Sougya : L'amoud poursuit la baraita ouverte en 82a : sang répandu, sang sorti hors des tentures. D'où tient-on qu'on brûle ces pesulim ?
Rabbi Chimon le lit dans le verset de la hatat, et la combustion a lieu dans l'azara. Pour tout pesul survenu dans le kodech, kodshei kodachim comme kodachim kalim, la halakha est une tradition.
Le verset de la chair impure reste nécessaire : la touma, qui existe aussi pour le houlin, aurait pu se régler par un enterrement. Selon le tanna de Rabba bar Avouh, même le pigoul attend l'ibour tzoura, par la gezera shava avon-avon avec le notar ; la hatat d'Aharon, brûlée le jour même, fut une horaat chaa.
La michna des propriétaires impurs ou morts est ensuite replacée : Rav Yossef met d'abord la dispute après la zerika, puis la reprend avant la zerika. Rabbi Yo'hanan l'étend aussi après la zerika, et il aligne Rabbi Yo'hanan ben Beroka sur Rabbi Nehemia : la hatat d'Aharon a été brûlée aussitôt à cause de l'aninut.
Son sang a été répandu, son sang est sorti hors des tentures : cas dont nous tenons qu'ils vont à la combustion. D'où le tenons-nous ?
La phrase continue la baraita de 82a, après lan damo (le sang a passé la nuit). Deux pesulim de plus : le sang répandu, sans zerika possible, et le sang sorti hors des kelaim (tentures du parvis).
Partout dans la Guemara, ces kodachim partent au beit ha-srefa (lieu de combustion). La question est le verset.
Nous le dérivons de Rabbi Chimon. Comme on l'enseigne, Rabbi Chimon dit : "Dans le sanctuaire, au feu on le brûlera." Il a enseigné, au sujet de la hatat, que sa combustion a lieu dans le kodech.
Le verset est celui de la hatat (Lévitique 6:23) : ba-kodech ba-ech tisaref. Rabbi Chimon en tire le lieu : on brûle dans l'azara.
A ce stade, le verset n'a enseigne que cette hatat.
Je n'ai que celle-ci seule. Les autres pesulim des kodshei kodachim, et les emurim des kodachim kalim, d'où ?
Le verset dit : "(et tout) ... dans le sanctuaire ... au feu on le brûlera."
Le mot ve-khol (et tout) élargit. Entrent les autres kodshei kodachim invalides, et les emurim des kodachim kalim : en règle, leur frontière est l'azara, parce qu'on les brûle sur l'autel.
Rachi réserve la ville à la viande des kalim devenue impure : on la mange dans la ville, on la brûle dans les cours ou sur les toits. La seconde glose pose déjà la suite : pour les kalim, d'où une combustion dans les pesulim autres que la touma ? La touma invalide aussi terouma et maaser, on ne l'étend pas.
Nous avons trouvé les kodshei kodachim. Les kodachim kalim, d'où ?
Plutôt : tout ce dont le pesul a lieu dans le kodech va à la combustion, sans différence entre kodachim kalim et kodshei kodachim. On le tient par tradition.
Et la hatat d'Aharon, c'est parce que l'événement qui a eu lieu a été ainsi.
Le verset a couvert les kodshei kodachim. Pour les kodachim kalim, la Guemara sort du verset : gemara gemiri la, tradition reçue. Tout pesul survenu dans le kodech se brûle, des deux côtés.
La hatat d'Aharon, le huitième jour, raconte un fait. Elle ne vient pas fixer le din de la combustion pour l'aninut ni pour la sortie. Rachi annonce l'objection sur le verset de la chair impure.
Et selon le tanna de l'école de Rabba bar Avouh, qui a dit : même le pigoul exige l'ibour tzoura. D'où le tenons-nous ?
Nouveau fil. Pour ce tanna, même le pigoul (pesul dans le corps de l'offrande, par une pensée invalidante) attend l'ibour tzoura : on laisse passer la forme, le lendemain, avant de brûler.
Rachi donne déjà la source, que la Guemara va dire : gezera shava avon / avon avec le notar. Et il pose l'objection : le même mot avon est écrit pour la hatat d'Aharon, brûlée le jour même.
Il apprend avon, avon, depuis le notar.
Réponse brève. Le pigoul (Lévitique 7:18) et le notar (Lévitique 19:8) partagent le mot avon. Le notar ne se brûle qu'une fois sa forme passée. Le pigoul suit.
Et qu'on apprenne avon, avon, depuis la hatat d'Aharon ! Il te dirait : la hatat d'Aharon, dans un cas pareil, exige elle aussi l'ibour tzoura pour les générations.
Et là-bas, ce fut une horaat chaa.
L'objection : avon est aussi écrit pour la hatat d'Aharon, et Moche a admis la combustion du jour même. On pourrait en tirer un pigoul brûlé aussitôt.
Réponse : pour les dorot (les générations), ce cas exigerait l'ibour tzoura. La combustion immédiate fut une horaat chaa (directive de l'heure). Rachi : que le motif ait été l'aninut ou la touma, le din des générations reste l'attente.
Tossefot : le mot avon du pigoul ne peut pas être retiré. Il sert à apprendre le karet du pigoul depuis le notar (Zevahim 28b). Une fois écrit, la gezera shava enseigne aussi l'ibour tzoura.
Maintenant que nous disons : tous les pesulim du kodech vont à la combustion, sans différence entre ceux des kodshei kodachim et ceux des kodachim kalim, on le tient par tradition. "Dans le sanctuaire ... au feu on le brûlera", pourquoi en ai-je besoin ?
Celui-là est nécessaire pour enseigner que sa combustion a lieu dans le kodech.
La tradition a déjà dit qu'on brûle. Le verset ba-kodech ba-ech tisaref garde un rôle : le lieu. On brûle dans l'azara, pas n'importe où.
"Et la chair qui touchera toute chose impure ne sera pas mangée, au feu on la brûlera", pourquoi en ai-je besoin ?
Deuxième verset devenu disponible : Lévitique 7:19, la chair devenue tamea se brûle. Si la tradition couvre déjà tout pesul du kodech, que vient faire ce verset ?
Celui-là est nécessaire pour lui-même. Il te serait venu à l'esprit de dire : tous les pesulim du kodech, par exemple : son sang a passé la nuit, son sang a été répandu, son sang est sorti, et il a été abattu de nuit, vont à la combustion, parce qu'ils n'existent pas pour le houlin.
Hava amina. La tradition de combustion viserait les pesulim propres aux kodachim : lan du sang, sang répandu, sang sorti, chehita de nuit. Ces cas n'existent pas pour le houlin.
Mais s'il est devenu impur, ce qui s'invalide aussi pour le houlin, je dirais : puisqu'on lui a fait un acte de profane, je dirais qu'il n'exige pas la combustion, et que l'enterrement lui suffise. Il vient nous l'apprendre.
La touma invalide aussi de la viande ordinaire. On aurait traité le kodach devenu impur comme un objet déjà rabaissé, un maase hol, et un kevoura (enterrement, pour le soustraire aux chiens) aurait suffi. Le verset enseigne la combustion.
Tossefot inverse la question : pourquoi une tradition, si le verset de la touma pouvait tout enseigner ? Le RI : la combustion de la touma se lit comme une houmera liée à l'acte profane, on ne l'étend pas. Un kal va-homer depuis la terouma échoue : la terouma est interdite aux zarim, les kodachim kalim leur sont permis.
Si les propriétaires sont devenus impurs, ou s'ils sont morts, on fait passer leur forme, etc. Rav Yossef a dit : la dispute vise le cas où les propriétaires sont devenus impurs après la zerika, car la viande avait été rendue propre à être mangée.
Mais si les propriétaires sont devenus impurs avant la zerika, de sorte que la viande n'avait pas été rendue propre à être mangée, tout le monde convient qu'on brûle aussitôt.
Retour à la michna (82a). Propriétaires tame ou morts : le Tanna Kamma attend l'ibour tzoura et brûle le 16. Rabbi Yo'hanan ben Beroka brûle aussitôt, faute de mangeurs.
Rav Yossef, première leçon. La dispute ne vise que l'après-zerika : les services du sang sont valides, la viande a été apte, le pesul vient d'ailleurs. Avant la zerika, la projection du Pessa'h se fait sans propriétaires aptes : la Torah les renvoie à Pessa'h cheni. Tout le monde brûle aussitôt, le 14.
On objecte. Ceci est la règle : tout ce dont le pesul est dans son corps, on le brûle aussitôt.
Dans le sang et dans les propriétaires, on fait passer sa forme, et il sort vers le lieu de combustion.
Baraita, en forme de règle. Pesulo be-goufo (pesul dans le corps de l'offrande) : combustion immédiate. Pesul du sang ou des propriétaires : ibour tzoura, puis le beit ha-srefa.
Rachi : le sang impur, ou répandu à terre, est le modèle du pesul "dans le sang".
Il enseigne les propriétaires à la ressemblance du sang : de même que le sang, c'est avant la zerika, de même les propriétaires, c'est avant la zerika.
Le sang ne peut s'invalider, pour cette règle, qu'avant la zerika : une fois projeté, il a fait son office. La baraita met les propriétaires dans la même case.
Donc la règle "sang et propriétaires : ibour tzoura" parle de l'avant-zerika. Cela contredit la première leçon de Rav Yossef, qui placait la dispute après la zerika et l'accord sur une combustion immédiate avant la zerika. Rachi prépare déjà la reprise, et la position de Rabbi Yo'hanan.
Plutôt, si cela a été dit, voici comment cela a été dit. La dispute vise le cas où les propriétaires sont devenus impurs avant la zerika, car la viande n'avait pas été rendue propre à être mangée, de sorte que c'est comme un pesul dans son corps.
Mais si les propriétaires sont devenus impurs après la zerika, car la viande avait été rendue propre à être mangée, tout le monde convient que son pesul vient d'une autre chose, et qu'il exige l'ibour tzoura.
Reprise de Rav Yossef. La dispute est avant la zerika : la viande n'a jamais été apte, Rabbi Yo'hanan ben Beroka la traite comme un pesul du corps et brûle aussitôt. Le Tanna Kamma y voit quand même un pesul venu d'ailleurs.
Après la zerika, accord : la viande a été apte, le pesul est extérieur, on attend l'ibour tzoura. C'est cette leçon que la baraita "à la ressemblance du sang" laisse tenir.
Et Rabbi Yo'hanan a dit : même après la zerika, il y a aussi dispute. Et Rabbi Yo'hanan va selon son raisonnement, car Rabbi Yo'hanan a dit : Rabbi Yo'hanan ben Beroka et Rabbi Nehemia ont dit une même chose.
Rabbi Yo'hanan ben Beroka, c'est ce que nous avons dit.
Rabbi Yo'hanan garde la dispute même après la zerika. Il s'appuie sur un rapprochement : Rabbi Yo'hanan ben Beroka et Rabbi Nehemia disent la même chose. L'avis de ben Beroka est celui de la michna : brûler aussitôt faute de mangeurs.
Tossefot tient le "même" : la formule vise aussi l'après-zerika. Limiter la dispute au seul cas "sang et propriétaires" laisserait cette clause sans tanna qui l'enseigne.
Deuxième glose : on pourrait lire Rabbi Nehemia comme les Sages, et traiter la combustion immédiate d'Aharon comme une horaat chaa, l'ibour tzoura n'ayant pas encore été dit. Le Rachba, d'après le RI : l'ibour tzoura d'un pesul des propriétaires est une sevara. L'aninut est précisément ce pesul. Une sevara vaut déjà, on ne la suspend pas par une horaat chaa. La horaat chaa dite plus haut vise le cas où l'on brûle pour touma.
Rabbi Nehemia, qu'est-ce ? Comme on l'enseigne, Rabbi Nehemia dit : c'est à cause de l'aninut qu'on a brûlé celle-ci.
C'est pourquoi il est dit : "comme celles-ci".
La baraita de Rabbi Nehemia : la hatat d'Aharon, le jour de la mort de Nadav et Avihou, a été brûlée pour aninut. Le mot ka-eleh (comme celles-ci) dit l'événement : je suis onen.
Rachi sépare trois offrandes. La minha des milouim : Moche ordonne de la manger en aninut, c'est un kodshei chaa. Le bouc de Nahshon et le bouc du jour : Aharon concède, obligation du jour, permise à l'onen. Le bouc de Roch Hodech : kodshei dorot, interdit à l'onen, d'où la combustion. L'interdit des kodachim pour l'onen sort du maaser (Deutéronome 26:14) par kal va-homer.
Rabbi Yehouda lit autrement : combustion pour une touma accidentelle. Ka-eleh répond alors au soupçon de négligence, et Aharon refuse d'avoir méprisé les kodshei kodachim.
Or l'aninut est comme après la zerika. Et lorsqu'on l'a brûlée, on l'a brûlée aussitôt.
C'est le chaînon. L'aninut laisse l'offrande en règle : elle empêche les propriétaires de manger, à la manière d'un pesul après une zerika valide. On a pourtant brûlé aussitôt. Rabbi Nehemia rejoint donc Rabbi Yo'hanan ben Beroka, et Rabbi Yo'hanan étend la dispute à l'après-zerika.
Rachi précise pourquoi la zerika reste valide même si les fils sont morts avant. Le Pessa'h a pour essentiel d'être mangé. La hatat vient pour la kapara : tout Israël apte peut manger, et le kohen gadol officie en étant onen (Yoma 13b). Le verset "ils ont offert en ce jour" le dit : Aharon a offert, l'aninut ne l'invalide pas.
Sur la leçon de certains livres, "l'aninut fut après la zerika", Rachi résiste. La section ne détaille pas les services du bouc de Roch Hodech. La réponse d'Aharon montre que l'aninut précédait l'offrande. D'où la leçon retenue : aninut comme après la zerika.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).