Pesachim 93a - Le second Pessah : qui le fait, et le karet

Pesachim 93a

Sougya : L'amud ouvre sur la comparaison de Rabbi Akiva, reprise par Rav Chechet : l'impur et l'homme en chemin éloigné ont été écartés alors qu'ils pouvaient agir. Rav Nahman répond que Rabbi Akiva refuse l'abattage pour l'impur d'un sheretz, alors que lui l'admet, et qu'on ne transporte pas sur le chemin éloigné le sort de l'impur d'un mort.

Une baraïta énumère ceux qui font le second, puis lit " chemin éloigné " comme une exemption du karet, selon l'avis que l'offrande a été agréée. Rabbi, Rabbi Natan et Rabbi Hananya ben Akavya mesurent ensuite ce karet : fête à part, complément qui ne répare pas, ou réparation du premier.

Les trois lisent le même verset, Nombres 9, 13.

Qui fait le second Pessa'hBaraïta. La liste dépasse les deux cas du verset.Impureté longuezav, zava, tsaraatniddah, boel niddah, yoledetRachi : l'impureté dureLe tamei du verset : un mortLes deux cas du versettamei nefechchemin éloignéNommé pour une raison préciseVoir le schéma suivantOmission du premiershogeg : inadvertanceanus : contraintemezid : volontéLes femmes, au secondRabbi Yosse : hovaOn abat pour elles à partR. Yehouda et R. Chimon : reshouut
Qui fait le second : impuretés longues, omissions, les deux cas du verset, et le statut des femmes.
Trois avis sur le karetLe second est-il une fête, un complément, ou une réparation ?RabbiRegel à partKaret sur le premierKaret sur le secondDeux peines, un seul hommeOn ne les exécute pas deux foisInadvertance et volontésur les deux dates : passibleGer et mineurdevenus tenus entre les deuxTenus au secondObligation propreRabbi NatanTashloumin du premierNe répare pas le karetdu premierPassible pour le premiermême s'il fait le secondExempt pour le secondsi le premier étaitune inadvertanceHors du premierhors du secondPas d'obligation propreR. Hananya b. AkavyaTakana du premierLe second sort du karetmême le volontairePassible pour le premierseulement s'il ometaussi le secondSecond fait, ouinadvertance au secondExempt entièrementLe volontaire du secondachève le karet du premierRachi, sur cet avis
Rabbi : karet sur chaque date. Rabbi Natan : le second ne répare pas. Rabbi Hananya : le second sort du karet.
Nombres 9, 13 : lecture de RabbiLes trois partent de ce verset. L'amud détaille Rabbi.Il s'est abstenuLe premierElle seraretranchéeKaret du premierki = siQuatre sensIci : une phrasenouvelleRachiOffrande omiseen son tempsLe secondOffrande de HachemClause à partIl porterason péchéEst-ce le karet ?Question ouvertesur cet amud
Rabbi coupe le verset : abstention au premier, puis " si " l'offrande manque au second. " Il portera son péché " reste en question.
1
מַה טָמֵא, שֶׁסִּפֵּק בְּיָדוֹ לַעֲשׂוֹת וְאֵינוֹ עוֹשֶׂה. אַף דֶּרֶךְ רְחוֹקָה נָמֵי, שֶׁסִּפֵּק בְּיָדוֹ לַעֲשׂוֹת וְאֵינוֹ עוֹשֶׂה!

Comme l'impur, qui a en son pouvoir de le faire et ne le fait pas, le chemin éloigné aussi, qui a en son pouvoir de le faire et ne le fait pas.

📜 Rachi (3)
מַה טָמֵא שֶׁיֵּשׁ סִפֵּק בְּיָדוֹ לַעֲשׂוֹת אִי לָאו דְּדַחְייֵהּ רַחֲמָנָא דְּהָא קַמַּן קָאֵי:
Comme l'impur, qui a en son pouvoir de le faire : si la Torah ne l'avait pas écarté, puisqu'il se tient ici, devant nous.
וְאֵינוֹ עוֹשֶׂה דְּקָא אָסַר לֵיהּ רַחֲמָנָא לַעֲשׂוֹת:
Et il ne le fait pas : car la Torah lui a interdit de le faire.
אַף דֶּרֶךְ רְחוֹקָה שֶׁסָּפֵק בְּיָדוֹ לַעֲשׂוֹת שֶׁהָיָה לוֹ שְׁלוּחִים לְשַׁלַּח וְקָאָמַר רַחֲמָנָא דְּאֵינוֹ עוֹשֶׂה דְּמִדְחָהּ דְּחִיָּיה:
Le chemin éloigné aussi, qui a en son pouvoir de le faire : il avait des mandataires à envoyer, et la Torah dit qu'il ne le fait pas, car elle l'a écarté.
🗂️ Tossefot (1)
ה"ג בְּכָל הַסְּפָרִים וְכֵן גָּרְסִינַן בְּסִפְרֵי (פַּר' בְּהַעֲלוֹתְךָ) מַה טָמֵא שֶׁאֵין סָפֵק בְּיָדוֹ כו' וּמִיתְנֵי הָתָם אַפְּלוּגְתָּא דר"א ור"ע וּמַייְתִי ר"ע רְאָיָה לִדְבָרָיו מַה טָמֵא שֶׁאֵין סִפֵּק בְּיָדוֹ לַעֲשׂוֹת מִפְּנֵי טֻומְאָה אַף דֶּרֶךְ רְחוֹקָה שֶׁאֵין סִפֵּק בְּיָדוֹ לַעֲשׂוֹת שֶׁרָחוֹק כ"כ שֶׁאֵין יָכוֹל לָבֹא בִּשְׁעַת שְׁחִיטָה לְעֻולָּא אוֹ בִּשְׁעַת אֲכִילָה לְרַב יְהוּדָה וּמַייְתִי לָהּ רַב שֵׁשֶׁת מִדְּקָאָמַר וְאֵינוֹ עוֹשֶׂה מַשְׁמַע דְּלָא הוּרְצָה דִּלְכָל מִילֵּי יָלֵיף דֶּרֶךְ רְחוֹקָה מִטָּמֵא וּמְשַׁנֵּי רַב נַחְמָן דר"ע סָבַר אֵין שׁוֹחֲטִין וְזוֹרְקִין וּלְכָךְ יָלֵיף דֶּרֶךְ רְחוֹקָה מִטָּמֵא דְּתַרְוַיְיהוּ חֲזוּ בִּשְׁעַת אֲכִילָה וְלָא חֲזוּ בִּשְׁעַת שְׁחִיטָה וּלְדִידֵיהּ נָמֵי אִם זָרַק לֹא הוּרְצָה אֲבָל אֲנָא סְבִירָא לִי שׁוֹחֲטִין וְזוֹרְקִין וְהַשְׁתָּא לֵיכָּא לְמֵילַף דְּלָא הוּרְצָה בְּדֶרֶךְ רְחוֹקָה כְּמוֹ בְּטָמֵא מֵת דְּשָׁאנֵי טְמֵא מֵת דְּלָא חֲזִי בִּשְׁעַת אֲכִילָה וְרַב שֵׁשֶׁת סָבַר נָמֵי שׁוֹחֲטִין דְּאֵין סְבָרָא שֶׁיַּחֲלֹוקוּ בָּזֶה אֶלָּא דְּסָבְרִי דר"ע גָּמַר מִטַּמֵּא מֵת אע"ג דְּלָא דָּמֵי לֵיהּ כ"כ וְנִרְאֶה לר"י דְּלָאו מֵהֶיקֵּשָׁא יָלֵיף דֶּרֶךְ רְחוֹקָה מְטַמֵּא אֶלָּא בְּמַה מָצִינוּ דְּאִי מֵהֶיקֵּשָׁא מַאי קָא מְשַׁנֵּי רַב נַחְמָן דְּסָבַר שׁוֹחֲטִין מ"מ נִיגְמַר מִינֵּיהּ דְּאֵין מְשִׁיבִין עַל הַהֶיקֵּשׁ וק"ק לר"י דְּאִי לָאו הֶיקֵּשָׁא הוּא אִיכָּא טוּבָא לְמִיפְרַךְ:
Voici la leçon dans tous les livres, et ainsi lit-on dans le Sifrei (paracha Behaalotkha) : " Comme l'impur, qui n'a pas en son pouvoir ", etc. On l'enseigne là sur le débat de Rabbi Eliezer et de Rabbi Akiva. Rabbi Akiva en tire une preuve : comme l'impur, qui n'a pas en son pouvoir de le faire à cause de l'impureté, ainsi le chemin éloigné, qui n'a pas en son pouvoir de le faire, car il est éloigné au point de ne pouvoir arriver au moment de la chehita (abattage) selon Oula, ou au moment de l'akhilah (consommation) selon Rav Yehouda. Rav Chechet l'apporte de ce qu'il dit " et il ne le fait pas ", ce qui implique que cela n'a pas été agréé (lo horatza) : pour toute matière, il apprend le chemin éloigné de l'impur. Rav Nahman répond : Rabbi Akiva tient qu'on n'abat pas et qu'on n'asperge pas. C'est pour cela qu'il apprend le chemin éloigné de l'impur : tous deux sont aptes au moment de l'akhilah et inaptes au moment de la chehita ; selon lui aussi, si l'on a aspergé, cela n'a pas été agréé. Moi, je tiens qu'on abat et qu'on asperge. Dès lors, on n'apprend plus que le chemin éloigné resterait non agréé comme l'impur d'un mort : l'impur d'un mort, lui, est inapte au moment de l'akhilah. Rav Chechet tient lui aussi qu'on abat : leur divergence ne porte pas sur ce point. Ils tiennent que Rabbi Akiva apprend de l'impur d'un mort, bien que le cas lui ressemble peu. Le Ri lit cet apprentissage comme un mah matsinu (analogie : de même que nous trouvons). S'il s'agissait d'un hekesh (rapprochement de versets), la réponse de Rav Nahman, qui tient qu'on abat, ne suffirait pas : on apprendrait de toute façon, car un hekesh ne reçoit pas de réplique. Et c'est un peu difficile pour le Ri : hors d'un hekesh, les objections sont nombreuses.
💡 Explication

Suite de Rav Chechet, à la fin de 92b. Rabbi Akiva rapproche l'impur et le chemin éloigné. L'impur est là : sans l'écart de la Torah, il ferait le premier. L'homme éloigné a des mandataires. Dans les deux cas, il a en son pouvoir d'agir, et la Torah l'écarte. Pour Rav Chechet, l'offrande n'est pas agréée.

ספק בידו veut dire : c'est en son pouvoir. Tossefot rappelle la leçon du Sifrei : " qui n'a pas en son pouvoir ". Rabbi Akiva vise alors celui qui est trop loin pour la chehita (Oula) ou pour l'akhilah (Rav Yehouda).

Le Ri parle d'un mah matsinu. Un hekesh ne laisserait pas place à la réponse de Rav Nahman.

2
וְרַב נַחְמָן אָמַר לָךְ: רַבִּי עֲקִיבָא לְטַעְמֵיהּ, דְּקָסָבַר: אֵין שׁוֹחֲטִין וְזוֹרְקִין עַל טְמֵא שֶׁרֶץ. וַאֲנָא סְבִירָא לִי כְּמַאן דְּאָמַר: שׁוֹחֲטִין וְזוֹרְקִין עַל טְמֵא שֶׁרֶץ.

Et Rav Nahman te dirait : Rabbi Akiva suit son avis, car il tient qu'on n'abat pas et qu'on n'asperge pas pour un impur d'un sheretz (bestiole impure). Et moi, je tiens comme celui qui dit : on abat et on asperge pour un impur d'un sheretz.

📜 Rachi (1)
ר"ע סָבַר אֵין שׁוֹחֲטִין וְזוֹרְקִין עַל טְמֵא שֶׁרֶץ ואע"ג דַּחֲזֵי לְאֻורְתָּא וְהַאי סָפֵק דְּקָאָמַר ה"ק מַה טָמֵא שֶׁסִּפֵּק בְּיָדוֹ לַעֲשׂוֹת דַּחֲזֵי לְמֵיכַל לְאֻורְתָּא וַאֲפִילּוּ הָכֵי אֵין שׁוֹחֲטִין וְזוֹרְקִין עָלָיו וַאֲנַן ס"ל שׁוֹחֲטִין וְזוֹרְקִין הִלְכָּךְ הַאי נָמֵי דְּיָכוֹל לִיכָּנֵס בִּשְׁעַת אֲכִילָה שׁוֹחֲטִין וְזוֹרְקִין עָלָיו:
Rabbi Akiva tient qu'on n'abat pas et qu'on n'asperge pas pour un impur d'un sheretz, bien qu'il soit apte pour le soir. Et ce " en son pouvoir " qu'il a dit, voici le sens : comme l'impur, qui a en son pouvoir de le faire, car il est apte à manger le soir, et malgré cela on n'abat pas et on n'asperge pas pour lui. Nous tenons, nous, qu'on abat et qu'on asperge. Dès lors, celui-ci aussi, qui peut entrer au moment de l'akhilah, on abat et on asperge pour lui.
🗂️ Tossefot (1)
רַבִּי עֲקִיבָא סָבַר אֵין שׁוֹחֲטִין וְזוֹרְקִין תֵּימַהּ מְנָא לֵיהּ דְּהָא לְעֵיל (פְּסָחִים דַּף צ:) אָמַר דְּמ"ד אֵין שׁוֹחֲטִין סָבַר לַהּ כְּרַבִּי יִצְחָק דְּאָמַר טְמֵאֵי מֵתִים הָיוּ שֶׁחָל כו' וְקָדָרֵישׁ בַּיּוֹם הַהוּא אֵין יְכוֹלִים לַעֲשׂוֹת הָא לְמָחָר יְכוֹלִים וְאִילּוּ ר"ע בְּפֶרֶק הַיָּשֵׁן (סֻוכָּה ד' כה:) לֵית לֵיהּ דְּרַבִּי יִצְחָק:
Rabbi Akiva tient qu'on n'abat pas et qu'on n'asperge pas. Difficulté : d'où le tient-il ? Plus haut (Pessahim 90b), on a dit que celui qui tient qu'on n'abat pas le tient comme Rabbi Its'hak, qui a dit : c'étaient des impurs d'un mort, dont le septième jour tombait, etc. Et il explique : " en ce jour-là, ils ne peuvent pas le faire ; le lendemain, ils le peuvent ". Or Rabbi Akiva, dans le chapitre Ha-yachen (Souka 25b), ne tient pas l'enseignement de Rabbi Its'hak.
💡 Explication

Rav Nahman se sépare de Rabbi Akiva. Rabbi Akiva refuse la chehita et la zerika (aspersion) pour un tamei sheretz, pourtant apte le soir : l'inapte au moment de l'abattage est écarté, même s'il pourra manger.

Rav Nahman suit l'avis qui permet d'abattre et d'asperger. Le chemin éloigné, apte à l'akhilah, entre dans cet avis. L'impur d'un mort, inapte le soir, ne sert plus de modèle pour dire que l'offrande du chemin éloigné n'est pas agréée.

Tossefot : en 90b, " on n'abat pas " suivait Rabbi Its'hak (impurs d'un mort, septième jour la veille de Pessa'h). En Souka 25b, Rabbi Akiva ne le suit pas.

🖼️ Schéma
Rav Nahman répond à la comparaisonL'impur d'un sheretz et le chemin éloigné.Rabbi AkivaOn n'abat pas, on n'asperge paspour un impur d'un sheretzApte le soirInapte au moment de la chehitaS'il y a aspersion : pas agrééIl apprend le chemin éloignéde l'impurRav NahmanOn abat et on aspergepour un impur d'un sheretzChemin éloigné, apte à mangerOn abat et on asperge pour luiL'impur d'un mortreste inapte le soirLe modèle s'arrête
Rabbi Akiva refuse l'abattage pour l'impur d'un sheretz. Rav Nahman l'admet, et le chemin éloigné n'est plus calqué sur l'impur d'un mort.
3
תָּנוּ רַבָּנַן, אֵלּוּ שֶׁעוֹשִׂין אֶת הַשֵּׁנִי: הַזָּבִין וְהַזָּבוֹת, הַמְצֹורָעִין וְהַמְצֹורָעוֹת, [וְנִדּוֹת] וּבוֹעֲלֵי נִדּוֹת וְהַיּוֹלְדוֹת, הַשּׁוֹגְגִין וְהָאֲנוּסִין וְהַמְּזִידִין, וְטָמֵא וְשֶׁהָיָה בְּדֶרֶךְ רְחוֹקָה.

Les Sages ont enseigné : voici ceux qui font le second : les zavim et les zavot (hommes et femmes en flux), les hommes atteints de tsaraat et les femmes atteintes de tsaraat, [et les niddot], les boalei niddot (hommes ayant eu un rapport avec une niddah), les yoledot (accouchées), les shogegim (inadvertants), les anoussim (contraints), les mezidim (volontaires), l'impur, et celui qui était en chemin éloigné.

📜 Rachi (2)
וּבוֹעֲלֵי נִדּוֹת שֶׁכָּל אֵלּוּ טֻומְאָה אֲרֻוכָּה:
Et les boalei niddot : car tous ceux-là ont une impureté longue.
וְטָמֵא לְנֶפֶשׁ:
Et l'impur : d'une personne (impureté contractée par un mort).
💡 Explication

Baraïta citée pour Rav Nahman. La liste va au-delà des deux cas écrits dans le verset. Impuretés qui durent : zav, zava, tsaraat, niddah, boel niddah, yoledet. Puis trois façons d'avoir manqué le premier : shogeg, anus, mezid.

Rachi : le tamei de la liste est l'impur d'un mort. Le chemin éloigné ferme l'énumération.

4
אִם כֵּן לָמָּה נֶאֱמַר ״טָמֵא״? לָמָּה נֶאֱמַר?! דְּאִי בָּעֵי לְמִיעְבַּד בָּרִאשׁוֹן לָא שָׁבְקִינַן לֵיהּ! אֶלָּא: אִם כֵּן, לָמָּה נֶאֱמַר ״בַּדֶּרֶךְ רְחוֹקָה״ — לְפָוטְרוֹ מִן הַכָּרֵת. וּכְמַאן דְּאָמַר הוּרְצָה.

S'il en est ainsi, pourquoi est-il dit " impur " ? Pourquoi est-il dit ?

Car s'il veut le faire au premier, on ne le lui laisse pas. Plutôt, s'il en est ainsi, pourquoi est-il dit " en chemin éloigné " : pour l'exempter du karet.

Et selon celui qui dit : cela a été agréé.

📜 Rachi (3)
וא"כ דְּאַף אֵלּוּ עוֹשִׂים אֶת הַשֵּׁנִי:
Et s'il en est ainsi : que ceux-là aussi font le second.
לָמָּה נֶאֱמַר טָמֵא בִּתְמִיהַּ:
Pourquoi est-il dit " impur " : sur le ton de l'étonnement.
אֶלָּא לָמָּה נֶאֱמַר דֶּרֶךְ רְחוֹקָה אִי מִשּׁוּם דְּאִי בָּעֵי לְמֶיעְבַּד לָא תַּעֲבִיד הָא בְּדֶרֶךְ רְחוֹקָה הוּא וְא"ת שֶׁלֹּא יִשְׁלַח פִּסְחוֹ וְכִדְרַב שֵׁשֶׁת הַאי תַּנָּא לֵית לֵיהּ אֶלָּא כְּרַב נַחְמָן סְבִירָא לֵיהּ דְּאָמַר הוּרְצָה דְּאִי כְּרַב שֵׁשֶׁת אִיצְטְרִיךְ דֶּרֶךְ רְחוֹקָה לְמֵימַר דְּאִי בָּעֵי לָא לֶיעֱבֵיד:
Plutôt, pourquoi est-il dit " chemin éloigné ". Si c'est parce que, voulant le faire, il ne doit pas le faire : il est en chemin éloigné. Et si tu dis qu'il n'enverra pas son Pessa'h, comme Rav Chechet : ce tanna ne tient pas cela. Il tient comme Rav Nahman, qui dit que cela a été agréé. Car selon Rav Chechet, " chemin éloigné " serait nécessaire pour dire que, s'il veut, il ne le fasse pas.
🗂️ Tossefot (2)
דְּאִי בָּעֵי לְמֶיעְבַּד לָא שָׁבְקִינַן לֵיהּ תֵּימַהּ הוֹאִיל וּסְבִירָא לֵיהּ לְהַאי תַּנָּא שׁוֹחֲטִין עַל טְמֵא שֶׁרֶץ מִדְּקָאָמַר לְפָוטְרוֹ מֵהִיכָּרֵת מַשְׁמַע מִכָּרֵת פָּטוּר אֲבָל אִם זָרַק הוּרְצָה ומ"ד הוּרְצָה אַסִּיקְנָא לְעֵיל (פְּסָחִים דַּף פֹּא.) דְּסָבַר שׁוֹחֲטִין וְזוֹרְקִין אִם כֵּן טָמֵא דִּקְרָא שֶׁאֵינוֹ יָכוֹל לֶאֱכֹול בַּלַּיְלָה וְהֵיכִי קָאָמַר הַתַּלְמוּדָא דִּלְהָכִי כַּתְבֵיהּ דְּאִי בָּעֵי לְמֶיעְבַּד לָא שָׁבְקִינַן לֵיהּ פְּשִׁיטָא דְּלָא שָׁבְקִינַן לֵיהּ כֵּיוָן דְּלָא חֲזִי לְמֵיכַל א] וּמִלְּפִי אָכְלוּ נָפְקָא דְּטָמֵא נָמֵי נָפֵק' לָן מֵהָתָם כִּדְאָמַר בפ"ב דִּזְבָחִים (דַּף כג.) וְי"ל דְּוַדַּאי קְרָא לָא אִיצְטְרִיךְ לְהָכֵי אֶלָּא פָּרֵיךְ מִשּׁוּם דְּקָתָנֵי לָמָּה נֶאֱמַר טָמֵא לְפָוטְרוֹ מֵהִיכָּרֵת דְּמַשְׁמַע מִכָּרֵת פָּטוּר אֲבָל אִי בָּעֵי לְמֶיעְבַּד מָצֵי עָבֵיד הִלְכָּךְ פָּרֵיךְ הָא אִי בָּעֵי לְמֶיעְבַּד לָא שָׁבְקִינַן לֵיהּ וְהַשְׁתָּא טָמֵא לָא אִיצְטְרִיךְ לְמִיכְתַּב אֶלָּא לְאַשְׁמְעִינַן דְּאִישׁ נִדְחֶה וְאֵין צִיבּוּר נִדְחִין וְנִרְאֶה לר"י דְּמִמַּתְנִיתִין דְּקָתָנֵי שֶׁאֵלּוּ פְּטוּרִין מֵהִיכָּרֵת לֵיכָּא לְמֵידַק כְּרַב נַחְמָן מִדְּקָתָנֵי פְּטוּרִין מִכְּלָל דְּאִם זָרַק הוּרְצָה דה"ה אִם זָרַק לֹא הוּרְצָה וְאַיְּידֵי דְּקָתָנֵי סֵיפָא חַיָּיבִין תְּנָא רֵישָׁא פְּטוּרִין וְאָתֵי שַׁפִּיר דִּלְעֵיל מַיְיתֵי רְאָיָה מִמַּתְנִיתִין לְרַב שֵׁשֶׁת:
S'il veut le faire, on ne le lui laisse pas. Difficulté : puisque ce tanna tient qu'on abat pour un impur d'un sheretz, de ce qu'il dit " pour l'exempter du karet ", ce qui implique qu'il est exempt du karet, tandis que si l'on a aspergé, cela a été agréé. Et celui qui dit que cela a été agréé, on a conclu plus haut (Pessahim 81a) qu'il tient qu'on abat et qu'on asperge. Dès lors, l'impur du verset est celui qui ne peut pas manger la nuit. Comment le Talmud dit-il qu'on a écrit le mot pour ceci : s'il veut le faire, on ne le lui laisse pas ? C'est évident, puisqu'il est inapte à manger. Et cela sort de " chacun selon ce qu'il mange " ; l'impur aussi, on le fait sortir de là, comme on le dit au chapitre 2 de Zevahim (23a). On répondra : le verset n'était certes pas nécessaire pour cela. Il objecte parce qu'on enseigne " pourquoi est-il dit impur, pour l'exempter du karet ", ce qui implique qu'il est exempt du karet, et que s'il veut le faire, il le peut. C'est pourquoi il objecte : or, s'il veut le faire, on ne le lui laisse pas. Dès lors, " impur " n'est écrit que pour nous apprendre qu'un particulier est écarté (nidheh) et que le public ne l'est pas. Il paraît au Ri que, de notre michna qui enseigne " ceux-là sont exempts du karet ", on ne déduit pas l'avis de Rav Nahman, comme si " exempts " impliquait que l'aspersion a été agréée. Le même mot vaudrait si l'aspersion n'avait pas été agréée. Et puisque la fin enseigne " passibles ", le début enseigne " exempts ". Cela s'accorde : plus haut, on apporte une preuve de la michna pour Rav Chechet.
אֶלָּא לָמָּה נֶאֱמַר דֶּרֶךְ רְחוֹקָה כּוּ' קָשֶׁה לְרַב יְהוּדָה דְּאָמַר לְקַמָּן אֵיזֶהוּ דֶּרֶךְ רְחוֹקָה כֹּל שֶׁאֵין יָכוֹל לִיכָּנֵס בִּשְׁעַת אֲכִילָה דֶּרֶךְ רְחוֹקָה דִּכְתַב רַחֲמָנָא לָמָּה לִי פְּשִׁיטָא דְּפָטוּר דְּהָא לָא חֲזִי לַאֲכִילָה וְאִי מִשּׁוּם דְּיָכוֹל לִיכָּנֵס בְּסוּסִים וּבִפְרָדִים א"כ לְקַמָּן דְּקָתָנֵי הָיָה חוּץ לַמּוֹדִיעִים וְיָכוֹל לִיכָּנֵס בְּסוּסִים וּבִפְרָדִים יָכוֹל יְהֵא חַיָּיב ת"ל וּבְדֶרֶךְ לֹא הָיָה וְאַמַּאי אִיצְטְרִיךְ הַהוּא קְרָא הָא לָא אִיצְטְרִיךְ לְמִיכְתַּב כְּלָל דֶּרֶךְ רְחוֹקָה אֶלָּא מִשּׁוּם הֵיכָא דְּיָכוֹל לִיכָּנֵס בְּסוּסִים וּבַפְּרָדִים וְאֵין לוֹמַר דס"ד דְּחַייָּב כָּרֵת עַל מַה שֶׁהִרְחִיק עַצְמוֹ דְּאִם כֵּן מַאי פָּרִיךְ לָמָּה נֶאֱמַר טָמֵא דְּאִי בָּעֵי לְמֶיעְבַּד לָא שָׁבְקִינַן לֵיהּ הָא שַׁפִּיר קָאָמַר דְּנֹאמַר לְפָוטְרוֹ מִכָּרֵת דס"ד דְּלִיחַייַּב עַל מַה שֶׁטִּימֵּא עַצְמוֹ וְנִרְאֶה לְרַשְׁבָּ"א דְּטָמֵא וְדֶרֶךְ רְחוֹקָה אִיצְטְרִיךְ לְמִיכְתַּב דְּלָא נֵימָא כֵּיוָן דְּלָא חֲזֵי בָּרִאשׁוֹן לָא לֶיעֱבֵד בַּשֵּׁנִי וְסָבַר כְּרַבִּי נָתָן דִּשְׁנֵי תַּשְׁלוּמִין דְּרִאשׁוֹן הוּא:
Plutôt, pourquoi est-il dit " chemin éloigné ", etc. C'est difficile pour Rav Yehouda, qui dit plus bas : qu'est-ce qu'un chemin éloigné ? Tout cas où l'on ne peut pas entrer au moment de l'akhilah. À quoi sert " chemin éloigné " écrit par la Torah ? L'exemption est évidente : il est inapte à l'akhilah. Et si le mot vise celui qui peut entrer avec des chevaux et des mulets : plus bas, on enseigne : il était au-delà de Modiim et peut entrer avec des chevaux et des mulets ; on pourrait penser qu'il est passible ; le verset dit : " et il n'était pas en chemin ". Pourquoi ce verset ? " Chemin éloigné " n'aurait été écrit que pour le cas des chevaux et des mulets. On ne dira pas non plus qu'on aurait pensé le rendre passible du karet pour s'être éloigné lui-même. Sinon, que devient l'objection " pourquoi est-il dit impur, car s'il veut le faire on ne le lui laisse pas " ? Le tanna aurait bien parlé : le mot exempte du karet, car on aurait pensé le rendre passible pour s'être rendu impur lui-même. Il paraît au Rachba que " impur " et " chemin éloigné " devaient être écrits, afin qu'on ne dise pas : puisqu'il était inapte au premier, il ne fera pas le second. Et ce tanna tient comme Rabbi Natan, pour qui le second est un tashloumin (complément) du premier.
💡 Explication

La question " pourquoi impur " ne tient pas : s'il veut faire le premier, on le lui refuse. La question qui reste porte sur chemin éloigné : le mot l'exempte du karet. La baraïta suit donc horatza, l'avis de Rav Nahman : l'offrande faite pour lui a été agréée.

Rachi : selon Rav Chechet, le même mot servirait à interdire d'envoyer son Pessa'h.

Tossefot : " impur " enseigne qu'un particulier est nidheh (écarté) et que le public ne l'est pas. Le Ri refuse de tirer horatza du seul mot " exempts " de la michna. Le Rachba : les deux mots empêchent de conclure que l'inapte au premier laisse aussi le second, dans la ligne de Rabbi Natan.

🖼️ Schéma
Pourquoi ces mots sont-ils écrits ?La baraïta suit l'avis : cela a été agréé.ImpurLa question tombeS'il veut faire le premieron ne le lui laisse pasTossefot : un particulier est écartéLe public ne l'est pasChemin éloignéPour l'exempter du karetComme Rav NahmanL'offrande a été agrééeSelon Rav Chechet, le mot interdiraitd'envoyer son Pessa'h
" Impur " : on ne lui laisse pas le premier. " Chemin éloigné " : exemption du karet, selon l'avis que l'offrande a été agréée.
5
אִשָּׁה בַּשֵּׁנִי מִי מִיחַייְּבָא? וְהָא תַּנְיָא: יָכוֹל לֹא יְהוּ עוֹשִׂין אֶת הַשֵּׁנִי אֶלָּא טְמֵא נֶפֶשׁ וְשֶׁהָיָה בְּדֶרֶךְ רְחוֹקָה. זָבִין וּמְצֹורָעִין וּבוֹעֲלֵי נִדּוֹת מִנַּיִן? תַּלְמוּד לוֹמַר: ״אִישׁ אִישׁ״.

Une femme, au second, est-elle tenue ? Or on a enseigné : on pourrait penser qu'ils ne font le second que l'impur d'une personne et celui qui était en chemin éloigné.

Les zavim, les hommes atteints de tsaraat et les boalei niddot, d'où ? Le verset dit : " ich ich " (un homme, un homme).

📜 Rachi (2)
מִי מְחַיְּיבָא דְּקָתָנֵי נִדּוֹת וְיוֹלְדוֹת:
Est-elle tenue : car on enseigne les niddot et les yoledot.
יָכוֹל לֹא יְהוּ כו' וְלָא קָתָנֵי זָבוֹת וְיוֹלְדוֹת:
On pourrait penser qu'ils ne feraient pas, etc. : et l'on n'enseigne ni les zavot ni les yoledot.
💡 Explication

La première baraïta a nommé des femmes : niddot, yoledot. Une autre baraïta n'étend le second, par le redoublement ich ich, qu'à des hommes : zavim, metzoraïm, boalei niddot. D'où la question : une femme est-elle tenue au second ?

6
לָא קַשְׁיָא: הָא — רַבִּי יוֹסֵי, הָא — רַבִּי יְהוּדָה וְרַבִּי שִׁמְעוֹן.

Pas de difficulté : celle-ci, Rabbi Yosse ; celle-là, Rabbi Yehouda et Rabbi Chimon.

📜 Rachi (2)
הָא רַבִּי יוֹסֵי דְּאָמַר בְּפִירְקִין דִּלְעֵיל (פְּסָחִים דַּף צֵא:) נָשִׁים בַּשֵּׁנִי שׁוֹחֲטִין עֲלֵיהֶן בִּפְנֵי עַצְמָן:
Celle-ci, Rabbi Yosse : qui a dit dans notre chapitre précédent (Pessahim 91b) que, pour les femmes au second, on abat pour elles à part.
הָא ר"י ור"ש דְּאָמְרִי רְשׁוּת:
Celle-là, Rabbi Yehouda et Rabbi Chimon : qui disent que c'est une reshouut (faculté).
🗂️ Tossefot (1)
לָא קַשְׁיָא הָא ר' יוֹסֵי תֵּימַהּ דְּמוּקֵי הַךְ בָּרַייְתָא דְּסָבַר שׁוֹחֲטִין וְזוֹרְקִין עַל טְמֵא שֶׁרֶץ כְּר' יוֹסֵי וּבְפֶ' כֵּיצַד צוֹלִין (לְעֵיל פְּסָחִים דַּף פֹּא.) גַּבֵּי טֻומְאַת הַתְּהוֹם מַסִּיק דְּקָסָבַר ר' יוֹסֵי אֵין שׁוֹחֲטִין וְזוֹרְקִין כּוּ' וְי"ל דְּהָכָא לָא מוֹקֵי לָהּ כְּר' יוֹסֵי אֶלָּא בְּמַאי דְּסָבַר דְּנָשִׁים בַּשֵּׁנִי חוֹבָה:
Pas de difficulté, celle-ci est de Rabbi Yosse. Difficulté : il établit cette baraïta, qui tient qu'on abat et qu'on asperge pour un impur d'un sheretz, selon Rabbi Yosse. Or, dans le chapitre Keitsad tsolin (plus haut, Pessahim 81a), au sujet de la toumat ha-tehom (impureté des profondeurs), on conclut que Rabbi Yosse tient qu'on n'abat pas et qu'on n'asperge pas, etc. On répondra : ici, on ne l'établit selon Rabbi Yosse que sur ce point : les femmes, au second, sont une hova (obligation).
💡 Explication

Les deux baraïtot suivent deux avis déjà vus en 91b. Rabbi Yosse : au second, les femmes sont une hova ; on abat pour elles à part. Rabbi Yehouda et Rabbi Chimon : c'est une reshouut.

Tossefot limite le rattachement. Il porte sur l'obligation des femmes, pas sur l'abattage pour un tamei sheretz. En 81a, pour la toumat ha-tehom, Rabbi Yosse refuse chehita et zerika.

7
תָּנוּ רַבָּנַן: חַייָּב כָּרֵת עַל הָרִאשׁוֹן, וְחַייָּב כָּרֵת עַל הַשֵּׁנִי, דִּבְרֵי רַבִּי. רַבִּי נָתָן אוֹמֵר: חַייָּב כָּרֵת עַל הָרִאשׁוֹן, וּפָטוּר עַל הַשֵּׁנִי. רַבִּי חֲנַנְיָא בֶּן עֲקַבְיָא אוֹמֵר: אַף [עַל] הָרִאשׁוֹן אֵינוֹ חַיָּיב כָּרֵת אֶלָּא אִם כֵּן לֹא עָשָׂה אֶת הַשֵּׁנִי.

Les Sages ont enseigné : il est passible du karet pour le premier, et il est passible du karet pour le second, paroles de Rabbi. Rabbi Natan dit : il est passible du karet pour le premier, et il est exempt pour le second.

Rabbi Hananya ben Akavya dit : même pour le premier, il n'est passible du karet que s'il n'a pas fait le second.

📜 Rachi (3)
חַייָּב כָּרֵת עַל הָרִאשׁוֹן וְחַיָּיב כָּרֵת עַל הַשֵּׁנִי חִיּוּב כָּרֵת יֵשׁ עַל זֶה וְעַל זֶה וּבְחַד גַּבְרָא לָא מַשְׁכַּחַת לָהּ דִּתְרֵי קָטְלִי בְּחַד גַּבְרָא לֵיכָּא וְאִם לְעִנְיַן דְּאִם שָׁגַג בִּשְׁנֵיהֶן יִתְחַיֵּיב שְׁתֵּי חַטָּאוֹת לֵיכָּא לְמֵימַר הָכִי דְּכָרֵת דְּפֶסַח אֵין חַייָּבִין עַל שִׁגְגָתוֹ חַטָּאת דִּתְנַן בִּכְרִיתוֹת (דַּף ב.) הַפֶּסַח וְהַמִּילָה מִצְוַת עֲשֵׂה הִיא וְאֵין חַטָּאת בָּאָה אֶלָּא עַל שִׁגְגַת כָּרֵת שֶׁל לָאו דִּכְתִיב (וַיִּקְרָא ד) אֲשֶׁר לֹא תֵעָשֶׂינָה אֶלָּא נָפְקָא מִינַּהּ דְּאִם שָׁגַג בַּא' מֵהֶן וְהֵזִיד בַּחֲבֵירוֹ חַייָּב אִי נָמֵי לְגֵר שֶׁנִּתְגַּיֵּיר בֵּין שְׁנֵי פְסָחִים:
Passible du karet pour le premier, et passible du karet pour le second : il y a une obligation de karet sur l'un et sur l'autre. Chez un seul homme, on ne la trouve pas, car deux mises à mort ne se rencontrent pas chez un seul homme. Et si l'on voulait dire que, pour une inadvertance sur les deux, il serait passible de deux hattot (sacrifices pour une faute), on ne peut pas le dire. Car, pour le karet du Pessa'h, on n'est pas passible d'une hattat sur son inadvertance. On l'a enseigné dans Keritot (2a) : le Pessa'h et la mila (circoncision) sont des mitsvot assé (commandements positifs), et une hattat ne vient que pour l'inadvertance d'un karet attaché à un lav (interdit), comme il est écrit (Lévitique 4) : " ce qui ne se fera pas ". La conséquence est donc : s'il a commis une inadvertance sur l'un et agi volontairement sur l'autre, il est passible. Ou encore : un ger (converti) qui s'est converti entre les deux Pessa'h.
וּפָטוּר עַל הַשֵּׁנִי וְאִם שָׁגַג בָּרִאשׁוֹן וְהֵזִיד בַּשֵּׁנִי פָּטוּר:
Et exempt pour le second : s'il a commis une inadvertance au premier et agi volontairement au second, il est exempt.
אַף עַל הָרִאשׁוֹן אִם הֵזִיד אֵינוֹ חַייָּב כָּרֵת עַד שֶׁיָּזִיד אַף בַּשֵּׁנִי אֲבָל אִם עָשָׂה אֶת הַשֵּׁנִי אוֹ שָׁגַג בּוֹ פָּטוּר לְגַמְרֵי דִּשְׁנֵי תַּשְׁלוּמִים דְּרִאשׁוֹן וְתַקַּנְתָּא דְּרִאשׁוֹן הוּא וּמֵזִיד שֶׁלּוֹ הוּא גְּמָרוֹ שֶׁל כָּרֵת דְּרִאשׁוֹן הִלְכָּךְ בְּאֵיזֶה מֵהֶן שֶׁשָּׁגַג פָּטוּר:
Même pour le premier : s'il a agi volontairement, il n'est passible du karet que lorsqu'il agit aussi volontairement au second. S'il a fait le second, ou s'il y a commis une inadvertance, il est entièrement exempt. Car le second est un tashloumin du premier et une takana (réparation) du premier, et son acte volontaire en est l'achèvement du karet du premier. Dès lors, sur celui des deux où il a commis une inadvertance, il est exempt.
💡 Explication

Trois mesures du karet. Rabbi : une obligation sur le premier et une sur le second. Rabbi Natan : karet sur le premier, exemption sur le second. Rabbi Hananya ben Akavya : le karet du premier n'est dû que si le second a aussi été omis.

Rachi : deux karet ne s'exécutent pas sur un seul homme. Le Pessa'h est une mitsva assé : son inadvertance n'amène pas de hattat. La conséquence : inadvertance sur l'une des dates et volonté sur l'autre, ou un ger converti entre les deux.

Sur l'avis de Rabbi Hananya, Rachi déjà : faire le second, ou s'y tromper, exempte entièrement. Le volontaire du second achève le karet du premier.

8
וְאַזֵּדוֹ לְטַעְמַייְהוּ. דְּתַנְיָא: גֵּר שֶׁנִּתְגַּייֵּר בֵּין שְׁנֵי פְסָחִים, וְכֵן קָטָן שֶׁהִגְדִּיל בֵּין שְׁנֵי פְסָחִים — חַייָּב לַעֲשׂוֹת פֶּסַח שֵׁנִי, דִּבְרֵי רַבִּי. רַבִּי נָתָן אוֹמֵר: כֹּל שֶׁזָּקוּק לָרִאשׁוֹן — זָקוּק לַשֵּׁנִי, כֹּל שֶׁאֵין זָקוּק לָרִאשׁוֹן — אֵין זָקוּק לַשֵּׁנִי.

Et ils sont allés selon leurs raisonnements. Car on a enseigné : un ger qui s'est converti entre les deux Pessa'h, et de même un mineur qui est devenu grand entre les deux Pessa'h, est tenu de faire le second Pessa'h, paroles de Rabbi.

Rabbi Natan dit : quiconque est tenu au premier est tenu au second ; quiconque n'est pas tenu au premier n'est pas tenu au second.

📜 Rachi (3)
וְאַזֵּדוֹ לְטַעְמַיְיהוּ רַבִּי וְרַבִּי נָתָן:
Et ils sont allés selon leurs raisonnements : Rabbi et Rabbi Natan.
שֶׁהִגְדִּיל צָמְחוּ בּוֹ שְׂעָרוֹת:
Qui est devenu grand : des poils ont poussé chez lui.
חַייָּבִין לַעֲשׂוֹת אֶת הַשֵּׁנִי דְּקָסָבַר רֶגֶל בִּפְנֵי עַצְמוֹ הוּא וְאִית לֵיהּ חִיּוּבָא בְּאַנְפֵּי נַפְשֵׁיהּ וְאַפֵּי' לְמָאֵן דְּלָא אִיחְזֵי בָּרִאשׁוֹן:
Ils sont tenus de faire le second : car il tient que c'est un regel (fête) à part, et qu'il a une obligation en soi, même pour celui qui n'était pas apte au premier.
💡 Explication

La même ligne, sur deux cas nouveaux. Rabbi tient au second le ger converti entre les deux, et le katan devenu grand. Rachi : la majorité se voit aux poils. Le second est un regel à part : il oblige même celui qui était inapte au premier.

Rabbi Natan : zakouk (tenu) au premier, tenu au second. Qui ne relevait pas du premier ne relève pas du second.

🖼️ Schéma
Entre les deux Pessa'hGer converti, mineur devenu grand.RabbiTenus au secondLe second est un regel à partObligation en soiMême celui qui étaitinapte au premierRabbi NatanPas tenus au secondLe second complète le premierTenu au premier : tenu au secondHors du premierhors du second
Entre les deux dates : Rabbi tient le ger et le mineur devenu grand. Rabbi Natan les laisse hors du second.
9
בְּמַאי קָמִיפַּלְגִי? רַבִּי סָבַר: שֵׁנִי רֶגֶל בִּפְנֵי עַצְמוֹ הוּא.

Sur quoi divergent-ils ? Rabbi tient : le second est un regel à part.

💡 Explication

Le fond, pour Rabbi : le second est un regel bifnei atzmo, une fête qui oblige par elle-même. D'où le karet propre au second, et l'obligation du ger et du mineur devenus tenus entre les deux.

10
רַבִּי נָתָן סָבַר: שֵׁנִי תַּשְׁלוּמִין דְּרִאשׁוֹן הוּא. תִּקּוּנֵי לָרִאשׁוֹן, לָא מְתַקֵּין לֵיהּ.

Rabbi Natan tient : le second est un tashloumin (complément) du premier. Il ne lui répare pas le premier.

📜 Rachi (1)
תַּשְׁלוּמִין דְּרִאשׁוֹן וּמַאן דְּלָא אִיחְזֵי בָּרִאשׁוֹן לָא מִיחַייַּב אַשֵּׁנִי וּמִיהוּ תִּקּוּנֵי לָרִאשׁוֹן מִכָּרֵת אִם הֵזִיד בָּרִאשׁוֹן לָא מְתַקֵּן לֵיהּ הִלְכָּךְ חַייָּב כָּרֵת עַל הָרִאשׁוֹן וַאֲפִילּוּ עָשָׂה אֶת הַשֵּׁנִי וּפָטוּר עַל הַשֵּׁנִי אִם שָׁגַג בָּרִאשׁוֹן וְהֵזִיד בַּשֵּׁנִי דְּהָא לֵית לֵיהּ חִיּוּבָא בְּאַנְפֵּי נַפְשֵׁיהּ וּבָרִאשׁוֹן הֲרֵי שָׁגַג:
Tashloumin du premier : celui qui n'était pas apte au premier n'est pas tenu pour le second. Toutefois, réparer le premier quant à son karet : s'il a agi volontairement au premier, cela ne le répare pas pour lui. Dès lors, il est passible du karet pour le premier même s'il a fait le second, et il est exempt pour le second s'il a commis une inadvertance au premier et agi volontairement au second. Car le second n'a pas d'obligation en soi, et au premier il a commis une inadvertance.
💡 Explication

Rabbi Natan : le second est un tashloumin, le complément de ce qu'on devait au premier. Il ne répare pas le karet de celui qui a omis le premier volontairement.

Rachi en tire deux suites. Passible pour le premier, même après avoir fait le second. Exempt pour le second, si le premier n'était qu'une inadvertance : le second n'a pas de hiyouv (obligation) à lui seul.

11
וְרַבִּי חֲנַנְיָא בֶּן עֲקַבְיָא סָבַר: שֵׁנִי תַּקַּנְתָּא דְרִאשׁוֹן הוּא.

Et Rabbi Hananya ben Akavya tient : le second est une takana (réparation) du premier.

📜 Rachi (1)
תַּקַּנְתָּא דְּרִאשׁוֹן מִכָּרֵת דִּילֵיהּ דַּאֲפִילּוּ הֵזִיד בָּרִאשׁוֹן הַשֵּׁנִי פּוֹטְרוֹ מִן הַכָּרֵת:
Réparation du premier : de son karet. Même s'il a agi volontairement au premier, le second l'exempte du karet.
💡 Explication

Takana : le second répare le premier. Même le volontaire du premier sort du karet en faisant le second. L'obligation du second n'est pas une peine nouvelle : c'est le moyen de sortir de celle du premier.

12
וּשְׁלָשְׁתָּן מִקְרָא אֶחָד דָּרְשׁוּ: ״וְהָאִישׁ אֲשֶׁר הוּא טָהוֹר וּבְדֶרֶךְ לֹא הָיָה״. רַבִּי סָבַר: ״וְחָדַל לַעֲשׂוֹת הַפֶּסַח וְנִכְרְתָה״, דְּלָא עֲבַד בָּרִאשׁוֹן, אִי נָמֵי: ״קָרְבַּן ה׳ לֹא הִקְרִיב בְּמֹועֲדוֹ״, בַּשֵּׁנִי.

Et tous les trois ont expliqué un seul verset : " Et l'homme qui est pur, et qui n'était pas en chemin ". Rabbi tient : " et il s'est abstenu de faire le Pessa'h, et elle sera retranchée ", parce qu'il ne l'a pas fait au premier.

Ou encore : " l'offrande de Hachem, il ne l'a pas présentée en son temps fixé ", au second.

📜 Rachi (1)
אִי נָמֵי קָרְבַּן ה' לֹא הִקְרִיב וְגוֹ' דְּכִי מְשַׁמֵּשׁ בְּאַרְבַּע לְשׁוֹנוֹת וְזֶה בִּלְשׁוֹן אִי דָּרְשִׁינַן לֵיהּ וְלָא קָאֵי אַדִּלְעֵיל מִינֵּיהּ לְפָרוֹשֵׁי טַעְמָא לְמִילְּתָא קַמַּייְתָא כְּמוֹ לָשׁוֹן דְּהָא אֶלָּא מִילְּתָא אַחֲרִיתִי הִיא כְּמוֹ כִּי יִקְרָא (דְּבָרִים כב) כִּי תְכַלֶּה לַעְשֵׂר (שָׁם כו) כִּי תִּפְגַּע (שְׁמוֹת כג):
Ou encore : l'offrande de Hachem, il ne l'a pas présentée, etc. Car " ki " sert en quatre sens, et celui-ci, nous l'expliquons au sens de " si ". Il ne revient pas sur ce qui précède pour donner le motif de la première parole, à la façon du sens " puisque ". C'est une autre parole, comme " si un nid se présente " (Deutéronome 22), " quand tu achèves de prélever la dîme " (Deutéronome 26), " si tu rencontres " (Exode 23).
💡 Explication

Les trois lisent Nombres 9, 13. L'amud donne la coupe de Rabbi. " Il s'est abstenu, et elle sera retranchée " vise le premier. " Ki " se lit " si " : s'il n'a pas non plus présenté l'offrande de Hachem en son moèd (temps fixé), au second.

Rachi : " ki " a quatre sens. Ici, sens de " si ", une parole nouvelle, sur le modèle des trois versets qu'il cite. Le sens " puisque " rattacherait la fin au motif du début ; Rabbi ouvre une seconde parole.

13
וּמִמַּאי (דְּהָא) ״חֶטְאוֹ יִשָּׂא״ כָּרֵת הוּא?

Et d'où (car) : " il portera son péché ", est-ce un karet ?

💡 Explication

Le verset dit het'o yissa : " il portera son péché ". La Guemara demande la source qui y lit le karet. La suite est au folio suivant.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).