Rosh Hashanah 17b — les treize middot de miséricorde, la techouva qui déchire le verdict, et le pardon

Rosh Hashanah 17b

Sougya : Suite du développement sur le pardon divin : plusieurs maîtres (Rav Houna, R. Elazar, Ilfa) relèvent la même tension dans un verset — d'abord la rigueur (tzedek/émet), ensuite la bonté ('hessed) — car le monde ne subsisterait pas sous le seul droit strict.

R. Yo'hanan enseigne que le Saint béni soit-Il S'est enveloppé comme un officiant et a montré à Moche l'ordre de la prière : lorsqu'Israël récite les treize attributs de miséricorde, Il pardonne ; une alliance (berit) garantit qu'ils ne reviennent pas à vide.

La sougya demande ensuite si la techouva déchire un verdict déjà scellé (gzar din) : oui pour la communauté, non pour l'individu — la Guemara vérifie ce principe par la pluie décrétée à Roch Hachana et par le psaume 'ceux qui descendent en mer' (marqué de nun inversés). Enfin, la question de Bloroya la convertie sur l'apparente contradiction 'Il ne fait pas acception' / 'Il te sera favorable' : la parabole du roi distingue les fautes envers le Ciel (pardonnées) des fautes envers le prochain (à réparer d'abord), jusqu'à l'enseignement de R.

Akiva. Le Ben Yehoyada (Ben Ich H'ai) déploie tout au long le sod : gematria des Noms, sens des nun inversés, tsitsit, guilgoul.

D'abord la rigueur, ensuite la bonté : quatre lectures du même verset chaque maître relève une apparente contradiction dans un verset, et la résout : tzedek (justice) au début, 'hessed (grâce) à la fin DÉBUT (jugement) FIN (châtiment) Rav Houna (Ps 145:17) tsadik (juste) -> hassid (bienveillant) R. Elazar (Ps 62:13) 'tu rétribues chacun selon son œuvre' -> 'à Toi le 'hessed' Ilfa (Ex 34:6) émet (vérité/rigueur) -> rav 'hessed (grand en bonté) Principe commun : le Ciel juge d'abord selon le strict droit, puis, voyant que le monde n'y survivrait pas, penche vers la miséricorde
Les quatre lectures 'd'abord rigueur, ensuite bonté' d'un même verset (segments 1-3).
La techouva déchire-t-elle le verdict déjà scellé (gzar din) ? R. Yo'hanan : oui, la techouva déchire le verdict ('ve-rafa lo' = guérison) Objection (baraita) qui ne se repent pas 'entre-temps' (RH -> Kippour) n'est plus pardonné, même avec tous les béliers du monde Réponse : individu vs communauté l'individu (yahid) : la techouva ne défait pas un verdict scellé la communauté (tzibbour) : elle le peut Trois preuves examinées, toutes ramenées à 'comme des individus' - pluie déjà décrétée : on ne l'augmente pas, on l'ajuste (temps/lieu) -> pas un vrai déchirement - 'ceux qui descendent en mer' (Ps 107) : nun inversés = ils crient trop tard -> assimilés à des individus - conclusion : verdict communautaire -> déchirable ; verdict individuel -> seulement avant qu'il soit scellé
La techouva et le verdict scellé : individu contre communauté (segments 7-15).
Bloroya la convertie : 'Il ne fait pas acception' vs 'Il te sera favorable' ? 'acher lo yissa panim' (Dt 10:17) Il ne fait acception de personne 'yissa Ha-Chem panav elekha' (Nb 6:26) Il tournera vers toi Sa face Parabole (R. Yossi le Cohen) : le roi pardonne l'offense faite à LUI (serment) mais renvoie l'emprunteur apaiser son prochain (la dette envers l'ami) entre l'homme et le Ciel 'Il te sera favorable' : Il pardonne entre l'homme et son prochain 'pas d'acception' tant qu'on n'a pas apaisé l'offensé
La contradiction de Bloroya et la parabole du roi (segments 16-17).
1
לְמִי שֶׁמֵּשִׂים עַצְמוֹ כְּשִׁירַיִם.

[Ha-Chem ne pardonne] qu'à celui qui se considère comme un reste (chirayim) [= une chose de peu, un simple résidu].

📜 Rachi (1)
לְמִי שֶׁמֵּשִׂים עַצְמוֹ כְּשִׁירַיִם: צַדִּיק בְּמִשְׁפַּט אֱמֶת:
À celui qui se considère comme un reste — [c'est-à-dire un] juste, par un jugement de vérité.
🪔 Ben Yehoyada (1)
"לִשְׁאֵרִית נַחֲלָתוֹ" וְלֹא לְכָל נַחֲלָתוֹ. לְמִי שֶׁמֵּשִׂים עַצְמוֹ כְּשִׁירַיִם. נִרְאֶה לִי בס"ד עַל פִּי מַה שֶׁכָּתַב מָהָרִ"י מִדּוּבְּנָא [ר' יַעֲקֹב קְרָאנְץ] זַ"ל, יֵשׁ עוֹבֵר עַל פֶּשַׁע חֲבֵירוֹ שֶׁחָטָא לוֹ בִּדְבָרִים מִפְּנֵי שֶׁיִּהְיֶה לוֹ טוֹבָה בָּזֶה כְּדֵי שֶׁיִּהְיֶה הקב"ה מַעֲבִיר לוֹ עַל פְּשָׁעָיו מִדָּה כְּנֶגֶד מִדָּה, וְיֵשׁ שֶׁעוֹבֵר עַל פֶּשַׁע חֲבֵירוֹ שֶׁחָטָא לוֹ בְּדִבְרֵי בִּזָּיוֹן מִפְּנֵי הָעֲנָוָה שֶׁלּוֹ שֶׁהוּא נִבְזֶה וְנִמְאָס בְּעֵינֵי עַצְמוֹ, וְלָכֵן לֹא יַחְשֹׁוב דְּבָרִים אֵלּוּ שֶׁדִּבֵּר חֲבֵירוֹ בַּעֲדוֹ לְבִזָּיוֹן, וּכְמוֹ שֶׁנֶּאֱמַר (תְּהִלִּים טו, ד) נִבְזֶה מֵאֲחֵרִים בִּדְבָרִים הִנֵּה בְּעֵינָיו, רוֹצֶה לוֹמַר בְּעֵינֵי עַצְמוֹ הוּא נִמְאָס יוֹתֵר מִן הַבִּזָּיוֹן שֶׁבִּיזֹוהוּ, וְלָכֵן אֵינוֹ מַקְפִּיד עַל מַה שֶׁחָטָא לוֹ חֲבֵירוֹ בִּדְבָרִים עַד כָּאן דְּבָרָיו, יְעֻויַּן שָׁם. וְכָאן בָּא רַבִּי אַחָא בַּר חֲנִינָא לְפָרֵשׁ מַה שֶׁנֶּאֱמַר שֶׁיַּעֲבִיר לוֹ הַקב"ה עַל כָּל פְּשָׁעָיו לָאו בְּכָל מַעֲבִיר עַל פִּשְׁעֵי חֲבֵירוֹ אַייְרֵי אֶלָּא רַק אוֹתוֹ שֶׁאֵינוֹ מַקְפִּיד עַל פֶּשַׁע חֲבֵירוֹ מִפְּנֵי שֶׁהוּא מֵשִׂים וְרוֹאֶה עַצְמוֹ בְּדַעְתּוֹ שֶׁהוּא מָאוּס כְּשֵׁירִים אֵלּוּ שֶׁמְּשַׁייְּרִין בִּקְעָרָה אַחַר אֲכִילָה שֶׁהֵם נִמְאָסִין בְּעֵינֵי בְּנֵי אָדָם וְאֵין אוֹכְלִים הַשִּׁיּוּרִין אֶלָּא הַפְּחוּתִים שֶׁהֵם הַמְשָׁרְתִים וְהָעֲנִיִּים כֵּן הוּא נִמְאָס בְּעֵינֵי עַצְמוֹ, וּלְכָךְ אֵינוֹ מַקְפִּיד עַל בִּזָּיוֹן שֶׁבְּזֶהוּ חֲבֵרוֹ, הִנֵּה לָזֶה דַּוְקָא מַעֲבִיר עַל פְּשָׁעָיו, אֲבָל הַיּוֹדֵעַ בְּעַצְמוֹ שֶׁהוּא אָדָם חָשׁוּב וּבִזָּהוּ חֲבֵירוֹ בִּדְבָרִים וְחָטָא לוֹ וְהוּא שׁוֹתֵק וְעוֹבֵר עַל פֶּשַׁע חֲבֵירוֹ כְּדֵי לְהַרְוִיחַ טוֹבָה מֵאֵת ה' שֶׁיַּעֲבִיר עַל פְּשָׁעָיו לֹא יִזְכֶּה לְכָךְ. אוֹ יוּבַן בס"ד מַה שֶׁאָמַר מֵשִׂים עַצְמוֹ כְּשֵׁירִים עַל פִּי מַה שֶׁאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל (קִדּוּשִׁין מ:) לְעוֹלָם יִרְאֶה אָדָם עַצְמוֹ כְּאִילּוּ הָאָדָם חֶצְיוֹ חַייָּב וְחֶצְיוֹ זַכַּאי עָשָׂה מִצְוָה אַחַת הִכְרִיעַ עַצְמוֹ וְכָל הָעוֹלָם לְכַף זְכוּת וְכוּ' וְנִמְצָא שֶׁכָּל אָדָם צָרִיךְ לַחְשֹׁוב עַצְמוֹ תָּמִיד הוּא סוֹף וְשִׁיּוּר שֶׁבּוֹ נִשְׁלַם הַכְרָעַת כַּף הַזְּכִיּוֹת וְהַכְרָעַת כַּף הָעֲוֹנוֹת, הִנֵּה זֶה הוּא אֲשֶׁר יִזְכֶּה לְכָךְ. וְעוֹד נִרְאֶה לִי בס"ד דְּאִם הָאָדָם רוֹאֶה עַצְמוֹ מָלֵא תּוֹרָה וּמִצְוֹת אֵיךְ יִהְיֶה שָׁפָל וְעָנָיו בְּעֵינֵי עַצְמוֹ בֶּאֱמֶת, אַךְ בָּזֹאת יוּכַל לִהְיוֹת שָׁפָל אַף עַל פִּי שֶׁהוּא מָלֵא תּוֹרָה וּמִצְוֹת וְהַיְינוּ שֶׁיַּחְשֹׁוב שֶׁכְּבָר בָּא בְּגִלְגּוּל בָּעוֹלָם הַזֶּה כַּמָּה פְּעָמִים וּמִי יוֹדֵעַ כַּמָּה חֵטְא בַּגִּלְגּוּלִים שֶׁקָּדְמוּ, וְאַף עַל פִּי שֶׁעַתָּה מָלֵא תּוֹרָה וּמִצְוֹת לֹא יַסְפִּיקוּ לְהַשְׁלִים חֶסְרוֹן גִּלְגּוּלִים שֶׁקָּדְמוּ לִשְׁלִישׁ וְלִרְבִיעַ וּבָזֶה יִהְיֶה שָׁפָל בְּעֵינָיו בֶּאֱמֶת. וְזֶהוּ שֶׁנֶּאֱמַר לְמִי שֶׁמֵּשִׂים עַצְמוֹ כְּשִׁירַיִם רוֹצֶה לוֹמַר עַתָּה הוּא שִׁיּוּרִין שֶׁל גִּלְגּוּלִים אֲחֵרִים, וּבָזֶה יִהְיֶה שָׁפָל בֶּאֱמֶת. אוֹ יוּבַן יַעֲשֶׂה עַצְמוֹ דְּהַיְינוּ צָרְכֵי גּוּפוֹ כְּשֵׁירִים כְּלוֹמַר טְפֵלִים.
'À la chirayim (reste) de Son héritage' — et non à la totalité de Son héritage : à celui qui se considère comme un reste. Il me semble, avec l'aide du Ciel, selon ce qu'écrit le Maguid de Doubno (R. Yaakov Kranz) : il est celui qui passe sur l'offense de son prochain qui a péché contre lui en paroles parce qu'il y a intérêt — pour que le Saint béni soit-Il passe sur ses propres fautes, mesure pour mesure ; et il est celui qui passe sur l'offense de son prochain qui l'a blessé par des paroles méprisantes en raison de son humilité : étant déjà vil et méprisable à ses propres yeux, il ne comptera pas ces paroles-là comme un mépris, ainsi qu'il est dit (Ps 15:4) 'méprisé à ses yeux [de celui qu'on] rejette' — c'est-à-dire qu'à ses propres yeux il est plus vil encore que le mépris dont on l'a couvert, et donc il ne s'offusque pas de ce que son prochain a péché contre lui en paroles. Et ici R. Aha bar Hanina vient expliquer que le pardon promis ne concerne pas quiconque passe sur l'offense de son prochain, mais uniquement celui qui ne s'en offusque pas parce qu'il se voit vil, comme ces restes (chirayim) qu'on laisse au plat après avoir mangé, méprisés des hommes, que seuls les inférieurs — serviteurs et pauvres — mangent : ainsi est-il méprisé à ses propres yeux. À celui-là seul on passe sur ses fautes ; mais celui qui se sait homme de valeur, qu'on a blessé en paroles, et qui se tait et passe sur l'offense pour gagner la faveur d'en Haut, ne méritera pas ce pardon. On peut aussi comprendre 'se considérer comme un reste' selon nos maîtres (Kidouchin 40b) : que l'homme se voie toujours comme moitié méritant, moitié coupable — une seule mitsva fait pencher lui-même et le monde entier du côté du mérite ; ainsi chacun doit se tenir pour le 'reste' décisif qui parfait la balance. Il me semble encore : si l'homme se voit rempli de Torah et de mitsvot, comment serait-il vraiment humble ? Il le peut pourtant en songeant qu'il est déjà venu en ce monde par plusieurs guilgoulim (réincarnations), et qui sait combien il a fauté dans les vies antérieures ; même rempli maintenant de Torah et de mitsvot, cela ne suffit pas à combler le manque des guilgoulim passés, et ainsi il sera vraiment humble à ses yeux. C'est le sens de 'qui se considère comme un reste' : il n'est à présent que le reste d'autres guilgoulim. Ou encore : qu'il tienne les besoins de son corps pour secondaires (chirayim = accessoires).
💡 Explication

Fin de l'enseignement précédent (le verset 'à la chirayim [reste] de Son héritage', Mikha 7:18) : Ha-Chem passe sur la faute de celui qui s'abaisse et se tient pour un résidu — de peu de valeur à ses propres yeux — et ne s'offusque donc pas de l'affront reçu.

2
רַב הוּנָא רָמֵי, כְּתִיב: ״צַדִּיק ה׳ בְּכָל דְּרָכָיו״, וּכְתִיב: ״וְחָסִיד בְּכָל מַעֲשָׂיו״! בַּתְּחִלָּה — צַדִּיק, וּלְבַסּוֹף — חָסִיד.

Rav Houna soulève une contradiction : il est écrit 'Ha-Chem est juste (tsadik) en toutes Ses voies' (Ps 145:17), et il est écrit [dans le même verset] 'et bienveillant (hassid) en toutes Ses œuvres' ! [Il répond :] au début — juste, et à la fin — bienveillant.

📜 Rachi (2)
חָסִיד נִכְנַס לִפְנִים מִן הַשּׁוּרָה:
Bienveillant (hassid) — [Il] entre en-deçà de la ligne [du droit strict, lifnim mi-chourat ha-din].
וּלְבַסּוֹף כְּשֶׁרוֹאֶה שֶׁאֵין הָעוֹלָם מִתְקַיֵּים בַּדִּין:
Et à la fin — quand Il voit que le monde ne subsiste pas [sous le seul] jugement.
🪔 Ben Yehoyada (1)
רַב הוּנָא רָמֵי, כְּתִיב: (תְּהִלִּים קמה, יז) "צַדִּיק ה' בְּכָל דְּרָכָיו", וּכְתִיב: (שָׁם) "וְחָסִיד בְּכָל מַעֲשָׂיו". קָשֶׁה מָה הוֹסִיף רַב הוּנָא עַל דְּרָשַׁת רַבִּי אֶלְעָזָר וְאִילְפָא? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּרַב הוּנָא אַיְּירִי בְּדָבָר שֶׁנִּרְאֶה תְּחִילָּה לְעֵינֵי הַכֹּל שֶׁהוּא דִּין וְאַחַר כָּךְ נוֹדַע שֶׁהוּא חֶסֶד וּכְמוֹ הַךְ עֻובְדָּא דְּרַבִּי עֲקִיבָא דִּבְעָא אֻושְׁפִּיזָא וְלָא יְהַבוּ לֵיהּ וּבַת בְּדַבְרָא, כִּי תְּחִלָּה מַה שֶּׁאָכַל אַרְיֵה הַחֲמוֹר וְכִבָּה הַנֵּר וְנֶאֱכַל הַתַּרְנְגוֹל נִרְאֶה דִּין גָּמוּר וְאַחַר כָּךְ נוֹדַע שֶׁמֵּעִיקָּרָא הָיָה חֶסֶד, וְכֵן עִנְיַן הַמַּעֲשֶׂה שֶׁל 'אוֹדְךָ ה' כִּי אָנַפְתָּ בִּי' (יְשַׁעְיָה יב, א) שֶׁבָּא לֵילֵךְ לִסְחוֹרָה לִמְדִינַת הַיָּם וְנִתְחַב לוֹ מַסְמֵר בְּרַגְלָיו בְּעֵת שֶׁמּוֹרִיד סְחוֹרָתוֹ וְחָזַר בּוֹ וְהָלְכָה הַסְּפִינָה וְהָיָה בּוֹכֶה עַל מַכָּתוֹ וְעַל עִיכּוּב הֲלִיכָתוֹ וְאַחַר ב' יָמִים טָבְעָה הַסְּפִינָה בַּיָּם הִתְחִיל מוֹדֶה וּמְשַׁבֵּחַ עַל מַכָּתוֹ! וְכֵן כַּיּוֹצֵא בָּזֶה וְזֶהוּ שֶׁאָמַר בַּתְּחִילָּה 'צַדִּיק ה' בְּכָל דְּרָכָיו' שֶׁנִּרְאֶה שֶׁעוֹשֶׂה דִּין שֶׁצָּרִיךְ הָאָדָם לְהַצְדִּיק עָלָיו אֶת הַדִּין אַךְ אַחַר כָּךְ 'וְחָסִיד בְּכָל מַעֲשָׂיו' שֶׁנִּיכָּר וְנִתְבָּרֵר שֶׁעוֹשֶׂה מֵעִיקָּרָא חֶסֶד וְטוֹבָה לָאָדָם שֶׁצָּרִיךְ לְהוֹדוֹת וּלְשַׁבֵּחַ.
Rav Houna soulève une contradiction : il est écrit (Ps 145:17) 'Ha-Chem est juste en toutes Ses voies', et il est écrit 'et bienveillant en toutes Ses œuvres'. Difficulté : qu'ajoute Rav Houna à l'exégèse de R. Elazar et d'Ilfa ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que Rav Houna traite d'un cas qui apparaît d'abord à tous comme rigueur (din) et se révèle ensuite bonté ('hessed) — tel l'épisode de R. Akiva qui, cherchant un gîte et se le voyant refusé, passa la nuit aux champs : d'abord le lion qui dévore son âne, le vent qui éteint sa bougie, le chat qui mange son coq semblent pure rigueur, puis l'on apprend que c'était dès l'origine une bonté [qui lui sauva la vie face à une troupe ennemie]. De même l'épisode de 'je Te rends grâce, Ha-Chem, car Tu T'es irrité contre moi' (Yech. 12:1) : un homme partant commercer outre-mer se plante un clou au pied en déchargeant sa marchandise, rebrousse chemin, le navire part sans lui, il pleure sur sa blessure et son retard — et deux jours plus tard le navire sombre en mer ; il se met alors à rendre grâce et louer pour sa blessure ! C'est le sens de 'd'abord Ha-Chem est juste en toutes Ses voies' — il paraît qu'Il fait rigueur, et l'homme doit justifier sur lui le jugement (tzidouk ha-din) ; puis 'et bienveillant en toutes Ses œuvres' — il se révèle et se vérifie qu'Il faisait dès l'origine bonté et bien à l'homme, qui doit alors rendre grâce et louer.
💡 Explication

Un demi-verset dit tsadik (justice stricte), l'autre hassid (grâce au-delà du droit). Résolution : au début (le jugement) Il agit selon le droit ; à la fin (quand Il voit que le monde ne subsisterait pas sous le seul droit) Il agit avec bonté.

3
רַבִּי אֶלְעָזָר רָמֵי, כְּתִיב: ״וּלְךָ ה׳ חֶסֶד״, וּכְתִיב: ״כִּי אַתָּה תְשַׁלֵּם לְאִישׁ כְּמַעֲשֵׂהוּ״. בַּתְּחִלָּה — ״כִּי אַתָּה תְּשַׁלֵּם כְּמַעֲשֵׂהוּ״, וּלְבַסּוֹף — ״וּלְךָ ה׳ חֶסֶד״.

R. Elazar soulève une contradiction : il est écrit 'et à Toi, Ha-Chem, [appartient] le 'hessed (bonté)' (Ps 62:13), et il est écrit [dans le même verset] 'car Tu rétribues chacun selon son œuvre' !

[Il répond :] au début — 'car Tu rétribues selon son œuvre', et à la fin — 'et à Toi, Ha-Chem, le 'hessed'.

🗂️ Tossefot (1)
בַּתְּחִלָּה כִּי אַתָּה תְּשַׁלֵּם. וְהָכִי קָאָמַר קְרָא וּלְךָ ה' הַחֶסֶד לִיכָּנֵס לִפְנִים מִשּׁוּרַת הַדִּין כְּשֶׁאַתָּה רוֹאֶה שֶׁאֵין הָעוֹלָם מִתְקַיֵּים כְּשֶׁתְּשַׁלֵּם לְאִישׁ כְּמַעֲשֵׂהוּ:
Au début 'car Tu rétribues' — et voici ce que dit le verset : 'à Toi, Ha-Chem, le 'hessed', [c'est-à-dire] entrer en-deçà de la ligne du droit lorsque Tu vois que le monde ne subsisterait pas si Tu rétribuais chacun selon son œuvre.
🪔 Ben Yehoyada (1)
רַבִּי אֶלְעָזָר רָמֵי, כְּתִיב (תְּהִלִּים סב, יג) "וּלְךָ אֵד' חֶסֶד", וּכְתִיב: (שָׁם) "כִּי אַתָּה תְשַׁלֵּם לְאִישׁ כְּמַעֲשֵׂהוּ". קָשֶׁה מַה בָּא רַבִּי אֶלְעָזָר לְחַדֵּשׁ יוֹתֵר עַל דְּרָשָׁה דְּדָרֵישׁ אִילְפָא? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּאִילְפָא אַייְרֵי בִּכְלָלוּת הָעוֹלָם בְּעִנְיַן הַדִּין וְהַמִּשְׁפָּט וְרַבִּי אֶלְעָזָר אַייְרֵי בְּאָדָם פְּרָטִי בְּעִנְיַן הַהַשְׁפָּעָה שֶׁלּוֹ וְהוּא כִּי הַטֶּבַע יֵשׁ לוֹ חֹק וּגְבוּל בִּפְרִי הַמַּעֲשִׂים דֶּרֶךְ מָשָׁל זוֹרֵעַ סְאָה יוֹצֵא לוֹ תְּמוּרָתָהּ כְּפִי הַטֶּבַע אַרְבַּע אוֹ חָמֵשׁ סְאִין אָמְנָם לִפְעָמִים הַשֵּׁם יִתְבָּרַךְ נוֹתֵן בְּרָכָה לְמַעְלָה מִן הַטֶּבַע שֶׁיִּמָּצֵא הָאָדָם פִּרְיוֹ עַל חַד מֵאָה כְּמוֹ שֶׁנֶּאֱמַר (בְּרֵאשִׁית כו, יב) וַיִּזְרַע יִצְחָק בָּאָרֶץ הַהִוא וַיִּמְצָא בַּשָּׁנָה הַהִוא מֵאָה שְׁעָרִים וַיְבָרֲכֵהוּ ה' בְּרַם גַּם בְּרָכָה זוֹ שֶׁהִיא לְמַעְלָה מִן הַטֶּבַע יֵשׁ בָּהּ קֹושִׁי מִצַּד אֶחָד שֶׁתִּרְבֶּה הַיְּגִיעָה וְהַטֹּורַח שֶׁל הָאָדָם בִּבְרָכָה זוֹ הַגְּדוֹלָה מֵעֵת שֶׁיִּקְצֹור עַד שֶׁיֶּאֱצֹור בַּבַּיִת. אָמְנָם (מִשְׁלֵי טז, ז) 'בִּרְצוֹת ה' דַּרְכֵי אִישׁ' לֹא יִתֵּן לוֹ רִבּוּי הַבְּרָכָה בַּשָּׂדֶה אֶלָּא הָאָרֶץ תּוֹצִיא לוֹ כְּפִי טֶבַע הַנָּהוּג, וְאַחַר שֶׁיָּשִׂים פֵּירוֹתָיו בְּאוֹצַר בֵּיתוֹ יִשְׁלַח שָׁם הַבְּרָכָה וְנִמְצָא רִבּוּי הַבְּרָכָה לֹא סִיבֵּב לוֹ רִבּוּי יְגִיעָה. וְלָזֶה אָמַר בַּתְּחִילָּה, 'כִּי אַתָּה תְשַׁלֵּם לְאִישׁ כְּמַעֲשֵׂהוּ' רוֹצֶה לוֹמַר הַתַּשְׁלוּמִין יִהְיוּ כְּפִי כֹּחַ הַמַּעֲשֶׂה אֲשֶׁר יְחַיֵּיב בָּהּ חֹק הַטִּבְעִי וְאַחַר כָּךְ 'וּלְךָ אֵד' חֶסֶד' לִשְׁלֹוחַ בְּרָכָה בָּאוֹצָר.
R. Elazar soulève une contradiction : il est écrit (Ps 62:13) 'et à Toi, mon Seigneur, le 'hessed', et il est écrit 'car Tu rétribues chacun selon son œuvre'. Difficulté : que vient innover R. Elazar de plus qu'Ilfa ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'Ilfa parle de l'ensemble du monde quant au jugement et à la justice, tandis que R. Elazar parle de l'individu quant à l'abondance (hachpaa) qui lui échoit. Car la nature a sa loi et sa mesure dans le fruit des actions : ainsi, qui sème une seah en récolte selon la nature quatre ou cinq seah ; mais parfois le Ciel donne une bénédiction au-dessus de la nature, de sorte que l'homme trouve son fruit au centuple, comme il est dit (Ber. 26:12) 'Yitzhak sema dans ce pays et trouva cette année-là le centuple, et Ha-Chem le bénit'. Or cette bénédiction supra-naturelle comporte une gêne : elle accroît la peine et le labeur de l'homme, de la moisson jusqu'à l'engrangement. Mais (Prov. 16:7) 'quand Ha-Chem agrée les voies d'un homme', Il ne lui donne pas cette surabondance au champ — la terre produit selon sa nature habituelle — et une fois les fruits mis dans son grenier, Il y envoie la bénédiction : ainsi l'abondance ne cause aucun surcroît de peine. C'est pourquoi il est dit d'abord 'car Tu rétribues chacun selon son œuvre' — la rétribution suit la force de l'acte selon la loi naturelle — puis 'et à Toi, mon Seigneur, le 'hessed', pour envoyer la bénédiction dans le grenier.
💡 Explication

Même structure : 'à Toi le 'hessed' (grâce) contre 'Tu rétribues selon l'œuvre' (mesure pour mesure). Au début la rétribution exacte ; à la fin, quand la stricte rétribution ne tiendrait pas, la bonté.

4
אַיָּלְפִי, וְאָמְרִי לַהּ אִילְפָא רָמֵי, כְּתִיב: ״וְרַב חֶסֶד״, וּכְתִיב: ״וֶאֱמֶת״. בַּתְּחִלָּה — ״וֶאֱמֶת״, וּלְבַסּוֹף — ״וְרַב חֶסֶד״.

Ilfai — et certains disent Ilfa — soulève une contradiction : il est écrit 'et grand en 'hessed (rav 'hessed)' (Ex 34:6), et il est écrit [dans le même verset] 'et vérité (émet)' ! [Il répond :] au début — 'et vérité', et à la fin — 'et grand en 'hessed'.

🪔 Ben Yehoyada (1)
בַּתְּחִלָּה "אֱמֶת", וּלְבַסּוֹף "וְרַב חֶסֶד". הִנֵּה בְּוַדַּאי דְּיָדַע הקב"ה בַּתְּחִילָּה שֶׁאֵין הָאָדָם מִתְקַייֵּם בַּדִּין אַךְ כְּדֵי לְהַרְאוֹת טוּבוֹ הַגָּדוֹל עוֹשֶׂה כֵּן שֶׁבַּתְּחִילָּה צַדִּיק שֶׁמְּעוֹרֵר מִדַּת הַדִּין וּלְבַסּוֹף חָסִיד שֶׁמְּעוֹרֵר מִדַּת הָרַחֲמִים שֶׁבָּזֶה מְמַתֵּק הַדִּין בְּרַחֲמִים וְגַם בָּזֶה נִיכָּר וּמִתְגַּלֶּה טוּבוֹ וְחַסְדּוֹ הַגָּדוֹל בְּיוֹתֵר. וְהָשְׁתָּא בָּזֶה נְתָרֵץ בס"ד קֻושְׁייַת הָרִי"ף זַ"ל שֶׁצָּרִיךְ לְמִכְתַּב 'אֱמֶת' קֹודֶם 'רַב חֶסֶד' וּבָזֶה נִיחָא דְּנִכְתַּב כָּךְ לְהוֹדִיעַ לָנוּ שֶׁלֹּא נֶעְלַם דָּבָר חָלִילָה מֵאֵת הַשֵּׁם יִתְבָּרַךְ אֶלָּא בֶּאֱמֶת מִתְּחִילָּה הָיְתָה מַחְשַׁבְתּוֹ לַעֲשׂוֹת חֶסֶד שֶׁיֵּדַע דְּאֵין הָאָדָם מִתְקַיֵּים בַּדִּין.
Au début 'vérité', et à la fin 'grand en 'hessed'. Certes le Saint béni soit-Il savait dès le début que l'homme ne subsiste pas sous le jugement ; mais pour manifester Sa grande bonté, Il agit ainsi : d'abord 'juste', ce qui éveille la mesure de rigueur (din), et à la fin 'bienveillant', ce qui éveille la mesure de miséricorde (rahamim), adoucissant ainsi la rigueur par la miséricorde — et par la même se révèle et s'accroît davantage encore Sa grande bonté. On résout ainsi, avec l'aide du Ciel, la difficulté du Rif : pourquoi écrire 'vérité' avant 'grand en 'hessed' ? La réponse : c'est écrit ainsi pour nous apprendre que rien — à Dieu ne plaise — n'échappe au Ciel, mais qu'en vérité Sa pensée première était de faire 'hessed, sachant que l'homme ne subsiste pas sous le jugement.
💡 Explication

Dans les treize attributs : 'grand en bonté' contre 'vérité' (la rigueur). Au début la vérité/justice ; à la fin, la bonté abondante — car le monde ne tiendrait pas sous la seule vérité.

5
״וַיַּעֲבֹור ה׳ עַל פָּנָיו וַיִּקְרָא״. אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: אִלְמָלֵא מִקְרָא כָּתוּב, אִי אֶפְשָׁר לְאוֹמְרוֹ. מְלַמֵּד שֶׁנִּתְעַטֵּף הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא כִּשְׁלִיחַ צִבּוּר, וְהֶרְאָה לוֹ לְמֹשֶׁה סֵדֶר תְּפִלָּה. אָמַר לוֹ: כָּל זְמַן שֶׁיִּשְׂרָאֵל חוֹטְאִין — יַעֲשׂוּ לְפָנַי כַּסֵּדֶר הַזֶּה וַאֲנִי מוֹחֵל לָהֶם.

'Et Ha-Chem passa devant lui et proclama' (Ex 34:6). R.

Yo'hanan dit : n'était qu'un verset l'écrit, il serait impossible de le dire. [Cela] enseigne que le Saint béni soit-Il S'enveloppa [d'un talit] comme un officiant (cheliah tzibbour) et montra à Moche l'ordre de la prière.

Il lui dit : chaque fois qu'Israël fautera, qu'ils accomplissent devant Moi selon cet ordre et Je leur pardonnerai.

🪔 Ben Yehoyada (1)
מלמד שנתעטף הקדוש ברוך הוא כשליח־צבור, והראה לו למשה סדר תפלה. אין הדבר כפשוטו שנתעטף ממש אלא הראה לו במראה הנבואה כך שנדמה לפניו כשליח ציבור מעוטף. ומה שאמר 'הראה לו למשה סדר תפלה' רוצה לומר סוד ענין סדר תפלה שצריך האדם ללבוש ציצית תחלה הרומז לאור מקיף ואחר כך קריאת שמע שבה נעשה זווג חו"ב [חכמה ובינה] ואחר כך תפלה שבה נעשה זווג תו"מ [תפארת ומלכות] . ואומרו כאן נתעטף הקדוש ברוך הוא קאי על אור התפארת דלפעמים מכנהו בשם הקב"ה, והא דהראה לו עשיית סדר זה במראה הנבואה בפועל, והיה די להגיד לו הסדר והענין כולו בפה, נראה לי בס"ד כי ענין זה שהבטיחו עתה שאם יעשו ישראל כסדר הזה אמחול להם הוא חסד גמור ואין שורת הדין כך! ולכן הראה לו בדבר זה פועל דמיוני של עיטוף כדי לחזק הבטחה זו שכל דבר שנעשה בו פועל דמיוני יתחזק ויתקיים, כמו שכתבו הרמב"ן והר"ן ז"ל, ואז לא יהיה על זה קטרוג לבטל הדבר, ונרמז הציצית בתיבת 'ויעבור' שהוא 'וי עבור' ואותיות וי במילואם כזה ו"ו יו"ד עולים מספר ל"ב [32] רמז לציצית שיש בו ל"ב חוטין.
[Cela] enseigne que le Saint béni soit-Il S'enveloppa comme un officiant et montra à Moche l'ordre de la prière. Ce n'est pas au sens littéral qu'Il S'enveloppa réellement, mais Il le lui montra dans la vision prophétique, de sorte qu'il Lui apparut comme un officiant envelopp[é du talit]. Et 'Il lui montra l'ordre de la prière' signifie le sod de l'ordre de la prière : l'homme doit d'abord revêtir les tsitsit, qui font allusion à la lumière environnante (or makif), puis réciter le Chema, par quoi s'opère l'union de 'Hokhma et Bina (hibour Hab), puis la prière ['amida], par quoi s'opère l'union de Tiferet et Malkhout (Toum). Et 'le Saint béni soit-Il S'enveloppa' vise ici la lumière de Tiferet, que l'on désigne parfois par ce Nom. Pourquoi le Lui montrer effectivement en vision prophétique, alors qu'il eût suffi de lui dire l'ordre de vive voix ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que la promesse — 'si Israël accomplit cet ordre, Je leur pardonnerai' — est une pure bonté qui n'est pas selon la stricte ligne du droit ; c'est pourquoi Il le lui montra par un acte figuratif d'enveloppement, pour affermir cette promesse, car tout ce qui s'accompagne d'un acte figuratif (poel dimyoni) se renforce et s'accomplit, comme l'écrivent le Ramban et le Ran ; ainsi nulle accusation ne pourra l'annuler. Et les tsitsit sont évoqués dans le mot 'va-yaavor' (et Il passa) lu 'vaï avor' : les lettres vav-vav yod-vav [de vav dans son plein] totalisent 32, allusion aux 32 fils des tsitsit.
💡 Explication

Image audacieuse (que seul le verset autorise à formuler) : Ha-Chem S'enveloppe comme un officiant et enseigne à Moche l'ordre de la prière — la récitation des treize middot. Promesse : cet ordre accompli obtient le pardon.

6
״ה׳ ה׳״ — אֲנִי הוּא קֹודֶם שֶׁיֶּחְטָא הָאָדָם, וַאֲנִי הוּא לְאַחַר שֶׁיֶּחְטָא הָאָדָם וְיַעֲשֶׂה תְּשׁוּבָה — ״אֵל רַחוּם וְחַנּוּן״.

'Ha-Chem, Ha-Chem' (Ex 34:6) — Je suis [Lui] avant que l'homme ne faute, et Je suis [Lui] après que l'homme a fauté et fait techouva — [Je suis] 'Dieu miséricordieux et clément (E-l rahoum ve-hanoun)'.

📜 Rachi (1)
ה' ה' מִדַּת רַחֲמִים אֲנִי מְרַחֵם קֹודֶם שֶׁיֶּחֱטָא וַאֲנִי מְרַחֵם אַחַר שֶׁיֶּחֱטָא אִם יָשׁוּב:
Ha-Chem, Ha-Chem — [c'est] la mesure de miséricorde : Je fais miséricorde avant qu'il ne faute, et Je fais miséricorde après qu'il a fauté, s'il revient [fait techouva].
🪔 Ben Yehoyada (1)
אני הוא קדם שיחטא אדם, אני הוא לאחר שיחטא אדם ויעשה תשובה. נראה לי בס"ד קודם אותיות הוי"ה יש טדה״ד מספר כ״ב ואחר אותיות הוי״ה יש כוז"ו מספר ט"ל סך הכל עולה מספר אני [22+39= 61] ונרמז בזה כי כ"ב שהם כ"ב אותיות התורה שהם סוד כלים יהיו מלאים אורות של שמות ע"ב [יו"ד ה"י וי"ו ה"י = 72] ס"ג [יו״ד ה״י וא״ו ה״י = 63] מ"ה [יו"ד ה"א וא"ו ה"א = 45] ב"ן [יו"ד ה"ה ו"ו ה"ה = 52] שהם ט"ל אותיות. ולזה אמר אני הוא קדם שיחטא, אני אחר שיחטא כי תיבת אני היא מספר הכלים והאורות מורה שהכלים שהם כ"ב יהיו תמיד מלאים אורות שהם ט"ל וזהו שנאמר אני ראשון ואני אחרון (ישעיהו מד, ו) . והנה הרא"ש ז"ל הקשה קודם שיחטא למה נצרך לחסד? יעוין שם. ונראה לי בס"ד כי הקב"ה כשרואה שזה מוכן לחטוא מקדים לסלק ממנו השופרי שופרי אשר בנפשו שהם חלקי הנשמה שבנפש כדי שלא יפגמו בחטאו וזהו חסד גדול שעושה עמו קודם שיחטא, וכיוצא בזה עשה לאדם הראשון. ונראה לי בס"ד ב' פעמים שם הוי"ה [יי ׀ יי (שמות לד, ו)] ]שזכר בראש י"ג מידות הם מספר בן [52] רמז שישראל נוהג עמהם דין בן שימחול להם ועם מספר הפסק שיש בין ב' שמות שהוא דוגמת וא"ו שמספרו ששה יהיה עולה מספר חן [58] והיינו שזוכה לחן לפי שהזדונות נעשים כזכיות ואין לך חן גדול מזה.
Je suis [Lui] avant que l'homme ne faute, Je suis [Lui] après que l'homme a fauté et fait techouva. Il me semble, avec l'aide du Ciel : avant les lettres du Nom [Havaya] il y a [dans la kavana] les lettres têt-dalet-heh-dalet, de valeur 22, et après les lettres du Nom il y a kouz-vav, de valeur 39 ; le tout fait 61, valeur du mot ani (moi) [22+39=61]. Cela fait allusion à ceci : les 22 — soit les 22 lettres de la Torah, sod des récipients (kelim) — doivent être emplis des lumières des Noms Ayin-Bet [72], Samekh-Guimel [63], Mem-Heh [45] et Bet-Noun [52], qui font ensemble 39 lettres. C'est pourquoi il est dit 'Je suis avant qu'il ne faute, Je suis après qu'il a fauté' : le mot ani (61) est le nombre des récipients [22] et des lumières [39], indiquant que les récipients — les 22 — seront toujours emplis des lumières — les 39. C'est le sens de (Yech. 44:6) 'Je suis le premier et Je suis le dernier'. Le Roch demande : avant la faute, pourquoi a-t-on besoin de 'hessed ? Il me semble, avec l'aide du Ciel : quand le Saint béni soit-Il voit un homme prêt à fauter, Il retire d'abord de lui le 'chofri chofri' (l'éclat) de son âme — les parts sublimes de la nechama — afin qu'elles ne soient pas endommagées par sa faute ; c'est une grande bonté qu'Il lui fait avant même qu'il ne faute, comme Il fit pour Adam. Il me semble encore : les deux fois le Nom Havaya au début des treize middot [avec le pessik entre eux] font le nombre 52 (Ben), allusion à ce qu'Il traite Israël selon le 'din de fils' (ben), leur pardonnant ; et avec le nombre de la pause (pessik) entre les deux Noms, semblable à un vav valant six, cela fait 58, valeur de hen (grâce) — car il mérite la grâce, ses fautes intentionnelles devenant comme des mérites, et il n'est pas de plus grande grâce que celle-là.
💡 Explication

Le double Nom au début des treize middot signifie la continuité de la miséricorde : Je suis le même, miséricordieux avant la faute et après la faute suivie de techouva. Ha-Chem ne retient pas contre l'homme ses premières fautes.

7
אָמַר רַב יְהוּדָה: בְּרִית כְּרוּתָה לִשְׁלֹשׁ עֶשְׂרֵה מִדּוֹת שֶׁאֵינָן חוֹזְרוֹת רֵיקָם, שֶׁנֶּאֱמַר: ״הִנֵּה אָנֹכִי כֹּורֵת בְּרִית״.

Rav Yehouda dit : une alliance (berit) est conclue avec les treize attributs (middot), [garantissant] qu'ils ne reviennent pas à vide (rekam), ainsi qu'il est dit : 'Voici, Je conclus une alliance' (Ex 34:10).

📜 Rachi (2)
בְּרִית כְּרוּתָה לִשְׁלֹשׁ עֶשְׂרֵה מִדּוֹת הַלָּלוּ שֶׁאִם יַזְכִּירוּם יִשְׂרָאֵל בִּתְפִלַּת תַּעֲנִיתָם אֵינָן חוֹזְרוֹת רֵיקָם:
Une alliance est conclue avec les treize attributs — ceux-ci : si Israël les mentionne dans la prière de son jeûne, ils ne reviennent pas à vide.
הִנֵּה אָנֹכִי כֹּורֵת בְּרִית עַל הָאָמוּר לְמַעְלָה:
'Voici, Je conclus une alliance' — sur ce qui est dit plus haut [les treize middot].
🗂️ Tossefot (1)
שְׁלֹשׁ עֶשְׂרֵה מִדּוֹת. אוֹמֵר רַבֵּינוּ תָּם דִּשְׁנֵי שֵׁמוֹת הָרִאשׁוֹנִים הֵם שְׁנֵי מִדּוֹת. כִּדְאָמְרִינַן הָכָא אֲנִי ה' קֹודֶם שֶׁיֶּחֱטָא לְרַחֵם עָלָיו וַאֲנִי מְרַחֵם לְאַחַר שֶׁיֶּחֱטָא אִם יָשׁוּב ה' מִדַּת רַחֲמִים הוּא וְלֹא כֶּאֱ-לֹהִים שֶׁהוּא מִדַּת הַדִּין עָוֹן וָפֶשַׁע וְחַטָּאָה וְנַקֵּה הֵם נִמְנִים בַּד' כִּדְאִית' בְּיוֹמָא בְּפֶ' שְׁנֵי שְׂעִירִים (דַּף לו: וְשָׁם) דְּעוֹנוֹת אֵלּוּ זְדוֹנוֹת פְּשָׁעִים אֵלּוּ הַמְּרָדִים וְחַטָּאוֹת אֵלּוּ הַשְּׁגָגוֹת וּבִמְגִלַּת סְתָרִים דְּרַבֵּינוּ נִסִּים אֵין מוֹנֶה שֵׁם הָרִאשׁוֹן שֶׁיֵּשׁ פְּסִיק בֵּין הַשֵּׁמוֹת מִשּׁוּם דְּהָכִי קָאָמַר קְרָא הקב"ה שֶׁשְּׁמוֹ ה' קְרָא ה' רַחוּם וְחַנּוּן וְנוֹצֵר חֶסֶד לְאַלְפַּיִם מוֹנֶה בִּשְׁתֵּי מִדּוֹת דְּנוֹצֵר חֶסֶד הַיְינוּ מִדָּה אַחַת לַאֲלָפִים מִדָּה אַחֶרֶת שֶׁמִּדָּה טוֹבָה מְרֻובָּה חָמֵשׁ מֵאוֹת עַל מִדַּת פֻּורְעָנוּת דְּהָתָם כְּתִיב עַל רְבָעִים וְהָכָא כְּתִיב לַאֲלָפִים:
Treize attributs. Rabbenou Tam dit que les deux premiers Noms sont deux attributs, comme nous disons ici 'Ha-Chem avant qu'il ne faute — pour lui faire miséricorde — et Je fais miséricorde après qu'il a fauté s'il revient' : Ha-Chem [nom de] la mesure de miséricorde, et non comme E-lohim qui est la mesure de rigueur ; 'iniquité, transgression et faute (avon, pécha, hataa) et Il tient pour net (ve-nake)' sont comptés pour quatre, comme il est dit à Yoma, chapitre 'Chnei se'irim' (36b), que ces 'avonot' sont les fautes intentionnelles, les 'pécha'im' les révoltes, et les 'hataot' les fautes involontaires. Et dans la Meguilat Setarim de Rabbenou Nissim, on ne compte pas le premier Nom, sur lequel il y a un pessik entre les Noms, car voici ce que dit le verset : le Saint béni soit-Il, dont le Nom est Ha-Chem, a proclamé : Ha-Chem, miséricordieux et clément... et 'noter 'hessed la-alafim (garde la bonté pour des milliers)' compte pour deux attributs — 'noter 'hessed' étant un attribut, et 'la-alafim' un autre — car la bonne mesure surpasse de cinq cents fois la mesure de châtiment : la [pour le châtiment] il est écrit 'sur les quatrièmes [générations]' (al ribe'im), et ici 'pour des milliers' (la-alafim).
🪔 Ben Yehoyada (1)
ברית כרותה לשלש־עשרה מדות, שאינן חוזרות ריקם. נראה לי בס"ד לכך יש פסק בין שני שמות כמו וא"ו שהוא סוד ברית ובמילואו עולה מספר י"ג כמנין י"ג מידות. גם ידוע כי י"ג מכילן דרחמי של 'מי אל כמוך' צריך להמשיכם ולחברם בי"ג מידות, וידוע כי י"ג מכילן הנזכרים הם סוד היסוד העליון בסוד מה שאמרו רבותינו ז"ל (משנה נדרים ג, יא) 'גדולה מילה שנכרתו עליה שלוש עשרה בריתות' וכנזכר בדברי האר"י ז"ל לכך הניח פסק כאן שהוא וא"ו שהוא סוד הברית ובמילואו עולה י"ג.
Une alliance est conclue avec les treize attributs, [garantissant] qu'ils ne reviennent pas à vide. Il me semble, avec l'aide du Ciel : c'est pourquoi il y a un pessik (pause) entre les deux Noms, semblable à un vav qui est le sod de la berit (l'alliance) et qui, dans son plein [vav-vav], vaut 13, comme le nombre des treize middot. On sait aussi que les treize mesures de miséricorde de 'Mi É-l kamokha' (Mikha 7) doivent être attirées et reliées aux treize middot ; et l'on sait que ces treize mesures sont le sod du Yessod supérieur, selon le mot de nos maîtres (Nedarim 3:11) 'grande est la mila, sur laquelle furent conclues treize alliances', comme il est dit dans les paroles du Ari. C'est pourquoi Il a placé ici la pause — le vav, sod de la berit — dont le plein vaut 13.
💡 Explication

Les treize middot ne sont pas une simple formule : une alliance garantit que, récitées, elles obtiennent une réponse et ne reviennent pas bredouilles. Preuve : le verset qui suit immédiatement, 'Voici, Je conclus une alliance'.

8
אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: גְּדוֹלָה תְּשׁוּבָה שֶׁמְּקָרַעַת גְּזַר דִּינוֹ שֶׁל אָדָם, שֶׁנֶּאֱמַר: ״הַשְׁמֵן לֵב הָעָם הַזֶּה וְאָזְנָיו הַכְבֵּד וְעֵינָיו הָשַׁע פֶּן יִרְאֶה בְעֵינָיו וּבְאָזְנָיו יִשְׁמָע וּלְבָבוֹ יָבִין וָשָׁב וְרָפָא לוֹ״.

R. Yo'hanan dit : grande est la techouva, qui déchire le verdict (gzar din) de l'homme, ainsi qu'il est dit : 'Rends gras (épaissi) le cœur de ce peuple, alourdis ses oreilles et englue ses yeux, de peur qu'il ne voie de ses yeux, n'entende de ses oreilles, que son cœur ne comprenne, qu'il ne revienne (ve-chav) et ne soit guéri (ve-rafa lo)' (Yech.

6:10).

🗂️ Tossefot (1)
וְשָׁב וְרָפָא לוֹ. סְלִיחַת הֶעָוֹן קָרָא רְפוּאָה כִּדְאִיתָא פֶּרֶק שֵׁנִי דִּמְגִילָּה (דַּף יז:):
'Et il reviendra et sera guéri (ve-chav ve-rafa lo)' — [l'Écriture] appelle 'guérison' le pardon de la faute, comme il est dit au chapitre deux de Meguila (17b).
🪔 Ben Yehoyada (1)
גדולה תשובה, שמקרעת גזר־דינו של אדם. הא דאמר 'מקרעת' ולא אמר 'קורעת' נראה לי בס"ד כי לשון מקרעת משמע על קרעים רבים ויובן הענין על פי רבותינו ז"ל משל לאב שנשבע שישליך על בנו קורה שהיתה לפניו ואם ישליכנה כמו שהיא ימות בנו ואם לא ישליכנה כבר נשבע! מה עשה? חלק אותה לחלקים קטנים והשליכן עליו נמצא קיים שבועתו ולא מת בנו, כן הצרה שגזר עליהם יחלקנה לחלקים רבים להביאם בזה אחר זה כדי שיוכלו לסבול לכך נאמר (תהלים ט, י) 'משגב לעתות בצרה' שיעשה העת עתות הרבה עד כאן דבריו. ולכן אמר מקרעת גזר־דינו שמחלק אותו לחלקים רבים וזהו קרעים רבים. ונקיט לשון קריעה ולא אמר ביטול לרמוז שקורע תחילה הפגם ואז קורע גזר דין כי 'קרע' אותיות 'עקר' ולזה אמר (ישעיה ו, י) 'ושב ורפא לו' ד'אפר' אשר מורה על צרה יתהפך לאותיות 'רפא'. גם יובן 'אפר' רומז לעונות יתרפא ויהיה 'פאר' שהעונות יתהפכו לזכיות שהם פאר! והא דנקיט בפסוק זה דמייתי רבי יוחנן [השמן לב העם הזה ואזניו הכבד ועיניו השע פן יראה בעיניו ובאזניו ישמע ולבבו יבין ושב ורפא לו (ישעיהו ו, י)] שלשה איברים שהם עינים ואזנים ולב? נראה לי בס"ד דהמצות הם שלשה מינים, יש שהשכל מחייב אותם וכנגד זה נקיט יראה בעיניו ראיה שכלית ויש אין השכל מחייב אותם אך יש להם טעם בקבלה וכנגד זה נקיט ובאזניו ישמע שישמע הטעם המקובל בהם, ויש שהם חוקים שאין להם טעם כדי שישמע באזניו וכנגד זה נקיט ולבבו יבין כי ירגיש בהבנת לבו לומר אם אין בהם נזק לנפש למה צוה הקב"ה להזהר בהם והרגשה זו תהיה בהבנת הלב שיבין דבר מתוך דבר ושלשה אלה ראשי תיבות 'בשר' שהוא ראשי תיבות בינה שמיעה ראיה שהם מתקנים את האדם הנקרא 'בשר' דכתיב (ישעיהו סו, כג) 'יבוא כל בשר להשתחו‍ת לפני'. והא דנקיט תיקון התשובה בלשון רפואה דכתיב 'ורפא לו' לרמוז כמו חק הרפואה של חולה שלא יועיל לו הסממנים אלא אם כן עושה פהרי"ז שלא לאכול מאכלים רעים כן התשובה שהיא בנויה על ועשה טוב לא תועיל אם אינו נשמר בסור מרע גם כן. רש"י ז"ל לא פירש כאן ביאור אילי נביות וגם בקמא דף צ"ב אתמר זה ולא פירש שם כלום וגם בערוך לא הביא ביאור לזה אך ראיתי בערוך ערך גב שהביא מגמרא דעירובין דף ע"ט וכן אתה אומר בניב של תבן והוא גריס ניב בנו"ן ופירש שהוא רוצה לומר מעובה עיין שם. ואם כן לפי זה כאן ביאור אילי נביות רוצה לומר איילים מעובים שהם שמנים הרבה שמעובין בשומן.
Grande est la techouva, qui déchire (mekaraat) le verdict de l'homme. Pourquoi 'mekaraat' (déchire en morceaux) et non 'koraat' (déchire) ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que le terme 'mekaraat' évoque de nombreux morceaux ; on le comprend par la parabole de nos maîtres : un père avait juré de lancer sur son fils une poutre placée devant lui — s'il la lance telle quelle, son fils meurt ; s'il ne la lance pas, il rompt son serment. Que fit-il ? Il la divisa en petits morceaux qu'il jeta sur lui l'un après l'autre : ainsi il tint son serment et son fils ne mourut pas. De même la détresse décrétée, Il la divise en nombreuses parts amenées successivement, pour qu'on puisse la supporter ; d'où (Ps 9:10) 'un refuge aux temps (le-itot) de détresse' — Il fait de l'instant (et) des instants multiples. C'est pourquoi il est dit 'mekaraat le verdict' : Il le divise en nombreuses parts, soit de nombreux morceaux. Et l'on emploie le terme de déchirure (keria) et non d'annulation, pour indiquer qu'Il déchire d'abord le dommage (pegam) puis déchire le verdict, car 'kera' (déchire) a les mêmes lettres que 'akar' (déracine). D'où (Yech. 6:10) 've-chav ve-rafa lo (et il reviendra et sera guéri)' : les lettres de 'efer' (cendre), qui signifient la détresse, se retournent en 'rafa' (guérison). De même 'efer' fait allusion aux fautes, qui se transforment en 'peer' (parure), les fautes devenant des mérites qui sont une parure ! Et pourquoi R. Yo'hanan cite-t-il ce verset qui évoque trois organes — les yeux, les oreilles, le cœur ? Il me semble, avec l'aide du Ciel : les mitsvot sont de trois sortes. Il en est que la raison impose — à quoi correspond 'de peur qu'il ne voie de ses yeux', vision intellectuelle ; il en est que la raison n'impose pas mais qui ont un sens reçu par tradition — à quoi correspond 'entende de ses oreilles', entendre le sens transmis ; et il en est qui sont des houkim sans raison [apparente], à quoi correspond 'que son cœur ne comprenne', car il percevra par l'intelligence du cœur que, s'ils ne nuisaient pas à l'âme, pourquoi le Ciel aurait-il ordonné d'y prendre garde ? Et ces trois — bina (compréhension), chemia (audition), reiya (vision) — forment l'acronyme 'basar' (chair), car ils redressent l'homme appelé 'basar', selon (Yech. 66:23) 'toute chair viendra se prosterner devant Moi'. Et l'on emploie pour la techouva le terme de guérison ('ve-rafa lo') pour indiquer : de même que, dans la loi de la guérison, les remèdes ne profitent au malade que s'il observe une diète (perhiz), s'abstenant des mauvais aliments, de même la techouva, bâtie sur 'fais le bien' (asseh tov), ne profite pas si l'on ne se garde aussi de 'écarte-toi du mal' (sour me-ra). [Rachi n'a pas expliqué ici le sens de 'elei nevayot' (les béliers de Nevayot) ; j'ai trouvé au Aroukh, entrée 'gav', citant Erouvin 79, le sens de 'niv' avec noun, signifiant épais ; ainsi 'elei nevayot' signifierait des béliers épais, gras d'une abondante graisse.]
💡 Explication

La techouva a le pouvoir de déchirer un verdict déjà prononcé. Preuve du verset d'Isaie : malgré le décret d'endurcissement, s'ils reviennent (ve-chav), ils seront guéris — la 'guérison' visant un mal déjà décrété.

9
אָמַר לֵיהּ רַב פָּפָּא לְאַבַּיֵּי: וְדִלְמָא לִפְנֵי גְּזַר דִּין? אֲמַר לֵיהּ: ״וְרָפָא לוֹ״ כְּתִיב, אֵיזֶהוּ דָּבָר שֶׁצָּרִיךְ רְפוּאָה — הֱוֵי אוֹמֵר זֶה גְּזַר דִּין.

Rav Papa dit à Abaye : mais peut-être [est-ce dit] avant le verdict ? Il lui dit : 'et il sera guéri (ve-rafa lo)' est écrit — quelle est la chose qui a besoin de guérison ?

Tu dois dire : c'est le verdict.

💡 Explication

Objection : le verset ne prouve peut-être que l'efficacité de la techouva avant le verdict. Réponse : le mot 'guéri' implique un mal déjà présent ; or ce qui requiert guérison, c'est précisément un verdict déjà prononcé.

10
מֵיתִיבִי: הָשֵׁב בֵּינְתַיִם — מוֹחֲלִין לוֹ, לֹא שָׁב בֵּינְתַיִם — אֲפִילּוּ הֵבִיא כָּל אֵילֵי נְבָיוֹת שֶׁבָּעוֹלָם אֵין מוֹחֲלִין לוֹ! לָא קַשְׁיָא: הָא — בְּיָחִיד, הָא — בְּצִבּוּר.

On objecte : celui qui se repent entre-temps (beintayim = entre Roch Hachana et Kippour) — on lui pardonne ; celui qui ne se repent pas entre-temps — même s'il apporte tous les béliers de Nevayot du monde, on ne lui pardonne pas ! [Réponse :] pas de difficulté — ici, [il s'agit] d'un individu (yahid), là, d'une communauté (tzibbour).

📜 Rachi (1)
בֵּינְתַיִם בֵּין רֹאשׁ הַשָּׁנָה לְיוֹם הַכִּפּוּרִים:
Entre-temps — entre Roch Hachana et Yom Kippour.
💡 Explication

Objection d'une baraita : passé le délai (Kippour), plus aucun pardon, même avec les meilleurs sacrifices — donc le verdict scellé ne se défait pas. Réponse : distinction cruciale — pour l'individu le verdict scellé tient, pour la communauté la techouva peut le déchirer.

11
מֵיתִיבִי: ״עֵינֵי ה׳ אֱ-לֹהֶיךָ בָּהּ״ — עִתִּים לְטוֹבָה עִתִּים לְרָעָה. עִתִּים לְטוֹבָה כֵּיצַד? הֲרֵי שֶׁהָיוּ יִשְׂרָאֵל רְשָׁעִים גְּמוּרִין בְּרֹאשׁ הַשָּׁנָה וּפָסְקוּ לָהֶם גְּשָׁמִים מוּעָטִים, לְסוֹף חָזְרוּ בָּהֶן. לְהוֹסִיף עֲלֵיהֶן אִי אֶפְשָׁר — שֶׁכְּבָר נִגְזְרָה גְּזֵרָה, אֶלָּא הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא מוֹרִידָן בִּזְמַנָּן, עַל הָאָרֶץ הַצְּרִיכָה לָהֶן — הַכֹּל לְפִי הָאָרֶץ.

On objecte : 'les yeux de Ha-Chem ton Dieu sont [constamment] sur elle [la Terre]' (Dt 11:12) — des fois pour le bien, des fois pour le mal. Des fois pour le bien, comment ?

Voici qu'Israël était tout à fait méchant à Roch Hachana et qu'on leur décréta peu de pluies ; à la fin ils se repentirent. Leur en ajouter est impossible — car le décret est déjà prononcé ; mais le Saint béni soit-Il les fait descendre en leur temps, sur la terre qui en a besoin — le tout selon [les besoins de] la terre.

📜 Rachi (3)
עִתִּים לְטוֹבָה כו' פְּעָמִים שֶׁהָעִתִּים הַנְּתוּנִים לְסוֹף הַשָּׁנָה לְטוֹבָה הִיא לְהָקֵל עָלֶיהָ מִן הַפּוּרְעָנוּת הַנִּגְזָר עָלֶיהָ בר"ה:
Des fois pour le bien, etc. — parfois les 'temps' donnés à la fin de l'année sont pour le bien : alléger sa peine du châtiment décrété sur elle à Roch Hachana.
וּפְעָמִים שֶׁהוּא לְרָעָה לְפָחוֹת מִן הַטּוֹבָה שֶׁפָּסְקוּ לָהּ:
Et parfois c'est pour le mal — diminuer le bien qu'on lui avait décrété.
עַל הָאָרֶץ שֶׁצְּרִיכָה לָהֶם עַל הַשָּׂדוֹת וְעַל הַכְּרָמִים וְעַל הַגִּנּוֹת:
Sur la terre qui en a besoin — sur les champs, les vignes et les jardins.
💡 Explication

Première vérification. La providence sur la Terre est 'tantôt pour le bien, tantôt pour le mal'. Cas favorable : peu de pluie décrétée, puis techouva — on ne peut augmenter la quantité décrétée, mais on l'optimise (au bon moment, au bon endroit).

12
עִתִּים לְרָעָה כֵּיצַד? הֲרֵי שֶׁהָיוּ יִשְׂרָאֵל צַדִּיקִים גְּמוּרִין בְּרֹאשׁ הַשָּׁנָה וּפָסְקוּ עֲלֵיהֶן גְּשָׁמִים מְרֻובִּין, לְסוֹף חָזְרוּ בָּהֶן. לִפְחוֹת מֵהֶן אִי אֶפְשָׁר — שֶׁכְּבָר נִגְזְרָה גְּזֵרָה, אֶלָּא הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא מוֹרִידָן שֶׁלֹּא בִּזְמַנָּן, עַל הָאָרֶץ שֶׁאֵינָהּ צְרִיכָה לָהֶן.

Des fois pour le mal, comment ? Voici qu'Israël était tout à fait juste à Roch Hachana et qu'on leur décréta des pluies abondantes ; à la fin ils se repentirent [= régressèrent et fautèrent].

Leur en retrancher est impossible — car le décret est déjà prononcé ; mais le Saint béni soit-Il les fait descendre hors de leur temps, sur la terre qui n'en a pas besoin.

📜 Rachi (2)
שֶׁלֹּא בִּזְמַנָּן לִפְנֵי הַזְּרִיעָה:
Hors de leur temps — avant les semailles.
וְעַל הָאָרֶץ שֶׁאֵינָהּ צְרִיכָה לָהֶם בַּיְּעָרוֹת וּבַמִּדְבָּרוֹת:
Et sur la terre qui n'en a pas besoin — dans les forêts et les déserts.
💡 Explication

Cas défavorable : pluie abondante décrétée, puis régression. On ne peut réduire la quantité décrétée, mais Ha-Chem la rend inutile — pluie au mauvais moment, au mauvais endroit (forêts, déserts).

13
לְטוֹבָה מִיהָא, לִיקְרְעֵיהּ לִגְזַר דִּינַיְיהוּ וְלוֹסֵיף לְהוּ! שָׁאנֵי הָתָם דְּאֶפְשָׁר בְּהָכִי.

[Pour le cas] favorable du moins, qu'Il déchire leur verdict et leur en ajoute ! [Réponse :] là [c'est] différent, car il est possible [d'obtenir le même résultat] par ce moyen [ajuster temps et lieu].

💡 Explication

Question : dans le cas favorable, pourquoi ne pas simplement déchirer le verdict et augmenter la pluie ? Réponse : ce cas est différent — le même bénéfice s'obtient sans déchirer le verdict, en ajustant temps et lieu. Donc pas de preuve qu'un verdict individuel se déchire.

14
תָּא שְׁמַע: ״יוֹרְדֵי הַיָּם בָּאֳנִיּוֹת עֹושֵׂי מְלָאכָה בְּמַיִם רַבִּים. הֵמָּה רָאוּ מַעֲשֵׂי ה׳ וְגוֹ׳ וַיֹּאמֶר וַיַּעֲמֵד רוּחַ סְעָרָה וַתְּרוֹמֵם גַּלָּיו. יָחוֹגּוּ וְיָנוּעוּ כַּשִּׁכּוֹר וְגוֹ׳ וַיִּצְעֲקוּ אֶל ה׳ בַּצַּר לָהֶם וְגוֹ׳ יוֹדוּ לַה׳ חַסְדּוֹ וְגוֹ׳״.

Viens et entends : 'Ceux qui descendent en mer sur des navires, qui font œuvre sur les grandes eaux, ceux-là ont vu les œuvres de Ha-Chem... Il dit et fit se lever un vent de tempête qui souleva les vagues...

Ils tournoyaient et titubaient comme un homme ivre... Ils crièrent vers Ha-Chem dans leur détresse...

Ils rendirent grâce à Ha-Chem pour Sa bonté...' (Ps 107:23-31).

💡 Explication

Seconde vérification, tirée du Psaume 107 : les marins pris dans la tempête crient vers Ha-Chem et sont sauvés. Ce passage porte des marques scribales particulières (voir segment suivant) que la baraita va interpréter.

15
עָשָׂה לָהֶן סִימָנִיּוֹת כְּאַכִּין וְרַקִּין שֶׁבַּתּוֹרָה, לוֹמַר לָךְ: צָעֲקוּ קֹודֶם גְּזַר דִּין — נַעֲנִין, צָעֲקוּ לְאַחַר גְּזַר דִּין — אֵינָן נַעֲנִין!

On y a fait des marques (simaniyot) comme les [mots] 'akh' et 'rak' de la Torah [= termes qui restreignent], pour te dire : s'ils ont crié avant le verdict — ils sont exaucés ; s'ils ont crié après le verdict — ils ne sont pas exaucés !

📜 Rachi (2)
סִימָנִיּוֹת בֵּין פָּסוּק לְפָסוּק יֵשׁ סִימָנִין הֲפוּכִין כָּזֶה (צִיּוּר):
Marques — entre un verset et l'autre il y a des signes inversés comme ceci (dessin).
אָכֵין וְרַקִּין בָּאִין לִדְרָשָׁה לְמַעֵט אֶת הַדִּיבּוּר כְּאַכְיָן וְרֻקִּין שֶׁהֵן מִיעוּטִין לוֹמַר לֹא בְּכָל שָׁעָה שֶׁיִּצְעֲקוּ אֶל ה' בַּצַּר לָהֶם יוֹצִיאֵם מִמְּצוּקוֹתֵיהֶם אֶלָּא אִם כֵּן צָעֲקוּ קֹודֶם גְּזַר דִּין:
'Akh' et 'rak' — [ces mots] viennent à une exégèse pour restreindre le propos, [de même que] 'akh' et 'rak' sont des restrictions, pour dire : ce n'est pas à chaque fois qu'ils crieront vers Ha-Chem dans leur détresse qu'Il les tirera de leurs angoisses, mais seulement s'ils ont crié avant le verdict.
🪔 Ben Yehoyada (1)
עָשָׂה לָהֶם סַמָּנִיּוֹת כ'אָכֵין' ו'רַקִּין' שֶׁבַּתּוֹרָה. צָרִיךְ לְהָבִין לָמָּה עָשָׂה הַסַּמָּנִיּוֹת בָּאוֹת נוּ"ן וְלָמָּה הִנִּיחַ שִׁבְעָה נוני"ן? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּיָדוּעַ כָּל גְּזָר דִּין נַעֲשֶׂה עַל יְדֵי שֵׁם אֲדֹנָי בְּסוֹד דינ"א דְּמַלְכוּתָא דינ"א, דְּשֵׁם אֲדֹנָי הוּא סוֹד הַמַּלְכוּת וְהָעִנְיָן הוּא כִּי אוֹת א' דְּשֵׁם אדנ"י הוּא רַחֲמִים נִמְשָׁךְ מִמָּקוֹם עֶלְיוֹן דְּשֵׁם אהי"ה וּשְׁאָר אוֹתִיּוֹת הֵם דִּין כְּמִשְׁמָעָם וְאִם הַשֵּׁם הַזֶּה נִשְׁאַר כְּסִדְרוֹ הָעִיקָּרִי שֶׁיִּהְיֶה אוֹת א' בְּרֹאשׁ אֵין נַעֲשֶׂה בּוֹ גְּזָר דִּין דְּהָאָלֶף גּוֹבֵר עַל אוֹתִיּוֹת דִּין הַנִּשְׁאָרִים בַּשֵּׁם וּמְמַתֵּק הַדִּין אֲבָל אִם יִתְהַפֵּךְ סֵדֶר הַשֵּׁם הַזֶּה לְצֵירוּף דינ"א שֶׁהוּא אֶחָד מִכ"ד צֵרוּפִים שֶׁל שֵׁם זֶה אָז הוּא פּוֹעֵל דִּין וּבוֹ יִהְיֶה גְּזָר דִּין. וּבָזֶה יוּבַן מַאֲמַר רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל דִּינָא דְּמַלְכוּתָא יִהְיֶה מִצֵּירוּף דינ"א כִּי בְּצֵירוּף זֶה אוֹת א' לְמַטָּה, וְלֹא עוֹד אֶלָּא אוֹתִיּוֹת דִּין הֵם כְּסִדְרָן לְמַעְלָה נִמְצָא עִיקַּר הַדִּין נַעֲשֶׂה מֵאוֹתִיּוֹת דִּין שֶׁל דינ"א, אַךְ וַדַּאי עִם כָּל זֶה פּוֹעֵל הַדִּין יִתְיַיחֵס יוֹתֵר לְאוֹת נוּ"ן כִּי בּוֹ נִשְׁלַם צֵירוּף דִּין כִּי אוֹתִיּוֹת ד"י לְבַדָּם אַדְּרַבָּא יוֹרוּ לְטוֹבָה שֶׁיֹּאמַר 'דַּי לְצָרָה' וְלָכֵן מֵאַחַר כִּי פּוֹעֵל הַדִּין יִתְיַיחֵס יוֹתֵר לְאוֹת נוּ"ן לְכָךְ עָשָׂה הַסַּמָּנִיּוֹת בְּאוֹת נוּ"ן וַעֲשָׂאָם שִׁבְעָה לִרְמֹוז כִּי פֹּועַל הַדִּין יוֹצֵא מִצֵּירוּף דינ"א שֶׁאָז אוֹת נוּ"ן כְּפוּפָה הִיא אוֹת שְׁבִיעִי אִם תְּמַלֵּא אוֹתִיּוֹת 'דִּינָא' כָּזֶה דָּלֶ"ת יוּ"ד נוּ"ן אָלֶ"ף. וְגַם בָּזֶה מוּבָן הַטַּעַם נָמֵי שֶׁהִנִּיחַ הַנּוּן הֲפוּכָה לִרְמֹוז שֶׁהַדִּין נַעֲשֶׂה מִן צֵירוּף דינ"א שֶׁנֶּהְפְּכוּ הָאוֹתִיּוֹת שֶׁלֹּא כְּסֵדֶר שֵׁם אדנ"י.
On y a fait des marques comme les 'akh' et 'rak' de la Torah. Il faut comprendre pourquoi Il a fait les marques par la lettre noun, et pourquoi Il en a laissé sept. Il me semble, avec l'aide du Ciel : on sait que tout verdict (gzar din) s'opère par le Nom Ado-nai, selon le sod de 'la loi du royaume est loi (dina de-malkhouta dina)', car le Nom Ado-nai est le sod de la Malkhout. Voici : la lettre alef du Nom Ado-nai est miséricorde, procédant d'un lieu supérieur, du Nom E-hyeh, et les autres lettres sont rigueur (din) au sens propre. Si ce Nom reste en son ordre originel, l'alef en tête, il ne s'y produit pas de verdict, car l'alef domine les lettres de din qui restent et adoucit la rigueur ; mais si l'ordre de ce Nom se retourne en la combinaison 'dina' — l'une des 24 permutations de ce Nom — alors il opère la rigueur et le verdict s'y accomplit. On comprend ainsi le mot de nos maîtres 'dina de-malkhouta' [forme] de la combinaison 'dina', où l'alef est en bas et les lettres 'din' en ordre au-dessus : le cœur du jugement se fait des lettres 'din' de 'dina'. Mais assurément l'action du din se rattache surtout à la lettre noun, car c'est par elle que s'achève la combinaison 'din' ; les seules lettres dalet-yod ('daï') indiqueraient au contraire le bien — 'assez (daï) de détresse !'. Puisque l'action du din se rattache surtout au noun, Il a fait les marques par la lettre noun ; et Il en a fait sept pour indiquer que l'action du din procède de la combinaison 'dina', où le noun replié (noun kefoufa) est la septième lettre si l'on épelle en plein 'dina' ainsi : dalet-yod-noun-alef. On comprend aussi pourquoi Il a laissé le noun inversé (hafoukha) : pour indiquer que le jugement se fait de la combinaison 'dina', dont les lettres se sont retournées hors de l'ordre du Nom Ado-nai.
💡 Explication

Les marques scribales (nun inversés) entourant ces versets fonctionnent comme les particules restrictives 'akh' et 'rak' : elles limitent. Leçon : le cri n'est exaucé que s'il précède le verdict. Or ces marins furent sauvés — d'où une objection au principe 'après le verdict, rien'.

16
הָנֵי נָמֵי כִּיחִידִין דָּמוּ.

Ceux-là aussi sont assimilés à des individus (ke-yehidin dami).

💡 Explication

Réponse à l'objection : les marins, même nombreux, ne forment pas une communauté (tzibbour) au sens plein — ils sont un petit groupe déterminé, donc assimilés à des individus. Le principe tient : seul un verdict communautaire se déchire par la techouva.

17
תָּא שְׁמַע: שָׁאֲלָה בְּלוֹרְיָא הַגִּיּוֹרֶת אֶת רַבָּן גַּמְלִיאֵל, כְּתִיב בְּתוֹרַתְכֶם: ״אֲשֶׁר לֹא יִשָּׂא פָנִים״, וּכְתִיב: ״יִשָּׂא ה׳ פָּנָיו אֵלֶיךָ״?

Viens et entends : Bloroya la convertie (ha-gyoret) demanda à Rabban Gamliel : il est écrit dans votre Torah 'qui ne fait pas acception de personne (acher lo yissa panim)' (Dt 10:17), et il est écrit 'Ha-Chem tournera vers toi Sa face (yissa Ha-Chem panav elekha)' (Nb 6:26) ?

🗂️ Tossefot (1)
אֲשֶׁר לֹא יִשָּׂא פָנִים. פְּשָׁטֵיהּ דִּקְרָא אַפְּנֵי אָדָם קָאֵי שֶׁאֵין נוֹשֵׂא פָּנִים בִּשְׁבִיל גְּדֻולָּתוֹ וְעָושְׁרוֹ אוֹ בְּאָדָם זָקֵן וּנְשׂוּא פָּנִים כְּדִכְתִיב (דְּבָרִים כ״ח:נ׳) אֲשֶׁר לֹא יִשָּׂא פָנִים לְזָקֵן אֲבָל יִשָּׂא ה' פָּנָיו אֵלֶיךָ אַפְּנֵי שְׁכִינָה קָאֵי שֶׁיֵּרָאֶה לְךָ פָּנִים שׂוֹחֲקוֹת וְלֹא פָּנִים שֶׁל כַּעַס וְהָא דְּלָא פָּרֵיךְ הָכָא מְדַכָּתִי' (אִיּוֹב מ״ב:ט׳) וַיִּשָּׂא ה' אֶת פְּנֵי אִיּוֹב וּכְתִיב (שָׁם) כִּי אִם פָּנָיו אֶשָּׂא מִשּׁוּם דְּהָתָם [חָס] בִּשְׁבִיל צִדְקוֹ: [עִי' תּוֹס' נִדָּה ע: ד"ה כָּתוּב וְכוּ' הִנִּיחוֹ בְּקֻושְׁיָא]
'Qui ne fait pas acception de personne' — le sens simple du verset porte sur l'acception des personnes [dans le jugement] : Il ne fait pas acception en raison de la grandeur ou de la richesse [d'un homme], ni d'un homme âgé et respectable, comme il est écrit (Dt 28:50) 'qui ne fait pas acception du vieillard'. Mais 'Ha-Chem tournera vers toi Sa face' porte sur la face de la Chekhina : Il te montrera un visage riant et non un visage de colère. Et si l'on n'objecte pas ici à partir de (Job 42:9) 'et Ha-Chem fit acception de la face de Job' [opposé à] (ibid.) 'sinon Sa face J'aurais eu égard', c'est parce que là [pour Job] Il [le] ménagea en raison de sa justice. [Voir Tossafot Nidda 70b, s.v. 'katouv', qui laissent la question sans réponse.]
🪔 Ben Yehoyada (1)
שְׁאֵלָה בְּלוֹרִיאָה הַגִּיּוֹרֶת אֶת רַבָּן גַּמְלִיאֵל, כָּתוּב בְּתוֹרַתְכֶם: (דְּבָרִים י, יז) "אֲשֶׁר לֹא יִשָּׂא פָנִים וְלֹא יִקַּח שֹׁחַד", וּכְתִיב: (בַּמִּדְבָּר ו, כו) "יִשָּׂא ה' פָּנָיו אֵלֶיךָ, וְיָשֵׂם לְךָ שָׁלוֹם". קָשֶׁה הֲוָה לָהּ לְהַקְשׁוֹת כְּתִיב 'יִשָּׂא ה' פָּנָיו' וּכְתִיב 'לֹא יִשָּׂא פָּנִים' דְּהַדֶּרֶךְ לְהַקְשׁוֹת מִן הַמֻּוקְדָּם עַל הַמְאֻוחָר? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּזָכְרָה פָּסוּק 'יִשָּׂא ה' פָּנָיו' בָּאַחֲרוֹנָה מִפְּנֵי כִּי הִיא בְּלָאו הָכִי קַשְׁיָא לָהּ בְּגוּף הַפָּסוּק לְבַדּוֹ דְּאֵיךְ יִשָּׂא פָּנִים וֶהֱבִיאָהּ פָּסוּק 'לֹא יִשָּׂא פָּנִים' לְחַזֵּק הַקֻּושְׁיָא יוֹתֵר מִן הַכָּתוּב גַּם כֵּן אֲבָל בֶּאֱמֶת בְּלָאו הָכִי פָּסוּק 'יִשָּׂא פָּנִים' מֻוקְשֵׁי מִסְּבָרָא. וְנִרְאֶה דִּשְׁאֵלָה זוֹ שְׁאֵלָה קֹודֶם שֶׁנִּתְגַּייְּרָה דְּאַחַר שֶׁנִּתְגַּייְּרָה אֵיךְ תֹּאמַר בְּתוֹרַתְכֶם שֶׁתּוֹצִיא עַצְמָהּ מִן הַכְּלָל אַחַר שֶׁנִּכְנְסָה לְדַת יִשְׂרָאֵל דְּזֶה לְשׁוֹן עַכּוּ"ם הוּא שֶׁמְּדַבְּרִים כָּךְ עִם יִשְׂרָאֵל.
Bloroya la convertie demanda à Rabban Gamliel : il est écrit dans votre Torah (Dt 10:17) 'qui ne fait pas acception de personne et ne prend pas de présent', et il est écrit (Nb 6:26) 'Ha-Chem tournera vers toi Sa face et te donnera la paix'. Difficulté : elle aurait dû objecter [en citant d'abord] 'Ha-Chem tournera vers toi Sa face' puis 'Il ne fait pas acception', l'usage étant d'objecter du verset antérieur au postérieur ? Il me semble, avec l'aide du Ciel : elle a mentionné 'Ha-Chem tournera vers toi Sa face' en dernier parce que, de toute façon, ce verset lui posait déjà difficulté en lui-même — comment ferait-Il acception ? — et elle a cité 'qui ne fait pas acception' pour renforcer encore la difficulté à partir de l'Écriture ; mais en vérité, même sans cela, 'Il tournera Sa face' est déjà problématique par le raisonnement. Il apparaît qu'elle posa cette question avant de se convertir, car après sa conversion, comment dirait-elle 'votre Torah', s'excluant de la collectivité alors qu'elle est entrée dans la foi d'Israël ? C'est là un langage de non-Juif, qui parle ainsi avec Israël.
💡 Explication

Nouvelle objection, sous forme de question de Bloroya la convertie : deux versets semblent se contredire — Ha-Chem 'ne fait pas acception' contre 'Il tournera vers toi Sa face' (marque de faveur). Comment concilier impartialité et faveur ?

18
נִטְפַּל לַהּ רַבִּי יוֹסֵי הַכֹּהֵן. אָמַר לָהּ: אֶמְשֹׁול לְךָ מָשָׁל, לְמָה הַדָּבָר דוֹמֶה — לְאָדָם שֶׁנּוֹשֶׁה בַּחֲבֵירוֹ מָנֶה וְקָבַע לוֹ זְמַן בִּפְנֵי הַמֶּלֶךְ, וְנִשְׁבַּע לוֹ בְּחַיֵּי הַמֶּלֶךְ, הִגִּיעַ זְמַן וְלֹא פְּרָעוֹ. בָּא לְפַיֵּיס אֶת הַמֶּלֶךְ, וְאָמַר לוֹ: עֶלְבּוֹנִי מָחוּל לְךָ, לֵךְ וּפַיֵּיס אֶת חֲבֵירְךָ. הָכָא נָמֵי, כָּאן בַּעֲבֵירוֹת שֶׁבֵּין אָדָם לְמָקוֹם — כָּאן בַּעֲבֵירוֹת שֶׁבֵּין אָדָם לַחֲבֵירוֹ.

R. Yossi le Cohen se joignit à elle [pour répondre].

Il lui dit : je vais te proposer une parabole, à quoi la chose ressemble-t-elle ? À un homme qui prête à son prochain une mane (cent [dinars]) et lui fixe un terme devant le roi, et [l'emprunteur] lui jure par la vie du roi.

Le terme arrive et il ne rembourse pas. Il vient apaiser le roi, et [le roi] lui dit : mon offense t'est pardonnée, [mais] va apaiser ton prochain.

Ici aussi : là [le verset 'Il tournera Sa face'], [c'est] pour les fautes entre l'homme et le Ciel ; ici [le verset 'pas d'acception'], [c'est] pour les fautes entre l'homme et son prochain.

🪔 Ben Yehoyada (2)
נִטְפַּל לַהּ רַבִּי יוֹסֵי הַכֹּהֵן. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת וַהֲלֹא הִיא שְׁאֵלָה מִן רַבָּן גַּמְלִיאֵל וְאֵיךְ הִכְנִיס עַצְמוֹ רַבִּי יוֹסֵי בְּעִנְיָן לְהָשִׁיב תְּשׁוּבָה וְכִי דֶּרֶךְ אֶרֶץ הוּא זֶה? וְנִרְאֶה לִי הִכְנִיס עַצְמוֹ בְּדִבְרֵי טַעַם שֶׁאָמַר לָהּ כֵּיוָן דְּעִיקַּר קֻושְׁייָתִיךְ עַל פָּסוּק 'יִשָּׂא ה' פָּנָיו אֵלֶיךָ' צָרִיךְ אֲנִי לְתָרֵץ קֻושְׁייָתִיךְ וּלְהָשִׁיב לְךָ תְּשׁוּבָה כִּי אֲנִי כֹּהֵן וְכָל יוֹם אֲנִי מְבָרֵךְ אֶת יִשְׂרָאֵל בְּפָסוּק זֶה וְעַל כַּוָּונָה זוֹ אֲנִי אוֹמֵר אוֹתוֹ, וְלָזֶה אָמַר נִטְפַּל לַהּ רַבִּי יוֹסֵי 'הַכֹּהֵן' דַּיְיקָא.
R. Yossi le Cohen se joignit à elle. On peut objecter : c'est Rabban Gamliel qu'elle interrogeait, comment R. Yossi s'est-il immiscé pour répondre — est-ce là une bonne manière (derekh eretz) ? Il me semble qu'il s'est immiscé pour une raison motivée, disant : puisque le fond de ta difficulté porte sur le verset 'Ha-Chem tournera vers toi Sa face', il me revient de résoudre ta difficulté et de te répondre, car je suis Cohen et chaque jour je bénis Israël par ce verset, et c'est dans cette intention que je le prononce. C'est pourquoi il est dit 'R. Yossi le Cohen se joignit à elle' — 'le Cohen' précisément.
כָּאן בַּעֲבֵרוֹת שֶׁבֵּין אָדָם לַחֲבֵרוֹ, כָּאן בַּעֲבֵרוֹת שֶׁבֵּין אָדָם לְמָקוֹם. נִרְאֶה לִי בס"ד הַטַּעַם דְּהֶחְמִיר טְפֵי בַּעֲבֵירוֹת שֶׁבֵּין אָדָם לַחֲבֵירוֹ יוֹתֵר כְּדֵי לְחַזֵּק הַדָּבָר שֶׁלֹּא יִהְיֶה הָאָדָם קַל בְּעֵינָיו חֶטְאוֹ לְאָדָם כָּמוֹהוּ, וּכְמוֹ הַטַּעַם שֶׁהֵשִׁיב הַגָּאוֹן מָהָרִ"י לְאוֹתוֹ דֻּוכָּס עַל מַאֲמַר רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל שֶׁאָמְרוּ הָעוֹבֵר עַל דִּבְרֵי חֲכָמִים חַיָּיב מִיתָה וְהֵבִיא לוֹ מָשָׁל עַל זֶה. וְעוֹד נִרְאֶה לִי כִּי בַּעֲבֵירוֹת שֶׁבֵּין אָדָם לַחֲבֵירוֹ יֵשׁ לָהֶם תּוֹבֵעַ וְצוֹעֵק לְמַעְלָה וְהוּא הַמַּזָּל שֶׁל חֲבֵירוֹ שֶׁחָטָא לוֹ וּלְכָךְ קָשִׁים לְהִמָּחֵל.
Là, [c'est] pour les fautes entre l'homme et son prochain ; ici, pour les fautes entre l'homme et le Ciel. Il me semble, avec l'aide du Ciel : la raison pour laquelle on a été plus sévère pour les fautes entre l'homme et son prochain est de renforcer la chose, afin que l'homme ne prenne pas à la légère la faute commise envers un homme comme lui — de même que le Gaon Maharil répondit à ce duc au sujet du mot de nos maîtres 'celui qui transgresse les paroles des Sages est passible de mort', et lui proposa une parabole à ce propos. Il me semble encore : dans les fautes entre l'homme et son prochain, il y a un accusateur qui crie en Haut — c'est l'ange (mazal) du prochain qui a été lésé — et c'est pourquoi elles sont difficiles à pardonner.
💡 Explication

Réponse par parabole : le roi (Ha-Chem), offensé par le serment non tenu, pardonne l'offense envers Lui, mais renvoie l'emprunteur apaiser son créancier. De même : Ha-Chem 'tourne Sa face' pour les fautes entre l'homme et le Ciel ; Il 'ne fait pas acception' pour les fautes entre l'homme et son prochain, tant que l'offense n'est pas réparée.

19
עַד שֶׁבָּא רַבִּי עֲקִיבָא וְלִימֵּד:

... jusqu'à ce que vienne R. Akiva et enseigne [autrement] :

🪔 Ben Yehoyada (1)
עד שבא רבי עקיבא ולמד: כאן קדם גזר־דין, כאן לאחר גזר־דין. קשה הוה ליה למימר 'רבי עקיבא אומר כאן קדם גזר־דין, כאן לאחר גזר־דין' ולמה נקיט כהאי לישנא? ונראה לי בס"ד כי רבי עקיבא לא אמר חילוק זה בפירוש ורק מן המעשה שהיה לו למדנו ממנו דבר זה והוא כי הוא קודם שנהרג חבשו אותו בבית האסורין כמה ימים וכל יום מוציאין אותו וסורקין בשרו ועשו לו יסורין קשים וצריך להבין מאחר דהיה חבוש כמה ימים קודם שנהרג, למה לא התפלל על עצמו ולא בקש מן החכמים שיתפללו עליו לבטל הגזרה? אלא ודאי מאחר שידע שהיה גזר דין עליו לכך קבל בשתיקה דאין תפלה מועלת אחר גזר דין. ומזאת המעשה למדנו דסבירא ליה לחלק בין קודם גזר דין בין אחר גזר דין וכעין זה אמרו בגמרא דחולין (חולין קיא:) בדין נותן טעם בר נותן טעם דסבירא ליה לרב דאסור דלאו בפירושא אמרה רב אלא למדנו כן ממעשה שהיה לו.
Jusqu'à ce que vienne R. Akiva et enseigne : ici avant le verdict, ici après le verdict. Difficulté : il aurait fallu dire 'R. Akiva dit : ici avant le verdict, ici après le verdict' — pourquoi cette tournure ['jusqu'à ce que vienne...'] ? Il me semble, avec l'aide du Ciel : R. Akiva n'a pas énoncé cette distinction explicitement ; c'est de l'épisode qui lui advint que nous l'avons apprise. Avant d'être mis à mort, on l'emprisonna plusieurs jours, et chaque jour on le sortait pour peigner (déchirer) sa chair et lui infliger de dures tortures. Il faut comprendre : puisqu'il fut emprisonné plusieurs jours avant d'être exécuté, pourquoi n'a-t-il pas prié pour lui-même, ni demandé aux Sages de prier pour lui afin d'annuler le décret ? C'est assurément parce qu'il savait qu'un verdict pesait sur lui : il l'accepta donc en silence, la prière n'étant d'aucun secours après le verdict. De cet épisode nous avons appris qu'il tenait pour la distinction entre avant et après le verdict — de même qu'on a dit dans la Guemara de Houllin (111b), au sujet du 'goût dans le goût' (noten taam bar noten taam), que Rav tenait pour l'interdit non pas qu'il l'ait dit expressément, mais que nous l'avons appris d'un épisode qui lui advint.
💡 Explication

Transition : cette résolution (par R. Yossi le Cohen) prévalut jusqu'à l'enseignement de R. Akiva, qui proposera une autre distinction — entre avant et après le verdict (développée sur la page suivante).

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).