Pesachim 95b - Hallel, touma et lina du second Pessah

Pesachim 95b

Sougya : L'amud achève le derach de " selon tout le statut du Pessa'h " : on retient l'interdiction de le manger cru, mitsva du corps, et on écarte l'interdiction d'égorger sur du hametz. La michna sépare ensuite le Hallel de la consommation, réservé à la nuit de fête, et le Hallel de l'accomplissement, qui vaut aussi le jour du Pessa'h cheni.

Vient la touma : le tanna kamma refuse qu'un écarté pour impureté offre le second en touma ; Rabbi Yehouda l'admet, et deux tannaïm se partagent son avis sur la lina. Une michna nouvelle traite le Pessa'h apporte alors que le public est impur par un mort : zav, zava, nida et yoledet n'en mangent pas, et le karet tombe s'ils en ont mangé.

Rav Yossef demande jusqu'où cette permission va : Heikhal, puis eimourim.

Premier Pessa'h et Pessa'h cheniCe que la michna et les baraïtot retiennent sur cet amudPointPremier Pessa'hPessa'h cheniHallel en mangeantOui, nuit de fêteNon, nuit sans fêteHallel en faisantOui, à la chehitaOui, le jour resteMange rôtiOuiOui, mitsva du corpsRepousse le ChabbatOuiOui, bemoadoRepousse la toumaOui, pour le publicMichna non, R. Yehouda ouiLina à JérusalemOui, une nuitDeux tannaïm sur R. Yehouda
Premier Pessah et Pessah cheni : Hallel, rôti, Chabbat, touma, lina.
Le Pessa'h cheni repousse-t-il la touma ?Même homme, écarté du premier pour impureté d'un mortTanna kammaJe l'ai écarté pour la touma.Il reviendrait le faire en touma ?Mieux : il reste écarté.La baraïta : il repousse le Chabbat,il ne repousse pas la touma.La michna va dans ce sens.Rabbi YehoudaLa Torah est revenue sur luipour qu'il le fasse en tahara.S'il n'a pas mérité : en touma.Il repousse donc aussi la touma.Une autre baraïta le suitsur ce point.
Tanna kamma : écarté, il le reste. Rabbi Yehouda : la Torah lui rouvre une voie, même en touma.
Pessa'h en touma : azara et HeikhalQuestion de Rav Yossef, deux leçons de RavaTamei met : l'azara est permise, le korban se faitZav, zava, nida, yoledet : pas d'akhilah. Karet levé s'ils ont mangé.Rava, première leçon" Du camp "même une partie du campOn quitte le Heikhalquand on reste dans l'azara.Houmra : entrée du Heikhalencore défendue.Rava, ika de-amreiLes deux formules vont ensembleHors de tout le camp, alors du camp.Koula : pas de karet au Heikhalsi l'azara est déjà ouverte.Tossefot : un asse resteau Heikhal, plus qu'à l'azara.
Pessah en touma. Rava, deux leçons : le Heikhal reste fermé, ou le karet y tombe avec l'azara.
1
מַאי קָא מְרַבֶּה? ״אַל תֹּאכְלוּ מִמֶּנּוּ נָא״. בִּפְרָטֵיהּ מַאי קָא מְמַעֲטִי? ״לֹא תִשְׁחַט עַל חָמֵץ דַּם זִבְחִי״. אִיפּוּךְ אֲנָא! מִצְוָה דְּגוּפֵיהּ עָדִיף.

Que vient-il inclure ? " Vous n'en mangerez rien de cru.

" Par ses précisions, que vient-il exclure ? " Tu n'égorgeras pas sur du hametz le sang de Mon sacrifice.

" J'inverserais ! Une mitsva de son corps même est préférable.

📜 Rachi (2)
מַאי קָא מֵרַבִּי אַל תֹּאכְלוּ מִמֶּנּוּ נָא דְּחַייָּב בְּפֶסַח שֵׁנִי:
Que vient-il inclure, " vous n'en mangerez rien de cru " : car on y est astreint au Pessa'h cheni.
לֹא תִשְׁחַט עַל חָמֵץ דְּמֻותָּר לְשׁוֹחֲטוֹ עַל חָמֵץ כְּדִתְנַן מַצָּה וְחָמֵץ עִמּוֹ בַּבַּיִת אע"ג דִּכְבָר מִיעֵט לֵיהּ מֵהַשְׁבָּתַת שְׂאוֹר וּמִבַּל יֵרָאֶה הֲוָה אָמֵינָא הָנֵי מִילֵּי שֶׁלֹּא בִּשְׁעַת שְׁחִיטָה אֲבָל בִּשְׁעַת שְׁחִיטָה לֹא לְהָכִי אִיצְטְרִיךְ לְמַעוּטֵי מִלֹּא תִּשְׁחַט:
" Tu n'égorgeras pas sur du hametz " : il est permis de l'égorger alors qu'il y a du hametz, comme la michna l'enseigne : de la matsa et du hametz avec lui dans la maison. Bien qu'on l'ait déjà écarté de la disparition du levain et de bal yerae (il ne sera pas vu), j'aurais dit : ces paroles valent hors du moment de la chehita (abattage) ; au moment de la chehita, l'interdiction tiendrait encore. C'est pour cela qu'il faut l'écarter à partir de " tu n'égorgeras pas ".
💡 Explication

Suite du derach sur le Pessa'h cheni : " selon tout le statut du Pessa'h, ils le feront ". Le klal (l'énoncé général) inclut. Les peratim (les précisions) excluent. On inclut " vous n'en mangerez rien de cru ", interdiction qui porte sur le korban lui-même. On exclut " tu n'égorgeras pas sur du hametz ", qui porte sur ce qu'on a chez soi au moment de la chehita.

La Guémara propose d'inverser. La règle tranche : mitsva de-gufei, une mitsva du corps du korban, passe avant. Rachi : on avait déjà sorti le Pessa'h cheni de la disparition du seor et de bal yerae. On aurait limité cette sortie à l'instant où l'on n'égorge pas. Le verset écarte aussi l'interdiction au moment de la chehita. D'où la michna : matsa et hametz peuvent se trouver avec lui dans la maison.

🖼️ Schéma
" Selon tout le statut du Pessa'h "InclusionNe pas le manger cruExclusionNe pas égorger sur du hametzSi l'on inverse les deuxLa mitsva du corps même l'emporte
Cru : inclus, car le corps du korban. Hametz à la chehita : exclu. La mitsva du corps l'emporte.
2
הָרִאשׁוֹן טָעוּן הַלֵּל בַּאֲכִילָתוֹ וְכוּ׳. מְנָא הָנֵי מִילֵּי? אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן מִשּׁוּם רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן יְהוֹצָדָק: אֲמַר קְרָא ״הַשִּׁיר יִהְיֶה לָכֶם כְּלֵיל הִתְקַדֶּשׁ חָג״. לַיְלָה הַמְקֻודָּשׁ לֶחָג — טָעוּן הַלֵּל, לַיְלָה שֶׁאֵין מְקֻודָּשׁ לֶחָג — אֵין טָעוּן הַלֵּל.

Le premier exige le Hallel lors de sa consommation, etc. D'où ces paroles ?

Rabbi Yo'hanan a dit au nom de Rabbi Chimon ben Yehotzadak : le verset dit " Le chant sera pour vous comme la nuit où la fête se sanctifie ". Une nuit sanctifiée pour la fête exige le Hallel.

Une nuit qui n'est pas sanctifiée pour la fête n'exige pas le Hallel.

📜 Rachi (5)
הַשִּׁיר יִהְיֶה לָכֶם בַּיּוֹם שֶׁתִּגָּאֲלוּ מִן הַגָּלוּת:
" Le chant sera pour vous " : le jour où vous serez délivrés de l'exil.
כְּלִיל הִתְקַדֵּשׁ חַג כְּמוֹ שֶׁאַתֶּם נוֹהֲגִים לְשׁוֹרֵר בְּלֵיל הִתְקַדֵּשׁ חַג וְאֵין לְךָ לֵילֵי חַג לְהַטְעִין שִׁירָה חוּץ מִלֵּילֵי פְּסָחִים עַל אֲכִילָתוֹ:
" Comme la nuit où la fête se sanctifie " : comme vous avez coutume de chanter la nuit où la fête se sanctifie. Et tu n'as pas de nuits de fête auxquelles imposer un chant, hormis les nuits de Pessa'h, sur sa consommation.
לַיְלָה הַמְקֻודָּשׁ לֶחָג כְּגוֹן פֶּסַח רִאשׁוֹן:
Une nuit sanctifiée pour la fête : par exemple le premier Pessa'h.
שֶׁאֵין מְקֻודָּשׁ לֶחָג כְּגוֹן לֵיל אֲכִילַת פֶּסַח שֵׁנִי שֶׁאֵינוֹ י"ט:
Qui n'est pas sanctifiée pour la fête : par exemple la nuit où l'on mange le Pessa'h cheni, qui n'est pas un yom tov.
לַיְלָה דְּפֶסַח שֵׁנִי מִיעֵט אֲבָל יוֹם שֶׁהוּא זְמַן עֲשִׂיָּיתוֹ לֹא מִיעֵט וַהֲרֵי הוּא כְּפֶסַח רִאשׁוֹן שֶׁטָּעוּן הַלֵּל בִּשְׁעַת שְׁחִיטָתוֹ כְּדַאֲמַרַן בְּתָמִיד נִשְׁחָט (לְעֵיל פְּסָחִים דַּף סד.) וּלְקַמָּן (פְּסָחִים דַּף קיז.) אָמְרִינַן נְבִיאִים שֶׁבֵּינֵיהֶן תִּקְּנוּ לָהֶם שֶׁיְּהוּ אוֹמְרִים עַל כָּל פֶּרֶק וּפֶרֶק וְכָל דְּבַר חִידּוּשׁ:
" Nuit " : il a exclu celle du Pessa'h cheni. Le jour, qui est le temps de son accomplissement, il ne l'a pas exclu. Le voici donc comme le premier Pessa'h, qui exige le Hallel au moment de sa chehita, comme nous l'avons dit dans Tamid nichhat (plus haut, Pessahim 64a). Et plus loin (Pessahim 117a) nous disons : les prophètes qui étaient parmi eux ont institué qu'on le dirait à chaque section, et pour chaque chose nouvelle.
💡 Explication

La michna : le premier Pessa'h exige le Hallel pendant qu'on le mange ; le Pessa'h cheni, non. Rabbi Yo'hanan, au nom de Rabbi Chimon ben Yehotzadak, lit Isaïe 30, 29. Le verset, dans son sens simple, parle du chant du jour de la délivrance. Le derach s'appuie sur la comparaison : comme la nuit où la fête se sanctifie.

Rachi : la seule nuit de fête où le chant est chargé sur la consommation, c'est la nuit de Pessa'h. Une nuit mehoudeshet le-hag (sanctifiée comme fête, où le travail est interdit) exige le Hallel. La nuit du Pessa'h cheni n'est pas un yom tov. Le mot " nuit " laisse le jour de côté : l'accomplissement de jour, la chehita, garde le Hallel, comme au premier Pessa'h.

🖼️ Schéma
D'où vient le HallelNuit sanctifiéePremier Pessa'h, yom tovHallel à l'akhilah : ouiIsaïe 30, 29Nuit non sanctifiéePessa'h cheni, jour ordinaireHallel à l'akhilah : nonLe jour de la chehita reste
Nuit de fête : Hallel à table. Nuit du Pessa'h cheni : pas de Hallel à table. Le jour n'est pas vise.
3
זֶה וָזֶה טְעוּנִין הַלֵּל בַּעֲשִׂיָּיתָן כּוּ׳. מַאי טַעְמָא? אִיבָּעֵית אֵימָא: לַיְלָה קָא מְמַעֵט, יוֹם לָא קָא מְמַעֵט. וְאִיבָּעֵית אֵימָא: אֶפְשָׁר יִשְׂרָאֵל שׁוֹחֲטִין אֶת פִּסְחֵיהֶן וְנוֹטְלִין אֶת לוּלְבֵיהֶן, וְאֵין אוֹמְרִים הַלֵּל?!

L'un et l'autre exigent le Hallel lors de leur accomplissement, etc. Quelle est la raison ?

Si tu veux, dis : il exclut la nuit, il n'exclut pas le jour. Et si tu veux, dis : est-il possible qu'Israel égorge ses pesahim et prenne ses loulavim, et qu'on ne dise pas le Hallel ?

📜 Rachi (2)
אֶפְשָׁר כּוּ' דְּכֵיוָן דִּדְבַר מִצְוָה הוּא טָעוּן הִלֵּל:
" Est-il possible ", etc. : dès lors que c'est une chose de mitsva, cela exige le Hallel.
נוֹטְלִין אֶת לוּלְבֵיהֶן אַגְּרָרָא נָסְבָא דְּבָרַייְתָא הִיא הָכִי בְּפֶרֶק בָּתְרָא (שָׁם):
" Ils prennent leurs loulavim " : il l'a pris en passant. Une baraïta est ainsi formulée au dernier chapitre (là-bas).
💡 Explication

Autre clause de la michna : premier Pessa'h et Pessa'h cheni exigent le Hallel au moment où on les fait, donc à la chehita. Deux appuis.

Premier appui : le verset n'a exclu que la nuit. Le jour du 14 iyar reste comme le jour du 14 nissan. Second appui, une sevara : on n'égorge pas le Pessa'h, on ne prend pas le loulav, sans dire le Hallel. Rachi : dès qu'il y a mitsva, il y a Hallel. Le loulav est cite en passant, sur le modele d'une baraïta de Souka.

4
וְנֶאֱכָלִין צָלִי וְכוּ׳. שַׁבָּת אִין, טֻומְאָה לָא. מַתְנִיתִין דְּלָא כְּרַבִּי יְהוּדָה. דְּתַנְיָא: דּוֹחֶה אֶת הַשַּׁבָּת, וְאֵין דּוֹחֶה אֶת הַטֻּומְאָה. רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: אַף דּוֹחֶה אֶת הַטֻּומְאָה.

Et ils se mangent rôtis, etc. Le Chabbat, oui ; la touma, non.

Notre michna n'est pas selon Rabbi Yehouda. Car on a enseigné : il repousse le Chabbat, et il ne repousse pas la touma.

Rabbi Yehouda dit : il repousse aussi la touma.

📜 Rachi (2)
צָלִי דְּאִיתְּרַבִי מִכְּלָלֵיהּ דְּמִצְוֹת וּמְרוֹרִים:
" Rôti " : il a été inclus à partir de son énoncé général, avec les matsot et les herbes amères.
דּוֹחֶה אֶת הַשַּׁבָּת דְּבִשְׁנֵי כְּתִיב בֵּיהּ בְּמוֹעֲדוֹ לָמֶ"ד קָרְבַּן ה' לֹא הִקְרִיב בְּמֹועֲדוֹ בַּשֵּׁנִי (לְעֵיל פְּסָחִים דַּף צג.):
" Il repousse le Chabbat " : car, pour le second, il est écrit " en son temps fixé ", selon l'avis que " le korban de Hachem, il ne l'a pas offert en son temps fixé " vise le second (plus haut, Pessahim 93a).
💡 Explication

La michna dit que l'un et l'autre se mangent tsali (rôtis) et repoussent le Chabbat. Elle parle du Chabbat. Elle ne parle pas de la touma. La Guémara en tire : le Pessa'h cheni repousse le Chabbat, et il ne repousse pas la touma. Cette michna quitte donc l'avis de Rabbi Yehouda.

Baraïta : il repousse le Chabbat, il ne repousse pas la touma. Rabbi Yehouda : il repousse même la touma. Rachi relie le rôti au klal déjà vu, avec matsa et maror. Le Chabbat vient de bemoado, " en son temps fixé ", lu sur le Pessa'h cheni par l'avis cite en 93a.

5
מַאי טַעְמָא דְּתַנָּא קַמָּא: מִפְּנֵי טֻומְאָה דְּחִיתִיו יַחְזֹור וְיֵעָשֶׂה בְּטֻומְאָה?! וְרַבִּי יְהוּדָה: הַתּוֹרָה חָזְרָה עָלָיו לַעֲשׂוֹתוֹ בְּטָהֳרָה, לֹא זָכָה — יַעֲשֶׂה בְּטֻומְאָה.

Quelle est la raison du tanna kamma ? À cause de la touma je l'ai écarté, et il reviendrait le faire dans la touma ?

Et Rabbi Yehouda : la Torah est revenue sur lui pour qu'il le fasse dans la tahara ; s'il n'a pas mérité, qu'il le fasse dans la touma.

📜 Rachi (1)
יַחְזֹור וְיַעֲשֶׂה בְּטֻומְאָה בִּתְמִיהַּ אֶלָּא מוּטָב יִדְחֶה לְגַמְרֵי:
" Il reviendrait le faire dans la touma " : c'est un étonnement. Mieux vaut qu'il soit écarté tout à fait.
💡 Explication

Le cas est l'homme déjà repoussé du premier Pessa'h à cause de la touma, impur par un mort. Le tanna kamma : la Torah l'a écarté pour cela. Le faire revenir au second, et en touma, va à l'encontre de cet écart. Rachi lit la phrase comme un étonnement : mieux vaut un écart total.

Rabbi Yehouda : la Torah est revenue sur lui afin qu'il offre en tahara (pureté). S'il n'a pas obtenu cette pureté, il offre quand même, en touma. Le second existe pour lui donner cette voie, pas pour fermer la première une seconde fois.

🖼️ Schéma
Le Pessa'h cheni repousse-t-il la touma ?Même homme, écarté du premier pour impureté d'un mortTanna kammaJe l'ai écarté pour la touma.Il reviendrait le faire en touma ?Mieux : il reste écarté.La baraïta : il repousse le Chabbat,il ne repousse pas la touma.La michna va dans ce sens.Rabbi YehoudaLa Torah est revenue sur luipour qu'il le fasse en tahara.S'il n'a pas mérité : en touma.Il repousse donc aussi la touma.Une autre baraïta le suitsur ce point.
Tanna kamma : l'écart pour touma reste. Rabbi Yehouda : sans mérite de tahara, il offre en touma.
6
תָּנוּ רַבָּנַן: פֶּסַח רִאשׁוֹן דּוֹחֶה אֶת הַשַּׁבָּת, פֶּסַח שֵׁנִי דּוֹחֶה אֶת הַשַּׁבָּת. פֶּסַח רִאשׁוֹן דּוֹחֶה אֶת הַטֻּומְאָה, פֶּסַח שֵׁנִי דּוֹחֶה אֶת הַטֻּומְאָה. פֶּסַח רִאשׁוֹן טָעוּן לִינָה, פֶּסַח שֵׁנִי טָעוּן לִינָה.

Les Sages ont enseigne : le premier Pessa'h repousse le Chabbat, le Pessa'h cheni repousse le Chabbat. Le premier Pessa'h repousse la touma, le Pessa'h cheni repousse la touma.

Le premier Pessa'h exige la lina, le Pessa'h cheni exige la lina.

📜 Rachi (1)
טָעוּן לִינָה לַיְלָה הָרִאשׁוֹן יָלִין בִּירוּשָׁלַיִם מִיכֵּן וְאֵילָךְ רַשַּׁאי לָדוּר חוּץ לַחוֹמָה בְּתוֹךְ הַתְּחוּם וְהַייְנוּ לְאֹהָלֶיךָ לְאֹהֶל שֶׁחוּץ לַחוֹמָה וְלֹא לְבֵיתוֹ מַמָּשׁ דְּהָא י"ט הוּא וְעוֹד דְּקָא בָּעֵי לְאֵיתוּיֵי עוֹלַת רְאִיָּיה:
" Exige la lina " : la première nuit, il passe la nuit à Jérusalem. A partir de la, il peut demeurer hors du mur, dans le tehoum. Et c'est le sens de " vers tes tentes " : vers une tente hors du mur, et non vers sa maison proprement dite, car c'est un yom tov. Et de plus, il doit encore apporter l'ola de reiya (l'holocauste de la vision).
💡 Explication

Autre baraïta, qui aligne les deux Pessa'h sur trois points : Chabbat, touma, lina (nuit passée à Jérusalem après le korban).

Rachi détaille la lina du regel : la première nuit dans la ville ; ensuite, hors du mur, dans le tehoum de Chabbat, dans " tes tentes ", pas dans la maison lointaine. Deux raisons de rester dans les parages : le yom tov, et l'olat reiya encore à apporter. Ce tableau sera confronté, plus bas, à un enseignement de Rabbi Yehouda.

7
דּוֹחֶה אֶת הַטֻּומְאָה, כְּמַאן? כְּרַבִּי יְהוּדָה.

Il repousse la touma : selon qui ? Selon Rabbi Yehouda.

💡 Explication

La phrase de la baraïta sur la touma du Pessa'h cheni suit Rabbi Yehouda, pas le tanna kamma de la baraïta precedente, ni l'inference tiree de la michna.

8
וּלְרַבִּי יְהוּדָה טָעוּן לִינָה? וְהָא תַּנְיָא, רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: מִנַּיִין לְפֶסַח שֵׁנִי שֶׁאֵין טָעוּן לִינָה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וּפָנִיתָ בַבֹּקֶר וְהָלַכְתָּ לְאֹהָלֶיךָ״, וּכְתִיב: ״שֵׁשֶׁת יָמִים תֹּאכַל מַצּוֹת״, הַנֶּאֱכָל לְשִׁשָּׁה טָעוּן לִינָה, שֶׁאֵין נֶאֱכָל לְשִׁשָּׁה — אֵין טָעוּן לִינָה!

Et selon Rabbi Yehouda, il exigerait la lina ? Or on a enseigné : Rabbi Yehouda dit : d'où sait-on que le Pessa'h cheni n'exige pas la lina ?

Car il est dit : " Tu te tourneras au matin et tu iras vers tes tentes ", et il est écrit : " Six jours tu mangeras des matsot ". Celui qui se mange pour six jours exige la lina ; celui qui ne se mange pas pour six jours n'exige pas la lina.

📜 Rachi (2)
הַנֶּאֱכָל לְשִׁשָּׁה שֶׁאוֹכְלִין עָלָיו מַצּוֹת שִׁשָּׁה יָמִים וְלִישָּׁנָא דִּקְרָא נְקַט וּקְרָא לִדְרָשָׁה אֲתָא לְלַמֵּד עַל יְמוֹת הַפֶּסַח שֶׁהֵן רְשׁוּת בַּאֲכִילַת מַצָּה חוּץ מִלַּיְלָה הָרִאשׁוֹן בְּפֶרֶק בָּתְרָא (דַּף קכ.):
" Qui se mange pour six " : on mange sur lui des matsot pendant six jours. Il a pris la formulation du verset, et le verset vient pour un derach, afin d'enseigner que les jours de Pessa'h sont facultatifs pour la consommation de matsa, hormis la première nuit, au dernier chapitre (120b).
טָעוּן לִינָה לַיְלָה אֶחָד בְּתוֹךְ הָעִיר:
" Exige la lina " : une nuit à l'intérieur de la ville.
🗂️ Tossefot (2)
פֶּסַח שֵׁנִי אֵין טָעוּן לִינָה תֵּימַהּ לְרַשְׁבָּ"א אַמַּאי אִיצְטְרִיךְ הָא לָא מִרַבֵּינַן מִכְּכָל חֻקַּת הַפֶּסַח מִצְוָה שֶׁאֵינָהּ עַל גּוּפוֹ:
Le Pessa'h cheni n'exige pas la lina. Étonnement pour le Rachba : pourquoi ce verset est-il nécessaire ? Nous n'incluons pas, à partir de " selon tout le statut du Pessa'h ", une mitsva qui ne porte pas sur son corps.
טָעוּן לִינָה פִּי' יוֹם א' וְיֵלֵךְ יוֹם שֵׁנִי וְקָשֶׁה דִּבְלוּלָב וַעֲרָבָה (סֻוכָּה דַּף מז.) מַשְׁמַע דְּטָעוּן לִינָה כָּל ז' דְּקָאָמַר כְּשֵׁם שֶׁשִּׁבְעַת יְמֵי הַחַג טְעוּנִין קָרְבָּן שִׁיר וּבְרָכָה וְלִינָה מַאי בְּרָכָה לָאו זְמַן לֹא בִּרְכַּת הַמָּזוֹן וּתְפִלָּה ה"נ מִסְתַּבְּרָא דְּאִי ס"ד זְמַן זְמַן כָּל ז' מִי אִיכָּא מַשְׁמַע דְּקָרְבָּן וְלִינָה נִיחָא לֵיהּ שֶׁיִּהְיוּ כָּל שִׁבְעָה י"ל דַּהֲוָה מָצֵי לְמֵימַר וּלְטַעְמִיךְ לִינָה כָּל ז' מִי אִיכָּא וּכְמוֹ שֶׁמַּסִּיק אַזְּמַן דְּאִי לָא בְּרִיךְ יוֹמָא קַמָּא זְמַן יְבָרֵךְ שְׁאָר יָמִים ה"נ נְפָרֵשׁ גַּבֵּי לִינָה אִם לֹא לָן יוֹם רִאשׁוֹן יָלִין שְׁאָר יָמִים וּלְעוֹלָם אֵין טָעוּן לִינָה רַק יוֹם א' וּבְפֶ' דַּם חַטָּאת (זְבָחִים דַּף צו:) נָמֵי דְּקָאָמַר ר' טִרְפוֹן וְאִם בִּישֵּׁל בּוֹ בִּתְחִלַּת הָרֶגֶל יְבַשֵּׁל בּוֹ כָּל הָרֶגֶל וּמְפָרֵשׁ בַּגְּמָרָא אָמַר רַבִּי יִצְחָק דְּאָמַר קְרָא וּפָנִיתָ בַבֹּקֶר עֲשָׂאָן הַכָּתוּב כֻּולָּן בֹּקֶר א' הַיְינוּ דַּאֲגִידִי כֻּולָּן זֶה בָּזֶה כְּמוֹ בֹּקֶר א' שֶׁאִם לֹא לָן אֶתְמוֹל יָלִין הַיּוֹם וַהֲדַר וּפָנִיתָ בַּבֹּקֶר וע"כ כֵּן הוּא דְּאִי לִינָה כָּל ז' אִם כֵּן מַאי קָאָמַר שְׁמִינִי רֶגֶל בִּפְנֵי עַצְמוֹ לְגַבֵּי לִינָה הֲלֹא כָּל שְׁאָר יָמִים שֶׁלְּפָנָיו נָמֵי טְעוּנִין לִינָה אֶלָּא וַדַּאי יוֹם רִאשׁוֹן וּשְׁמִינִי טְעוּנִין לִינָה וְלֹא יוֹתֵר וְכֵן מַשְׁמַע בְּסִיפְרֵי בְּפָרָשַׁת כָּל הַבְּכוֹר וְהָלַכְתָּ לְאֹהָלֶיךָ מְלַמֵּד שֶׁטְּעוּנִין לִינָה פִּי' כָּל ג' רְגָלִים מִנַּיִן לְרַבּוֹת עוֹפוֹת וּמְנָחוֹת יַיִן וּלְבוֹנָה וְעֵצִים ת"ל וּפָנִיתָ בַּבֹּקֶר כָּל פִּנּוֹת שֶׁאַתָּה פּוֹנֶה לֹא יְהֵא אֶלָּא מִבֹּקֶר וְאֵילָךְ ר' יְהוּדָה אוֹמֵר יָכוֹל יְהֵא [פֶּסַח קָטָן טָעוּן לִינָה ת"ל וְעָשִׂיתָ פֶּסַח כּוּ' וַחֲכָמִים אוֹמְרִים הֲרֵי הֵם כְּעֵצִים וְכִלְבוֹנָה שֶׁטְּעוּנִים לִינָה מַשְׁמַע שֶׁאֵינוֹ טָעוּן לִינָה אֶלָּא אוֹתוֹ] לַיְלָה בִּלְבַד שֶׁאַחַר הֲבָאַת קָרְבָּנוֹ וּמְרַבֵּי לֵיהּ כְּמוֹ לִינָה דִּרְגָלִים אַלְמָא יוֹם אֶחָד הוּא וְתוּ לָא וא"ת דְּהָכָא מְמַעֵט פֶּסַח [קָטָן] מִלִּינָה וּמִי גָּרַע מִמֵּבִיא קָרְבָּנוֹ בִּימוֹת הַחֹול דְּטָעוּן לִינָה יוֹם א' וְשֶׁמָּא כֵּיוָן דְּתַשְׁלוּמִין דְּרִאשׁוֹן הוּא לֹא בָּעֵי לִינָה אֲפִילּוּ יוֹם אֶחָד וא"ת דִּתְנַן (סֻוכָּה דַּף מב:) הַהַלֵּל וְהַשִּׂמְחָה שְׁמוֹנָה א"כ ע"כ יִצְטָרֵךְ לִינָה כָּל ז' מִשּׁוּם שַׁלְמֵי שִׂמְחָה דְּדַוְקָא בְּשַׁבָּת אָמְרִינַן בְּאֵלּוּ דְּבָרִים (לְעֵיל פְּסָחִים דַּף עא.) מְשַׂמְּחוֹ בִּכְסוּת נְקִיָּה וְיַיִן יָשָׁן וי"ל יִשְׂמַח בְּאוֹתָן שֶׁנִּשְׁחֲטוּ אֶתְמוֹל אוֹ בְּשַׁלְמֵי חֲבֵירוֹ:
" Exige la lina. " Explication : un jour, et il part le second jour. Difficulté : dans Loulav ve-arava (Souka 47a), on comprend qu'il exige la lina tous les sept jours, puisqu'il dit : de même que les sept jours de la fête exigent korban, chant, bénédiction et lina. Quelle est la bénédiction ? On refuse d'y voir le zeman (la bénédiction du temps). On y voit la Birkat hamazon et la tefila. Il est logique de le dire ainsi : si l'on pensait au zeman, y a-t-il un zeman tous les sept jours ? Il en ressort que, pour le korban et la lina, cela lui convient qu'ils durent les sept jours. On peut répondre : il aurait pu dire, et selon ton raisonnement, y a-t-il une lina tous les sept jours ? Et comme il conclut pour le zeman : s'il n'a pas dit le zeman le premier jour, il le dira les autres jours. De même pour la lina : s'il n'a pas passé la nuit le premier jour, il la passera les autres jours. Au bout du compte, on n'exige la lina qu'un seul jour. Dans le chapitre Dam hatat (Zevahim 96b) aussi, Rabbi Tarfon dit : s'il a cuit dedans au début du regel, il y cuira tout le regel. La Guémara explique. Rabbi Its'hak a dit : le verset dit " tu te tourneras au matin ", l'Écrit les a tous faits un seul matin. Ils sont liés les uns aux autres comme un seul matin : s'il n'a pas passé la nuit hier, il passera la nuit aujourd'hui, puis " tu te tourneras au matin ". Nécessairement il en est ainsi. Si la lina était tous les sept jours, que voudrait dire : le huitième est un regel à part quant à la lina ? Tous les autres jours d'avant exigeraient eux aussi la lina. Donc le premier jour et le huitième exigent la lina, et pas davantage. De même dans le Sifri, paracha Kol habekhor : " et tu iras vers tes tentes " enseigne qu'ils exigent la lina. Explication : les trois regalim. D'où inclure les oiseaux, les menahot, le vin, l'encens et les bois ? Le verset l'enseigne : " tu te tourneras au matin ". Tout départ que tu fais se fait à partir du matin, et après. Rabbi Yehouda dit : on pourrait penser que le petit Pessa'h exige la lina. Le verset l'enseigne : " tu feras un Pessa'h ", etc. Et les Sages disent : les voici comme les bois et comme l'encens, qui exigent la lina. Il en ressort qu'il n'exige la lina que cette nuit-la, celle qui suit l'apport de son korban. Et il l'inclut à la manière de la lina des regalim. Donc c'est un jour, et rien de plus. Si tu objectes : ici il exclut le petit Pessa'h de la lina. Serait-il en dessous de celui qui apporte son korban en semaine, lequel exige la lina d'un jour ? Peut-être : puisque c'est un tashloumin (complément) du premier, il ne demande pas la lina, même un jour. Si tu objectes : nous avons appris (Souka 42b) que le Hallel et la simha durent huit jours. Il faudra donc la lina tous les sept jours, à cause des chlamei simha (sacrifices de réjouissance). Car c'est pour Chabbat seulement que nous disons, dans Elou devarim (plus haut, Pessahim 71a) : on le réjouit par un vetement propre et du vin vieux. On peut répondre : qu'il se réjouisse avec ceux qui ont été égorgés la veille, ou avec les chelamim de son compagnon.
💡 Explication

Objection contre la baraïta qui met la lina au Pessa'h cheni selon Rabbi Yehouda. Une autre baraïta, à son nom, la refuse. Preuve : Devarim 16, 7 est collé à Devarim 16, 8. " Vers tes tentes " au matin vise le korban suivi de six jours de matsa, le premier Pessa'h. Le Pessa'h cheni n'ouvre pas ces six jours. Il n'exige pas la lina.

Rachi : " six " reprend le mot du verset. Le même verset enseigne, en 120b, que la matsa des jours suivants est reshut (facultative), hors la première nuit. Ici, la lina est une nuit dans la ville. Tossefot, Rachba : la lina ne porte pas sur le corps du korban. " Selon tout le statut du Pessa'h " ne l'avait donc pas incluse. A quoi bon un verset pour l'écarter ? La longue glose sur " exige la lina " montre que la lina du regel est d'un jour, le premier, et le huitième quand il est fête à part, pas les sept jours d'affilée.

🖼️ Schéma
Lina : le verset et les six joursDevarim 16, 7Au matin, vers tes tentesDevarim 16, 8Six jours tu mangeras la matsaDerasha de R. YehoudaSix jours : lina. Sinon : non.Autre baraïta au nom de R. Yehouda : le Pessa'h cheni exige la lina.
Rabbi Yehouda : six jours de matsa, alors lina. Le Pessa'h cheni n'a pas ces six jours.
9
תְּרֵי תַּנָּאֵי וְאַלִּיבָּא דְּרַבִּי יְהוּדָה.

Deux tannaïm, et ce selon Rabbi Yehouda.

💡 Explication

Les deux baraïtot parlent au nom de Rabbi Yehouda et se contredisent sur la lina. La Guémara ne choisit pas. Ce sont deux tannaïm qui rapportent son avis, et ils divergent.

10
מַתְנִי׳ הַפֶּסַח שֶׁבָּא בְּטֻומְאָה, לֹא יֹאכְלוּ מִמֶּנּוּ זָבִין וְזָבוֹת נִדּוֹת וְיוֹלְדוֹת. וְאִם אָכְלוּ — פְּטוּרִין מִכָּרֵת.

Michna. Le Pessa'h qui vient dans la touma : les zavim, les zavot, les niddot et les yoledot n'en mangeront pas.

Et s'ils en ont mangé, ils sont exempts de karet.

📜 Rachi (2)
מַתְנֵי' לֹא יֹאכְלוּ מִמֶּנּוּ זָבִין דְּגַבֵּי טָמֵא לְנֶפֶשׁ כְּתִיב אִישׁ אִישׁ נִדְחֶה וְאֵין צִיבּוּר נִידְחִין אֲבָל גַּבֵּי זִיבָה אַף צִיבּוּר נִדְחִין בְּפֶרֶק אֵלּוּ דְּבָרִים (לְעֵיל פְּסָחִים דַּף סז.):
Michna. " Les zavim n'en mangeront pas " : car, au sujet de l'impur par un mort, il est écrit " un homme, un homme " : l'individu est écarté, et le public n'est pas écarté. Pour la ziva, le public aussi est écarté, dans le chapitre Elou devarim (plus haut, Pessahim 67a).
וְאִם אָכְלוּ פְּטוּרִין מִכָּרֵת דְּאוֹכֵל קָדָשִׁים בְּטֻומְאָה כִּדְיָלֵיף בַּבָּרַייְתָא בַּגְּמָרָא אֲבָל מִבִּיאַת מִקְדָּשׁ לָא פַּטְרִינְהוּ רַחֲמָנָא:
" Et s'ils en ont mangé, ils sont exempts de karet " : pour celui qui mange des kodachim dans la touma, comme la baraïta le dérive dans la Guémara. De l'entrée au Mikdach, le Rachamana ne les a pas exemptés.
💡 Explication

Michna nouvelle. Le Pessa'h ba be-touma : la majorité du public est impure par un mort, et le korban est offert quand même. Cette permission vise la touma du mort, pas les autres impuretés. Zav et zava (flux), nida, yoledet (accouchée) n'en mangent pas.

S'ils en ont mangé, pas de karet. Rachi : " un homme, un homme " écarte l'individu impur par un mort et laisse passer le public. La ziva écarté aussi le public, cf. 67a. L'exemption vise le karet de celui qui mange des kodachim en touma. L'entrée au Mikdach, le verset ne la leur a pas remise, jusqu'à l'avis de Rabbi Eliezer qui suit.

11
וְרַבִּי אֱלִיעֶזֶר פּוֹטֵר אַף עַל בִּיאַת מִקְדָּשׁ.

Et Rabbi Eliezer exempte même pour l'entrée au Mikdach.

📜 Rachi (1)
וְרַבִּי אֱלִיעֶזֶר פּוֹטֵר אַף מִכָּרֵת דְּבִיאַת מִקְדָּשׁ וְטַעְמָא יָלֵיף בַּגְּמָרָא:
" Et Rabbi Eliezer exempte " : même du karet de l'entrée au Mikdach. Et il dérive la raison dans la Guémara.
💡 Explication

Rabbi Eliezer etend l'exemption : ces impurs, zav et les autres, sont aussi quittes du karet de biat Mikdach (entrée au sanctuaire en touma), alors que l'entrée leur reste interdite. La Guémara donnera le verset.

12
גְּמ׳ תָּנוּ רַבָּנַן: זָבִין וְזָבוֹת נִדּוֹת וְיוֹלְדוֹת שֶׁאָכְלוּ בְּפֶסַח שֶׁבָּא בְּטֻומְאָה, יָכוֹל יְהוּ חַייָּבִין — תַּלְמוּד לוֹמַר: ״כָּל טָהוֹר יֹאכַל בָּשָׂר. וְהַנֶּפֶשׁ אֲשֶׁר תֹּאכַל בָּשָׂר מִזֶּבַח הַשְּׁלָמִים אֲשֶׁר לַה׳ וְטֻומְאָתוֹ עָלָיו וְנִכְרְתָה״.

Guémara. Les Sages ont enseigne : des zavim, des zavot, des niddot et des yoledot qui ont mangé d'un Pessa'h venu dans la touma, on pourrait penser qu'ils sont passibles.

Le verset l'enseigne : " Tout pur mangera de la viande. Et la personne qui mangera de la viande du sacrifice de chelamim qui est à Hachem, sa touma étant sur elle, sera retranchée.

"

💡 Explication

Baraïta sur le karet de l'akhilah. Hava amina : zav, zava, nida, yoledet qui mangent de ce Pessa'h seraient passibles, comme tout impur qui mange des kodachim. Le verset place côte à côte " tout pur mangera de la viande " et le karet de celui qui mange le chelamim avec sa touma sur lui (Vayikra 7, 19-20).

13
נֶאֱכָל לִטְהוֹרִים — חַייָּבִים עָלָיו מִשּׁוּם טָמֵא, וְשֶׁאֵינוֹ נֶאֱכָל לִטְהוֹרִין — אֵין טְמֵאִין חַיָּיבִין עָלָיו מִשּׁוּם טָמֵא.

S'il est mangé par des purs, on est passible à son sujet au titre d'impur. S'il n'est pas mangé par des purs, les impurs ne sont pas passibles à son sujet au titre d'impur.

💡 Explication

Lecture du rapprochement. Le karet de l'impur qui mange suppose un korban réservé aux purs. Le Pessa'h ba be-touma est mangé par des impurs par un mort : il n'est plus " mangé par des purs ". L'impur d'une autre touma qui en mange n'encourt pas le karet michoum tamei, au titre de l'impur.

🖼️ Schéma
Karet de l'impur qui mangeMangé par des pursL'impur est passibleau titre de la toumaVayikra 7, 19-20Pessa'h venu en toumaIl n'est pas mangépar des purs seulementPas de karet pour l'impur
Korban des purs : karet pour l'impur. Pessa'h offert en touma : ce karet tombe.
14
רַבִּי אֱלִיעֶזֶר אוֹמֵר: יָכוֹל דָּחֲקוּ זָבִין וְנִכְנְסוּ לָעֲזָרָה בְּפֶסַח הַבָּא בְּטֻומְאָה, יָכוֹל יְהוּ חַייָּבִין — תַּלְמוּד לוֹמַר: ״וִישַׁלְּחוּ מִן הַמַּחֲנֶה כָּל צָרוּעַ וְכָל זָב וְכֹל טָמֵא לָנָפֶשׁ״, בִּזְמַן שֶׁטְּמֵאֵי מֵתִים מִשְׁתַּלְּחִין — זָבִין וּמְצֹורָעִין מִשְׁתַּלְּחִין, אֵין טְמֵאֵי מֵתִים מִשְׁתַּלְּחִין — אֵין זָבִין וּמְצֹורָעִין מִשְׁתַּלְּחִין.

Rabbi Eliezer dit : on pourrait penser que des zavim ont forcé l'entrée et sont entrés dans l'azara, pour un Pessa'h qui vient dans la touma ; on pourrait penser qu'ils sont passibles. Le verset l'enseigne : " Ils renverront du camp tout lépreux, tout zav, et tout impur par un mort.

" Au temps où les impurs par un mort sont renvoyés, les zavim et les lépreux sont renvoyés. Les impurs par un mort ne sont pas renvoyés : les zavim et les lépreux ne sont pas renvoyés.

📜 Rachi (1)
גְּמ' וִישַׁלְּחוּ מִן הַמַּחֲנֶה כו' ות"ק לָא דְּרֵישׁ לְהָכִי דְּכֻולְּהוּ אִיצְטְרִיכוּ כִּדְאָמְרִינַן בְּאֵלּוּ דְּבָרִים (שָׁם) לְחַלְּקָם לְמַחֲנוֹתֵיהֶם:
Guémara. " Ils renverront du camp ", etc. : et le tanna kamma ne fait pas ce derach, car tous les termes étaient nécessaires, comme nous le disons dans Elou devarim (là-bas), pour les répartir selon leurs camps.
💡 Explication

Rabbi Eliezer, sur le karet de l'entrée. Des zavim forcent l'azara (la cour) alors que le Pessa'h se fait en touma. Hava amina : karet. Bamidbar 5, 2 liste ensemble le metzora (lépreux), le zav et le tamei met.

Le renvoi des zavim et des lépreux suit le renvoi des impurs par un mort. Quand ceux-ci restent, parce que le public offre en touma, les autres ne sont pas renvoyés non plus : pas de karet sur cette entrée. Rachi : le tanna kamma ne tire pas cette lecture. Chaque terme du verset sert, en 67a, à fixer le camp d'où chacun est renvoyé.

15
בָּעֵי רַב יוֹסֵף: דָּחֲקוּ טְמֵאֵי מֵתִים וְנִכְנְסוּ לַהֵיכָל בְּפֶסַח הַבָּא בְּטֻומְאָה, מַהוּ? מִדְּאִישְׁתְּרַי טֻומְאַת עֲזָרָה אִישְׁתְּרַי נָמֵי טֻומְאַת הֵיכָל, אוֹ דִּילְמָא מַאי דְּאִישְׁתְּרִי — אִישְׁתְּרִי, מַאי דְּלָא אִישְׁתְּרִי — לָא אִישְׁתְּרִי!

Rav Yossef a posé une question : des impurs par un mort ont forcé l'entrée et sont entrés dans le Heikhal, pour un Pessa'h qui vient dans la touma. Qu'en est-il ?

Du moment que la touma de l'azara a été permise, la touma du Heikhal a été permise aussi ? Ou bien : ce qui a été permis l'a été, ce qui n'a pas été permis ne l'a pas été.

📜 Rachi (1)
וְנִכְנְסוּ לַהֵיכָל מָקוֹם שֶׁלֹּא הֻותְּרוּ שָׁם דְּאֵין שָׁם צָרְכֵי פֶּסַח וְאֵלּוּ כֹּהֲנִים אֲסוּרִין לִיכָּנֵס לְשָׁם אֶלָּא לְצֹורֶךְ מִשּׁוּם דִּכְתִיב אַל יָבֹא בְּכָל עֵת וְזֶה שֶׁנִּכְנַס בְּטֻומְאָה יָכוֹל יִתְחַייֵּב עַל בִּיאַת מִקְדָּשׁ בְּטֻומְאָה:
" Et ils sont entrés dans le Heikhal " : un lieu où on ne les a pas permis, car les besoins du Pessa'h n'y sont pas. Et ces cohanim ont interdiction d'y entrer, sauf pour un besoin, car il est écrit : " qu'il n'entre pas en tout temps ". Et celui-ci, qui entre en touma, on pourrait penser qu'il soit passible pour l'entrée au Mikdach en touma.
💡 Explication

Nouvelle question, de Rav Yossef. Le cas change : ce sont des tamei met, ceux-la mêmes que le Pessa'h ba be-touma autorise dans l'azara. Ils entrent dans le Heikhal, où le service du Pessa'h ne se fait pas, et où un kohen n'entre qu'au moment du besoin (Vayikra 16, 2).

Deux branches. Ou la permission de la cour entraîne la permission du sanctuaire. Ou la permission s'arrête là où elle a été donnée : l'azara oui, le Heikhal non. Rachi : la question porte sur le karet de biat Mikdach en touma.

16
אָמַר רָבָא, אֲמַר קְרָא: ״וַיְשַׁלְּחוּ מִן הַמַּחֲנֶה״, אֲפִילּוּ מִקְצָת מַחֲנֶה.

Rava a dit : le verset dit " Ils renverront du camp ", même une partie du camp.

📜 Rachi (1)
אֲפִילּוּ מִקְצָת מַחֲנֶה אע"פ שֶׁאֵין מִשְׁתַּלְּחִין מִכָּל מַחֲנֵה שְׁכִינָה שֶׁהֲרֵי מֻותָּרִין בָּעֲזָרָה טְמֵאֵי מֵתִים בְּפֶסַח הַבָּא בְּטֻומְאָה מִשְׁתַּלְּחִין מִיהָא מִמִּקְצָתוֹ מִן הַהֵיכָל:
" Même une partie du camp " : bien qu'on ne les renvoie pas de tout le camp de la Chekhina, puisque les impurs par un mort sont permis dans l'azara pour un Pessa'h qui vient dans la touma, on les renvoie du moins d'une partie de ce camp, du Heikhal.
💡 Explication

Première réponse de Rava, vers la houmra. " Du camp " vise aussi une partie du camp de la Chekhina. L'azara est ouverte aux tamei met. Le Heikhal, partie du même camp, continue de les renvoyer. Entrer au Heikhal reste interdit.

17
אִיכָּא דְאָמְרִי: אָמַר רָבָא, אֲמַר קְרָא: ״וִישַׁלְּחוּ מִן הַמַּחֲנֶה ... אֶל מִחוּץ לַמַּחֲנֶה תְּשַׁלְּחוּם״, כָּל הֵיכָא דְקָרֵינַן בֵּיהּ ״אֶל מִחוּץ לַמַּחֲנֶה תְּשַׁלְּחוּם״ — קָרֵינַן בֵּיהּ ״וִישַׁלְּחוּ מִן הַמַּחֲנֶה״.

Il en est qui disent : Rava a dit : le verset dit " Ils renverront du camp... hors du camp vous les renverrez ". Partout où nous lisons " hors du camp vous les renverrez ", nous lisons " ils renverront du camp ".

📜 Rachi (3)
אִיכָּא דְאָמְרִי כּוּ' וְרָבָא לְקֻולָּא פָּשַׁט דְּאֵין חַייָּבִין עַל בִּיאַת מִקְדָּשׁ דְּהֵיכָל:
" Il en est qui disent ", etc. : et Rava a tranché vers le koula (l'indulgence) : ils ne sont pas passibles pour l'entrée au Mikdach du Heikhal.
אֶל מִחוּץ לַמַּחֲנֶה תְּשַׁלְּחוּם הַייְנוּ הֵיכָל כְּדִסְמִיךְ לֵיהּ אֲשֶׁר אֲנִי שֹׁוכֵן בְּתוֹכָם:
" Hors du camp vous les renverrez " : c'est le Heikhal, car y est juxtaposé " au milieu desquels Je demeure ".
וַיְשַׁלְּחוּ מִן הַמַּחֲנֶה עֲזָרָה כָּךְ קִבֵּל רַבִּי ונ"ל דְּאִיפְּכָא גָּרְסִי' לָהּ כָּל הֵיכָא דְּקָרֵינָא אֶל מִחוּץ לַמַּחֲנֶה שֶׁצָּרִיךְ לְהוֹצִיאָם לְגַמְרֵי אַף מִן הָעֲזָרָה קָרֵינָא בֵיהּ מִן הַמַּחֲנֶה הֵיכָל וְכָל הֵיכָא דְּלָא קָרֵינָא בַּיהּ אֶל מִחוּץ לָא קָרֵינָא בֵיהּ וִישַׁלְּחוּ מִקְצָת מַחֲנֶה:
" Ils renverront du camp " : l'azara. Ainsi mon maître l'a reçu. Et il me semble qu'on lit l'inverse : partout où nous lisons " hors du camp ", c'est-à-dire qu'il faut les faire sortir entièrement, même de l'azara, nous lisons en lui " du camp " pour le Heikhal. Et partout où nous ne lisons pas en lui " hors du camp ", nous ne lisons pas en lui " ils renverront " pour une partie du camp.
🗂️ Tossefot (1)
כָּל הֵיכָא דְּקָרֵינָא בֵּיהּ אֶל מִחוּץ לַמַּחֲנֶה כּוּ' וְא"ת כֵּיוָן דְּאֵין חִילּוּק בֵּין הֵיכָל לָעֲזָרָה לְמַאי הִלְכְתָא אִיכְּתִיב מִן הַמַּחֲנֶה דְּמַשְׁמַע מִקְצָת מַחֲנֶה וי"ל דַּעֲשֵׂה מִיהָא אִיכָּא בַּהֵיכָל טְפֵי מִבַּעֲזָרָה דְּלָא אִישְׁתְּרִי מֵהֶיקֵּשָׁא אֶלָּא כָּרֵת:
" Partout où nous lisons en lui : hors du camp ", etc. Et si tu dis : dès lors qu'il n'y a pas de distinction entre le Heikhal et l'azara, pour quelle halakha est-il écrit " du camp ", ce qui signifie une partie du camp ? On peut répondre : un asse (commandement positif) existe néanmoins dans le Heikhal, davantage que dans l'azara, car, du hekech (rapprochement des versets), seul le karet a été permis.
💡 Explication

Seconde leçon de Rava, vers le koula. Les deux bouts du verset vont ensemble : " ils renverront du camp " et " hors du camp vous les renverrez ". Là où l'on applique le renvoi hors de tout le camp, on applique aussi le renvoi " du camp ". Quand le Pessa'h vient en touma, on ne chasse pas le tamei met hors de l'azara. On ne lui applique donc pas non plus le renvoi qui frappe le Heikhal : pas de karet sur cette entrée.

Rachi : " hors du camp " désigne le Heikhal, à cause du voisin " au milieu desquels Je demeure ". La tradition de son maître lisait " du camp " sur l'azara. Rachi préfère inverser la leçon de la phrase " partout où ". Tossefot : si Heikhal et azara se valent pour le karet, pourquoi " du camp ", qui parle d'une partie ? Réponse : un asse de renvoi demeure au Heikhal, plus qu'à l'azara. Le hekech n'a levé que le karet.

🖼️ Schéma
Pessa'h en touma : azara et HeikhalQuestion de Rav Yossef, deux leçons de RavaTamei met : l'azara est permise, le korban se faitZav, zava, nida, yoledet : pas d'akhilah. Karet levé s'ils ont mangé.Rava, première leçon" Du camp "même une partie du campOn quitte le Heikhalquand on reste dans l'azara.Houmra : entrée du Heikhalencore défendue.Rava, ika de-amreiLes deux formules vont ensembleHors de tout le camp, alors du camp.Koula : pas de karet au Heikhalsi l'azara est déjà ouverte.Tossefot : un asse resteau Heikhal, plus qu'à l'azara.
Première leçon : le Heikhal reste un renvoi partiel. Seconde leçon : le karet tombe ; Tossefot garde un asse.
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בָּעֵי רַב יוֹסֵף: דָּחֲקוּ טְמֵאֵי מֵתִים וְאָכְלוּ אֵימוּרֵי פֶּסַח הַבָּא בְּטֻומְאָה,

Rav Yossef a posé une question : des impurs par un mort ont forcé l'entrée et ont mangé les eimourim d'un Pessa'h qui vient dans la touma,

📜 Rachi (1)
אֵימוּרֵי פֶּסַח כְּגוֹן כְּלָיוֹת וְיוֹתֶרֶת הַכָּבֵד:
" Les eimourim du Pessa'h " : par exemple les reins et le lobe du foie.
💡 Explication

Autre question de Rav Yossef, ouverte ici et poursuivie au daf suivant. Des tamei met mangent les eimourim du Pessa'h offert en touma : les parts qui montent sur l'autel, pas la chair des mangeurs. Rachi donne l'exemple des reins et de la yoteret ha-kaved, le lobe du foie. La question s'arrête sur la virgule.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).