Sougya : Le daf achève la question de la tumah : quand le pesach est offert en impureté, le hayav des eimurin suit celui de la viande, car il en est tiré. Rabbi Zeira demande où l'on a brûlé les eimurin du pesach d'Égypte.
Abaye et Rav Yossef répondent qu'il n'y avait pas d'autel pour cela : le sang était sur le linteau et les deux montants. La michna liste ensuite ce qui sépare le pesach d'Égypte du pesach des générations.
La Guemara reprend chaque mot hazeh, bo, oto et mimenu : ve'avadta étend la loi aux générations, et le mot qui semblait limiter garde un enseignement local. Le daf s'arrête sur la phrase " les sept jours " : sur quoi porte-t-elle ?
Qu'en est-il ? Du moment que la tumah de la viande a été permise, la tumah des eimurin a aussi été permise ?
Ou bien : ce qui a été permis a été permis, ce qui n'a pas été permis n'a pas été permis.
Le pesach de la communauté peut être offert en tumah. La viande se mange alors en tumah. La question vise les eimurin, les parties qu'on brûle sur l'autel : le hayav de tumah tombe-t-il aussi pour elles ?
Rachi serre le point. Même si la tumah est permise, manger les eimurin reste interdit à cause de la zarut. On demande seulement le karet de la tumah, pas le droit de les manger.
Rava dit : après tout, la tumah des eimurin, d'où a-t-elle été incluse ? De la tumah de la viande, car il est écrit : " acher la-Hachem ", pour inclure les eimurin.
Le hayav de manger les eimurin en tumah n'a pas de verset à lui. Il est tiré du verset de la viande, Lévitique 7, 20. Les mots acher la-Hachem sont en trop pour la viande seule : ils incluent les parties de l'autel.
Conséquence, au segment suivant : si la source, la viande, n'a plus de hayav, l'inclusion tombe avec elle.
Partout où il y a la tumah de la viande, il y a la tumah des eimurin. Partout où il n'y a pas la tumah de la viande, il n'y a pas la tumah des eimurin.
Rava tranche le doute. Le hayav des eimurin suit celui de la viande, dans les deux sens. Pour un pesach offert en tumah, la viande est permise : manger les eimurin en tumah ne crée pas de hayav de tumah.
Rabbi Zeira a demandé : les eimurin du pesach d'Égypte, où les a-t-on fait brûler ? Abaye lui a dit : et qui nous dira qu'ils n'en ont pas fait du shviski ?
En Égypte, le verset dit de rôtir le pesach et de mettre le sang sur la porte. Il ne parle pas d'haktara des eimurin. Rabbi Zeira demande où on les a brûlés.
Abaye refuse de supposer un autel. Shviski, dit Rachi, c'est la viande rôtie à la broche : ces parties ont pu être rôties avec le reste.
Et encore : Rav Yossef a enseigné qu'il y avait là trois autels : sur le linteau, et sur les deux montants. Et il n'y avait rien d'autre.
Rav Yossef compte trois mizbehot : le linteau et les deux montants, là où le sang est appliqué. Rachi : ce compte vaut pour le sang. Aucun autel n'est là pour brûler les eimurin.
Michna. Quelle est la différence entre le pesach d'Égypte et le pesach des générations ?
Le pesach d'Égypte, on le prend dès le dix ; il exige une aspersion avec un bouquet d'hysope, sur le linteau et sur les deux montants ; il se mange dans la précipitation ; en une seule nuit. Et le pesach des générations se pratique les sept jours.
La michna ouvre la comparaison. Cinq points pour l'Égypte : la prise dès le dix nissan, l'haza'a avec un bouquet d'hysope, le linteau et les deux montants, la précipitation (hipazon), une seule nuit.
Pour les générations, la michna ne dit qu'une chose : il se pratique les sept jours. La Guemara demandera, à la fin du daf, sur quoi cette phrase porte. Rachi : " on le prend " veut dire qu'on le désigne pour le pesach.
Guemara. D'où le tient-on ?
Car il est écrit : " Parlez à toute la communauté d'Israël pour dire : le dix de ce mois, ils prendront ". Celui-ci, on le prend dès le dix ; et le pesach des générations, on ne le prend pas dès le dix.
Mena lan vise ici la prise dès le dix. Le mot hazeh, " ce mois ", limite la loi au pesach d'Égypte. Le pesach des générations n'a pas à être désigné le dix nissan.
Mais alors : " et il sera pour vous en garde jusqu'au quatorze de ce mois ", de même celui-ci exige un examen quatre jours avant l'abattage, et un autre n'exige pas d'examen ?
Le même mot hazeh est écrit pour la mishmeret, la garde jusqu'au 14. Si " celui-ci " limite, seul le pesach d'Égypte exigerait le bikur de quatre jours, l'examen des mumim. Rachi lit l'objection jusqu'au bout : le tamid et les autres korbanot seraient exclus aussi.
Or on a enseigné : Ben Bag Bag dit : d'où sait-on que le tamid exige un examen quatre jours avant l'abattage ? Car il est dit : " vous garderez, pour Me l'offrir en son temps ", et là-bas il est dit : " et il sera pour vous en garde jusqu'au quatorze ".
De même que là-bas il exige un examen quatre jours avant l'abattage, ici aussi il exige un examen quatre jours avant l'abattage.
Ben Bag Bag fait une gezera shava entre tishmeru, au tamid, et mishmeret, au pesach. Les quatre jours d'examen passent au tamid de toutes les générations. Rachi en tire la suite : le pesach des générations a, lui aussi, ce bikur. Le mot hazeh ne peut donc pas tout réserver à l'Égypte.
Là-bas, c'est différent, car il est écrit : " vous garderez ".
La Guemara isole le tamid. Son bikur tient au mot tishmeru, la gezera shava, et non à une lecture qui obligerait chaque korban. L'objection de Ben Bag Bag ne force pas encore le pesach des générations.
Et le pesach des générations aussi, puisqu'il est écrit : " et tu feras ce service en ce mois ", afin que toutes les avodot de ce mois soient comme celui-ci.
Rachi lit la phrase benihuta, comme un acquis, pas comme une attaque. Ve'avadta et ha-avoda ha-zot met les services du mois sur le modèle de l'Égypte. Le bikur de quatre jours passe donc au pesach des générations.
La prise dès le dix, elle, reste écartée par le premier hazeh. Le hazeh du verset de garde servira à autre chose : le pesach sheni.
Mais ce " celui-ci " vient exclure le pesach sheni, qui est de son genre.
Deux hazeh, deux exclusions. Celui du bikur écarte le pesach sheni, parce qu'il ressemble à l'Égypte : un seul jour. Avec le bikur tombe aussi la prise dès le dix, car Rachi lit les deux dans " en garde ".
L'autre hazeh, celui de la prise, écarte le pesach des générations de la désignation le dix, et le laisse avec le bikur. En pratique : si l'animal n'a pas été désigné le dix, on examine deux ou trois agneaux dès le dix, et on en choisit un à la shehita.
Tossefot ferme une autre lecture. On ne peut pas réserver le hazeh de la prise au pesach sheni : ce second est déjà sorti, puisqu'il n'a pas de bikur.
Mais alors, puisqu'il est écrit : " et ils mangeront la viande en cette nuit ", de même celui-ci se mange la nuit, et un autre ne se mange pas la nuit ? Le verset dit : " et tu feras le service ".
Même mécanisme. Ba-layla ha-zeh semblerait réserver la nuit à l'Égypte. Ve'avadta répond : le service de ce mois, pour les générations, se fait comme celui d'Égypte. Le pesach se mange la nuit, là aussi.
Mais " celui-ci ", pourquoi m'est-il nécessaire ? Pour l'enseignement de Rabbi Elazar ben Azarya et de Rabbi Akiva.
Une fois la nuit étendue aux générations, le mot hazeh a encore un emploi. Rachi renvoie à Berakhot 9a : " cette nuit " du pesach est mis en regard de " cette nuit " de la plaie des premiers-nés. Rabbi Elazar ben Azarya et Rabbi Akiva en tirent l'heure limite : jusqu'à minuit, ou jusqu'à l'aube.
Mais alors, puisqu'il est écrit : " et tout arel n'en mangera pas ", de même : de lui il ne mange pas, mais il mange du pesach des générations ? Le verset dit : " et tu feras ".
Bo, " en lui ", pourrait limiter l'interdit de l'arel au pesach d'Égypte. Ve'avadta l'étend aux générations. Rachi fixe de quel arel on parle : celui dont les frères sont morts de la mila, et qui s'abstient. Son cœur reste vers le Ciel. Le détail de ce que bo enseigne encore vient ensuite.
Tossefot, ici, vise la discussion de l'os, plus bas sur le daf. Le Riva : l'interdit de briser l'os est déjà écrit pour le pesach sheni. Un kal va-homer le donne au premier. Pourquoi la Guemara appelle-t-elle ve'avadta pour cette loi ?
Mais " en lui ", pourquoi m'est-il nécessaire ? De lui, il ne mange pas ; mais il mange de la matza et du maror.
Le mot bo ne sert plus à écarter les générations. Il sert à limiter l'interdit au pesach lui-même. L'arel mange la matza et le maror.
Mais alors : " (et tout) ben nekhar n'en mangera pas ", de même : de lui il ne mange pas, mais il mange le pesach pour les générations ? Le verset dit : " et tu feras ".
Même question sur ben nekhar. Ve'avadta étend l'interdit aux générations. Rachi traduit le mot : celui dont les actes se sont rendus étrangers à son Père qui est aux cieux.
Rachi propose ensuite une autre girsa. Il retire de la suite le passage du toshav et du sakhir : ces deux-là mangent le pesach. Le toshav est le nirtza, acquisition perpétuelle ; le sakhir est l'esclave hébreu acquis pour des années. Le verset, superflu, sert de gezera shava avec la teruma. Dans le texte courant, la réponse " l'apostasie rend passoul " ne colle pas, selon lui, à toshav et sakhir.
Mais " en lui ", pourquoi m'est-il nécessaire ? En lui, l'apostasie rend passoul, et l'apostasie ne rend pas passoul pour la teruma.
Bo limite l'effet du ben nekhar. La meshumadut, l'apostasie, écarte du pesach. Elle n'écarte pas de la teruma : un kohen apostat en mange encore, selon cette derasha.
Et il fallait écrire " arel ", et il fallait écrire " ben nekhar ". Car si le Miséricordieux avait écrit " arel ", c'est parce qu'il est répugnant ; mais un ben nekhar n'est pas répugnant : j'aurais dit non.
C'est nécessaire. Et si l'on ne nous avait appris que " ben nekhar ", c'est parce que son cœur n'est pas vers le Ciel ; mais un arel, dont le cœur est vers le Ciel : j'aurais dit non.
C'est nécessaire.
Les deux interdits ne se déduisent pas l'un de l'autre. L'arel est écarté parce que le orla est répugnant, alors que son cœur peut rester vers le Ciel. Le ben nekhar est écarté parce que son cœur n'est pas vers le Ciel, sans ce défaut du corps.
Si la Torah n'avait écrit qu'un des deux, l'autre cas serait resté permis. Les deux écritures sont donc nécessaires.
Mais alors : " un toshav et un sakhir n'en mangeront pas ", de même : de lui, il ne mange pas, mais il mange du pesach des générations ? Le verset dit : " et tu feras ".
Mais " en lui ", pourquoi m'est-il nécessaire ? En lui, l'apostasie rend passoul, et l'apostasie ne rend pas passoul pour la teruma.
Le texte répète le parcours : bo semblerait limiter à l'Égypte, ve'avadta étend, et bo garde un enseignement. Ici la réponse imprimée est la même que pour le ben nekhar : l'apostasie et la teruma.
Rachi, sur le segment du ben nekhar, conteste cette leçon. Toshav et sakhir, le nirtza et l'esclave hébreu pour des années, sont des Israélites et mangent le pesach. Le verset est alors superflu, disponible pour la gezera shava de la teruma.
Mais alors : " et tu le circonciras, alors il en mangera ", de même : de lui il ne mange pas, mais il mange du pesach des générations ? Le verset dit : " et tu feras ".
Mais " en lui ", pourquoi m'est-il nécessaire ? En lui, la circoncision de ses mâles et de ses esclaves est indispensable, et la circoncision de ses mâles et de ses esclaves n'est pas indispensable pour la teruma.
U-malta oto : le maître ne mange le pesach qu'après avoir circoncis l'esclave. Ve'avadta étend cette condition aux générations. Bo la limite au pesach : la milat zakharav va-avadav, circoncision des fils et des esclaves, bloque le pesach. Elle ne bloque pas la teruma.
Mais alors, puisqu'il est écrit : " et un os, on n'en brisera pas en lui ", de même : en lui on ne brise pas, mais on brise pour le pesach des générations ? Le verset dit : " et tu feras ".
Mais " en lui ", pourquoi m'est-il nécessaire ? En lui, quand il est kasher, et non quand il est pasul.
L'interdit de briser un os suit le même chemin. Ve'avadta l'applique aux générations. Bo le réserve au pesach kasher. Un pesach pasul : on peut en briser l'os.
Tossefot, plus haut, objecte au nom du Riva : le verset du pesach sheni contient déjà cet interdit, et un kal va-homer atteint le premier.
Mais alors, puisqu'il est écrit : " n'en mangez pas cru ", de lui tu ne manges pas, mais tu manges cru du pesach des générations ? Le verset dit : " et tu feras ".
Mais " de lui ", pourquoi m'est-il nécessaire ? Pour ce que Rabba a dit au nom de Rabbi Yitzhak.
Na : la viande crue. Mimenu ne sert pas à autoriser le cru pour les générations. Ve'avadta maintient l'interdit. Le mot sert à la gezera shava de Rabba au nom de Rabbi Yitzhak, Yevamot 74a : l'arel est interdit au maaser comme il l'est au pesach.
Et il se mange dans la précipitation, etc. D'où le tient-on ?
Car le verset dit : " et vous le mangerez dans la précipitation ". Lui se mange dans la précipitation, et un autre ne se mange pas dans la précipitation.
Retour à la michna. Oto, " lui ", dans " vous le mangerez dans la précipitation ", réserve le hipazon au pesach d'Égypte. Rachi : en hâte.
Le Riva demande pourquoi on ne distingue pas, comme pour le bikur. Oto écarterait seulement le pesach sheni, et ve'avadta laisserait la précipitation au pesach des générations. La Guemara, elle, conclut sans cette distinction : aucun autre pesach ne se mange dans la précipitation.
Et le pesach des générations se pratique les sept jours, etc. Sur quoi cela porte-t-il ?
Si tu dis : sur le pesach, y a-t-il un pesach pendant les sept jours ?
Dernière phrase de la michna. Amai kai : sur quoi " les sept jours " s'appuie-t-il ? Sur le korban, la chose ne tient pas : le pesach s'offre le quatorze nissan, et se mange la nuit du quinze. La suite de la question est sur le daf suivant.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).