Sougya : La Guemara poursuit le calcul du délai de plantation avant Roch Hachana : combien de jours faut-il pour la prise de racine (kelita) plus le décompte de l'année ? Elle montre que la braita ne peut suivre ni R.
Eliezer (30+30), ni R. Yehouda (3+30), ni R.
Yossei/R. Chimon (2 semaines +30), mais bien R.
Meir, pour qui 30 jours servent à la seule kelita et un unique jour suffit à valider l'année (le 30e jour comptant des deux côtés). R.
Yo'hanan enseigne que R. Meir et R.
Eliezer dérivent tous deux leur règle d'un même verset (Gen 8:13, l'an 601 du déluge) : R. Meir lit 'un jour dans l'année = une année', R.
Eliezer 'trente jours = une année' (via 'un jour = un mois'). De là, tous deux tiennent que le monde fut créé à Nissan.
Le daf s'achève sur la braita aggadique de R. Eliezer : à Tichri le monde fut créé, les Patriarches naquirent et moururent ; à Pessa'h naquit Its'hak ; à Roch Hachana Sarah, Ra'hel et 'Hanna furent visitées et Yossef sortit de prison.
N'est-il pas juste (eino din) qu'un seul jour compte comme [année entière] à son début (au commencement de l'année) ?
Fin d'un raisonnement à fortiori (kal va-homer) sur l orla : puisqu'un seul jour, en fin de première année, suffit à valider cette année, à fortiori un jour au commencement d'une année devrait compter comme année pour amorcer le décompte des années fixées.
Mais alors, quelle [opinion suit la braita] ? Celle de R.
Eliezer ? Elle exigerait [alors] trente et trente !
Car nous avons appris (Cheviit 2:6) : on ne plante pas, on ne provigne pas (mavrikhin) et on ne greffe pas (markivin) à la veille de la cheviit à moins de trente jours avant Roch Hachana ; et si l'on a planté, provigné ou greffé — on arrache ; paroles de R. Eliezer.
R. Yehouda dit : toute greffe qui ne prend pas (kolet = fait racine) en trois jours ne prendra plus.
R. Yossei et R.
Chimon disent : deux semaines.
Objection : si la braita (qui disqualifie l'année quand on plante à moins de 30 jours) ne suit pas R. Meir, suit-elle R. Eliezer ? Mais R. Eliezer exigerait alors 60 jours : 30 pour la kelita (prise de racine) + 30 pour compter l'année ! La michna de Cheviit donne les trois avis sur la durée de kelita : 30 jours (R. Eliezer), 3 jours (R. Yehouda), deux semaines (R. Yossei/R. Chimon).
Et Rav Nahman a dit au nom de Rabba bar Avouh : selon celui qui dit trente [jours de kelita] — il faut trente et trente ; selon celui qui dit trois — il faut trois et trente ; selon celui qui dit deux semaines — il faut deux semaines et trente jours. Et même si [le Tana] tenait comme R.
Yehouda — il faudrait trois et trente !
Rav Nahman précise le calcul pour chaque avis : à la durée de kelita on ajoute toujours 30 jours pour le décompte de l'année. Donc même le minimum (R. Yehouda, 3 jours) donnerait 33 jours — jamais 30. La braita ne colle donc avec aucun de ces Tanaim.
Plutôt : en vérité [la braita suit] R. Meir, et lorsqu'il dit trente — [c'est] pour la kelita.
Réponse : la braita suit bien R. Meir. Ses 30 jours ne visent que la kelita (prise de racine avant Roch Hachana) ; pour le décompte de l'année, R. Meir se contente d'un seul jour, non de 30.
Si c'est ainsi, il faudrait trente et un [jours] ! Il tient : le trentième jour compte pour ici et pour la (le-kan ou-le-kan).
Difficulté : il faudrait alors 31 jours (30 de kelita + 1 pour l'année). Réponse : le 30e jour compte double — dernier jour de la kelita ET premier jour valant pour l'année. D'où 30 jours suffisent.
R. Yo'hanan dit : et tous deux ont dérivé [leur règle] d'un seul et même verset : 'Et il advint en l'an six cent un (be-ahat ve-chech meot chana), au premier [mois], au premier du mois, [que] les eaux avaient sèche de dessus la terre' (Gen 8:13).
R. Meir tient : du fait qu'un seul jour venait d'entrer dans l'année et que [l'Écriture] l'appelle déjà 'année', on apprend de là qu'un jour dans l'année compte comme une année.
R. Yo'hanan : R. Meir et R. Eliezer tirent leur règle du même verset (Gen 8:13, la fin du déluge). Pour R. Meir : le verset appelle déjà 'année' l'an 601 alors qu un seul jour vient de commencer — donc un jour dans l'année = une année.
Et l'autre (R. Eliezer) : s'il était écrit 'en six cent un ans (chech meot ve-ahat chana)', ce serait comme tu dis.
[Mais] maintenant qu'il est écrit 'en l'an six cent un (be-ahat ve-chech meot chana)', le mot 'année' se rapporte à 'six cent'. Et que signifie 'un' ?
Le commencement d'une [année] — voilà ce qu'il dit.
R. Eliezer réplique par la syntaxe du verset : puisqu'il est écrit be-ahat ve-chech meot chana (le mot 'année' colle à 'six cent'), on lit 'l an six-centième', et 'un' (ahat) ne désigne que le début d'une année nouvelle, non un jour valant pour une année.
Et R. Eliezer, quel est son raisonnement (mai taama) ?
Car il est écrit 'au premier [mois], au premier du mois' : du fait qu'un seul jour venait d'entrer dans le mois et que [l'Écriture] l'appelle 'mois', on apprend de là qu'un jour dans le mois compte comme un mois ; et puisqu'un jour dans le mois compte comme un mois, [alors] trente jours dans l'année comptent comme une année. Le mois [se compte] par ses unités (le-menouyav) et l'année par ses unités (le-menouyeha).
R. Eliezer tire sa règle des 30 jours ainsi : le verset appelle 'mois' un jour ('au premier du mois'), donc 1 jour = 1 mois. Par analogie de proportion : de même qu'une unité du mois (un jour) le valide, une unité de l'année (un mois = 30 jours) valide l'année. D'où 30 jours = une année.
Il ressort [de là] que tous deux tiennent que le monde fut créé à Nissan.
Corollaire : puisque tous deux considèrent que l'an 601 commençait ce 'premier du premier mois', ils tiennent que le monde fut créé à Nissan (sinon, créé à Tichri, le 1er Nissan serait déjà au sixième mois de l'année).
Il est enseigné (tania) : R. Eliezer dit : à Tichri le monde fut créé ; à Tichri naquirent les Patriarches ; à Tichri moururent les Patriarches ; à Pessa'h naquit Its'hak ; à Roch Hachana furent visitées (nifkeda) Sarah, Ra'hel et 'Hanna ; à Roch Hachana Yossef sortit de la maison des prisonniers.
Braita aggadique de R. Eliezer : Tichri est le mois de la création, de la naissance et de la mort des Patriarches ; à Pessa'h naquit Its'hak ; à Roch Hachana Sarah, Ra'hel et 'Hanna furent 'visitées' (rendues fécondes) et Yossef fut libéré de prison. Les preuves scripturaires seront données plus loin (RH 11a).
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).