Pesachim 76b - L'arôme entre deux viandes, et les offrandes qui viennent en touma

Pesachim 76b

Sougya : L'amoud tranche d'abord l'arôme, reicha. Rav interdit la viande de chehita grasse rôtie avec une nevela maigre : les odeurs s'engraissent l'une l'autre.

Levi permet même le cas inverse : l'arôme ne compte pas, et il l'a appliqué chez l'exilarque pour un chevreau rôti avec un porc. Une baraïta sur deux pesahim, puis le pain posé sur une barrique de terouma, servent à situer le débat.

Rachi suit Levi ; Rabbeinou Tam suit Rav. La michna énumère ensuite cinq offrandes qui viennent en touma et ne s'y mangent pas.

Le pesah qui vient en touma s'y mange. Le compte cinq écarte la hagiga du quinze.

L'arôme, reicha : Rav et Levi Deux pièces dans un four, sur deux broches, sans se toucher. Rav reicha milta l'arôme compte Chehita grasse + nevela maigre L'odeur va, engraisse, revient La chehita est interdite À plus forte raison si la nevela est grasse et la chehita maigre Le cas maigre est le hidouch Levi reicha lav milta l'arôme ne compte pas Même chehita maigre + nevela grasse : permis C'est un simple arôme Chez l'exilarque : chevreau rôti avec un porc, il a permis Le cas est déjà arrivé Rachi, Gueonim Halakha comme Levi Rava, Avoda Zara 66b Rabbeinou Tam Halakha comme Rav Pain, poisson, tourte : voir Tossefot
Rav : l'arôme compte, la chehita grasse rôtie avec une nevela maigre est interdite. Levi : l'arôme ne compte pas. Rachi suit Levi. Rabbeinou Tam suit Rav.
Pain et barrique de vin de terouma Reish Lakish. Tous tiennent que l'arôme compte. Le débat porte sur l'entrée de l'odeur. Pain chaud, barrique ouverte Tous interdisent L'odeur sort et le pain l'absorbe Deux pesahim dans un four : ce cas Pain froid, barrique bouchée Tous permettent megufa : le bouchon ferme Lecture de Rabbi Yehouda selon Rav Pain chaud, barrique cachetée Débat hatuma : le sceau peut laisser une fente Pain froid, barrique ouverte Débat L'odeur est là, le pain est froid Rabbi Yosse : le pain de blé passe, le pain d'orge absorbe, shoeva.
Pain chaud et barrique ouverte : tous interdisent. Pain froid et barrique bouchée : tous permettent. Les deux cas mêlés restent en débat.
Cinq offrandes, et le pesah Elles viennent en touma. La consommation suit une autre règle. Viennent en touma, ne se mangent pas en touma 1. Omer orge du 16 nissan 2. Chtei ha-le'hem deux pains de Chavouot 3. Lechem ha-panim pains de proposition 4. Shalmei tsibour agneaux d'Atseret 5. Boucs de Roch Hodech hatat de Roch Hodech Le chiffre cinq écarte la hagiga du quinze. Elle a des jours de rattrapage : elle ne repousse pas le chabbat, Pesah en touma Majorité du public impure Il vient en touma et se mange en touma Dès l'origine : pour être mangé lefi okhlo Un particulier est renvoyé. Hagiga du quinze : rattrapage sur sept jours, donc pas le chabbat, donc pas la touma. Tossefot lit seulement le second maillon : pas le chabbat, donc pas la touma.
Cinq offrandes viennent en touma et ne s'y mangent pas. Le pesah qui vient en touma s'y mange. La hagiga du quinze est hors du compte.
1
בשר שחוטה שמן, שצלאו עם בשר נבילה כחוש — אסור. מאי טעמא — מפטמי מהדדי.

De la viande de chehita (abattage rituel) grasse, qu'on a rôtie avec de la viande de nevela (bête non abattue selon la règle) maigre : elle est interdite. Quelle est la raison ?

Elles s'engraissent l'une l'autre.

📜 Rachi (1)
בשר שחוטה שמן שצלאו בתנור בשני שפודים זה רחוק מזה אסור שהריח מן השמן נכנס לכחוש ומפטמו וחוזר זה ומוציא ריח גם הוא וכ"ש שחוטה כחושה ונבילה שמינה ורבותא אשמעינן רב דלא נימא נבילה כחושה הואיל ואין ריחה נודף לא אסרה לה לשחוטה ואשמעינן דשומן שחוטה מפטם לנבילה בריחא והדר מפקא איהו ריחא:
De la viande de chehita grasse qu'on a rôtie : dans un four, sur deux broches, l'une loin de l'autre. C'est interdit, car l'odeur de la grasse entre dans la maigre, l'engraisse, puis celle-ci émet elle aussi une odeur. À plus forte raison une chehita maigre et une nevela grasse. Rav nous apprend une nouveauté : que l'on ne dise pas que la nevela maigre, puisqu'elle ne répand pas d'odeur, n'interdit pas la chehita. Il nous apprend que la graisse de la chehita engraisse la nevela par l'arôme, et qu'ensuite celle-ci émet un arôme.
💡 Explication

La phrase est de Rav. Les deux pièces ne se touchent pas. L'interdit voyage par l'odeur : la graisse de la chehita entre dans la nevela maigre, puis l'odeur qui en sort est déjà celle de l'interdit.

Le cas est le plus faible. Une nevela maigre, seule, ne sent guère. C'est la graisse permise qui la fait sentir. Mefatmei mehadadei : elles s'engraissent l'une l'autre.

🖼️ Schéma
L'odeur part et revient Chehita grasse Elle répand l'odeur broche éloignée Nevela maigre L'odeur l'engraisse puis elle sent à son tour Retour L'interdit revient la chehita est interdite Sans contact des chairs. Rav : mefatmei mehadadei, elles s'engraissent l'une l'autre.
L'odeur de la chehita grasse engraisse la nevela maigre, puis revient chargée de l'interdit.
2
ולוי אמר: אפילו בשר שחוטה כחוש, שצלאו עם בשר נבילה שמן — מותר. מאי טעמא — ריחא בעלמא הוא, וריחא לאו מילתא היא. עביד לוי עובדא בי ריש גלותא בגדי ודבר אחר.

Et Levi dit : même de la viande de chehita maigre, qu'on a rôtie avec de la viande de nevela grasse, est permise. Quelle est la raison ?

C'est un simple arôme, et l'arôme ne compte pas (reicha lav milta hi). Levi a tranché en pratique chez l'exilarque, pour un chevreau et une autre chose.

📜 Rachi (2)
עבד עובדא שנצלו בתנור ובא מעשה לפניו והתיר:
Il a tranché en pratique : ils avaient été rôtis dans un four, l'affaire est venue devant lui, et il a permis.
דבר אחר חזיר:
Une autre chose : un porc.
💡 Explication

Levi tient l'inverse, et dans le cas fort : la nevela est grasse, la chehita est maigre. L'odeur passe. Elle ne rend pas interdit.

Chez le resh galouta, un chevreau avait été rôti avec un porc. Le cas était déjà fait. Levi a permis. Davar aher est ici le porc, dit par euphémisme.

3
מיתיבי: אין צולין שני פסחים כאחד מפני התערובת. מאי לאו — תערובת טעמים, וקשיא ללוי! לא, מפני תערובת גופין.

On objecte : on ne rôtit pas deux pesahim ensemble, à cause du mélange. N'est-ce pas un mélange de goûts, et cela fait difficulté à Levi ?

C'est à cause du mélange des corps.

📜 Rachi (3)
אין צולין שני פסחים כאחד מפני התערובת ונמצא פסח נאכל שלא למנוייו ואפילו גדי וטלה שאין מתחלפין זה בזה:
On ne rôtit pas deux pesahim ensemble à cause du mélange : le pesah se trouverait mangé par d'autres que ses inscrits. Même un chevreau et un agneau, qui ne se confondent pas l'un avec l'autre.
מאי לאו תערובת טעמים דפטמי מהדדי ונמצא פסח נאכל שלא למנוייו:
N'est-ce pas un mélange de goûts : ils s'engraissent l'un l'autre, et le pesah se trouve mangé par d'autres que ses inscrits.
לא מפני תערובת גופים שלא יתערבו זה בזה ואפילו גדי וטלה זימנין דלאו אדעתייהו ואיחלפי:
C'est à cause du mélange des corps : qu'ils ne se mêlent pas l'un à l'autre. Même un chevreau et un agneau, il arrive qu'on n'y prête pas attention et qu'on les échange.
🗂️ Tossefot (1)
מאי לאו תערובת טעמים לפי מה שפי' בקונטרס דלוי לא שרי אלא בדיעבד קשיא מה פריך דהכא לכתחלה קתני אבל בדיעבד הוה שרי כלוי:
N'est-ce pas un mélange de goûts. Selon ce que le commentaire (Rachi) explique, Levi ne permet qu'après coup (bediavad). Difficulté : que vient-on objecter ? Ici on enseigne l'interdit à priori (lekhatehila), et après coup ce serait permis, comme Levi.
💡 Explication

Chaque pesah ne se mange que par son groupe, les menouyim. Deux bêtes dans le même four peuvent s'échanger : mélange des corps. Leurs odeurs peuvent aussi passer : mélange des goûts.

La gemara propose d'abord les goûts, ce qui gênerait Levi. Elle répond : les corps. Tossefot : Rachi lit le permis de Levi comme un permis après coup. La baraïta, elle, interdit à priori. L'objection portée à Levi reste alors à expliquer.

4
הכי נמי מסתברא, מדקתני סיפא: אפילו גדי וטלה. אי אמרת בשלמא מפני גופין — היינו דקתני אפילו גדי וטלה. אלא אי אמרת מפני תערובת טעמים, מה לי גדי וטלה מה לי גדי וגדי.

Cela se tient aussi, puisqu'on enseigne à la fin : même un chevreau et un agneau. Si tu dis que c'est à cause des corps, on comprend qu'on enseigne même un chevreau et un agneau.

Si tu dis que c'est à cause du mélange des goûts, quelle différence entre un chevreau et un agneau, et un chevreau et un chevreau.

💡 Explication

Chevreau et agneau ne se ressemblent pas. Si l'interdit venait seulement des goûts, la fin de la baraïta n'apprendrait rien : l'odeur passe aussi entre deux chevreaux.

L'enseignement même un chevreau et un agneau vise donc la confusion des bêtes, une fois dépouillées, quand on n'y prête pas attention.

5
אלא מאי, על כרחיך מפני תערובת גופין הוא דאסור, אבל תערובת טעמים — שרי, לימא תיהוי תיובתיה דרב! אמר רבי ירמיה: הכא במאי עסקינן, כגון שצלאו בשתי קדירות.

Alors quoi ? Forcément, c'est à cause du mélange des corps que c'est interdit, et le mélange des goûts est permis.

Dirons-nous que cela réfute Rav ? Rabbi Yirmeya dit : de quoi s'agit-il ici ?

D'un cas où on les a rôtis dans deux marmites.

📜 Rachi (3)
אלא מאי על כרחיך דקתני ביה ואפילו גדי וטלה שמעינן מינה דמפני תערובת גופים קאמר אבל לתערובת טעמים לא חייש נימא תיהוי תיובתא דרב:
Alors quoi, forcément : puisqu'on y enseigne même un chevreau et un agneau, nous apprenons qu'il parle du mélange des corps, et qu'il ne se soucie pas du mélange des goûts. Dirons-nous que c'est une réfutation de Rav ?
הכא במאי עסקינן דקתני גדי וטלה דלא חייש לתערובת טעמים שצלאן בשתי קדירות:
De quoi s'agit-il ici : là où l'on enseigne chevreau et agneau, et où l'on ne se soucie pas du mélange des goûts, c'est qu'on les a rôtis dans deux marmites.
שתי קדירות ס"ד וכי צולין פסח בקדירה:
Deux marmites, cela te vient à l'esprit ? Rôtit-on le pesah dans une marmite ?
🗂️ Tossefot (1)
נימא תהוי תיובתא דרב תימה מאי קושיא הא דאסר משום תערובת גופים היינו היכא דשניהם כחושים דליכא תערובת טעמים:
Dirons-nous que c'est une réfutation de Rav. Étonnement : quelle est la difficulté ? Ce qu'on interdit à cause du mélange des corps, c'est là où les deux sont maigres, où il n'y a pas de mélange de goûts.
💡 Explication

Si la baraïta ne vise que les corps, elle laisserait les goûts permis. Ce serait une tiouvta, une réfutation, de Rav.

Rabbi Yirmeya sort le cas des goûts : les deux pesahim sont dans deux marmites, l'odeur ne passe pas. Rachi note tout de suite que le pesah ne se rôtit pas dans une marmite. La suite corrigera : à la façon de deux marmites.

Tossefot : l'interdit des corps vise deux bêtes maigres, sans graisse à transmettre. Cela ne prouve pas que Rav permettrait un mélange de goûts là où il y a de la graisse.

6
בשתי קדירות סלקא דעתך?! אלא אימא: כעין שתי קדירות. והכי קאמר: אין צולין שני פסחים כאחד מפני תערובת. מאי תערובת — תערובת טעמים. ואפילו כעין שתי קדירות, דליכא תערובת טעמים — אסור משום תערובת גופין, ואפילו גדי וטלה.

Deux marmites, cela te vient à l'esprit ? Dis plutôt : à la façon de deux marmites.

Et voici ce qu'il dit : on ne rôtit pas deux pesahim ensemble, à cause du mélange. Quel mélange ?

Un mélange de goûts. Et même à la façon de deux marmites, où il n'y a pas de mélange de goûts, c'est interdit à cause du mélange des corps, et même un chevreau et un agneau.

📜 Rachi (1)
כעין שתי קדירות שפוד מכאן ושפוד מכאן ותל גדול של גחלים או אפר באמצע:
À la façon de deux marmites : une broche d'un côté, une broche de l'autre, et un grand tas de braises ou de cendre au milieu.
💡 Explication

Le pesah se rôtit au feu, sur une broche. Ke-ein shtei kedeirot : une cloison de braises ou de cendre entre les deux broches. L'arôme ne traverse pas.

La baraïta porte alors les deux interdits. Ensemble, sans cloison : mélange des goûts. Même avec cloison, et même chevreau face à agneau : mélange des corps, de peur d'échanger les bêtes et de manger hors de ses inscrits.

🖼️ Schéma
À la façon de deux marmites Broche Pesah chevreau ou agneau Tas au milieu Braises ou cendre l'arôme ne traverse pas Broche Second pesah autre groupe Goûts : permis dans ce montage. Corps : interdit, on peut échanger les bêtes.
Une broche, un tas de braises ou de cendre, une broche. L'arôme est arrêté. L'échange des bêtes reste à craindre.
7
אמר רב מרי כתנאי. הרודה פת חמה ונתנה על פי חבית יין של תרומה — רבי מאיר אוסר, ורבי יהודה מתיר. ורבי יוסי מתיר בשל חיטין ואוסר בשל שעורים, מפני שהשעורים שואבות. מאי לאו תנאי היא, דמר סבר: ריחא — לאו מילתא היא, ומר סבר: ריחא — מילתא היא.

Rav Mari dit : c'est comme un débat de tannaïm. Celui qui retire un pain chaud du four et le pose sur l'ouverture d'une barrique de vin de terouma : Rabbi Meir interdit, et Rabbi Yehouda permet.

Rabbi Yosse permet le pain de blé et interdit le pain d'orge, parce que les orges absorbent. N'est-ce pas un débat de tannaïm ?

L'un tient que l'arôme ne compte pas, et l'autre tient que l'arôme compte.

📜 Rachi (3)
הרודה מן התנור:
Celui qui retire : du four.
אוסר לזרים מפני שנכנס לה ריח התרומה:
Il interdit : aux zarim (qui ne sont pas kohanim), parce que l'odeur de la terouma y est entrée.
שואבות את הריח:
Elles absorbent : l'odeur.
💡 Explication

Le pain chaud boit l'odeur du vin de terouma. S'il a pris le statut de terouma, un zar ne le mange pas.

Rabbi Meir interdit. Rabbi Yehouda permet. Rabbi Yosse distingue : l'orge absorbe, shoeva ; le blé absorbe moins. Rav Mari lit là le débat même de Rav et de Levi : l'arôme compte-t-il ?

8
ללוי, ודאי תנאי היא. לרב, נימא תנאי היא?

Pour Levi, c'est certes un débat de tannaïm. Pour Rav, dirons-nous que c'est un débat de tannaïm ?

📜 Rachi (2)
ללוי דאמר ריחא לאו מילתא היא ודאי מילתיה כתנאי אמרה דעל כרחיך רבי מאיר אית ליה ריחא מילתא היא וכן רבי יוסי ואי איכא דקאי כוותיה רבי יהודה הוא דקאי כוותיה:
Pour Levi, qui dit que l'arôme ne compte pas : certes, sa parole a été dite comme un débat de tannaïm. Forcément, Rabbi Meir tient que l'arôme compte, et de même Rabbi Yosse. S'il y a quelqu'un qui se tient comme lui, c'est Rabbi Yehouda qui se tient comme lui.
אלא רב מי לימא תנאי היא כלום צריך לאוקומי למילתיה כתנאי ולמימר אנא דאמרי כרבי מאיר ורבי יוסי אבל דרבי יהודה לית ליה או דילמא רבי יהודה נמי קאי כוותיה וטעמא דשרי משום דקא סבר לא עייל בה ריחא:
Mais Rav, dirons-nous que c'est un débat de tannaïm : doit-il établir sa parole comme un débat de tannaïm et dire : moi, je parle comme Rabbi Meir et Rabbi Yosse, et je ne tiens pas celle de Rabbi Yehouda ? Ou bien Rabbi Yehouda se tient aussi comme lui, et la raison pour laquelle il permet, c'est qu'il tient que l'arôme n'y entre pas.
💡 Explication

Pour Levi, l'alignement est simple. Rabbi Yehouda permet : l'arôme ne compte pas. Rabbi Meir et Rabbi Yosse l'interdisent dans les cas où le pain absorbe.

Pour Rav, la question reste ouverte. Ou bien il dépend d'un côté du débat. Ou bien Rabbi Yehouda aussi tient que l'arôme compte, et il permet seulement parce que, dans son cas, l'odeur n'entre pas dans le pain.

9
אמר לך רב: דכולי עלמא ריחא מילתא היא, לאו איתמר עלה דההיא, אמר רבה בר בר חנה אמר ריש לקיש: בפת חמה וחבית פתוחה — דברי הכל אסור. בפת צוננת וחבית מגופה — דברי הכל מותר. לא נחלקו אלא בפת חמה וחבית חתומה, פת צוננת וחבית פתוחה. והא נמי כפת חמה וחבית פתוחה דמיא.

Rav te dit : tout le monde tient que l'arôme compte. N'a-t-on pas énoncé à ce propos : Rabba bar bar Hana a dit au nom de Reish Lakish : pain chaud et barrique ouverte, tous interdisent ; pain froid et barrique bouchée, tous permettent.

Ils n'ont divergé que sur le pain chaud et la barrique cachetée, et sur le pain froid et la barrique ouverte. Et ce cas-ci aussi ressemble au pain chaud et à la barrique ouverte.

📜 Rachi (1)
אמר לך רב דכולי עלמא ריחא מילתא וטעמא דרבי יהודה משום דפת צוננת (ותבית) מגופה היא ולא עייל בה ריחא דמי לאו איתמר עלה כו' ואע"ג דקיימי תנאי כוותיה דרב הילכתא כוותיה דלוי דהא איפליגו בה אביי ורבא גבי בת תיהא במסכת ע"ז (דף סו:) וקם ליה רבא בשיטתיה דלוי ואמר ריחא לאו מילתא היא ואביי ורבא הילכתא כרבא וכן הוא בתשובת הגאונים ואף משמו של רבי אליעזר בן יצחק נאמר לי דלא חייש לה:
Rav te dit : tout le monde tient que l'arôme compte. La raison de Rabbi Yehouda, c'est un pain froid et une barrique bouchée, et l'arôme n'y entre pas. C'est comme : n'a-t-on pas énoncé à ce propos, etc. Et même si des tannaïm se tiennent comme Rav, la halakha est comme Levi. Abaye et Rava ont divergé là-dessus à propos de Bat Tiaha, dans le traité Avoda Zara (66b). Rava s'est tenu dans la voie de Levi et a dit que l'arôme ne compte pas. Entre Abaye et Rava, la halakha suit Rava. Il en est de même dans les responsa des Gueonim. On m'a aussi rapporté, au nom de Rabbi Eliezer ben Its'hak, qu'il ne s'en soucie pas.
💡 Explication

Rav refuse d'être minoritaire. Tous tiennent reicha milta. Le débat des tannaïm porte sur la question de savoir si l'odeur entre. Barrique ouverte et pain chaud : entrée certaine, tous interdisent. Barrique bouchée (megufa) et pain froid : tous permettent. Restent la barrique cachetée (hatuma), dont le sceau peut laisser une fente, et le pain froid sur une barrique ouverte.

Deux pesahim dans le même four sont du premier cas : chaud, ouvert, tous interdisent. Rachi ajoute le pesak : la halakha suit Levi, parce que Rava, dans Avoda Zara, à propos de Bat Tiaha et de l'odeur du vin, tient que l'arôme ne compte pas.

10
תני רב כהנא בריה דרב חיננא סבא: פת שאפאה עם צלי בתנור — אסור לאכלה בכותחא. ההיא ביניתא דאיטווא בהדי בישרא, אסרה רבא מפרזיקיא למיכליה בכותחא. מר בר רב אשי אמר: אפילו במילחא נמי אסורה, משום דקשיא לריחא ולדבר אחר.

Rav Kahana, fils de Rav Hinana l'ancien, a enseigné : un pain qu'on a cuit avec un rôti dans le four, il est interdit de le manger avec du koutah. Ce poisson qui avait été rôti avec de la viande, Rava de-Parzikiya a interdit de le manger avec du koutah.

Mar bar Rav Ashi dit : même avec du sel, il est aussi interdit, parce que c'est mauvais pour l'odeur et pour une autre chose.

📜 Rachi (4)
ביניתא דג:
Poisson : un poisson.
דאיטוי בהדי בישרא בתנור אחד:
Qui avait été rôti avec de la viande : dans un même four.
אסרה רבא מפרזיקא למיכלה בכותחא שיש בו חלב משום דקסבר ריחא מילתא היא:
Rava de-Parzika a interdit de le manger avec du koutah : il y a du lait dedans, parce qu'il tient que l'arôme compte.
לדבר אחר צרעת:
Pour une autre chose : la tsaraat.
🗂️ Tossefot (1)
אסרה רבא מפרזיקיא כו' מכאן פוסק ר"ת כרב ורבא נמי דשרי בבת תיהא (ע"ז דף סו:) מצי סבר כוותיה ושם מפורש ובתנורים [גדולים] שלנו נראה דמותר לאפות לחם עם אותו פשטיד"א הואיל ומכוסות היטב הוי כעין שתי קדרות ואפי' פלדונ"ש שיש להרחיק אין נראה לרבי שיהא אסור שיש אויר מרובה בתנור וההבל מתפשט:
Rava de-Parzikiya l'a interdit, etc. De là, Rabbeinou Tam tranche comme Rav. Rava aussi, qui permet dans le cas de Bat Tiaha (Avoda Zara 66b), peut tenir comme lui, et là-bas c'est expliqué. Dans nos grands fours, il semble permis de cuire du pain avec cette pastida (tourte de viande), puisqu'elles sont bien couvertes : c'est à la façon de deux marmites. Même des fladons, qu'il y a lieu d'éloigner, il ne semble pas à Rabbi que ce soit interdit : il y a beaucoup d'air dans le four, et la vapeur se répand.
💡 Explication

Le koutah est un mets au lait. Le pain ou le poisson qui a pris l'odeur de la viande ne se mange pas avec lui, si l'arôme compte.

Mar bar Rav Ashi va plus loin pour le poisson rôti avec la viande : même au sel, sans lait. La raison est un danger : mauvaise haleine, et tsaraat, dite ici davar aher.

Tossefot : Rabbeinou Tam suit Rav. Le permis de Rava sur Bat Tiaha vise un autre arôme ; le détail est dans Avoda Zara. Une tourte bien couverte dans un grand four est comme deux marmites. L'air abondant disperse la vapeur.

🖼️ Schéma
Ce que l'arôme de viande interdit ensuite Pain + rôti Même four Le pain a pris l'odeur Pas avec le koutah le koutah contient du lait Poisson + viande Rava de-Parzikiya Même four Pas avec le koutah il tient : l'arôme compte Même au sel Mar bar Rav Ashi Viande rôtie avec poisson Interdit haleine, et tsaraat
Pain ou poisson ayant pris l'odeur de la viande : pas de koutah. Poisson et viande, même au sel : danger.
11
מתני׳ חמשה דברים באין בטומאה, ואינן נאכלין בטומאה: העומר, ושתי הלחם, ולחם הפנים, וזבחי שלמי צבור, ושעירי ראשי חדשים. הפסח שבא בטומאה נאכל בטומאה, שלא בא מתחילתו אלא לאכילה.

Michna. Cinq choses viennent en touma (impureté rituelle), et elles ne se mangent pas en touma : l'omer, les deux pains, le pain de proposition, les sacrifices de shelamim du public, et les boucs de Roch Hodech.

Le pesah qui vient en touma se mange en touma, car dès le départ il ne vient que pour être mangé.

📜 Rachi (4)
מתני' חמשה דברים באין בטומאה וכו' אין לך קרבן נאכל אלא אלו וקרבן ציבור דוחה את הטומאה ואשמעינן מתניתין דאף על גב דקרב בטומאה לאפוקי ציבור ידי חובתן אין נאכלין בטומאה ולקמיה פריך ליתני נמי שעירי הרגלים:
Michna. Cinq choses viennent en touma, etc. Tu n'as pas d'offrande qui se mange en dehors de celles-ci, et un sacrifice du public repousse la touma. La michna nous apprend que, même s'il est offert en touma pour acquitter le public de son obligation, on ne les mange pas en touma. Et plus loin on objecte : qu'elle enseigne aussi les boucs des fêtes.
זבחי שלמי ציבור כבשי עצרת שאין שלמים אחרים לציבור:
Sacrifices de shelamim du public : les agneaux d'Atseret, car il n'y a pas d'autres shelamim pour le public.
הפסח שבא בטומאה כגון רוב ציבור טמאין:
Le pesah qui vient en touma : par exemple la majorité du public est impure.
שמתחילתו לא בא אלא לאכילה כשנצטוה עיקר פסח לאכילה נצטוה דכתיב לפי אכלו וכי שרייה רחמנא למיתי בטומאה מאיש נדחה ואין צבור נדחין אדעתא למיכליה שרייה:
Car dès le départ il n'est venu que pour être mangé : quand l'essentiel du pesah a été commandé, c'est pour être mangé qu'il a été commandé, comme il est écrit : selon ce que chacun mange. Et quand le Miséricordieux l'a permis en touma, du principe qu'un particulier est renvoyé et que le public n'est pas renvoyé, c'est en vue de le manger qu'Il l'a permis.
💡 Explication

Offrir et manger sont deux temps. Ces cinq korbanot du public repoussent la touma pour l'autel, afin d'acquitter le public. Les kohanim ne les mangent pas en touma.

Le pesah a pour essentiel la consommation, lefi okhlo. Quand la majorité est impure, il vient en touma et se mange en touma. Les shelamim du public sont les deux agneaux de Chavouot, seuls shelamim publics.

12
גמ׳ חמשה. למעוטי מאי? למעוטי חגיגת חמשה עשר.

Gemara. Cinq.

Pour exclure quoi ? Pour exclure la hagiga du quinze.

📜 Rachi (2)
גמ' חמשה למעוטי מאי מניינא למה לי ליתני קרבנות ציבור באין בטומאה ואין נאכלין בטומאה:
Gemara. Cinq, pour exclure quoi : pourquoi me faut-il le compte ? Qu'elle enseigne : les sacrifices du public viennent en touma et ne se mangent pas en touma.
חגיגת חמשה עשר והוא הדין לעצרת וסוכות אלא חדא מינייהו נקט:
La hagiga du quinze : et il en va de même pour Atseret et Soukot, mais elle en a pris une.
💡 Explication

Le chiffre cinq est limitatif. Il écarte la hagiga du 15 nissan, offrande de fête amenée le jour même. Elle ne vient pas en touma.

Rachi : la même exclusion vaut pour les hagigot de Chavouot et de Soukot. La michna en nomme une.

13
דסלקא דעתך אמינא: כיון דקרבן ציבור הוא, וקביעא ליה מועד — תדחי טומאה, קא משמע לן: כיון דאית ליה תשלומין כל שבעה — לא דחיא שבת, ומדשבת לא דחיא — לא דחיא טומאה.

Car tu aurais pu penser : puisqu'il est un sacrifice du public, et que son temps est fixé, il repousserait la touma. Cela nous apprend : puisqu'il a un rattrapage pendant les sept jours, il ne repousse pas le chabbat ; et puisqu'il ne repousse pas le chabbat, il ne repousse pas la touma.

📜 Rachi (2)
כיון דקרבן ציבור הוא אף על גב דכל יחיד ויחיד מיחייב קרי ליה קרבן ציבור משום דאתיא בכינופיא באסיפת חברים ברגל במסכת יומא בפרק הוציאו לו (יומא דף נא.):
Puisqu'il est un sacrifice du public : même si chaque particulier y est obligé, il l'appelle sacrifice du public parce qu'il vient en rassemblement, dans une assemblée de compagnons, à la fête. Dans le traité Yoma, au chapitre Hotziou lo (Yoma 51a).
תשלומין כל שבעה כדנפקא לן בפרק קמא דמסכת חגיגה (דף ט.) מוחגותם אותו חג לה' שבעת ימים:
Un rattrapage pendant les sept jours : comme nous le dérivons au premier chapitre du traité Hagiga (9a), du verset : vous le célébrerez en fête pour Hachem, sept jours.
🗂️ Tossefot (1)
ה"ג קא משמע לן כיון דלא דחיא שבת לא דחיא טומאה ולא גרס כיון דאית לה תשלומין שאין הטעם תלוי בכך דלעיל בפרק אלו דברים (פסחים דף ע:) ילפינן דלא דחיא. שבת מוחגותם וגו'. ועוד פסח נמי אית ליה תשלומין בשני ודחי טומאה ועוד חגיגת ט"ו איכא למ"ד בפירקין דלית לה תשלומין בטומאת בעלים שאם נטמאו בעלים ביום ט"ו ולא חזו ביום קביעת חובתיה כה"ג לית לה תשלומין:
Voici la leçon : cela nous apprend : puisqu'il ne repousse pas le chabbat, il ne repousse pas la touma. Et l'on ne lit pas : puisqu'il a un rattrapage, car la raison n'en dépend pas. Plus haut, au chapitre Elou devarim (Pesahim 70b), on apprend qu'il ne repousse pas le chabbat du verset ve-chagotem, etc. De plus, le pesah aussi a un rattrapage au second pesah, et il repousse la touma. De plus, pour la hagiga du quinze, il y a une opinion dans notre chapitre selon laquelle elle n'a pas de rattrapage en cas de touma des propriétaires : si les propriétaires sont devenus impurs le quinze et n'étaient pas aptes le jour où leur obligation s'est fixée, dans un tel cas elle n'a pas de rattrapage.
💡 Explication

On aurait rangé la hagiga avec les korbanot publics à temps fixe, qui repoussent la touma. Elle a des tashloumin : les sept jours de la fête. On peut donc l'amener un jour de semaine. Elle ne repousse pas le chabbat. Ce qui ne repousse pas le chabbat ne repousse pas la touma.

Rachi : on l'appelle korban du public parce qu'elle vient be-kinoufia, en assemblée, même si chacun l'amène pour soi.

Tossefot retire de la leçon le membre sur le rattrapage. Le maillon retenu est : pas le chabbat, donc pas la touma. Le pesah sheni montre qu'un rattrapage peut coexister avec une offrande qui repousse la touma. Et selon une opinion, si les propriétaires sont impurs le quinze, cette hagiga n'a justement pas de rattrapage.

🖼️ Schéma
Pourquoi la hagiga du quinze ne vient pas en touma Tashloumin Rattrapage les sept jours Pas le chabbat On peut l'amener un autre jour de fête Pas la touma Ce qui ne repousse pas le chabbat ne repousse pas
Sept jours de rattrapage : la hagiga ne repousse pas le chabbat, donc elle ne repousse pas la touma.
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וניתני נמי שעירי הרגלים! הא תנא ליה זבחי שלמי צבור. אי הכי, שעירי ראשי חדשים נמי לא ניתני, דהא תנא זבחי שלמי צבור! אמרי:

Et qu'elle enseigne aussi les boucs des fêtes ! Il les a déjà enseignés : les sacrifices de shelamim du public.

S'il en est ainsi, les boucs de Roch Hodech non plus, qu'elle ne les enseigne pas, puisqu'elle a enseigné les sacrifices de shelamim du public ! Ils disent :

📜 Rachi (1)
הא תני ליה זבחי שלמי ציבור שהן מיני דמים ואשמעינן דאין נאכלין בטומאה והוא הדין לשאר מיני דמים:
Il les a déjà enseignés, les sacrifices de shelamim du public : ce sont des sortes de sang (minei damim, offrandes dont le rite principal est le sang), il nous apprend qu'ils ne se mangent pas en touma, et il en va de même pour les autres sortes de sang.
💡 Explication

Les boucs des fêtes sont des hatat. Rachi les range avec les shelamim du public parmi les offrandes de sang, par opposition à l'omer et aux pains. Une fois les shelamim enseignés, les autres offrandes de sang suivraient.

La gemara retourne l'argument : les boucs de Roch Hodech sont aussi des offrandes de sang. Pourquoi la michna les nomme-t-elle à part ? La réponse commence par amrei et continue sur l'amoud suivant.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).