Sougya : La michna a nommé des offrandes publiques qui viennent en touma. La gemara montre pourquoi les boucs de Roch Hodech y figurent : Roch Hodech s'appelle mo'ed, et Abaye le tire du verset des Lamentations sur le Tamouz des explorateurs.
Une baraïta donne ensuite le verset de chaque groupe : tamid et pesah, les autres sacrifices publics, l'omer et les deux pains. Chaque verset reste nécessaire, chacun ayant un trait qui lui est propre.
La sougya pose alors deux prémisses : la touma est dehouya pour le public, et le tsits ne fait pas agréer les parts mangées. De là, la michna semble hors de Rabbi Yehochoua, pour qui le sang et la viande sont liés.
Rabbi Eliezer les sépare : le sang vaut sans la viande, et la viande se jette comme le sang, d'où le vide entre la rampe et l'autel.
Les boucs de Roch Hodech lui étaient nécessaires. On aurait pensé : voici qu'il n'est pas écrit à leur sujet mo'ed (temps fixé).
Il nous apprend que Roch Hodech est appelé mo'ed,
La michna a listé des offrandes qui viennent en touma. Le mot mo'ed est le levier : là où la Torah l'écrit, le sacrifice public repousse le chabbat et la touma. Pour les boucs de Roch Hodech, ce mot manque dans leur paracha. On aurait pu les laisser hors de la liste.
La michna les nomme pour enseigner que Roch Hodech porte quand même le nom de mo'ed. Tossefot : le verset de clôture de Pinhas, Voici ce que vous ferez à vos mo'adim, pourrait ne viser que les régalim écrits après Roch Hodech. Le chabbat et le tamid, eux aussi, restent hors de ce verset, et la gemara leur cherche un texte à part.
comme Abaye. Car Abaye a dit : le Tamouz de cette année-là, on l'a rendu plein, puisqu'il est écrit : Il a proclamé contre moi un mo'ed, pour briser mes jeunes gens.
Abaye lit le verset des Lamentations comme un nom donné au jour ajouté. Le Tamouz de l'année des explorateurs a été un mois plein, trente jours. Le jour d'ibour s'appelle mo'ed. Roch Hodech entre donc dans le mot de la michna.
Rachi renvoie à Ta'anit : les quarante jours finissent le 9 av, et ce jour devient un jour de pleurs pour les générations.
Est-ce à dire que tous viennent de mo'ed ? D'où ces paroles ?
Car nos maîtres ont enseigné : Moché dit les mo'adim de Hachem. Que vient enseigner le verset ?
Parce que nous n'avions appris cela que pour le tamid et le pesah, puisqu'il est dit à leur sujet : en son mo'ed. En son mo'ed, même le chabbat.
En son mo'ed, même en touma.
La gemara ouvre la source. Bemo'ado, en son temps fixé, est écrit pour le tamid et pour le pesah. Le temps ne se reporte pas : ni pour le chabbat, ni pour la touma.
Le verset Moché dit les mo'adim de Hachem est dans le Lévitique, à la fin de la section de l'omer et des deux pains. Rachi le situe dans Torat Cohanim, le Sifra. La baraïta va s'en servir pour élargir, après avoir posé le tamid et le pesah.
Les autres sacrifices publics, d'où ? Il est dit : Voici ce que vous ferez pour Hachem, à vos mo'adim.
Les moussafim, sacrifices additionnels des jours fixés, sont dans la paracha de Pinhas, Nombres 28 et 29. Le verset de clôture les range sous vos mo'adim.
D'où inclure l'omer et ce qui est offert avec lui, les deux pains et ce qui est offert avec eux ? Le verset l'enseigne : Moché dit les mo'adim de Hachem aux enfants d'Israël.
L'Écriture a fixé un seul mo'ed pour tous.
L'omer et les deux pains ont leurs bêtes avec eux. L'agneau du balancement est au Lévitique 23. Les agneaux des deux pains sont dans Torat Cohanim, absents de la liste des moussafim de Pinhas. Le verset de clôture, Moché dit les mo'adim, les rassemble sous un seul mo'ed.
Et tous ceux-là, pourquoi me sont-ils nécessaires ? Ils sont nécessaires.
Si le Miséricordieux avait écrit le tamid, j'aurais dit : le tamid, puisqu'il est tadir (fréquent) et kalil (entièrement brûlé). Le pesah, non.
Il nous l'apprend.
Un seul modèle aurait suffi si les offrandes se ressemblaient. Le tamid a deux traits : il est tadir, chaque jour, et kalil, brûlé tout entier sur l'autel. Ces deux traits manquent au pesah. Écrit seul, le tamid ne porterait pas le pesah.
Et si le Miséricordieux avait écrit le pesah : le pesah, puisqu'on est passible de karet pour lui. Le tamid, pour lequel on n'est pas passible de karet, je dirais : non.
Il nous l'apprend.
Le pesah a son trait à lui : le karet, le retranchement, pour qui s'en abstient. Le tamid n'a pas cette peine. Écrit seul, le pesah ne porterait pas le tamid. Les deux versets bemo'ado restent donc l'un et l'autre.
Et si le Miséricordieux avait écrit ces deux-là, j'aurais dit : ce sont ceux-là qui ont un côté grave. Le tamid : tadir et kalil.
Le pesah : on est passible de karet. Les autres sacrifices publics, je dirais : non.
Le Miséricordieux a écrit : Voici ce que vous ferez pour Hachem, à vos mo'adim.
Tamid et pesah ont chacun un côté grave. Les moussafim n'ont ni le couple tadir-kalil ni le karet du pesah. Il faut le verset de Pinhas.
Rachi : parmi eux, l'ola expie. Elle vient pour un asse omis, et pour un lav qu'on peut réparer par un asse. Tossefot rapporte une autre lecture du côté grave, celle de Rabbeinou Tam : tamid et pesah existent déjà avant la Parole au Sinaï. Ri note qu'une pirkha doit empêcher d'apprendre tous les autres de deux d'entre eux, sinon le verset des autres serait de trop.
Et si le Miséricordieux avait écrit : Voici ce que vous ferez pour Hachem, à vos mo'adim, j'aurais dit : les autres sacrifices publics, qui viennent expier. L'omer et les deux pains, qui ne viennent pas expier, ils ne font que permettre : non.
Il nous l'apprend.
Les moussafim expient. L'omer et les deux pains permettent. L'omer ouvre le hadach pour le manger dans le pays. Les deux pains ouvrent le hadach pour les offrandes du Temple. Le verset des moussafim, seul, les laisserait dehors.
Et si le Miséricordieux avait écrit l'omer et les deux pains seuls, j'aurais dit, à l'inverse : l'omer et les deux pains, qui sont forts, puisqu'ils viennent permettre. Ceux-là, non.
Il nous l'apprend.
Permettre est aussi une force. Écrits seuls, l'omer et les deux pains ne porteraient pas les sacrifices qui expient. Chaque texte enseigne le sien. Aucun ne sert de modèle unique.
On a tenu pour acquis que, pour tous, la touma est dehouya (écartée) pour le public, et qu'il faut le tsits pour faire agréer.
Deux régimes. Dehouya : l'interdit de la touma reste en place, le devoir public passe devant quand les purs manquent, et le tsits (la lame d'or sur le front du kohen gadol) doit faire agréer. Houtara : pour le public, la touma est permise, et le tsits n'est pas requis pour le sacrifice public.
La sougya part de dehouya, comme avis de tous. La question sur Rabbi Yehochoua vient de là.
Car il n'est pas de tanna dont tu aies entendu dire que la touma est houtara (permise) pour le public, hormis Rabbi Yehouda. Comme on l'a enseigné : le tsits, qu'il soit sur son front ou qu'il ne soit pas sur son front, fait agréer.
Paroles de Rabbi Chimon. Rabbi Yehouda dit : tant qu'il est encore sur son front, il fait agréer.
S'il n'est plus sur son front, il ne fait pas agréer.
La baraïta porte sur le tsits. Rabbi Chimon : il fait agréer, posé sur le front ou retiré. Rabbi Yehouda : seulement tant qu'il est sur le front. La gemara annonce que, dans ce débat, seul Rabbi Yehouda dira plus loin que la touma est houtara pour le public.
Rachi fixe le moment : l'heure où la touma atteint les sacrifices. Tossefot demande pourquoi suivre Rabbi Chimon alors que, face à Rabbi Yehouda, la halakha suit d'ordinaire Rabbi Yehouda. Réponse : Rabbi Yosse, plus loin, tient aussi dehouya. Ri soulève ensuite la touma de la personne, que le public écarte sans que le tsits fasse agréer le corps.
Rabbi Chimon lui dit : le kohen gadol, le jour de Kippour, en est la preuve. Le tsits n'est pas sur son front, et il fait agréer.
Au service intérieur de Kippour, le kohen gadol quitte les vêtements d'or. Le tsits en fait partie : il n'est pas sur le front. Les sacrifices publics à temps fixe viennent pourtant en touma, et ils sont valides. Rabbi Chimon en tire que le tsits fait agréer même absent du front.
Rachi rappelle le principe de Roch Hachana 26a : un accusateur ne devient pas défenseur. L'or reste donc hors de ce service.
Il lui dit : laisse le jour de Kippour, car la touma y est houtara pour le public. Il en ressort que Rabbi Chimon tient : la touma est dehouya pour le public.
Rabbi Yehouda sort Kippour du raisonnement : ce jour-là, la touma du public est houtara, permise, et le tsits n'a pas à faire agréer le sacrifice public. La preuve de Rabbi Chimon tombe. On apprend du même coup sa thèse : chez lui, la touma est dehouya, et le tsits reste nécessaire.
Et pour tous, le tsits ne fait pas agréer les akhilot (les parts à manger). Car il n'est pas de tanna dont tu aies entendu dire que le tsits fait agréer les akhilot, hormis Rabbi Eliezer.
Comme on l'a enseigné : Rabbi Eliezer dit : le tsits fait agréer les akhilot. Rabbi Yosse dit : le tsits ne fait pas agréer les akhilot.
Deuxième prémisse. Le tsits fait agréer le sang, la poignée de minha, les emourim. Il ne fait pas agréer les akhilot, ce qui se mange : la viande, les restes de minha. L'offrande peut être valide, et sa part mangée rester interdite.
Seul Rabbi Eliezer étend l'agrément aux akhilot. Rabbi Yosse le refuse. Tossefot fixe la graphie : Eliezer, non Elazar, parce que la suite attaque Rabbi Eliezer sur le sang sans la viande.
Dirons-nous la michna hors de Rabbi Yehochoua ? Comme on l'a enseigné : Tu feras tes olot (holocaustes), la viande et le sang.
Rabbi Yehochoua dit : s'il n'y a pas de sang, il n'y a pas de viande. S'il n'y a pas de viande, il n'y a pas de sang.
Rabbi Yehochoua lit le verset qui nomme ensemble la viande et le sang. L'un impropre, l'autre impropre. Impropre : devenu impur, ou perdu.
Dans les prémisses, le tsits ne fait pas agréer les akhilot. L'omer et les deux pains viennent pourtant en touma, et le sang est projeté. La viande, elle, n'est pas agréée. La gemara demande si la michna peut encore suivre Rabbi Yehochoua.
Tossefot : même l'avis qu'il y a le sang sans la viande laisserait les deux pains en difficulté, tant que le tsits ne fait pas agréer ce qui se mange. Et la fin de la michna, le helev qui subsiste alors que la viande est impure, semble au contraire suivre Rabbi Yehochoua. La gemara pose donc les deux bouts ensemble : la fin fait difficulté.
Rabbi Eliezer dit : le sang, bien qu'il n'y ait pas de viande, puisqu'il est dit : Et le sang de tes sacrifices sera répandu. Et comment maintiens-je : Tu feras tes olot, la viande et le sang ?
Pour te dire : de même que le sang se fait par zerika (projection), de même la viande se fait par zerika.
Rabbi Eliezer prend le verset du sang versé comme texte à part : le sang agit seul. Le verset qui joint la viande et le sang ne les rend pas solidaires pour la validité. Il enseigne le geste : l'un et l'autre arrivent par zerika, par un jet.
Tossefot : le verset parle de viande que l'on mange, donc des chelamim. L'ola, brûlée en entier, pourrait rester dans la règle de Rabbi Yehochoua : pas de viande, pas de sang. D'où vient, pour l'ola, le sang sans la viande ?
Force est de dire : il y a un petit loul (vide) entre le kevech (rampe) et l'autel.
La zerika de la viande a besoin d'un jet réel. Le haut du kevech ne touche pas l'autel. Un loul, un vide, les sépare. Le kohen reste sur la rampe et lance les membres sur le bois.
Rachi décrit le geste. Tossefot ajoute la fonction du vide : sans lui le jet resterait possible, le vide est là pour qu'on y pense.
Et Rabbi Yehochoua aussi : voici qu'il est écrit : Et le sang de tes sacrifices sera répandu ! Il te dit : voici qu'il est écrit à côté : Et la viande, tu la mangeras.
Le verset du sang versé semble donner raison à Rabbi Eliezer. Rabbi Yehochoua le lit avec la suite : et la viande, tu la mangeras. Le sang dont parle le verset est un sang qui a encore sa viande, propre à être mangée.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).