Sougya : Le daf achève la derasha ouverte en 93a : Rabbi, Rabbi Natan et Rabbi Hananya ben Akavya lisent Nombres 9, 13, et le sens de " ki " décide si le karet vise le premier, le second, ou les deux manques volontaires ensemble. Quatre cas suivent, volontaire ou erreur.
La michna définit ensuite le chemin éloigné : Rabbi Akiva depuis Modiim, Rabbi Eliezer depuis le seuil de l'azara, Rabbi Yossi par le point posé sur le he. Oula compte quinze mil de Modiim à Jérusalem, la marche de midi au coucher du soleil, et tient pour éloigné celui qui ne peut pas entrer au temps de l'abattage.
Rav Yehouda mesure jusqu'au temps du repas ; Rabba objecte par le tamei sheretz, et Oula répond que le chemin éloigné concerne le pur.
Il tient : le megadef, c'est celui qui bénit le Nom. Et il est écrit, au sujet de celui qui bénit le Nom : " et il portera son péché ".
Suite de 93a. La question était : d'où " het'o yisa " (il portera son péché) est-il un karet ? C'est la réponse de Rabbi.
Le megadef du verset à karet (Nombres 15) est, pour lui, celui qui " bénit le Nom " : dans la bouche des Sages, c'est la malédiction du Nom. Lévitique 24 écrit sur lui " venasa het'o ". Les deux formules se tirent l'une de l'autre par gezera chava. Le karet écrit là-bas passe au Pessa'h.
Et il a appris ce " son péché " d'ici, de " son péché " de là-bas : de même que là-bas c'est le karet, de même ici aussi c'est le karet.
Sens du transfert. " Het'o " du Pessa'h s'apprend de " het'o " du megadef. Là-bas, le châtiment est le karet. Ici, omettre le Pessa'h est donc puni du même karet.
La gezera chava court du megadef vers le Pessa'h. Rabbi Natan la fera courir dans l'autre sens.
Et Rabbi Natan tient : " et il s'est abstenu de faire le Pessa'h, et elle sera retranchée ". Ce " ki " est une langue de " parce que " (deha).
Et voici ce que dit le Miséricordieux : parce que " il n'a pas offert le korban de Hachem en son temps fixé ", au premier.
Rabbi Natan lit ki comme deha, " parce que ". " Venikhretah " vise le premier. La fin du verset donne la raison : il n'a pas offert le korban en son moèd, et ce temps fixé est le premier.
Le karet est donc écrit en clair pour le premier. Il ne sert plus " het'o yisa " à fonder ce karet.
Ce " il portera son péché ", qu'en fait-il ? Il tient : le megadef est autre que celui qui bénit le Nom.
Et il apprend ce " son péché " de là-bas, de ce " son péché " d'ici. De même qu'ici c'est le karet, de même là-bas c'est le karet.
" Venikhretah " a déjà donné le karet du Pessa'h. Rabbi Natan renverse la gezera chava : " het'o " d'ici, où le karet est écrit, enseigne " het'o " de là-bas, pour celui qui bénit le Nom.
Chez lui, le megadef du verset à karet est autre : il chante pour l'avoda zara. Rachi renvoie à Keritot 7b. Sans ce verset du Pessa'h, celui qui bénit le Nom n'aurait pas de karet connu.
Et Rabbi Hananya ben Akavya tient : " et il s'est abstenu de faire le Pessa'h, et elle sera retranchée ", si " il n'a pas offert le korban de Hachem en son temps fixé ", au second.
Rabbi Hananya ben Akavya lit ki comme " si ", avec Rabbi. Il n'en fait pas un second karet à part. Le karet du début, celui du premier, dépend du second : il frappe le mezid du premier s'il n'offre pas au second.
En 93a, le second est chez lui une takana (réparation) du premier : même le volontaire du premier en sort exempt s'il fait le second.
Et ce " il portera son péché ", qu'en fait-il ? Comme nous avons dit.
" Het'o yisa " ne fonde pas, chez lui, un karet de plus pour le Pessa'h. Il sert comme chez Rabbi Natan : enseigner le karet à celui qui bénit le Nom. Rachi : le-agmorei karet la-mevarekh.
Par conséquent : s'il a été volontaire en ceci et en cela, de l'avis de tous il est passible. S'il a erré en ceci et en cela, de l'avis de tous il est exempt.
Les trois avis se rejoignent aux extrêmes. Mezid au premier et au second : passible. Rachi précise : un seul karet, non deux. Chogeg aux deux : exempt. L'erreur n'entre pas dans le karet.
S'il a été volontaire au premier et a erré au second : pour Rabbi et pour Rabbi Natan, ils le rendent passible. Pour Rabbi Hananya ben Akavya, il est exempt.
Le premier a été manqué volontairement, le second par erreur. Rabbi et Rabbi Natan rendent passible : le second n'efface pas le karet du premier. Rachi : le second ne répare pas le premier.
Rabbi Hananya exempte. Le karet du premier est suspendu au second, et la Guemara ne le laisse passible que lorsque les deux manques sont volontaires. L'erreur au second suffit à l'exempter.
S'il a erré au premier et a été volontaire au second : pour Rabbi, il est passible. Pour Rabbi Natan et pour Rabbi Hananya ben Akavya, il est exempt.
Le premier n'était qu'une erreur. Le second a été manqué volontairement. Seul Rabbi rend passible : le second a un karet en lui-même, be-apnei nafcheh.
Rabbi Natan et Rabbi Hananya exemptent. Le karet n'est écrit que pour le premier, et sur le premier il a erré. Le volontaire du second, seul, ne crée pas de karet chez eux.
Michna. Qu'est-ce qu'un chemin éloigné ?
Depuis Modiim et au-delà, et à cette même mesure dans chaque direction. Paroles de Rabbi Akiva.
Rabbi Eliezer dit : depuis le seuil de l'azara et au-delà. Rabbi Yossi lui a dit : c'est pourquoi un point est posé sur le he, pour dire qu'on le compte éloigné même sans éloignement certain, depuis le seuil de l'azara et au-delà.
Nouvelle michna. Le derekh rehoka dispense du premier Pessa'h. Rabbi Akiva : depuis Modiim et au-delà, et la même distance dans chaque direction autour de Jérusalem.
Rabbi Eliezer : dès le seuil de l'azara, le parvis. Qui est hors du parvis au moment de l'abattage est déjà en chemin éloigné. Rabbi Yossi le lui accorde par le point posé sur le he de " rehoka ". Rachi : un point diminue le mot. " Éloigné " est retiré de son sens plein : l'éloignement certain n'est pas exigé.
Guemara. Oula a dit : de Modiim à Jérusalem, il y a quinze mil.
Il tient comme cet enseignement que Rabba bar bar Hana a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : combien un homme marche-t-il en un jour ? Dix parsaot.
De l'aube jusqu'au lever du soleil, cinq mil. Du coucher du soleil jusqu'à la sortie des étoiles, cinq mil.
Il en reste trente : quinze du matin jusqu'à midi, et quinze de midi jusqu'au soir.
Oula chiffre Modiim : quinze mil jusqu'à Jérusalem. Il s'appuie sur Rabbi Yo'hanan : un homme moyen, au jour d'équinoxe, marche dix parsaot, soit quarante mil. Cinq de l'alot ha-chahar au netz, cinq du coucher au tzet ha-kokhavim, quinze du matin à midi, quinze de midi au soir.
Les heures se comptent depuis le lever. La sixième finit à midi. " Six et demie ", c'est le milieu de la septième heure. Le temps d'abattage, de la Torah, ouvre au début de la septième, à midi, comme le tamid de bein ha-arbayim, et se ferme au coucher : le sang est alors passoul (Zevahim 56a). Ce créneau est une marche de quinze mil. Qui est à Modiim à midi marche tout le temps et n'entre pas tant que l'abattage est valable.
Rachi : les murs du Temple, plus larges à la base, ne montrent l'ombre qu'à six heures et demie. Cela explique la michna du tamid. Le soleil met cinq mil à traverser l'épaisseur du rakia, à l'aube comme du coucher aux étoiles.
Oula va selon son avis, car Oula a dit : qu'est-ce qu'un chemin éloigné ? Quiconque ne peut pas entrer au temps de l'abattage.
Le-taameh : Oula est cohérent avec lui-même. Le chemin éloigné, c'est la distance d'où l'on n'entre pas pendant la chehita. D'où les quinze mil : toute la fenêtre d'abattage ne suffit pas à les franchir.
Tossefot pose une difficulté et ne la tranche pas ici. Oula ferme l'abattage au coucher, par " be-yom hakrivo et zivho ". Meguila 20b tient que jusqu'aux étoiles on est encore de jour. Pourquoi la chehita ne courrait-elle pas jusqu'au tzet ?
Le maître a dit : de l'aube jusqu'au lever du soleil, cinq mil. D'où le tenons-nous ?
Car il est écrit : " Et comme l'aube montait, les anges pressèrent ", etc. Et il est écrit : " Le soleil sortit sur la terre, et Loth arriva à Tsoar ".
Et Rabbi Hanina a dit : moi-même, j'ai vu cet endroit, et c'était cinq mil.
Preuve des cinq mil de l'aube. Deux versets de la sortie de Loth (Genèse 19). Au premier, l'aube monte et les anges le pressent. Au second, le soleil est sur la terre et il entre à Tsoar. L'intervalle est le trajet d'un homme entre l'aube et le lever.
Rabbi Hanina dit avoir vu le lieu : cinq mil. Rachi, au segment précédent, aligne sur ce délai le trajet du coucher jusqu'à la sortie des étoiles : même épaisseur du rakia.
L'enseignement lui-même. Oula a dit : qu'est-ce qu'un chemin éloigné ?
Quiconque ne peut pas entrer au temps de l'abattage. Et Rav Yehouda a dit : quiconque ne peut pas entrer au temps du repas.
Goufa : on reprend la formule. Oula : éloigné, qui ne peut pas entrer pendant l'abattage, de midi au coucher. Rav Yehouda : qui ne peut pas entrer pendant le repas.
Rachi : le repas du Pessa'h dure toute la nuit. Les Sages l'ont ramené à minuit par harhaka. Pour Rabbi Akiva et Rabbi Eliezer, minuit est déjà de la Torah (Pessahim 120b, Berakhot 9a).
Tossefot : les deux mesures ne collent pas au même Modiim. Chez Rav Yehouda, manquer le repas, c'est manquer une demi-journée plus la nuit, bien au-delà de quinze mil. On pourrait mesurer et trancher. Réponse : les chemins étaient bouchés (Roch Hachana 23b). Et selon Rabbi Akiva les tehoumin sont de la Torah : de Modiim on atteint le voisinage du tehoum au début de la nuit, et l'on n'entre plus. L'écart pratique avec Oula s'en trouve réduit. Le Yerushalmi va dans ce sens.
Rabba lui a dit : selon toi c'est difficile, et selon Rav Yehouda c'est difficile. Selon toi c'est difficile, car tu as dit : quiconque ne peut pas entrer au temps de l'abattage.
Or le tamei sheretz ne peut pas entrer au temps de l'abattage, et tu as dit : on égorge et on asperge pour un tamei sheretz.
Rabba renvoie Oula à son propre avis de 90b. Le tamei sheretz, impur d'un jour par un rampant, ne peut pas entrer dans l'azara pendant l'abattage. Selon la définition d'Oula, il serait en chemin éloigné, donc dispensé. Or Oula dit qu'on égorge et asperge pour lui : il sera pur le soir, pour le repas.
Tossefot : Rabba choisit l'avis d'Oula pour serrer l'objection. Le tevoul yom aurait suffi : tout le monde égorge pour lui, et lui non plus n'entre pas au temps de l'abattage.
Et selon Rav Yehouda c'est difficile, car il a dit : quiconque ne peut pas entrer au temps du repas. Or le tamei sheretz peut entrer au temps du repas, et il a dit : on n'égorge pas et on n'asperge pas pour un tamei sheretz.
L'objection se retourne. Pour Rav Yehouda, est éloigné seulement qui ne peut pas entrer au repas. Le tamei sheretz, lui, peut immerger et manger le soir. Il devrait donc être tenu au premier.
Or il est dit qu'on n'égorge pas pour lui. Rachi situe la mahloket au chapitre Ha-icha, folio 90b : Oula égorge pour le tamei sheretz.
Il lui a dit : selon moi il n'y a pas de difficulté, et selon Rav Yehouda il n'y a pas de difficulté. Selon moi il n'y a pas de difficulté : le chemin éloigné vaut pour le pur, et il n'y a pas de chemin éloigné pour l'impur.
Oula sépare les deux dispenses. Le chemin éloigné ne concerne que le pur. La Torah l'a accroché à la fabrication du korban, l'après-midi : " il n'était pas en chemin, et il s'est abstenu de faire ". Même s'il pourrait entrer pour manger, il est exempt.
L'impur n'a pas de chemin éloigné. Son exemption est la touma, et elle regarde le repas : pour l'acte d'offrir, il peut envoyer son korban par un autre. Le verset dit tamei nefech, impureté de sept jours, inapte le soir. Il ne dit pas baal keri ni tamei sheretz. Ceux-là restent tenus : d'où l'on égorge pour le tamei sheretz, quoiqu'il n'entre pas à l'abattage.
Oula annonce que l'avis de Rav Yehouda n'est pas non plus en difficulté. Il n'explique ici que le sien. La suite est au daf suivant.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).