Sougya : L'amoud s'ouvre sur Oula à Poumbedita : un panier de dattes pour un zouz, puis la nuit qui le fait souffrir, et son revirement sur les Babyloniens qui étudient. Rabbi Elazar lit Yeshaya 2, 3 : le lieu du Temple est bayit, le nom de Yaakov, après le har d'Avraham et le sadeh d'Its'hak.
Rabbi Yo'hanan égale le jour du kibouts galouyot au jour un de la création, par le mot yom. La sougya reprend la michna : l'orphelin dont les tuteurs ont égorgé, le verset seh la-bayit, et qui est inscrit sur le Pessa'h avec ou sans daat.
Puis l'esclave de deux associés, selon qu'ils sont pointilleux, et le demi-esclave demi-libre, selon la michna première ou la dernière.
Des dattes, et ils s'occupent de Torah. Oula arriva à Poumbedita.
On lui présenta un tirina de dattes. Il leur dit : Combien de pareils pour un zouz ?
Ils lui dirent : Trois pour un zouz. Il dit : Un plein panier de miel pour un zouz, et les Babyloniens ne s'occupent pas de Torah.
La phrase ouvre au milieu d'un éloge des dattes de Babylonie : elles laissent le loisir d'étudier. Oula, à Poumbedita, voit le prix : trois tirina (paniers) pour un zouz, et un plein panier de miel de dattes pour le même zouz. De là son reproche : la nourriture coûte si peu que les Babyloniens devraient être pris par la Torah.
Rachi glose le mot tirina : un panier. La dernière glose, alignée sur ce segment, prépare la sougya suivante : Avraham, Its'hak et Yaakov ont prié au même endroit, le mont du Temple.
La nuit, elles le firent souffrir. Il dit : Un plein panier de poison de mort pour un zouz en Babylonie, et les Babyloniens s'occupent de Torah.
Les dattes de la veille le rendent malade. Oula retourne sa phrase : le même panier, à un zouz, est un sama de-mota, un poison de mort. Les Babyloniens étudient tout en portant cet effet. L'éloge remplace le reproche.
Et Rabbi Elazar a dit : Que signifie ce qui est écrit : Des peuples nombreux iront et diront : Venez, montons vers la montagne de Hachem, vers la maison de l'Elokim de Yaakov, etc. L'Elokim de Yaakov, et non l'Elokim d'Avraham et d'Its'hak ?
Le verset est Yeshaya 2, 3. Les peuples montent vers la montagne de Hachem, et le verset nomme seulement l'Elokim de Yaakov. La question porte sur l'absence d'Avraham et d'Its'hak dans ce nom.
Mais : pas comme Avraham, de qui il est écrit har (montagne), ainsi qu'il est dit : comme on dira aujourd'hui, sur la montagne de Hachem Il sera vu. Et pas comme Its'hak, de qui il est écrit sadeh (champ), ainsi qu'il est dit : Its'hak sortit pour s'entretenir dans le champ.
Mais comme Yaakov, qui l'appela bayit (maison), ainsi qu'il est dit : il appela le nom de ce lieu Beit El.
La réponse de Rabbi Elazar : le Temple à venir porte le nom que Yaakov a donné, bayit, une maison. Avraham, au même lieu, a dit har (Bereshit 22, 14). Its'hak a dit sadeh (Bereshit 24, 63). Yaakov a dit Beit El (Bereshit 28, 19). Rachi : une maison, c'est un lieu habité.
Le Ben Yehoyada enchaîne les comptes. Migdon, porte du firmament face à Erets Israël, et mazon valent 103. Avec emouna, 102, on obtient har, 205. Tsayid, 104, nom des étincelles dont Its'hak s'occupe du côté de la gevoura, ajouté à har, donne sadeh, 309. 'Hessed El, 103, ajouté à sadeh, donne bayit, 412. Il rapporte aussi la chaîne des commentateurs : emouna avec le kollel, 103, doublée, triplée, quadruplée. Puis il aligne quatre sanctuaires sur les quatre mondes : Michkan et Beria, premier Temple et Yetsira, second Temple et Assiya, troisième Temple et Atsilout. Une autre lecture : har et sadeh réunis donnent les lettres de la colonne vertébrale ; bayit est la tête, où est le cerveau.
La seconde glose répond à une difficulté : Its'hak, à cette heure, n'était pas sur le mont Moria. Le mot ba-sadeh est en trop si l'on dit seulement qu'il sortit pour s'entretenir. L'entretien est la prière de minha. Il dirige son cœur vers le Temple, la colline de talpiot, vers laquelle toutes les bouches se tournent (Berakhot 30a).
Rabbi Yo'hanan a dit : Grand est le rassemblement des exilés, autant que le jour où furent créés le ciel et la terre, ainsi qu'il est dit : Les fils de Yehouda et les fils d'Israël se rassembleront ensemble, ils se donneront un seul chef, et ils monteront du pays, car grand sera le jour de Yizreel. Et il est écrit : Il y eut un soir, il y eut un matin, jour un.
Rabbi Yo'hanan rapproche deux versets par le mot yom. Hoshea 2, 2 : grand sera le jour de Yizreel, le rassemblement des fils de Yehouda et des fils d'Israël. Bereshit 1, 5 : il y eut un soir, il y eut un matin, jour un. Le jour du kibouts galouyot a le rang du jour où ciel et terre furent créés.
Rachi : le Targoum rend ce jour par le jour de leur rassemblement, et le verset l'appelle jour, comme la création. Le Ben Yehoyada demande pourquoi ce verset-là, parmi tous ceux qui disent jour. Au rassemblement, le 'hessed règne, et la gevoura se retourne en 'hessed. Le premier jour, le 'hessed seul régnait : d'où yom ehad, compte d'ahava, 13, et le partage de Yizreel en yizra El, 'hessed d'El, avec le chef unique du même verset.
Un orphelin pour qui des tuteurs ont égorgé, etc. Tu en apprends qu'il y a berera.
Rabbi Zeira a dit : Un agneau pour la maison, dans tous les cas.
La michna : un orphelin dont les apotropos (tuteurs) ont chacun égorgé un Pessa'h pour lui mange où il veut. La Guemara propose d'en apprendre yech berera : le choix ultérieur éclaire, après coup, auquel il consentait déjà à l'heure de la chehita. Rachi le dit ainsi.
Rabbi Zeira retire cette preuve. Le verset seh la-bayit (Shemot 12, 3), un agneau pour la maison, inscrit les gens de la maison mi-kol makom, dans tous les cas, sans leur daat. L'orphelin est dans la maison : pas besoin de berera.
Tossefot : la question du vouloir à l'heure de la chehita enseignait quelque chose pour la femme, plus haut, parce qu'on aurait pu la faire suivre son mari. Pour l'orphelin, cette question n'apprendrait rien. Seconde glose : Rabbi Zeira tient, à Nedarim 36a, que seh la-bayit n'est pas une loi de la Torah. Reste l'interdit de faire avaler de sa main un interdit à un mineur (Yevamot 114a). Le Ri : cet interdit, appris de lo tokhloum, vise les reptiles et les nevelot. Là où il y a hinoukh d'une mitsva, on peut lui donner.
Les Sages ont enseigné : Un agneau pour la maison enseigne qu'un homme apporte et égorge pour son fils et sa fille mineurs, et pour son esclave et sa servante cananéens, avec leur daat ou sans leur daat. Mais il n'égorge pas pour son fils et sa fille majeurs, ni pour son esclave et sa servante hébreux, ni pour sa femme, si ce n'est avec leur daat.
La baraita déplie seh la-bayit. Deux groupes. Les ketanim, fils et fille mineurs, et les esclaves cananéens : on égorge pour eux mi-daatam ou shelo mi-daatam. Les gedolim, les esclaves hébreux et l'épouse : seulement avec leur daat.
Rachi lit al yedei comme en faveur de. Le père a un devoir de hinoukh envers ses enfants mineurs : leur refus ne tient pas. Les cananéens dépendent de lui. La servante hébraïque ne se rencontre qu'en tant que mineure, car elle sort à ses simanim (signes de majorité). Le maître n'a pas envers elle le hinoukh : elle peut protester. Tossefot : ici, katan est un mineur au sens strict. À Bava Metsia 12b, pour une trouvaille, katan peut désigner un majeur nourri à la table de son père. Ce sens tombe ici, puisque le majeur, même à cette table, peut protester.
On enseigne dans une autre baraita : Un homme n'égorgera pas pour son fils et sa fille majeurs, ni pour son esclave et sa servante hébreux, ni pour sa femme, si ce n'est avec leur daat. Mais il égorge pour son fils et sa fille mineurs, et pour son esclave et sa servante cananéens, avec leur daat ou sans leur daat.
Et tous ceux qui ont égorgé, alors que leur maître a égorgé pour eux, sortent par celui du maître, et ne sortent pas par le leur,
Seconde baraita, même partage, puis un cas de double chehita. Eux ont égorgé le leur, et le maître a égorgé pour eux. Ils sortent, ils sont quittes, par le Pessa'h du rav, le maître ou le père. Le leur ne les acquitte pas. La phrase continue au segment suivant : sauf la femme.
Rachi fixe la leçon et avance déjà l'exception : la femme sort par le sien, car sa mehaa est une mehaa. À Gittin 77b, elle peut dire : je ne prends pas tes mezonot (l'entretien), et je ne travaille pas pour toi. Tossefot : la nouveauté vaut même dans le stam, le silence. Avoir égorgé soi-même est déjà la protestation, comme Rava le dira plus loin.
sauf la femme, qui peut protester.
Fin de la baraita. Dans le cas où elle a égorgé et où le mari a égorgé pour elle, la femme peut faire mehaa. Cette protestation la laisse quitte par le sien.
En quoi la femme est-elle à part ? Rava a dit : La femme, et tout ce qui lui ressemble.
La baraita n'a nommé que la femme. On demanderait alors pourquoi les majeurs et les esclaves hébreux resteraient sur le Pessa'h du maître alors qu'ils ont égorgé le leur. Rava : isha ve-khol de-dami lah. La femme, et tous ceux qui lui ressemblent : fils et fille majeurs, esclave et servante hébreux. Eux peuvent protester. Mineurs et cananéens restent sur le Pessa'h du maître.
Ceci même est difficile. Tu as dit : sauf la femme, qui peut protester.
La raison est qu'elle proteste. Sans protestation, elle sort par celui de son mari.
Or le début enseigne : et pas pour sa femme, si ce n'est avec leur daat. Donc, dans le silence, elle ne sort pas !
La fin et le début de la même baraita se heurtent. La fin, sauf la femme qui peut protester, donne la mehaa pour raison. Sans mehaa, elle est quitte par le Pessa'h du mari. Le début, sauf avec leur daat, implique l'inverse pour le stam : si elle n'a pas donné sa daat, elle ne sort pas par celui du mari. Rachi lit la glose au pluriel : leur mehaa est une mehaa, et le silence la laisse sur le Pessa'h du mari.
Que signifie si ce n'est avec leur daat ? On écarte le cas où ils disent oui.
Le cas visé est le silence, pour exclure le cas où ils disent non.
Première mise au point sur ela mi-daatam. L'expression n'attend pas un oui explicite. Le stam, le silence, compte déjà comme daat. Le cas écarté est celui où ils disent non. Rachi : nous ne voulons pas. Cette parole est la mehaa.
Les deux bouts de la baraita se rejoignent : sans protestation, elle sort par le mari. La daat exigée au début est ce silence. Le refus explicite l'en retire.
Or : Tous ceux qui ont égorgé, et dont le maître a égorgé pour eux, sortent par celui du maître, cas du silence, et l'on enseigne : sauf la femme, parce qu'elle peut protester !
Nouvelle tension. Le membre tous ceux qui ont égorgé est un stam : ils n'ont pas dit oui, ils ont agi. Selon la lecture précédente, le silence les laisse sur le Pessa'h du maître, et la baraita le dit. Elle ajoute pourtant : sauf la femme, parce qu'elle peut protester. La chehita qu'elle a faite de son côté reste donc à qualifier : est-elle déjà une mehaa, ou faut-il une parole ?
Rava a dit : Dès qu'ils ont égorgé, tu n'as pas de protestation plus grande que celle-là.
Rava : la chehita de leur propre Pessa'h est la mehaa la plus forte. Pas besoin d'une parole en plus. Pour la femme et ceux qui lui ressemblent, cet acte les retire du Pessa'h du maître. Pour les mineurs et les esclaves cananéens, qui ne peuvent pas protester, la même chehita les laisse quittes par le Pessa'h du maître.
Un esclave de deux associés, etc. Rav Eina l'ancien opposa ceci à Rav Nahman : Nous avons appris : un esclave de deux associés ne mangera pas de celui des deux.
Or on enseigne : s'il veut, il mange de celui-ci ; s'il veut, il mange de celui-là !
Nouvelle michna. L'eved de deux shutafin (associés) ne mange d'aucun des deux Pessa'h. Rav Eina Saba oppose une baraita : il choisit, de celui-ci ou de celui-là. Les deux textes parlent du même esclave, et ils se contredisent tant qu'on n'a pas distingué les cas.
Il lui dit : Eina l'ancien, et d'autres disent : patya oukhma (marmite noire). De moi et de toi, l'enseignement s'achèvera.
La michna : quand ils sont pointilleux l'un envers l'autre. La baraita : quand ils ne sont pas pointilleux l'un envers l'autre.
Rav Nahman appelle Rav Eina Eina Saba, ou patya oukhma, marmite noire : un surnom d'affection pour celui qui travaille la Torah. La halakha s'achève de l'un et de l'autre. Kapdi ahadadei : les associés sont pointilleux l'un envers l'autre. C'est la michna, l'esclave ne mange d'aucun. Lo kapdi : la baraita, il choisit.
Rachi : chacun refuse que l'on jouisse de son bien. Même si l'un laisse l'esclave manger de son Pessa'h, l'autre refuse que sa moitié d'esclave en profite. Tossefot écartent une autre lecture, où chacun refuserait de faire profiter la personne de l'autre : alors la part de celui qui égorge ne pourrait pas manger non plus, et le demi-esclave, selon la michna première, mangerait du sien pour acquitter aussi la part du maître. Le Kountres est retenu : chacun refuse que sa part à lui profite du Pessa'h de l'autre. Il égorge aussi pour la part de l'autre, en pensant que l'autre laisse faire. De là, michna première : le demi-esclave ne mange pas, même du sien.
Celui qui est moitié esclave et moitié homme libre ne mangera pas de celui de son maître, etc. C'est de celui de son maître qu'il ne mangera pas.
Du sien, il mangera. Or on enseigne : il ne mangera ni du sien, ni de celui de son maître.
La michna dit : le hetsyo eved ve-hetsyo ben horin ne mange pas du Pessa'h de son maître. La Guemara en tire : du sien, il mange. Une baraita dit l'inverse cumulé : ni du sien, ni de celui du maître. Les deux textes restent à répartir.
Pas de difficulté : ici, selon la michna première ; ici, selon la michna dernière. Car nous avons appris : Celui qui est moitié esclave et moitié homme libre travaille pour son maître un jour, et pour lui-même un jour.
Paroles de Beit Hillel. Beit Shammaï disent :
Les deux textes se répartissent. La baraita, ni du sien ni de celui du maître, suit la michna rishona. La michna de Pesachim, qui le laisse manger du sien, suit la michna ahrona.
La michna citée, qui continue au daf suivant : Beit Hillel disaient d'abord qu'il sert son maître un jour et lui-même un jour. Rachi : tant que Beit Hillel ne s'est pas rétracté, la part d'esclavage ne suit pas sa daat, et il ne mange pas du sien. Après la rétractation, on peut le faire affranchir : il est comme un ben horin, et il mange du sien. Le daf s'arrête sur les mots : Beit Shammaï disent.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).