Sougya : Ce daf ouvre les différences entre le Pessa'h rishon, le 14 nissan, et le Pessa'h sheni, le 14 iyar. La michna sépare l'interdit du hametz et le Hallel au moment du repas, et elle rapproche le Hallel à l'abattage, le rôti avec matza et maror, et le report du Chabbat.
La Guemara lit Nombres 9, 11-12 : selon tout le statut du Pessa'h, ils le feront. Un midrach de prat et de klal décide quelles mitsvot du premier passent au second : celles du corps de l'offrande, et non le bal yerae.
Issi ben Yehouda et les Sages se partagent le mot oto et le verset de l'os.
Michna. Quelle est la différence entre le Pessa'h premier et le second ?
Le premier est interdit par bal yerae et par bal yimatze, et le second : le hametz et la matza sont avec lui dans la maison. Le premier exige le Hallel à sa consommation, et le second n'exige pas le Hallel à sa consommation.
L'un et l'autre exigent le Hallel à leur accomplissement, ils se mangent rôtis avec matza et maror, et ils repoussent le Chabbat.
La michna pose deux écarts et trois points communs. Bal yerae et bal yimatze interdisent de garder du hametz au moment du Pessa'h rishon. Au Pessa'h sheni, hametz et matza restent ensemble dans la maison. Le Hallel se dit en mangeant le premier korban, et non le second.
Les deux exigent le Hallel à l'assiya (l'accomplissement : abattage et service), se mangent rôtis avec matza et maror, et repoussent le Chabbat : on les abat et on jette le sang même ce jour-là.
Tossefot signale deux omissions du tanna : les trois kitot, et la bikoret de quatre jours, étudiée en 96a. La Tossefta laisse aussi la bikoret de côté, parce qu'elle vaut pour le tamid, et non pour le Pessa'h seul.
Guemara. Les Sages ont enseigné : "Selon tout le statut du Pessa'h, ils le feront" : l'Écrit parle d'une mitsva qui est dans son corps.
La baraita lit Nombres 9, 12, verset du Pessa'h sheni : kekhol chukat ha-pesach yaassou oto. Le mot oto vise le corps du korban.
Rachi en tire la limite. Passent au second l'ordre des avodot et l'obligation de le manger rôti. L'élimination du seor, qui porte sur la maison et non sur la bête, reste au Pessa'h rishon.
Une mitsva qui porte sur son corps, d'où ? Le verset le dit : "Sur des matsot et des herbes amères, ils le mangeront." On pourrait penser : même des mitsvot qui ne portent pas sur son corps.
Le verset le dit : "Et un os, ils n'en briseront pas en lui." De même que le bris de l'os se distingue comme mitsva qui est dans son corps, de même toute mitsva qui est dans son corps.
Al gufo : une mitsva qui porte sur le korban sans être le korban lui-même. Matza et maror sont d'autres aliments, et ils lui sont obligatoires. Le verset al matsot ou-merorim yokhlouhou (Nombres 9, 11) les fait passer au second.
La hava amina étendrait encore le verset aux mitsvot hors du corps, comme le biour du hametz. Le verset de l'os referme : on ne prend que ce qui ressemble au bris de l'os, mitsva du corps. Rachi renvoie la mécanique précise au prat ou-klal de la suite.
Issi ben Yehouda dit : "Ils le feront" : l'Écrit parle des mitsvot qui sont dans son corps.
Issi ben Yehouda lit yaassou oto à lui seul. Le mot oto suffit à limiter le second aux mitsvot du corps. Le verset de l'os reste libre pour une autre deracha, donnée plus bas : l'os avec moelle et l'os sans moelle.
Le maître a dit : on pourrait penser, même une mitsva qui ne porte pas sur son corps. Or tu as dit que l'Écrit parle d'une mitsva qui est dans son corps ?
La Guemara reprend la hava amina de la baraita. Si oto limite déjà aux mitsvot du corps, d'où viendrait l'idée d'inclure une mitsva hors du corps ? Rachi fixe la leçon : la question porte sur le mot oto.
Voici ce qu'il dit. Maintenant que tu dis : "Sur des matsot et des herbes amères, ils le mangeront", il en ressort que "ils le feront" n'est pas au sens strict.
Je dirais alors que le verset est comme un prat et un klal, que le klal devient un ajout sur le prat, et que même toutes les choses y entrent. Cela nous l'enseigne.
La réponse : dès que matza et maror entrent, oto ne borne plus strictement le verset. On peut alors lire un prat ou-klal. Dans cette forme, le klal ajoute au prat et peut tout englober, y compris la hachbatat seor.
Ka mashma lan vise le verset de l'os, déjà cité. Il empêche cette lecture large. Chaque prat reçoit seulement son semblable. L'exemple hors corps que Rachi nomme est lo tishchat al hametz : ne pas abattre le Pessa'h tant que du hametz est encore là.
Issi ben Yehouda, ce "os", qu'en fait-il ? Il lui est nécessaire : aussi bien un os qui a de la moelle qu'un os qui n'a pas de moelle.
Pour Issi, l'interdit de briser l'os sort déjà de kekhol chukat ha-pesach, puisque c'est une mitsva be-gufo. Le second verset, en trop, enseigne les deux os : avec moelle et sans moelle. La deracha est celle de Pessahim 85a.
Rachi et Tossefot posent la même question sur lo yashirou, "ils n'en laisseront rien jusqu'au matin". Cet interdit est aussi du corps. Issi n'en a pas besoin pour écarter le bal yerae, déjà écarté par oto. Le daf laisse la question ouverte.
Et les Sages, ce "ils le feront", qu'en font-ils ? Il leur est nécessaire : on n'abat pas le Pessa'h pour un seul individu, car autant qu'on peut chercher, on cherche.
Les Sages ne lisent pas oto comme une limite stricte. La seconde occurrence de yaassou (Nombres 9, 12, après le verset 11) enseigne le pluriel : on n'offre pas le Pessa'h sheni pour un homme seul. On cherche un compagnon, au besoin en rendant quelqu'un tame par un sheretz, pour qu'il soit lui aussi renvoyé au second.
Rachi : oto suit yaassou comme tour du verset. Sans la seconde écriture, on aurait pris la première pour un simple style. Tossefot, au nom du Rachba : le rishon a déjà cette règle, depuis Deutéronome 16, 5, be-ehad, en Pessahim 91a. Réponse : ce tanna ne tient pas cette deracha. Le rishon la reçoit parce qu'il n'est pas en dessous du sheni.
Les Sages ont enseigné : "Selon tout le statut du Pessa'h, ils le feront." On pourrait penser : de même que le premier est interdit par bal yerae et bal yimatze, de même le second est interdit par bal yerae et bal yimatze. Le verset le dit : "Sur des matsot et des herbes amères, ils le mangeront."
Deuxième baraita, même verset. La hava amina ferait passer au sheni bal yerae et bal yimatze. Le verset des matsot et du maror ferme cette lecture.
Rachi donne la méthode de toute la suite. Le klal kekhol chukat ha-pesach revient sur chaque prat. Il inclut le semblable du prat, et le prat écarte son semblable hors du corps. La baraita ne fait qu'y faire allusion. La Guemara détaillera chaque ligne.
Et je n'ai que les mitsvot d'assé. Les mitsvot de lav, d'où ?
Le verset le dit : "Ils n'en laisseront rien jusqu'au matin."
Le prat des matsot n'a fourni que des assé (commandements positifs). Pour les lav (interdits), la baraita cite lo yashirou mimenu ad boker : ne rien laisser du korban jusqu'au matin.
Rachi classe déjà les deux côtés, que la Guemara va nommer. Côté inclusion : un lav hanitak la-assé, interdit qu'un commandement positif vient réparer. Côté exclusion : bal yerae et bal yimatze, du même régime, mais hors du corps du korban.
Et je n'ai qu'un interdit détaché vers un assé. Un interdit entier, d'où ?
Le verset le dit : "Et un os, ils n'en briseront pas en lui." De même que le prat est explicite : mitsva d'assé, interdit détaché vers un assé, et interdit entier, de même toute mitsva d'assé, tout interdit détaché vers un assé, et tout interdit entier.
Lo yashirou est un lav qu'on répare : le reste, le notar, se brûle. Ce prat n'enseigne donc qu'un lav hanitak la-assé. Pour un lav gamur, interdit entier, sans réparation par un assé, la baraita cite le bris de l'os.
La formule "de même toute mitsva" résume les trois types déjà nommés. Rachi rappelle la règle : le klal n'ajoute que le semblable, et le prat n'écarte que le semblable. La Guemara va le montrer cas par cas.
Dans le klal de "matsot et herbes amères", qu'inclut-il ? Le rôti au feu.
Dans son prat, qu'exclut-il ? L'élimination du seor.
J'inverserais ! Une mitsva de son propre corps a la préférence.
Premier couple. Le klal rattaché à matsot et maror inclut le tzeli ech, le rôti au feu. Le prat écarte la hachbatat seor, élimination du levain, elle aussi un assé, mais hors du korban.
Ippoukh : on pourrait faire l'inverse, inclure le biour et écarter le rôti. Réponse : mitsva de-gufo adif. On fait passer en priorité la mitsva qui touche le corps de l'offrande.
Tossefot : le rôti sortirait déjà du klal, sans le verset des matsot. Ce verset ne sert qu'à écarter le seor. La Guemara le présente comme une inclusion pour pouvoir poser l'inversion. Le modèle est le klal de Bava Kama 62b, où chaque prat écarte un cas.
Dans le klal de "Ils n'en laisseront rien jusqu'au matin", qu'inclut-il ? "Tu n'en feras pas sortir" (qui lui ressemble : celui-ci est invalide comme notar, et celui-là est invalide comme yotse).
Deuxième inclusion. Lo yashirou invalide la viande comme notar (reste du matin). Le klal y ajoute lo totzi : ne pas sortir la viande du groupe. Cette viande est passoul comme yotse (sortie de son lieu). Les deux touchent la chair du korban.
Rachi lit Exode 12, 46 comme un lav hanitak la-assé : "dans une seule maison il sera mangé" commande de ramener la viande et de la manger. Ce tanna permet donc de la réintégrer. Il ne suit pas la baraita de Keitsad tsolin, qui interdit de la manger à partir d'Exode 22, 30.
Tossefot, au nom du Ri : l'assé est écrit avant le lav. Makot 15a refuse à un lav précédé d'un assé le régime du nitak la-assé. La difficulté reste posée.
Dans son prat, qu'exclut-il ? "On ne le verra pas et on ne le trouvera pas" (qui lui ressemble : celui-ci ne reçoit pas les malkot, car c'est un lav détaché vers un assé, et celui-là ne reçoit pas les malkot, car c'est un lav détaché vers un assé).
J'inverserais ! Une mitsva de son propre corps a la préférence.
Le prat de lo yashirou écarte lo yerae et lo yimatze. Le point commun : ni l'un ni l'autre ne font recevoir les malkot, parce que chacun est un lav réparé par un assé. Pour le hametz, l'assé est tashbitou : le faire disparaître.
Rachi : dès que le hametz est vu, l'ordre de le faire disparaître reste ouvert tous les jours de la fête. Tossefot y voit un appui pour le Ri en Pessahim 29b : lo yerae est bien un lav hanitak la-assé.
L'inversion proposerait d'inclure le hametz et d'écarter l'interdit du reste. On garde le notar, mitsva du corps, et on laisse le hametz au rishon.
Dans le klal de "Un os, ils n'en briseront pas en lui".
L'amud s'arrête au milieu de la question : que vient inclure le klal rattaché à etsem lo yishberou bo ? Rachi indique la portée. Ce prat est un lav gamur, et le klal inclut l'interdit entier qui lui ressemble. La réponse est sur le daf 95b.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).