Sougya : L'amoud tranche d'abord l'arôme, reicha. Rav interdit la viande de chehita grasse rôtie avec une nevela maigre : les odeurs s'engraissent l'une l'autre.
Levi permet même le cas inverse : l'arôme ne compte pas, et il l'a appliqué chez l'exilarque pour un chevreau rôti avec un porc. Une baraïta sur deux pesahim, puis le pain posé sur une barrique de terouma, servent à situer le débat.
Rachi suit Levi ; Rabbeinou Tam suit Rav. La michna énumère ensuite cinq offrandes qui viennent en touma et ne s'y mangent pas.
Le pesah qui vient en touma s'y mange. Le compte cinq écarte la hagiga du quinze.
De la viande de chehita (abattage rituel) grasse, qu'on a rôtie avec de la viande de nevela (bête non abattue selon la règle) maigre : elle est interdite. Quelle est la raison ?
Elles s'engraissent l'une l'autre.
La phrase est de Rav. Les deux pièces ne se touchent pas. L'interdit voyage par l'odeur : la graisse de la chehita entre dans la nevela maigre, puis l'odeur qui en sort est déjà celle de l'interdit.
Le cas est le plus faible. Une nevela maigre, seule, ne sent guère. C'est la graisse permise qui la fait sentir. Mefatmei mehadadei : elles s'engraissent l'une l'autre.
Et Levi dit : même de la viande de chehita maigre, qu'on a rôtie avec de la viande de nevela grasse, est permise. Quelle est la raison ?
C'est un simple arôme, et l'arôme ne compte pas (reicha lav milta hi). Levi a tranché en pratique chez l'exilarque, pour un chevreau et une autre chose.
Levi tient l'inverse, et dans le cas fort : la nevela est grasse, la chehita est maigre. L'odeur passe. Elle ne rend pas interdit.
Chez le resh galouta, un chevreau avait été rôti avec un porc. Le cas était déjà fait. Levi a permis. Davar aher est ici le porc, dit par euphémisme.
On objecte : on ne rôtit pas deux pesahim ensemble, à cause du mélange. N'est-ce pas un mélange de goûts, et cela fait difficulté à Levi ?
C'est à cause du mélange des corps.
Chaque pesah ne se mange que par son groupe, les menouyim. Deux bêtes dans le même four peuvent s'échanger : mélange des corps. Leurs odeurs peuvent aussi passer : mélange des goûts.
La gemara propose d'abord les goûts, ce qui gênerait Levi. Elle répond : les corps. Tossefot : Rachi lit le permis de Levi comme un permis après coup. La baraïta, elle, interdit à priori. L'objection portée à Levi reste alors à expliquer.
Cela se tient aussi, puisqu'on enseigne à la fin : même un chevreau et un agneau. Si tu dis que c'est à cause des corps, on comprend qu'on enseigne même un chevreau et un agneau.
Si tu dis que c'est à cause du mélange des goûts, quelle différence entre un chevreau et un agneau, et un chevreau et un chevreau.
Chevreau et agneau ne se ressemblent pas. Si l'interdit venait seulement des goûts, la fin de la baraïta n'apprendrait rien : l'odeur passe aussi entre deux chevreaux.
L'enseignement même un chevreau et un agneau vise donc la confusion des bêtes, une fois dépouillées, quand on n'y prête pas attention.
Alors quoi ? Forcément, c'est à cause du mélange des corps que c'est interdit, et le mélange des goûts est permis.
Dirons-nous que cela réfute Rav ? Rabbi Yirmeya dit : de quoi s'agit-il ici ?
D'un cas où on les a rôtis dans deux marmites.
Si la baraïta ne vise que les corps, elle laisserait les goûts permis. Ce serait une tiouvta, une réfutation, de Rav.
Rabbi Yirmeya sort le cas des goûts : les deux pesahim sont dans deux marmites, l'odeur ne passe pas. Rachi note tout de suite que le pesah ne se rôtit pas dans une marmite. La suite corrigera : à la façon de deux marmites.
Tossefot : l'interdit des corps vise deux bêtes maigres, sans graisse à transmettre. Cela ne prouve pas que Rav permettrait un mélange de goûts là où il y a de la graisse.
Deux marmites, cela te vient à l'esprit ? Dis plutôt : à la façon de deux marmites.
Et voici ce qu'il dit : on ne rôtit pas deux pesahim ensemble, à cause du mélange. Quel mélange ?
Un mélange de goûts. Et même à la façon de deux marmites, où il n'y a pas de mélange de goûts, c'est interdit à cause du mélange des corps, et même un chevreau et un agneau.
Le pesah se rôtit au feu, sur une broche. Ke-ein shtei kedeirot : une cloison de braises ou de cendre entre les deux broches. L'arôme ne traverse pas.
La baraïta porte alors les deux interdits. Ensemble, sans cloison : mélange des goûts. Même avec cloison, et même chevreau face à agneau : mélange des corps, de peur d'échanger les bêtes et de manger hors de ses inscrits.
Rav Mari dit : c'est comme un débat de tannaïm. Celui qui retire un pain chaud du four et le pose sur l'ouverture d'une barrique de vin de terouma : Rabbi Meir interdit, et Rabbi Yehouda permet.
Rabbi Yosse permet le pain de blé et interdit le pain d'orge, parce que les orges absorbent. N'est-ce pas un débat de tannaïm ?
L'un tient que l'arôme ne compte pas, et l'autre tient que l'arôme compte.
Le pain chaud boit l'odeur du vin de terouma. S'il a pris le statut de terouma, un zar ne le mange pas.
Rabbi Meir interdit. Rabbi Yehouda permet. Rabbi Yosse distingue : l'orge absorbe, shoeva ; le blé absorbe moins. Rav Mari lit là le débat même de Rav et de Levi : l'arôme compte-t-il ?
Pour Levi, c'est certes un débat de tannaïm. Pour Rav, dirons-nous que c'est un débat de tannaïm ?
Pour Levi, l'alignement est simple. Rabbi Yehouda permet : l'arôme ne compte pas. Rabbi Meir et Rabbi Yosse l'interdisent dans les cas où le pain absorbe.
Pour Rav, la question reste ouverte. Ou bien il dépend d'un côté du débat. Ou bien Rabbi Yehouda aussi tient que l'arôme compte, et il permet seulement parce que, dans son cas, l'odeur n'entre pas dans le pain.
Rav te dit : tout le monde tient que l'arôme compte. N'a-t-on pas énoncé à ce propos : Rabba bar bar Hana a dit au nom de Reish Lakish : pain chaud et barrique ouverte, tous interdisent ; pain froid et barrique bouchée, tous permettent.
Ils n'ont divergé que sur le pain chaud et la barrique cachetée, et sur le pain froid et la barrique ouverte. Et ce cas-ci aussi ressemble au pain chaud et à la barrique ouverte.
Rav refuse d'être minoritaire. Tous tiennent reicha milta. Le débat des tannaïm porte sur la question de savoir si l'odeur entre. Barrique ouverte et pain chaud : entrée certaine, tous interdisent. Barrique bouchée (megufa) et pain froid : tous permettent. Restent la barrique cachetée (hatuma), dont le sceau peut laisser une fente, et le pain froid sur une barrique ouverte.
Deux pesahim dans le même four sont du premier cas : chaud, ouvert, tous interdisent. Rachi ajoute le pesak : la halakha suit Levi, parce que Rava, dans Avoda Zara, à propos de Bat Tiaha et de l'odeur du vin, tient que l'arôme ne compte pas.
Rav Kahana, fils de Rav Hinana l'ancien, a enseigné : un pain qu'on a cuit avec un rôti dans le four, il est interdit de le manger avec du koutah. Ce poisson qui avait été rôti avec de la viande, Rava de-Parzikiya a interdit de le manger avec du koutah.
Mar bar Rav Ashi dit : même avec du sel, il est aussi interdit, parce que c'est mauvais pour l'odeur et pour une autre chose.
Le koutah est un mets au lait. Le pain ou le poisson qui a pris l'odeur de la viande ne se mange pas avec lui, si l'arôme compte.
Mar bar Rav Ashi va plus loin pour le poisson rôti avec la viande : même au sel, sans lait. La raison est un danger : mauvaise haleine, et tsaraat, dite ici davar aher.
Tossefot : Rabbeinou Tam suit Rav. Le permis de Rava sur Bat Tiaha vise un autre arôme ; le détail est dans Avoda Zara. Une tourte bien couverte dans un grand four est comme deux marmites. L'air abondant disperse la vapeur.
Michna. Cinq choses viennent en touma (impureté rituelle), et elles ne se mangent pas en touma : l'omer, les deux pains, le pain de proposition, les sacrifices de shelamim du public, et les boucs de Roch Hodech.
Le pesah qui vient en touma se mange en touma, car dès le départ il ne vient que pour être mangé.
Offrir et manger sont deux temps. Ces cinq korbanot du public repoussent la touma pour l'autel, afin d'acquitter le public. Les kohanim ne les mangent pas en touma.
Le pesah a pour essentiel la consommation, lefi okhlo. Quand la majorité est impure, il vient en touma et se mange en touma. Les shelamim du public sont les deux agneaux de Chavouot, seuls shelamim publics.
Gemara. Cinq.
Pour exclure quoi ? Pour exclure la hagiga du quinze.
Le chiffre cinq est limitatif. Il écarte la hagiga du 15 nissan, offrande de fête amenée le jour même. Elle ne vient pas en touma.
Rachi : la même exclusion vaut pour les hagigot de Chavouot et de Soukot. La michna en nomme une.
Car tu aurais pu penser : puisqu'il est un sacrifice du public, et que son temps est fixé, il repousserait la touma. Cela nous apprend : puisqu'il a un rattrapage pendant les sept jours, il ne repousse pas le chabbat ; et puisqu'il ne repousse pas le chabbat, il ne repousse pas la touma.
On aurait rangé la hagiga avec les korbanot publics à temps fixe, qui repoussent la touma. Elle a des tashloumin : les sept jours de la fête. On peut donc l'amener un jour de semaine. Elle ne repousse pas le chabbat. Ce qui ne repousse pas le chabbat ne repousse pas la touma.
Rachi : on l'appelle korban du public parce qu'elle vient be-kinoufia, en assemblée, même si chacun l'amène pour soi.
Tossefot retire de la leçon le membre sur le rattrapage. Le maillon retenu est : pas le chabbat, donc pas la touma. Le pesah sheni montre qu'un rattrapage peut coexister avec une offrande qui repousse la touma. Et selon une opinion, si les propriétaires sont impurs le quinze, cette hagiga n'a justement pas de rattrapage.
Et qu'elle enseigne aussi les boucs des fêtes ! Il les a déjà enseignés : les sacrifices de shelamim du public.
S'il en est ainsi, les boucs de Roch Hodech non plus, qu'elle ne les enseigne pas, puisqu'elle a enseigné les sacrifices de shelamim du public ! Ils disent :
Les boucs des fêtes sont des hatat. Rachi les range avec les shelamim du public parmi les offrandes de sang, par opposition à l'omer et aux pains. Une fois les shelamim enseignés, les autres offrandes de sang suivraient.
La gemara retourne l'argument : les boucs de Roch Hodech sont aussi des offrandes de sang. Pourquoi la michna les nomme-t-elle à part ? La réponse commence par amrei et continue sur l'amoud suivant.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).