Sougya : L'amoud achève d'abord la sougya de la brûlure à Yom Tov : le verset écarte la milah hors de son temps, qui serait venue par un kal va-homer, et Rav Ashi rappelle que le chabbatone est un aseh qui ne repousse pas un lav joint à un aseh. La michna fixe ce qui compte comme viande du Pessa'h.
Rava tranche la tension du texte : ce qui se mange chez le bœuf adulte par chelika se mange rôti chez le chevreau. Rabbi Yo'hanan et Rech Lakich opposent l'état présent et l'état final pour les tendons qui durciront ; Rabbi Yo'hanan se rétracte ensuite.
La michna suivante donne les quarante coups à celui qui brise l'os d'un Pessa'h pur, et les refuse pour un reste laissé et pour l'os d'un Pessa'h impur. Le mot bo et, selon Rabbi, l'aptitude à être mangé décident de l'interdit ; la différence sur le Pessa'h apporté en touma commence ici et continue au daf suivant.
et non une milah (circoncision) hors de son temps, qui viendrait par un kal va-homer (raisonnement a fortiori).
La phrase continue la sougya de la page précédente, sur ce qu'on ne fait pas à Yom Tov. Le verset exclut une milah qui n'est pas au huitième jour. Sans cette exclusion, un kal va-homer l'aurait fait repousser le Chabbat et Yom Tov.
Rachi construit le raisonnement : la tsaraat repousse l'avoda, l'avoda repousse le Chabbat, et la milah repousse la tsaraat, puisqu'on coupe la baheret qui se trouve à l'endroit de la circoncision. La milah hors de son temps, par exemple celle d'un ger (converti) ou d'un enfant dont le père a été empêché et dont le délai est passé, se reporte au lendemain. Brûler des kodashim passoul (sacrifices invalides) se diffère de la même façon.
Rav Ashi dit : le chabbatone de Yom Tov est un aseh (commandement positif), et un aseh ne repousse pas un lav (interdit) et un aseh.
Rav Ashi donne une raison propre. Le mot chabbatone commande le repos : c'est un aseh. Yom Tov comporte déjà le lav de ne pas faire de melakha. Brûler le reste ou un sacrifice invalide est un aseh. Un aseh ne repousse pas un lav joint à un aseh.
Tossefot précise que Rav Ashi ne conteste pas Rava. Son enseignement vise les kodashim, et aussi la milah, parce qu'il ne construit pas le kal va-homer.
Michna. Tout ce qui se mange dans un bœuf adulte se mange dans un chevreau tendre, ainsi que les bouts des omoplates et les cartilages.
Nouvelle michna. Le bœuf adulte sert d'étalon : tout ce qui devait durcir en lui a déjà durci. Ce qui s'y mange compte comme viande dans le chevreau du Pessa'h, animal jeune, apte au sacrifice des huit jours.
On s'inscrit sur une part de viande. Ce qui ne se mange pas chez le bœuf adulte, on ne s'y inscrit pas, même si, chez le chevreau, c'est encore tendre : à la fin, cela durcira. Les rashei kenafayim sont les bouts des omoplates. Les sehousim sont les cartilages : oreille, poitrine, petites côtes au bas de la colonne.
Guemara. Rabba met en contradiction.
Nous avons appris : tout ce qui se mange dans un bœuf adulte se mange dans un chevreau tendre, et ce qui ne se mange pas, non. Dis la fin : les bouts des omoplates et les cartilages.
Or ceux-ci ne se mangent pas dans un bœuf adulte.
Rabba lit la première phrase comme une règle et sa réciproque : ce qui ne se mange pas chez le bœuf adulte ne se mange pas chez le chevreau. La fin de la michna cite pourtant des parties qui, chez le bœuf adulte, ont durci comme de l'os.
C'est donc un débat de tannaïm, et voici ce que le texte enseigne : tout ce qui se mange dans un bœuf adulte se mange dans un chevreau tendre, et ce qui ne se mange pas, non. Et il y en a qui disent : même les bouts des omoplates et les cartilages.
Première lecture : la michna empile deux avis. Le premier s'arrête à la règle du bœuf adulte. Le second, introduit par yech omrim (il y en a qui disent), ajoute les bouts des omoplates et les cartilages, parce que, chez le bœuf lui-même, une chelika prolongée les rend mangeables.
Rava dit : le texte enseigne sur le mode "que sont-ils", et voici ce qu'il enseigne : tout ce qui se mange dans un bœuf adulte par chelika se mange dans un chevreau tendre en rôti. Et que sont-ils ?
Les bouts des omoplates et les cartilages.
Rava refuse d'y voir deux avis. La formule ma hen (que sont-ils) détaille la règle. Le Pessa'h ne se mange qu'en tsali (rôti). Le critère est donc : ce qui, chez le bœuf adulte, finit par se manger si on le cuit à l'eau, se mange rôti chez le chevreau.
On a enseigné une baraita comme Rava : tout ce qui se mange dans un bœuf adulte par chelika se mange dans un chevreau tendre en rôti, et que sont-ils : les bouts des omoplates et les cartilages ; et les tendons tendres sont jugés comme de la viande.
La baraita reprend la formule de Rava et ajoute les tendons tendres : ils ont le statut de la viande. La suite dira quels tendons restent en discussion.
On a énoncé : des tendons destinés à durcir. Rabbi Yo'hanan dit : on s'inscrit sur eux pour le Pessa'h.
Rech Lakich dit : on ne s'inscrit pas sur eux pour le Pessa'h. Rabbi Yo'hanan dit qu'on s'inscrit sur eux : nous suivons l'état présent.
Rech Lakich dit qu'on ne s'inscrit pas sur eux : nous suivons l'état final.
Ces gidin sont tendres dans le chevreau du Pessa'h, et ils durciraient si l'animal vieillissait. Rabbi Yo'hanan suit hashta (maintenant) : on peut s'y inscrire. Rech Lakich suit le sof (la fin) : on ne s'y inscrit pas.
Rachi y voit les tendons du cou. Le Riva, dans Tossefot, les place sur la colonne : plus haut, les tendons du cou restent en notar (reste) comme les os, et ne sont pas mangés. Les tendons tendres de la baraita sont, pour tout le monde, les tendons de la viande.
Rech Lakich objecta à Rabbi Yo'hanan : tout ce qui se mange dans un bœuf adulte se mange dans un chevreau tendre, et que sont-ils ? Les bouts des omoplates et les cartilages.
Ceux-ci, oui ; mais des tendons destinés à durcir, non. Il lui dit : il a enseigné ceux-ci, et il en est de même pour ceux-là.
Ceux-ci, quelle est la raison ? C'est qu'ils se mangent dans un bœuf adulte par chelika.
Ceux-là aussi se mangent dans un bœuf adulte par chelika.
Rech Lakich lit la liste comme exclusive : la baraita nomme les bouts des omoplates et les cartilages, et tait les tendons qui durciront. Rabbi Yo'hanan répond que la liste est un exemple. La raison est la même : ces parties se mangent chez le bœuf adulte par chelika.
Tossefot note que cette réponse borne le principe de Rabbi Yo'hanan : il suit l'état présent là où la partie se mange aussi, chez le bœuf, par chelika. Le Rachba donne à Rech Lakich une autre distinction : le tendon durcit dans le chevreau lui-même ; le cartilage du chevreau, lui, reste tendre, et ne durcit que chez le bœuf adulte.
Rabbi Yirmeya dit à Rabbi Avin : quand tu iras devant Rabbi Abahou, oppose-lui ceci. Rabbi Yo'hanan a-t-il dit que, pour des tendons destinés à durcir, on s'inscrit sur eux pour le Pessa'h ?
Il en ressort que nous suivons l'état présent. Or Rech Lakich a demandé à Rabbi Yo'hanan : la peau de la tête d'un veau tendre, peut-elle recevoir l'impureté ?
Et il lui a dit : elle ne reçoit pas l'impureté. Il en ressort que nous suivons l'état final.
Rabbi Yirmeya voit deux réponses de Rabbi Yo'hanan. Pour les tendons du Pessa'h, il suit l'état présent. Pour la peau de la tête d'un veau qui tétait encore, peau tendre qu'on ébouillante et qu'on mange avec la viande, il dit qu'elle ne reçoit pas la touma des okhalin (impureté des aliments). On suit donc l'état final : adulte, cette peau n'est plus un aliment.
Il lui dit : celui qui t'a lancé ceci ne s'est pas soucié de sa farine. Voici que Rabbi Yo'hanan est revenu de son avis devant Rech Lakich, et il lui a dit : ne me provoque pas, car je l'enseigne dans une formulation au singulier.
Rabbi Abahou écarte la contradiction. Lo hach lekimheh : l'homme n'a pas regardé s'il moud du blé ou du rebut. Rabbi Yo'hanan s'est rétracté. À Houlin, quand il tranche que la peau ne reçoit pas l'impureté, Rech Lakich lui cite la michna : les peaux qui sont comme leur viande, dont la peau de la tête du veau tendre. Cela prouverait l'état présent. Rabbi Yo'hanan répond qu'il enseigne cette michna au singulier : c'est l'avis d'un yahid (un seul maître). Au départ il s'y appuyait. Quand il se rappelle que c'est un avis isolé, il revient à l'état final, comme Rech Lakich.
Michna. Celui qui brise l'os dans un Pessa'h pur, le voici qui reçoit quarante coups.
Mais celui qui laisse un reste dans un Pessa'h pur, et celui qui brise dans un Pessa'h impur, ne reçoit pas les quarante.
Trois cas. Briser l'os d'un Pessa'h tahor (pur) tombe sous le lav, et entraîne les malkot, les quarante coups. Laisser du notar (un reste) sur un Pessa'h pur, et briser l'os d'un Pessa'h tame (impur), restent sans coups. La Guemara donne la source de chacun.
Guemara. Soit, celui qui laisse un reste dans un pur : car on a enseigné : "Tu n'en laisseras rien jusqu'au matin, et ce qui en resterait jusqu'au matin, etc." Le verset vient placer un aseh après un lav, pour dire qu'il ne reçoit pas les coups.
Paroles de Rabbi Yehouda.
Le verset (Chemot 12, 10) interdit de laisser du Pessa'h jusqu'au matin, puis ordonne de brûler ce qui resterait. Rabbi Yehouda y voit un lav hanitak laaseh : l'interdit est rattaché à un aseh qui le répare. On ne frappe pas pour un tel lav. Rachi ajoute que ce lav ne ressemble pas à l'interdit d'emmuseler le bœuf, auquel le passage des coups est juxtaposé.
Rabbi Yaakov dit : le motif relève d'un autre chef. C'est un lav qui ne comporte pas d'acte, et on ne reçoit pas les coups pour lui.
Mais celui qui brise dans un impur, d'où le tenons-nous ? Car le verset dit : "Et un os, vous n'en briserez pas en lui" : "en lui", dans un kacher, et non dans un passoul.
Rabbi Yaakov laisse de côté le lav rattaché à un aseh. Laisser un reste est un lav sheein bo maaseh : le temps passe, la viande demeure, aucun geste n'est fait. On ne frappe pas pour un lav sans acte.
Reste le cas de l'os brisé dans un Pessa'h impur. Le mot bo ("en lui") restreint l'interdit au Pessa'h kacher. Le Pessa'h impur entre dans le passoul que le verset laisse dehors : pas de coups.
Les maîtres ont enseigné : "Et un os, vous n'en briserez pas en lui" : "en lui", dans un kacher et non dans un passoul. Rabbi dit : "Dans une seule maison on le mangera... et un os, vous n'en briserez pas en lui." Tout ce qui est apte à être mangé comporte l'interdit de briser un os, et ce qui n'est pas apte à être mangé ne comporte pas l'interdit de briser un os.
Deux derachot du même verset. Les maîtres lisent bo : l'interdit vaut pour un korban kacher, et s'arrête au passoul. Rabbi rapproche "on le mangera" et "vous n'en briserez pas un os". L'interdit suit l'aptitude à être mangé.
Quelle est la différence entre eux ? Rabbi Yirmeya dit : un Pessa'h qui vient en touma, voilà ce qui les sépare.
Pour celui qui dit : un kacher...
La nafka mina (conséquence pratique) nommée ici est le Pessa'h ba-touma : le korban offert quand le public est impur et que la Torah permet de le faire en touma. La phrase s'arrête sur l'avis "kacher". Le daf suivant commence par ces mots : ce Pessa'h-là est un passoul.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).