Sougya : Suite du développement sur le pardon divin : plusieurs maîtres (Rav Houna, R. Elazar, Ilfa) relèvent la même tension dans un verset — d'abord la rigueur (tzedek/émet), ensuite la bonté ('hessed) — car le monde ne subsisterait pas sous le seul droit strict.
R. Yo'hanan enseigne que le Saint béni soit-Il S'est enveloppé comme un officiant et a montré à Moche l'ordre de la prière : lorsqu'Israël récite les treize attributs de miséricorde, Il pardonne ; une alliance (berit) garantit qu'ils ne reviennent pas à vide.
La sougya demande ensuite si la techouva déchire un verdict déjà scellé (gzar din) : oui pour la communauté, non pour l'individu — la Guemara vérifie ce principe par la pluie décrétée à Roch Hachana et par le psaume 'ceux qui descendent en mer' (marqué de nun inversés). Enfin, la question de Bloroya la convertie sur l'apparente contradiction 'Il ne fait pas acception' / 'Il te sera favorable' : la parabole du roi distingue les fautes envers le Ciel (pardonnées) des fautes envers le prochain (à réparer d'abord), jusqu'à l'enseignement de R.
Akiva. Le Ben Yehoyada (Ben Ich H'ai) déploie tout au long le sod : gematria des Noms, sens des nun inversés, tsitsit, guilgoul.
[Ha-Chem ne pardonne] qu'à celui qui se considère comme un reste (chirayim) [= une chose de peu, un simple résidu].
Fin de l'enseignement précédent (le verset 'à la chirayim [reste] de Son héritage', Mikha 7:18) : Ha-Chem passe sur la faute de celui qui s'abaisse et se tient pour un résidu — de peu de valeur à ses propres yeux — et ne s'offusque donc pas de l'affront reçu.
Rav Houna soulève une contradiction : il est écrit 'Ha-Chem est juste (tsadik) en toutes Ses voies' (Ps 145:17), et il est écrit [dans le même verset] 'et bienveillant (hassid) en toutes Ses œuvres' ! [Il répond :] au début — juste, et à la fin — bienveillant.
Un demi-verset dit tsadik (justice stricte), l'autre hassid (grâce au-delà du droit). Résolution : au début (le jugement) Il agit selon le droit ; à la fin (quand Il voit que le monde ne subsisterait pas sous le seul droit) Il agit avec bonté.
R. Elazar soulève une contradiction : il est écrit 'et à Toi, Ha-Chem, [appartient] le 'hessed (bonté)' (Ps 62:13), et il est écrit [dans le même verset] 'car Tu rétribues chacun selon son œuvre' !
[Il répond :] au début — 'car Tu rétribues selon son œuvre', et à la fin — 'et à Toi, Ha-Chem, le 'hessed'.
Même structure : 'à Toi le 'hessed' (grâce) contre 'Tu rétribues selon l'œuvre' (mesure pour mesure). Au début la rétribution exacte ; à la fin, quand la stricte rétribution ne tiendrait pas, la bonté.
Ilfai — et certains disent Ilfa — soulève une contradiction : il est écrit 'et grand en 'hessed (rav 'hessed)' (Ex 34:6), et il est écrit [dans le même verset] 'et vérité (émet)' ! [Il répond :] au début — 'et vérité', et à la fin — 'et grand en 'hessed'.
Dans les treize attributs : 'grand en bonté' contre 'vérité' (la rigueur). Au début la vérité/justice ; à la fin, la bonté abondante — car le monde ne tiendrait pas sous la seule vérité.
'Et Ha-Chem passa devant lui et proclama' (Ex 34:6). R.
Yo'hanan dit : n'était qu'un verset l'écrit, il serait impossible de le dire. [Cela] enseigne que le Saint béni soit-Il S'enveloppa [d'un talit] comme un officiant (cheliah tzibbour) et montra à Moche l'ordre de la prière.
Il lui dit : chaque fois qu'Israël fautera, qu'ils accomplissent devant Moi selon cet ordre et Je leur pardonnerai.
Image audacieuse (que seul le verset autorise à formuler) : Ha-Chem S'enveloppe comme un officiant et enseigne à Moche l'ordre de la prière — la récitation des treize middot. Promesse : cet ordre accompli obtient le pardon.
'Ha-Chem, Ha-Chem' (Ex 34:6) — Je suis [Lui] avant que l'homme ne faute, et Je suis [Lui] après que l'homme a fauté et fait techouva — [Je suis] 'Dieu miséricordieux et clément (E-l rahoum ve-hanoun)'.
Le double Nom au début des treize middot signifie la continuité de la miséricorde : Je suis le même, miséricordieux avant la faute et après la faute suivie de techouva. Ha-Chem ne retient pas contre l'homme ses premières fautes.
Rav Yehouda dit : une alliance (berit) est conclue avec les treize attributs (middot), [garantissant] qu'ils ne reviennent pas à vide (rekam), ainsi qu'il est dit : 'Voici, Je conclus une alliance' (Ex 34:10).
Les treize middot ne sont pas une simple formule : une alliance garantit que, récitées, elles obtiennent une réponse et ne reviennent pas bredouilles. Preuve : le verset qui suit immédiatement, 'Voici, Je conclus une alliance'.
R. Yo'hanan dit : grande est la techouva, qui déchire le verdict (gzar din) de l'homme, ainsi qu'il est dit : 'Rends gras (épaissi) le cœur de ce peuple, alourdis ses oreilles et englue ses yeux, de peur qu'il ne voie de ses yeux, n'entende de ses oreilles, que son cœur ne comprenne, qu'il ne revienne (ve-chav) et ne soit guéri (ve-rafa lo)' (Yech.
6:10).
La techouva a le pouvoir de déchirer un verdict déjà prononcé. Preuve du verset d'Isaie : malgré le décret d'endurcissement, s'ils reviennent (ve-chav), ils seront guéris — la 'guérison' visant un mal déjà décrété.
Rav Papa dit à Abaye : mais peut-être [est-ce dit] avant le verdict ? Il lui dit : 'et il sera guéri (ve-rafa lo)' est écrit — quelle est la chose qui a besoin de guérison ?
Tu dois dire : c'est le verdict.
Objection : le verset ne prouve peut-être que l'efficacité de la techouva avant le verdict. Réponse : le mot 'guéri' implique un mal déjà présent ; or ce qui requiert guérison, c'est précisément un verdict déjà prononcé.
On objecte : celui qui se repent entre-temps (beintayim = entre Roch Hachana et Kippour) — on lui pardonne ; celui qui ne se repent pas entre-temps — même s'il apporte tous les béliers de Nevayot du monde, on ne lui pardonne pas ! [Réponse :] pas de difficulté — ici, [il s'agit] d'un individu (yahid), là, d'une communauté (tzibbour).
Objection d'une baraita : passé le délai (Kippour), plus aucun pardon, même avec les meilleurs sacrifices — donc le verdict scellé ne se défait pas. Réponse : distinction cruciale — pour l'individu le verdict scellé tient, pour la communauté la techouva peut le déchirer.
On objecte : 'les yeux de Ha-Chem ton Dieu sont [constamment] sur elle [la Terre]' (Dt 11:12) — des fois pour le bien, des fois pour le mal. Des fois pour le bien, comment ?
Voici qu'Israël était tout à fait méchant à Roch Hachana et qu'on leur décréta peu de pluies ; à la fin ils se repentirent. Leur en ajouter est impossible — car le décret est déjà prononcé ; mais le Saint béni soit-Il les fait descendre en leur temps, sur la terre qui en a besoin — le tout selon [les besoins de] la terre.
Première vérification. La providence sur la Terre est 'tantôt pour le bien, tantôt pour le mal'. Cas favorable : peu de pluie décrétée, puis techouva — on ne peut augmenter la quantité décrétée, mais on l'optimise (au bon moment, au bon endroit).
Des fois pour le mal, comment ? Voici qu'Israël était tout à fait juste à Roch Hachana et qu'on leur décréta des pluies abondantes ; à la fin ils se repentirent [= régressèrent et fautèrent].
Leur en retrancher est impossible — car le décret est déjà prononcé ; mais le Saint béni soit-Il les fait descendre hors de leur temps, sur la terre qui n'en a pas besoin.
Cas défavorable : pluie abondante décrétée, puis régression. On ne peut réduire la quantité décrétée, mais Ha-Chem la rend inutile — pluie au mauvais moment, au mauvais endroit (forêts, déserts).
[Pour le cas] favorable du moins, qu'Il déchire leur verdict et leur en ajoute ! [Réponse :] là [c'est] différent, car il est possible [d'obtenir le même résultat] par ce moyen [ajuster temps et lieu].
Question : dans le cas favorable, pourquoi ne pas simplement déchirer le verdict et augmenter la pluie ? Réponse : ce cas est différent — le même bénéfice s'obtient sans déchirer le verdict, en ajustant temps et lieu. Donc pas de preuve qu'un verdict individuel se déchire.
Viens et entends : 'Ceux qui descendent en mer sur des navires, qui font œuvre sur les grandes eaux, ceux-là ont vu les œuvres de Ha-Chem... Il dit et fit se lever un vent de tempête qui souleva les vagues...
Ils tournoyaient et titubaient comme un homme ivre... Ils crièrent vers Ha-Chem dans leur détresse...
Ils rendirent grâce à Ha-Chem pour Sa bonté...' (Ps 107:23-31).
Seconde vérification, tirée du Psaume 107 : les marins pris dans la tempête crient vers Ha-Chem et sont sauvés. Ce passage porte des marques scribales particulières (voir segment suivant) que la baraita va interpréter.
On y a fait des marques (simaniyot) comme les [mots] 'akh' et 'rak' de la Torah [= termes qui restreignent], pour te dire : s'ils ont crié avant le verdict — ils sont exaucés ; s'ils ont crié après le verdict — ils ne sont pas exaucés !
Les marques scribales (nun inversés) entourant ces versets fonctionnent comme les particules restrictives 'akh' et 'rak' : elles limitent. Leçon : le cri n'est exaucé que s'il précède le verdict. Or ces marins furent sauvés — d'où une objection au principe 'après le verdict, rien'.
Ceux-là aussi sont assimilés à des individus (ke-yehidin dami).
Réponse à l'objection : les marins, même nombreux, ne forment pas une communauté (tzibbour) au sens plein — ils sont un petit groupe déterminé, donc assimilés à des individus. Le principe tient : seul un verdict communautaire se déchire par la techouva.
Viens et entends : Bloroya la convertie (ha-gyoret) demanda à Rabban Gamliel : il est écrit dans votre Torah 'qui ne fait pas acception de personne (acher lo yissa panim)' (Dt 10:17), et il est écrit 'Ha-Chem tournera vers toi Sa face (yissa Ha-Chem panav elekha)' (Nb 6:26) ?
Nouvelle objection, sous forme de question de Bloroya la convertie : deux versets semblent se contredire — Ha-Chem 'ne fait pas acception' contre 'Il tournera vers toi Sa face' (marque de faveur). Comment concilier impartialité et faveur ?
R. Yossi le Cohen se joignit à elle [pour répondre].
Il lui dit : je vais te proposer une parabole, à quoi la chose ressemble-t-elle ? À un homme qui prête à son prochain une mane (cent [dinars]) et lui fixe un terme devant le roi, et [l'emprunteur] lui jure par la vie du roi.
Le terme arrive et il ne rembourse pas. Il vient apaiser le roi, et [le roi] lui dit : mon offense t'est pardonnée, [mais] va apaiser ton prochain.
Ici aussi : là [le verset 'Il tournera Sa face'], [c'est] pour les fautes entre l'homme et le Ciel ; ici [le verset 'pas d'acception'], [c'est] pour les fautes entre l'homme et son prochain.
Réponse par parabole : le roi (Ha-Chem), offensé par le serment non tenu, pardonne l'offense envers Lui, mais renvoie l'emprunteur apaiser son créancier. De même : Ha-Chem 'tourne Sa face' pour les fautes entre l'homme et le Ciel ; Il 'ne fait pas acception' pour les fautes entre l'homme et son prochain, tant que l'offense n'est pas réparée.
... jusqu'à ce que vienne R. Akiva et enseigne [autrement] :
Transition : cette résolution (par R. Yossi le Cohen) prévalut jusqu'à l'enseignement de R. Akiva, qui proposera une autre distinction — entre avant et après le verdict (développée sur la page suivante).
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).