Sougya : L'amoud poursuit Rav : les toits et les étages n'ont pas été sanctifiés. Chaque preuve est renvoyée.
On mange le Pessa'h au sol et l'on dit le Hallel sur le toit ; l'étage du Saint des saints est un cas à part, écrit dans le plan de David ; le toit saint des chambres affleure le sol de l'azara ; le toit du Heikhal ne l'est que pour y déposer les deux coudées de mesure. La michna nouvelle règle deux havourot qui mangent un Pessa'h dans une seule maison.
Rabbi Yehouda l'enseigne depuis Chemot 12 : un Pessa'h en deux havourot, un homme en un seul endroit. Rabbi Chimon lit le même verset dans l'autre sens.
Quoi, n'est-ce pas qu'ils mangent sur le toit et qu'ils disent le Hallel sur le toit ? Non : ils mangent à terre et ils disent le Hallel sur le toit.
Au daf précédent, Rav dit au nom de Rabbi Hiya : un kezayit de Pessa'h, et le Hallel fend les toits. La Guemara propose d'en tirer que l'on mange et que l'on dit le Hallel sur le toit, donc que les toits de Jérusalem ont la kedoucha.
La réponse sépare les deux actes. La consommation reste au sol, là où la kedoucha est acquise. Le Hallel, après le repas, peut se dire sur le toit : le bruit de la foule explique le dicton, sans sanctifiér le toit.
Est-ce ainsi ? Or nous avons appris dans une michna : on ne conclut pas après le Pessa'h par un afikoman.
Et Rav a dit : afin qu'ils ne se déracinent pas d'une havoura vers une autre havoura. Il n'y a pas de difficulté : ici, au moment de la consommation ; là, hors du moment de la consommation.
L'objection : la michna de l'afikoman, lue par Rav, interdit de quitter sa havoura pour une autre. Comment manger en bas et dire le Hallel sur le toit ?
La Guemara partage le temps. Au moment de la consommation, on ne se déracine pas. Hors de ce moment, la lecture du Hallel peut avoir lieu sur le toit. Rachi : l'afikoman dont parle Rav est le départ avec les ustensiles, pour continuer le repas ailleurs.
Viens entendre. Abba Chaoul dit : l'étage du Saint des saints est plus sévère que le Saint des saints.
Car dans le Saint des saints, le grand kohen y entre une fois par an ; et dans l'étage du Saint des saints, on n'entre qu'une fois par chemita. Certains disent : deux fois par chemita.
Certains disent : une fois par yovel, pour savoir ce dont il a besoin.
Abba Chaoul donne une preuve sur les étages du Temple. Le grand kohen entre dans le Saint des saints une fois l'an, à Yom Kippour. L'étage au-dessus est plus fermé encore : une fois par chemita, ou deux, ou une fois par yovel, seulement pour inspecter le mur.
S'il faut une entrée si rare, c'est que cet étage a une kedoucha. La Guemara va limiter cette preuve au Heikhal, dont le plan est à part.
Rav Yossef a dit : depuis le Heikhal, un homme se lèverait-il pour objecter ? Le Heikhal est différent, car il est écrit : "David donna à Chelomo, son fils, le plan du Oulam, de ses maisons, de ses trésors, de ses étages, de ses chambres intérieures et de la maison du kaporet." Et il est écrit : "Le tout par écrit, de la main de ה', Il m'a fait comprendre."
L'expression se lever pour objecter vise une règle tirée du Heikhal pour les toits en général. Rav Yossef la refuse. Le Heikhal a son plan dans Divrei ha-Yamim I, 28. David y transmet les étages, et le verset suivant rapporte le tout à l'écrit reçu de ה'.
Les étages du Heikhal sont donc saints parce qu'ils figurent dans ce plan. On n'en déduit pas le statut des toits de Jérusalem, ni celui des toits ordinaires de l'azara.
Viens entendre : les chambres bâties dans le kodech et ouvertes sur le hol, leur intérieur est hol, et leurs toits sont kodech. Rav Hisda l'a expliqué : dans le cas où leurs toits sont de plain-pied avec le sol de l'azara.
La michna des chambres semble dire en clair que le toit est kodech. Rav Hisda la ramène à un cas particulier : la chambre est un tunnel sous l'azara, et ce qu'on appelle son toit est le sol du parvis.
Rachi fixe les mots. Kodech : l'azara. Hol : le mont du Temple. L'intérieur suit la porte. Le toit, ici, est saint parce qu'il est le sol, non parce que tout toit le serait.
S'il en est ainsi, dis la fin : bâties dans le hol et ouvertes sur le kodech, leur intérieur est kodech et leurs toits sont hol. Et si tu supposes qu'il s'agit de toits de plain-pied avec le sol de l'azara, ce sont des tunnels.
Or Rabbi Yo'hanan a dit : les tunnels n'ont pas été sanctifiés. Quand Rabbi Yo'hanan l'a dit, c'est au sujet de ceux qui s'ouvrent sur le mont du Temple.
Quand on a enseigné cela, c'est au sujet de ceux qui s'ouvrent sur l'azara.
La fin de la michna, lue comme des tunnels au ras du sol, heurte Rabbi Yo'hanan : les tunnels n'ont pas été sanctifiés. Or ici l'intérieur est kodech.
La Guemara partage les tunnels selon l'ouverture. Rabbi Yo'hanan parle de ceux qui donnent sur le mont du Temple : un baal keri, renvoyé hors des deux camps, peut y entrer. L'enseignement où l'intérieur est kodech vise ceux qui donnent sur l'azara.
Or on a enseigné : Rabbi Yehouda dit : les tunnels sous le Heikhal sont hol. Quand on a enseigné cela, c'est qu'ils s'ouvrent sur le hol.
Nouvelle baraita : Rabbi Yehouda déclare hol les tunnels sous le Heikhal. On aurait pu les lire comme ouverts sur l'azara, ce qui contredirait la réponse précédente.
La Guemara les place parmi ceux qui s'ouvrent sur le hol. Rachi décrit leur tracé : sous les onze coudées derrière la maison du kaporet, jusqu'au mont du Temple, en dehors de l'azara.
Viens entendre : et son toit est kodech.
La baraita de Rabbi Yehouda ajoute : le toit du Heikhal est kodech. La réponse de Rav Yossef ne couvre plus ce cas. Les étages sont écrits dans le plan de David. Le toit, lui, ne l'est pas.
S'il est saint sans être nommé dans le verset, on voudrait en tirer que les toits en général le sont. Le segment suivant retire cette lecture.
Et tu le comprendrais ainsi ? Or on enseigne : sur ces toits, on ne mange pas les kodchei kodachim, et on n'y abat pas les kodachim kalim.
Mais alors, ceci fait difficulté : son toit est kodech. Rav Hama bar Gourya a dit : pour ces deux coudées.
La même baraita interdit, sur ces toits, de manger les kodchei kodachim et d'y abattre les kodachim kalim. Un toit où l'on ne fait pas le service de l'azara n'a pas la kedoucha du parvis. "Son toit est kodech" reste alors à expliquer.
Rav Hama bar Gourya limite cette sainteté aux deux coudées de mesure. Rachi : on peut y poser des ustensiles sacrés utiles à la construction, non ce qui sert à l'autel. Tossefot précise : les baguettes sont sur la porte orientale, non sur le toit du Heikhal. La kedoucha dont on parle permet d'y ranger ces ustensiles.
Car nous avons appris dans une michna : il y avait deux coudées à Chouchan ha-bira, l'une à l'angle nord-est, et l'une à l'angle sud-est. Celle de l'angle nord-est dépassait celle de Moché d'un demi-doigt.
Celle de l'angle sud-est la dépassait d'un demi-doigt. Elle se trouvait donc dépasser celle de Moché d'un doigt.
Chouchan ha-bira est la construction au-dessus de la porte orientale, avec la figure de Suse. On y garde deux baguettes d'une coudée. Celle de Moché fait six tefahim.
La baguette du nord-est la dépasse d'un demi-doigt. Celle du sud-est dépasse la première d'un demi-doigt encore, donc d'un doigt entier par rapport à Moché. Rachi : la kedoucha des toits vaut pour un dépôt de ce genre, non pour le service de l'autel.
Et pourquoi y en avait-il une grande et une petite ? Afin que les artisans prennent avec la petite et rendent avec la grande, pour qu'ils n'en viennent pas à la meila.
Et deux, pourquoi m'en faut-il ? L'une pour l'argent et l'or, et l'une pour la construction.
Les artisans sont payés selon la petite coudée et rendent l'ouvrage mesuré à la grande. L'écart reste à l'hekdech. On évite ainsi une jouissance gratuite, qui serait une meila.
Pourquoi deux grandes, et non une seule en plus de celle de Moché ? Le dépassement d'un demi-doigt sert à l'or et à l'argent, travail lourd : la retenue reste faible. Le dépassement d'un doigt sert à la pierre : on ajoute un doigt par coudée à ce qui avait été convenu.
Nous avons appris : les fenêtres et l'épaisseur du mur comptent comme le dedans. Soit pour les fenêtres : tu trouves le cas où elles sont de plain-pied avec le sol de l'azara.
Mais l'épaisseur du mur, comment la trouves-tu ?
La michna compte fenêtres et épaisseur du mur comme l'intérieur. Selon la voie de Rav Hisda, il faut un cas où cette surface affleure le sol de l'azara.
Pour une fenêtre, on peut l'imaginer à ce niveau. Le sommet du mur est haut : il ressemble à un toit, que Rav tient pour non sanctifié. La question demande où cette épaisseur est malgré tout au ras du parvis.
Tu la trouves dans le bar shoura. Car il est écrit : "Il a fait mener le deuil au rempart et à la muraille." Et Rabbi Aha a dit, et certains disent Rabbi Hanina : le mur et le mur bas.
Le bar shoura est le mur bas, en deçà de la muraille. Le sol de l'azara monte par degrés, si bien que le sommet de ce petit mur arrive au niveau du parvis.
C'est là que l'épaisseur du mur de la michna compte comme le dedans : cette surface est le sol, à la hauteur de l'azara. Le verset d'Eikha nomme ensemble le rempart, hel, et la muraille : Rabbi Aha y lit le mur et le mur bas.
Michna. Deux havourot qui mangeaient dans une seule maison : ceux-ci tournent leur visage de ce côté et mangent, et ceux-là tournent leur visage de ce côté et mangent, et le miham est au milieu.
Quand le serviteur se lève pour mélanger, il ferme la bouche et tourne son visage, jusqu'à ce qu'il arrive auprès de sa havoura, et il mange. Et la mariée tourne son visage et mange.
Nouvelle michna. Deux havourot mangent un seul Pessa'h dans la même maison. Elles tournent le visage chacune de son côté : elles peuvent paraître deux groupes. Le miham, le chauffe-eau qui sert à couper le vin, reste au milieu, à la disposition des deux.
Le serviteur inscrit sur l'une des deux ferme la bouche en allant servir l'autre, et ramène le visage vers la sienne. Un même homme ne mange pas le Pessa'h en deux endroits. La mariée, par pudeur, peut détourner le visage : le Pessa'h se mange en deux havourot. Tossefot laisse deux lectures : on ne scinde pas son repas en deux endroits, ou bien elle est tenue de se détourner, la michna visant précisément la mariée.
Guemara. Notre michna est de qui ?
Elle est de Rabbi Yehouda. Car on a enseigné : "Sur les maisons dans lesquelles ils le mangeront", cela enseigne que le Pessa'h se mange en deux havourot.
On pourrait croire que celui qui mange, mange en deux endroits. Le verset enseigne : "Dans une seule maison il sera mangé."
La michna est de Rabbi Yehouda. Chemot 12, 7 : "sur les maisons dans lesquelles ils le mangeront". Maisons au pluriel, verbe au pluriel, oto au singulier : un Pessa'h, deux havourot, même dans deux maisons.
Chemot 12, 46 ferme l'autre côté : "dans une seule maison il sera mangé". Rabbi Yehouda suit la masoret, la graphie : ya'akhal, un seul sujet. Un homme ne mange ce Pessa'h qu'en un endroit. Plusieurs mangeurs, eux, ont plusieurs maisons dans le premier verset.
De là ils ont dit : le serviteur qui a mangé un kezayit à côté du four, s'il est avisé, il s'en remplit le ventre. Et si les gens de la havoura veulent lui faire une faveur, ils viennent et s'asseyent à côté de lui.
Paroles de Rabbi Yehouda.
Cas pratique de la règle de Rabbi Yehouda. Le serviteur, inscrit sur le Pessa'h, en a déjà mangé un kezayit près du four où il le rôtissait. Cet endroit est devenu le sien. S'il le quitte, il ne peut plus en manger.
S'il est avisé, il se rassasie sur place. S'ils veulent lui faire une faveur, les gens de la havoura se déplacent et s'asseyent à côté de lui : le lieu ne change pas, et il continue avec eux.
Rabbi Chimon dit : "Sur les maisons dans lesquelles ils le mangeront", cela enseigne que celui qui mange, mange en deux endroits.
Rabbi Chimon lit le même verset à l'inverse de Rabbi Yehouda. "Ils mangeront" porte sur chaque mangeur. Avec "maisons" au pluriel, un homme peut manger le Pessa'h en deux endroits.
L'amoud s'arrête sur cette phrase. La michna, elle, a été rapportée à Rabbi Yehouda : deux havourot oui, un même homme en deux endroits non.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).