Pesachim 91a - Pour qui l'on abat le Pessah, seul ou en havoura

Pesachim 91a

Sougya : La michna achève la liste de ceux pour qui l'on abat le Pessa'h alors que la nuit reste incertaine : celui qui déblaie un gal, le prisonnier à qui l'on a promis la sortie, le malade et le vieillard capables d'un kezayit. On n'abat pas pour eux seuls.

Si un passoul survient après la chehita, ils sont exempts du Pessa'h cheni, sauf le déblayeur du gal, impur dès le début. La Guemara réserve l'interdit d'abattre seul au prisonnier d'un non-Juif, et, pour ce prisonnier, à une prison hors du mur de Beit Pagei.

Elle réserve le Pessa'h cheni du déblayeur au gal rond. La michna suivante : Rabbi Yehouda refuse d'abattre pour un individu, Rabbi Yossi l'accorde s'il peut manger.

Le mot be-ehad sert aussi à interdire le Pessa'h sur une bamat yahid. Une baraita sur la femme oblige Rava à lire " pour elles seules ", puis à expliquer l'interdit d'une havoura de femmes, d'esclaves et de mineurs.

Michna : on abat pour eux, puis le sort du Pessa'h cheniIls sont aptes maintenant. La nuit du 15 reste incertaine.Déblayer le galMort ou vivantsous les pierresPrisonnierOn lui a promisde le sortirMaladeIl peut mangerun kezayitVieillardIl peut mangerun kezayitOn abat pour euxRachi : dans la havoura d'autres personnesSeuls : on n'abat pasIls peuvent amenerle Pessa'h au passoulPassoul après la chehitaLe sang a été jeté pour euxExempts du Pessa'h cheniException : le déblayeur du galOn trouve le mort dessous. Il était impur dès le début, avant la chehita.Il est tenu de faire le Pessa'h cheni.La Guemara limitera cette exception au gal rond, et la prison au cas du non-Juif.
Quatre cas aptes aujourd'hui. On abat dans une havoura. Seuls, le Pessah risque le passoul. Le second Pessah ne les reprend pas, sauf le déblayeur du gal.
Guemara : deux limites à la michnaRabbi Yo'hanan sur la prison. Rav Hisda sur le mur. Rabbi Yo'hanan sur le gal.Prison d'IsraëlOn abat même pour lui seulIls ont promis : ils le sortentLe reste d'Israël ne ferapas d'injustice, ne dira pas de mensongeRachi : divorce forcé, paiement,ou détention jusqu'au sort du blesséPrison de non-JuifHors du mur de Beit PageiComme la michna : avec d'autresEn deçà du mur de Beit PageiMême seulOn lui apporte du Pessa'hIl mange dans la prisonGal rondDès le début, ohel sur le mortImpur avant la chehitaTenu au Pessa'h cheniBaraita : Rabbi Chimon,fils de Rabbi Yo'hanan ben BerokaGal longLe mort peut être à l'autre boutÀ la chehita, pas encore d'ohelSafek : il était peut-être purExempt du Pessa'h cheniComme les peaux mêlées, 88bBeit Pagei : lieu extérieur de Jérusalem. En deçà du mur, on mange le Pessa'h.
Prison d'Israël : même seul. Prison de non-Juif : le mur de Beit Pagei décide si l'on peut lui porter sa part. Gal rond : Pessah cheni. Gal long : safek, exempt.
Michna : le Pessa'h pour un individuLe verset : tu ne pourras sacrifier le Pessa'h be-ehad.Rabbi YehoudaOn n'abat pas pour un individube-ehad vise l'individuLe même mot donne aussile lo taasse de la bamat yahidLes deux sortent de be-ehadTossefot : il est d'accordsi dix ne mangent pas un kezayitOn n'abat pas : risque de passoulRabbi YossiUn seul qui peut manger : on abatDix qui ne peuvent pas : on n'abat pasbe-ehad sert à Rabbi ChimonPessa'h sur une bamat yahidau temps de l'interdit des bamotPreuve de l'individu :un homme selon ce qu'il mangeOn abat pour un seul,s'il est apte à mangerSuite : une femme, au premier Pessa'hBaraita, Rabbi Yehouda : on abat pour elle seule. Au second, on la rattache à d'autres.Rava corrige le singulier : pour elles seules, une havoura de femmes.Rav Oukva : la michna interdit une havoura de femmes.Rava : l'interdit vise femmes et esclaves ensemble, à cause de la tiflout.Mineurs et esclaves : le motif est coupé en fin d'amud.
Rabbi Yehouda lit be-ehad sur l'individu, et en tire aussi la bama. Rabbi Yossi renvoie be-ehad à la bama, et l'individu au verset un homme selon ce qu'il mange.
1
וְהַמְפַקֵּחַ אֶת הַגַּל, וְכֵן מִי שֶׁהִבְטִיחוּהוּ לְהוֹצִיאוֹ מִבֵּית הָאֲסוּרִים, וְהַחוֹלֶה וְהַזָּקֵן שֶׁהֵן יְכוֹלִין לֶאֱכֹול כְּזַיִת — שׁוֹחֲטִין עֲלֵיהֶן.

et celui qui déblaie le gal (tas de pierres), et de même celui à qui l'on a promis de le faire sortir de la prison, et le malade et le vieillard qui peuvent manger un kezayit (volume d'une olive) : on abat pour eux.

📜 Rachi (3)
וְהַמְפַקֵּחַ אֶת הַגַּל מֵעַל אָדָם וְאֵין יָדוּעַ אִם יִמְצָאֶנּוּ חַי אוֹ מֵת:
Et celui qui déblaie le gal : au-dessus d'un homme, et l'on ne sait pas si on le trouvera vivant ou mort.
שׁוֹחֲטִין עָלָיו דמכ"מ עוֹדֶנּוּ בְּחֶזְקַת טָהֳרָה וְאוֹנֵן נָמֵי לְאֻורְתָּא חֲזִי כִּדְאָמְרִינַן בַּגְּמָרָא דַּאֲנִינוּת לַיְלָה לֵיתָא מִדְּאוֹרַיְיתָּא אֶלָּא אֲנִינוּת יוֹם כְּדִכְתִיב (וַיִּקְרָא י׳:י״ט) הֵן הַיּוֹם הִקְרִיבוּ יוֹם אָסוּר לַיְלָה מֻותָּר בִּשְׁחִיטַת קָדָשִׁים וְגַבֵּי פֶּסַח לֹא הֶעֱמִידוּ דִּבְרֵיהֶם בִּמְקוֹם כָּרֵת:
On abat pour lui. Car de toute façon il est encore dans sa hazaka (présomption) de pureté. L'onen aussi est apte le soir, comme nous le disons dans la Guemara : l'aninout (état de l'onen) de la nuit n'existe pas d'après la Torah, il n'y a que l'aninout du jour. Comme il est écrit (Vayikra 10:19) : "Voici, aujourd'hui ils ont offert." Le jour est interdit, la nuit est permise, pour l'abattage des kodachim (offrandes sacrées). Et pour le Pessa'h, ils n'ont pas maintenu leur décret là où il y a karet (retranchement).
שׁוֹחֲטִין עֲלֵיהֶן בַּחֲבוּרַת אֲחֵרִים:
On abat pour eux : dans la havoura (groupe inscrit) d'autres personnes.
💡 Explication

La michna continue la liste ouverte à l'amoud précédent. Ces gens peuvent manger maintenant. La nuit du 15 peut les rendre inaptes. On abat tout de même pour eux.

Rachi place cet abattage dans la havoura d'autres personnes. Le segment suivant interdit de le faire pour eux seuls. Sur l'onen, Rachi rappelle que l'aninout de la Torah ne vaut que le jour. La nuit, l'interdit n'est que rabbinique, et l'on ne le maintient pas devant le karet du Pessa'h.

2
עַל כֻּולָּם אֵין שׁוֹחֲטִין עֲלֵיהֶן בִּפְנֵי עַצְמָן, שֶׁמָּא יָבִיאוּ אֶת הַפֶּסַח לִידֵי פְסוּל.

Pour tous, on n'abat pas pour eux seuls, de peur qu'ils amènent le Pessa'h à être passoul (invalide).

📜 Rachi (1)
שֶׁמָּא יְבִיאוּהוּ לִידֵי פְּסוּל שֶׁמָּא יִטַּמָּא אוֹנֵן לְמֵתוֹ וּמְפַקֵּחַ גַּל יִמְצָאֶנּוּ מֵת וְנִמְצָא שֶׁהֶאֱהִיל עַל הַטֻּומְאָה וְהֶחָבוּשׁ שֶׁמָּא לֹא יָצָא וְחוֹלֶה וְזָקֵן שֶׁמָּא יִכְבַּד חָולְיוֹ וְלֹא יוּכַל לֶאֱכֹול כַּזַּיִת:
De peur qu'ils l'amènent à être passoul. De peur que l'onen ne se rende impur pour son mort ; que celui qui déblaie le gal ne le trouve mort, et se trouve avoir fait ohel (s'être tenu au-dessus) sur l'impureté ; que le prisonnier ne sorte pas ; que le malade et le vieillard ne voient leur mal s'alourdir et ne puissent plus manger un kezayit.
💡 Explication

Seuls veut dire : en individus, ou en groupe composé seulement de ces cas incertains. Si la nuit ils ne mangent pas, le Pessa'h abattu pour eux n'a plus de mangeur apte. Il devient passoul.

Dans une havoura où d'autres mangeront de toute façon, leur défaillance ne perd pas le korban.

🖼️ Schéma
Pourquoi on n'abat pas pour eux seulsChaque cas peut manquer à la nuit, et le Pessa'h reste sans mangeur.OnenIl se rend impur pour son mortIl ne mangera pasDéblayeur du galIl trouve le mortOhel sur l'impuretéPrisonnierLa promesse peut échouerIl reste enfermé la nuitMalade et vieillardLe mal s'alourditPlus de kezayit
Quatre façons d'arriver à la nuit sans pouvoir manger.
3
לְפִיכָךְ אִם אֵירַע בָּהֶן פְּסוּל — פְּטוּרִין מִלַּעֲשׂוֹת פֶּסַח שֵׁנִי, חוּץ מִן הַמְפַקֵּחַ בַּגַּל, שֶׁהוּא טָמֵא מִתְּחִלָּתוֹ.

C'est pourquoi, s'il leur survient un passoul, ils sont exempts de faire un Pessa'h cheni (second Pessa'h), sauf celui qui déblaie le gal, car il est impur dès le début.

📜 Rachi (3)
לְפִיכָךְ הוֹאִיל וּבִשְׁעַת שְׁחִיטָה רְאוּיִין הָיוּ וְנִזְרַק הַדָּם עֲלֵיהֶן אִם אֵירַע בָּהֶן פְּסוּל כְּמוֹ שֶׁפֵּירַשְׁתִּי פְּטוּרִין מִלַּעֲשׂוֹת פֶּסַח שֵׁנִי:
C'est pourquoi : puisque au moment de la chehita (abattage) ils étaient aptes, et que le sang a été jeté pour eux, s'il leur survient un passoul comme je l'ai expliqué, ils sont exempts de faire un Pessa'h cheni.
חוּץ מִן הַמְפַקֵּחַ אֶת הַגַּל וְנִמְצָא הַמֵּת תַּחְתָּיו שֶׁחַיָּיב לַעֲשׂוֹת פֶּסַח שֵׁנִי:
Sauf celui qui déblaie le gal, et que l'on trouve le mort sous lui : il est tenu de faire un Pessa'h cheni.
שֶׁהוּא טָמֵא מִתְּחִלָּתוֹ קֹודֶם שְׁחִיטָה שֶׁהֲרֵי הֶאֱהִיל עַל הַטֻּומְאָה מִשָּׁעָה שֶׁהִתְחִיל לְפַקֵּחַ וּבַגְּמָרָא מוּקֵי לָהּ בְּגַל עָגֹול שֶׁמִּתְּחִלָּה הֶאֱהִיל אֶת כֻּולּוֹ:
Car il est impur dès le début : avant la chehita. Il a fait ohel sur l'impureté dès qu'il a commencé à déblayer. Et dans la Guemara, on établit cela dans un gal rond, car dès le début il a fait ohel sur tout le tas.
🗂️ Tossefot (1)
שֶׁהָיָה טָמֵא מִתְּחִלָּתוֹ תֵּימַהּ לר"י מְפַקֵּחַ הַגַּל נָמֵי נֵימָא חַי הֲוָה כְּשֶׁהִתְחִיל לְפַקֵּחַ וְי"ל דְּכֵיוָן דִּמְצָאוֹ מֵת אִית לָן לְמֵימַר שֶׁמִּתְּחִלָּתוֹ הָיָה מֵת שֶׁכָּל הַטֻּומְאוֹת כִּשְׁעַת מְצִיאָתָן:
"Car il était impur dès le début." C'est étonnant pour le Ri. Pour celui qui déblaie le gal aussi, disons qu'il était vivant quand il a commencé à déblayer. Et l'on peut dire : puisqu'on l'a trouvé mort, nous devons dire qu'il était mort dès le début, car toutes les impuretés sont selon l'heure où on les trouve.
💡 Explication

Le Pessa'h cheni rattrape celui pour qui le premier n'a pas été abattu valablement. Ici la chehita et la zerika (jet du sang) ont eu lieu alors qu'ils étaient aptes. Le passoul de la nuit ne les renvoie pas au second.

Le déblayeur est à part. S'il y a un mort sous le tas, son ohel a commencé avec le déblaiement, donc avant la chehita. Il n'a jamais été inscrit sur un Pessa'h valable. Il doit le second.

Tossefot refuse de dire que l'homme enseveli est mort en cours de route. On le trouve mort : on le tient pour mort dès le début.

4
גְּמָ׳ אָמַר רַבָּה בַּר הוּנָא אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: לֹא שָׁנוּ אֶלָּא בֵּית הָאֲסוּרִין דְּגוֹי, אֲבָל בֵּית הָאֲסוּרִין דְּיִשְׂרָאֵל — שׁוֹחֲטִין בִּפְנֵי עַצְמוֹ, כֵּיוָן דְּאַבְטְחִינֵהוּ, מַפִּיק לֵיהּ, דִּכְתִיב: ״שְׁאֵרִית יִשְׂרָאֵל לֹא יַעֲשׂוּ עַוְלָה וְלֹא יְדַבְּרוּ כָזָב״.

Guemara. Rabba bar Houna a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : on n'a enseigné cela que pour une prison de non-Juif.

Mais pour une prison d'Israël, on abat pour lui seul. Puisqu'ils le lui ont promis, on le fait sortir.

Car il est écrit : "Le reste d'Israël ne commettra pas d'injustice et ne dira pas de mensonge."

📜 Rachi (2)
גְּמ' לֹא שָׁנוּ דְּאֵין שׁוֹחֲטִין עַל הֶחָבוּשׁ בִּפְנֵי עַצְמוֹ:
Guemara. On n'a enseigné : que l'on n'abat pas pour le prisonnier seul.
בֵּית הָאֲסוּרִין שֶׁל יִשְׂרָאֵל כְּגוֹן לְכוֹפוֹ לְהוֹצִיא אִשָּׁה פְּסוּלָה אוֹ לְשַׁלֵּם מָמוֹן אִי נָמֵי כִּדְתַנְיָא (כְּתֻובּוֹת דַּף לג:) אִם יָקוּם וְהִתְהַלֵּךְ בַּחוּץ כּוּ' וְכִי תַּעֲלֶה עַל דַּעְתְּךָ זֶה מְהַלֵּךְ בַּשּׁוּק וְזֶה נֶהֱרָג אֶלָּא מְלַמֵּד שֶׁחוֹבְשִׁין אוֹתוֹ עַד שֶׁנִּרְאֶה מַה תְּהֵא עָלָיו:
Une prison d'Israël : par exemple pour le contraindre à renvoyer une femme interdite, ou à payer une somme. Ou encore, comme on l'enseigne (Ketoubot 33b) : "s'il se lève et marche dehors", etc. Te viendrait-il à l'esprit que l'un marche au marché et que l'autre soit mis à mort ? Cela enseigne qu'on l'emprisonne jusqu'à ce que l'on voie ce qu'il adviendra de lui.
🗂️ Tossefot (1)
לֹא שָׁנוּ אֶלָּא בְּבֵית הָאֲסוּרִין שֶׁל עַכּוּ"ם בִּירוּשַׁלְמִי מוּקֵי לָהּ רַבִּי יוֹסֵי בַּר בּוֹן בְּשֵׁם רַבִּי יוֹחָנָן כְּשֶׁחֲבָשׁוּהוּ יִשְׂרָאֵל אֲבָל חֲבָשׁוּהוּ עַכּוּ"ם אֵין שׁוֹחֲטִין עָלָיו אַפֵּי' עִם אֲחֵרִים אֲשֶׁר פִּיהֶם דִּבֶּר שָׁוְא וְהַיְינוּ אִיפְּכָא מִשְּׁמַעְתִּין:
"On n'a enseigné cela que pour une prison d'akoum (idolâtres)." Dans le Yerouchalmi, Rabbi Yossi bar Boun au nom de Rabbi Yo'hanan l'établit ainsi : quand ce sont des Juifs qui l'ont emprisonné. Mais si ce sont des akoum qui l'ont emprisonné, on n'abat pas pour lui, même avec d'autres, "eux dont la bouche dit le mensonge". Et c'est l'inverse de notre tradition.
💡 Explication

La michna, "pas pour lui seul", ne vise que la prison d'un non-Juif. Sa promesse peut tomber. Dans une prison d'Israël, la promesse tient. On abat même s'il est seul sur le Pessa'h.

Rachi donne les cas : forcer un divorce, un paiement, ou garder le frappeur jusqu'à savoir si le blessé meurt.

Tossefot signale le Yerouchalmi en sens inverse. Là, la promesse des akoum ne permet pas d'abattre pour lui, même dans une havoura.

5
אָמַר רַב חִסְדָּא: הָא דְּאָמְרַתְּ בֵּית הָאֲסוּרִין דְּגוֹיִם, לָא אֲמַרַן אֶלָּא חוּץ לְחוֹמַת בֵּית פָּאגֵי. אֲבָל לִפְנִים מֵחוֹמַת בֵּית פָּאגֵי — שׁוֹחֲטִין עָלָיו בִּפְנֵי עַצְמוֹ. מַאי טַעְמָא — אֶפְשָׁר דְּאַמְטוּ לֵיהּ וְאָכֵיל לֵיהּ.

Rav Hisda a dit : cela que tu as dit, une prison de non-Juifs, nous ne l'avons dit que hors du mur de Beit Pagei. Mais en deçà du mur de Beit Pagei, on abat pour lui seul.

Quelle est la raison ? Il est possible qu'on le lui apporte, et qu'il le mange.

📜 Rachi (2)
בֵּית פָּאגִי מָקוֹם חִיצוֹן בִּירוּשָׁלַיִם:
Beit Pagei : un lieu extérieur de Jérusalem.
דִּמְעַייְּלִי לֵיהּ מִן הַפֶּסַח בְּתוֹךְ בֵּית הָאֲסוּרִין לֶאֱכֹול דְּהָא לִפְנִים מִירוּשָׁלַיִם הוּא:
Qu'on le lui fasse entrer : une part du Pessa'h, à l'intérieur de la prison, pour qu'il mange. Car c'est en deçà de Jérusalem.
💡 Explication

Rav Hisda resserre encore le cas du non-Juif. Beit Pagei est la limite extérieure où l'on mange encore le Pessa'h. Hors de son mur, le prisonnier ne peut pas recevoir sa part : on ne l'inscrit que dans une havoura.

En deçà du mur, même s'il reste en prison, on lui porte de la viande. Il mange. On abat pour lui seul.

6
לְפִיכָךְ אִם אֵירַע וְכוּ׳. אָמַר רַבָּה בַּר בַּר חָנָה אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: לֹא שָׁנוּ אֶלָּא גַּל עָגֹול, אֲבָל גַּל אָרֹוךְ — פָּטוּר מִלַּעֲשׂוֹת פֶּסַח שֵׁנִי, אֵימָא: טָהוֹר הָיָה בִּשְׁעַת שְׁחִיטָה.

"C'est pourquoi, s'il survient", etc. Rabba bar bar Hana a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : on n'a enseigné cela que pour un gal rond.

Mais pour un gal long, il est exempt de faire un Pessa'h cheni. On peut dire : il était pur au moment de la chehita.

📜 Rachi (1)
ל"ש דִּמְפַקֵּחַ גַּל חַייָּב לַעֲשׂוֹת פֶּסַח שֵׁנִי אֶלָּא גַּל עָגֹול דְּמִתְּחִלָּתוֹ הֶאֱהִיל עָלָיו אֲבָל גַּל אָרֹוךְ שֶׁמָּא בִּשְׁעַת שְׁחִיטָה עֲדַיִין לֹא הֶאֱהִיל כְּנֶגֶד הַטֻּומְאָה וְכֵיוָן דְּסָפֵק יָצָא סָפֵק לֹא יָצָא פָּטוּר מִשּׁוּם דְּלָא אֶפְשָׁר כְּדַאֲמָרָן לְעֵיל (פְּסָחִים דַּף פח:) גַּבֵּי חֲמִשָּׁה שֶׁנִּתְעָרְבוּ עוֹרוֹת פִּסְחֵיהֶן:
On n'a enseigné : que celui qui déblaie un gal est tenu de faire un Pessa'h cheni, que pour un gal rond, car dès le début il a fait ohel sur lui. Mais pour un gal long, peut-être qu'au moment de la chehita il n'avait pas encore fait ohel en face de l'impureté. Et puisqu'il est douteux qu'il ait accompli, douteux qu'il n'ait pas accompli, il est exempt, parce que ce n'est pas possible, comme nous l'avons dit plus haut (Pessahim 88b) au sujet de cinq personnes dont les peaux de leurs Pessa'h se sont mêlées.
💡 Explication

"Cela", c'est l'obligation du Pessa'h cheni pour le déblayeur. Elle ne vaut que si le tas est rond : en déblayant, il couvre forcément le mort.

Sur un tas long, le corps peut être à l'autre extrémité. À l'heure de la chehita, il n'avait peut-être pas encore fait ohel. Safek s'il était pur. Le second Pessa'h ne se fait pas dans ce doute, sur le modèle des peaux de Pessa'h mêlées.

7
תַּנְיָא נָמֵי הָכִי: רַבִּי שִׁמְעוֹן בְּנוֹ שֶׁל רַבִּי יוֹחָנָן בֶּן בְּרוֹקָה אוֹמֵר: מְפַקֵּחַ בַּגַּל — עִתִּים פָּטוּר עִתִּים חַיָּיב. כֵּיצַד? גַּל עָגֹול וְנִמְצֵאת טֻומְאָה תַּחְתָּיו — חַיָּיב, גַּל אָרֹוךְ וְנִמְצֵאת טֻומְאָה תַּחְתָּיו — פָּטוּר, אֵימָא טָהוֹר הָיָה בִּשְׁעַת שְׁחִיטָה.

On enseigne aussi ainsi. Rabbi Chimon, fils de Rabbi Yo'hanan ben Beroka, dit : celui qui déblaie un gal, tantôt il est exempt, tantôt il est tenu.

Comment ? Gal rond, et l'on trouve l'impureté dessous : il est tenu.

Gal long, et l'on trouve l'impureté dessous : il est exempt. On peut dire : il était pur au moment de la chehita.

💡 Explication

La baraita reprend Rabbi Yo'hanan. Tenu et exempt portent sur le Pessa'h cheni. Le rond rend l'impureté certaine avant la chehita. Le long laisse le safek : on dit qu'il était encore pur.

🖼️ Schéma
Gal rond et gal long, vus du dessusLe point marque le mort. L'ohel est le fait d'être au-dessus de lui.Gal rondDès qu'il déblaie, il couvre le tasImpur avant la chehitadépartGal longIl commence à l'autre boutÀ la chehita, le mortn'est peut-être pas encore couvertSafek de pureté : exemptTossefot : on le trouve mort, on le tient pour mort dès le début du déblaiement.
Rond : le mort est sous le déblayeur dès le premier geste. Long : il peut être encore à l'écart à l'heure de la chehita.
8
מַתְנִי׳ אֵין שׁוֹחֲטִין אֶת הַפֶּסַח עַל הַיָּחִיד — דִּבְרֵי רַבִּי יְהוּדָה, וְרַבִּי יוֹסֵי מַתִּיר. וַאֲפִילּוּ חֲבוּרָה שֶׁל מֵאָה שֶׁאֵינָן יְכוֹלִין לֶאֱכֹול כְּזַיִת — אֵין שׁוֹחֲטִין עֲלֵיהֶן.

Michna. On n'abat pas le Pessa'h pour un individu, parole de Rabbi Yehouda.

Et Rabbi Yossi le permet. Et même une havoura de cent personnes qui ne peuvent pas manger un kezayit, on n'abat pas pour elles.

📜 Rachi (2)
מַתְנֵי' עַל הַיָּחִיד טַעְמָא יָלֵיף בַּגְּמָרָא:
Michna. Pour un individu : la raison est dérivée dans la Guemara.
וַאֲפִילּוּ חֲבוּרָה שֶׁל מֵאָה רַבִּי יוֹסֵי קָאָמַר לָהּ כְּלוֹמַר לָא תַּלְיָא מִילְּתָא דְּפֶסַח אֶלָּא בַּאֲכִילָה יָחִיד וְיָכוֹל לֶאֱכֹול כַּזַּיִת שׁוֹחֲטִין עָלָיו מֵאָה וְאֵין יְכוֹלִין לֶאֱכֹול כַּזַּיִת בֵּין כֻּולָּם אֵין שׁוֹחֲטִין עֲלֵיהֶן:
Et même une havoura de cent : c'est Rabbi Yossi qui le dit. C'est-à-dire : la règle du Pessa'h ne dépend que de la consommation. Un individu qui peut manger un kezayit : on abat pour lui. Cent qui ne peuvent pas manger un kezayit entre eux tous : on n'abat pas pour eux.
💡 Explication

Nouvelle michna. Le débat porte sur le nombre, puis sur la bouchée. Rabbi Yehouda exige plus d'une personne. Rabbi Yossi permet un seul, s'il mange.

Rachi donne à Rabbi Yossi la suite : cent personnes qui, ensemble, n'atteignent pas un kezayit, ne font pas abattre. Le Pessa'h suit la capacité de manger, pas le compte des inscrits.

9
וְאֵין עוֹשִׂין חֲבוּרַת נָשִׁים וַעֲבָדִים וּקְטַנִּים.

Et l'on ne fait pas de havoura de femmes, d'esclaves et de mineurs.

📜 Rachi (1)
וְאֵין עוֹשִׂין חֲבוּרַת נָשִׁים וַעֲבָדִים וּקְטַנִּים טַעְמָא מְפָרֵשׁ בַּגְּמָרָא:
Et l'on ne fait pas de havoura de femmes, d'esclaves et de mineurs : la raison est expliquée dans la Guemara.
💡 Explication

La formule peut se lire de deux façons : trois groupes interdits chacun à part, ou un seul mélange interdit. La fin de l'amud tranche pour le mélange.

10
גְּמ׳ תָּנוּ רַבָּנַן: מִנַּיִן שֶׁאֵין שׁוֹחֲטִין אֶת הַפֶּסַח עַל הַיָּחִיד, תַּלְמוּד לוֹמַר: ״לֹא תוּכַל לִזְבֹּחַ אֶת הַפָּסַח בְּאַחַד״, דִּבְרֵי רַבִּי יְהוּדָה. וְרַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר: יָחִיד וְיָכוֹל לְאָכְלוֹ — שׁוֹחֲטִין עָלָיו, עֲשָׂרָה וְאֵין יְכוֹלִין לְאָכְלוֹ — אֵין שׁוֹחֲטִין עֲלֵיהֶן.

Guemara. Les Sages ont enseigné : d'où tient-on qu'on n'abat pas le Pessa'h pour un individu ?

Le verset dit : "Tu ne pourras sacrifier le Pessa'h en un seul." Parole de Rabbi Yehouda. Et Rabbi Yossi dit : un individu qui peut le manger, on abat pour lui.

Dix qui ne peuvent pas le manger, on n'abat pas pour eux.

📜 Rachi (2)
גמ' לֹא תוּכַל לִזְבֹּוחַ אֶת הַפָּסַח בְּאַחַד שְׁעָרֶיךָ וּדְרֵישׁ בְּאֶחָד בְּאַנְפֵּיהּ נַפְשֵׁיהּ עַל הַיָּחִיד:
Guemara. "Tu ne pourras sacrifier le Pessa'h en un seul de tes portes." Et il interprète "en un seul" pour lui-même : sur l'individu.
וְאֵין יְכוֹלִים לְאָוכְלוֹ כַּזַּיִת מִמֶּנּוּ:
Et ils ne peuvent pas le manger : un kezayit de lui.
🗂️ Tossefot (1)
עֲשָׂרָה וְאֵין יְכוֹלִין לְאָוכְלוֹ אֵין שׁוֹחֲטִין עֲלֵיהֶן בְּהָא מוֹדֶה אֲפִילּוּ ר' יְהוּדָה כְּדִתְנַן שֶׁלֹּא יְבִיאוּהוּ לִידֵי פְּסוּל:
"Dix qui ne peuvent pas le manger, on n'abat pas pour eux." Là-dessus, même Rabbi Yehouda est d'accord, comme nous l'avons enseigné dans la michna, afin qu'ils ne l'amènent pas à être passoul.
💡 Explication

Devarim 16:5 : be-ehad, "en un seul". Rabbi Yehouda détache ces mots du reste du verset et y lit l'interdit d'abattre pour une seule personne.

Rabbi Yossi répète sa règle en baraita : l'aptitude à manger un kezayit décide, que l'on soit un ou dix. Tossefot : sur les dix qui ne mangent pas, Rabbi Yehouda dit la même chose. Le désaccord reste l'individu qui, lui, peut manger.

11
וְרַבִּי יוֹסֵי, הַאי ״בְּאֶחָד״ מַאי עֲבִיד לֵיהּ? מִיבְּעֵי לֵיהּ לְכִדְרַבִּי שִׁמְעוֹן. דְּתַנְיָא, רַבִּי שִׁמְעוֹן אוֹמֵר: מִנַּיִין לַזּוֹבֵחַ אֶת פִּסְחוֹ בְּבָמַת יָחִיד בִּשְׁעַת אִיסּוּר הַבָּמוֹת שֶׁהוּא בְּלֹא תַעֲשֶׂה —

Et Rabbi Yossi, ce "en un seul", qu'en fait-il ? Il lui est nécessaire pour ce que dit Rabbi Chimon.

Car on enseigne : Rabbi Chimon dit : d'où tient-on, pour celui qui sacrifie son Pessa'h sur une bamat yahid (autel d'un particulier), au temps de l'interdiction des bamot, qu'il tombe sous un lo taasse (interdit négatif) ?

📜 Rachi (2)
מִנַּיִן לְזוֹבֵחַ פִּסְחוֹ בְּבָמַת יָחִיד בָּמָה קְטַנָּה שֶׁהִיא בְּלֹא תַּעֲשֶׂה לְהָכִי נְקַט בָּמַת יָחִיד וְלֹא בָּמַת צִיבּוּר דִּבְמֵת צִיבּוּר בִּשְׁעַת אִיסּוּר הַבָּמוֹת לֵיכָּא דִּשְׁעַת אִיסּוּר הַבָּמוֹת לְאַחַר שֶׁנִּבְחַר מִשְׁכַּן שִׁילֹה וּמִשֶּׁחָרַב הָיָה לָהֶם הֶיתֵּר עַד שֶׁנִּבְנָה בֵּית עוֹלָמִים וּמִשֶּׁנִּבְנָה חָזְרוּ לְאִיסּוּרָם וְשׁוּב לֹא הָיָה לָהֶם הֶיתֵּר:
D'où tient-on, pour celui qui sacrifie son Pessa'h sur une bamat yahid : un petit autel, qu'il tombe sous un lo taasse. C'est pour cela qu'il a dit bamat yahid, et non bamat tzibbur (autel public). Car il n'y a pas de bamat tzibbur au temps de l'interdiction des bamot. Car le temps de l'interdiction des bamot, c'est après que le michkan de Chilo a été choisi. Et après sa destruction, ils ont eu une permission jusqu'à ce que le Beit olamim (Temple) soit bâti. Et une fois bâti, ils sont revenus à leur interdiction, et ils n'ont plus eu de permission.
שֶׁהִיא בְּלֹא תַעֲשֶׂה אֲבָל כָּרֵת דִּשְׁחוּטֵי חוּץ לֵיכָּא וּבִשְׁחִיטַת קָדָשִׁים בְּפֶרֶק בָּתְרָא (זְבָחִים דַּף קיד:) מוּקֵי לָהּ בְּקוֹדֵם חֲצוֹת דִּמְחֻוסַּר זְמַן הוּא לְהִתְקַבֵּל בִּפְנִים דִּכְתִיב אֲשֶׁר יִשְׁחַט מִחוּץ לַמַּחֲנֶה וְאֶל פֶּתַח אֹהֶל מוֹעֵד לֹא הֱבִיאוֹ הָרָאוּי לְפֶתַח אֹהֶל מוֹעֵד חַיָּיב עָלָיו וְשֶׁאֵינוֹ רָאוּי לְאֹהֶל מוֹעֵד אֵינוֹ חַיָּיב עָלָיו וְיָלֵיף מֵהָכָא דִּמְחֻוסַּר זְמַן בַּחוּץ אע"פ שֶׁאֵינוֹ בְּכָרֵת בְּלֹא תַּעֲשֶׂה מִיהָא הָוֵי הוֹאִיל וְרָאוּי לָבֹא לְאַחַר זְמַן:
Qu'il tombe sous un lo taasse. Mais il n'y a pas le karet des chehoutei hutz (abattages faits hors du sanctuaire). Et dans Chehitat ha-kodachim, au dernier chapitre (Zevahim 114b), on l'établit avant midi, car il est mehussar zeman (il lui manque le temps) pour être reçu à l'intérieur. Car il est écrit : "qui abat hors du camp, et à l'entrée de la tente d'assignation il ne l'a pas apporté." Celui qui est apte pour l'entrée de la tente d'assignation, on est passible pour lui. Celui qui n'est pas apte pour la tente d'assignation, on n'est pas passible pour lui. Et l'on apprend d'ici que le mehussar zeman, au-dehors, bien qu'il ne soit pas sous le karet, tombe du moins sous un lo taasse, puisqu'il est apte à venir après le temps.
🗂️ Tossefot (1)
הַאי בְּאֶחָד מַאי עָבֵיד לֵיהּ הֲוָה מָצֵי לְמֵימַר דְּאִיצְטְרִיךְ לְכִדְאָמְרִינַן בִּכְיָצֹד צוֹלִין (לְעֵיל פְּסָחִים דַּף עט:) שֶׁאֵין הַיָּחִיד מַכְרִיעַ:
"Ce en un seul, qu'en fait-il ?" On aurait pu dire qu'il est nécessaire pour ce que nous disons dans Keitzad tzolin (plus haut, Pessahim 79b) : l'individu ne fait pas pencher la décision.
💡 Explication

Rabbi Yossi ne laisse pas be-ehad à l'individu. Il le garde pour la bamat yahid : offrir le Pessa'h sur un autel privé, quand les bamot sont interdites, est un lo taasse.

Rachi : on ne parle pas d'une bamat tzibbur, qui n'existe pas pendant l'interdit. L'interdit court après le choix de Chilo, s'interrompt après sa ruine, et reprend sans retour quand le Temple est bâti. Le karet des abattages extérieurs ne joue pas ici : avant midi, le Pessa'h est mehussar zeman, pas encore recevable dans le sanctuaire. Le verset des chehoutei hutz ne frappe que ce qui était apte à entrer. Notre verset laisse au moins le lo taasse, puisque après midi il deviendra apte.

Tossefot note une autre place possible pour le mot : l'enseignement de Pessahim 79b, où un seul homme ne fait pas basculer le sort du tzibbur.

12
תַּלְמוּד לוֹמַר: ״לֹא תוּכַל לִזְבֹּחַ אֶת הַפָּסַח בְּאַחַד שְׁעָרֶיךָ״. יָכוֹל אַף בִּשְׁעַת הֶיתֵּר הַבָּמוֹת כֵּן, תַּלְמוּד לוֹמַר: ״בְּאֶחָד שְׁעָרֶיךָ״ — לֹא אָמְרוּ אֶלָּא בְּשָׁעָה שֶׁכָּל יִשְׂרָאֵל נִכְנָסִין בְּשַׁעַר אֶחָד.

Le verset dit : "Tu ne pourras sacrifier le Pessa'h en un seul de tes portes." On pourrait penser : même au temps de la permission des bamot, il en est ainsi. Le verset dit : "en un seul de tes portes." On ne l'a dit qu'à l'heure où tout Israël entre par une seule porte.

📜 Rachi (2)
יָכוֹל אַף בִּשְׁעַת הֶיתֵּר הַבָּמוֹת כֵּן יְהֵא בְּלֹא תַּעֲשֶׂה זֶה דְּהָא לֹא הֻותְּרָה בָּמַת יָחִיד אֶלָּא לְדָבָר הַנִּידָּר וְנִידָּב וְלֶהְוֵי הַאי לְגַבֵּיהּ כִּשְׁעַת אִיסּוּר:
On pourrait penser : même au temps de la permission des bamot, il en est ainsi, qu'il soit sous ce lo taasse. Car la bamat yahid n'a été permise que pour une chose qui est neder (vœu) ou nedava (don volontaire). Et que ce Pessa'h soit, à son égard, comme au temps de l'interdiction.
ת"ל כו' דְּהַאי לָאו דְּהָכָא לָא מִשְׁתַּעֵי אֶלָּא בִּשְׁעַת אִיסּוּר הַבָּמוֹת וְהָכִי שָׁמְעִינַן לֵיהּ לִקְרָא לֹא תוּכַל לִזְבֹּוחַ אֶת הַפֶּסַח בְּבָמַת יָחִיד בִּזְמַן שֶׁכָּל יִשְׂרָאֵל נִכְנָסִין בְּשַׁעַר אֶחָד כו' כִּי אִם אֶל הַמָּקוֹם אֲשֶׁר יִבְחַר שָׁם תִּזְבָּחֶנּוּ:
Le verset dit, etc. Car cet interdit-ci ne parle que du temps de l'interdiction des bamot. Et voici comment nous entendons le verset : tu ne pourras sacrifier le Pessa'h sur une bamat yahid au temps où tout Israël entre par une seule porte, etc., "si ce n'est vers le lieu que Hachem choisira, là tu le sacrifieras."
💡 Explication

La hava amina : au temps où les bamot sont permises, elles ne le sont que pour un neder ou une nedava. Le Pessa'h est une obligation. On aurait donc maintenu le lo taasse même alors.

Le verset ferme cette lecture. Be-ehad she'arekha ne vise que l'heure où tout Israël entre par une seule porte, le sanctuaire unique. C'est le temps de l'interdit des bamot.

🖼️ Schéma
Quand le Pessa'h sur une bamat yahid est un lo taasseRachi : l'interdit des bamot commence avec Chilo, revient avec le Temple.Avant ChiloHeter des bamotCe versetne s'applique pasMichkan de ChiloIssur des bamotUne seule porteLo taasseChilo détruitJusqu'au TempleHeter à nouveauPas ce lo taasseTemple bâtiIssur définitifUne seule porteLo taasseHava amina : même au temps du heterLa bamat yahid n'est permise que pour un neder ou une nedava.Le Pessa'h est une obligation. On aurait appliqué le lo taasse aussi alors.Conclusion du versetbe-ehad she'arekha : seulement quand tout Israël entre par une seule porte.Pas de bamat tzibbur à l'heure de l'interdit : le service public est au sanctuaire.
Le lo taasse suit l'interdit des bamot : Chilo, puis le Temple. Entre les deux, et avant Chilo, ce verset ne frappe pas.
13
וְרַבִּי יְהוּדָה, הַאי מְנָא לֵיהּ? תַּרְתֵּי שָׁמְעַת מִינָּהּ.

Et Rabbi Yehouda, d'où tient-il cela ? Tu apprends les deux choses de ce mot.

💡 Explication

Cela, c'est le lo taasse de la bamat yahid. Rabbi Yehouda a déjà employé be-ehad pour l'individu. La Guemara répond qu'un seul tour du mot porte les deux halakhot. Elle ne détaille pas ici comment les mots se partagent.

14
וּלְרַבִּי יוֹסֵי, מִמַּאי דִּלְהָכִי דְּקָאָמַר רַבִּי שִׁמְעוֹן? דִּילְמָא כִּדְקָאָמַר רַבִּי יְהוּדָה הוּא דַּאֲתָא? אָמַר לָךְ: לָא סָלְקָא דַעְתָּךְ, דְּהָא כְּתִיב: ״אִישׁ לְפִי אָכְלוֹ״.

Et pour Rabbi Yossi, d'où sait-on que c'est pour ce que dit Rabbi Chimon ? Peut-être vient-il pour ce que dit Rabbi Yehouda.

Il te dit : cela ne te vient pas à l'esprit, car il est écrit : "un homme selon ce qu'il mange."

📜 Rachi (2)
וּפָרְכִינַן לְר' יוֹסֵי מִמַּאי דִּקְרָא לְכַדֵּר' שִׁמְעוֹן כוּ' וְלָאו פִּירְכָא כֻּולֵּי הַאי דְּאִיכָּא לְמֵימַר מַר דָּרֵישׁ לֵיהּ הָכִי וּמַר דָּרֵישׁ לֵיהּ הָכִי אֶלָּא טַעְמָא דְּר' יוֹסֵי מַהְדַּר לְפָרוֹשֵׁי מֵאִישׁ לְפִי אָכְלוֹ:
Et nous objectons à Rabbi Yossi : d'où sait-on que le verset va selon Rabbi Chimon, etc. Et ce n'est pas une objection bien forte, car on peut dire : celui-ci l'interprète ainsi, et celui-là l'interprète ainsi. Mais on en revient à expliquer la raison de Rabbi Yossi, à partir de "un homme selon ce qu'il mange".
לָא ס"ד דְּלֶאֱסוֹר פֶּסַח עַל הַיָּחִיד אֲתָא דִּכְתִיב אִישׁ לְפִי אָכְלוֹ תָּכֹוסּוּ עַל אִישׁ אֶחָד תִּשְׁחֲטוּ וּבִלְבַד שֶׁיֵּרָאֶה לַאֲכִילָה:
Cela ne te vient pas à l'esprit : que le verset vienne interdire le Pessa'h pour un individu. Car il est écrit : "un homme selon ce qu'il mange, vous compterez." On abat pour un seul homme, à condition qu'il soit apte à manger.
💡 Explication

Pourquoi be-ehad irait-il à la bama plutôt qu'à l'individu ? Rabbi Yossi répond par Chemot 12:4 : ish lefi okhlo, un homme selon ce qu'il mange. Le singulier "homme" permet d'abattre pour un seul, s'il peut manger.

Rachi juge l'objection faible : chaque maître peut lire le verset à sa façon. L'apport du passage est d'exposer la source de Rabbi Yossi.

15
רָמֵי לֵיהּ רַב עֻוקְבָא בַּר חִינָּנָא מִפָּרִישְׁנָא לְרָבָא: מִי אָמַר רַבִּי יְהוּדָה אֵין שׁוֹחֲטִין אֶת הַפֶּסַח עַל הַיָּחִיד? וּרְמִינְהוּ: אִשָּׁה בָּרִאשׁוֹן — שׁוֹחֲטִין עָלֶיהָ בִּפְנֵי עַצְמָהּ, וּבַשֵּׁנִי עוֹשִׂין אוֹתָהּ טְפֵילָה לַאֲחֵרִים, דִּבְרֵי רַבִּי יְהוּדָה. אֲמַר לֵיהּ: לָא תֵּימָא בִּפְנֵי עַצְמָהּ, אֶלָּא אֵימָא: בִּפְנֵי עַצְמָן.

Rav Oukva bar Hinana, de Perishna, oppose ceci à Rava : Rabbi Yehouda a-t-il dit qu'on n'abat pas le Pessa'h pour un individu ? Et l'on oppose : une femme, au premier, on abat pour elle seule, et au second on la fait tefela (rattachée) à d'autres.

Parole de Rabbi Yehouda. Il lui a dit : ne dis pas "pour elle seule".

Dis : "pour elles seules".

📜 Rachi (4)
מְפָרֵישְׁנָא שֵׁם מָקוֹם:
De Perishna : nom d'un lieu.
אִשָּׁה בָּרִאשׁוֹן חוֹבָה וּבַשֵּׁנִי רְשׁוּת וּלְקַמֵּיהּ יָלֵיף טַעְמַיְיהוּ:
Une femme, au premier : c'est une obligation. Et au second, c'est facultatif. Et plus loin, on dérivera leurs raisons.
טְפֵילָה חִיבּוּר:
Tefela : un rattachement.
קָתָנֵי מִיהַת בִּפְנֵי עַצְמָהּ לְשׁוֹן יָחִיד:
En tout cas, il enseigne "pour elle seule" : une formulation au singulier.
💡 Explication

La baraita, au nom de Rabbi Yehouda, abat au premier Pessa'h pour une femme seule. Cela heurte sa michna, qui refuse l'individu. Au Pessa'h cheni, elle ne fait qu'être jointe à d'autres. Rachi : le premier est une obligation pour elle, le second est facultatif.

Rava ne change que la finale du mot. Bifnei atzmah, pour elle seule, devient bifnei atzman, pour elles seules : un groupe de femmes, plus un individu.

16
אֲמַר לֵיהּ: מִי עָבְדִינַן חֲבוּרָה שֶׁכֻּולָּהּ נָשִׁים? וְהִתְנָן: אֵין עוֹשִׂין חֲבוּרַת נָשִׁים וַעֲבָדִים וּקְטַנִּים, מַאי לַָאו — נָשִׁים לְחוּדַיְיהוּ, וַעֲבָדִים לְחוּדַיְיהוּ, וּקְטַנִּים לְחוּדַייְהוּ? אֲמַר לֵיהּ: לֹא, נָשִׁים וַעֲבָדִים וּקְטַנִּים. נָשִׁים וַעֲבָדִים — מִשּׁוּם תְּפִלּוֹת, קְטַנִּים וַעֲבָדִים — מִשּׁוּם

Il lui a dit : fait-on une havoura tout entière de femmes ? Or nous avons enseigné : on ne fait pas de havoura de femmes, d'esclaves et de mineurs.

N'est-ce pas : des femmes seules, des esclaves seuls, et des mineurs seuls ? Il lui a dit : non, des femmes et des esclaves et des mineurs.

Des femmes et des esclaves, à cause de la tiflout (inconduite). Des mineurs et des esclaves, à cause de

📜 Rachi (2)
ה"ג לָא נָשִׁים וַעֲבָדִים וּקְטַנִּים:
Voici la leçon : non, des femmes et des esclaves et des mineurs.
תְּפִלּוֹת עֲבֵירָה:
Tiflout : une transgression.
🗂️ Tossefot (1)
וְהָתְנַן אֵין עוֹשִׂין חֲבוּרַת נָשִׁים מֵעִיקָּרָא דְּקָתָנֵי בִּפְנֵי עַצְמָהּ לָא קַשְׁיָא לֵיהּ אֶלָּא הַשְׁתָּא דְּקָאָמַר אֵימָא בִּפְנֵי עַצְמָן מִשּׁוּם דְּמַשְׁמַע לֵיהּ דְּלָא אָסְרָה מַתְנִיתִין חֲבוּרַת נָשִׁים אֶלָּא כְּשֶׁיֵּשׁ נָשִׁים הַרְבֵּה שֶׁסּוֹמְכוֹת זוֹ עַל זוֹ וְאֵינָן זְהִירִין לִשְׁמוֹר הַפֶּסַח וּמְבִיאוֹת אוֹתוֹ לִידֵי פְּסוּל אֲבָל יְחִידָה שׁוֹחֲטִין עָלֶיהָ:
"Or nous avons enseigné : on ne fait pas de havoura de femmes." Au début, lorsqu'on enseigne "pour elle seule", cela ne lui faisait pas difficulté. La difficulté vient maintenant qu'il dit : dis "pour elles seules". Car il comprend que la michna n'a interdit une havoura de femmes que lorsqu'il y a beaucoup de femmes, qui s'appuient l'une sur l'autre, qui ne prennent pas garde de garder le Pessa'h, et qui l'amènent à être passoul. Mais pour une femme seule, on abat pour elle.
💡 Explication

Rav Oukva lit la michna comme trois interdits : femmes seules, esclaves seuls, mineurs seuls. Une havoura de femmes, celle que Rava vient d'introduire, serait interdite.

Rava lit un mélange. Femmes et esclaves : la tiflout. Rachi glose : une transgression. Mineurs et esclaves : l'amud s'arrête sur "à cause de".

Tossefot explique l'heure de la question. "Pour elle seule" passait, car une seule femme, on abat pour elle. "Pour elles seules" vise beaucoup de femmes. Elles comptent l'une sur l'autre, elles ne gardent pas le Pessa'h, il devient passoul.

🖼️ Schéma
Comment lire : femmes, esclaves et mineursLecture de Rav OukvaFemmes seules : interditEsclaves seuls : interditMineurs seuls : interditUne havoura de femmesserait donc impossibleLecture de RavaFemmes et esclavesTiflout, une transgressionMineurs et esclavesLe motif continue au daf suivantFemmes seules : la michna ne le dit pasTossefot : pourquoi la question vient après le plurielPour elle seule : une femme, on abat. Pas de difficulté.Pour elles seules : beaucoup de femmes, qui s'appuient l'une sur l'autre.Elles ne gardent pas le Pessa'h. Il devient passoul.
Rav Oukva sépare trois groupes. Rava n'interdit que les mélanges. Tossefot place la difficulté au passage du singulier au pluriel.
✉ Signaler une erreur de traduction

Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).