Sougya : La michna achève la liste de ceux pour qui l'on abat le Pessa'h alors que la nuit reste incertaine : celui qui déblaie un gal, le prisonnier à qui l'on a promis la sortie, le malade et le vieillard capables d'un kezayit. On n'abat pas pour eux seuls.
Si un passoul survient après la chehita, ils sont exempts du Pessa'h cheni, sauf le déblayeur du gal, impur dès le début. La Guemara réserve l'interdit d'abattre seul au prisonnier d'un non-Juif, et, pour ce prisonnier, à une prison hors du mur de Beit Pagei.
Elle réserve le Pessa'h cheni du déblayeur au gal rond. La michna suivante : Rabbi Yehouda refuse d'abattre pour un individu, Rabbi Yossi l'accorde s'il peut manger.
Le mot be-ehad sert aussi à interdire le Pessa'h sur une bamat yahid. Une baraita sur la femme oblige Rava à lire " pour elles seules ", puis à expliquer l'interdit d'une havoura de femmes, d'esclaves et de mineurs.
et celui qui déblaie le gal (tas de pierres), et de même celui à qui l'on a promis de le faire sortir de la prison, et le malade et le vieillard qui peuvent manger un kezayit (volume d'une olive) : on abat pour eux.
La michna continue la liste ouverte à l'amoud précédent. Ces gens peuvent manger maintenant. La nuit du 15 peut les rendre inaptes. On abat tout de même pour eux.
Rachi place cet abattage dans la havoura d'autres personnes. Le segment suivant interdit de le faire pour eux seuls. Sur l'onen, Rachi rappelle que l'aninout de la Torah ne vaut que le jour. La nuit, l'interdit n'est que rabbinique, et l'on ne le maintient pas devant le karet du Pessa'h.
Pour tous, on n'abat pas pour eux seuls, de peur qu'ils amènent le Pessa'h à être passoul (invalide).
Seuls veut dire : en individus, ou en groupe composé seulement de ces cas incertains. Si la nuit ils ne mangent pas, le Pessa'h abattu pour eux n'a plus de mangeur apte. Il devient passoul.
Dans une havoura où d'autres mangeront de toute façon, leur défaillance ne perd pas le korban.
C'est pourquoi, s'il leur survient un passoul, ils sont exempts de faire un Pessa'h cheni (second Pessa'h), sauf celui qui déblaie le gal, car il est impur dès le début.
Le Pessa'h cheni rattrape celui pour qui le premier n'a pas été abattu valablement. Ici la chehita et la zerika (jet du sang) ont eu lieu alors qu'ils étaient aptes. Le passoul de la nuit ne les renvoie pas au second.
Le déblayeur est à part. S'il y a un mort sous le tas, son ohel a commencé avec le déblaiement, donc avant la chehita. Il n'a jamais été inscrit sur un Pessa'h valable. Il doit le second.
Tossefot refuse de dire que l'homme enseveli est mort en cours de route. On le trouve mort : on le tient pour mort dès le début.
Guemara. Rabba bar Houna a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : on n'a enseigné cela que pour une prison de non-Juif.
Mais pour une prison d'Israël, on abat pour lui seul. Puisqu'ils le lui ont promis, on le fait sortir.
Car il est écrit : "Le reste d'Israël ne commettra pas d'injustice et ne dira pas de mensonge."
La michna, "pas pour lui seul", ne vise que la prison d'un non-Juif. Sa promesse peut tomber. Dans une prison d'Israël, la promesse tient. On abat même s'il est seul sur le Pessa'h.
Rachi donne les cas : forcer un divorce, un paiement, ou garder le frappeur jusqu'à savoir si le blessé meurt.
Tossefot signale le Yerouchalmi en sens inverse. Là, la promesse des akoum ne permet pas d'abattre pour lui, même dans une havoura.
Rav Hisda a dit : cela que tu as dit, une prison de non-Juifs, nous ne l'avons dit que hors du mur de Beit Pagei. Mais en deçà du mur de Beit Pagei, on abat pour lui seul.
Quelle est la raison ? Il est possible qu'on le lui apporte, et qu'il le mange.
Rav Hisda resserre encore le cas du non-Juif. Beit Pagei est la limite extérieure où l'on mange encore le Pessa'h. Hors de son mur, le prisonnier ne peut pas recevoir sa part : on ne l'inscrit que dans une havoura.
En deçà du mur, même s'il reste en prison, on lui porte de la viande. Il mange. On abat pour lui seul.
"C'est pourquoi, s'il survient", etc. Rabba bar bar Hana a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : on n'a enseigné cela que pour un gal rond.
Mais pour un gal long, il est exempt de faire un Pessa'h cheni. On peut dire : il était pur au moment de la chehita.
"Cela", c'est l'obligation du Pessa'h cheni pour le déblayeur. Elle ne vaut que si le tas est rond : en déblayant, il couvre forcément le mort.
Sur un tas long, le corps peut être à l'autre extrémité. À l'heure de la chehita, il n'avait peut-être pas encore fait ohel. Safek s'il était pur. Le second Pessa'h ne se fait pas dans ce doute, sur le modèle des peaux de Pessa'h mêlées.
On enseigne aussi ainsi. Rabbi Chimon, fils de Rabbi Yo'hanan ben Beroka, dit : celui qui déblaie un gal, tantôt il est exempt, tantôt il est tenu.
Comment ? Gal rond, et l'on trouve l'impureté dessous : il est tenu.
Gal long, et l'on trouve l'impureté dessous : il est exempt. On peut dire : il était pur au moment de la chehita.
La baraita reprend Rabbi Yo'hanan. Tenu et exempt portent sur le Pessa'h cheni. Le rond rend l'impureté certaine avant la chehita. Le long laisse le safek : on dit qu'il était encore pur.
Michna. On n'abat pas le Pessa'h pour un individu, parole de Rabbi Yehouda.
Et Rabbi Yossi le permet. Et même une havoura de cent personnes qui ne peuvent pas manger un kezayit, on n'abat pas pour elles.
Nouvelle michna. Le débat porte sur le nombre, puis sur la bouchée. Rabbi Yehouda exige plus d'une personne. Rabbi Yossi permet un seul, s'il mange.
Rachi donne à Rabbi Yossi la suite : cent personnes qui, ensemble, n'atteignent pas un kezayit, ne font pas abattre. Le Pessa'h suit la capacité de manger, pas le compte des inscrits.
Et l'on ne fait pas de havoura de femmes, d'esclaves et de mineurs.
La formule peut se lire de deux façons : trois groupes interdits chacun à part, ou un seul mélange interdit. La fin de l'amud tranche pour le mélange.
Guemara. Les Sages ont enseigné : d'où tient-on qu'on n'abat pas le Pessa'h pour un individu ?
Le verset dit : "Tu ne pourras sacrifier le Pessa'h en un seul." Parole de Rabbi Yehouda. Et Rabbi Yossi dit : un individu qui peut le manger, on abat pour lui.
Dix qui ne peuvent pas le manger, on n'abat pas pour eux.
Devarim 16:5 : be-ehad, "en un seul". Rabbi Yehouda détache ces mots du reste du verset et y lit l'interdit d'abattre pour une seule personne.
Rabbi Yossi répète sa règle en baraita : l'aptitude à manger un kezayit décide, que l'on soit un ou dix. Tossefot : sur les dix qui ne mangent pas, Rabbi Yehouda dit la même chose. Le désaccord reste l'individu qui, lui, peut manger.
Et Rabbi Yossi, ce "en un seul", qu'en fait-il ? Il lui est nécessaire pour ce que dit Rabbi Chimon.
Car on enseigne : Rabbi Chimon dit : d'où tient-on, pour celui qui sacrifie son Pessa'h sur une bamat yahid (autel d'un particulier), au temps de l'interdiction des bamot, qu'il tombe sous un lo taasse (interdit négatif) ?
Rabbi Yossi ne laisse pas be-ehad à l'individu. Il le garde pour la bamat yahid : offrir le Pessa'h sur un autel privé, quand les bamot sont interdites, est un lo taasse.
Rachi : on ne parle pas d'une bamat tzibbur, qui n'existe pas pendant l'interdit. L'interdit court après le choix de Chilo, s'interrompt après sa ruine, et reprend sans retour quand le Temple est bâti. Le karet des abattages extérieurs ne joue pas ici : avant midi, le Pessa'h est mehussar zeman, pas encore recevable dans le sanctuaire. Le verset des chehoutei hutz ne frappe que ce qui était apte à entrer. Notre verset laisse au moins le lo taasse, puisque après midi il deviendra apte.
Tossefot note une autre place possible pour le mot : l'enseignement de Pessahim 79b, où un seul homme ne fait pas basculer le sort du tzibbur.
Le verset dit : "Tu ne pourras sacrifier le Pessa'h en un seul de tes portes." On pourrait penser : même au temps de la permission des bamot, il en est ainsi. Le verset dit : "en un seul de tes portes." On ne l'a dit qu'à l'heure où tout Israël entre par une seule porte.
La hava amina : au temps où les bamot sont permises, elles ne le sont que pour un neder ou une nedava. Le Pessa'h est une obligation. On aurait donc maintenu le lo taasse même alors.
Le verset ferme cette lecture. Be-ehad she'arekha ne vise que l'heure où tout Israël entre par une seule porte, le sanctuaire unique. C'est le temps de l'interdit des bamot.
Et Rabbi Yehouda, d'où tient-il cela ? Tu apprends les deux choses de ce mot.
Cela, c'est le lo taasse de la bamat yahid. Rabbi Yehouda a déjà employé be-ehad pour l'individu. La Guemara répond qu'un seul tour du mot porte les deux halakhot. Elle ne détaille pas ici comment les mots se partagent.
Et pour Rabbi Yossi, d'où sait-on que c'est pour ce que dit Rabbi Chimon ? Peut-être vient-il pour ce que dit Rabbi Yehouda.
Il te dit : cela ne te vient pas à l'esprit, car il est écrit : "un homme selon ce qu'il mange."
Pourquoi be-ehad irait-il à la bama plutôt qu'à l'individu ? Rabbi Yossi répond par Chemot 12:4 : ish lefi okhlo, un homme selon ce qu'il mange. Le singulier "homme" permet d'abattre pour un seul, s'il peut manger.
Rachi juge l'objection faible : chaque maître peut lire le verset à sa façon. L'apport du passage est d'exposer la source de Rabbi Yossi.
Rav Oukva bar Hinana, de Perishna, oppose ceci à Rava : Rabbi Yehouda a-t-il dit qu'on n'abat pas le Pessa'h pour un individu ? Et l'on oppose : une femme, au premier, on abat pour elle seule, et au second on la fait tefela (rattachée) à d'autres.
Parole de Rabbi Yehouda. Il lui a dit : ne dis pas "pour elle seule".
Dis : "pour elles seules".
La baraita, au nom de Rabbi Yehouda, abat au premier Pessa'h pour une femme seule. Cela heurte sa michna, qui refuse l'individu. Au Pessa'h cheni, elle ne fait qu'être jointe à d'autres. Rachi : le premier est une obligation pour elle, le second est facultatif.
Rava ne change que la finale du mot. Bifnei atzmah, pour elle seule, devient bifnei atzman, pour elles seules : un groupe de femmes, plus un individu.
Il lui a dit : fait-on une havoura tout entière de femmes ? Or nous avons enseigné : on ne fait pas de havoura de femmes, d'esclaves et de mineurs.
N'est-ce pas : des femmes seules, des esclaves seuls, et des mineurs seuls ? Il lui a dit : non, des femmes et des esclaves et des mineurs.
Des femmes et des esclaves, à cause de la tiflout (inconduite). Des mineurs et des esclaves, à cause de
Rav Oukva lit la michna comme trois interdits : femmes seules, esclaves seuls, mineurs seuls. Une havoura de femmes, celle que Rava vient d'introduire, serait interdite.
Rava lit un mélange. Femmes et esclaves : la tiflout. Rachi glose : une transgression. Mineurs et esclaves : l'amud s'arrête sur "à cause de".
Tossefot explique l'heure de la question. "Pour elle seule" passait, car une seule femme, on abat pour elle. "Pour elles seules" vise beaucoup de femmes. Elles comptent l'une sur l'autre, elles ne gardent pas le Pessa'h, il devient passoul.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).