Sougya : L'amoud reprend la michna des cinq offrandes qui viennent en touma. Rabbi Yehochoua exige ensemble le sang et la viande ; Rabbi Eliezer projette le sang même s'il n'y a pas de viande.
Deux membres du verset couvrent l'olah, grave parce qu'elle est kalil, et les shelamim, qui ont deux consommations. La même exigence se pose entre le kometz et le reste de la minha.
La gemara cherche si le tzitz fait agréer les parties qui montent et les parties mangées, puis si Rabbi Yehochoua sépare l'acte d'emblée de l'acte après coup.
Et ces deux versets, pourquoi me les faut-il ? L'un pour l'olah, et l'un pour les shelamim.
Et c'est nécessaire. Car si le Miséricordieux avait écrit pour l'olah, j'aurais dit : c'est l'olah qui est grave, puisqu'elle est kalil.
Mais les shelamim, qui ne sont pas graves, je dirais : non.
Selon Rabbi Yehochoua, les deux membres de Devarim 12, 27 enseignent la même exigence, une fois pour l'olah (holocauste), une fois pour les shelamim : le sang et la viande se conditionnent.
L'olah est kalil, entièrement brûlée. Cette gravité aurait pu limiter la règle à elle seule. Le membre des shelamim empêche de s'arrêter là.
Et si le Miséricordieux avait écrit pour les shelamim, j'aurais dit : au contraire, car il y a en eux deux consommations. Mais l'olah, en laquelle il n'y a pas deux consommations, je dirais : non.
Cela nous l'apprend.
Les shelamim ont deux consommations : les imurim sur l'autel, et la viande mangée par les hommes. L'olah n'a que l'autel.
Si le verset n'avait parlé que des shelamim, on aurait réservé l'exigence à cette double consommation. Le membre de l'olah ferme cette lecture. Les deux écritures restent donc nécessaires.
Et Rabbi Eliezer aussi, n'est-il pas écrit : et la viande, tu la mangeras ? Il te dit : celui-là lui est nécessaire pour ceci, que la viande n'est pas permise à la consommation tant que le sang n'a pas été projeté.
Rabbi Eliezer ne tire pas de ce membre l'idée que la viande doive être là pour projeter le sang. Le membre fixe l'ordre : la viande reste interdite avant la zerika.
Tossefot demandent si le membre, écrit aux shelamim, enseigne aussi l'olah, et rapprochent la meila. Rabbi Eliezer ne retient pas cette sévérité. Le Rachba passe par le kal va-homer qui suit, et laisse au verset des shelamim le soin d'écrire la règle.
S'il en est ainsi, dis que c'est tout entier pour cela qu'il vient. Le sang, même s'il n'y a pas de viande, d'où le tenons-nous ?
Si le verset ne sert qu'à interdire la viande avant la zerika, la règle de Rabbi Eliezer reste sans texte : projeter le sang même lorsque la viande manque.
Il te dit : s'il en est ainsi, que le Miséricordieux écrive : la viande, tu la mangeras, et ensuite : et le sang de tes sacrifices sera répandu, comme il est écrit au début : tu feras tes holocaustes, la viande et le sang. Qu'est-ce qui distingue, qu'il ait fait précéder le sang de tes sacrifices ?
Apprends-en : le sang, même s'il n'y a pas de viande. Et apprends-en : la viande n'est pas permise à la consommation tant que le sang n'a pas été projeté.
Au début du verset, pour l'olah, la viande est nommée avant le sang. Ici, le sang passe devant. Rachi : le passif sera répandu enseignerait déjà que la zerika précède le repas, même écrit en second. L'avance du sang a donc un autre sens.
Deux dérivations sortent du même membre. Le sang est projeté même sans viande. Et la viande reste interdite tant que le sang n'est pas projeté.
Et Rabbi Yehochoua : la viande n'est pas permise à la consommation tant que le sang n'a pas été projeté, c'est un kal va-homer. Quoi : les imurim, lorsqu'ils ne sont pas là, n'empêchent pas ; lorsqu'ils sont là, ils empêchent.
Le sang, lorsqu'il n'est pas là, empêche ; lorsqu'il est là, à plus forte raison empêche-t-il.
Rabbi Yehochoua n'a pas besoin du verset pour l'ordre viande puis sang. Les imurim absents, impurs ou perdus, laissent manger la viande. Présents, ils l'empêchent tant qu'ils ne sont pas offerts.
Le sang absent empêche déjà : sans kapara, l'interdiction de la viande consacrée demeure. Présent, il empêche à plus forte raison, jusqu'à la zerika. Rabbi Yehochoua tient donc cette règle par le kal va-homer.
Et Rabbi Eliezer ? Une chose qui vient par kal va-homer, le verset s'est donné la peine de l'écrire.
Et Rabbi Yehochoua ? Partout où il y a à exposer, on expose.
Rabbi Eliezer accepte qu'un kal va-homer existe, et que le verset l'écrive quand même. Rabbi Yehochoua refuse de laisser un verset répéter ce qu'un raisonnement donne déjà : s'il peut en sortir une règle nouvelle, on l'expose.
La glose de Rachi sur ce segment ramène déjà à la michna : suit-elle Rabbi Yehochoua ?
Maintenant, disons : la michna ne suit pas Rabbi Yehochoua. Puisqu'il a dit que nous avons besoin des deux, et que le tzitz ne fait pas agréer les akhilot, comment vient-elle en touma ?
La michna fait venir des offrandes en touma. Rabbi Yehochoua exige le sang et la viande valables. Si le tzitz ne ratifie pas les akhilot, la viande impure ne compte plus. Il ne resterait que le sang, et l'offrande ne pourrait pas venir.
Même si tu dis : Rabbi Yehochoua. Seulement, Rabbi Yehochoua tient : le tzitz fait agréer les olin.
Les olin sont les parts brûlées, ici le helev. Le tzitz en ratifie la touma : un kezayit de helev suffit comme consommation de l'autel. Avec le sang, Rabbi Yehochoua a ses deux parts, et la zerika a lieu.
Cela va pour les zevahim, où il y a des olin. Mais l'omer et les deux pains, où il n'y a pas d'olin, que dire ?
Ils disent : lorsque Rabbi Yehochoua a dit, lui aussi, que nous avons besoin des deux, c'est pour les zevahim. Pour les menahot, il ne l'a pas dit.
L'omer a un kometz, qui joue le rôle du sang, et un reste mangé, sans combustion. Les deux pains sont entièrement mangés : aucune part ne monte. Ratifier les olin ne les sauve pas.
Réponse tentée : Rabbi Yehochoua n'a exigé les deux que pour les zevahim. Tossefot : les deux pains viennent en touma à cause de la tenufa, l'agitation, qui est un rite du Temple.
Et pour les menahot, il ne l'a pas dit ? Or nous avons appris : si son reste à été rendu impur, si son reste à été perdu, selon la mesure de Rabbi Eliezer, elle est valable ; selon la mesure de Rabbi Yehochoua, elle est invalide.
Une michna des menahot applique déjà la mesure de Rabbi Yehochoua au reste : impur ou perdu, la minha est invalide. On ne peut donc pas dire qu'il s'est tu sur les offrandes de farine.
Selon la mesure, et non selon la mesure. Selon la mesure de Rabbi Yehochoua, en ce que nous avons besoin des deux.
Et non selon la mesure de Rabbi Yehochoua : car Rabbi Yehochoua l'a dit pour les zevahim, pour les menahot il ne l'a pas dit, tandis que ce tanna tient : même pour les menahot.
Formule kamidat ve-lo kemidat. La michna reprend de Rabbi Yehochoua l'exigence des deux parts. Elle va plus loin que lui : elle l'applique aux menahot, là où lui ne l'a dite que pour les zevahim.
Et qui est ce tanna qui se tient comme lui et qui est plus strict que lui ? Et encore, on enseigne.
Rabbi Yosse a dit : je vois les paroles de Rabbi Eliezer dans les menahot et dans les zevahim, et les paroles de Rabbi Yehochoua dans les zevahim et dans les menahot.
La gemara demande le nom de ce tanna plus strict. La baraita de Rabbi Yosse montre tout de suite que Rabbi Yehochoua a bien parlé des menahot.
Les paroles de Rabbi Eliezer pour les zevahim, car il disait : le sang, même s'il n'y a pas de viande. Et les paroles de Rabbi Yehochoua pour les zevahim, car il disait : s'il n'y a pas de sang, il n'y a pas de viande ; s'il n'y a pas de viande, il n'y a pas de sang.
Les paroles de Rabbi Eliezer pour les menahot, car il disait : le kometz, même s'il n'y a pas de reste. Les paroles de Rabbi Yehochoua pour les menahot, car il disait : s'il n'y a pas de kometz, il n'y a pas de reste ; s'il n'y a pas de reste, il n'y a pas de kometz.
Rabbi Yosse aligne les quatre positions. Sur les zevahim : sang sans viande, ou dépendance des deux. Sur les menahot : kometz sans reste, ou dépendance du kometz et des shirayim.
Rabbi Yehochoua a donc dit, pour les menahot aussi : sans reste, pas de kometz. La réponse qui limitait son exigence aux zevahim tombe.
Seulement, Rabbi Yehochoua tient : le tzitz fait agréer les olin et les akhilot.
Nouvelle réponse : le tzitz ratifie la touma des parts brûlées et des parts mangées. La viande impure compte encore. Les deux pains, tout entiers à manger, redeviennent comme au départ.
Tossefot : le verset qui lie viande et sang, pour l'olah, vise alors le cas perdu ou brûlé. Le tzitz n'y fait rien, parce que la part n'est plus là.
S'il en est ainsi, pourquoi, selon la mesure de Rabbi Yehochoua, est-ce invalide ? Pour ce qui est perdu et brûlé.
La michna dit la minha invalide selon Rabbi Yehochoua, y compris quand le reste est impur. Si le tzitz ratifie la touma, ce mot ne vise que le reste perdu ou brûlé.
Mais rendu impur, selon qui l'enseigne-t-on ? Selon Rabbi Eliezer, c'est évident.
Maintenant, on peut dire : perdu et brûlé, qui ne sont pas là, Rabbi Eliezer déclare valable ; rendu impur, qui est là, faut-il le dire ? Seulement, c'est évident : selon Rabbi Yehochoua.
Et l'on enseigne : invalide.
Le cas impur ne peut pas être enseigné pour Rabbi Eliezer. Lui valide déjà le perdu et le brûlé, qui ne sont plus là. L'impur, qui est encore là, suit à plus forte raison.
Le cas est donc celui de Rabbi Yehochoua, et la michna le dit invalide. La nouveauté : l'invalidité tient même quand le reste existe encore.
Et encore, on enseigne. Rabbi Yehochoua dit : tous les zevahim de la Torah, que la viande ait été rendue impure et que le helev demeure, ou que le helev ait été rendu impur et que la viande demeure, on projette le sang.
Mais si les deux ont été rendus impurs, non. Il en ressort que Rabbi Yehochoua tient : le tzitz ne fait agréer ni les olin, ni les akhilot.
Une seule part impure, viande ou helev, laisse projeter le sang : l'autre demeure. Les deux impures : pas de zerika.
Si le tzitz ratifiait ne serait-ce qu'une des deux, le double cas impur resterait valable. Rabbi Yehochoua tient donc que le tzitz ne ratifie ni les olin ni les akhilot.
Seulement : en fait, la michna est de Rabbi Yehochoua, et il n'y a pas de difficulté. Ici, lekhatehila ; ici, bediavad.
Lorsque Rabbi Yehochoua a parlé, c'est lekhatehila ; bediavad, non.
Dernière réponse de l'amoud : Rabbi Yehochoua interdit la zerika d'emblée quand une part manque. Après coup, si le sang a été projeté, l'offrande tient. La michna, lue ainsi, parlerait de l'après-coup.
Le Rachba demande pourquoi on ne reprend pas la formule d'avant : même exigence des deux, et divergence sur le tzitz. L'autre glose rappelle que limiter l'exigence aux zevahim ne règle pas les deux pains.
Et d'où dis-tu que, pour Rabbi Yehochoua, il y a une différence entre lekhatehila et bediavad ? Car on enseigne : la viande a été rendue impure, ou elle a été invalidée, ou elle est sortie hors des tentures.
Rabbi Eliezer dit : on projettera. Rabbi Yehochoua dit : on ne projettera pas.
Et Rabbi Yehochoua convient que si l'on a projeté, elle a été agréée.
Trois défauts de la viande : touma, contact d'un tevul yom, sortie hors des tentures de la cour. Rabbi Eliezer : on projette. Rabbi Yehochoua : on ne projette pas.
La concession est le bediavad. Si la zerika a eu lieu, hurtza : l'offrande est agréée. D'emblée et après coup ne reçoivent donc pas la même règle.
D'une part, invalide implique bediavad. Et encore, cinq choses viennent implique lekhatehila.
L'amoud écarte le partage lekhatehila / bediavad par deux mots de la michna. Pesula, invalide, parle d'une offrande déjà faite : l'après-coup est inclus. Ba'in, elles viennent, parle de les apporter : c'est l'acte d'emblée.
Rachi nomme cela une atkafta : l'objection emporte la réponse.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).