Rosh Hachana 18b — les quatre jeûnes de Zekharia, la mort des justes, et l'abrogation de Meguilat Taanit

Rosh Hashanah 18b

Sougya : Le daf explique le verset de Zekharia (8:19) qui nomme les quatre jeûnes à la fois 'jeûne' et 'allégresse et joie' : Rav Papa distingue trois états — paix (joie), persécution (jeûne obligatoire), ni l'un ni l'autre (facultatif) ; le 9 Av reste obligatoire car ses malheurs y furent redoublés. Suit la mahloket entre R.

Akiva et R. Chimon sur l'identification des quatre jeûnes (le 10e = 10 Tevet, début du siège, pour Akiva ; = 5 Tevet, arrivée de l'annonce, pour Chimon qui ordonne aussi par les malheurs).

On enseigne au passage que la mort des justes (Guedalia) équivaut à l'incendie du Temple. La seconde moitié débat de l'abrogation de Meguilat Taanit : Rav dit abrogée, R.

Yo'hanan dit maintenue ; objections tirées de Hanoukka (jeûne refusé à Lod) et du 3 Tichri (abolition du Nom divin dans les actes), résolues en distinguant l'époque du Temple de celle qui a suivi sa destruction.

Les quatre jeûnes de Zekharia 8:19 (mahloket R. Akiva / R. Chimon) Jeûne du 4e Jeûne du 5e Jeûne du 7e Jeûne du 10e = Tamouz = Av = Tichri = Tevet R. Akiva: 9 Tamouz(brèche de la ville)R. Chimon: idem 9 Av (Temple brûlé)mêmes vues 3 Tichri (Guedalia)mêmes vues R. Akiva: 10 Tevet(début du siège)R. Chimon: 5 Tevet R. Akiva ordonne par les MOIS ; R. Chimon ajoute l'ordre CHRONOLOGIQUE des malheurs (le 10e = annonce du désastre) Le 5 Tevet, arrivée à l'exil de la nouvelle que Jérusalem était frappée — jour d'annonce assimilé au jour de l'incendie
L'identification des quatre jeûnes et la divergence R. Akiva / R. Chimon (segments 3-7).
Meguilat Taanit est-elle abrogée ? (mahloket amoraim) Rav et R. Hanina R. Yo'hanan et R. Yehochoua b. Levi ABROGÉE (batla) NON abrogée Les fêtes fixées par les Sages sont comme les jeûnes bibliques: sans paix -> tout tombe Seuls les JEÛNES dépendent de la reconstruction du Temple; les FÊTES demeurent telles quelles objecte: Hanoukka jeûne à Lod refusé Hanoukka: miracle notoire -> conservé Trancher: du vivant du Temple on ajoutait des jours; après la destruction -> abrogée (selon Rav)
Meguilat Taanit abrogée ou non : les deux camps et leur résolution (segments 8-16).
1
דְּאָמַר רַב חָנָא בַּר בִּיזַּנָא אָמַר רַבִּי שִׁמְעוֹן חֲסִידָא, מַאי דִכְתִיב: ״כֹּה אָמַר ה׳ צְבָאוֹת צוֹם הָרְבִיעִי וְצוֹם הַחֲמִישִׁי וְצוֹם הַשְּׁבִיעִי וְצוֹם הָעֲשִׂירִי יִהְיֶה לְבֵית יְהוּדָה לְשָׂשׂוֹן וּלְשִׂמְחָה״. קָרֵי לְהוּ ״צוֹם״, וְקָרֵי לְהוּ ״שָׂשׂוֹן וְשִׂמְחָה״! בִּזְמַן שֶׁיֵּשׁ שָׁלוֹם — יִהְיוּ לְשָׂשׂוֹן וּלְשִׂמְחָה, אֵין שָׁלוֹם — צוֹם.

Car Rav Hana bar Bizna a dit au nom de Rabbi Chimon Hassida : que signifie ce qui est écrit — 'Ainsi parle l'Éternel des armées : le jeûne du quatrième [mois], le jeûne du cinquième, le jeûne du septième et le jeûne du dixième deviendront pour la maison de Yehouda allégresse et joie' (Zekharia 8:19) ? Il les appelle 'jeûne' (tsom) et il les appelle 'allégresse et joie' (sasson ve-simha) !

[Réponse :] lorsqu'il y a la paix — ils seront allégresse et joie ; [lorsqu'il n'y a] pas de paix — jeûne.

📜 Rachi (3)
דְּאָמַר רַב חָמָא בַּר בִּיזַּנָא כו' דְּכוּלְּהוּ יְמֵי תַּעֲנִית נִינְהוּ בַּזְּמַן הַזֶּה שֶׁאֵין בהמ"ק קַיָּים וּמַתְנִיתִין בַּזְּמַן הַזֶּה קָא מַיְירֵי מִדְּקָתָנֵי וּכְשֶׁהַמִּקְדָּשׁ קַיָּים כו':
Car Rav Hama bar Bizna, etc. — car tous [ces jours] sont des jours de jeûne à l'époque actuelle, où le Temple n'existe pas ; et notre michna traite de l'époque actuelle, comme le prouve ce qu'elle enseigne : 'et lorsque le Temple existait, etc.'
שֶׁיֵּשׁ שָׁלוֹם שֶׁאֵין יַד הָעוֹבָדֵי כּוֹכָבִים תַּקִּיפָה עַל יִשְׂרָאֵל:
Où il y a la paix — où la main des idolâtres ne domine pas Israël.
יִהְיוּ לְשָׂשׂוֹן וּלְשִׂמְחָה לֵיאָסֵר בְּהֶסְפֵּד וּבְתַעֲנִית:
Ils seront allégresse et joie — pour être interdits [de rites] de deuil et de jeûne.
🪔 Ben Yehoyada (1)
קָרֵי לְהוּ 'צוֹם' וְקָרֵי לְהוּ: 'שָׂשׂוֹן וְשִׂמְחָה'. הִקְשָׁה הָרִי"ף וּמָהַרְשָׁ"א זַ"ל מַאי קוּשְׁיָא הָא (זְכַרְיָה ח, יט) 'יִהְיֶה לְשָׂשׂוֹן וּלְשִׂמְחָה' כְּתִיב כְּלוֹמַר מַה שֶׁהוּא עַתָּה צוֹם יִתְהַפֵּךְ לְשָׂשׂוֹן וְשִׂמְחָה? וְנִרְאֶה לִי בס"ד הָכִי קָאָמַר דְּאִם הֲוָה כְּתִיב 'צוֹם הָרְבִיעִי וְכוּ' יִהְיֶה מִשְׁתֶּה וְשִׂמְחָה' שַׁפִּיר דְּהַצּוֹם יִתְהַפֵּךְ לְמִשְׁתֵּה דְּהַצּוֹם וְהַמִּשְׁתֶּה הֵם דָּבָר וְהוֹפְכוֹ, אַךְ הַשָּׂשׂוֹן וְשִׂמְחָה אֵינָם הֵפֶךְ הַצּוֹם, וְאִם כֵּן מִדְּקָאָמַר 'יִהְיֶה לְשָׂשׂוֹן וּלְשִׂמְחָה' שְׁמַע מִינָּה לֹא יִתְבַּטֵּל הַצּוֹם אֶלָּא הַצּוֹם יָצוּמוּ אוֹתוֹ בְּשָׂשׂוֹן וְשִׂמְחָה שֶׁיִּהְיוּ שָׂשִׂים וּשְׂמֵחִים בְּצוֹם וְלֹא יִתְאַבְּלוּ בּוֹ. וְעַל זֶה פָּרִיךְ קָרֵי לְהוּ 'צוֹם' וְקָרֵי לְהוּ 'שָׂשׂוֹן וְשִׂמְחָה' שֶׁאִם יָצוּמוּ אֵיךְ יָשִׂישׂוּ וְיִשְׂמְחוּ וַהֲלֹא אֵין שָׂשׂוֹן וְשִׂמְחָה אֶלָּא בְּכָרֵס מְלֵאָה וְנֶפֶשׁ שִׁבְעָה? וּמְשַׁנֵּי הַאי 'יִהְיֶה לְשָׂשׂוֹן וּלְשִׂמְחָה' קָאֵי עַל הַחִיּוּב כִּי מַה שֶׁהָיָה בְּיוֹם זֶה חִיּוּב לָצוּם עַתָּה יִהְיֶה חִיּוּב לָשׂוּשׂ וְלִשְׂמֹוחַ, וּלְפִי זֶה אֵין צָרִיךְ לִהְיוֹת דָּבָר וְהוֹפְכוֹ אֶלָּא הָכִי קָאָמַר זֶה הַחִיּוּב בָּטֵל וּמִתְחַדֵּשׁ חִיּוּב אַחֵר שֶׁל שָׂשׂוֹן וְשִׂמְחָה וַאֲתָא לְאַשְׁמְעִינַן כְּשֶׁאֵין שָׁלוֹם אָז הַצּוֹם הוּא חִיּוּב וּכְשֶׁיֵּשׁ שָׁלוֹם בָּטֵל חִיּוּב זֶה וְיִתְחַדֵּשׁ חִיּוּב אַחֵר לַעֲשׂוֹת מִשְׁתֶּה וְשִׂמְחָה וְאִם אֵין שָׁלוֹם וְאֵין גְּזֵרָה אָז לֵיכָּא לֹא חִיּוּב שֶׁל צוֹם וְלֹא חִיּוּב שֶׁל שִׂמְחָה אֶלָּא הָרְשׁוּת בְּיָדָם לַעֲשׂוֹת מַה שֶׁיִּרְצוּ.
'Il les appelle jeûne et il les appelle allégresse et joie.' Le Rif et le Maharcha ont demandé : où est la difficulté, puisqu'il est écrit 'deviendront allégresse et joie' (Zekharia 8:19), c'est-à-dire que ce qui est maintenant jeûne se transformera en allégresse et joie ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que voici ce qu'il faut dire : si le verset avait écrit 'le jeûne du quatrième, etc., deviendra festin et joie', cela irait, car le jeûne se transforme en festin — le jeûne et le festin étant une chose et son contraire ; mais l'allégresse et la joie ne sont pas le contraire du jeûne. Dès lors, du fait qu'il dit 'deviendront allégresse et joie', on en déduit que le jeûne ne sera pas aboli : au contraire, on jeûnera dans l'allégresse et la joie, en étant allègres et joyeux durant le jeûne sans s'y endeuiller. Sur quoi [la Guemara] objecte : il les appelle 'jeûne' et il les appelle 'allégresse et joie' — car s'ils jeûnent, comment se réjouiront-ils, alors qu'il n'y a d'allégresse et de joie qu'avec un ventre plein et une âme rassasiée ? Et [la Guemara] répond : ce 'deviendront allégresse et joie' porte sur l'obligation — car ce qui était en ce jour une obligation de jeûner deviendra une obligation de se réjouir. Selon cela, point n'est besoin qu'il s'agisse d'une chose et de son contraire ; mais voici ce qu'il dit : cette obligation-ci est abolie et une autre obligation, d'allégresse et de joie, se crée. Cela vient nous enseigner : quand il n'y a pas de paix, le jeûne est une obligation ; quand il y a la paix, cette obligation est abolie et une autre se crée, celle de faire festin et joie ; et s'il n'y a ni paix ni décret [de persécution], alors il n'y a ni obligation de jeûne ni obligation de joie, mais la faculté leur est laissée de faire ce qu'ils veulent.
💡 Explication

Le verset de Zekharia désigne quatre jours de jeûne (les quatre jeûnes liés à la destruction du Temple) par deux termes contradictoires : tsom (jeûne) et sasson ve-simha (allégresse et joie). Résolution : quand il y a la paix (Israël n'est pas sous une domination hostile), ce sont des jours de joie ; sinon, des jours de jeûne.

2
אָמַר רַב פָּפָּא, הָכִי קָאָמַר: בִּזְמַן שֶׁיֵּשׁ שָׁלוֹם — יִהְיוּ לְשָׂשׂוֹן וּלְשִׂמְחָה, יֵשׁ שְׁמָד — צוֹם, אֵין שְׁמָד וְאֵין שָׁלוֹם — רָצוּ מִתְעַנִּין, רָצוּ אֵין מִתְעַנִּין.

Rav Papa dit : voici ce que [le verset] dit : lorsqu'il y a la paix — ils seront allégresse et joie ; [quand] il y a persécution (chemad) — jeûne ; [quand] il n'y a ni persécution ni paix — s'ils le veulent ils jeûnent, s'ils le veulent ils ne jeûnent pas.

📜 Rachi (2)
יֵשׁ גְּזֵרַת הַמַּלְכוּת צוֹם חוֹבָה לְהִתְעַנּוֹת בָּהֶן:
[Quand] il y a décret de la royauté — jeûne : il est obligatoire d'y jeûner.
רָצוּ אֵין מִתְעַנִּין וְכֵיוָן דִּרְשׁוּת הוּא לֹא מַטְרְחִינַן שְׁלוּחִים עֲלַיְיהוּ:
S'ils le veulent, ils ne jeûnent pas — et puisque c'est facultatif, on ne se donne pas la peine [d'envoyer] des messagers à leur sujet.
💡 Explication

Rav Papa distingue trois états et non deux : (1) paix -> allégresse et joie ; (2) chemad (persécution, décret hostile) -> jeûne obligatoire ; (3) état intermédiaire (ni persécution ni paix) -> jeûne facultatif. C'est pourquoi on n'envoie pas de messagers annoncer ces mois : l'obligation n'est pas absolue.

3
אִי הָכִי, תִּשְׁעָה בְּאָב נָמֵי? אָמַר רַב פָּפָּא: שָׁאנֵי תִּשְׁעָה בְּאָב, הוֹאִיל וְהֻוכְפְּלוּ בּוֹ צָרוֹת. דְּאָמַר מַר: בְּתִשְׁעָה בְּאָב חָרַב הַבַּיִת בָּרִאשׁוֹנָה וּבַשְּׁנִיָּה, וְנִלְכְּדָה בֵּיתָר, וְנֶחְרְשָׁה הָעִיר.

Si c'est ainsi, le neuf Av aussi [devrait être facultatif] ? Rav Papa dit : le neuf Av est différent, puisque les malheurs (tsarot) y furent redoublés.

Car le Maître a dit : le neuf Av, le Temple fut détruit la première et la seconde fois, [la ville de] Beitar fut prise, et la ville [de Jérusalem] fut labourée.

🗂️ Tossefot (1)
הוֹאִיל וְהֻוכְפְּלוּ בּוֹ הַצָּרוֹת. בְּיוֹם שִׁבְעָה עָשָׂר בְּתַמּוּז נָמֵי אֵירַע חֲמִשָּׁה דְּבָרִים כְּדִתְנַן בְּפֶרֶק בָּתְרָא דְּתַעֲנִית (דַּף כו.) אֲבָל חֻורְבַּן בֵּית הַמִּקְדָּשׁ תַּקִּיפָא טוּבָא וְעוֹד לָא דָּמֵי לט' בְּאָב דְּצָרָה אַחַת הֻוכְפְּלָה בּוֹ:
Puisque les malheurs y furent redoublés — le dix-sept Tamouz aussi, cinq événements [malheureux] survinrent, comme nous l'avons appris au dernier chapitre de Taanit (26a) ; mais la destruction du Temple est bien plus grave, et de plus [le 17 Tamouz] ne ressemble pas au 9 Av, où c'est un seul et même malheur qui fut redoublé.
🪔 Ben Yehoyada (1)
שאני תשעה־באב, הואיל והכפלו בו צרות. נראה לי בס"ד מאמר רבותינו ז"ל (איכה רבתי א, נז) על פסוק (ישעיהו מ, א) 'נחמו נחמו עמי' חטאו בכפלים ולקו בכפליים ומתנחמים בכפליים עיין שם והיינו לקו בכפליים זה יום תשעה־באב שהכפלו בו צרות.
'Le neuf Av est différent, puisque les malheurs y furent redoublés.' Il me semble, avec l'aide du Ciel, [rappeler] le propos de nos maîtres (Eikha Rabba 1:57) sur le verset 'Consolez, consolez mon peuple' (Yechaya 40:1) : ils ont péché doublement, ont été frappés doublement, et sont consolés doublement — vois-y. Or ce 'frappés doublement', c'est le jour du neuf Av, où les malheurs furent redoublés.
💡 Explication

Objection : selon Rav Papa, le 9 Av aussi devrait être facultatif hors persécution ; pourquoi la michna envoie-t-elle des messagers pour le mois d'Av ? Réponse : le 9 Av est particulier car ses malheurs y furent redoublés — destruction des deux Temples, prise de Beitar, et Jérusalem labourée en signe qu'elle ne serait plus rebâtie. Le jeûne y est donc obligatoire.

4
תַּנְיָא אָמַר רַבִּי שִׁמְעוֹן: אַרְבָּעָה דְּבָרִים הָיָה רַבִּי עֲקִיבָא דּוֹרֵשׁ, וַאֲנִי אֵין דּוֹרֵשׁ כְּמוֹתוֹ: ״צוֹם הָרְבִיעִי״ — זֶה תִּשְׁעָה בְּתַמּוּז שֶׁבּוֹ הֻובְקְעָה הָעִיר, שֶׁנֶּאֱמַר: ״בָּרְבִיעִי בְּתִשְׁעָה לַחֹדֶשׁ וַיֶּחֱזַק הָרָעָב בָּעִיר וְלֹא הָיָה לֶחֶם לְעַם הָאָרֶץ וַתִּבָּקַע הָעִיר״. וְאַמַּאי קָרֵי לֵיהּ ״רְבִיעִי״ — רְבִיעִי לָחֳדָשִׁים.

Il est enseigné [dans une baraita] : Rabbi Chimon dit : Rabbi Akiva expliquait quatre choses, et moi je n'explique pas comme lui. 'Le jeûne du quatrième' — c'est le neuf Tamouz, où la ville fut ouverte par une brèche, comme il est dit : 'Au quatrième [mois], le neuf du mois, la famine se renforça dans la ville et il n'y avait pas de pain pour le peuple du pays, et la ville fut ouverte par une brèche' (Yirmeya 52:6-7). Et pourquoi l'appelle-t-il 'quatrième' ?

[Parce que Tamouz est] le quatrième des mois [depuis Nissan].

📜 Rachi (1)
אַרְבָּעָה דְּבָרִים הַלָּלוּ כו' וְזוֹ אַחַת מֵהֶן וְהַג' שִׁנּוּיִין בַּתּוֹסֶפְתָּא דְּסוֹטָה וּבְסִיפְרֵי בֶּן אָדָם יֹושְׁבֵי הֶחֳרָבוֹת וְגוֹ' הַצֹּאן וְהַבָּקָר יִשְׁחַט וְגוֹ' וַתֵּרֶא שָׂרָה אֶת בֶּן הָגָר הַמִּצְרִית וְגוֹ':
Ces quatre choses, etc. — celle-ci en est une, et les trois [autres] sont enseignées dans la Tossefta de Sota et dans le Sifri : 'fils d'homme, ceux qui habitent les ruines, etc.', 'que l'on égorge le menu et le gros bétail, etc.', 'et Sarah vit le fils de Hagar l'Égyptienne, etc.'
🗂️ Tossefot (1)
זֶה תִּשְׁעָה בְּתַמּוּז שֶׁבּוֹ הֻובְקְעָה הָעִיר. הַייְנוּ בָּרִאשׁוֹנָה אֲבָל בַּשְּׁנִיָּה הֻובְקְעָה בי"ז וּמִשּׁוּם הָכִי עָבְדִינַן בי"ז תַּעֲנִית וְהַךְ בָּרַייְתָא מַתְנִינַן בִּירוּשַׁלְמִי וְגָרְסִי' בָּהּ י"ז בְּתַמּוּז ואע"ג דִּכְתִיב בִּקְרָא בְּתִשְׁעָה לַחֹדֶשׁ קִלְקוּל חֶשְׁבּוֹנוֹת הָיוּ שָׁם וּפְלִיג אַשַּׁ"ס דִּידַן וְרוֹצֶה לוֹמַר דְּמִתּוֹךְ טִרְדָּתָם טָעוּ בְּחֶשְׁבּוֹנָם וְלֹא רָצָה הַפָּסוּק לְשַׁנּוֹת מִכְּמוֹ שֶׁהָיוּ סְבוּרִים:
C'est le neuf Tamouz, où la ville fut ouverte par une brèche. C'est-à-dire lors de la première [destruction] ; mais lors de la seconde, la brèche eut lieu le dix-sept, et c'est pourquoi nous faisons le jeûne le dix-sept. Cette baraita, nous l'enseignons dans le Talmud de Jérusalem, et l'on y lit 'le dix-sept Tamouz' ; et bien qu'il soit écrit dans le verset 'le neuf du mois', il y eut là des erreurs de compte, et [la baraita] diverge de notre Talmud, voulant dire que, dans leur affolement, ils se trompèrent dans leur compte, et le verset n'a pas voulu s'écarter de ce qu'ils croyaient.
💡 Explication

Début de la mahloket entre R. Akiva et R. Chimon sur l'identification des quatre jeûnes. Selon R. Akiva, le 'jeûne du quatrième' = le 9 Tamouz, jour de la brèche dans le mur de Jérusalem (première destruction, Yirmeya 52). 'Quatrième' renvoie au rang du mois de Tamouz depuis Nissan.

5
״צוֹם הַחֲמִישִׁי״ — זֶה תִּשְׁעָה בְּאָב, שֶׁבּוֹ נִשְׂרַף בֵּית אֱ-לֹהֵינוּ. וְאַמַּאי קָרֵי לֵיהּ ״חֲמִישִׁי״ — חֲמִישִׁי לָחֳדָשִׁים. צוֹם הַשְּׁבִיעִי — זֶה שְׁלֹשָׁה בְּתִשְׁרֵי, שֶׁבּוֹ נֶהֱרַג גְּדַלְיָה בֶּן אֲחִיקָם. וּמִי הֲרָגוֹ — יִשְׁמָעֵאל בֶּן נְתַנְיָה הֲרָגוֹ, לְלַמֶּדְךָ שֶׁשְּׁקוּלָה מִיתָתָן שֶׁל צַדִּיקִים כִּשְׂרֵיפַת בֵּית אֱ-לֹהֵינוּ. וְאַמַּאי קָרֵי לֵיהּ ״שְׁבִיעִי״ — שְׁבִיעִי לָחֳדָשִׁים.

'Le jeûne du cinquième' — c'est le neuf Av, où fut brûlée la maison de notre Dieu. Et pourquoi l'appelle-t-il 'cinquième' ?

[Parce qu'Av est] le cinquième des mois. 'Le jeûne du septième' — c'est le trois Tichri, où fut tué Guedalia ben Ahikam. Et qui le tua ?

Yichmael ben Netania le tua — pour t'enseigner que la mort des justes équivaut à l'incendie de la maison de notre Dieu. Et pourquoi l'appelle-t-il 'septième' ?

[Parce que Tichri est] le septième des mois.

🗂️ Tossefot (1)
זֶה תִּשְׁעָה בְּאָב שֶׁבּוֹ נִשְׂרַף. בְּפֶרֶק בָּתְרָא דְּתַעֲנִית (דַּף כט.) רָמֵי קְרָאֵי אַהֲדָדֵי דִּבְסוֹף מְלָכִים כְּתִיב דְּנִשְׂרַף בְּשִׁבְעָה וּבְסֵפֶר יִרְמְיָה כְּתִיב בֶּעָשׂוֹר לַחֹדֶשׁ וְיִשְׂרֹוף וְגוֹ' וּמְשַׁנֵּי דְּבַז' לַחֹדֶשׁ נִכְנְסוּ אוֹיְבִים לַהֵיכָל וְאָכְלוּ וְשָׁתוּ בּוֹ [שְׁבִיעִי] שְׁמִינִי וּתְשִׁיעִי עַד שֶׁפָּנָה הַיּוֹם לְעִתּוֹתֵי עֶרֶב הִצִּיתוּ בּוֹ הָאֵשׁ וְנִשְׂרַף עַד שְׁקִיעַת הַחַמָּה בֶּעָשׂוֹר:
C'est le neuf Av où [le Temple] fut brûlé. Au dernier chapitre de Taanit (29a), [la Guemara] oppose les versets l'un à l'autre : à la fin de [II] Rois il est écrit qu'il fut brûlé le sept, et dans le livre de Yirmeya il est écrit 'le dixième du mois... et il brûla, etc.' ; et elle répond que le sept du mois les ennemis pénétrèrent dans le sanctuaire, y mangèrent et y burent les septième, huitième et neuvième [jours], jusqu'à ce que le jour décline vers le soir ; ils y mirent le feu, et [le Temple] brûla jusqu'au coucher du soleil le dixième.
🪔 Ben Yehoyada (1)
וּמִי הֲרָגוֹ? יִשְׁמָעֵאל בֶּן נְתַנְיָה הֲרָגוֹ. הִקְשָׁה טוּרֵי אֶבֶן לְמַאי אִצְטְרִיךְ לְהָבִיא דָּבָר זֶה וְעוֹד דָּבָר זֶה מְפֹורָשׁ הוּא בַּכָּתוּב וְאֵין צָרִיךְ לְפָרְשׁוֹ בְּמַתְנִיתִין עַייֵּן שָׁם. וְנִרְאֶה לִי בס"ד שֶׁבָּא לְלַמְּדֵנוּ הַטַּעַם דְּגָזְרוּ עַל הֲרִיגַת גְּדַלְיָה צוֹם וְלֹא גָּזְרוּ צוֹם עַל הֲרִיגַת שְׁאָר צַדִּיקִים גְּדוֹלִים לְכָךְ וּמִי הֲרָגוֹ? יִשְׁמָעֵאל בֶּן נְתַנְיָה שֶׁהָיָה יִשְׂרָאֵל וְגַם הָרְגוּ בִּבְחִירָתוֹ הָרָעָה שֶׁלֹּא הָיְתָה גְּזֵרָה מִן הַשָּׁמַיִם דְּהָכִי קַיְימָא לְהוּ לְרַבָּנָן שֶׁגְּדַלְיָה נִסְפֶּה בְּלֹא מִשְׁפָּט אֲבָל שְׁאָר צַדִּיקִים נֶהֶרְגוּ עַל יְדֵי גּוֹיִם וְגַם הָיְתָה גְּזֵרָה מִן הַשָּׁמַיִם עֲלֵיהֶם וַאֲפִילּוּ זְכַרְיָה הַנָּבִיא שֶׁנֶּהֱרַג עַל יְדֵי יִשְׂרָאֵל גַּם כֵּן הָיְתָה גְּזֵרָה מִן הַשָּׁמַיִם לֵיהָרֵג לְתִיקּוּן עַצְמוֹ בְּסוֹד הַגִּלְגּוּל כְּמוֹ שֶׁאָמַר רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל וְעוֹד נָמֵי גְּדַלְיָה כֵּיוָן שֶׁנֶּהֱרַג עַל יְדֵי יִשְׂרָאֵל הָיָה חִלּוּל הַשֵּׁם בַּדָּבָר כִּי נְבוּכַדְנֶצַּר הָרָשָׁע אוֹיֵב יִשְׂרָאֵל עָשָׂה חֲנִינָה וְהִנִּיחַ שְׁאֵרִית, וְיִשְׂרָאֵל בָּאוּ וְכָרְתוּ הַשְּׁאֵרִית. וְעוֹד נִרְאֶה לִי בס"ד שֶׁבָּא הַתַּנָּא לְלַמְּדֵנוּ בָּזֶה הַטַּעַם שֶׁגָּזְרוּ צוֹם בְּיוֹם זֶה עַל פִּי מַה שֶׁאָמַר רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל בְּשַׁעַר הַכַּוָּנוֹת הַטַּעַם שֶׁנֶּהֱרַג גְּדַלְיָה ע"ה בְּיוֹם שְׁלֹשָׁה בְּתִשְׁרֵי מִפְּנֵי כִּי בְּיוֹם זֶה מִתְקַבְּצִים כָּל הַגְּבוּרוֹת בַּבִּינָה דְּמַלְכוּת וְהַדִּינִים גּוֹבְרִים וּתְקִיעַת שׁוֹפָר לֵיכָּא כְּדֵי לְמָתְקָם וּלְכָךְ בּוֹ בַּיּוֹם נֶהֱרַג גְּדַלְיָה וּלְכָךְ קָבְעוּ צוֹם בְּאוֹתוֹ הַיּוֹם בְּכָל שָׁנָה וְשָׁנָה עַד כָּאן דְּבָרָיו יְעֻויַּן שָׁם. וְנִרְאֶה לִי בס"ד כִּי סִיבָּה זוֹ דְּנָקֵיט רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל נִרְמְזָה בְּשֵׁם יִשְׁמָעֵאל שֶׁהָרַג אֶת גְּדַלְיָה וְהוּא דְּאוֹתִיּוֹת יִשְׁמָעֵאל הֵם אוֹתִיּוֹת 'אֵשׁ עַל מִי' דְּהַגְּבוּרוֹת בְּתָקְפָּם הֵם אֵשׁ וּבְיוֹם שְׁלֹשָׁה תִּשְׁרֵי נִקְבָּצִים כָּל הַגְּבוּרוֹת בַּבִּינָה שֶׁל הַמַּלְכוּת וְיָדוּעַ כִּי 'מִי' הוּא כִּינּוּי לְבֵינָהּ בְּכָל מָקוֹם וּבִהְיוֹתָם כֻּולָּם בְּמִי גָּבְרוּ וְנַעֲשׂוּ אֵשׁ וּלְכָךְ בָּא הַתַּנָּא לִרְמֹוז בִּדְבָרָיו טַעַם גְּזֵרַת הַצּוֹם בְּיוֹם זֶה בְּאוֹמְרוֹ מִי הֲרָגוֹ? יִשְׁמָעֵאל בֶּן נְתַנְיָה שֶׁבִּשְּׂמוֹ רָמוּז תֹּוקֶף הַגְּבוּרוֹת שֶׁל אוֹתוֹ הַיּוֹם שֶׁזֶּהוּ הַסִּיבָּה שֶׁל גְּזֵרַת הַצּוֹם עַל הֲרִיגָתוֹ.
'Et qui le tua ? Yichmael ben Netania le tua.' Le Touré Even a demandé : pourquoi était-il nécessaire d'apporter cette précision ? Et de plus, elle est explicite dans l'Écriture et point n'est besoin de l'expliquer dans la baraita — vois-y. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que [la baraita] vient nous enseigner la raison pour laquelle on décréta un jeûne sur le meurtre de Guedalia et non sur le meurtre d'autres grands justes. C'est pourquoi : 'et qui le tua ? Yichmael ben Netania', qui était un Juif et qui le tua de son mauvais choix, sans que ce fut un décret du Ciel — car ainsi tiennent les Sages : Guedalia périt sans jugement [du Ciel] ; tandis que les autres justes furent tués par des non-Juifs et par un décret du Ciel à leur endroit ; et même le prophète Zekharia, qui fut tué par des Juifs, ce fut aussi un décret du Ciel pour sa propre réparation, dans le secret du guilgoul (réincarnation), comme l'a dit notre maître le Ari. De plus, Guedalia, du fait qu'il fut tué par des Juifs, il y eut là profanation du Nom (hiloul ha-Chem) : car Nabuchodonosor le mécréant, ennemi d'Israël, avait fait grâce et laissé un reste, et [ce sont] des Juifs [qui] vinrent trancher ce reste. Il me semble encore, avec l'aide du Ciel, que le Tana vient nous enseigner ici la raison pour laquelle on décréta un jeûne ce jour-là, selon ce qu'a dit notre maître le Ari dans le Chaar ha-Kavanot : la raison pour laquelle Guedalia fut tué le trois Tichri, c'est que ce jour-là se rassemblent toutes les gevourot (rigueurs) dans la bina de la malkhout, les dinim (jugements) l'emportent, et il n'y a pas de sonnerie du chofar pour les adoucir ; c'est pourquoi Guedalia fut tué ce jour-là, et c'est pourquoi on fixa un jeûne ce jour-là chaque année — fin de ses propos, vois-y. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que cette cause qu'apporte notre maître le Ari est allusionnée dans le nom de Yichmael (yod-chin-mem-ayin-alef-lamed) qui tua Guedalia : car les lettres de Yichmael sont les lettres de 'ech al mi' (feu sur mi) — car les gevourot dans leur force sont un feu ; et le trois Tichri se rassemblent toutes les gevourot dans la bina de la malkhout ; et l'on sait que 'mi' est partout une désignation de la bina ; et alors qu'elles sont toutes dans mi, elles l'emportèrent et devinrent feu. C'est pourquoi le Tana vient allusionner dans ses paroles la raison du décret de jeûne ce jour-là en disant 'qui le tua ? Yichmael ben Netania', dont le nom allusionne la force des gevourot de ce jour, cause du décret de jeûne sur son meurtre.
💡 Explication

Suite : 'cinquième' = 9 Av (incendie du Temple, Av 5e mois) ; 'septième' = 3 Tichri, jour où Guedalia ben Ahikam fut assassiné par Yichmael ben Netania. La Guemara en tire un enseignement fort : la mort des justes équivaut à l'incendie du Temple (d'où l'institution d'un jeûne).

6
״צוֹם הָעֲשִׂירִי״ — זֶה עֲשָׂרָה בְּטֵבֵת, שֶׁבּוֹ סָמַךְ מֶלֶךְ בָּבֶל עַל יְרוּשָׁלַיִם, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וַיְהִי דְבַר ה׳ אֵלַי בַּשָּׁנָה הַתְּשִׁיעִית בַּחֹדֶשׁ הָעֲשִׂירִי בֶּעָשׂוֹר לַחֹדֶשׁ לֵאמֹר. בֶּן אָדָם כְּתָב לְךָ אֶת שֵׁם הַיּוֹם אֶת עֶצֶם הַיּוֹם הַזֶּה סָמַךְ מֶלֶךְ בָּבֶל אֶל יְרוּשָׁלִַים״. וְאַמַּאי קָרֵי לֵיהּ ״עֲשִׂירִי״ — עֲשִׂירִי לָחֳדָשִׁים. וַהֲלֹא הָיָה רָאוּי זֶה לִכְתֹּוב רִאשׁוֹן? וְלָמָּה נִכְתַּב כָּאן — כְּדֵי לְהַסְדִּיר חֳדָשִׁים כְּתִיקְנָן.

'Le jeûne du dixième' — c'est le dix Tevet, où le roi de Bavel s'appuya sur (assiégea) Jérusalem, comme il est dit : 'La parole de l'Éternel me fut adressée, la neuvième année, au dixième mois, le dix du mois, en ces termes : fils d'homme, écris pour toi le nom du jour, de ce jour même : le roi de Bavel s'est appuyé sur Jérusalem ce jour même' (Ye'hezkel 24:1-2). Et pourquoi l'appelle-t-il 'dixième' ?

[Parce que Tevet est] le dixième des mois. Or celui-ci aurait dû être écrit en premier !

Pourquoi est-il écrit ici [en dernier] ? Afin de disposer les mois selon leur ordre [régulier].

📜 Rachi (1)
סָמַךְ מֶלֶךְ בָּבֶל הִתְחִיל לָצוּר עָלֶיהָ:
Le roi de Bavel s'appuya — il commença à l'assiéger.
💡 Explication

Fin de l'exposition de R. Akiva : 'dixième' = 10 Tevet, début du siège de Jérusalem par le roi de Bavel (Ye'hezkel 24). Chronologiquement, le siège précède la brèche et l'incendie ; il aurait donc dû figurer en tête. S'il est cité en dernier, c'est que Zekharia a rangé les jeûnes selon l'ordre des mois (du 4e au 10e), non selon la chronologie des malheurs.

7
וַאֲנִי אֵינִי אוֹמֵר כֵּן, אֶלָּא: ״צוֹם הָעֲשִׂירִי״ — זֶה חֲמִשָּׁה בְּטֵבֵת, שֶׁבּוֹ בָּאת שְׁמוּעָה לַגּוֹלָה שֶׁהֻוכְּתָה הָעִיר, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וַיְהִי בִּשְׁתֵּי עֶשְׂרֵה שָׁנָה בָּעֲשִׂירִי בַּחֲמִשָּׁה לַחֹדֶשׁ לְגָלוּתֵנוּ בָּא אֵלַי הַפָּלִיט מִירוּשָׁלִַם לֵאמֹר הֻוכְּתָה הָעִיר״, וְעָשׂוּ יוֹם שְׁמוּעָה כְּיוֹם שְׂרֵיפָה.

[Rabbi Chimon dit :] et moi je ne dis pas ainsi, mais : 'le jeûne du dixième' — c'est le cinq Tevet, où parvint à l'exil la nouvelle que la ville avait été frappée, comme il est dit : 'Ce fut la douzième année de notre exil, au dixième [mois], le cinq du mois, [qu']arriva vers moi le rescapé de Jérusalem, en disant : la ville a été frappée' (Ye'hezkel 33:21) ; et ils firent du jour de la nouvelle [un jeûne] comme le jour de l'incendie.

📜 Rachi (1)
שְׁמוּעָה לַגּוֹלָה לְגָלוּת יְכָנְיָה שֶׁגָּלוּ לְבָבֶל אַחַת עֶשְׂרֵה שָׁנָה לִפְנֵי הַחֻורְבָּן:
La nouvelle à l'exil — à l'exil de Yekhonia, qui fut exilé à Bavel onze ans avant la destruction.
💡 Explication

Position divergente de R. Chimon : le 'jeûne du dixième' n'est pas le 10 Tevet (siège) mais le 5 Tevet, jour où parvint aux exilés de Babylone la nouvelle que Jérusalem était tombée (Ye'hezkel 33:21). On assimila le jour de l'annonce au jour de l'incendie réel.

8
וְנִרְאִין דְּבָרַי מִדְּבָרָיו, שֶׁאֲנִי אוֹמֵר עַל רִאשׁוֹן רִאשׁוֹן וְעַל אַחֲרוֹן אַחֲרוֹן, וְהוּא אוֹמֵר עַל רִאשׁוֹן אַחֲרוֹן וְעַל אַחֲרוֹן רִאשׁוֹן. אֶלָּא שֶׁהוּא מוֹנֶה לְסֵדֶר חֳדָשִׁים, וַאֲנִי מוֹנֶה לְסֵדֶר פֻּורְעָנִיּוֹת.

Et mes paroles paraissent [plus justes] que les siennes, car moi je dis du premier [le] premier et du dernier [le] dernier, tandis que lui dit du premier [le] dernier et du dernier [le] premier. Seulement, lui compte selon l'ordre des mois, et moi je compte [aussi] selon l'ordre des malheurs.

📜 Rachi (5)
שֶׁאֲנִי אוֹמֵר עַל רִאשׁוֹן שֶׁבְּסֵדֶר מִקְרָא:
Car moi je dis du premier — [le jeûne] qui vient en premier dans l'ordre du verset.
רִאשׁוֹן לְפוּרְעָנוּת בַּתְּחִלָּה הֻובְקְעָה הָעִיר וְאַחַ"כּ נִשְׂרַף הַבַּיִת בְּתִשְׁעָה בְּאָב וּבְתִשְׁרֵי שֶׁלְּאַחֲרָיו נֶהֱרַג גְּדַלְיָה וּבְטֵבֵת שֶׁלְּאַחֲרָיו בָּאתָה הַשְּׁמוּעָה:
Premier — pour le malheur : d'abord la ville fut ouverte par une brèche, puis le Temple fut brûlé le neuf Av, puis au Tichri suivant Guedalia fut tué, puis au Tevet suivant arriva la nouvelle.
וְהוּא אוֹמֵר עַל רִאשׁוֹן שֶׁבַּפָּסוּק אַחֲרוֹן לְפוּרְעָנוּת:
Tandis que lui dit du premier — [du jeûne] qui est premier dans le verset [qu'il est] le dernier pour le malheur.
וְעַל אַחֲרוֹן שֶׁבַּמִּקְרָא רִאשׁוֹן לְפוּרְעָנוּת שֶׁהֲרֵי תְּחִילָּה סָמַךְ וְאַחַ"כּ הֻובְקְעָה נִמְצָא י"ז בְּתַמּוּז שֶׁהוּא רִאשׁוֹן בְּמִקְרָא אַחֲרוֹן לִסְמִיכַת בָּבֶל שֶׁהוּא מְאֻוחָר בַּמִּקְרָא:
Et du dernier — [du jeûne] qui est dans le verset [le] premier pour le malheur : car d'abord [le roi] s'appuya (assiégea) puis [la ville] fut ouverte par une brèche ; il se trouve que le dix-sept Tamouz, premier dans le verset, est postérieur à l'appui de Bavel, [alors que celui-ci] est plus tardif dans le verset.
אֶלָּא שֶׁהוּא מוֹנֶה לְסֵדֶר חֳדָשִׁים וְאָמַר שֶׁלֹּא הִקְפִּיד הַמִּקְרָא אֶלָּא עַל סֵדֶר הַחֲדָשִׁים לְכָךְ מָנָה תַּמּוּז קֹודֶם לְטֵבֵת וַאֲנִי מוֹנֶה אַף לְסֵדֶר פּוּרְעָנוּת:
Seulement, lui compte selon l'ordre des mois — et il dit que le verset ne s'est soucié que de l'ordre des mois ; c'est pourquoi il a compté Tamouz avant Tevet ; et moi je compte aussi selon l'ordre des malheurs.
💡 Explication

R. Chimon revendique la supériorité de sa lecture : dans le verset, le premier jeûne cité (4e mois) correspond au premier malheur (la brèche), et le dernier (10e mois = 5 Tevet, l'annonce) au dernier malheur — l'ordre du texte suit la chronologie. Pour R. Akiva au contraire, le dernier cité (10 Tevet, siège) est chronologiquement le premier malheur : il ne suit que l'ordre des mois. R. Chimon, lui, respecte les deux ordres à la fois.

9
אִיתְּמַר, רַב וְרַבִּי חֲנִינָא אָמְרִי: בָּטְלָה מְגִילַּת תַּעֲנִית. רַבִּי יוֹחָנָן וְרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי אָמְרִי: לֹא בָּטְלָה מְגִילַּת תַּעֲנִית.

Il fut énoncé [une divergence] : Rav et Rabbi Hanina disent : Meguilat Taanit est abrogée (batla). Rabbi Yo'hanan et Rabbi Yehochoua ben Levi disent : Meguilat Taanit n'est pas abrogée.

📜 Rachi (1)
בָּטְלָה מְגִילַּת תַּעֲנִית יָמִים טוֹבִים שֶׁקָּבְעוּ חֲכָמִים ע"י נִסִּים שֶׁאֵירְעוּ בָּהֶם וַאֲסָרוּם בְּתַעֲנִית וְיֵשׁ מֵהֶן אַף בְּהֶסְפֵּד וּכְתָבוּם בִּמְגִילָּה אַחַת אִלֵּין יוֹמַיָּא דְּלָא לְהִתְעַנָּאָה בְּהוּ כו' עַכְשָׁיו שֶׁחָרַב הַבַּיִת בָּטְלוּ וּמֻותָּרִין בְּהֶסְפֵּד וּבְתַעֲנִית:
Meguilat Taanit est abrogée — les jours de fête que les Sages fixèrent à cause de miracles qui y survinrent, où ils interdirent le jeûne, et certains même l'éloge funèbre, et qu'ils consignèrent dans un seul rouleau : 'voici les jours où l'on ne jeûne pas, etc.' ; maintenant que le Temple est détruit, ils sont abolis, et [le jeûne] et l'éloge y sont permis.
💡 Explication

Nouveau sujet : le sort de Meguilat Taanit — la liste des jours où le jeûne et l'éloge funèbre sont interdits (fêtes fixées par les Sages en souvenir de miracles). Rav et R. Hanina : elle est abrogée depuis la destruction du Temple. R. Yo'hanan et R. Yehochoua ben Levi : elle n'est pas abrogée.

10
רַב וְרַבִּי חֲנִינָא אָמְרִי בָּטְלָה מְגִילַּת תַּעֲנִית, הָכִי קָאָמַר: בִּזְמַן שֶׁיֵּשׁ שָׁלוֹם — יִהְיוּ לְשָׂשׂוֹן וּלְשִׂמְחָה, אֵין שָׁלוֹם — צוֹם. וְהָנָךְ נָמֵי כִּי הָנֵי.

Rav et Rabbi Hanina disent que Meguilat Taanit est abrogée : voici ce que [le verset] dit — lorsqu'il y a la paix, ils seront allégresse et joie ; [quand il n'y a] pas de paix — jeûne. Et ces [jours de Meguilat Taanit] aussi sont comme ceux-là.

📜 Rachi (2)
אֵין שָׁלוֹם צוֹם ואע"ג דְּבִזְמַן הַבַּיִת קְרִינְהוּ מוֹעֲדִים טוֹבִים:
[Quand il n'y a] pas de paix — jeûne : et ce, bien qu'à l'époque du Temple on les ait appelés bons jours de fête.
וְהָנָךְ נָמֵי דִּמְגִילַּת תַּעֲנִית כִּי הָנֵי מַשְׁוִינַן לְהוּ כִּי הֵיכִי דְּהָנֵי בָּטְלִי הָנֵי נָמֵי בָּטְלִי:
Et ces [jours] aussi — de Meguilat Taanit, nous les assimilons à ceux-là : de même que ceux-là [les jeûnes] sont abolis, ceux-ci [les fêtes] aussi sont abolis.
💡 Explication

Raison de Rav et R. Hanina : le verset de Zekharia enseigne que même les jeûnes bibliques ne sont joyeux qu'en temps de paix ; à fortiori les fêtes de Meguilat Taanit (jours de joie institués par les Sages) — elles aussi tombent quand il n'y a pas de paix, comme les jeûnes bibliques dépendent de la paix.

11
רַבִּי יוֹחָנָן וְרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי אָמְרִי: לֹא בָּטְלָה מְגִילַּת תַּעֲנִית — הָנֵי הוּא דִּתְלִינְהוּ רַחֲמָנָא בְּבִנְיַן בֵּית הַמִּקְדָּשׁ, אֲבָל הָנָךְ — כִּדְקָיְימִי קָיְימִי.

Rabbi Yo'hanan et Rabbi Yehochoua ben Levi disent : Meguilat Taanit n'est pas abrogée — ce sont ceux-là [les jeûnes] que le Miséricordieux a fait dépendre de la construction du Temple ; mais ces [fêtes], elles demeurent telles qu'elles se tiennent.

📜 Rachi (1)
דִּתְלִינְהוּ בְּבִנְיָן דע"י הַחֻורְבָּן הֻוקְבְּעוּ לָצוּם וְעַל יְדֵי הַבִּנְיָן הֻוקְבְּעוּ לְיוֹם טוֹב שֶׁכְּשֶׁנִּבְנָה בַּיִת שֵׁנִי שָׁלְחוּ בְּנֵי הַגּוֹלָה הַאֶבְכֶּה בַּחֹדֶשׁ הַחֲמִישִׁי הִנָּזֵר כַּאֲשֶׁר עָשִׂיתִי זֶה כַּמֶּה שָׁנִים מִיּוֹם הַחֻורְבָּן כְּמוֹ שֶׁנֶּאֱמַר שָׁם (זְכַרְיָה ז׳:ה׳) שֶׁהֱשִׁיבָם הקב"ה כִּי צַמְתֶּם וְסָפוֹד בַּחֲמִישִׁי וּבַשְּׁבִיעִי וְזֶה שִׁבְעִים שָׁנָה וְגוֹ' וּמִכָּאן וְאֵילָךְ יִהְיוּ לְשָׂשׂוֹן וּלְשִׂמְחָה וּלְמֹועֲדִים טוֹבִים:
Que [le Miséricordieux] a fait dépendre de la construction — car c'est par la destruction qu'ils furent fixés comme jeûnes, et par la construction qu'ils seraient fixés comme jours de fête : lorsque le second Temple fut bâti, les exilés envoyèrent [demander] : 'dois-je pleurer au cinquième mois, en m'abstenant, comme je l'ai fait voici tant d'années depuis la destruction ?', comme il est dit là (Zekharia 7:5) que le Saint béni soit-Il leur répondit 'quand vous avez jeûné et vous êtes lamentés au cinquième et au septième [mois], et cela durant soixante-dix ans, etc.', [et] désormais ils seront allégresse et joie et bons jours de fête.
💡 Explication

Raison de R. Yo'hanan et R. Yehochoua ben Levi : seuls les jeûnes bibliques sont liés par le verset à la reconstruction du Temple (leur statut oscille selon qu'il est détruit ou rebâti). Les fêtes de Meguilat Taanit ne dépendent pas de cela : elles demeurent en vigueur.

12
מֵתִיב רַב כָּהֲנָא: מַעֲשֶׂה וְגָזְרוּ תַּעֲנִית בַּחֲנֻוכָּה בְּלֹוד, וְיָרַד רַבִּי אֱלִיעֶזֶר וְרָחַץ, וְרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ וְסִיפֵּר. וְאָמְרוּ לָהֶם: צְאוּ וְהִתְעַנּוּ עַל מַה שֶּׁהִתְעַנִּיתֶם.

Rav Kahana objecta : il arriva qu'on décréta un jeûne à Hanoukka à Lod ; Rabbi Eliezer descendit et se baigna, et Rabbi Yehochoua [descendit] et se coupa les cheveux ; et ils leur dirent : sortez et jeûnez pour ce que vous avez jeûné.

📜 Rachi (2)
וְיָרַד ר' אֱלִיעֶזֶר כוּ' וְרַבִּי אֱלִיעֶזֶר וְרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ אַחַר חֻורְבַּן הַבַּיִת הָווּ דְּבִימֵי רַבָּן יוֹחָנָן בֶּן זַכַּאי רַבָּם חָרַב הַבַּיִת:
Et Rabbi Eliezer descendit, etc. — or Rabbi Eliezer et Rabbi Yehochoua vivaient après la destruction du Temple, car c'est du vivant de leur maître Rabban Yo'hanan ben Zakkai que le Temple fut détruit.
הִתְעַנּוּ כְּלוֹמַר עָשׂוּ תְּשׁוּבָה:
Jeûnez — c'est-à-dire : faites techouva (repentez-vous).
🗂️ Tossefot (1)
וְיָרַד רַבִּי אֱלִיעֶזֶר וְרָחַץ. מִמַּתְנִי' דְּעַל כִּסְלֵיו מִפְּנֵי חֲנֻוכָּה לָא הֲוָה לֵיהּ לְאַקְשׁוּיֵי דִּלְעוֹלָם לָא חֲשִׁיב יו"ט וַאֲפִילּוּ הָכֵי מַדְלִיקִין נֵרוֹת זֵכֶר לַנֵּס:
Rabbi Eliezer descendit et se baigna. À partir de notre michna [qui enseigne] 'pour Kislev à cause de Hanoukka', il n'aurait pas fallu objecter, car en vérité [Hanoukka] n'est pas considérée comme un jour de fête, et [pourtant] on y allume des lumières en souvenir du miracle.
💡 Explication

Objection de Rav Kahana contre Rav (abrogée) : un jour on décréta un jeûne pendant Hanoukka à Lod. R. Eliezer se baigna et R. Yehochoua se coupa les cheveux (actes interdits un jour de deuil), pour montrer qu'ils rejetaient ce jeûne ; et ils ordonnèrent aux gens de jeûner en repentir d'avoir jeûné ce jour-là. Preuve que Hanoukka (une fête de Meguilat Taanit) demeure même après la destruction — donc la Meguila n'est pas abrogée.

13
אָמַר רַב יוֹסֵף: שָׁאנֵי חֲנֻוכָּה דְּאִיכָּא מִצְוָה. אָמַר לֵיהּ אַבַּיֵּי: וְתִיבְטַיל אִיהִי וְתִיבְטַל מִצְוָתָהּ!

Rav Yossef dit : Hanoukka est différent, car il y a [là] une mitsva. Abaye lui dit : mais qu'elle soit abrogée elle-même, et que sa mitsva soit abrogée avec elle !

💡 Explication

Rav Yossef défend Rav : Hanoukka est un cas à part car s'y attache une mitsva (l'allumage des lumières) ; c'est pourquoi elle ne fut pas abrogée, contrairement aux autres jours de la Meguila. Abaye réfute : si la Meguila est abrogée, alors Hanoukka elle-même devrait tomber, et sa mitsva avec elle — l'argument de la mitsva ne tient pas.

14
אֶלָּא אָמַר רַב יוֹסֵף, שָׁאנֵי חֲנֻוכָּה דְּמִיפַּרְסַם נִיסָּא.

Plutôt, Rav Yossef dit : Hanoukka est différent, car son miracle est notoire (mifarsam nissa).

📜 Rachi (1)
דִּמְפַרְסֵם נִיסָּא כְּבָר הוּא גָּלוּי לְכָל יִשְׂרָאֵל ע"י שֶׁנָּהֲגוּ בּוֹ הַמִּצְוֹת וְהֶחֱזִיקוּ בּוֹ כְּשֶׁל תּוֹרָה וְלֹא נָכוֹן לְבַטְּלוֹ:
Car son miracle est notoire — il est déjà révélé à tout Israël du fait qu'on y a pratiqué les mitsvot et qu'on s'y est attaché comme à [une obligation] de la Torah, et il ne convient pas de l'abolir.
💡 Explication

Rav Yossef se rétracte et donne une meilleure raison : Hanoukka subsiste car son miracle est notoire (mefoursam) — déjà répandu et adopté par tout Israël, au point qu'il ne conviendrait pas de l'abolir. Cette distinction sauve la thèse de l'abrogation pour les autres jours.

15
מוֹתֵיב רַב אַחָא בַּר הוּנָא: בִּתְלָתָא בְּתִשְׁרִי בְּטֵילַת אַדְכָּרְתָּא מִן שְׁטָרַייָּא. שֶׁגָּזְרָה מַלְכוּת יָוָן גְּזֵרָה שֶׁלֹּא לְהַזְכִּיר שֵׁם שָׁמַיִם עַל פִּיהֶם, וּכְשֶׁגָּבְרָה מַלְכוּת חַשְׁמוֹנַאי וְנִצְּחוּם הִתְקִינוּ שֶׁיְּהוּ מַזְכִּירִין שֵׁם שָׁמַיִם אֲפִילּוּ בִּשְׁטָרוֹת. וְכָךְ הָיוּ כּוֹתְבִים: בִּשְׁנַת כָּךְ וְכָךְ לְיוֹחָנָן כֹּהֵן גָּדוֹל לְאֵל עֶלְיוֹן.

Rav Aha bar Houna objecta : 'Le trois Tichri fut abolie la mention [du Nom divin] dans les actes.' Car la royauté de Grèce avait décrété qu'on ne mentionne pas le Nom du Ciel sur leur bouche ; et lorsque la royauté des Hasmonéens prit le dessus et les vainquit, ils instituèrent qu'on mentionne le Nom du Ciel même dans les actes. Et voici ce qu'ils écrivaient : 'En telle et telle année de Yo'hanan, grand prêtre du Dieu Très-Haut.'

📜 Rachi (1)
בִּתְלָתָא בְּתִשְׁרֵי כּוּ' כָּךְ כָּתוּב בִּמְגִילָּה לְשׁוֹן אֲרַמִּי בְּטֵילַת אַדְכָּרְתָּא בִּיטְּלוּ אַזְכָּרַת שֵׁם שָׁמַיִם מִן הַשְּׁטָרוֹת וּבְקֹושִׁי יָכְלוּ לְבַטֵּל שֶׁכְּבָר נָהֲגוּ הָעָם וּכְשֶׁשָּׁמְעוּ חַכְמֵי' וּבִטְּלוּם הֻוכְשַׁר הַדָּבָר בְּעֵינֵיהֶם וְנֶחְשַׁב לָהֶם לְנֵס וַעֲשָׂאוּהוּ י"ט:
Le trois Tichri, etc. — ainsi est-il écrit dans le rouleau, en langue araméenne : 'batilat adkharta' — ils abolirent la mention du Nom du Ciel dans les actes ; et c'est à grand-peine qu'ils purent l'abolir, car le peuple en avait déjà pris l'usage ; et lorsque les Sages l'apprirent et l'abolirent, la chose fut jugée bonne à leurs yeux, leur fut comptée comme un miracle, et ils en firent un jour de fête.
🪔 Ben Yehoyada (1)
בִּתְלָתָא בְּתִשְׁרִי בְּטֵילַת אַדְכָּרְתָּא מִן שְׁטָרַיָּא. נִרְאֶה שֶׁהָיָה נֵס זֶה כְּנֶגֶד הַצָּרָה שֶׁהָיְתָה בּוֹ בַּיּוֹם בְּחִילּוּל הַשֵּׁם שֶׁהָיָה בַּהֲרִיגַת גְּדַלְיָה עַל יְדֵי יִשְׂרָאֵל עַצְמָן וְעַתָּה נַעֲשָׂה בְּיוֹם זֶה נֵס לִכְבוֹד שֵׁם שָׁמַיִם.
'Le trois Tichri fut abolie la mention [du Nom divin] dans les actes.' Il apparaît que ce miracle-ci fit face au malheur qui eut lieu ce jour même, la profanation du Nom (hiloul ha-Chem) qu'il y eut dans le meurtre de Guedalia par des Juifs eux-mêmes ; et voici que maintenant s'accomplit ce jour-là un miracle à la gloire du Nom du Ciel.
💡 Explication

Autre objection contre l'abrogation, tirée de Meguilat Taanit même : au 3 Tichri fut abolie l'adkharta (la mention du Nom divin dans les actes juridiques). Les Grecs avaient interdit de prononcer le Nom du Ciel ; les Hasmonéens victorieux instituèrent au contraire qu'on l'inscrive dans les actes ('an tant de Yo'hanan, grand prêtre du Dieu Très-Haut'). Ce jour fut fête.

16
וּכְשֶׁשָּׁמְעוּ חֲכָמִים בַּדָּבָר, אָמְרוּ: לְמָחָר זֶה פּוֹרֵעַ אֶת חוֹבוֹ וְנִמְצָא שְׁטָר מֻוטָּל בָּאַשְׁפָּה, וּבִיטְּלוּם, וְאוֹתוֹ הַיּוֹם עֲשָׂאוּהוּ יוֹם טוֹב. וְאִי סָלְקָא דַּעְתָּךְ בָּטְלָה מְגִילַּת תַּעֲנִית — קַמַּיְיתָא בִּטּוּל, אַחֲרָנְיָיתָא מוֹסִיפִין?!

Et lorsque les Sages en eurent connaissance, ils dirent : demain celui-ci acquittera sa dette, et il se trouvera un acte jeté au fumier [avec le Nom divin dessus] ; et ils [l']abolirent, et de ce jour-là ils firent un jour de fête. Or si tu penses que Meguilat Taanit est abrogée, [comment se peut-il que] les premières [interdictions de jeûne] soient abolies et [qu']on ajoute des dernières ?!

💡 Explication

Suite : les Sages craignirent que les actes portant le Nom divin, une fois la dette payée, ne soient jetés au rebut (déshonneur du Nom). Ils abolirent donc cet usage, et firent de ce jour une fête ajoutée à la Meguila. Objection : si la Meguila est vraiment abrogée, comment concevoir qu'on abolisse d'anciennes fêtes tout en en ajoutant de nouvelles ? Cela prouverait qu'elle est bien en vigueur.

17
הָכָא בְמַאי עָסְקִינַן, בִּזְמַן שֶׁבֵּית הַמִּקְדָּשׁ קַיָּים.

De quoi traitons-nous ici ? De l'époque où le Temple existait.

💡 Explication

Résolution : l'ajout de nouvelles fêtes (comme le 3 Tichri) se fit du vivant du Temple, quand Meguilat Taanit était pleinement en vigueur et pouvait s'enrichir. L'abrogation dont parlent Rav et R. Hanina ne vaut que pour l'époque postérieure à la destruction du Temple. Les deux affirmations sont ainsi conciliées.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).