira la farine comme bouillante. Ici de même : le tesson est déjà bouillant. Chaud sur chaud, même Shmuel interdit.
Tossefot. Rabbeinou Hananel gardait "il suffit d'enlever sa place". Rachi l'ôte : un jus refroidi, quel interdit porterait-il ? Rabbeinou Tam maintient la leçon pour un jus encore cru, ever na. Une fois rôti comme il faut, une cuisson ultérieure hors de l'eau ne l'invalide plus : le riboui de ou-vashel mevushal ne vise que l'eau (Pesahim 41a). Sinon, couper le pesah chaud au couteau le ferait rôtir par le fer. Cuire la farine ne sauve pas le jus : cette cuisson serait elle-même un rôti par autre chose. Rabbeinou Tam préfère nommer chaque interdit qui s'applique, y compris celui du cru.
Nous avons appris : s'il a dégoutté de son jus sur la farine, on en prélève une poignée à sa place. Il te vient à l'esprit : dans de la farine froide.
Cela se tient selon Rav, qui dit que le supérieur l'emporte : c'est pour cela qu'on en prélève une poignée à sa place, car il fait bouillir la farine qui est autour de lui, puis la farine le fait bouillir, lui, et le jus rôtit du fait de la chaleur de la farine. Et le Miséricordieux a dit : tseli ech (rôti au feu), et non un rôti du fait d'autre chose.
Second cas de la mishna. Le jus tombe sur la solet, la farine. On en prélève une kemitza, une poignée, à cet endroit. Plus qu'une pelure : la farine du pourtour a été chauffée.
Selon Rav, le jus, dessus, chauffe cette farine, et la farine renvoie la chaleur au jus. Le jus est alors rôti par la farine. Rachi lit hodarneh comme "autour de lui", saviv saviv. Ici le sujet du rôtissage est le jus, là où le segment du tesson nommait le pesah.
Mais selon Shmuel, qui dit que l'inférieur l'emporte : la farine, puisqu'elle est froide, le refroidit. Pourquoi me faut-il : on en prélève une poignée à sa place ?
(Il lui suffirait d'en enlever la place !) Rabbi Yirmeya a dit que Shmuel a dit : dans de la farine bouillante.
Même attaque, sur la farine. Selon Shmuel, la farine froide refroidit le jus. Une kemitza, poignée de tout le pourtour, dépasse le besoin. La parenthèse du texte propose une mesure moindre : enlever seulement la place.
Rabbi Yirmeya au nom de Shmuel : la mishna parle d'une farine déjà bouillante. Chaud dans chaud. La poignée a un motif. Rachi, ici encore, ne lit pas "il suffit d'enlever sa place". L'autre glose note qu'une pelure reste due même au froid : un pesah rôti et sec laisse entrer un peu d'huile.
Nous avons appris : s'il l'a oint d'huile de teruma, si c'est une havura de cohanim, ils mangent. Si c'est une havura d'Israël : s'il est cru, on le rince ; s'il est rôti, on pèle l'extérieur.
Cela se tient selon Rav, qui dit que le supérieur l'emporte : c'est pour cela qu'une pelure lui suffit, parce que le supérieur est froid.
Troisième cas. On oint le pesah d'huile de teruma. Une havura de cohanim peut manger la teruma : ils mangent le pesah ainsi. Une havura d'Israël : le cru se rince, l'huile reste en surface. Le rôti se pèle : la surface sèche a pris un peu d'huile.
Selon Rav, l'huile est le dessus, et elle est froide. Elle refroidit, elle n'enfonce pas la chaleur. La kelipa suffit. Tossefot : l'onction a lieu après le rôti, et l'agneau ne retourne pas au four. La chaleur du four ferait absorber l'huile, même selon Rav.
Mais selon Shmuel, qui dit que l'inférieur l'emporte : puisqu'il est chaud, il absorbe. Pourquoi une pelure lui suffit-elle ?
Qu'il soit entièrement interdit ! L'onction est différente : on n'en fait qu'une quantité infime.
Selon Shmuel, le pesah rôti est le dessous, et il est chaud. Il doit absorber l'huile de teruma dans toute son épaisseur. Une pelure serait trop peu. Tout le pesah serait interdit aux Israël.
Réponse : la sikha, l'onction, n'étale qu'un mashehu, une quantité infime. Ce peu ne suffit pas à interdire l'ensemble. On en reste à la pelure de la mishna.
Une baraita a été enseignée selon Shmuel : du chaud dans du chaud, interdit. Et de même, du froid qu'on a mis dans du chaud, interdit.
Du chaud dans du froid, et du froid dans du froid : on rince.
Première baraita alignée sur Shmuel. Chaud dans chaud, interdit. Froid placé dans du chaud, interdit : le dessous chaud fait absorber. C'est le signe que tata'a gavar. Chaud dans froid, et froid dans froid : le texte dit qu'on rince. Le segment suivant corrige le premier de ces deux cas.
Du chaud dans du froid, on rince ? Puisqu'il est chaud, le temps qu'on le refroidisse, il est impossible qu'il n'absorbe pas un peu.
Une pelure, du moins, serait exigée ! Dis plutôt : du chaud dans du froid, on pèle.
Du froid dans du froid, on rince.
La baraita disait : chaud tombe dans froid, on rince. La Guemara reprend. Tant que le dessous n'a pas refroidi le dessus, un peu d'interdit entre. Rachi : kol shehou, un tant soit peu, avant le refroidissement.
On corrige la leçon. Chaud dans froid : kolef, on pèle. Froid dans froid : medi'ah, on rince. Shmuel reste suivi. Le rinçage seul ne couvre plus le chaud qui tombe sur du froid.
On a enseigné une autre baraita : de la viande bouillante qui est tombée dans du lait bouillant, et de même du froid qui est tombé dans du chaud, interdit. Du chaud dans du froid, et du froid dans du froid : on rince.
Du chaud dans du froid, on rince ? Puisqu'il est chaud, le temps qu'on le refroidisse, il est impossible qu'il n'absorbe pas un peu.
Une pelure, du moins, serait exigée ! Dis plutôt : du chaud dans du froid, on pèle.
Du froid dans du froid, on rince.
Seconde baraita, le cas de bassar be-halav. Viande bouillante dans du lait bouillant, interdit. Viande froide dans du lait chaud, interdit. Puis la même formule, et la même correction : chaud dans froid, on pèle ; froid dans froid, on rince.
Tossefot. Pourquoi une seconde baraita, si le partage est le même ? Rabbeinou Tam : le lait, qu'on ne pèle pas, reste permis. La baraita n'édicte un interdit que pour la viande, là où la pelure a un sens. Le Riva exige une annulation à shishim, soixante fois le volume de la pelure qu'on aurait retirée.
Le maître a dit : du froid dans du froid, on rince. Rav Houna a dit : on n'a enseigné cela que s'il n'a pas salé.
Mais s'il a salé, c'est interdit. Car Shmuel a dit : le salé est comme le bouillant.
Le mariné est comme le cuit.
Rav Houna serre le rinçage du froid dans le froid. La baraita vise le cas sans sel. Dès qu'on a salé, c'est interdit.
Deux règles de Shmuel. Maliah ke-roteah : le salé est comme le bouillant, il transmet et absorbe le goût. Kavoush ke-mevushal : le mariné est comme le cuit. Rachi : mariné dans le vinaigre. Interdit et permis marinés ensemble, le tout est interdit.
Rava a dit : ce qu'a dit Shmuel, le salé est comme le bouillant (etc.), on ne l'a dit [on ne l'a enseigné] que lorsqu'il n'est pas mangé à cause de son sel. Mais s'il est mangé à cause de son sel, non.
Rava borne la règle de Shmuel. Le sel qui compte comme le bouillant est celui qui gâte : eino ne'ekhal mahamat melho, on ne le mange pas tel quel, à cause de son sel. Un salage qu'on mange encore avec son sel ne transmet pas comme le feu.
Le texte porte deux leçons sur le verbe : amran entre parenthèses, shanou entre crochets. Les deux disent que la règle n'a été posée que pour ce sel-là. Rachi : "il n'est pas mangé" ne veut pas dire qu'aucun homme ne pourrait y toucher. Le goût est abîmé, makdiah, un peu brûlé. Il faudrait rincer pour le manger. Cela suffit pour l'interdire.
Un certain jeune pigeon est tombé dans une cruche de kamkha. Rav Hinana, fils de Rava, de Pashronya, l'a permis.
Fait. Un bar gozla, un jeune pigeon, tombe dans une cruche de kamkha. Rachi : c'est du koutah, et il contient du petit-lait, nisyubei de-halba. Viande et lait, et le koutah est salé. Rav Hinana, fils de Rava, de Pashronya, permet.
Rava a dit : qui est assez sage pour permettre une chose comme celle-ci, si ce n'est Rav Hinana, fils de Rava, de Pashronya, car c'est un grand homme. Il te dit : quand Shmuel a dit que le salé est comme le bouillant, c'est pour ce qui n'est pas mangé à cause de son sel.
Celui-ci est mangé à cause de son sel.
Rava loue la décision. Permettre ce pigeon demande de bien lire Shmuel. Rav Hinana, gavra rabba, un grand homme, aurait cette réponse : le koutah se mange avec son sel. Il n'entre pas dans maliah ke-roteah.
Reste alors un froid dans un froid. Rachi : Pashronya est un nom de lieu. Le segment suivant pose les réserves : cru, fentes, épices.
Et ces paroles visent le cru. Mais le rôti exige une pelure.
Et nous n'avons dit cela que s'il n'a pas de fentes. Mais s'il a des fentes, c'est interdit.
Et s'il est assaisonné d'épices, c'est interdit.
La permission de Rav Hinana vise l'oiseau cru. Le tsali, le rôti, a la chair amollie : il faut une kelipa. Rachi lit la suite sur cette pelure : elle ne suffit que sans pili, sans fente. Le mot du laaz de Rachi est crevasses. Une fente laisse entrer le lait : interdit.
Des tavlin, des épices, amollissent aussi et font boire le koutah. Interdit. Rachi rappelle que le pigeon du fait était froid : le sel du koutah, mangeable, ne le faisait pas bouillir.
Rav a dit :
La phrase s'ouvre ici et continue au daf 76b.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).