Pesachim 84b - Briser l'os du Pessah : kacher ou apte à être mangé

Pesachim 84b

Sougya : L'amoud poursuit l'interdit de briser un os du Pessa'h, Chemot 12:46. Le tanna kamma lit bo : l'interdit porte sur le kacher, le passoul en est exempt.

Rabbi rapproche ye'akhel : l'interdit porte sur ce qui est apte à être mangé. Rabbi Yirmeya place la différence sur le Pessa'h offert en touma.

Rav Yossef l'écarte, car Rabbi vient pour alléger. Sept maîtres proposent ensuite chacun une autre différence, de la brisure de jour jusqu'au kezayit placé hors de la brisure.

Une baraita de Rabbi confirme quatre exemptions. Rabbi Yo'hanan et Rech Lakich divergent sur ce kezayit.

Deux lectures de l'interdit Chemot 12:46. Vous ne briserez pas d'os en lui. Tanna kamma : bo Dans le kacher Le passoul en est exempt L'interdit suit la validité du korban Lecture kacher Rabbi : ye'akhel Apte à être mangé L'inapte en est exempt L'interdit suit la consommation du moment Lecture ra'ui le-akhila Rabbi vient pour alléger Dans chaque différence retenue : lecture kacher, l'interdit tient. Lecture ra'ui, il tombe. Pessa'h offert en touma : sens inverse, Rav Yossef l'écarte Kacher : passoul, exempt. Ra'ui : il se mange, interdit. Rabbi n'ajoute pas d'interdit.
Bo vise le kacher. Ye'akhel vise ce qui se mange. Rabbi allège : là où ils diffèrent, la lecture kacher interdit et la lecture ra'ui exempte. Le Pessah en touma va dans l'autre sens, Rav Yossef l'écarte.
Sept différences sur la même règle Chacun écarte le cas du maître d'avant. Kacher interdit. Ra'ui exempte. Maître Cas où tous s'accordent Là où ils diffèrent Rav Yossef Pessa'h en touma Tous exemptent Moment de validité puis il devient passoul Abaye Ce passoul du moment Tous exemptent Briser l'os pendant le jour Rav Papa Brisure de jour Tous interdisent Membre dont une partie est sortie Rav Chechet fils de Rav Idi Ce membre sorti Tous exemptent Briser l'os tant qu'il est cru Rav Nachman bar Yitzhak L'os encore cru Tous interdisent Briser l'os de l'alya Rav Ashi L'alya, non mangée Tous exemptent Membre sans kezayit de viande Ravina Aucun kezayit Tous exemptent Kezayit ailleurs qu'à la brisure La baraita de Rabbi retient quatre exemptions : après un moment de validité, hors du repas, l'alya, et la mesure absente à la brisure.
Chaque maître tient le cas précédent pour tranché, puis place la différence un cran plus loin. La baraita de Rabbi confirme quatre exemptions.
La baraita de Rabbi : quatre exemptions Sur le kacher on est passible. Sur le passoul, on est exempt. Cas de la baraita Din Maître confirmé Moment de validité, puis passoul au repas L'interdit tombe au moment du repas Rav Yossef Avec mesure de repas Sans cette mesure L'interdit tient L'interdit tombe Rav Ashi et Ravina Destiné à l'autel l'alya du mouton L'interdit tombe elle ne se mange pas Rav Nachman bar Yitzhak Au moment du repas Hors de ce moment L'interdit tient L'interdit tombe Abaye brisure de jour Rabbi Yo'hanan : kezayit ailleurs qu'à la brisure, l'interdit tient. Rech Lakich : il tombe. Tossefot : les deux parlent dans l'avis de Rabbi.
Quatre clauses de la baraita, et la discussion de Rabbi Yohanan et Rech Lakich sur le kezayit placé hors de la brisure.
1
הַאי פָּסוּל. לְמַאן דְּאָמַר רָאוּי לַאֲכִילָה — הַאי נָמֵי רָאוּי לַאֲכִילָה הוּא.

Celui-ci est passoul. Selon celui qui dit apte à être mangé, celui-ci aussi est apte à être mangé.

📜 Rachi (2)
הַאי פָּסוּל הוּא שֶׁנַּעֲשָׂה בִּפְסוּל דְּטֻומְאָה דְּחוּיָה הִיא בְּצִיבּוּר אֶלָּא שֶׁכָּאן גְּזֵירַת הַכָּתוּב לְפָוטְרָן בּוֹ:
Il a été fait en état de passoul. La touma est dehouya (écartée) pour le public. Ici, un décret du verset (gezerat ha-katuv) les en exempte.
הַאי בַּר אֲכִילָה הוּא כְּדִתְנַן (לְעֵיל פְּסָחִים דַּף עו:) הַפֶּסַח שֶׁבָּא בְּטֻומְאָה נֶאֱכָל בְּטֻומְאָה:
Il est apte à être mangé, comme la michna l'enseigne plus haut (Pessahim 76b) : le Pessa'h qui vient en touma se mange en touma.
💡 Explication

Fin de la question de Rabbi Yirmeya, ouverte à la fin de 84a. Deux lectures de Chemot 12:46. Le tanna kamma : bo, dans le kacher (valide), le passoul (invalide) en est exempt. Rabbi : le verset est collé à ye'akhel (on le mangera). L'interdit de shevirat ha-etzem (briser l'os) porte sur ce qui est ra'ui le-akhila, apte à être mangé.

Le cas est le Pessa'h offert en touma, quand le public est impur. Lecture kacher : ce korban compte comme passoul, l'interdit tombe. Lecture ra'ui : il se mange en touma, l'interdit tient.

2
רַב יוֹסֵף אָמַר: כִּי הַאי גַוְונָא — דְּכֻולֵּי עָלְמָא אֵין בּוֹ מִשּׁוּם שְׁבִירַת הָעֶצֶם, דְּרַבִּי לְאַקּוֹלֵי קָא אָתֵי, וְהַאי הָא פָּסוּל הוּא.

Rav Yossef a dit : un cas de ce genre, tous s'accordent qu'il n'est pas soumis à l'interdiction de briser l'os, car Rabbi vient pour alléger, et celui-ci est bien passoul.

💡 Explication

Rav Yossef refuse la différence de Rabbi Yirmeya. La lecture de Rabbi ne fait qu'alléger : elle retire des cas à l'interdit, elle n'en ajoute pas. Le Pessa'h en touma est passoul. La lecture kacher l'exempte déjà. Rabbi l'exempte aussi.

3
אֶלָּא, הָיְתָה לוֹ שְׁעַת הַכֹּושֶׁר וְנִפְסַל אִיכָּא בֵּינַייְהוּ. לְמָאֵן דְּאָמַר כָּשֵׁר — הָא כָּשֵׁר הוּא. לְמַאן דְּאָמַר רָאוּי לַאֲכִילָה — הָא הַשְׁתָּא לָאו רָאוּי לַאֲכִילָה הוּא.

Plutôt, il a eu un moment de validité (sha'at ha-kosher) et il est devenu passoul : c'est là qu'ils diffèrent. Selon celui qui dit kacher, celui-ci est kacher.

Selon celui qui dit apte à être mangé, maintenant il n'est pas apte à être mangé.

🗂️ Tossefot (1)
הָיְתָה לוֹ שְׁעַת הַכֹּושֶׁר וְנִפְסַל אִיכָּא בֵּינַייְהוּ מַאן דְּאָמַר כָּשֵׁר הָא כָּשֵׁר הוּא לֹא מִשּׁוּם דְּדָרֵישׁ בּוֹ בְּכָשֵׁר וְלֹא בְּפָסוּל מַשְׁמַע לֵיהּ הָכִי דְּהָא ר' שִׁמְעוֹן מְפָרֵשׁ לְעֵיל מִילְּתֵיהּ דת"ק דְּקָתָנֵי נָמֵי בּוֹ בְּכָשֵׁר וְלֹא בְּפָסוּל וְקָאָמַר אֶחָד זֶה וְאֶחָד זֶה אֵין בּוֹ מִשּׁוּם שְׁבִירַת עֶצֶם אֶלָּא דְּרַב יוֹסֵף לָא מָצֵי לְמִישְׁכַּח מִידִי דְּאִיכָּא בֵּינַייְהוּ אֶלָּא הָיְתָה לוֹ שְׁעַת הַכֹּושֶׁר וְנִפְסַל:
On ne tient pas cela du seul fait qu'il interprète bo, dans le kacher, hors du passoul. Rabbi Chimon explique plus haut les paroles du tanna kamma, qui enseigne lui aussi bo, dans le kacher, hors du passoul, et il dit : l'un comme l'autre n'est pas soumis à l'interdiction de briser l'os. Rav Yossef n'a rien trouvé d'autre où ils diffèrent, hormis le cas où il a eu un moment de validité et où il est devenu passoul.
💡 Explication

Nouvelle nafka mina (différence pratique). Le korban a été kacher, puis il est devenu passoul avant le repas. Lecture kacher : il a été valide, l'interdit tient. Lecture ra'ui : au moment où l'on briserait, il ne se mange plus, l'interdit tombe.

Tossefot : la formule bo ne force pas, à elle seule, à garder l'interdit après la disqualification. Rabbi Chimon, sur la même formule, exempte les deux situations. Rav Yossef retient ce cas parce que c'est la seule différence qu'il trouve entre les deux lectures.

4
אַבַּיֵּי אָמַר: כֻּולֵּי עָלְמָא כָּל כִּי הַאי גַּווְנָא אֵין בּוֹ מִשּׁוּם שְׁבִירַת הָעֶצֶם, מַאי טַעְמָא? הַשְׁתָּא מִיהַת הָא פָּסוּל הוּא. אֶלָּא, שְׁבִירַת הָעֶצֶם מִבְּעוֹד יוֹם אִיכָּא בֵּינַייְהוּ. לְמָאֵן דְּאָמַר כָּשֵׁר — הָא כָּשֵׁר הוּא, לְמַאן דְּאָמַר רָאוּי לַאֲכִילָה — הַשְׁתָּא לָאו בַּר אֲכִילָה הוּא,

Abaye a dit : tous s'accordent que tout cas de ce genre n'est pas soumis à l'interdiction de briser l'os. Quelle est la raison ?

Maintenant, en tout cas, il est passoul. Plutôt, briser l'os pendant qu'il fait encore jour (mibe'od yom), c'est là qu'ils diffèrent.

Selon celui qui dit kacher, celui-ci est kacher. Selon celui qui dit apte à être mangé, maintenant il n'est pas apte à être mangé.

📜 Rachi (2)
הָא כָּשֵׁר שֶׁנַּעֲשׂוּ עֲבוֹדוֹתָיו בְּהֶכְשֵׁר:
Il est kacher : ses avodot (rites) ont été faites dans la validité.
מִבְּעוֹד יוֹם שֶׁאֵינוֹ שְׁעַת אֲכִילָה:
Pendant qu'il fait encore jour : hors du moment de la consommation.
💡 Explication

Abaye tient le cas de Rav Yossef pour tranché : un passoul actuel est exempt pour tout le monde, puisqu'il est passoul maintenant. La différence passe à la brisure de jour, le 14 nissan, avant la nuit où l'on mange le Pessa'h.

Le korban est alors kacher : ses rites ont été valides. Il n'est pas encore l'heure du repas. Lecture kacher : l'interdit tient déjà. Lecture ra'ui : tant qu'il ne se mange pas, l'interdit attend.

5
מֵיתִיבִי, רַבִּי אוֹמֵר: נִמְנִין עַל מוֹחַ שֶׁבָּרֹאשׁ וְאֵין נִמְנִין עַל מוֹחַ שֶׁבַּקּוּלִית. עַל מֹוחַ שֶׁבָּרֹאשׁ מַאי טַעְמָא — הוֹאִיל וְיָכוֹל לְגָורְרוֹ וּלְהוֹצִיאוֹ. וְאִי סָלְקָא דַּעְתָּךְ שְׁבִירַת הָעֶצֶם מִבְּעוֹד יוֹם שַׁפִּיר דָּמֵי — קוּלִית נָמֵי, נִתְבְּרֵיהּ מִבְּעוֹד יוֹם, וְנִפְּקוּהָ לַמּוֹחַ דִּידֵיהּ, וְנִמְנוּ עָלֶיהָ!

On objecte. Rabbi dit : on s'inscrit sur la moelle qui est dans la tête, et on ne s'inscrit pas sur la moelle qui est dans la kulit.

Sur la moelle de la tête, quelle est la raison ? Puisqu'on peut la racler et la sortir.

Et si tu penses que briser l'os pendant qu'il fait encore jour est permis : la kulit aussi, qu'on la brise pendant le jour, qu'on en sorte sa moelle, et qu'on s'inscrive dessus !

📜 Rachi (2)
נִמְנִין עַל מוֹחַ שֶׁבָּרֹאשׁ אֲפִילּוּ לֹא נִמְנָה אֶלָּא עַל הַמּוֹחַ יָצָא:
On s'inscrit sur la moelle de la tête : même si l'on ne s'est inscrit que sur la moelle, on est quitte.
וְאֵין נִמְנִין עַל מוֹחַ הַקּוּלִית מִפְּנֵי שֶׁאָסוּר לְשָׁובְרָהּ וּלְהוֹצִיאוֹ אֲבָל מוֹחַ הָרֹאשׁ יָכוֹל לְהוֹצִיא וּלְגָורְרוֹ בְּקֵיסָם דֶּרֶךְ הָאַף:
On ne s'inscrit pas sur la moelle de la kulit, parce qu'il est interdit de la briser pour la sortir. La moelle de la tête, on peut la sortir et la racler avec un copeau, par le nez.
💡 Explication

S'inscrire (nimnin) : compter des convives sur une part du Pessa'h, à condition que cette part se mange. La moelle de la tête sort sans briser l'os. La moelle de la kulit (os de la cuisse) ne sort qu'en brisant.

L'objection vise Abaye, si la brisure de jour est permise par la Torah : on briserait la kulit avant la nuit, on en sortirait la moelle, et l'on pourrait s'y inscrire. Rabbi l'interdit. Donc briser de jour ne va pas de soi.

🖼️ Schéma
Moelle de la tête, moelle de la kulit On ne s'inscrit que sur ce qu'on peut sortir sans brisure interdite Tête On racle par le nez avec un copeau Sans briser l'os On peut s'inscrire Kulit Os de la cuisse La moelle exige une brisure Briser de jour On ne s'inscrit pas Braise Abaye : l'os éclate ailleurs, c'est une brisure Rava : le feu mange la moelle, hefsed kodashim Pourquoi la braise ne débloque pas la kulit Brûler l'os et couper les tendons ne sont pas une brisure. De jour, la Torah peut permettre. Les sages décrètent à cause de la nuit.
La tête se racle par le nez. La kulit ne lâche sa moelle qu'en brisant. La braise est écartée : éclatement, ou perte de la moelle.
6
אֲמַר לָךְ אַבַּיֵּי: וּלְטַעְמִיךְ, מִשֶּׁחֲשֵׁיכָה נָמֵי: נַייְתֵי גּוּמַרְתָּא וְנַיחֵות עֲלֵיהּ וְנִקְלֵהּ, וּנְפַקָה לְמוֹחַ דִּידֵיהּ, וְנִימְנֵי עָלֶיהָ. דְּהָא תַּנְיָא: אֲבָל הַשּׂוֹרֵף בַּעֲצָמוֹת וְהַמְחַתֵּךְ בְּגִידִין — אֵין בּוֹ מִשּׁוּם שְׁבִירַת הָעֶצֶם.

Abaye te répond : et selon ton raisonnement, après la tombée de la nuit aussi. Qu'on apporte une braise (gomeret), qu'on la pose dessus, que l'os brûle, que sa moelle en sorte, et qu'on s'inscrive dessus.

Car on enseigne : mais celui qui brûle les os et celui qui tranche les tendons, il n'est pas soumis à l'interdiction de briser l'os.

📜 Rachi (1)
נַיְתֵי גּוּמַרְתָּא גַּחֶלֶת וְנַנְּחֵי עָלֶיהָ עַד שֶׁיִּנָּקֵב וְיוֹצִיא מוֹחוֹ:
Qu'on apporte une braise : un charbon. On le pose dessus jusqu'à ce que l'os soit percé, et l'on en sort la moelle.
💡 Explication

Abaye retourne l'objection. Après la nuit, l'interdit de briser est acquis pour tout le monde. Pourtant on pourrait poser une braise : brûler l'os n'est pas le briser, la baraita le dit pour les os et pour les tendons (gidin). La moelle sortirait, et l'on s'inscrirait. Comme on ne le fait pas, le refus de la kulit a une autre raison.

7
אֶלָּא מַאי אִית לָךְ לְמֵימַר — אַבַּיֵּי אָמַר: מִשּׁוּם פָּקַע, רָבָא אָמַר: מִשּׁוּם הֶפְסֵד קָדָשִׁים, דְּקָא מַפְסֵיד לֵיהּ בְּיָדַיִם — דִּילְמָא אָכֵיל נוּרָא מִמֹּוחַ דִּידֵיהּ. מִבְּעוֹד יוֹם נָמֵי, גְּזֵירָה מִבְּעוֹד יוֹם אַטּוּ מִשֶּׁחָשֵׁיכָה.

Alors, que te reste-t-il à dire ? Abaye a dit : à cause de l'éclatement (paka).

Rava a dit : à cause de la perte des kodachim (hefsed kodashim), car il la cause de ses mains : il se peut que le feu mange de sa moelle. De jour aussi : un décret, pendant le jour, à cause d'après la tombée de la nuit.

📜 Rachi (3)
אֶלָּא מַאי אִית לָךְ לְמֵימַר אַמַּאי אֵין נִמְנִין וְיוֹצִיאוּ בְּגַחֶלֶת:
Alors, que te reste-t-il à dire : pourquoi ne s'inscrit-on pas, en la sortant avec une braise ?
אַבָּיֵי אָמַר מִשּׁוּם פֶּקַע שֶׁמָּא מֵחֲמַת הַגַּחֶלֶת יִפְקַע בְּמָקוֹם אַחֵר וְאֵין זוֹ שְׂרֵיפָה אֶלָּא שְׁבִירָה:
Abaye a dit, à cause de l'éclatement : il se peut qu'à cause de la braise l'os éclate à un autre endroit. Cela compte comme une brisure. La brûlure ne couvre pas cet acte.
וְרָבָא אָמַר מִשּׁוּם הֶפְסֵד קָדָשִׁים שֶׁמַּפְסִיד הַמּוֹחַ וְשׂוֹרְפוֹ בְּיָדַיִם וּמוּטָב שֶׁיִּפָּסֵל מֵאֵלָיו הָכָא נָמֵי לְעִנְיַן שְׁבִירָה מִבְּעוֹד יוֹם אע"ג דְּמִדְּאוֹרַיְיתָּא שָׁרִי רַבָּנָן גָּזְרוּ אַטּוּ מִשֶּׁחֲשֵׁיכָה:
Et Rava a dit, à cause de la perte des kodachim : il fait perdre la moelle et la brûle de ses mains. Mieux vaut qu'elle devienne passoul d'elle-même. Ici aussi, pour la brisure pendant le jour : bien que de la Torah ce soit permis, les sages ont décrété à cause d'après la tombée de la nuit.
💡 Explication

Deux raisons de ne pas ouvrir la kulit à la braise. Abaye : la chaleur peut faire éclater l'os ailleurs qu'au point de chauffe. Cet éclat est une brisure, la brûlure ne le couvre pas. Rava : on risque de brûler la moelle de ses mains. C'est une perte de kodachim. Mieux vaut laisser la part se disqualifier seule.

Même réponse pour la brisure de jour. De la Torah, selon la lecture ra'ui, elle peut être permise. Les sages l'interdisent par gezera : qui brise de jour finira par briser après la nuit.

8
רַב פָּפָּא אָמַר: כֹּל כִּי הַאי גַוְנָא — כֻּולֵּי עָלְמָא יֵשׁ בּוֹ מִשּׁוּם שְׁבִירַת הָעֶצֶם. מַאי טַעְמָא? לְאֻורְתָּא מִיחְזֵי לַאֲכִילָה. אֶלָּא, בְּאֵבֶר שֶׁיָּצָא מִקְצָתוֹ קָמִיפַּלְגִי. מַאן דְּאָמַר כָּשֵׁר — הָא כָּשֵׁר הוּא, וּמַאן דְּאָמַר רָאוּי לַאֲכִילָה — הַאי לָאו בַּר אֲכִילָה הוּא.

Rav Papa a dit : tout cas de ce genre, tous s'accordent qu'il est soumis à l'interdiction de briser l'os. Quelle est la raison ?

Le soir, il est apte à être mangé. Plutôt, c'est sur un membre dont une partie est sortie (eiver she-yatza miktzato) qu'ils divergent.

Celui qui dit kacher : celui-ci est kacher. Et celui qui dit apte à être mangé : celui-ci n'est pas apte à être mangé.

🗂️ Tossefot (1)
אֵבֶר שֶׁיָּצָא מִקְצָתוֹ אִיכָּא בֵּינַייְהוּ מַאן דְּאָמַר כָּשֵׁר כָּשֵׁר תֵּימַהּ אַמַּאי חֲשִׁיב לֵיהּ כָּשֵׁר טְפֵי מִבַּר אֲכִילָה הָא מַה שֶׁאֵינוֹ רָאוּי לַאֲכִילָה לָאו כָּשֵׁר הוּא:
Étonnement : pourquoi le compte-t-il comme kacher plus que comme apte à être mangé ? Ce qui n'est pas apte à être mangé n'est pas kacher.
💡 Explication

Rav Papa retourne le cas de jour. Le soir, le korban sera mangé. L'interdit de briser tient donc pour les deux lectures, déjà dans la journée.

La différence passe au membre sorti en partie hors de Jérusalem. La part sortie ne se mange pas. Lecture kacher : le membre reste kacher, briser est interdit. Lecture ra'ui : à l'endroit en cause, il ne se mange pas, briser est permis.

Tossefot demande comment un membre inapte au repas peut encore s'appeler kacher. Rachi, plus bas, répond par la part restée à l'intérieur : elle est kacher, et briser l'os la touche.

9
כִּדְתַנְיָא, רַבִּי יִשְׁמָעֵאל בְּנוֹ שֶׁל רַבִּי יוֹחָנָן בֶּן בְּרוֹקָה אוֹמֵר: אֵבֶר שֶׁיָּצָא מִקְצָתוֹ וּשְׁבָרוֹ — אֵין בּוֹ מִשּׁוּם שְׁבִירַת הָעֶצֶם.

Comme on l'enseigne. Rabbi Yichmael, fils de Rabbi Yo'hanan ben Beroka, dit : un membre dont une partie est sortie, et qu'on l'a brisé, il n'est pas soumis à l'interdiction de briser l'os.

📜 Rachi (1)
אֵבֶר שֶׁיָּצָא מִקְצָתוֹ חוּץ לְחוֹמַת יְרוּשָׁלַיִם וְצָרִיךְ לַחְתֹּוךְ אֶת הַיּוֹצֵא אִיכָּא בֵינַיְיהוּ:
Un membre dont une partie est sortie : hors du mur de Jérusalem. Il faut couper la partie sortie. C'est là qu'ils diffèrent.
💡 Explication

Baraita de Rabbi Yichmael fils de Rabbi Yo'hanan ben Beroka : briser ce membre sorti en partie n'est pas l'interdit. Elle va comme la lecture ra'ui. Rachi situe la sortie hors du mur de Jérusalem, et le geste : couper ce qui est sorti.

🖼️ Schéma
Membre dont une partie est sortie Hors du mur de Jérusalem. Il faut couper la partie sortie. Dedans La part intérieure reste kacher On la mange Dehors La part sortie est passoul On la coupe Briser cet os Kacher : interdit Ra'ui : exempt Rabbi Yichmael : exempt Sorti en entier : tous exemptent. Maintenant, le membre est passoul.
La part intérieure reste kacher. La part sortie est passoul et se coupe. Kacher interdit de briser. Ra'ui exempte. Sorti en entier, tous exemptent.
10
רַב שֵׁשֶׁת בְּרֵיהּ דְּרַב אִידִי אָמַר: כֹּל כִּי הַאי גַּוְונָא דְּכֻולֵּי עָלְמָא אֵין בּוֹ מִשּׁוּם שְׁבִירַת הָעֶצֶם, דְּהַאי אֵבֶר הָא פָּסוּל הוּא. אֶלָּא, שְׁבִירַת הָעֶצֶם בְּנָא אִיכָּא בֵּינַייְהוּ. מַאן דְּאָמַר כָּשֵׁר — הָא כָּשֵׁר הוּא, וּמַאן דְּאָמַר רָאוּי לַאֲכִילָה — הַשְׁתָּא אֵינוֹ רָאוּי לַאֲכִילָה.

Rav Chechet, fils de Rav Idi, a dit : tout cas de ce genre, tous s'accordent qu'il n'est pas soumis à l'interdiction de briser l'os, car ce membre est bien passoul. Plutôt, briser l'os à cru (na), c'est là qu'ils diffèrent.

Celui qui dit kacher : celui-ci est kacher. Et celui qui dit apte à être mangé : maintenant il n'est pas apte à être mangé.

💡 Explication

Rav Chechet tient le membre sorti en partie pour passoul : les deux lectures exemptent. La différence passe à l'os encore cru (na). Le Pessa'h se mange rôti. Cru, il ne se mange pas maintenant. Lecture kacher : le korban est valide, l'interdit tient. Lecture ra'ui : tant qu'il est cru, l'interdit tombe.

11
רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק אָמַר: כֹּל כִּי הַאי גַּווְנָא יֵשׁ בּוֹ מִשּׁוּם שְׁבִירַת הָעֶצֶם, מַאי טַעְמָא דְּהָא חֲזֵי לַאֲכִילָה, דְּמַטְוֵי לֵיהּ וְאָכֵיל לֵיהּ. אֶלָּא, שְׁבִירַת הָאַלְיָה אִיכָּא בֵּינַייְהוּ. לְמָאֵן דְּאָמַר כָּשֵׁר — הָא כָּשֵׁר הוּא, לְמַאן דְּאָמַר רָאוּי לַאֲכִילָה — הַאי אֵינוֹ רָאוּי לַאֲכִילָה, דְּאֵלִיָּה לְגָבוֹהַּ סָלְקָא.

Rav Nachman bar Yitzhak a dit : tout cas de ce genre est soumis à l'interdiction de briser l'os. Quelle est la raison ?

Car il est apte à être mangé, puisqu'on le rôtit et on le mange. Plutôt, briser l'alya, c'est là qu'ils diffèrent.

Selon celui qui dit kacher, celui-ci est kacher. Selon celui qui dit apte à être mangé, celui-ci n'est pas apte à être mangé, car l'alya monte pour le gavoha (l'autel).

📜 Rachi (2)
הַאי נָמֵי כָּשֵׁר שֶׁהֲרֵי הַפְּנִימִי כָּשֵׁר וַהֲרֵי הוּא שׁוֹבְרוֹ וְעוֹבֵר מִשּׁוּם לֹא תִשְׁבְּרוּ בּוֹ אֶלָּא חוֹתֵךְ עַד שֶׁמַּגִּיעַ לָעֶצֶם וְקוֹלֵף עַד שֶׁמַּגִּיעַ לַפֶּרֶק וְחוֹתֵךְ כְּדִתְנַן בְּמַתְנִיתִין (לְקַמָּן פְּסָחִים דַּף פֹּה:):
La partie intérieure est kacher. S'il brise l'os, il transgresse vous n'en briserez pas en lui. Il coupe jusqu'à atteindre l'os, il détache jusqu'à l'articulation, et il coupe, comme la michna l'enseigne plus loin (Pessahim 85b).
הַאי לָאו בַּר אֲכִילָה הוּא בִּמְקוֹם שְׁבִירָה אֵינוֹ רָאוּי לַאֲכִילָה אֲבָל אֵבֶר שֶׁיָּצָא כֻּולּוֹ דְּהַייְנוּ הָיְתָה לוֹ שְׁעַת הַכֹּושֶׁר וְנִפְסַל דכ"ע אֵין בּוֹ מִשּׁוּם שְׁבִירָה דְּהַשְׁתָּא מִיהָא פָּסוּל הוּא: אַלְיַית הַשֶּׂה קְרֵיבָה עִם הָאֵימוּרִין מַה שֶּׁאֵין כֵּן בְּשׁוֹר וְעֵז כְּדִכְתִיב (וַיִּקְרָא ג׳:ט׳) חֶלְבּוֹ הָאַלְיָה תְּמִימָה:
À l'endroit de la brisure, il n'est pas apte à être mangé. Un membre sorti tout entier, c'est le cas où il a eu un moment de validité et où il est devenu passoul : tous s'accordent qu'il n'y a pas d'interdiction de brisure, car maintenant du moins il est passoul. L'alya du mouton est offerte avec les emourim. Le bœuf et la chèvre n'ont pas cette offrande, comme il est écrit (Vayikra 3:9) : sa graisse, la queue entière.
💡 Explication

Rav Nachman bar Yitzhak : le cru se rôtit, donc il est déjà apte au repas. Les deux lectures interdisent de le briser. La différence passe à l'alya, la queue du mouton. Elle est brûlée sur l'autel avec les emourim. Les convives ne la mangent pas.

Lecture kacher : le korban est valide, briser son os est interdit. Lecture ra'ui : elle ne se mange pas, l'interdit tombe. Rachi rappelle la marche du membre sorti en partie : couper la viande jusqu'à l'os, détacher jusqu'à l'articulation, couper au joint. Un membre sorti en entier est passoul pour tous.

🖼️ Schéma
L'alya monte à l'autel Queue du mouton, offerte avec les emourim. Vayikra 3:9. Mouton L'alya est brûlée avec les emourim Les convives ne la mangent pas Briser son os Kacher : le korban est valide L'interdit tient Ra'ui : inapte au repas, exempt Bœuf et chèvre : pas d'alya offerte avec les emourim.
L'alya du mouton est brûlée avec les emourim. Lecture kacher : briser est interdit. Lecture ra'ui : elle ne se mange pas, briser est exempt.
12
רַב אַשִּׁי אָמַר: כֹּל כִּי הַאי גַּווְנָא וַדַּאי אֵין בּוֹ מִשּׁוּם שְׁבִירַת הָעֶצֶם, דְּהָא וַדַּאי אֵינוֹ רָאוּי לַאֲכִילָה כְּלָל. אֶלָּא, אֵבֶר שֶׁאֵין עָלָיו כַּזַּיִת בָּשָׂר אִיכָּא בֵּינַייְהוּ. לְמָאֵן דְּאָמַר כָּשֵׁר — הָא כָּשֵׁר הוּא, לְמַאן דְּאָמַר רָאוּי לַאֲכִילָה — בָּעֵינַן שִׁיעוּר אֲכִילָה, וְלֵיכָּא.

Rav Ashi a dit : un cas de ce genre, à coup sûr, n'est pas soumis à l'interdiction de briser l'os, car à coup sûr il n'est pas du tout apte à être mangé. Plutôt, un membre sur lequel il n'y a pas un kezayit de viande, c'est là qu'ils diffèrent.

Selon celui qui dit kacher, celui-ci est kacher. Selon celui qui dit apte à être mangé, nous exigeons une mesure de consommation (shiur akhila), et il n'y en a pas.

💡 Explication

Rav Ashi : l'alya ne se mange jamais. Les deux lectures exemptent. La différence passe au membre qui n'a pas un kezayit (volume d'une olive) de viande. Lecture kacher : l'os appartient à un korban valide, l'interdit tient. Lecture ra'ui : il faut un shiur akhila, une mesure qui compte comme un acte de manger. Sans kezayit, cette mesure manque, l'interdit tombe.

13
רָבִינָא אָמַר: כֹּל כִּי הַאי גַּוְונָא לֵית בֵּיהּ מִשּׁוּם שְׁבִירַת הָעֶצֶם, דְּבָעֵינַן שִׁיעוּר אֲכִילָה. אֶלָּא, אֵבֶר שֶׁאֵין עָלָיו כַּזַּיִת בָּשָׂר בְּמָקוֹם זֶה וְיֵשׁ עָלָיו כְּזַיִת בָּשָׂר בִּמְקוֹם אַחֵר אִיכָּא בֵּינַייְהוּ. לְמָאֵן דְּאָמַר כָּשֵׁר — הָא כָּשֵׁר הוּא. לְמַאן דְּאָמַר רָאוּי לַאֲכִילָה — בָּעֵינַן שִׁיעוּר אֲכִילָה בִּמְקוֹם שְׁבִירָה, וְהָא לֵיכָּא.

Ravina a dit : tout cas de ce genre n'est pas soumis à l'interdiction de briser l'os, car nous exigeons une mesure de consommation. Plutôt, un membre qui n'a pas un kezayit de viande à cet endroit, et qui a un kezayit de viande à un autre endroit, c'est là qu'ils diffèrent.

Selon celui qui dit kacher, celui-ci est kacher. Selon celui qui dit apte à être mangé, nous exigeons une mesure de consommation à l'endroit de la brisure, et il n'y en a pas.

📜 Rachi (1)
רָבִינָא אָמַר אִי לֵיכָּא כְּזַיִת בָּשָׂר דְּכֻולֵּי עָלְמָא אֵין בּוֹ מִשּׁוּם שְׁבִירָה אֶלָּא בְּאֵין בּוֹ כְּזַיִת בִּמְקוֹם שְׁבִירָה וְיֵשׁ בּוֹ כְּזַיִת בִּמְקוֹם אַחֵר אִיכָּא בֵּינַיְיהוּ:
S'il n'y a pas un kezayit de viande, tous s'accordent qu'il n'y a pas d'interdiction de brisure. Là où il n'y a pas de kezayit à l'endroit de la brisure, et où il y a un kezayit à un autre endroit, c'est là qu'ils diffèrent.
💡 Explication

Ravina : sans aucun kezayit, même la lecture kacher lâche l'interdit, faute de mesure de repas. La différence est plus fine. Le kezayit est ailleurs sur le membre, pas sous la brisure.

Lecture kacher : le membre est valide, briser est interdit. Lecture ra'ui : la mesure doit se trouver à l'endroit de la brisure. Ailleurs, elle ne compte pas. L'interdit tombe.

14
תַּנְיָא כְּאַרְבָּעָה מִינַּייְהוּ. דְּתַנְיָא, רַבִּי אוֹמֵר: ״בְּבַיִת אֶחָד יֵאָכֵל ... וְעֶצֶם לֹא תִשְׁבְּרוּ בוֹ״, עַל הַכָּשֵׁר הוּא חַיָּיב, וְאֵינוֹ חַייָּב עַל הַפָּסוּל.

Une baraita a été enseignée conformément à quatre d'entre eux. Car on enseigne : Rabbi dit, dans une seule maison on le mangera... et un os, vous n'en briserez pas en lui.

Pour le kacher il est passible, et il n'est pas passible pour le passoul.

📜 Rachi (1)
וְאֵינוֹ חַייָּב עַל הַפָּסוּל וְהַשְׁתָּא מְפָרֵשׁ וְאָזֵיל הֵי פָּסוּל קָא מְמַעֵט הָיְתָה לוֹ שְׁעַת הַכֹּושֶׁר וְנִפְסַל אֵין בּוֹ מִשּׁוּם שְׁבִירַת הָעֶצֶם גָּרְסִינַן וְרַבִּי אוֹמֵר גָּרְסִינַן בְּרֵישָׁא וְהַייְנוּ כְּרַב יוֹסֵף לַמִּזְבֵּחַ לִמְעוּטֵי אֵלִיָּה כִּדְרַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק שֶׁלֹּא בִּשְׁעַת אֲכִילָה מִבְּעוֹד יוֹם כִּדְאַבַּיֵּי דְּאָמַר מִבְּעוֹד יוֹם אֲתָא רַבִּי לִמְעוּטֵי שִׁיעוּר אֲכִילָה בִּמְקוֹם שְׁבִירָה כְּרָבִינָא אִי נָמֵי לִמְעוּטֵי אֵין עָלֶיהָ כַּזַּיִת כְּרַב אַשִּׁי:
La suite explique quel passoul il exclut. On lit : il a eu un moment de validité et il est devenu passoul, il n'est pas soumis à l'interdiction de briser l'os. On lit Rabbi dit au début. Cela correspond à Rav Yossef. Pour l'autel : pour exclure l'alya, comme Rav Nachman bar Yitzhak. Hors du moment de la consommation : pendant le jour, comme Abaye, qui dit que Rabbi vient exclure la brisure de jour. La mesure de consommation à l'endroit de la brisure : comme Ravina. Ou bien, pour exclure l'absence d'un kezayit sur lui : comme Rav Ashi.
💡 Explication

La baraita de Rabbi reprend sa lecture : on est passible sur le kacher, exempt sur le passoul. Les clauses qui suivent couvrent quatre des différences proposées. Rachi les nomme : Rav Yossef (validité puis passoul), Rav Nachman bar Yitzhak (alya, pour l'autel), Abaye (hors du temps du repas), Ravina (mesure à l'endroit de la brisure), et en seconde leçon Rav Ashi (aucun kezayit).

15
הָיְתָה לוֹ שְׁעַת הַכֹּושֶׁר וְנִפְסַל בִּשְׁעַת אֲכִילָה — אֵין בּוֹ מִשּׁוּם שְׁבִירַת עֶצֶם.

Il a eu un moment de validité, et il est devenu passoul au moment de la consommation : il n'est pas soumis à l'interdiction de briser l'os.

🗂️ Tossefot (1)
ה"ג הָיְתָה לוֹ שְׁעַת הַכֹּושֶׁר וְנִפְסַל אֵין בּוֹ מִשּׁוּם שְׁבִירַת הָעֶצֶם ול"ג יֵשׁ בּוֹ דְּאִי גָּר' תִּיקְשֵׁי לְרַב יוֹסֵף וְלָא מַשְׁכְּחִינַן כְּאַרְבָּעָה מִינַּייְהוּ וְאִית דְּגָרַס לְעֵיל בְּמִילְּתֵיהּ דְּרַב יוֹסֵף לָמֶ"ד כָּשֵׁר לָאו כָּשֵׁר הוּא לָמֶ"ד יֹאכַל בַּר אֲכִילָה הוּא וּלְפִי זֶה מִיתּוֹקְמָא גִּירְסַת הַסְּפָרִים דְּגֵר' יֵשׁ בּוֹ וְאֵין נִרְאֶה דִּבְכֻולָּהּ שְׁמַעְתִּין טְפֵי נָפֵיק מֵאֲכִילָה מִדְּנָפֵיק מִתּוֹרַת כַּשְׁרוּת כִּי הַהִיא דְּאֵבֶר שֶׁיָּצָא מִקְצָתוֹ דְּכָשֵׁר קָרֵי לֵיהּ וְלָא בַּר אֲכִילָה הוּא:
Voici la leçon : il a eu un moment de validité et il est devenu passoul, il n'est pas soumis à l'interdiction de briser l'os. On ne lit pas : il est soumis. Si on lisait ainsi, il y aurait une difficulté pour Rav Yossef, et l'on ne trouverait pas de baraita conforme à quatre d'entre eux. Certains lisent plus haut, dans les mots de Rav Yossef : selon celui qui dit kacher, il n'est pas kacher ; selon celui qui dit on le mangera, il est apte à être mangé. Selon cette leçon, la version des livres qui lisent il est soumis se maintient. Cela ne paraît pas. Dans toute cette sougya, on tire davantage d'exclusions de la consommation que du statut de kacher. Tel le membre dont une partie est sortie : il l'appelle kacher, et il n'est pas apte à être mangé.
💡 Explication

Première clause, dans le sens de Rav Yossef : devenu passoul à l'heure du repas, l'os n'est plus sous l'interdit. Tossefot fixe la leçon ein bo (il n'est pas soumis). Lire yech bo (il est soumis) contredirait Rav Yossef et ferait manquer les quatre confirmations.

Une autre leçon inverse les mots de Rav Yossef, pour sauver yech bo. Tossefot la laisse : toute la page exclut plus par la consommation que par le statut de kacher. Le membre sorti en partie s'appelle kacher, et il n'est pas apte au repas.

16
יֵשׁ בּוֹ שִׁיעוּר אֲכִילָה — יֵשׁ בּוֹ מִשּׁוּם שְׁבִירַת עֶצֶם, אֵין בּוֹ שִׁיעוּר אֲכִילָה — אֵין בּוֹ מִשּׁוּם שְׁבִירַת עֶצֶם.

S'il a une mesure de consommation, il est soumis à l'interdiction de briser l'os. S'il n'a pas de mesure de consommation, il n'est pas soumis à l'interdiction de briser l'os.

💡 Explication

Deuxième clause. La mesure (kezayit) décide. Elle confirme Rav Ashi, aucun kezayit sur le membre, et Ravina, la mesure demandée à l'endroit de la brisure. Rachi, au segment précédent, laisse les deux lectures de cette clause.

17
הָרָאוּי לַמִּזְבֵּחַ — אֵין בּוֹ מִשּׁוּם שְׁבִירַת הָעֶצֶם.

Ce qui est destiné à l'autel n'est pas soumis à l'interdiction de briser l'os.

📜 Rachi (1)
אֵין בּוֹ מִשּׁוּם שְׁבִירַת הָעֶצֶם דְּבָעֵינַן שִׁיעוּר אֲכִילָה בִּמְקוֹם שְׁבִירָה:
Car nous exigeons une mesure de consommation à l'endroit de la brisure.
💡 Explication

Troisième clause, dans le sens de Rav Nachman bar Yitzhak. Ce qui monte à l'autel, l'alya, ne se mange pas. Briser son os est exempt. Rachi rattache l'exemption à la mesure : il faut un shiur akhila à l'endroit brisé, et cette part n'est pas un repas.

18
בִּשְׁעַת אֲכִילָה — יֵשׁ בּוֹ מִשּׁוּם שְׁבִירַת עֶצֶם, שֶׁלֹּא בִּשְׁעַת אֲכִילָה — אֵין בּוֹ מִשּׁוּם שְׁבִירַת עֶצֶם.

Au moment de la consommation, il est soumis à l'interdiction de briser l'os. Hors du moment de la consommation, il n'est pas soumis à l'interdiction de briser l'os.

💡 Explication

Quatrième clause, dans le sens d'Abaye. L'interdit suit l'heure du repas, la nuit du 15. De jour, hors de cette heure, Rabbi exempte.

19
אִיתְּמַר: אֵבֶר שֶׁאֵין עָלָיו כַּזַּיִת בָּשָׂר בְּמָקוֹם זֶה וְיֵשׁ עָלָיו כְּזַיִת בָּשָׂר בְּמָקוֹם אַחֵר, רַבִּי יוֹחָנָן אָמַר: יֵשׁ בּוֹ מִשּׁוּם שְׁבִירַת הָעֶצֶם, רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן לָקִישׁ אָמַר: אֵין בּוֹ מִשּׁוּם שְׁבִירַת עֶצֶם.

Il a été dit : un membre qui n'a pas un kezayit de viande à cet endroit, et qui a un kezayit de viande à un autre endroit. Rabbi Yo'hanan a dit : il est soumis à l'interdiction de briser l'os.

Rabbi Chimon ben Lakich a dit : il n'est pas soumis à l'interdiction de briser l'os.

🗂️ Tossefot (1)
אִיתְּמַר אֵבֶר שֶׁאֵין עָלָיו כַּזַּיִת בָּשָׂר בְּמָקוֹם זֶה כּוּ' נִרְאֶה לְרִ"י וּלְרִיבָ"א דְּאַלִּיבָּא דְּרַבִּי קָמִיפַּלְגִי דְּקָתָנֵי בַּבָּרַייְתָא סְתָמָא יֵשׁ בּוֹ שִׁיעוּר אֲכִילָה יֵשׁ בּוֹ מִשּׁוּם שְׁבִירַת הָעֶצֶם וּבִפְלוּגְתָּא דְּרָבִינָא וְרַב אַשִּׁי קָמִיפַּלְגִי אֲבָל לְרַבָּנָן לכ"ע יֵשׁ בּוֹ מִשּׁוּם שְׁבִירַת עֶצֶם וְהָא דְּמַסִּיק אִילֵּימָא דְּאֵין עָלָיו כְּזַיִת בָּשָׂר כְּלָל אַמַּאי יֵשׁ בּוֹ מִשּׁוּם שְׁבִירַת עֶצֶם אע"ג דְּמָצֵי לְאוֹקוֹמ' כְּרַבָּנָן הוֹאִיל וְאַלִּיבָּא דְּרַבִּי קָמִיפַּלְגִי וּסְבִירָא לְהוּ כְּרַבִּי מוֹקְמִי לְמִתְנֵי' כְּוָותֵיהּ:
Il paraît au Ri et au Riva qu'ils divergent selon Rabbi. La baraita enseigne sans nommer : s'il y a une mesure de consommation, il est soumis à l'interdiction de briser l'os. Ils divergent dans la discussion de Ravina et de Rav Ashi. Selon les Rabbins, tous s'accordent qu'il est soumis à l'interdiction de briser l'os. Et ce que l'on conclut : si l'on dit qu'il n'y a pas du tout sur lui un kezayit de viande, pourquoi serait-il soumis à l'interdiction de briser l'os. On pourrait établir cela selon les Rabbins. Puisqu'ils divergent selon Rabbi et qu'ils tiennent comme Rabbi, on établit l'enseignement selon lui.
💡 Explication

Même cas que Ravina. Rabbi Yo'hanan : l'interdit tient, le kezayit du membre suffit, où qu'il soit. Rech Lakich : l'interdit tombe, il faut le kezayit à l'endroit brisé.

Tossefot, au nom du Ri et du Riva : les deux parlent dans l'avis de Rabbi, là où Ravina et Rav Ashi se séparent. Selon les Rabbins, la lecture kacher, l'interdit tient même sans kezayit à la brisure. La question qui suit, pourquoi un os sans aucun kezayit serait interdit, se lit donc selon Rabbi.

🖼️ Schéma
Où se trouve le kezayit ? Pas de kezayit à l'endroit brisé. Un kezayit ailleurs sur le membre. Brisure os nu kezayit de viande Rabbi Yo'hanan L'interdit tient Le kezayit du membre suffit Rech Lakich L'interdit tombe Il faut le kezayit à la brisure Sans aucun kezayit, les deux exemptent. Tossefot : discussion selon Rabbi.
Kezayit loin de la brisure. Rabbi Yo'hanan maintient l'interdit. Rech Lakich l'ôte. Sans aucun kezayit, les deux exemptent.
20
אֵיתִיבֵיהּ רַבִּי יוֹחָנָן לְרַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן לָקִישׁ: ״וְעֶצֶם לֹא תִשְׁבְּרוּ בוֹ״ — אֶחָד עֶצֶם שֶׁיֵּשׁ עָלָיו כְּזַיִת בָּשָׂר, וְאֶחָד עֶצֶם שֶׁאֵין עָלָיו כַּזַּיִת בָּשָׂר. מַאי אֵין עָלָיו כְּזַיִת בָּשָׂר? אִילֵּימָא דְּאֵין עָלָיו כְּזַיִת בָּשָׂר כְּלָל — אַמַּאי יֵשׁ בּוֹ מִשּׁוּם שְׁבִירַת הָעֶצֶם?! אֶלָּא לָאו, הָכִי קָאָמַר: אֶחָד עֶצֶם שֶׁיֵּשׁ עָלָיו כְּזַיִת בָּשָׂר בְּמָקוֹם זֶה, וְאֶחָד שֶׁאֵין עָלָיו כְּזַיִת בָּשָׂר בְּמָקוֹם זֶה וְיֵשׁ עָלָיו כְּזַיִת בָּשָׂר בְּמָקוֹם אַחֵר (— קַשְׁיָא לְרַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן לָקִישׁ)!

Rabbi Yo'hanan objecta à Rabbi Chimon ben Lakich : et un os, vous n'en briserez pas en lui. Aussi bien un os qui a sur lui un kezayit de viande, qu'un os qui n'a pas sur lui un kezayit de viande.

Que signifie : il n'y a pas sur lui un kezayit de viande ? Si l'on dit qu'il n'y a pas du tout sur lui un kezayit de viande, pourquoi serait-il soumis à l'interdiction de briser l'os ?

Alors, n'est-ce pas ceci qu'il dit : aussi bien un os qui a sur lui un kezayit de viande à cet endroit, qu'un os qui n'a pas sur lui un kezayit de viande à cet endroit et qui a sur lui un kezayit de viande à un autre endroit. Difficulté pour Rabbi Chimon ben Lakich.

📜 Rachi (2)
אַמַּאי יֵשׁ בּוֹ מִשּׁוּם שְׁבִירַת עֶצֶם בֵּין לְר' יוֹחָנָן בֵּין לְרֵישׁ לָקִישׁ כַּזַּיִת בָּעֵינַן:
Pourquoi serait-il soumis à l'interdiction de briser l'os : aussi bien pour Rabbi Yo'hanan que pour Rech Lakich, nous exigeons un kezayit.
בְּמָקוֹם זֶה בִּמְקוֹם שְׁבִירָה:
À cet endroit : à l'endroit de la brisure.
💡 Explication

Rabbi Yo'hanan cite une baraita sur le verset : l'interdit vise l'os qui a un kezayit et l'os qui n'en a pas. Sans aucun kezayit, la phrase ne tient pas : les deux maîtres exigent cette mesure, Rachi le dit. La baraita parle donc du kezayit placé ailleurs que sur la brisure. Cela va comme Rabbi Yo'hanan. C'est une difficulté pour Rech Lakich.

21
אֲמַר לֵיהּ:

Il lui a dit :

💡 Explication

La réponse de Rech Lakich commence ici. Elle se poursuit sur l'amoud suivant.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).