Sougya : L'amoud poursuit la question de Rav Yossef : la tumat ha-tehom (impureté de l'abîme) est-elle permise au kohen du tamid ? Le kal va-homer de Rabba est écarté, car on ne tire pas un kal va-homer d'une halakha à Moché du Sinaï.
Rava l'apprend par gezera shava (analogie de mots) de "moado". Les derachot de Rabbi Elazar, de Rabbi Yo'hanan et de Rech Lakich ne cadrent pas avec la baraita : la loi reste une tradition, et le verset n'est qu'une asmakhta.
Mar bar Rav Achi parle de l'agrément du tzitz avant ou après la zerika. La baraita du mort couché en travers du chemin fixe quand le passant est impur pour la teruma et pur pour le nazir et le Pessa'h.
La michna dit où brûler un Pessa'h impur ou un notar : devant la bira, pour faire honte, ou chez soi.
N'est-il pas logique qu'on lui ait permis l'impureté de l'abîme ?
Ce segment ferme le kal va-homer ouvert à la fin de 81a. Rabba : là où une impureté connue est interdite, pour le Pessa'h, la tumat ha-tehom est permise. À plus forte raison pour le kohen du tamid, là où une impureté connue est permise.
Rachi : la permission est entière. Elle vaut même lorsqu'il y a des kohanim purs.
On dit : et tire-t-on un kal va-homer (a fortiori) d'une halakha ? Or on a enseigné : Rabbi Eliezer lui a dit : Akiva, un os de la taille d'un grain d'orge est une halakha, un quart de log de sang serait un kal va-homer, et l'on ne tire pas un kal va-homer d'une halakha.
La Guemara écarte le kal va-homer. La tumat ha-tehom est une halakha à Moché du Sinaï. On n'en dérive pas un a fortiori.
Preuve, dans Nazir : Rabbi Akiva veut que le nazir se rase pour un quart de log de sang, puisque déjà un os ke-seora (taille d'un grain d'orge), qui ne transmet pas l'ohel, l'y oblige. Rabbi Eliezer répond : cet os est une halakha reçue, absente du verset. On ne bâtit pas un kal va-homer sur elle.
Rachi : la tumat ha-tehom purifie même une impureté certaine, si personne ne la connaissait à l'heure du passage. Le din va au-delà d'un doute éclairci plus tard.
Plutôt, Rava a dit : il l'apprend par "moado", "moado", depuis le Pessa'h.
Rava remplace le kal va-homer par une gezera shava : le même mot moado (son temps fixé) est écrit pour le Pessa'h et pour le tamid.
La permission de la tumat ha-tehom, acquise pour le Pessa'h, passe au tamid. C'est la réponse à Rav Yossef sur le kohen qui fait agréer l'offrande perpétuelle.
Et l'impureté de l'abîme elle-même, où est-elle écrite ? Rabbi Elazar a dit : le verset dit "et si un mort meurt sur lui" : lorsqu'elle est claire pour lui.
La Guemara cherche le verset. Pour le nazir, Rabbi Elazar lit "sur lui" : la touma qui annule le nezirout est celle qui lui est claire. Une impureté que personne n'a mise au jour reste hors du verset : c'est l'abîme.
Rachi situe la question avant celle de Rav Yossef. À son époque, on tenait déjà que la loi est une tradition reçue. D'où l'objection du kal va-homer.
Nous avons trouvé pour le nazir. Celui qui fait le Pessa'h, d'où le tenons-nous ?
Rabbi Yo'hanan a dit : le verset dit "sur un chemin lointain, pour vous" : lorsqu'elle est claire pour vous.
Le verset du nazir ne couvre pas le Pessa'h. Rabbi Yo'hanan lit lakhem ("pour vous") : l'impureté qui renvoie au second Pessa'h est celle qui est claire pour vous. Le mot est au pluriel.
Rabbi Chimon ben Lakich a dit : comme le chemin. De même que le chemin est au grand jour, de même l'impureté aussi est au grand jour.
Rech Lakish s'appuie sur le mot derekh (chemin), voisin de l'impur dans le verset. Un chemin est découvert. La touma qui a le din du verset est découverte, elle aussi.
On objecte : quelle est l'impureté de l'abîme ? Toute celle qu'aucune personne n'a reconnue, au bout du monde.
Si une personne l'a reconnue au bout du monde, ce n'est pas une impureté de l'abîme. Selon Rabbi Elazar, qui dit : lorsqu'elle est claire pour lui, ce serait jusqu'à ce que lui le sache.
La baraita fixe un seuil unique : un seul homme, où qu'il soit, ôte à la touma le nom d'abîme.
Selon Rabbi Elazar, le verset "sur lui" laisserait l'abîme tant que l'intéressé lui-même ignore. Le savoir d'un autre, au bout du monde, ne compterait pas. La baraita dit l'inverse.
Selon Rabbi Yo'hanan, qui dit "pour vous", lorsqu'elle est claire pour vous : jusqu'à ce que deux la connaissent.
Lakhem est un pluriel. Rabbi Yo'hanan exigerait donc deux personnes au courant. La baraita se contente d'une seule.
Rachi : "pour vous" qualifie aussi "impur par une personne", et pas seulement le chemin lointain.
Selon Rabbi Chimon ben Lakich, qui dit : comme le chemin, jusqu'à ce que tout le monde le sache.
Pour Rech Lakish, la touma doit être publique comme un chemin. L'abîme durerait tant que tout le monde l'ignore. Un seul savant, au bout du monde, laisserait encore l'abîme. La baraita, encore, dit l'inverse.
Tossefot : dans Nazir 63a, on ne cite pas Rabbi Yo'hanan, on n'attaque que Rabbi Elazar, et l'on tient "comme le chemin" pour satisfaisant. Les deux sougyot restent distinctes.
Plutôt, l'impureté de l'abîme, on la tient par tradition, et le verset n'est qu'un appui.
Aucune des trois lectures du verset ne donne le seuil de la baraita : un seul homme au bout du monde. La tumat ha-tehom est donc une halakha reçue. Le verset cité n'est qu'une asmakhta (appui).
Tossefot, sur l'agrément avant la zerika, précise : il s'agit d'avant tout sang projeté. Dès qu'un sang l'est, même une impureté connue n'annule plus le nezirout (Nazir 47a). Le RI accorde cela avec Nazir 63a, où le savoir avant le rasage annule : une fois la bête abattue, on achève, et le tzitz couvre l'abîme.
Mar bar Rav Achi a dit : on n'a enseigné cela que lorsqu'il l'a su après la projection. Car lorsque le sang a été projeté, il a été projeté valablement.
Mais s'il l'a su avant la projection, il ne fait pas agréer.
Première leçon de Mar bar Rav Achi. Le tzitz (lame du Grand Prêtre) ne couvre la tumat ha-tehom que si l'on a su après la zerika. À l'heure du sang, l'homme ignorait encore : la projection était en règle.
S'il savait déjà avant de projetér, Mar bar Rav Achi refuse l'agrément. La suite reprend cette limite.
On objecte : celui qui trouve un mort couché dans la largeur du chemin, pour la teruma il est impur ; pour le nazir et celui qui fait le Pessa'h, il est pur. Et tout "impur" et "pur" vise l'avenir.
La baraita appelle le passant tahor pour le nazir et le Pessa'h. Or "impur" et "pur", dans une baraita, fixent le din pour la suite : on s'en sert pour agir, et pas seulement une fois le sang déjà projeté.
Cela gêne la limite de Mar bar Rav Achi. Rachi : le corps en travers rend le contact, le hessèt (déplacement) ou l'ohel inévitables. Pour la teruma, la tumat ha-tehom n'a pas été permise. Couchée dans la longueur du chemin, la situation d'abîme ne se pose même pas.
Tossefot : cet "avenir" est l'avant-zerika, et il exclut l'avant-chehita. Le mort est dit "couché" pour la teruma : il barre toute la largeur.
Plutôt, si cela a été dit, voici comment cela a été dit. Mar bar Rav Achi a dit : ne dis pas que c'est seulement lorsqu'il l'a su après la projection qu'il fait agréer, mais que s'il l'a su avant la projection il ne fait pas agréer.
Plutôt, même s'il l'a su avant la projection, il fait agréer.
La leçon est reformulée. Le tzitz fait agréer la tumat ha-tehom même lorsque l'homme l'a sue avant la zerika.
"Tahor" de la baraita vise bien l'avenir : nazir et homme du Pessa'h gardent leur offrande en règle.
Le corps du texte. Celui qui trouve un mort couché dans la largeur du chemin : pour la teruma, impur ; pour le nazir et celui qui fait le Pessa'h, pur.
La Guemara reprend la baraita pour elle-même, clause par clause. Le cas de départ : le mort barre le chemin. Teruma : tame. Nazir et Pessa'h : tahor.
Dans quel cas cela a-t-il été dit ? Lorsqu'il n'a pas de place pour passer.
Mais s'il a une place pour passer, même pour la teruma il est pur.
Le din "teruma : tame" ne vise que le corps qui barre toute la largeur. Le passage a forcément touché, déplacé ou couvert.
S'il reste un passage, même la teruma est tahor : safek touma dans le reshut ha-rabim (domaine public), et ce doute est pur. Rachi : quand le chemin est barré, la touma est certaine, et c'est pourtant un abîme tant que personne ne savait. On projette le sang, halakha à Moché du Sinaï.
Dans quel cas cela a-t-il été dit ? Lorsqu'il l'a trouvé entier.
Mais s'il est brisé et démembré, il est pur : peut-être est-il passé entre les articulations. Et dans une tombe, même brisé et démembré, il est impur, parce que la tombe le réunit.
Corps entier : le din précédent. Corps brisé et démembré : tahor, car le passant a pu passer entre les membres, sans contact ni ohel.
Dans un kever (tombe), les morceaux sont réunis. Passer sur la tombe, même sur un vide, transmet l'ohel. Rachi le tire de "ou dans une tombe". Tossefot : l'abîme se conçoit s'il est tombé dans la tombe et y est mort, sans enterrement connu. Le RI rattache la réunion au couvercle, qui fait tente.
Dans quel cas cela a-t-il été dit ? Pour celui qui marche à pied.
Mais s'il est chargé ou monté, il est impur. Car celui qui marche à pied, il est possible qu'il ne touche pas et qu'il ne fasse pas tente.
Mais un chargé ou un monté, il est impossible qu'il ne touche pas et qu'il ne fasse pas tente.
Le tahor du corps démembré vise le marcheur à pied, qui peut enjamber les intervalles.
Le chargé oscille sous le fardeau et couvre les côtés. Le monté ne choisit pas sa ligne. Contact ou ohel devient inévitable : il est tame. Rachi relie aussi ce "dans quel cas" au tahor du nazir et de l'homme du Pessa'h, détaillé ensuite.
Dans quel cas cela a-t-il été dit ? Pour l'impureté de l'abîme.
Mais pour une impureté connue, il est impur.
Le tahor du nazir et du Pessa'h ne vaut que pour la tumat ha-tehom. Une touma connue, même si ce passant-là l'ignorait, le laisse tame. Rachi : on savait qu'un homme était enterré à cet endroit.
Et quelle est l'impureté de l'abîme ? Toute celle qu'aucune personne n'a reconnue, au bout du monde.
Mais si une personne l'a reconnue au bout du monde, ce n'est pas une impureté de l'abîme.
La baraita redit sa définition. Le seuil est un seul connaisseur, où qu'il se trouve. C'est cette phrase qui a écarté les trois lectures du verset.
S'il l'a trouvé caché dans la paille, dans la terre et dans les cailloux, c'est une impureté de l'abîme. Dans l'eau, dans l'obscurité, dans les fentes des rochers, ce n'est pas une impureté de l'abîme.
Et l'on n'a dit l'impureté de l'abîme que pour un mort seulement.
On juge l'abîme d'après l'endroit. Paille, terre, cailloux : un éboulis a pu le couvrir sans que personne ne l'ait vu. Eau, noir, fentes : le lieu laisse voir, un passant a pu le reconnaître.
La permission ne s'étend qu'au mort. Rachi : la tradition vise une touma enfouie, soustraite à tout regard. Tossefot : on part de l'état où on le trouve aujourd'hui.
Michna. S'il est devenu impur en entier ou en sa majeure partie, on le brûle devant la bira, avec le bois de la maarakha.
Si sa minorité est devenue impure, et le reste, on le brûle dans leurs cours ou sur leurs toits, avec leur propre bois. Les avares le brûlent devant la bira, afin de profiter du bois de la maarakha.
Nouvelle michna. Tout le Pessa'h, ou son rov (majorité), devenu impur : combustion devant la bira, le sanctuaire, avec le bois de la maarakha, la pile de l'autel.
Un miut (minorité) impur, et le notar (ce qui reste après le temps de consommation) : chacun brûle chez lui, bois à lui. Les tziknin, les avares, montent devant la bira pour user du bois de l'autel.
Tossefot : le bois du hekdech est ouvert par une condition du tribunal, lev beit din matne. On les a forcés à brûler en public ; on ne leur impose pas en plus leur bois. Même avis pour l'hôte. La discussion de Chevouot 11a porte sur la kedoucha du corps ; pour une kedoucha d'argent, l'accord est général.
Guemara. Quelle est la raison ?
Rabbi Yossi bar Hanina a dit : afin de les humilier.
Pourquoi obliger la combustion devant la bira ? Rabbi Yossi bar Hanina : pour les humilier. Le rov devenu impur signe un manque de garde. La combustion est publique.
"Si sa minorité est devenue impure", etc. Et l'on oppose : et de même, celui qui est sorti de Jérusalem et s'est souvenu qu'il a en main de la viande de kodachim, s'il a dépassé Tzofim, il la brûle sur place ; et sinon,
La Guemara oppose une autre michna, au chapitre Elou ovrin. De la viande de kodachim sortie de Jérusalem est passoul. Passé Tzofim, le point d'où l'on voit encore le sanctuaire, on la brûle sur place. La citation s'arrête sur "et sinon".
Rachi : on ne fait pas revenir celui qui est déjà loin. La règle générale reste : on brûle les kodachim là où on les mange, d'après le verset de la combustion dans le sanctuaire.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).