Pesachim 77a - Le mo'ed, le tsits, le sang et la viande

Pesachim 77a

Sougya : La michna a nommé des offrandes publiques qui viennent en touma. La gemara montre pourquoi les boucs de Roch Hodech y figurent : Roch Hodech s'appelle mo'ed, et Abaye le tire du verset des Lamentations sur le Tamouz des explorateurs.

Une baraïta donne ensuite le verset de chaque groupe : tamid et pesah, les autres sacrifices publics, l'omer et les deux pains. Chaque verset reste nécessaire, chacun ayant un trait qui lui est propre.

La sougya pose alors deux prémisses : la touma est dehouya pour le public, et le tsits ne fait pas agréer les parts mangées. De là, la michna semble hors de Rabbi Yehochoua, pour qui le sang et la viande sont liés.

Rabbi Eliezer les sépare : le sang vaut sans la viande, et la viande se jette comme le sang, d'où le vide entre la rampe et l'autel.

Pourquoi les quatre versets restent nécessaires Chacun a un trait propre. On ne l'étend pas aux autres. 1. Bemo'ado - le tamid Tadir : il revient chaque jour. Kalil : il est brûlé en entier. S'il était seul, le pesah ne s'en apprendrait pas. 2. Bemo'ado - le pesah Karet : qui le néglige est passible de retranchement. S'il était seul, le tamid, qui n'a pas de karet, ne s'en apprendrait pas. 3. Ele ta'asu - les autres sacrifices publics Moussafim. Ils viennent expier. L'ola expie un asse et un lav rattaché à un asse. Tamid et pesah ont un côté grave. Les autres ne s'en apprennent pas. 4. Vayedaber Moché - omer et deux pains Ils viennent permettre le hadach : l'omer dans le pays, les deux pains au Temple. Le verset des moussafim laisserait dehors ce qui ne fait qu'autoriser. 5. L'inverse Si seuls l'omer et les deux pains étaient écrits, ils sont forts : ils permettent. Les sacrifices qui expient ne s'en apprendraient pas. Les quatre textes restent. Vayedaber fixe un seul mo'ed pour tous ceux de la section.
Tamid, pesah, moussafim, omer et deux pains : chaque verset a un trait que les autres n'ont pas.
Dehouya et houtara, et la place du tsits La sougya part de dehouya. Seul Rabbi Yehouda dit houtara pour le public. Dehouya Rabbi Chimon, et le point de départ La touma du public est écartée. L'interdit demeure. Le devoir passe devant quand il n'y a pas de purs. Le tsits doit faire agréer. Sur le front ou non : il fait agréer. Preuve de Kippour, service intérieur. Houtara Rabbi Yehouda seul La touma du public est permise. Le sacrifice public se passe de l'agrément du tsits. Le tsits, seulement sur le front. Hors du front, il ne fait pas agréer. Le particulier, lui, a besoin du tsits. Kippour, service intérieur Le kohen gadol quitte les vêtements d'or. Le tsits n'est pas sur son front. Rabbi Chimon : il fait agréer quand même. Donc le tsits agit même absent. Rabbi Yehouda : à Kippour la touma est houtara. Le cas sort du débat. On en tire que Rabbi Chimon tient dehouya : le tsits lui reste nécessaire.
Dehouya : le tsits fait agréer, sur le front ou non. Houtara : Rabbi Yehouda, le tsits seulement sur le front. Kippour sort du débat chez lui.
Sang et viande : Rabbi Yehochoua et Rabbi Eliezer Deutéronome 12,27. La michna semble hors de Rabbi Yehochoua. Rabbi Yehochoua Tu feras tes olot, la viande et le sang Pas de sang propre : pas de viande. Pas de viande propre : pas de sang. Impure ou perdue : on ne projette pas. Les deux sont nommés ensemble. Réponse au verset du sang versé : à côté, il est écrit : tu mangeras la viande. Rabbi Eliezer Le sang de tes sacrifices sera répandu Le sang, même sans viande. Viande et sang ensemble : le sang se fait par zerika, la viande aussi se fait par zerika. D'où un loul, un vide, entre le kevech et l'autel. La question sur la michna Omer et deux pains viennent en touma. Le tsits ne fait pas agréer les akhilot. Les parts mangées restent impropres. Pour Rabbi Yehochoua, le sang le serait aussi. Or la michna enseigne que le sang est projeté. La gemara demande si elle est hors de lui.
Rabbi Yehochoua lie le sang et la viande. Rabbi Eliezer garde le sang sans la viande, et fait jeter la viande comme le sang.
1
שְׂעִירֵי רָאשֵׁי חֳדָשִׁים אִיֽצְטְרִיכָא לֵיֽהּ, סָלְקָא דַּעְתָּךְ אָמֵינָא הָא לָא כְּתִיב בְּהוּ ״מוֹעֵד״, קָא מַשְׁמַע לַן דְּרֹאשׁ חֹדֶשׁ אִיֽקְּרִי מוֹעֵד,

Les boucs de Roch Hodech lui étaient nécessaires. On aurait pensé : voici qu'il n'est pas écrit à leur sujet mo'ed (temps fixé).

Il nous apprend que Roch Hodech est appelé mo'ed,

📜 Rachi (1)
הָא לָא כְּתִיב בְּהוּ מוֹעֵד וְלֹא לִיֽדְחוֹ טֻוֽמְאָה דְּהָא כָּל קָרְבְּנוֹת צִיֽבּוּר מִמּוֹעֵד נָפְקִי לָן כְּדִלְקַמָּן:
Voici qu'il n'est pas écrit à leur sujet mo'ed : et ils ne repousseraient pas la touma (impureté rituelle). Car tous les sacrifices publics, nous les tirons de mo'ed, comme plus loin.
🗂️ Tossefot (2)
שְׂעִירֵי רָאשֵׁי חֳדָשִׁים אִיֽצְטְרִיךְ לֵיהּ תֵּיֽמַהּ וְלִיֽתְנֵי שְׂעִירֵי רָאשֵׁי חֳדָשִׁים וְלָא לִיֽתְנֵי אִידָךְ:
Les boucs de Roch Hodech lui étaient nécessaires. Étonnement : qu'il enseigne les boucs de Roch Hodech, et qu'il n'enseigne pas les autres.
סָלְקָא דַּעְתָּךְ אָמֵינָא הָא לָא כְּתִיב בְּהוּ מוֹעֵד ואע"ג דִּבְפָרָשַׁת פִּינְחָס כְּתִיב נָמֵי רֹאשׁ חֹדֶשׁ הֵ"א דְּאֵלֶּה תַּעֲשׂוּ בְּמוֹעֲדֵיכֶם דִּכְתִיב בְּסוֹף פָּרָשַׁת פִּינְחָס לָא קָאֵי אַרֹאשׁ חֹדֶשׁ אֶלָּא אַשְּׁאָר יָמִים טוֹבִים דִּכְתִיבִי בָּתְרֵיֽהּ דְּאִיֽקְרֵי רֶגֶל דְּהָכִי נָמֵי לָא קָאֵי אַשַּׁבָּת וְתָמִיד וּמַצְרְכִי' לְהוּ קְרָא בְּסָמוּךְ:
On aurait pensé : voici qu'il n'est pas écrit à leur sujet mo'ed. Et bien que, dans la paracha de Pinhas, Roch Hodech soit aussi écrit, on aurait dit que Voici ce que vous ferez à vos mo'adim, écrit à la fin de la paracha de Pinhas, ne vise pas Roch Hodech. Il vise les autres jours de fête écrits après lui, qui sont appelés regel (fête de pèlerinage). De même il ne vise pas le chabbat ni le tamid, et il leur faut un verset, tout de suite.
💡 Explication

La michna a listé des offrandes qui viennent en touma. Le mot mo'ed est le levier : là où la Torah l'écrit, le sacrifice public repousse le chabbat et la touma. Pour les boucs de Roch Hodech, ce mot manque dans leur paracha. On aurait pu les laisser hors de la liste.

La michna les nomme pour enseigner que Roch Hodech porte quand même le nom de mo'ed. Tossefot : le verset de clôture de Pinhas, Voici ce que vous ferez à vos mo'adim, pourrait ne viser que les régalim écrits après Roch Hodech. Le chabbat et le tamid, eux aussi, restent hors de ce verset, et la gemara leur cherche un texte à part.

2
כִּדְאַבַּיֵּי, דְּאָמַר אַבַּיֵּי: תַּמּוּז דְּהַאי שַׁתָּא מַלּוֹיֵי מַלְּיוּהּ, דִּכְתִיב: ״קָרָא עָלַי מוֹעֵד לִשְׁבֹּר בַּחוּרָי״.

comme Abaye. Car Abaye a dit : le Tamouz de cette année-là, on l'a rendu plein, puisqu'il est écrit : Il a proclamé contre moi un mo'ed, pour briser mes jeunes gens.

📜 Rachi (1)
קְרָא עָלַי מוֹעֵד תַּמּוּז דְּשִׁיֽלּוּחַ מְרַגְּלִים מִלּוּיִי מַלְּיוּהָ וְכָלוּ אַרְבָּעִים דִּידְהוּ בְּט' בָּאָב בְּפֶרֶק בָּתְרָא דְּתַעֲנִית וְהֻוֽקְבְּעָה לָהֶם בּוֹ בְּכִיָּה לְדוֹרוֹת וְיוֹם עִיֽבּוּר הַחֹדֶשׁ קָרֵי מוֹעֵד:
Il a proclamé contre moi un mo'ed : le Tamouz de l'envoi des explorateurs, on l'a rendu plein, et leurs quarante jours se sont achevés le 9 av, au dernier chapitre de Ta'anit. Ce jour-là leur a été fixé comme jour de pleurs pour les générations. Et le jour d'ibour du mois (le jour ajouté), on l'appelle mo'ed.
💡 Explication

Abaye lit le verset des Lamentations comme un nom donné au jour ajouté. Le Tamouz de l'année des explorateurs a été un mois plein, trente jours. Le jour d'ibour s'appelle mo'ed. Roch Hodech entre donc dans le mot de la michna.

Rachi renvoie à Ta'anit : les quarante jours finissent le 9 av, et ce jour devient un jour de pleurs pour les générations.

🖼️ Schéma
Le Tamouz des explorateurs, selon Abaye Envoi Les explorateurs année du désert Tamouz plein Trente jours jour d'ibour ajouté 9 av Fin des quarante jours pleurs pour les générations Le jour ajouté au mois s'appelle mo'ed. Il a proclamé contre moi un mo'ed, pour briser mes jeunes gens.
Tamouz rendu plein : le jour ajouté s'appelle mo'ed, et les quarante jours finissent le 9 av.
3
לְמֵימְרָא דְּכֻוֽלְּהוּ מִ״מוּעָד״ אָתוּ, מְנָהָנֵי מִיֽלֵּי? דִּתְנוּ רַבָּנָן: ״וַיְדַבֵּר מֹשֶׁה אֶת מֹעֲדֵי ה׳״ — מַה תַּלְמוּד לוֹמַר? לְפִי שֶׁלֹּא לָמַדְנוּ אֶלָּא לְתָמִיד וּפֶסַח שֶׁנֶּאֱמַר בְּהוּ ״בְּמוֹעֲדוֹ״, ״בְּמוֹעֲדוֹ״ וַאֲפִיֽלּוּ בְּשַׁבָּת, ״בְּמוֹעֲדוֹ״ וַאֲפִילּוּ בְּטֻוֽמְאָה.

Est-ce à dire que tous viennent de mo'ed ? D'où ces paroles ?

Car nos maîtres ont enseigné : Moché dit les mo'adim de Hachem. Que vient enseigner le verset ?

Parce que nous n'avions appris cela que pour le tamid et le pesah, puisqu'il est dit à leur sujet : en son mo'ed. En son mo'ed, même le chabbat.

En son mo'ed, même en touma.

📜 Rachi (3)
וַיְדַבֵּר מֹשֶׁה וְגוֹ' בְּתוֹרַת כֹּהֲנִים הוּא גַּבֵּי עֹוֽמֶר וּשְׁתֵּי הַלֶּחֶם:
Moché dit, etc. : c'est dans Torat Cohanim, à propos de l'omer et des deux pains.
שֶׁלֹּא לָמַדְנוּ כּוּ' שֶׁנֶּאֱמַר בָּהֶן מוֹעֵד לִדְחוֹת שַׁבָּת וְטֻוֽמְאָה:
Nous n'avions appris, etc., puisqu'il est dit à leur sujet mo'ed : pour repousser le chabbat et la touma.
בְּמוֹעֲדוֹ מַשְׁמַע לֹא יַעֲבֹוֽר זְמַנָּן וַאֲפִיֽלּוּ הֵן טְמֵאִין וַאֲפִילּוּ הוּא שַׁבָּת:
En son mo'ed : cela veut dire que leur temps ne passera pas, même s'ils sont impurs, et même si c'est chabbat.
💡 Explication

La gemara ouvre la source. Bemo'ado, en son temps fixé, est écrit pour le tamid et pour le pesah. Le temps ne se reporte pas : ni pour le chabbat, ni pour la touma.

Le verset Moché dit les mo'adim de Hachem est dans le Lévitique, à la fin de la section de l'omer et des deux pains. Rachi le situe dans Torat Cohanim, le Sifra. La baraïta va s'en servir pour élargir, après avoir posé le tamid et le pesah.

4
שְׁאָר קָרְבְּנוֹת צִיֽבּוּר מִנַּיִיֽן — שֶׁנֶּאֱמַר: ״אֵלֶּה תַּעֲשׂוּ לַה׳ בְּמוֹעֲדֵיכֶם״.

Les autres sacrifices publics, d'où ? Il est dit : Voici ce que vous ferez pour Hachem, à vos mo'adim.

📜 Rachi (1)
אֵלֶּה תַּעֲשׂוּ וְגוֹ' בְּפָרָשַׁת פִּינְחָס כְּתִיב גַּבֵּי מוּסָפִים:
Voici ce que vous ferez, etc. : c'est écrit dans la paracha de Pinhas, à propos des moussafim.
💡 Explication

Les moussafim, sacrifices additionnels des jours fixés, sont dans la paracha de Pinhas, Nombres 28 et 29. Le verset de clôture les range sous vos mo'adim.

5
מִנַּיִן לְרַבּוֹת עֹוֽמֶר וְהַקָּרֵב עִמּוֹ, שְׁתֵּי הַלֶּחֶם וְהַקָּרֵב עִמָּם — תַּלְמוּד לוֹמַר: ״וַיְדַבֵּר מֹשֶׁה אֶת מֹעֲדֵי ה׳ אֶל בְּנֵי יִשְׂרָאֵל״, הַכָּתוּב קְבָעוֹ מוֹעֵד אֶחָד לְכֻוֽלָּן.

D'où inclure l'omer et ce qui est offert avec lui, les deux pains et ce qui est offert avec eux ? Le verset l'enseigne : Moché dit les mo'adim de Hachem aux enfants d'Israël.

L'Écriture a fixé un seul mo'ed pour tous.

📜 Rachi (3)
מִנַּיִיֽן לְרַבּוֹת עֹוֽמֶר וְהַקָּרֵב עִמּוֹ וַעֲשִׂיתֶם בַּיּוֹם הֲנִיפְכֶם וְגוֹ' (וַיִּקְרָא כ״ג:י״ב):
D'où inclure l'omer et ce qui est offert avec lui : Vous ferez, le jour de votre balancement, etc. (Lévitique 23,12).
וּשְׁתֵּי הַלֶּחֶם וְהַכְּבָשִׂים הַקְּרֵבִין עִמָּהֶן הָאָמוּר בְּתוֹרַת כֹּהֲנִים וְאֵינָם אֲמוּרִים בְּפָרָשַׁת פִּינְחָס:
Et les deux pains : et les agneaux offerts avec eux, dits dans Torat Cohanim, et qui ne sont pas dits dans la paracha de Pinhas.
ת"ל בְּשִׁיֽלְהֵי הַהִיא פָּרַשְׁתָּא דְּשׁוֹר אוֹ כֶשֶׂב אוֹ עֵז וַיְדַבֵּר מֹשֶׁה וְגוֹ':
Le verset l'enseigne : à la fin de cette section, un bœuf, ou un agneau, ou une chèvre, Moché dit, etc.
💡 Explication

L'omer et les deux pains ont leurs bêtes avec eux. L'agneau du balancement est au Lévitique 23. Les agneaux des deux pains sont dans Torat Cohanim, absents de la liste des moussafim de Pinhas. Le verset de clôture, Moché dit les mo'adim, les rassemble sous un seul mo'ed.

6
וְכָל הָנֵי לָמָּה לִי? צְרִיכִי, דְּאִי כְּתַב רַחֲמָנָא תָּמִיד, הֲוָה אֲמִינָא תָּמִיד — שֶׁכֵּן תָּדִיר וְכָלִיל, אֲבָל פֶּסַח — לָא, קָא מַשְׁמָע לַן.

Et tous ceux-là, pourquoi me sont-ils nécessaires ? Ils sont nécessaires.

Si le Miséricordieux avait écrit le tamid, j'aurais dit : le tamid, puisqu'il est tadir (fréquent) et kalil (entièrement brûlé). Le pesah, non.

Il nous l'apprend.

📜 Rachi (1)
כָּל הָנֵי לָמָּה לִי לִכְתֹּוֽב חַד וְלַיְּתֵי הָנָךְ מִיֽנֵּיֽהּ:
Tous ceux-là, pourquoi me sont-ils nécessaires : qu'on écrive un seul, et que les autres en viennent.
💡 Explication

Un seul modèle aurait suffi si les offrandes se ressemblaient. Le tamid a deux traits : il est tadir, chaque jour, et kalil, brûlé tout entier sur l'autel. Ces deux traits manquent au pesah. Écrit seul, le tamid ne porterait pas le pesah.

7
וְאִי כְּתַב רַחֲמָנָא פֶּסַח, פֶּסַח שֶׁהוּא עָנוּשׁ כָּרֵת, אֲבָל תָּמִיד דְּאֵין עָנוּשׁ כָּרֵת — אֵימָא לֹא, קָא מַשְׁמָע לַן.

Et si le Miséricordieux avait écrit le pesah : le pesah, puisqu'on est passible de karet pour lui. Le tamid, pour lequel on n'est pas passible de karet, je dirais : non.

Il nous l'apprend.

💡 Explication

Le pesah a son trait à lui : le karet, le retranchement, pour qui s'en abstient. Le tamid n'a pas cette peine. Écrit seul, le pesah ne porterait pas le tamid. Les deux versets bemo'ado restent donc l'un et l'autre.

8
וְאִי כְּתַב רַחֲמָנָא הָנֵי תַּרְתֵּי, הֲוָה אָמֵינָא הָנֵי הוּא יֵשׁ בָּהֶן צַד חָמוּר, תָּמִיד — תָּדִיר וְכָלִיל, פֶּסַח — שֶׁהוּא עָנוּשׁ כָּרֵת. אֲבָל שְׁאָר קָרְבְּנוֹת צִיֽבּוּר — אֵימָא לֹא, כְּתַב רַחֲמָנָא: ״אֵלֶּה תַּעֲשׂוּ לַה׳ בְּמוֹעֲדֵיכֶם״.

Et si le Miséricordieux avait écrit ces deux-là, j'aurais dit : ce sont ceux-là qui ont un côté grave. Le tamid : tadir et kalil.

Le pesah : on est passible de karet. Les autres sacrifices publics, je dirais : non.

Le Miséricordieux a écrit : Voici ce que vous ferez pour Hachem, à vos mo'adim.

📜 Rachi (1)
שְׁאָר קָרְבָּנוֹת צִיֽבּוּר מוּסָפִין דְּעוֹלָה מְכַפֶּרֶת אַעֲשֵׂה כִּדְתַנְיָא בְּיוֹמָא (דַּף לו.) אֵין עוֹלָה בָּאָה אֶלָּא עַל עֲשֵׂה וְלֹא תַעֲשֶׂה שֶׁנִּיֽתָּק לַעֲשֵׂה:
Les autres sacrifices publics : les moussafim. Car l'ola expie un asse (commandement positif), comme on l'enseigne à Yoma 36a : l'ola ne vient que pour un asse, et pour un interdit rattaché à un asse.
🗂️ Tossefot (1)
שֶׁכֵּן יֵשׁ בָּהֶן צַד חָמוּר פר"ת שֶׁכֵּן יֶשְׁנָן לִפְנֵי הַדִּיֽבּוּר וּכְמַאן דְּאָמַר (חֲגִיגָה דַּף ו.) עוֹלָה שֶׁהִקְרִיבוּ יִשְׂרָאֵל בַּמִּדְבָּר עוֹלַת תָּמִיד הֲוַאי וְלֶחֶם הַפָּנִים אוֹמֵר רִיבָ"א מִדִּכְתִיב תָּמִיד יָלְפִינַן לֵיהּ דְּמַשְׁמַע אֲפִילּוּ בְּשַׁבָּת וּבְתוֹרַת כֹּהֲנִים אִיכָּא מַאן דְּדָרֵישׁ דְּתָמִיד דָּחֵי שַׁבָּת מִדְּכָתַב בֵּיֽהּ תָּמִיד וּמִיהוּ מִתְּרֵי מִיֽנַּיְיֽהוּ הֲוָה מָצֵי לְמֵילַף כֻּוֽלְּהוּ וְאוֹמֵר רִ"י דְּשֶׁמָּא יֵשׁ שׁוּם פִּיֽרְכָא דְּאִי לָאו הָכִי אַמַּאי צָרִיךְ קְרָא בִּשְׁאָר. וְקָשֶׁה דִּבְפֶרֶק קַמָּא דִּיבָמוֹת (דַּף ה:) בָּעֵי לְמֵימַר עֲשֵׂה דּוֹחֶה לֹא תַעֲשֶׂה שֶׁיֵּשׁ בּוֹ כָּרֵת מִפֶּסַח וְתָמִיד וּפָרִיךְ מַה לְפֶסַח וְתָמִיד שֶׁכֵּן יֶשְׁנָן לִפְנֵי הַדִּיֽבּוּר וְאַמַּאי לָא יָלֵיף מִשְּׁאָר קָרְבְּנוֹת צִיֽבּוּר דְּדָחֵי שַׁבָּת כִּדְמַסְּקִינַן הָכָא:
Puisqu'ils ont un côté grave. Rabbeinou Tam explique : puisqu'ils existent avant la Parole (avant le don de la Torah). Et comme celui qui dit, Haguiga 6a, que l'ola qu'Israël a offerte dans le désert était l'ola du tamid. Et le le'hem ha-panim (pain de proposition) : Riva dit que, du fait qu'il est écrit tamid, nous le dérivons de là, ce qui implique même le chabbat. Et dans Torat Cohanim il y a un maître qui dérive que le tamid repousse le chabbat, du fait qu'il y est écrit tamid. Toutefois, de deux d'entre eux on aurait pu dériver tous les autres. Et Ri dit : peut-être y a-t-il une pirkha (objection). Sans elle, pourquoi faudrait-il un verset pour les autres. Et c'est difficile. Au premier chapitre de Yevamot, 5b, on veut dire qu'un asse repousse un lo ta'asse (interdit) qui a un karet, à partir du pesah et du tamid. Et l'on objecte : le pesah et le tamid ont ceci de propre qu'ils existent avant la Parole. Pourquoi n'apprend-on pas des autres sacrifices publics, qui repoussent le chabbat, comme nous concluons ici ?
💡 Explication

Tamid et pesah ont chacun un côté grave. Les moussafim n'ont ni le couple tadir-kalil ni le karet du pesah. Il faut le verset de Pinhas.

Rachi : parmi eux, l'ola expie. Elle vient pour un asse omis, et pour un lav qu'on peut réparer par un asse. Tossefot rapporte une autre lecture du côté grave, celle de Rabbeinou Tam : tamid et pesah existent déjà avant la Parole au Sinaï. Ri note qu'une pirkha doit empêcher d'apprendre tous les autres de deux d'entre eux, sinon le verset des autres serait de trop.

9
וְאִי כְּתַב רַחֲמָנָא: ״אֵלֶּה תַּעֲשׂוּ לַה׳ בְּמוֹעֲדֵיכֶם״, הֲוָה אָמֵינָא שְׁאָר קָרְבְּנוֹת צִיֽבּוּר הַבָּאִין לְכַפֵּר. אֲבָל עֹוֽמֶר וּשְׁתֵּי הַלֶּחֶם דְּאֵין בָּאִין לְכַפֵּר, אֶלָּא לְהַתִּיר בְּעָלְמָא נִינְהוּ — לֹא, קָא מַשְׁמָע לַן.

Et si le Miséricordieux avait écrit : Voici ce que vous ferez pour Hachem, à vos mo'adim, j'aurais dit : les autres sacrifices publics, qui viennent expier. L'omer et les deux pains, qui ne viennent pas expier, ils ne font que permettre : non.

Il nous l'apprend.

📜 Rachi (1)
עֹוֽמֶר וּשְׁתֵּי הַלֶּחֶם אֵינָן בָּאִין אֶלָּא לְהַתִּיר אֶת הַחֹדֶשׁ זֶה בַּמְּדִינָה וְזֶה בַּמִּקְדָּשׁ:
L'omer et les deux pains ne viennent que pour permettre le hadach (nouvelle récolte) : celui-ci dans le pays, celui-là dans le Temple.
💡 Explication

Les moussafim expient. L'omer et les deux pains permettent. L'omer ouvre le hadach pour le manger dans le pays. Les deux pains ouvrent le hadach pour les offrandes du Temple. Le verset des moussafim, seul, les laisserait dehors.

🖼️ Schéma
Deux permissions du hadach Omer Permet le hadach dans le pays On mange la nouvelle récolte 16 nissan, avec son agneau Deux pains Permettent le hadach au Temple Minha et offrandes du nouveau Chavouot, avec leurs agneaux Ils ne viennent pas expier. Ils autorisent. D'où un verset à part.
L'omer permet le hadach dans le pays. Les deux pains le permettent au Temple.
10
וְאִי כְּתַב רַחֲמָנָא עֹוֽמֶר וּשְׁתֵּי הַלֶּחֶם לְחוֹדַיְיֽהוּ, הֲוָה אֲמִינָא אַדְּרַבָּה: עֹוֽמֶר וּשְׁתֵּי הַלֶּחֶם דְּאַלִּימִי דְּבָאִין לְהַתִּיר, אֲבָל הָנָךְ — לֹא, קָא מַשְׁמָע לַן.

Et si le Miséricordieux avait écrit l'omer et les deux pains seuls, j'aurais dit, à l'inverse : l'omer et les deux pains, qui sont forts, puisqu'ils viennent permettre. Ceux-là, non.

Il nous l'apprend.

💡 Explication

Permettre est aussi une force. Écrits seuls, l'omer et les deux pains ne porteraient pas les sacrifices qui expient. Chaque texte enseigne le sien. Aucun ne sert de modèle unique.

11
סַבְרוּהָ דִּלְכֻוֽלֵּי עָלְמָא טֻוֽמְאָה דְּחוּיָה הִיא בְּצִיֽבּוּר, וּבָעֲיָא צִיץ לְרַצּוֹת.

On a tenu pour acquis que, pour tous, la touma est dehouya (écartée) pour le public, et qu'il faut le tsits pour faire agréer.

📜 Rachi (2)
סַבְרוּהָ הָאָמוֹרָאִין בְּנֵי יְשִׁיבָה הָיוּ סְבוּרִין כֵּן לְפִיכָךְ הֻוֽצְרַךְ לָהֶם לִיֽשָּׁאֵל הָא דְּבָעֵי לְקַמֵּיֽהּ לֵימָא מַתְנִיתִין דְּלָא כְּר' יְהוֹשֻׁעַ:
On a tenu pour acquis : les amoraïm de la yechiva pensaient ainsi. C'est pourquoi il leur a fallu poser ce qu'on va demander : dirons-nous la michna hors de Rabbi Yehochoua.
דְּחוּיָה אַף עַל גַּב דְּאַכְשְׁרָהּ רַחֲמָנָא לְמִיְתֵּי בְּטֻוֽמְאָה לָאו הֶיֽתֵּר גָּמוּר הוּא אֶלָּא הֵיכָא דְּלָא מִיֽשְׁתַּכְחִי טְהוֹרִין וְכֵיוָן דְּלָאו הֶיֽתֵּר גָּמוּר הוּא בָּעֵי' צִיץ לְרַצּוֹיֵי:
Dehouya : le Miséricordieux a validé qu'on vienne en touma. La permission reste limitée au cas où l'on ne trouve pas de purs. Comme la permission reste limitée, il faut le tsits pour faire agréer.
💡 Explication

Deux régimes. Dehouya : l'interdit de la touma reste en place, le devoir public passe devant quand les purs manquent, et le tsits (la lame d'or sur le front du kohen gadol) doit faire agréer. Houtara : pour le public, la touma est permise, et le tsits n'est pas requis pour le sacrifice public.

La sougya part de dehouya, comme avis de tous. La question sur Rabbi Yehochoua vient de là.

12
דְּלֵיכָּא תַּנָּא דְּשָׁמְעַתְּ לֵיֽהּ דְּאָמַר טֻוֽמְאָה הֻוֽתְּרָה בְּצִיֽבּוּר אֶלָּא רַבִּי יְהוּדָה, דְּתַנְיָא: צִיץ, בֵּין שֶׁיֶּשְׁנוֹ עַל מִצְחוֹ וּבֵין שֶׁאֵינוֹ עַל מִצְחוֹ — מְרַצֶּה, דִּבְרֵי רַבִּי שִׁמְעוֹן. רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: עוֹדֵיֽהוּ עַל מִצְחוֹ — מְרַצֶּה, אֵין עוֹדֵיֽהוּ עַל מִצְחוֹ — אֵינוֹ מְרַצֶּה.

Car il n'est pas de tanna dont tu aies entendu dire que la touma est houtara (permise) pour le public, hormis Rabbi Yehouda. Comme on l'a enseigné : le tsits, qu'il soit sur son front ou qu'il ne soit pas sur son front, fait agréer.

Paroles de Rabbi Chimon. Rabbi Yehouda dit : tant qu'il est encore sur son front, il fait agréer.

S'il n'est plus sur son front, il ne fait pas agréer.

📜 Rachi (1)
בֵּין שֶׁיֶּשְׁנוֹ עַל מִצְחוֹ בְּשָׁעָה שֶׁאֵיֽרְעָה טֻוֽמְאָה בַּקָּרְבָּנוֹת:
Qu'il soit sur son front : au moment où la touma est survenue aux sacrifices.
🗂️ Tossefot (1)
דְּלָא אַשְׁכְּחַן תַּנָּא דְּאִית לֵיֽהּ טֻוֽמְאָה הֻוֽתְּרָה אֶלָּא ר' יְהוּדָה וְאִם תֹּאמַר מַאי אֻוֽלְמָא דר"ש טְפֵי מִדְּרַבִּי יְהוּדָה אַדְּרַבָּה אַשְׁכְּחַן בְּמִי שֶׁהוֹצִיאוּהוּ (עֵירוּבִין דַּף מו:) דְּר' יְהוּדָה וְר' שִׁמְעוֹן הֲלָכָה כְּרַבִּי יְהוּדָה וי"ל דְּאַשְׁכְּחַן לְקַמָּן (פְּסָחִים דַּף עח.) ר' יוֹסֵי דְּנִמּוּקוֹ עִמּוֹ דְּסָבַר טֻוֽמְאָה דְּחוּיָה הִיא תֵּיֽמַהּ לר"י דְּבִשְׁמַעְתִּין מַשְׁמַע דִּלְמַאן דְּאָמַר טֻוֽמְאָה דְּחוּיָה אֵינָהּ דְּחוּיָה אֶלָּא עַל יְדֵי רִיֽצּוּי צִיץ וְאַמַּאי הָא טֻוֽמְאָה דְּגַבְרָא דִּדְחוּיָה בְּצִיֽבּוּר אע"פ שֶׁאֵין הַצִּיץ מְרַצֶּה עַל טֻוֽמְאַת הַגּוּף כְּדִתְנַן בְּפִיֽרְקִין (דַּף פ:):
Car nous ne trouvons pas de tanna qui tienne que la touma est houtara, hormis Rabbi Yehouda. Et si tu dis : qu'a Rabbi Chimon de plus fort que Rabbi Yehouda ? Au contraire, nous trouvons au chapitre Mi che-hotsiouhou, Erouvin 46b : Rabbi Yehouda et Rabbi Chimon, la halakha suit Rabbi Yehouda. On peut répondre : nous trouvons plus loin, Pesachim 78a, Rabbi Yosse, dont les raisons l'accompagnent, qui tient que la touma est dehouya. Difficulté pour Ri : dans notre passage, il ressort que, pour celui qui dit que la touma est dehouya, elle n'est écartée que par l'agrément du tsits. Pourquoi ? Voici que la touma de la personne est écartée pour le public, alors que le tsits ne fait pas agréer la touma du corps, comme on l'enseigne dans notre chapitre, daf 80b.
💡 Explication

La baraïta porte sur le tsits. Rabbi Chimon : il fait agréer, posé sur le front ou retiré. Rabbi Yehouda : seulement tant qu'il est sur le front. La gemara annonce que, dans ce débat, seul Rabbi Yehouda dira plus loin que la touma est houtara pour le public.

Rachi fixe le moment : l'heure où la touma atteint les sacrifices. Tossefot demande pourquoi suivre Rabbi Chimon alors que, face à Rabbi Yehouda, la halakha suit d'ordinaire Rabbi Yehouda. Réponse : Rabbi Yosse, plus loin, tient aussi dehouya. Ri soulève ensuite la touma de la personne, que le public écarte sans que le tsits fasse agréer le corps.

13
אָמַר לוֹ רַבִּי שִׁמְעוֹן: כֹּהֵן גָּדוֹל בְּיוֹם הַכִּפּוּרִים יוֹכִיחַ, שֶׁאֵינוֹ עַל מִצְחוֹ וּמְרַצֶּה.

Rabbi Chimon lui dit : le kohen gadol, le jour de Kippour, en est la preuve. Le tsits n'est pas sur son front, et il fait agréer.

📜 Rachi (3)
כֹּהֵן גָּדוֹל בְּיוֹם הַכִּפּוּרִים יוֹכִיחַ בִּשְׁעַת עֲבוֹדַת פְּנִים:
Le kohen gadol, le jour de Kippour, en est la preuve : au moment du service intérieur.
שֶׁאֵינוֹ עַל מִצְחוֹ דְּהָא אֵין נִכְנָס שָׁם בְּבִגְדֵי זָהָב כִּדְאָמְרִינַן [בְּרֹאשׁ הַשָּׁנָה] (דַּף כו.) דְּאֵין קָטֵיֽגוֹר נַעֲשָׂה סָנֵיֽגוֹר:
Il n'est pas sur son front : car il n'entre pas là avec les vêtements d'or, comme nous le disons à Roch Hachana 26a : un accusateur ne devient pas défenseur.
וּמְרַצֶּה אִם בָּאוּ בְּטֻוֽמְאָה דְּהָא קַיְיֽמָא לַן כֹּל קָרְבְּנוֹת הַצִּיֽבּוּר הַקָּבוּעַ לָהֶן זְמַן דּוֹחִין אֶת הַטֻּוֽמְאָה וְרַבִּי שִׁמְעוֹן אִית לֵיֽהּ טֻוֽמְאָה דְּחוּיָה הִיא בְּצִיֽבּוּר וְאִי לָאו מִשּׁוּם דְּצִיץ מְרַצֶּה אַטֻּוֽמְאָה לָא הָווּ מִיֽתְכַּשְּׁרִי:
Et il fait agréer : s'ils sont venus en touma. Car nous tenons que tous les sacrifices publics qui ont un temps fixé repoussent la touma. Et Rabbi Chimon tient que la touma est dehouya pour le public. Et si le tsits ne faisait pas agréer la touma, ils ne seraient pas rendus valides.
💡 Explication

Au service intérieur de Kippour, le kohen gadol quitte les vêtements d'or. Le tsits en fait partie : il n'est pas sur le front. Les sacrifices publics à temps fixe viennent pourtant en touma, et ils sont valides. Rabbi Chimon en tire que le tsits fait agréer même absent du front.

Rachi rappelle le principe de Roch Hachana 26a : un accusateur ne devient pas défenseur. L'or reste donc hors de ce service.

14
אָמַר לוֹ: הַנַּח לְיוֹם הַכִּפּוּרִים שֶׁטֻּוֽמְאָה הֻוֽתְּרָה בְּצִיֽבּוּר. מִכְּלָל דְּרַבִּי שִׁמְעוֹן סָבַר: טֻוֽמְאָה דְּחוּיָה הִיא בְּצִיֽבּוּר.

Il lui dit : laisse le jour de Kippour, car la touma y est houtara pour le public. Il en ressort que Rabbi Chimon tient : la touma est dehouya pour le public.

📜 Rachi (1)
שֶׁטֻּוֽמְאָה הֻוֽתְּרָה בְּצִיֽבּוּר וְאֵין קָרְבַּן צִיֽבּוּר צָרִיךְ רִיֽצּוּעִי הַצִּיץ אֶלָּא קָרְבַּן יָחִיד:
Car la touma est houtara pour le public : et le sacrifice public n'a pas besoin de l'agrément du tsits. Le sacrifice d'un particulier en a besoin.
💡 Explication

Rabbi Yehouda sort Kippour du raisonnement : ce jour-là, la touma du public est houtara, permise, et le tsits n'a pas à faire agréer le sacrifice public. La preuve de Rabbi Chimon tombe. On apprend du même coup sa thèse : chez lui, la touma est dehouya, et le tsits reste nécessaire.

15
וּדְכֻוֽלֵּי עָלְמָא אֵין הַצִּיץ מְרַצֶּה עַל אֲכִילוֹת, דְּלֵיכָּא תַּנָּא דְּשָׁמְעַתְּ לֵיֽהּ דְּאָמַר הַצִּיץ מְרַצֶּה עַל אֲכִילוֹת אֶלָּא רַבִּי אֱלִיעֶזֶר, דְּתַנְיָא: רַבִּי אֱלִיעֶזֶר אוֹמֵר: הַצִּיץ מְרַצֶּה עַל אֲכִילוֹת, רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר: אֵין הַצִּיץ מְרַצֶּה עַל אֲכִילוֹת.

Et pour tous, le tsits ne fait pas agréer les akhilot (les parts à manger). Car il n'est pas de tanna dont tu aies entendu dire que le tsits fait agréer les akhilot, hormis Rabbi Eliezer.

Comme on l'a enseigné : Rabbi Eliezer dit : le tsits fait agréer les akhilot. Rabbi Yosse dit : le tsits ne fait pas agréer les akhilot.

📜 Rachi (1)
וּדְכֻוֽלֵּי עָלְמָא כְּלוֹמַר הָנָךְ רַבָּנָן דִּסְתָם מַתְנִיתִין סָבְרִי אֵין הַצִּיץ מְרַצֶּה עַל אֲכִילוֹת עַל טֻוֽמְאָה שֶׁנָּגַע בַּבָּשָׂר וּבִשְׁיָרֵי מִנְחָה הַנֶּאֱכָלִים אֶלָּא עַל טֻוֽמְאַת הַדָּם וּקְמָצִים (וְאֵיֽמוּרִין):
Et pour tous : c'est-à-dire ces maîtres de la michna anonyme tiennent que le tsits ne fait pas agréer les akhilot, la touma qui a touché la viande et les restes de minha qui se mangent. Il fait agréer la touma du sang, des kematsim (poignées) et des emourim (parties brûlées sur l'autel).
🗂️ Tossefot (1)
רַבִּי אֱלִיעֶזֶר אוֹמֵר הַצִּיץ מְרַצֶּה כּוּ' רַבִּי אֱלִיעֶזֶר גָּרְסִינַן וְלֹא ר' אֶלְעָזָר דִּלְקַמָּן פָּרֵיךְ וּלְיִטְעָמֵיֽךְ כֵּיוָן דְּאָמַר ר' אֱלִיעֶזֶר יֵשׁ דָּם אַף עַל פִּי שֶׁאֵין בָּשָׂר הַצִּיץ מְרַצֶּה עַל אֲכִילוֹת לְמַאי הִיֽלְכְתָא:
Rabbi Eliezer dit : le tsits fait agréer, etc. Nous lisons Rabbi Eliezer, et non Rabbi Elazar. Car plus loin on objecte : et selon ton avis, puisque Rabbi Eliezer a dit qu'il y a le sang même s'il n'y a pas de viande, le tsits qui fait agréer les akhilot, pour quelle halakha ?
💡 Explication

Deuxième prémisse. Le tsits fait agréer le sang, la poignée de minha, les emourim. Il ne fait pas agréer les akhilot, ce qui se mange : la viande, les restes de minha. L'offrande peut être valide, et sa part mangée rester interdite.

Seul Rabbi Eliezer étend l'agrément aux akhilot. Rabbi Yosse le refuse. Tossefot fixe la graphie : Eliezer, non Elazar, parce que la suite attaque Rabbi Eliezer sur le sang sans la viande.

16
נֵימָא מַתְנִיתִין דְּלָא כְּרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ, דְּתַנְיָא: ״וְעָשִׂיתָ עֹלֹתֶיךָ הַבָּשָׂר וְהַדָּם״, רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ אוֹמֵר: אִם אֵין דָּם — אֵין בָּשָׂר, אִם אֵין בָּשָׂר — אֵין דָּם.

Dirons-nous la michna hors de Rabbi Yehochoua ? Comme on l'a enseigné : Tu feras tes olot (holocaustes), la viande et le sang.

Rabbi Yehochoua dit : s'il n'y a pas de sang, il n'y a pas de viande. S'il n'y a pas de viande, il n'y a pas de sang.

📜 Rachi (3)
לֵימָא מַתְנִיתִין דְּאָמַר עֹוֽמֶר וּשְׁתֵּי הַלֶּחֶם בָּאִין בְּטֻוֽמְאָה וְאַף עַל גַּב דְּבָעֵינַן רִיֽצּוּי צִיץ וְצִיץ אַאֲכִילוֹת לָא מְרַצֵּי וְנִמְצָא שֶׁאֵין כָּאן שִׁירַיִיֽם הַנִּרְצִין אֶלָּא הַקֹּוֽמֶץ לְבַדּוֹ שֶׁהַצִּיץ מוֹעִיל וְכֵן בְּמִינֵי דָּמִים לֹא הוֹעִיל צִיץ לְבָשָׂר אֶלָּא לַדָּם וְקָתָנֵי דְּהַדָּם נִזְרָק:
Dirons-nous que la michna : qui dit que l'omer et les deux pains viennent en touma, bien que nous exigions l'agrément du tsits, et que le tsits ne fasse pas agréer les akhilot. Il se trouve qu'il n'y a pas ici de restes agréés, seulement la poignée, à laquelle le tsits sert. De même, pour les sortes de sang, le tsits n'a pas servi à la viande, il a servi au sang. Et l'on enseigne que le sang est projeté.
דְּלָא כְּר' יְהוֹשֻׁעַ דְּאָמַר אִם אֵין בָּשָׂר רָאוּי אֵין דָּם רָאוּי:
Hors de Rabbi Yehochoua : il dit que, s'il n'y a pas de viande propre, il n'y a pas de sang propre.
אִם אֵין בָּשָׂר רָאוּי כְּגוֹן שֶׁנִּטְמָא אוֹ שֶׁנֶּאֱבַד אֵין הַדָּם נִזְרָק:
S'il n'y a pas de viande : propre, par exemple si elle est devenue impure ou si elle a été perdue, le sang n'est pas projeté.
🗂️ Tossefot (2)
נֵימָא מַתְנִי' דְּלָא כְּר' יְהוֹשֻׁעַ מַשְׁמַע מִשּׁוּם דִּסְבִירָא לֵיֽהּ דְּבָעֵינַן דָּם וּבָשָׂר וְתֵיֽמַהּ דַּאֲפִי' סְבִירָא לֵיֽהּ נָמֵי יֵשׁ דָּם אַף עַל פִּי שֶׁאֵין בָּשָׂר כֵּיוָן דס"ד דְּטֻוֽמְאָה דְּחוּיָה וְאֵין הַצִּיץ מְרַצֶּה עַל אֲכִילוֹת לָא אָתְיָא מַתְנִי' כְּוָוֽתֵיֽהּ מִשּׁוּם שְׁתֵּי הַלֶּחֶם:
Dirons-nous la michna hors de Rabbi Yehochoua. Cela laisse entendre que c'est parce qu'il tient que nous exigeons le sang et la viande. Étonnement : même s'il tenait aussi qu'il y a le sang bien qu'il n'y ait pas de viande, puisque l'on tient pour l'instant que la touma est dehouya et que le tsits ne fait pas agréer les akhilot, la michna ne viendrait pas selon lui, à cause des deux pains.
נֵימָא דְּלָא כְּר' יְהוֹשֻׁעַ תֵּיֽמַהּ לְרִ"י וְהָא ע"כ כְּרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ אָתְיָא דְּקָתָנֵי סֵיפָא וּבְמֻוֽקְדָּשִׁין אַף עַל פִּי שֶׁנִּטְמָא בָּשָׂר וְחֵלֶב קַיָּיֽם זוֹרֵק אֶת הַדָּם מַשְׁמַע הָא נִטְמְאוּ שְׁנֵיהֶם אֵינוֹ זוֹרֵק וְהַיְיֽנוּ כְּרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ כִּדְאָמַר לְקַמָּן וְי"ל דְּה"ק נֵימָא דְּלָא כְּר' יְהוֹשֻׁעַ וְהָא ע"כ סֵיפָא אָתְיָא כְּוָוֽתֵיֽהּ וְאִם כֵּן קַשְׁיָא סֵיפָא:
Dirons-nous la michna hors de Rabbi Yehochoua. Étonnement pour Ri : voici que, forcément, cela vient selon Rabbi Yehochoua. Car on enseigne à la fin : et pour les choses consacrées, bien que la viande soit devenue impure et que le helev (graisse offerte) subsiste, on projette le sang. On en déduit : s'ils sont devenus impurs tous les deux, on ne projette pas. Et c'est selon Rabbi Yehochoua, comme on le dit plus loin. On peut répondre : voici ce que cela dit. Dirons-nous la michna hors de Rabbi Yehochoua, et voici que, forcément, la fin vient selon lui, et alors la fin fait difficulté.
💡 Explication

Rabbi Yehochoua lit le verset qui nomme ensemble la viande et le sang. L'un impropre, l'autre impropre. Impropre : devenu impur, ou perdu.

Dans les prémisses, le tsits ne fait pas agréer les akhilot. L'omer et les deux pains viennent pourtant en touma, et le sang est projeté. La viande, elle, n'est pas agréée. La gemara demande si la michna peut encore suivre Rabbi Yehochoua.

Tossefot : même l'avis qu'il y a le sang sans la viande laisserait les deux pains en difficulté, tant que le tsits ne fait pas agréer ce qui se mange. Et la fin de la michna, le helev qui subsiste alors que la viande est impure, semble au contraire suivre Rabbi Yehochoua. La gemara pose donc les deux bouts ensemble : la fin fait difficulté.

17
רַבִּי אֱלִיעֶזֶר אוֹמֵר: דָּם — אַף עַל פִּי שֶׁאֵין בָּשָׂר, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְדַם זְבָחֶיךָ יִשָּׁפֵךְ״, וּמָה אֲנִי מְקַיֵּיֽם ״וְעָשִׂיתָ עֹלֹתֶיךָ הַבָּשָׂר וְהַדָּם״ — לוֹמַר לָךְ: מַה דָּם בִּזְרִיקָה, אַף בָּשָׂר בִּזְרִיקָה.

Rabbi Eliezer dit : le sang, bien qu'il n'y ait pas de viande, puisqu'il est dit : Et le sang de tes sacrifices sera répandu. Et comment maintiens-je : Tu feras tes olot, la viande et le sang ?

Pour te dire : de même que le sang se fait par zerika (projection), de même la viande se fait par zerika.

🗂️ Tossefot (1)
דָּם אַף עַל פִּי שֶׁאֵין בָּשָׂר שֶׁנֶּאֱמַר וְדַם זְבָחֶיךָ וְגוֹ' תֵּיֽמַהּ לְרַשְׁבָּ"א מְנָא לֵיֽהּ בְּעוּלָה דְּיֵשׁ דָּם אַף עַל פִּי שֶׁאֵין בָּשָׂר אֵימָא דַּוְוֽקָא שְׁלָמִים אֲבָל עוֹלָה דְּכֻוֽלָּהּ כָּלִיל אֵימָא אֵין בָּשָׂר אֵין דָּם יֵשׁ דָּם אַף עַל פִּי שֶׁאֵין בָּשָׂר [מְנָא לַן]:
Le sang, bien qu'il n'y ait pas de viande, puisqu'il est dit : et le sang de tes sacrifices, etc. Difficulté pour Rachba : d'où tient-il, pour l'ola, qu'il y a le sang bien qu'il n'y ait pas de viande ? Je dirais que c'est réservé aux chelamim (sacrifices de paix). Pour l'ola, qui est tout entière kalil, je dirais : pas de viande, pas de sang. Qu'il y ait le sang bien qu'il n'y ait pas de viande, d'où le tenons-nous ?
💡 Explication

Rabbi Eliezer prend le verset du sang versé comme texte à part : le sang agit seul. Le verset qui joint la viande et le sang ne les rend pas solidaires pour la validité. Il enseigne le geste : l'un et l'autre arrivent par zerika, par un jet.

Tossefot : le verset parle de viande que l'on mange, donc des chelamim. L'ola, brûlée en entier, pourrait rester dans la règle de Rabbi Yehochoua : pas de viande, pas de sang. D'où vient, pour l'ola, le sang sans la viande ?

18
הֱוֵי אוֹמֵר: לוּל קָטָן יֵשׁ בֵּין כֶּבֶשׁ לַמִּזְבֵּחַ.

Force est de dire : il y a un petit loul (vide) entre le kevech (rampe) et l'autel.

📜 Rachi (1)
לוּל אֲוִיר יֵשׁ בֵּין כֶּבֶשׁ לַמִּזְבֵּחַ לֹא הָיָה רֹאשׁ הַכֶּבֶשׁ מְחֻוֽבָּר לַמִּזְבֵּחַ שֶׁיֵּשׁ אֲוִיר מְעַט בֵּינְתַיִם וְהַמְסַדֵּר אֶת הָאֵבָרִים עוֹמֵד עַל הַכֶּבֶשׁ וְזוֹרְקָן עַל מַעֲרֶכֶת הָעֵצִים לְקַיֵּיֽם מִצְוַת זְרִיקָה:
Loul : il y a un espace entre le kevech et l'autel. Le haut de la rampe n'était pas joint à l'autel : il y a un peu d'espace entre les deux. Celui qui dispose les membres se tient sur le kevech et les jette sur le bûcher, pour accomplir le commandement de la zerika.
🗂️ Tossefot (1)
אֲוִיר קָטָן הָיָה בֵּין כֶּבֶשׁ לַמִּזְבֵּחַ בְּלֹא אֲוִיר נָמֵי הָיָה יָכוֹל לְקַיֵּיֽם מִצְוַת זְרִיקָה אֶלָּא לְכָךְ הָיָה אֲוִיר שע"י כָּךְ יִזְכֹּוֽר לִזְרֹוֽק:
Il y avait un petit espace entre le kevech et l'autel. Même sans espace, il aurait pu accomplir le commandement du jet. L'espace est là pour cela : par lui, il se souviendra de jeter.
💡 Explication

La zerika de la viande a besoin d'un jet réel. Le haut du kevech ne touche pas l'autel. Un loul, un vide, les sépare. Le kohen reste sur la rampe et lance les membres sur le bois.

Rachi décrit le geste. Tossefot ajoute la fonction du vide : sans lui le jet resterait possible, le vide est là pour qu'on y pense.

🖼️ Schéma
Le loul entre le kevech et l'autel Kevech le kohen s'y tient Loul vide Autel bûcher, membres jetés Il jette les membres depuis la rampe, par-dessus le vide, sur le bois. La zerika de la viande répond à la zerika du sang. Tossefot : le vide rappelle de jeter.
La rampe s'arrête avant l'autel. Le kohen jette les membres par-dessus le loul, sur le bûcher.
19
וְרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ נָמֵי, הַכְּתִיב ״וְדַם זְבָחֶיךָ יִשָּׁפֵךְ״! אָמַר לָךְ: הָא כְתִיב גַּבֵּיֽהּ ״וְהַבָּשָׂר תֵּאָכֵל״.

Et Rabbi Yehochoua aussi : voici qu'il est écrit : Et le sang de tes sacrifices sera répandu ! Il te dit : voici qu'il est écrit à côté : Et la viande, tu la mangeras.

📜 Rachi (1)
הָא כְּתִיב גַּבֵּיֽהּ וְהַבָּשָׂר תֹּאכֵל אַלְמָא בָּשָׂר קַיָּיֽם בָּעֵינַן:
Voici qu'il est écrit à côté : et la viande, tu la mangeras. On en apprend que nous exigeons que la viande subsiste.
💡 Explication

Le verset du sang versé semble donner raison à Rabbi Eliezer. Rabbi Yehochoua le lit avec la suite : et la viande, tu la mangeras. Le sang dont parle le verset est un sang qui a encore sa viande, propre à être mangée.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).