Pesachim 77b - Le sang et la viande, le tzitz face à la touma

Pesachim 77b

Sougya : L'amoud reprend la michna des cinq offrandes qui viennent en touma. Rabbi Yehochoua exige ensemble le sang et la viande ; Rabbi Eliezer projette le sang même s'il n'y a pas de viande.

Deux membres du verset couvrent l'olah, grave parce qu'elle est kalil, et les shelamim, qui ont deux consommations. La même exigence se pose entre le kometz et le reste de la minha.

La gemara cherche si le tzitz fait agréer les parties qui montent et les parties mangées, puis si Rabbi Yehochoua sépare l'acte d'emblée de l'acte après coup.

Sang et viande, kometz et reste Rabbi Eliezer se contente d'une part. Rabbi Yehochoua exige les deux. Rabbi Eliezer Rabbi Yehochoua Zevahim Le sang, même s'il n'y a pas de viande On projette le sang La viande peut manquer Zevahim Pas de sang : pas de viande Pas de viande : pas de sang Les deux parts doivent être là Menahot Le kometz, même sans reste On brûle le kometz La minha est valable Menahot Pas de kometz : pas de reste Pas de reste : pas de kometz La minha est invalide Rabbi Yosse : la mahloket vaut pour les zevahim et pour les menahot
Rabbi Eliezer : le sang sans la viande, le kometz sans le reste. Rabbi Yehochoua : chaque part conditionne l'autre. Rabbi Yosse tient la mahloket dans les deux domaines.
Pourquoi deux membres du verset Devarim 12, 27. Rabbi Yehochoua. Chacun ferme la lecture de l'autre. Olah Tu feras tes holocaustes, la viande et le sang Grave : elle est kalil Entièrement brûlée sur l'autel Si ce membre seul : on réserverait la règle à l'olah Les shelamim en seraient exclus Shelamim Le sang de tes sacrifices sera répandu, et la viande mangée Deux consommations Autel, et hommes Si ce membre seul : on réserverait la règle aux shelamim L'olah en serait exclue Les deux membres sont nécessaires Sang et viande se conditionnent pour l'olah et pour les shelamim
Un membre pour l'olah, kalil. Un membre pour les shelamim, deux consommations. Chacun empêche de réserver la règle à l'autre offrande.
La michna peut-elle suivre Rabbi Yehochoua ? Cinq offrandes viennent en touma. Il exige les deux parts valables. 1. Le tzitz ratifie les olin Le helev impur compte pour l'autel. Reste l'omer et les deux pains : pas d'olin. 2. Les deux, seulement pour les zevahim Michna des menahot : reste impur ou perdu, Rabbi Yehochoua invalide. Rabbi Yosse l'étend. 3. Le tzitz ratifie olin et akhilot L'invalidité viserait perdu et brûlé. La baraita : les deux impurs, on ne projette pas. 4. Lekhatehila et bediavad On ne projette pas d'emblée. S'il a projeté, l'offrande est agréée. Attaque de cette dernière réponse Pesula implique l'après-coup. Cinq choses viennent : l'acte d'emblée. L'amoud s'arrête sur cette attaque. Pesula et ba'in empêchent de lire la michna comme un simple après-coup.
Quatre réponses pour faire tenir la michna selon Rabbi Yehochoua. La dernière, lekhatehila et bediavad, est attaquée par les mots pesula et ba'in.
1
והני תרי קראי למה לי? חד בעולה, וחד בשלמים. וצריכא, דאי כתב רחמנא בעולה, הוה אמינא: עולה היא דחמירא, שכן כליל, אבל שלמים דלא חמירי, אימא לא.

Et ces deux versets, pourquoi me les faut-il ? L'un pour l'olah, et l'un pour les shelamim.

Et c'est nécessaire. Car si le Miséricordieux avait écrit pour l'olah, j'aurais dit : c'est l'olah qui est grave, puisqu'elle est kalil.

Mais les shelamim, qui ne sont pas graves, je dirais : non.

📜 Rachi (3)
והני תרי קראי לר' יהושע למה לי:
Et ces deux versets : pour Rabbi Yehochoua, pourquoi me les faut-il.
וחד בשלמים זבחיך שלמים:
Et l'un pour les shelamim : zevahikha, tes sacrifices, ce sont les shelamim.
שכן כליל הילכך חשיבא ומחמרינן בה:
Puisqu'elle est kalil : dès lors elle compte, et l'on est strict à son égard.
💡 Explication

Selon Rabbi Yehochoua, les deux membres de Devarim 12, 27 enseignent la même exigence, une fois pour l'olah (holocauste), une fois pour les shelamim : le sang et la viande se conditionnent.

L'olah est kalil, entièrement brûlée. Cette gravité aurait pu limiter la règle à elle seule. Le membre des shelamim empêche de s'arrêter là.

2
ואי כתב רחמנא שלמים, הוה אמינא: אדרבה, דאית בהו שתי אכילות. אבל עולה דלית בה שתי אכילות, אימא לא, קא משמע לן.

Et si le Miséricordieux avait écrit pour les shelamim, j'aurais dit : au contraire, car il y a en eux deux consommations. Mais l'olah, en laquelle il n'y a pas deux consommations, je dirais : non.

Cela nous l'apprend.

💡 Explication

Les shelamim ont deux consommations : les imurim sur l'autel, et la viande mangée par les hommes. L'olah n'a que l'autel.

Si le verset n'avait parlé que des shelamim, on aurait réservé l'exigence à cette double consommation. Le membre de l'olah ferme cette lecture. Les deux écritures restent donc nécessaires.

3
ורבי אליעזר נמי, הכתיב ״והבשר תאכל״! אמר לך: ההוא מיבעי ליה אשאין הבשר מותר באכילה עד שיזרק הדם.

Et Rabbi Eliezer aussi, n'est-il pas écrit : et la viande, tu la mangeras ? Il te dit : celui-là lui est nécessaire pour ceci, que la viande n'est pas permise à la consommation tant que le sang n'a pas été projeté.

🗂️ Tossefot (1)
שאין בשר ניתר באכילה עד שיזרק הדם תימה אימא דוקא שלמים דאית ביה תרי אכילות אבל עולה מנלן דאימא כי היכי דלית בה מעילה אחר שנזרק הדם כדתנן במעילה בפרק חטאת העוף (מעילה דף ט.) לית בה נמי מעילה קודם זריקה דהאי קרא בשלמים כתיב וי"ל דר"א לא חשיב הך חומרא ורשב"א מתרץ דר"א יליף עולה מקל וחומר דר' יהושע ובשלמים טרח וכתב לה קרא כדאמר בסמוך:
Que la viande ne soit permise à la consommation qu'une fois le sang projeté. Difficulté : je dirais que cela ne vaut que pour les shelamim, en lesquels il y a deux consommations. Mais l'olah, d'où ? Je dirais : de même qu'il n'y a pas en elle de meila après la projection du sang, comme on l'enseigne dans Meila, au chapitre Hatat ha-of (Meila 9a), il n'y a pas non plus en elle de meila avant la projection, car ce verset est écrit aux shelamim. On peut dire que Rabbi Eliezer ne compte pas cette sévérité. Le Rachba répond : Rabbi Eliezer apprend l'olah par le kal va-homer de Rabbi Yehochoua, et pour les shelamim le verset s'est donné la peine de l'écrire, comme il est dit tout de suite.
💡 Explication

Rabbi Eliezer ne tire pas de ce membre l'idée que la viande doive être là pour projeter le sang. Le membre fixe l'ordre : la viande reste interdite avant la zerika.

Tossefot demandent si le membre, écrit aux shelamim, enseigne aussi l'olah, et rapprochent la meila. Rabbi Eliezer ne retient pas cette sévérité. Le Rachba passe par le kal va-homer qui suit, et laisse au verset des shelamim le soin d'écrire la règle.

4
אי הכי, אימא כוליה להכי הוא דאתא! דם אף על פי שאין שם בשר מנלן?

S'il en est ainsi, dis que c'est tout entier pour cela qu'il vient. Le sang, même s'il n'y a pas de viande, d'où le tenons-nous ?

💡 Explication

Si le verset ne sert qu'à interdire la viande avant la zerika, la règle de Rabbi Eliezer reste sans texte : projeter le sang même lorsque la viande manque.

5
אמר לך: אם כן, נכתוב רחמנא ״הבשר תאכל״ והדר ״ודם זבחיך ישפך״, כדכתיב ברישא ״ועשית עלתיך הבשר והדם״, מאי שנא דאקדמיה ל״דם זבחיך״? שמע מינה: דם אף על פי שאין בשר, ושמע מינה: שאין הבשר מותר באכילה עד שיזרק הדם.

Il te dit : s'il en est ainsi, que le Miséricordieux écrive : la viande, tu la mangeras, et ensuite : et le sang de tes sacrifices sera répandu, comme il est écrit au début : tu feras tes holocaustes, la viande et le sang. Qu'est-ce qui distingue, qu'il ait fait précéder le sang de tes sacrifices ?

Apprends-en : le sang, même s'il n'y a pas de viande. Et apprends-en : la viande n'est pas permise à la consommation tant que le sang n'a pas été projeté.

📜 Rachi (3)
אם כן דכולי אתא למימר דדם מתיר בשר באכילה ולאו למימר דם אע"פ שאין בשר:
S'il en est ainsi : que le tout vient dire que le sang permet la viande à la consommation, et non pour dire : le sang, même s'il n'y a pas de viande.
לכתוב ובשר זבחיך תאכל והדר והדם ישפך והוי משמע נמי והדם ישפך תחלה קודם לאכילה דהא לא כתיב והדם תשפוך מאי שנא דאקדמיה לדם זבחיך ישפך ברישא:
Qu'il écrive : et la viande de tes sacrifices, tu la mangeras, et ensuite : et le sang sera répandu. Cela signifierait aussi que le sang est répandu d'abord, avant la consommation, puisqu'il n'est pas écrit : et le sang, tu le répandras. Qu'est-ce qui distingue, qu'il ait placé au début : le sang de tes sacrifices sera répandu ?
ש"מ למדרש ודם זבחיך ישפך מכ"מ:
Apprends-en : pour exposer, et le sang de tes sacrifices sera répandu, dans tous les cas.
💡 Explication

Au début du verset, pour l'olah, la viande est nommée avant le sang. Ici, le sang passe devant. Rachi : le passif sera répandu enseignerait déjà que la zerika précède le repas, même écrit en second. L'avance du sang a donc un autre sens.

Deux dérivations sortent du même membre. Le sang est projeté même sans viande. Et la viande reste interdite tant que le sang n'est pas projeté.

🖼️ Schéma
Pourquoi le sang est écrit en premier Ordre qu'on aurait attendu D'abord : la viande, tu la mangeras Ensuite : le sang sera répandu Sera répandu place déjà la zerika avant le repas Une seule dérivation La viande attend le sang Ordre du verset D'abord : le sang sera répandu Ensuite : et la viande, tu la mangeras Comme au début du verset la viande précède le sang, pour l'olah Deux dérivations L'avance du sang est à exposer Sang, même sans viande On projette quand même Viande avant la zerika Elle reste interdite
Écrire la viande d'abord n'aurait appris que l'attente de la zerika. Placer le sang d'abord ajoute : on projette même sans viande.
6
ורבי יהושע, אין הבשר מותר באכילה עד שיזרק הדם — קל וחומר הוא, ומה אימורין דכי ליתנהו — לא מעכבי, כי איתנהו — מעכבי, דם, דכי ליתיה — מעכב, כי איתיה — לא כל שכן דמעכב!

Et Rabbi Yehochoua : la viande n'est pas permise à la consommation tant que le sang n'a pas été projeté, c'est un kal va-homer. Quoi : les imurim, lorsqu'ils ne sont pas là, n'empêchent pas ; lorsqu'ils sont là, ils empêchent.

Le sang, lorsqu'il n'est pas là, empêche ; lorsqu'il est là, à plus forte raison empêche-t-il.

📜 Rachi (3)
אימורים דכי ליתנהו לא מעכבי וכגון נטמאו או אבדו לא מעכבי אכילת בשר כדאמרן בתמיד נשחט (לעיל פסחים דף נט:):
Les imurim, lorsqu'ils ne sont pas là, n'empêchent pas : par exemple s'ils ont été rendus impurs ou perdus, ils n'empêchent pas la consommation de la viande, comme nous l'avons dit dans Tamid nishchat (ci-dessus, Pesachim 59b).
כי איתנהו מעכבי אכילת בשר כדאמרן התם:
Lorsqu'ils sont là, ils empêchent : la consommation de la viande, comme nous l'avons dit là-bas.
דם דכי ליתיה מעכב דהא תרווייהו מודו אם אין דם אין בשר דמתחלת הקדשן הן נאסרין וכפרה אינה באה אלא בדם וכהנים משולחן גבוה קא זכו וכיון דכפרה ליתיה איסורא להיכא אזל:
Le sang, lorsqu'il n'est pas là, empêche : car tous deux conviennent que s'il n'y a pas de sang, il n'y a pas de viande. Dès le début de leur consécration ils sont interdits, et la kapara ne vient que par le sang, et les kohanim acquièrent depuis la table d'en Haut. Et puisqu'il n'y a pas de kapara, où l'interdiction est-elle partie ?
💡 Explication

Rabbi Yehochoua n'a pas besoin du verset pour l'ordre viande puis sang. Les imurim absents, impurs ou perdus, laissent manger la viande. Présents, ils l'empêchent tant qu'ils ne sont pas offerts.

Le sang absent empêche déjà : sans kapara, l'interdiction de la viande consacrée demeure. Présent, il empêche à plus forte raison, jusqu'à la zerika. Rabbi Yehochoua tient donc cette règle par le kal va-homer.

🖼️ Schéma
Kal va-homer : imurim et sang D'où Rabbi Yehochoua tient que la viande attend la zerika Absents Présents Imurim N'empêchent pas de manger la viande Empêchent de manger la viande Sang Empêche Les deux l'admettent À plus forte raison il empêche jusqu'à la zerika
Les imurim n'empêchent qu'une fois présents. Le sang empêche déjà absent : présent, il empêche à plus forte raison.
7
ורבי אליעזר? מילתא דאתיא בקל וחומר טרח וכתב לה קרא. ורבי יהושע? כל היכא דאיכא למדרש — דרשינן.

Et Rabbi Eliezer ? Une chose qui vient par kal va-homer, le verset s'est donné la peine de l'écrire.

Et Rabbi Yehochoua ? Partout où il y a à exposer, on expose.

📜 Rachi (1)
לימא דלא כר' יהושע אמילתיה קא מהדר דאמרן לעיל מתני' דלא כר' יהושע:
Disons : pas selon Rabbi Yehochoua. Il revient au propos dit plus haut : la michna ne suit pas Rabbi Yehochoua.
💡 Explication

Rabbi Eliezer accepte qu'un kal va-homer existe, et que le verset l'écrive quand même. Rabbi Yehochoua refuse de laisser un verset répéter ce qu'un raisonnement donne déjà : s'il peut en sortir une règle nouvelle, on l'expose.

La glose de Rachi sur ce segment ramène déjà à la michna : suit-elle Rabbi Yehochoua ?

8
השתא לימא מתניתין דלא כרבי יהושע, דכיון דאמר בעינן תרתי, וציץ אאכילות לא מרצה, היכי אתי בטומאה?

Maintenant, disons : la michna ne suit pas Rabbi Yehochoua. Puisqu'il a dit que nous avons besoin des deux, et que le tzitz ne fait pas agréer les akhilot, comment vient-elle en touma ?

📜 Rachi (2)
בעינן תרתי דם ובשר:
Nous avons besoin des deux : le sang et la viande.
וציץ אאכילות לא מרצי והשתא בשר ליכא אלא דם לחודיה דמרצי ציץ עלה ה"נ דלא אתו בטומאה:
Et le tzitz ne fait pas agréer les parties mangées : et maintenant il n'y a pas de viande, il n'y a que le sang seul, car le tzitz fait agréer à son sujet. Dès lors, ils ne viendraient pas en touma.
💡 Explication

La michna fait venir des offrandes en touma. Rabbi Yehochoua exige le sang et la viande valables. Si le tzitz ne ratifie pas les akhilot, la viande impure ne compte plus. Il ne resterait que le sang, et l'offrande ne pourrait pas venir.

9
אפילו תימא רבי יהושע, אלא קסבר רבי יהושע: הציץ מרצה על העולין.

Même si tu dis : Rabbi Yehochoua. Seulement, Rabbi Yehochoua tient : le tzitz fait agréer les olin.

📜 Rachi (1)
הציץ מרצה על העולין על טומאת הנקטרין על האשים דהיינו אימורין מודי רבי יהושע דאי איכא כזית חלב לאכילת מזבח זורק את הדם כדאמר לקמן בברייתא בפירקין (פסחים ד' עט.) רבי יהושע אומר כל הזבחים שבתורה שנשתייר מהן כזית בשר או כזית חלב זורק הדם:
Le tzitz fait agréer les parties qui montent : sur l'impureté de ce qui est brûlé sur les feux, c'est-à-dire les imurim. Rabbi Yehochoua convient que s'il y a un kezayit de helev pour la consommation de l'autel, on projette le sang, comme il est dit plus loin dans une baraita de notre chapitre (Pesachim 79a). Rabbi Yehochoua dit : tous les sacrifices de la Torah dont il reste un kezayit de viande ou un kezayit de helev, on projette le sang.
💡 Explication

Les olin sont les parts brûlées, ici le helev. Le tzitz en ratifie la touma : un kezayit de helev suffit comme consommation de l'autel. Avec le sang, Rabbi Yehochoua a ses deux parts, et la zerika a lieu.

10
הא תינח זבחים דאיכא עולין, אלא עומר ושתי הלחם דליכא עולין, מאי איכא למימר? אמרי: כי אמר רבי יהושע נמי דבעינן תרתי — בזבחים, במנחות לא אמר.

Cela va pour les zevahim, où il y a des olin. Mais l'omer et les deux pains, où il n'y a pas d'olin, que dire ?

Ils disent : lorsque Rabbi Yehochoua a dit, lui aussi, que nous avons besoin des deux, c'est pour les zevahim. Pour les menahot, il ne l'a pas dit.

📜 Rachi (2)
עומר ושתי הלחם דליכא עולין לבד הקומץ שהוא במנחה כזריקת דם בזבחים אבל בשיריים ליכא הקטרה וכיון דבעי ר' יהושע תרתי צריך להיות קומץ ושיריים קיימין והכא שיריים ליכא ושתי הלחם דכוליה אכילות אפילו חדא נמי ליכא בשלמא לר"א דאית ליה הציץ מרצה על אכילות כולהו כמאן דלא איטמו נינהו:
L'omer et les deux pains, où il n'y a pas de parties qui montent : en dehors du kometz, qui dans la minha est comme la projection du sang dans les zevahim. Mais dans le reste, il n'y a pas de combustion. Et puisque Rabbi Yehochoua exige les deux, il faut que le kometz et le reste soient présents, et ici il n'y a pas de reste. Et les deux pains, dont le tout est à manger : il n'y en a même pas une. C'est bien selon Rabbi Eliezer, qui tient que le tzitz fait agréer les parties mangées : toutes sont comme si elles n'avaient pas été rendues impures.
כי אמר ר' יהושע דבעינן תרתי:
Lorsque Rabbi Yehochoua a dit : que nous avons besoin des deux.
🗂️ Tossefot (1)
עומר ושתי הלחם דליכא עולין מאי איכא למימר וא"ת ובשתי הלחם מה שייך באין בטומאה ויש לומר משום תנופה דאית בהו:
L'omer et les deux pains, où il n'y a pas de parties qui montent, que dire. Et si l'on dit : pour les deux pains, en quoi vient-on en touma ? On peut dire : à cause de la tenufa qu'ils ont.
💡 Explication

L'omer a un kometz, qui joue le rôle du sang, et un reste mangé, sans combustion. Les deux pains sont entièrement mangés : aucune part ne monte. Ratifier les olin ne les sauve pas.

Réponse tentée : Rabbi Yehochoua n'a exigé les deux que pour les zevahim. Tossefot : les deux pains viennent en touma à cause de la tenufa, l'agitation, qui est un rite du Temple.

11
ובמנחות לא אמר? והתנן: נטמאו שיריה, אבדו שיריה, כמדת רבי אליעזר — כשירה, כמדת רבי יהושע — פסולה.

Et pour les menahot, il ne l'a pas dit ? Or nous avons appris : si son reste à été rendu impur, si son reste à été perdu, selon la mesure de Rabbi Eliezer, elle est valable ; selon la mesure de Rabbi Yehochoua, elle est invalide.

📜 Rachi (2)
נטמאו שיריה של מנחה לאחר שנקמצה ועדיין לא נקטר קומצה:
Son reste à été rendu impur : de la minha, après qu'on en a prélevé le kometz, et que son kometz n'a pas encore été brûlé.
כמדת ר' אליעזר שהיה אומר בזבחים (ד' קד.) דם אף על פי שאין בשר כשירה להקטיר קומצה ונפטרו הבעלים:
Selon la mesure de Rabbi Eliezer : lui qui disait, pour les zevahim (Zevahim 104a), le sang même s'il n'y a pas de viande. Elle est valable pour brûler son kometz, et les propriétaires sont quittes.
💡 Explication

Une michna des menahot applique déjà la mesure de Rabbi Yehochoua au reste : impur ou perdu, la minha est invalide. On ne peut donc pas dire qu'il s'est tu sur les offrandes de farine.

12
כמדת ולא כמדת: כמדת רבי יהושע, דבעינן תרתי. ולא כמדת רבי יהושע, דאילו רבי יהושע בזבחים אמר, במנחות — לא אמר, ואילו האי תנא סבר: אפילו במנחות.

Selon la mesure, et non selon la mesure. Selon la mesure de Rabbi Yehochoua, en ce que nous avons besoin des deux.

Et non selon la mesure de Rabbi Yehochoua : car Rabbi Yehochoua l'a dit pour les zevahim, pour les menahot il ne l'a pas dit, tandis que ce tanna tient : même pour les menahot.

📜 Rachi (1)
ומאן האי תנא כו' היכא אשכחן תנא דאמר הכי:
Et qui est ce tanna, etc. : où trouvons-nous un tanna qui ait dit ainsi ?
💡 Explication

Formule kamidat ve-lo kemidat. La michna reprend de Rabbi Yehochoua l'exigence des deux parts. Elle va plus loin que lui : elle l'applique aux menahot, là où lui ne l'a dite que pour les zevahim.

13
ומנו האי תנא דקאי כוותיה ומחמיר טפי מיניה? ועוד, תניא אמר רבי יוסי: רואה אני את דברי רבי אליעזר במנחות ובזבחים, ודברי רבי יהושע בזבחים ובמנחות.

Et qui est ce tanna qui se tient comme lui et qui est plus strict que lui ? Et encore, on enseigne.

Rabbi Yosse a dit : je vois les paroles de Rabbi Eliezer dans les menahot et dans les zevahim, et les paroles de Rabbi Yehochoua dans les zevahim et dans les menahot.

📜 Rachi (1)
מילתיה דר' יוסי מיפרשא לקמן בשמעתין:
La parole de Rabbi Yosse est expliquée plus bas dans notre passage.
💡 Explication

La gemara demande le nom de ce tanna plus strict. La baraita de Rabbi Yosse montre tout de suite que Rabbi Yehochoua a bien parlé des menahot.

14
דברי רבי אליעזר בזבחים, שהיה אומר: דם — אף על פי שאין שם בשר. ודברי רבי יהושע בזבחים, שהיה אומר: אם אין דם — אין בשר, אם אין בשר — אין דם. דברי רבי אליעזר במנחות, שהיה אומר: קומץ — אף על פי שאין שירים, דברי רבי יהושע במנחות, שהיה אומר: אם אין קומץ — אין שירים, אם אין שירים — אין קומץ.

Les paroles de Rabbi Eliezer pour les zevahim, car il disait : le sang, même s'il n'y a pas de viande. Et les paroles de Rabbi Yehochoua pour les zevahim, car il disait : s'il n'y a pas de sang, il n'y a pas de viande ; s'il n'y a pas de viande, il n'y a pas de sang.

Les paroles de Rabbi Eliezer pour les menahot, car il disait : le kometz, même s'il n'y a pas de reste. Les paroles de Rabbi Yehochoua pour les menahot, car il disait : s'il n'y a pas de kometz, il n'y a pas de reste ; s'il n'y a pas de reste, il n'y a pas de kometz.

💡 Explication

Rabbi Yosse aligne les quatre positions. Sur les zevahim : sang sans viande, ou dépendance des deux. Sur les menahot : kometz sans reste, ou dépendance du kometz et des shirayim.

Rabbi Yehochoua a donc dit, pour les menahot aussi : sans reste, pas de kometz. La réponse qui limitait son exigence aux zevahim tombe.

15
אלא, קסבר רבי יהושע: הציץ מרצה על [העולין ועל] האכילות.

Seulement, Rabbi Yehochoua tient : le tzitz fait agréer les olin et les akhilot.

📜 Rachi (1)
אלא קסבר רבי יהושע הציץ מרצה על אכילות ומיתוקמא מתני' אליביה דהא איכא תרתי וגבי שתי הלחם נמי כיון דציץ מרצה על אכילות הוה ליה כמעיקרא ומתירין במקדש:
Seulement, Rabbi Yehochoua tient que le tzitz fait agréer les parties mangées : et la michna s'établit selon lui, car les deux sont bien là. Pour les deux pains aussi : puisque le tzitz fait agréer les parties mangées, c'est comme au départ, et on les permet dans le Temple.
🗂️ Tossefot (1)
קסבר ר' יהושע הציץ מרצה על העולין וא"ת לענין מה מפיק קרא בעולה אם אין בשר אין דם הלא הציץ מרצה ויש לומר לענין אבוד ושרוף דלא מרצה ציץ:
Rabbi Yehochoua tient que le tzitz fait agréer les parties qui montent. Et si l'on dit : en vue de quoi le verset enseigne-t-il, pour l'olah, s'il n'y a pas de viande il n'y a pas de sang, puisque le tzitz fait agréer ? On peut dire : en vue de ce qui est perdu et brûlé, pour lequel le tzitz ne fait pas agréer.
💡 Explication

Nouvelle réponse : le tzitz ratifie la touma des parts brûlées et des parts mangées. La viande impure compte encore. Les deux pains, tout entiers à manger, redeviennent comme au départ.

Tossefot : le verset qui lie viande et sang, pour l'olah, vise alors le cas perdu ou brûlé. Le tzitz n'y fait rien, parce que la part n'est plus là.

16
אי הכי, אמאי כמדת רבי יהושע פסולה? אאבוד ושרוף.

S'il en est ainsi, pourquoi, selon la mesure de Rabbi Yehochoua, est-ce invalide ? Pour ce qui est perdu et brûlé.

📜 Rachi (1)
אי הכי נטמאו שיריה כיון דנטמאו לר' יהושע אמאי פסולין ומשני כי קתני פסולה אאבדו שיריה ונשרפו שיריה:
S'il en est ainsi, son reste à été rendu impur : puisque c'est devenu impur, selon Rabbi Yehochoua, pourquoi est-ce invalide ? Et l'on répond : quand elle enseigne invalide, c'est pour son reste perdu et son reste brûlé.
💡 Explication

La michna dit la minha invalide selon Rabbi Yehochoua, y compris quand le reste est impur. Si le tzitz ratifie la touma, ce mot ne vise que le reste perdu ou brûlé.

17
אלא נטמא, למאן קתני? לרבי אליעזר — פשיטא, השתא יש לומר אבוד ושרוף דליתנהו, מכשיר רבי אליעזר, נטמא דאיתיה — מיבעיא? אלא פשיטא לרבי יהושע, וקתני פסולה.

Mais rendu impur, selon qui l'enseigne-t-on ? Selon Rabbi Eliezer, c'est évident.

Maintenant, on peut dire : perdu et brûlé, qui ne sont pas là, Rabbi Eliezer déclare valable ; rendu impur, qui est là, faut-il le dire ? Seulement, c'est évident : selon Rabbi Yehochoua.

Et l'on enseigne : invalide.

📜 Rachi (2)
אלא נטמאו שיריה כיון דרבי יהושע לא עלה פליג:
Mais son reste à été rendu impur : puisque Rabbi Yehochoua ne conteste pas ce cas.
למאן קתני לה לר' אליעזר וכו' להודיע לנו דברי מי שנאה להודיענו בה דברי רבי אליעזר דלמדתו כשירה בתמיה פשיטא השתא י"ל כו' אלא פשיטא על כרחיך ר' יהושע פליג עלה ולאשמעינן דרבי יהושע פסיל בה תניא ורבותא אשמעינן דאף על גב דאיתא בעינא פסול:
Selon qui l'enseigne-t-on, selon Rabbi Eliezer, etc. : pour nous informer des paroles de qui cela a-t-il été enseigné, pour nous informer là des paroles de Rabbi Eliezer, qu'à sa mesure c'est valable ? Sous forme de question. C'est évident. Maintenant, on peut dire, etc. Seulement, c'est évident : forcément Rabbi Yehochoua conteste ce cas, et pour nous apprendre qu'il l'invalide, cela est enseigné. Et l'on nous apprend une nouveauté : même si le reste est là, devant nous, il est invalide.
💡 Explication

Le cas impur ne peut pas être enseigné pour Rabbi Eliezer. Lui valide déjà le perdu et le brûlé, qui ne sont plus là. L'impur, qui est encore là, suit à plus forte raison.

Le cas est donc celui de Rabbi Yehochoua, et la michna le dit invalide. La nouveauté : l'invalidité tient même quand le reste existe encore.

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ועוד, תניא רבי יהושע אומר: כל זבחים שבתורה, בין שנטמא בשר וחלב קיים, ובין שנטמא חלב ובשר קיים — זורק את הדם. אבל נטמאו תרווייהו — לא. אלמא קסבר רבי יהושע אין הציץ מרצה על העולין ולא על האכילות!

Et encore, on enseigne. Rabbi Yehochoua dit : tous les zevahim de la Torah, que la viande ait été rendue impure et que le helev demeure, ou que le helev ait été rendu impur et que la viande demeure, on projette le sang.

Mais si les deux ont été rendus impurs, non. Il en ressort que Rabbi Yehochoua tient : le tzitz ne fait agréer ni les olin, ni les akhilot.

📜 Rachi (1)
ולא על העולין דהיינו חלב דאי מרצי אחד מינייהו אמאי פסול:
Ni sur les parties qui montent : c'est le helev. Car si le tzitz faisait agréer l'un d'eux, pourquoi serait-ce invalide ?
💡 Explication

Une seule part impure, viande ou helev, laisse projeter le sang : l'autre demeure. Les deux impures : pas de zerika.

Si le tzitz ratifiait ne serait-ce qu'une des deux, le double cas impur resterait valable. Rabbi Yehochoua tient donc que le tzitz ne ratifie ni les olin ni les akhilot.

🖼️ Schéma
Baraita : une part impure, les deux impures Rabbi Yehochoua. Tous les zevahim de la Torah. Viande impure, helev intact On projette Helev impur, viande intacte On projette Viande et helev impurs On ne projette pas Le tzitz ne ratifie donc ni les olin ni les akhilot
Une part intacte : on projette. Viande et helev impurs ensemble : on ne projette pas.
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אלא: לעולם רבי יהושע היא מתניתין, ולא קשיא: כאן — לכתחלה, כאן — דיעבד. כי אמר רבי יהושע — לכתחלה, דיעבד לא.

Seulement : en fait, la michna est de Rabbi Yehochoua, et il n'y a pas de difficulté. Ici, lekhatehila ; ici, bediavad.

Lorsque Rabbi Yehochoua a parlé, c'est lekhatehila ; bediavad, non.

📜 Rachi (1)
אלא לא קשיא מתני' ודרבי יהושע מתני' דיעבד ודר' יהושע לכתחלה תרתי בעי ואי אייתוה מתכשר דיעבד:
Seulement, il n'y a pas de difficulté : la michna et Rabbi Yehochoua. La michna est bediavad, et Rabbi Yehochoua est lekhatehila. Il exige les deux, et si on l'a apportée, elle est valable après coup.
🗂️ Tossefot (2)
אלא פשיטא ר' יהושע קתני לה תימה לרשב"א אמאי לא משני כדלעיל כמדת ר' יהושע דבעי תרתי ולא כמדת ר' יהושע דאיהו ס"ל הציץ מרצה על אכילות ואנן סבירא לן דלא מרצה:
Seulement, c'est évident, Rabbi Yehochoua l'enseigne. Étonnement du Rachba : pourquoi ne répond-on pas comme plus haut, selon la mesure de Rabbi Yehochoua en ce qu'il exige les deux, et non selon sa mesure en ce que lui tient que le tzitz fait agréer les parties mangées, alors que nous tenons qu'il ne fait pas agréer ?
כי אמר ר' יהושע בזבחים במנחות לא אמר השתא משתי הלחם לא תירץ כלום ובלאו הכי פריך שפיר:
Lorsque Rabbi Yehochoua a parlé pour les zevahim, pour les menahot il ne l'a pas dit. À présent, par les deux pains, rien n'est résolu. Et même sans cela, l'objection porte.
💡 Explication

Dernière réponse de l'amoud : Rabbi Yehochoua interdit la zerika d'emblée quand une part manque. Après coup, si le sang a été projeté, l'offrande tient. La michna, lue ainsi, parlerait de l'après-coup.

Le Rachba demande pourquoi on ne reprend pas la formule d'avant : même exigence des deux, et divergence sur le tzitz. L'autre glose rappelle que limiter l'exigence aux zevahim ne règle pas les deux pains.

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ומנא תימרא דשני ליה לרבי יהושע בין לכתחלה לדיעבד — דתניא: נטמא בשר או שנפסל או שיצא חוץ לקלעים, רבי אליעזר אומר: יזרק, רבי יהושע אומר: לא יזרק. ומודה רבי יהושע שאם זרק — הורצה.

Et d'où dis-tu que, pour Rabbi Yehochoua, il y a une différence entre lekhatehila et bediavad ? Car on enseigne : la viande a été rendue impure, ou elle a été invalidée, ou elle est sortie hors des tentures.

Rabbi Eliezer dit : on projettera. Rabbi Yehochoua dit : on ne projettera pas.

Et Rabbi Yehochoua convient que si l'on a projeté, elle a été agréée.

📜 Rachi (1)
נפסל בטבול יום:
Invalidée : par un tevul yom.
💡 Explication

Trois défauts de la viande : touma, contact d'un tevul yom, sortie hors des tentures de la cour. Rabbi Eliezer : on projette. Rabbi Yehochoua : on ne projette pas.

La concession est le bediavad. Si la zerika a eu lieu, hurtza : l'offrande est agréée. D'emblée et après coup ne reçoivent donc pas la même règle.

🖼️ Schéma
Lekhatehila et bediavad Viande impure, invalidée, ou sortie des tentures Rendue impure touma Invalidée tevul yom Sortie hors des tentures Rabbi Eliezer On projettera Rabbi Yehochoua On ne projettera pas S'il a projeté, Rabbi Yehochoua convient : l'offrande est agréée
Trois défauts de la viande. Rabbi Yehochoua refuse la zerika d'emblée, et l'agrée si elle a été faite.
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חדא, ד״פסולה״ — דיעבד משמע. ועוד, ״חמשה דברים באין״ — לכתחלה משמע.

D'une part, invalide implique bediavad. Et encore, cinq choses viennent implique lekhatehila.

📜 Rachi (1)
חדא דפסולה דיעבד משמע כו' אתקפתא היא:
D'une part, invalide implique après coup, etc. : c'est une réfutation.
💡 Explication

L'amoud écarte le partage lekhatehila / bediavad par deux mots de la michna. Pesula, invalide, parle d'une offrande déjà faite : l'après-coup est inclus. Ba'in, elles viennent, parle de les apporter : c'est l'acte d'emblée.

Rachi nomme cela une atkafta : l'objection emporte la réponse.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).