Sougya : L'amud achève la michna du pesach mélangé à des bekhorot. Rabbi Shimon laisse une habura de kohanim tout manger la nuit du pesach, quitte à amener des kodashim au beit ha-pasul.
Les Rabbins refusent. Rava, pour eux, attend le défaut, fait passer la sainteté du pesach sur une bête grasse, et le mélange se mange comme un bekhor baal moum.
Une michna nouvelle suit le pesach perdu : selon qui a nommé l'autre, on sait qui mange, ce qui brûle, et qui est dispensé du pesach sheni. Puis deux haburot, ou deux particuliers, dont les pesachim se sont mélangés : une formule de retrait pour qu'aucune bête ne reste sans propriétaire.
Guemara. Or, n'amène-t-il pas des kodashim (choses saintes) au beit ha-pasul (la maison de l'invalidation) ?
La michna, en haut de l'amud précédent, parle d'un pesach mélangé à des bekhorot. Rabbi Shimon : si la habura est faite de kohanim, ils mangent tout le lot la nuit du pesach.
Le bekhor se mange deux jours et une nuit. Le pesach, la nuit seulement, jusqu'au matin. Manger le bekhor aux heures du pesach, c'est le brûler à l'aube alors qu'il est encore permis. C'est amener des kodashim au beit ha-pasul : on le fait sortir du temps où il était valide.
Rabbi Shimon parle selon son principe. Car il a dit : on amène des kodashim au beit ha-pasul.
Comme nous l'avons appris : un acham (sacrifice de culpabilité) qui s'est mélangé à des shelamim (sacrifices de paix), Rabbi Shimon dit : qu'on les abatte au nord, et qu'on les mange selon la rigueur du plus strict d'entre eux.
Rabbi Shimon a déjà tranché ainsi pour un acham mêlé à des shelamim. L'asham s'abat au nord, se mange un jour et une nuit, par des kohanim, dans les kelaim. Les shelamim s'abattent dans tout le parvis et se mangent deux jours et une nuit, à Jérusalem.
Traiter tout le lot comme l'asham raccourcit les shelamim. Rabbi Shimon l'accepte. Mieux vaut réduire le temps que d'arracher les bêtes et de les envoyer paître.
Ils lui ont dit : on n'amène pas des kodashim au beit ha-pasul.
Les Rabbins refusent le geste de Rabbi Shimon. Réduire le temps des shelamim, c'est déjà le beit ha-pasul. Leur issue : les bêtes paissent jusqu'au défaut, puis on les vend.
Et les Rabbins, comment fait-on ? Rava a dit : attendons, pour lui, qu'ils contractent un défaut ; qu'il apporte une bête grasse, et qu'il dise : partout où se trouve le pesach, que sa sainteté prenne effet sur celle-ci.
Et il les mange selon la règle du bekhor baal moum (premier-né atteint d'un défaut).
Le procédé ordinaire, paître puis vendre, échoue sur le bekhor. Le verset dit lo tifde : tu ne le rachèteras pas. Sa sainteté ne passe pas sur l'argent. Le pesach, lui, se rachète. Tant qu'il est dans le lot, on ne peut pas manger le mélange comme de simples bekhorot tarés.
Rava : on attend le moum. On apporte une bête grasse. On stipule : là où est le pesach, sa sainteté prend effet sur celle-ci. Le lot se mange alors comme un bekhor baal moum.
Rachi lit la bête grasse comme la plus belle d'entre elles, et la sainteté sur les pièces : avec cet argent, des shelamim, règle du motar ha-pesach. Tout le mélange suit les limites du bekhor taré : pas d'atliz, pas de litra. Le pesach, une fois racheté et reconnu, pourrait se vendre à l'étal.
Michna. Une habura (groupe inscrit sur un même pesach) dont le pesach s'est perdu.
Ils ont dit à l'un : "Sors, cherche, et abats pour nous." Il est allé, il a trouvé, et il a abattu. Eux ont pris [une autre bête] et ont abattu.
Si le sien a été abattu le premier, il mange du sien, et eux mangent avec lui du sien. Si le leur a été abattu le premier, ils mangent du leur, et lui mange du sien.
Nouvelle michna. La habura envoie un des siens chercher le pesach perdu, avec mandat : abats pour nous. Pendant ce temps, elle abat une autre bête.
S'il a abattu le premier, tous sont inscrits sur le sien. Le leur n'a plus de baalim : il brûle. S'ils ont abattu les premiers, ils se sont retirés du perdu (meshikhat yadayim, retrait des mains). Lui n'était pas inscrit sur le leur : chacun mange le sien.
Et si l'on ne sait pas lequel des deux a été abattu le premier, ou s'ils ont abattu les deux en même temps : lui mange du sien, eux ne mangent pas avec lui, et le leur sort vers le beit ha-sereifa (le lieu de la combustion). Et ils sont dispensés de faire un pesach sheni (second pesach).
L'ordre est inconnu, ou les deux shehitot (abattages) sont simultanées. Deux craintes. Si le leur est premier, ils se sont retirés du sien : ils ne mangent pas avec lui. Si le sien est premier, le leur est un second pesach, sans inscription : il va au beit ha-sereifa.
Dans les deux cas ils étaient inscrits sur le premier. L'akhila manque, et elle n'est pas me'akev. Ils sont dispensés du pesach sheni.
Tossefot écarte le cas de 88b : un oubli avant la zerika oblige au pesach sheni. Ici l'inscription sur le premier a eu lieu.
Il leur a dit : "Si je tarde, sortez et abattez pour moi." Il est allé, il a trouvé, et il a abattu. Eux ont pris et ont abattu.
Si le leur a été abattu le premier, ils mangent du leur, et lui mange avec eux. Si le sien a été abattu le premier, il mange du sien, et eux mangent du leur.
Cas inverse. C'est lui qui les nomme : si je tarde, abattez pour moi. Eux ne lui ont pas dit d'abattre pour eux.
S'ils ont abattu les premiers, il est inscrit avec eux. Le sien brûle : il s'est retiré du premier. S'il a abattu le premier, il mange du sien, et eux du leur : ils ne lui avaient pas donné mandat sur le perdu.
Et si l'on ne sait pas lequel des deux a été abattu le premier, ou s'ils ont abattu les deux en même temps : eux mangent du leur, et lui ne mange pas avec eux. Le sien sort vers le beit ha-sereifa, et il est dispensé de faire un pesach sheni.
Même doute, rôles renversés. Eux mangent le leur à coup sûr : en l'abattant, ils ont quitté le perdu. Lui ne mange pas avec eux : peut-être a-t-il abattu le premier, et il n'est alors plus sur le leur. Son pesach brûle, de crainte qu'il s'en soit retiré.
Mima nafshakh (dans les deux hypothèses) il est quitte par le premier. Dispensé du pesach sheni.
Il leur a dit, et ils lui ont dit : tous mangent du premier. Et si l'on ne sait pas lequel des deux a été abattu le premier, les deux sortent vers le beit ha-sereifa.
Les deux formules sont dites. Chacun est shaliah de l'autre. Tout le monde est donc sur le pesach abattu le premier. Le second brûle.
Si l'ordre est inconnu, chaque bête est peut-être la seconde. Les deux vont au beit ha-sereifa. Rachi ajoute qu'ils sont dispensés du pesach sheni.
Il ne leur a pas dit, et ils ne lui ont pas dit : ils ne sont pas responsables l'un de l'autre.
Aucune formule. Personne n'est inscrit sur la bête de l'autre. Chacun mange la sienne. L'ordre d'abattage ne change rien : il n'y a pas d'ahariout (responsabilité) de l'un sur l'autre.
Deux haburot dont les pesachim se sont mélangés. Celles-ci tirent pour elles un, et celles-là tirent pour elles un.
L'un de celles-ci vient auprès de celles-là, et l'un de celles-là vient auprès de celles-ci. Et voici ce qu'ils disent : si ce pesach est le nôtre, tes mains sont retirées du tien et tu es inscrit sur le nôtre ; et si ce pesach est le tien, nos mains sont retirées du nôtre et nous sommes inscrits sur le tien.
Deux haburot, deux pesachim mêlés. Chacune tire une bête. Chacune envoie un membre chez l'autre. On lui dit la formule.
Si la bête tirée est la nôtre, l'arrivant quitte la sienne et s'inscrit ici. Si elle est la sienne, nous quittons la nôtre et nous nous inscrivons sur la sienne. L'autre habura dit la même phrase à l'arrivant qu'elle reçoit.
Pourquoi un homme doit passer : Rabbi Yehuda et Rabbi Yose interdisent que toute une habura se retire et laisse un pesach sans baalim. Avec un membre déjà passé chez l'autre, dans les deux hypothèses quelqu'un reste.
Et de même cinq haburot de cinq personnes chacune, ou de dix chacune : elles tirent pour elles un de chaque habura, et elles disent de même.
Le même procédé, à cinq ou à dix. Chaque habura tire un pesach. Les hommes se répartissent : un de chaque groupe d'origine sur chaque bête.
Dans la habura nouvelle, les quatre disent à chacun : si ce pesach est le tien, nous quittons nos pesachim, où qu'ils soient, et nous nous inscrivons avec toi. Ainsi, même en cas d'échange, un propriétaire d'origine reste sur chaque bête.
Deux [particuliers] dont les pesachim se sont mélangés : celui-ci tire pour lui un, et celui-là tire pour lui un ; celui-ci inscrit avec lui quelqu'un du marché, et celui-là inscrit avec lui quelqu'un du marché.
Ici il n'y a pas de habura, seulement deux particuliers. S'ils se retirent l'un vers l'autre, le pesach quitté resterait sans baal, le temps que l'autre s'inscrive.
Chacun inscrit d'abord un homme du marché, sur son pesach où qu'il soit. Rachi les nomme : Reouven avec Levi, Shimon avec Yehuda. La suite de la phrase est au segment suivant.
Celui-ci vient auprès de celui-là, et celui-là vient auprès de celui-ci, et voici ce qu'ils disent : si ce pesach est le mien, tes mains sont retirées du tien et tu es inscrit sur le mien ; et si ce pesach est le tien, mes mains sont retirées du mien et je suis inscrit sur le tien.
Reouven va sur la bête de Shimon et parle à Yehuda. Shimon va sur la bête de Reouven et parle à Levi. La formule est celle des haburot, au singulier.
L'homme du marché est déjà inscrit avant le retrait. Sans lui, au moment où l'on quitte son pesach, la bête n'a plus de baal. Même Rabbi Yose refuse cela.
On ne s'inscrit pas d'abord sur les deux : être nimna (inscrit) sur deux pesachim, cette inscription ne compte pas.
Guemara. Les Rabbins ont enseigné : il leur a dit et ils lui ont dit, il mange du premier.
Il ne leur a pas dit et ils ne lui ont pas dit, ils ne sont pas responsables l'un de l'autre.
La beraita reprend deux clauses de la michna. Les deux formules dites : on mange du premier abattu. Aucune formule : pas de responsabilité mutuelle, chacun reste sur le sien.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).