Pesachim 84a — Ce qui se mange du Pessah, et les coups pour l'os brisé

Pesachim 84a

Sougya : L'amoud achève d'abord la sougya de la brûlure à Yom Tov : le verset écarte la milah hors de son temps, qui serait venue par un kal va-homer, et Rav Ashi rappelle que le chabbatone est un aseh qui ne repousse pas un lav joint à un aseh. La michna fixe ce qui compte comme viande du Pessa'h.

Rava tranche la tension du texte : ce qui se mange chez le bœuf adulte par chelika se mange rôti chez le chevreau. Rabbi Yo'hanan et Rech Lakich opposent l'état présent et l'état final pour les tendons qui durciront ; Rabbi Yo'hanan se rétracte ensuite.

La michna suivante donne les quarante coups à celui qui brise l'os d'un Pessa'h pur, et les refuse pour un reste laissé et pour l'os d'un Pessa'h impur. Le mot bo et, selon Rabbi, l'aptitude à être mangé décident de l'interdit ; la différence sur le Pessa'h apporté en touma commence ici et continue au daf suivant.

Pourquoi la milah hors de son temps ne repousse pas Yom Tov 1. Tsaraat Elle repousse l'avoda 2. Avoda Elle repousse le Chabbat 3. Milah Elle repousse la tsaraat on coupe la baheret Kal va-homer : la milah, même hors de son temps, devrait repousser le Chabbat Le verset l'exclut. Brûler un sacrifice passoul se diffère, comme cette milah. Rav Ashi Chabbatone = aseh (repos). Yom Tov a déjà un lav. Yom Tov = aseh + lav. Un aseh ne repousse pas les deux. Tossefot : Rava tient aussi cet aseh. Le kal va-homer reste nécessaire, sinon le verset n'aurait pas à interdire la milah hors de son temps.
Le kal va-homer qui aurait permis la milah hors de son temps, et la raison de Rav Ashi.
Sur quoi peut-on s'inscrire pour le Pessa'h Lecture de Rava, confirmée par la baraita Bœuf adulte Se mange par chelika (cuisson à l'eau) Chevreau du Pessa'h Se mange en tsali (rôti, seul mode permis) On s'y inscrit C'est de la viande Les parties visées Bouts des omoplates, cartilages, tendons tendres (jugés comme de la viande) Rabbi Yo'hanan Tendons qui durciront On suit l'état présent On s'y inscrit Rech Lakich Tendons qui durciront On suit l'état final On ne s'y inscrit pas
Critère de Rava : chelika chez le bœuf, rôti chez le chevreau. Mahloket sur les tendons qui durciront.
Qui reçoit les quarante coups Brise l'os d'un Pessa'h pur Quarante coups Lav de la Torah Laisse un reste d'un Pessa'h pur Pas de coups Deux motifs, plus bas Brise l'os d'un Pessa'h impur Pas de coups bo = kacher, pas passoul Rabbi Yehouda Lav nitak laaseh Le verset ajoute : brûler le reste L'aseh est la réparation du lav Rabbi Yaakov Lav sheein bo maaseh Laisser passer le temps Aucun acte n'est fait Rabbi : l'interdit suit ce qui est apte à être mangé. Différence pratique : un Pessa'h apporté en touma. La phrase continue au daf 84b.
Malkot : os d'un Pessah pur, reste laissé, os d'un Pessah impur.
1
וְלֹא מִילָה שֶׁלֹּא בִּזְמַנָּהּ, הַבָּאָה מִקַּל וָחֹומֶר.

et non une milah (circoncision) hors de son temps, qui viendrait par un kal va-homer (raisonnement a fortiori).

📜 Rachi (1)
וְלֹא מִילָה שֶׁלֹּא בִּזְמַנָּהּ דְּאִי לָא מְמַעֵט קְרָא אָתְיָא בְּק"ו לִדְחוֹת וּמַה צָרַעַת שֶׁדּוֹחֶה אֶת הָעֲבוֹדָה וַעֲבוֹדָה דּוֹחָה אֶת הַשַּׁבָּת מִילָה אַף שֶׁלֹּא בִּזְמַנָּהּ דּוֹחֶה אוֹתָהּ אֲפִילּוּ בִּמְקוֹם בַּהֶרֶת יָקוֹץ בַּהַרְתּוֹ שַׁבָּת שֶׁנִּדְחֵת מִפְּנֵי עֲבוֹדָה אֵינוֹ דִּין שֶׁתְּהֵא מִילָה דּוֹחָה וַאֲתָא קְרָא וּמִיעֲטָהּ דְּכֵיוָן דִּשְׁלָא בִּזְמַנָּהּ הִיא כְּגוֹן גֵּר שֶׁנִּתְגַּייֵּר וְקָטָן שֶׁנֶּאֱנַס אָבִיו וְעָבַר זְמַנָּהּ נְשַׁהוּיָהּ לְמָחָר וְגַבֵּי שְׂרֵיפַת פְּסוּל קָדָשִׁים נָמֵי כְּמִילָה שֶׁלֹּא בִּזְמַנָּהּ דְּאֶפְשָׁר לְשִׁהוּיָיהּ דָּמֵי:
Si le verset ne l'excluait pas, elle viendrait par un kal va-homer à repousser [le Chabbat]. La tsaraat, qui repousse l'avoda, et l'avoda, qui repousse le Chabbat : la milah, même hors de son temps, repousse la tsaraat, et là où il y a une baheret, on coupe sa baheret. Le Chabbat, qui est repousse devant l'avoda, la milah ne devrait-elle pas le repousser ? Le verset vient et l'exclut. Puisqu'elle est hors de son temps, par exemple un ger qui s'est converti, ou un enfant dont le père a été empêché et dont le temps est passé, on la diffère au lendemain. Pour la brûlure des kodashim passoul, il en va de même que pour une milah hors de son temps : on peut la différer.
🗂️ Tossefot (1)
וְלֹא מִילָה שֶׁלֹּא בִּזְמַנָּהּ דְּאָתְיָא בק"ו פֵּירֵשׁ בַּקּוֹנ' וּמַה צָרַעַת שֶׁדּוֹחֶה אֶת הָעֲבוֹדָה וַעֲבוֹדָה דּוֹחָה אֶת הַשַּׁבָּת וְקָשֶׁה דְּרָבָא לֵית לֵיהּ הַאי ק"ו בְּפֶ' ר' אֱלִיעֶזֶר דְּמִילָה (שַׁבָּת קלב:) דְּקָסָבַר דְּהָא דְּצָרַעַת דּוֹחָה עֲבוֹדָה לֹא מִשּׁוּם חוּמְרָא דְּצָרַעַת אֶלָּא מִשּׁוּם דְּגַבְרָא דְּלָא חֲזִי ור"ח פִּי' ק"ו וּמֶה אֹוכֶל נֶפֶשׁ שֶׁלֹּא נִכְרְתוּ עָלָיו י"ג בְּרִיתוֹת דּוֹחֶה י"ט כו' וְיֵשׁ לְהָשִׁיב מַה לְאֹוכֶל נֶפֶשׁ שֶׁכֵּן מִצְוָה עוֹבֶרֶת שֶׁלְּמָחָר לֹא יִהְיֶה מִצְוָה עָלֶיהָ וְאוֹמֵר רִ"י דְּאִיכָּא לְמֶיעְבַּד ק"ו מִנְּדָרִים וּנְדָבוֹת דְּדָחוּ י"ט אע"פ שֶׁלֹּא נִכְרְתוּ עֲלֵיהֶן י"ג בְּרִיתוֹת וְסָבַר רָבָא דִּקְרֵיבִין בי"ט וְלֵיכָּא לְמִיפְרַךְ מַה לִנְדָרִים וּנְדָבוֹת שֶׁכֵּן צֹורֶךְ גָּבוֹהַּ כִּדְפָרִיךְ בְּפֶ' ר' אֱלִיעֶזֶר דְּמִילָה (שַׁבָּת דַּף קָלָא) מַה לָעֹומֶר וּשְׁתֵּי הַלֶּחֶם כּוּ' דְּלָאו חוֹבָה נִינְהוּ וַאֲפִילּוּ חַטָּאוֹת וַאֲשָׁמוֹת לָא מִיקְּרוּ צֹורֶךְ גָּבוֹהַּ כֵּיוָן דְּאִי לָאו דְּחָטָא לָא בָּעוּ לְאֵיתוֹיִינְהוּ וְנִרְאֶה דְּרָבָא אִית לֵיהּ הָא דְּרַב אָשֵׁי דְּי"ט עֲשֵׂה וְלֹא תַעֲשֶׂה וּלְהָכִי אִיצְטְרִיךְ ק"ו דְּאִי לָאו ק"ו לָא הֲוָה צָרִיךְ לְמֵיסַר וְכֵן מַשְׁמַע בְּפ"ק דְּבֵיצָה (דַּף ח:) דְּפָרִיךְ גַּבֵּי אֵפֶר כִּירָה מוּכָן לְוַדַּאי כו' סוֹף סוֹף י"ט עֲשֵׂה הוּא וְאֵין עֲשֵׂה דּוֹחֶה לֹא תַעֲשֶׂה וַעֲשֵׂה אֶלָּא אָמַר רָבָא כוּ' מַשְׁמַע דְּרָבָא אִית לֵיהּ די"ט עֲשֵׂה הוּא וְהַשְׁתָּא לְבַדּוֹ לֹא אִיצְטְרִיךְ לִשְׂרֵיפַת קָדָשִׁים אֶלָּא עַל מִילָה דְּאִיכָּא ק"ו אָמַר רָבָא פֶּרֶק (אִם לֹא הֵבִיא) (דַּף קלג.) וּגְמָרָא מַיְיתֵי לָהּ הָכָא אַשְּׂרֵיפַת קָדָשִׁים דְּמִמֵּילָא מְמַעֲטִי וְרַב אַשִּׁי לָא קָאֵי לְמִיפְלַג אַרָבָא אֶלָּא מִילְּתָא דְּנַפְשֵׁיהּ קָאָמַר וְאַקָּדָשִׁים קָאֵי וַאֲפִילּוּ אַמִּילָה כִּדְמַשְׁמַע בְּאִם לֹא הֵבִיא דְּלֵית לֵיהּ קַל וָחֹומֶר:
Rachi explique : la tsaraat qui repousse l'avoda, et l'avoda qui repousse le Chabbat. Difficulté : Rava ne tient pas ce kal va-homer au chapitre Rabbi Eliezer de la milah (Chabbat 132b). Il tient que la tsaraat repousse l'avoda parce que l'homme n'est pas apte (gavra dela hazi), la sévérité de la tsaraat n'étant pas le motif. Rabbeinou Hananel explique le kal va-homer ainsi : l'okhel nefech (préparer la nourriture), sur lequel on n'a pas scellé treize britot (alliances), repousse Yom Tov. On peut réfuter : l'okhel nefech est une mitsva overet (une mitsva qui passe) ; le lendemain, il n'y a plus de mitsva sur elle. Le Ri dit : on peut construire un kal va-homer depuis les nedarim et les nedavot (vœux et offrandes volontaires), qui repoussent Yom Tov bien qu'on n'y ait pas scellé treize britot. Rava tient qu'on les offre à Yom Tov. On ne peut pas objecter qu'ils seraient un tsorekh gavoha (un besoin d'en haut), objection qu'on fait au chapitre Rabbi Eliezer de la milah (Chabbat 131) contre l'omer et les deux pains : les nedarim et les nedavot ne sont pas une obligation. Même les hatatot et les ashamot ne portent pas le nom de tsorekh gavoha : s'il n'avait pas commis de faute, il n'aurait pas à les apporter. Il apparaît que Rava tient l'enseignement de Rav Ashi : Yom Tov est un aseh et un lav. Le kal va-homer est donc nécessaire : sans lui, on n'aurait pas besoin d'un verset pour interdire. De même, au premier chapitre de Beitsa (8b), on objecte au sujet de la cendre d'un foyer préparée de façon certaine : au bout du compte, Yom Tov est un aseh, et un aseh ne repousse pas un lav et un aseh ; Rava donne alors une autre réponse. Cela montre que Rava tient que Yom Tov est un aseh. Dès lors, le mot levado n'est pas nécessaire pour la brûlure des kodashim : il porte sur la milah, où il y a un kal va-homer. Rava le dit au chapitre Im lo hevi (Chabbat 133a). La Guemara le cite ici pour la brûlure des kodashim, qui s'en trouvent exclus d'eux-mêmes. Rav Ashi ne vient pas contester Rava : il énoncé son propre enseignement. Il vise les kodashim, et même la milah, comme il ressort du chapitre Im lo hevi, où il ne tient pas le kal va-homer.
💡 Explication

La phrase continue la sougya de la page précédente, sur ce qu'on ne fait pas à Yom Tov. Le verset exclut une milah qui n'est pas au huitième jour. Sans cette exclusion, un kal va-homer l'aurait fait repousser le Chabbat et Yom Tov.

Rachi construit le raisonnement : la tsaraat repousse l'avoda, l'avoda repousse le Chabbat, et la milah repousse la tsaraat, puisqu'on coupe la baheret qui se trouve à l'endroit de la circoncision. La milah hors de son temps, par exemple celle d'un ger (converti) ou d'un enfant dont le père a été empêché et dont le délai est passé, se reporte au lendemain. Brûler des kodashim passoul (sacrifices invalides) se diffère de la même façon.

2
רַב אַשִּׁי אָמַר: ״שַׁבָּתוֹן״ דְּיוֹם טוֹב — עֲשֵׂה הוּא, וְאֵין עֲשֵׂה דּוֹחֶה לֹא תַעֲשֶׂה וַעֲשֵׂה.

Rav Ashi dit : le chabbatone de Yom Tov est un aseh (commandement positif), et un aseh ne repousse pas un lav (interdit) et un aseh.

📜 Rachi (1)
שַׁבָּתוֹן דְּיוֹם טוֹב עֲשֵׂה הוּא דְּמַשְׁמַע שְׁבוּת וַהֲוָה לֵיהּ י"ט עֲשֵׂה וְלֹא תַּעֲשֶׂה:
Le mot implique une chevout (une cessation). Yom Tov comporte donc un aseh et un lav.
💡 Explication

Rav Ashi donne une raison propre. Le mot chabbatone commande le repos : c'est un aseh. Yom Tov comporte déjà le lav de ne pas faire de melakha. Brûler le reste ou un sacrifice invalide est un aseh. Un aseh ne repousse pas un lav joint à un aseh.

Tossefot précise que Rav Ashi ne conteste pas Rava. Son enseignement vise les kodashim, et aussi la milah, parce qu'il ne construit pas le kal va-homer.

3
מַתְנִי׳ כָּל הַנֶּאֱכָל בְּשׁוֹר הַגָּדוֹל — יֹאכַל בִּגְדֵי הָרַךְ, וְרָאשֵׁי כְּנָפַיִם וְהַסְּחוּסִים.

Michna. Tout ce qui se mange dans un bœuf adulte se mange dans un chevreau tendre, ainsi que les bouts des omoplates et les cartilages.

📜 Rachi (3)
מַתְנִי' כָּל הַנֶּאֱכָל בְּשׁוֹר הַגָּדוֹל כו' שֶׁכְּבָר הֻוקְשָׁה כָּל מַה שֶּׁעָתִיד לְהַקְשׁוֹת בּוֹ:
Tout ce qui devait durcir en lui a déjà durci.
יֹאכַל בִּגְדֵי הָרַךְ רָאוּי לַאֲכִילָה בְּפֶסַח בֶּן שְׁמֹנָה יָמִים אֲבָל מַה שֶׁאֵין נֶאֱכָל בַּשּׁוֹר הַגָּדוֹל אֵין נִמְנִין עָלָיו בְּפֶסַח אע"פ שֶׁעַכְשָׁיו רַךְ הוּא עָתִיד לְהַקְשׁוֹת בְּסוֹפוֹ:
C'est propre à être mangé dans un Pessa'h de huit jours. Ce qui ne se mange pas dans un bœuf adulte, on ne s'y inscrit pas pour le Pessa'h, bien que ce soit tendre maintenant : à la fin, cela doit durcir.
וְרָאשֵׁי כְּנָפַיִם וְהַסְּחוּסִים שֶׁקּוֹרִין טיברו"ס שֶׁבְּרֹאשׁ גַּף הַכָּתֵף אשפרלו"ן וְהַסְּחוּסִין שְׁאָר הַסְּחוּס שֶׁבּוֹ כְּגוֹן תְּנוּךְ הָאֹוזֶן וְהַסְּחוּסִי הֶחָזֶה וְהַצְּלָעוֹת הַקְּטַנּוֹת שֶׁבְּסוֹף הַשִּׁדְרָה:
Ce qu'on appelle, en langue vernaculaire, tibrus, à la tête de l'os de l'épaule, espalon. Et les cartilages : les autres cartilages de la bête, comme le cartilage de l'oreille, les cartilages de la poitrine, et les petites côtes au bout de la colonne.
💡 Explication

Nouvelle michna. Le bœuf adulte sert d'étalon : tout ce qui devait durcir en lui a déjà durci. Ce qui s'y mange compte comme viande dans le chevreau du Pessa'h, animal jeune, apte au sacrifice des huit jours.

On s'inscrit sur une part de viande. Ce qui ne se mange pas chez le bœuf adulte, on ne s'y inscrit pas, même si, chez le chevreau, c'est encore tendre : à la fin, cela durcira. Les rashei kenafayim sont les bouts des omoplates. Les sehousim sont les cartilages : oreille, poitrine, petites côtes au bas de la colonne.

4
גְּמ׳ רַבָּה רָמֵי, תְּנַן: כָּל הַנֶּאֱכָל בְּשׁוֹר הַגָּדוֹל — יֹאכַל בִּגְדֵי הָרַךְ, וְשֶׁאֵינוֹ נֶאֱכָל — לֹא. אֵימָא סֵיפָא: רָאשֵׁי כְּנָפַיִם וְהַסְּחוּסִים. וְהָא הָנֵי לָא מִתְאַכְלִי בְּשׁוֹר הַגָּדוֹל!

Guemara. Rabba met en contradiction.

Nous avons appris : tout ce qui se mange dans un bœuf adulte se mange dans un chevreau tendre, et ce qui ne se mange pas, non. Dis la fin : les bouts des omoplates et les cartilages.

Or ceux-ci ne se mangent pas dans un bœuf adulte.

💡 Explication

Rabba lit la première phrase comme une règle et sa réciproque : ce qui ne se mange pas chez le bœuf adulte ne se mange pas chez le chevreau. La fin de la michna cite pourtant des parties qui, chez le bœuf adulte, ont durci comme de l'os.

5
אֶלָּא תַּנָּאֵי הִיא, וְהָכִי קָתָנֵי: כָּל הַנֶּאֱכָל בְּשׁוֹר הַגָּדוֹל — יֹאכַל בִּגְדֵי הָרַךְ, וְשֶׁאֵינוֹ נֶאֱכָל — לֹא. וְיֵשׁ אוֹמְרִים: אַף רָאשֵׁי כְנָפַיִם וְהַסְּחוּסִים.

C'est donc un débat de tannaïm, et voici ce que le texte enseigne : tout ce qui se mange dans un bœuf adulte se mange dans un chevreau tendre, et ce qui ne se mange pas, non. Et il y en a qui disent : même les bouts des omoplates et les cartilages.

📜 Rachi (1)
גְּמ' וי"א אַף רָאשֵׁי כְּנָפַיִם וְהַסְּחוּסִין הוֹאִיל וּבְשׁוֹר הַגָּדוֹל גּוּפֵיהּ מִתְאַכְּלוֹ בִּשְׁלִיקָה בִּישּׁוּל יָתֵר:
Puisque, dans le bœuf adulte lui-même, ils se mangent par une chelika, une cuisson poussée.
💡 Explication

Première lecture : la michna empile deux avis. Le premier s'arrête à la règle du bœuf adulte. Le second, introduit par yech omrim (il y en a qui disent), ajoute les bouts des omoplates et les cartilages, parce que, chez le bœuf lui-même, une chelika prolongée les rend mangeables.

6
רָבָא אָמַר: ״מָה הֵן״ קָתָנֵי, וְהָכִי קָתָנֵי: כָּל הַנֶּאֱכָל בְּשׁוֹר הַגָּדוֹל בְּשִׁלְקָא — יֵאָכֵל בִּגְדִי הָרַךְ בְּצָלִי. וּמָה הֵן: רָאשֵׁי כְּנָפַיִם וְהַסְּחוּסִים.

Rava dit : le texte enseigne sur le mode "que sont-ils", et voici ce qu'il enseigne : tout ce qui se mange dans un bœuf adulte par chelika se mange dans un chevreau tendre en rôti. Et que sont-ils ?

Les bouts des omoplates et les cartilages.

📜 Rachi (1)
מָה הֵן קָתָנֵי וְהָכִי קָאָמַר כָּל הַנֶּאֱכָל בְּשׁוֹר הַגָּדוֹל בִּשְׁלִיקָה יֹאכַל בִּגְדֵי הָרַךְ צָלִי וּמָה הֵן רָאשֵׁי כְנָפַיִם וְהַסְּחוּסִין:
Elle enseigne "que sont-ils". Voici ce qu'elle dit : tout ce qui se mange dans un bœuf adulte par chelika se mange rôti dans un chevreau tendre. Et que sont-ils ? Les bouts des omoplates et les cartilages.
💡 Explication

Rava refuse d'y voir deux avis. La formule ma hen (que sont-ils) détaille la règle. Le Pessa'h ne se mange qu'en tsali (rôti). Le critère est donc : ce qui, chez le bœuf adulte, finit par se manger si on le cuit à l'eau, se mange rôti chez le chevreau.

🖼️ Schéma
La règle de Rava, en deux cuissons Bœuf adulte : chelika Cuisson à l'eau, poussée Le cartilage finit par se manger Le rôti, chez lui, ne suffit pas Chevreau : tsali Le Pessa'h est rôti La même partie se mange On s'y inscrit
Chelika chez le bœuf, tsali chez le chevreau : un seul critère, pas deux avis.
7
תַּנְיָא כְּוָותֵיהּ דְּרָבָא: כָּל הַנֶּאֱכָל בְּשׁוֹר הַגָּדוֹל בְּשִׁלְקָא — יֵאָכֵל בִּגְדִי הָרַךְ בְּצָלִי, וּמָה הֵן: רָאשֵׁי כְּנָפַיִם וְהַסְּחוּסִים, וְגִידִין הָרַכִּין נִידּוֹנִין כְּבָשָׂר.

On a enseigné une baraita comme Rava : tout ce qui se mange dans un bœuf adulte par chelika se mange dans un chevreau tendre en rôti, et que sont-ils : les bouts des omoplates et les cartilages ; et les tendons tendres sont jugés comme de la viande.

💡 Explication

La baraita reprend la formule de Rava et ajoute les tendons tendres : ils ont le statut de la viande. La suite dira quels tendons restent en discussion.

8
אִיתְּמַר: גִּידִין שֶׁסּוֹפָן לְהַקְשׁוֹת, רַבִּי יוֹחָנָן אָמַר: נִמְנִין עֲלֵיהֶן בְּפֶסַח, רֵישׁ לָקִישׁ אָמַר: אֵין נִמְנִין עֲלֵיהֶן בַּפֶּסַח. רַבִּי יוֹחָנָן אָמַר נִמְנִין עֲלֵיהֶן — בָּתַר הַשְׁתָּא אָזְלִינַן. רֵישׁ לָקִישׁ אָמַר אֵין נִמְנִין עֲלֵיהֶן — בָּתַר בַּסּוֹף אָזְלִינַן.

On a énoncé : des tendons destinés à durcir. Rabbi Yo'hanan dit : on s'inscrit sur eux pour le Pessa'h.

Rech Lakich dit : on ne s'inscrit pas sur eux pour le Pessa'h. Rabbi Yo'hanan dit qu'on s'inscrit sur eux : nous suivons l'état présent.

Rech Lakich dit qu'on ne s'inscrit pas sur eux : nous suivons l'état final.

📜 Rachi (2)
גִּידִין שֶׁסּוֹפָן לְהַקְשׁוֹת גִּידֵי צַוָּאר וּבִגְדֵי וְטָלֶה הֵן רַכִּים אֲבָל אִם הָיָה מַזְקִין סוֹפָן לִהְיוֹת קָשִׁים:
Les tendons du cou. Dans un chevreau et un agneau ils sont tendres ; si l'animal vieillissait, ils finiraient par être durs.
ר' יוֹחָנָן אוֹמֵר כוּ' וְגִידִין הָרַכִּין דְּקָתָנֵי בְּהַךְ בָּרַיְיתָא נִידּוֹנִין כְּבָשָׂר לְר' יוֹחָנָן מַשְׁמַע לִי' דְּרַכִּין הַשְׁתָּא וּלְרֵישׁ לָקִישׁ מַשְׁמַע לֵיהּ בִּשְׁאָר גִּידִים דְּרַכִּין לְעוֹלָם:
Les tendons tendres qu'enseigne cette baraita, jugés comme de la viande : pour Rabbi Yo'hanan, cela vise ce qui est tendre maintenant ; pour Rech Lakich, cela vise les autres tendons, qui restent tendres pour toujours.
🗂️ Tossefot (1)
גִּידִין שֶׁסּוֹפָן לְהַקְשׁוֹת פִּי' בְּקַו' גִּידֵי צַוָּאר וְאֵין נִרְאֶה לְרִיבָ"א דְּהָא מַשְׁמַע דְּהַשְׁתָּא הֵם רַכִּים כְּבָשָׂר לְגַמְרֵי וְאַפֵּי' ר"ל לָא פָּסֵיל לְהוּ אֶלָּא מִשּׁוּם בַּסּוֹף וּלְעֵיל קָאָמַר אֶלָּא פְּשִׁיטָא בְּגִידֵי צַוָּאר מַשְׁמַע שֶׁהֵם רְגִילִין לִהְיוֹת נוֹתָר וְאֵין רְאוּיָן לֵיאָכֵל כְּמוֹ עֲצָמוֹת אֶלָּא נִרְאֶה דְּהַייְנוּ גִּידֵי שִׁדְרָה וְגִידִים הָרַכִּים דְּקָתָנֵי בַּבָּרַיְיתָא אַייְרֵי בְּגִידֵי בָּשָׂר דלכ"ע הָווּ כְּבָשָׂר:
Rachi explique : les tendons du cou. Cela ne paraît pas au Riva. Le texte implique qu'ils sont maintenant tendres tout à fait comme de la viande, et même Rech Lakich ne les invalide qu'à cause de la fin. Plus haut, on dit : c'est évident, il s'agit des tendons du cou. Cela implique qu'ils ont coutume de rester en notar et qu'ils ne sont pas propres à être mangés, comme les os. Il paraît donc qu'il s'agit des tendons de la colonne. Et les tendons tendres qu'enseigne la baraita visent les tendons de la viande, qui pour tout le monde comptent comme de la viande.
💡 Explication

Ces gidin sont tendres dans le chevreau du Pessa'h, et ils durciraient si l'animal vieillissait. Rabbi Yo'hanan suit hashta (maintenant) : on peut s'y inscrire. Rech Lakich suit le sof (la fin) : on ne s'y inscrit pas.

Rachi y voit les tendons du cou. Le Riva, dans Tossefot, les place sur la colonne : plus haut, les tendons du cou restent en notar (reste) comme les os, et ne sont pas mangés. Les tendons tendres de la baraita sont, pour tout le monde, les tendons de la viande.

9
אֵיתִיבֵיהּ רֵישׁ לָקִישׁ לְרַבִּי יוֹחָנָן: כָּל הַנֶּאֱכָל בְּשׁוֹר הַגָּדוֹל — יֹאכַל בִּגְדֵי הָרַךְ, וּמָה הֵן רָאשֵׁי כְנָפַיִם וְהַסְּחוּסִים. הָנֵי אִין, אֲבָל גִּידִין שֶׁסּוֹפָן לְהַקְשׁוֹת — לֹא! אֲמַר לֵיהּ: תְּנָא הָנֵי וְהוּא הַדִּין לְהָנָךְ. הָנֵי מַאי טַעְמָא — דְּהָא מִתְאַכְלִי בְּשׁוֹר הַגָּדוֹל בְּשִׁלְקָא, הָנָךְ נָמֵי מִתְאַכְלִי בְּשׁוֹר הַגָּדוֹל בְּשִׁלְקָא.

Rech Lakich objecta à Rabbi Yo'hanan : tout ce qui se mange dans un bœuf adulte se mange dans un chevreau tendre, et que sont-ils ? Les bouts des omoplates et les cartilages.

Ceux-ci, oui ; mais des tendons destinés à durcir, non. Il lui dit : il a enseigné ceux-ci, et il en est de même pour ceux-là.

Ceux-ci, quelle est la raison ? C'est qu'ils se mangent dans un bœuf adulte par chelika.

Ceux-là aussi se mangent dans un bœuf adulte par chelika.

📜 Rachi (2)
הָנֵי אִין דס"ד מִדְּפָרֵישׁ מָה הֵן דַּוְקָא קָאָמַר:
On aurait pensé que, puisqu'il détaille "que sont-ils", il parle de façon exclusive.
הָנֵי מ"ט פֵּירוּשָׁא הוּא וּמַסְּקָנָא דְּתֵירוּצָא:
C'est une explication, et c'est la conclusion de la réponse.
🗂️ Tossefot (1)
הוֹאִיל וּמִתְאַכְלִי בְּשׁוֹר הַגָּדוֹל בְּשִׁלְקָא וְהַשְׁתָּא לָא אָזֵיל רַבִּי יוֹחָנָן בָּתַר הַשְׁתָּא אֶלָּא בְּדָבָר הַנֶּאֱכָל בְּשׁוֹר הַגָּדוֹל בְּשִׁלְקָא וא"ת ור"ל מַאי פָּרֵיךְ לֵיהּ לְר' יוֹחָנָן אַדְּרַבָּה תִּיקְשֵׁי לְדִידֵיהּ דְּמוּכָח בַּבָּרַייְתָא דִּבְדָבָר הַנֶּאֱכָל בְּשׁוֹר הַגָּדוֹל בְּשִׁלְקָא אָזְלִינַן בָּתַר הַשְׁתָּא וְיֵשׁ לוֹמַר דְּסָבַר ר"ל דְּרָאשֵׁי כְּנָפַיִם וְהַסְּחוּסִין יֵשׁ עֲלֵיהֶם שֵׁם בָּשָׂר יוֹתֵר מִבְּגִידִים וּפָרִיךְ לְרַבִּי יוֹחָנָן מִדְּלָא נְקַט בַּבָּרַיְיתָא גִּידִים דְּהָוֵי רְבוּתָא טְפֵי וְר' יוֹחָנָן מְשַׁנֵּי דְּאֵין רְבוּתָא כְּלָל מַה שֶׁאֵין בָּהֶן טַעַם בָּשָׂר כָּל כָּךְ דְּהָא אִם הָיוּ רַכִּים לְעוֹלָם לֹא הָיָה פּוֹסְלָן הִילְכָּךְ כֵּיוָן דְּמִתְאַכְלִי בְּשִׁלְקָא נִימְנִין עֲלֵיהֶן כְּמוֹ רָאשֵׁי כְּנָפַיִם וְהַסְּחוּסִים וְרַשְׁבָּ"א מְפָרֵשׁ טַעְמָא דְּרֵישׁ לָקִישׁ דְּגִידִים לָא דָּמוּ לְרָאשֵׁי כְּנָפַיִם וְהַסְּחוּסִים דְּגִידִים סוֹפָן לְהַקְשׁוֹת בִּגְדֵי עַצְמוֹ אֲבָל רָאשֵׁי כְּנָפַיִם וְהַסְּחוּסִים אֵין סוֹפָם לְהַקְשׁוֹת בִּגְדֵי לְעוֹלָם אֶלָּא בְּשׁוֹר הַגָּדוֹל דַּוְקָא וְלֹא שַׁיָּיךְ לְמֵיזַל בְּהוּ בָּתַר בַּסּוֹף כֵּיוָן דְּבִגְדֵי וְטָלֶה הֵם רַכִּים לְעוֹלָם:
Désormais, Rabbi Yo'hanan suit l'état présent seulement pour une chose qui se mange dans un bœuf adulte par chelika. Et si tu dis : que objecte donc Rech Lakich à Rabbi Yo'hanan ? L'objection devrait plutôt le viser lui-même, car la baraita prouve que, pour une chose mangée chez le bœuf adulte par chelika, on suit l'état présent. On peut dire que Rech Lakich tient ceci : les bouts des omoplates et les cartilages portent le nom de viande plus que les tendons. Il objecte à Rabbi Yo'hanan de ce que la baraita ne cite pas les tendons, ce qui aurait été une rabouta (une nouveauté) plus forte. Rabbi Yo'hanan répond qu'il n'y a aucune rabouta dans le fait qu'ils ont moins le goût de la viande : s'ils restaient tendres pour toujours, il ne les invaliderait pas. Dès lors, puisqu'ils se mangent par chelika, on s'inscrit sur eux comme sur les bouts des omoplates et les cartilages. Le Rachba explique la raison de Rech Lakich : les tendons ne ressemblent pas aux bouts des omoplates et aux cartilages. Les tendons finiront par durcir dans le chevreau lui-même. Les bouts des omoplates et les cartilages, eux, ne durcissent jamais dans un chevreau ; cela n'arrive que dans un bœuf adulte. On ne suit pas pour eux l'état final, puisque, dans un chevreau et un agneau, ils restent tendres pour toujours.
💡 Explication

Rech Lakich lit la liste comme exclusive : la baraita nomme les bouts des omoplates et les cartilages, et tait les tendons qui durciront. Rabbi Yo'hanan répond que la liste est un exemple. La raison est la même : ces parties se mangent chez le bœuf adulte par chelika.

Tossefot note que cette réponse borne le principe de Rabbi Yo'hanan : il suit l'état présent là où la partie se mange aussi, chez le bœuf, par chelika. Le Rachba donne à Rech Lakich une autre distinction : le tendon durcit dans le chevreau lui-même ; le cartilage du chevreau, lui, reste tendre, et ne durcit que chez le bœuf adulte.

10
אֲמַר לֵיהּ רַבִּי יִרְמְיָה לְרַבִּי אָבִין: כִּי אָזְלַתְּ לְקַמֵּיהּ דְּרַבִּי אֲבָהוּ, רָמֵי לֵיהּ: מִי אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן גִּידִין שֶׁסּוֹפָן לְהַקְשׁוֹת נִמְנִין עֲלֵיהֶן בַּפֶּסַח, אַלְמָא: בָּתַר הַשְׁתָּא אָזְלִינַן? וְהָא בְּעָא מִינֵּיהּ רֵישׁ לָקִישׁ מֵרַבִּי יוֹחָנָן: עוֹר הָרֹאשׁ שֶׁל עֵגֶל הָרַךְ, מַהוּ שֶׁיְּטַמֵּא? וְאָמַר לוֹ: אֵין מְטַמֵּא. אַלְמָא: בָּתַר בַּסּוֹף אָזְלִינַן!

Rabbi Yirmeya dit à Rabbi Avin : quand tu iras devant Rabbi Abahou, oppose-lui ceci. Rabbi Yo'hanan a-t-il dit que, pour des tendons destinés à durcir, on s'inscrit sur eux pour le Pessa'h ?

Il en ressort que nous suivons l'état présent. Or Rech Lakich a demandé à Rabbi Yo'hanan : la peau de la tête d'un veau tendre, peut-elle recevoir l'impureté ?

Et il lui a dit : elle ne reçoit pas l'impureté. Il en ressort que nous suivons l'état final.

📜 Rachi (2)
עֵגֶל הָרַךְ מְפָרֵשׁ בְּהָעוֹר וְהָרֹוטֶב כָּל זְמַן שֶׁיּוֹנֵק וְעוֹר רֹאשׁוֹ רַךְ מוֹלְגִין אוֹתוֹ וְנֶאֱכָל עִמּוֹ:
C'est expliqué au chapitre Haor veharotev : tant qu'il tête. La peau de sa tête est tendre : on l'ébouillante et on la mange avec lui.
מַהוּ שֶׁיְּטַמֵּא טֻומְאַת אוֹכְלִין וּבָתַר הַשְׁתָּא אָזְלִינַן וּמְטַמֵּא אוֹ בָּתַר בַּסּוֹף אָזְלִינַן וְאֵינוֹ מְטַמֵּא:
L'impureté des aliments. Suit-on l'état présent, et elle est susceptible d'impureté, ou suit-on l'état final, et elle n'est pas susceptible d'impureté ?
💡 Explication

Rabbi Yirmeya voit deux réponses de Rabbi Yo'hanan. Pour les tendons du Pessa'h, il suit l'état présent. Pour la peau de la tête d'un veau qui tétait encore, peau tendre qu'on ébouillante et qu'on mange avec la viande, il dit qu'elle ne reçoit pas la touma des okhalin (impureté des aliments). On suit donc l'état final : adulte, cette peau n'est plus un aliment.

11
אֲמַר לֵיהּ: דִּרְמָא לָךְ הָא — לָא חָשׁ לְקִמְחֵיהּ. הָא הֲדַר בֵּיהּ רַבִּי יוֹחָנָן לְגַבֵּי דְּרֵישׁ לָקִישׁ, וַאֲמַר לֵיהּ: אַל תַּקְנִיטֵנִי, שֶׁבִּלְשׁוֹן יָחִיד אֲנִי שׁוֹנֶה אוֹתָהּ.

Il lui dit : celui qui t'a lancé ceci ne s'est pas soucié de sa farine. Voici que Rabbi Yo'hanan est revenu de son avis devant Rech Lakich, et il lui a dit : ne me provoque pas, car je l'enseigne dans une formulation au singulier.

📜 Rachi (2)
לָא חָשׁ לְקִמְחֵיהּ לְמַה שֶׁהוּא טוֹחֵן אִם חִטִּין אִם פְּסֹולֶת:
De ce qu'il moud : si c'est du blé ou du rebut.
הָא הֲדַר בֵּיהּ ר' יוֹחָנָן מֵהָא דְּגִידִין שֶׁסּוֹפָן לְהַקְשׁוֹת כִּדְאָמַר בְּשִׁילְהֵי בְּהֵמָה הַמְקַשָּׁה (חֻולִּין עז.) וּפָשְׁטִינַן לָהּ מֵהָא דְּהָעוֹר וְהָרֹוטֶב דְּכִי פְּשִׁיט לֵיהּ רַבִּי יוֹחָנָן עֲלָהּ דְּהַהִיא אֵין מְטַמֵּא וְאוֹתְבֵיהּ רֵישׁ לָקִישׁ מִמַּתְנִי' דְּהָעוֹר וְהָרֹוטֶב דְּקָתָנֵי אֵילּוּ שֶׁעוֹרוֹתֵיהֶם כִּבְשָׂרָן עוֹר הָרֹאשׁ שֶׁל עֵגֶל הָרַךְ אַלְמָא דְּבָתַר הַשְׁתָּא אָזְלִינַן וא"ל רַבִּי יוֹחָנָן אַל תַּקְנִיטֵנִי בְּאוֹתָהּ מִשְׁנָה שֶׁבִּלְשׁוֹן יָחִיד אֲנִי שׁוֹנֶה אוֹתָהּ אַלְמָא מֵעִיקָּרָא הֲוָה סְמִיךְ ר' יוֹחָנָן עָלֶיהָ וּפְלִיג בְּגִידִין שֶׁסּוֹפָן לְהַקְשׁוֹת וְאִידְּכַר דִּיחִידָאָה הִיא וְהָדַר בֵּיהּ:
Rabbi Yo'hanan est revenu de son avis sur les tendons destinés à durcir, comme on le dit à la fin du chapitre Behema hamaksheh (Houlin 77a). On le résout depuis le chapitre Haor veharotev. Quand Rabbi Yo'hanan tranche sur ce cas : elle ne reçoit pas l'impureté, Rech Lakich lui objecte depuis la michna de Haor veharotev, qui enseigne : voici les peaux qui sont comme leur viande, la peau de la tête d'un veau tendre. Il en ressort qu'on suit l'état présent. Rabbi Yo'hanan lui dit : ne me provoque pas avec cette michna, car je l'enseigne dans une formulation au singulier. Il en ressort qu'au départ Rabbi Yo'hanan s'appuyait sur elle et contestait au sujet des tendons destinés à durcir. Puis il se rappelle que c'est un avis isolé, et il revient de son avis.
🗂️ Tossefot (1)
הָא הֲדַר בֵּיהּ ר' יוֹחָנָן פֵּירוּשׁ מֵהַךְ דִּשְׁמַעְתִּין כִּדְמוֹכַח בְּפֶרֶק בְּהֵמָה הַמְקַשָּׁה (חֻולִּין עז.) וְקָשֶׁה לר"י לר"ל דְּאוֹתְבֵיהּ לְר' יוֹחָנָן מֵהַהִיא שֶׁעוֹרוֹתֵיהֶן כִּבְשָׂרָן תִּיקְשֵׁי לְנַפְשֵׁיהּ דְּקָסָבַר גַּבֵּי פֶּסַח בָּתַר בַּסּוֹף אָזְלִינַן וְהָתָם אָזֵיל בָּתַר הַשְׁתָּא וי"ל שֶׁלְּפִי שֶׁבְּעוֹר רֹאשׁ שֶׁל עֵגֶל הָרַךְ יֵשׁ לוֹ טַעַם בָּשָׂר הַרְבֵּה מִגִּידִין וְרִיבָ"א אוֹמֵר דְּבַיְּרוּשַׁלְמִי פָּרִיךְ דר"ל אר"ל וּמְשַׁנֵּי טַעְמָא דר"ל מִקְּרָא וְאָכְלוּ אֶת הַבָּשָׂר (שְׁמוֹת י״ב:ח׳) וְלֹא גִּידִין וּבְעוֹר הָרֹאשׁ שֶׁל עֵגֶל הָרַךְ אָזֵיל בָּתַר דְּהַשְׁתָּא וְהָכָא הָוֵי גְּזֵירַת הַכָּתוּב:
Explication : de cet enseignement de notre sougya, comme on le voit au chapitre Behema hamaksheh (Houlin 77a). Difficulté pour le Ri, au sujet de Rech Lakich : lui qui objecte à Rabbi Yo'hanan depuis la michna des peaux qui sont comme leur viande devrait se heurter à sa propre position. Pour le Pessa'h, il suit la fin, et là-bas il suit l'état présent. On peut répondre : la peau de la tête d'un veau tendre a un goût de viande bien plus marqué que les tendons. Le Riva dit : dans le Yerouchalmi, on objecte Rech Lakich à lui-même, et on répond : sa raison vient du verset "et ils mangeront la viande" (Chemot 12, 8), et non les tendons. Pour la peau de la tête du veau tendre, il suit l'état présent. Ici, c'est une gezerat hakatuv (un décret du verset).
💡 Explication

Rabbi Abahou écarte la contradiction. Lo hach lekimheh : l'homme n'a pas regardé s'il moud du blé ou du rebut. Rabbi Yo'hanan s'est rétracté. À Houlin, quand il tranche que la peau ne reçoit pas l'impureté, Rech Lakich lui cite la michna : les peaux qui sont comme leur viande, dont la peau de la tête du veau tendre. Cela prouverait l'état présent. Rabbi Yo'hanan répond qu'il enseigne cette michna au singulier : c'est l'avis d'un yahid (un seul maître). Au départ il s'y appuyait. Quand il se rappelle que c'est un avis isolé, il revient à l'état final, comme Rech Lakich.

🖼️ Schéma
Rabbi Yo'hanan revient de son avis 1. Tendons On s'inscrit État présent 2. Peau du veau Pas de touma des aliments État final 3. Michna Rech Lakich objecte Peau = viande État présent 4. Rétractation Formulation au singulier Avis de yahid Il suit la fin Rabbi Abahou : celui qui a posé la question n'a pas trié sa farine.
De l'inscription sur les tendons jusqu'à la rétractation, via la peau du veau.
12
מַתְנִי׳ הַשּׁוֹבֵר אֶת הָעֶצֶם בַּפֶּסַח הַטָּהוֹר — הֲרֵי זֶה לוֹקֶה אַרְבָּעִים. אֲבָל הַמּוֹתִיר בַּטָּהוֹר וְהַשּׁוֹבֵר בַּטָּמֵא — אֵינוֹ לוֹקֶה אֶת הָאַרְבָּעִים.

Michna. Celui qui brise l'os dans un Pessa'h pur, le voici qui reçoit quarante coups.

Mais celui qui laisse un reste dans un Pessa'h pur, et celui qui brise dans un Pessa'h impur, ne reçoit pas les quarante.

📜 Rachi (1)
מַתְנֵי' אֲבָל הַמּוֹתִיר בְּטָהוֹר אֲפִילּוּ בַּטָּהוֹר וְהַשּׁוֹבֵר בַּטָּמֵא אֵינוֹ לוֹקֶה הַמּוֹתִיר מִשּׁוּם לֹא תוֹתִירוּ וְלֹא שׁוֹבֵר בְּטָמֵא מִשּׁוּם לֹא תִשְׁבְּרוּ וְטַעְמָא מְפָרֵשׁ בַּגְּמָרָא:
Même dans un Pessa'h pur ; et celui qui brise dans un impur ne reçoit pas les coups. Celui qui laisse un reste, à cause de "tu n'en laisseras pas" ; celui qui brise dans un impur, à cause de "tu ne briseras pas". La raison est expliquée dans la Guemara.
💡 Explication

Trois cas. Briser l'os d'un Pessa'h tahor (pur) tombe sous le lav, et entraîne les malkot, les quarante coups. Laisser du notar (un reste) sur un Pessa'h pur, et briser l'os d'un Pessa'h tame (impur), restent sans coups. La Guemara donne la source de chacun.

13
גְּמָ׳ בִּשְׁלָמָא מוֹתִיר בַּטָּהוֹר — דְּתַנְיָא: ״לֹא תוֹתִירוּ מִמֶּנּוּ עַד בֹּקֶר וְהַנֹּתָר מִמֶּנּוּ עַד בֹּקֶר וְגוֹ׳״, בָּא הַכָּתוּב לִיתֵּן עֲשֵׂה אַחַר לֹא תַּעֲשֶׂה לוֹמַר שֶׁאֵין לוֹקֶה — דִּבְרֵי רַבִּי יְהוּדָה.

Guemara. Soit, celui qui laisse un reste dans un pur : car on a enseigné : "Tu n'en laisseras rien jusqu'au matin, et ce qui en resterait jusqu'au matin, etc." Le verset vient placer un aseh après un lav, pour dire qu'il ne reçoit pas les coups.

Paroles de Rabbi Yehouda.

📜 Rachi (1)
גְּמ' בָּהּ הַכָּתוּב כו' כָּל לָאו שֶׁנִּיתָּק לַעֲשֵׂה אֵין לוֹקִין עָלָיו דְּמַשְׁמַע זוֹ הִיא תַּקָּנָתוֹ אִם תַּעֲבֹור עַל הַלָּאו עֲשֵׂה זֹאת וְהִינָּצֵל וְעוֹד דְּלָא דָּמֵי לְלָאו דחסימ' שׁהמלקו' נִסְמַךְ לוֹ:
Tout lav qui est détaché vers un aseh, on ne reçoit pas les coups pour lui. Cela implique : voici sa réparation ; si tu transgresses le lav, fais ceci et tu es quitte. De plus, il ne ressemble pas au lav de l'emmusellement, auquel les coups sont juxtaposés.
💡 Explication

Le verset (Chemot 12, 10) interdit de laisser du Pessa'h jusqu'au matin, puis ordonne de brûler ce qui resterait. Rabbi Yehouda y voit un lav hanitak laaseh : l'interdit est rattaché à un aseh qui le répare. On ne frappe pas pour un tel lav. Rachi ajoute que ce lav ne ressemble pas à l'interdit d'emmuseler le bœuf, auquel le passage des coups est juxtaposé.

14
רַבִּי יַעֲקֹב אוֹמֵר: לֹא מִן הַשֵּׁם הוּא זֶה, אֶלָּא מִשּׁוּם דְּהָוֵה לֵיהּ לָאו שֶׁאֵין בּוֹ מַעֲשֶׂה, וְאֵין לוֹקִין עָלָיו. אֶלָּא שׁוֹבֵר בַּטָּמֵא מְנָלַן? דְּאָמַר קְרָא: ״וְעֶצֶם לֹא תִשְׁבְּרוּ בוֹ״, ״בּוֹ״ בְּכָשֵׁר וְלֹא בִּפְסוּל.

Rabbi Yaakov dit : le motif relève d'un autre chef. C'est un lav qui ne comporte pas d'acte, et on ne reçoit pas les coups pour lui.

Mais celui qui brise dans un impur, d'où le tenons-nous ? Car le verset dit : "Et un os, vous n'en briserez pas en lui" : "en lui", dans un kacher, et non dans un passoul.

💡 Explication

Rabbi Yaakov laisse de côté le lav rattaché à un aseh. Laisser un reste est un lav sheein bo maaseh : le temps passe, la viande demeure, aucun geste n'est fait. On ne frappe pas pour un lav sans acte.

Reste le cas de l'os brisé dans un Pessa'h impur. Le mot bo ("en lui") restreint l'interdit au Pessa'h kacher. Le Pessa'h impur entre dans le passoul que le verset laisse dehors : pas de coups.

15
תָּנוּ רַבָּנַן: ״וְעֶצֶם לֹא תִשְׁבְּרוּ בוֹ״, ״בּוֹ״ — בְּכָשֵׁר וְלֹא בִּפְסוּל. רַבִּי אוֹמֵר: ״בְּבַיִת אֶחָד יֵאָכֵל ... וְעֶצֶם לֹא תִשְׁבְּרוּ בוֹ״. כָּל הָרָאוּי לַאֲכִילָה — יֵשׁ בּוֹ מִשּׁוּם שְׁבִירַת עֶצֶם, וְשֶׁאֵין רָאוּי לַאֲכִילָה — אֵין בּוֹ מִשּׁוּם שְׁבִירַת עֶצֶם.

Les maîtres ont enseigné : "Et un os, vous n'en briserez pas en lui" : "en lui", dans un kacher et non dans un passoul. Rabbi dit : "Dans une seule maison on le mangera... et un os, vous n'en briserez pas en lui." Tout ce qui est apte à être mangé comporte l'interdit de briser un os, et ce qui n'est pas apte à être mangé ne comporte pas l'interdit de briser un os.

💡 Explication

Deux derachot du même verset. Les maîtres lisent bo : l'interdit vaut pour un korban kacher, et s'arrête au passoul. Rabbi rapproche "on le mangera" et "vous n'en briserez pas un os". L'interdit suit l'aptitude à être mangé.

🖼️ Schéma
Deux lectures du verset sur l'os Tanna kamma : bo En lui = dans un kacher Pas dans un passoul L'interdit suit la validité du korban Rabbi : on le mangera Le verset rapproche l'interdit et le repas Apte à être mangé : interdit Inapte : pas d'interdit
Bo vise le korban kacher. Rabbi vise ce qui est apte au repas.
16
מַאי בֵינַייְהוּ? אָמַר רַבִּי יִרְמְיָה: פֶּסַח הַבָּא בְּטֻומְאָה אִיכָּא בֵּינַייְהוּ. לְמָאֵן דְּאָמַר כָּשֵׁר —

Quelle est la différence entre eux ? Rabbi Yirmeya dit : un Pessa'h qui vient en touma, voilà ce qui les sépare.

Pour celui qui dit : un kacher...

💡 Explication

La nafka mina (conséquence pratique) nommée ici est le Pessa'h ba-touma : le korban offert quand le public est impur et que la Torah permet de le faire en touma. La phrase s'arrête sur l'avis "kacher". Le daf suivant commence par ces mots : ce Pessa'h-là est un passoul.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).