Sougya : La Guemara résout d'abord si la Meguilat Taanit (calendrier des jours de réjouissance où le jeûne est interdit) est abolie après la destruction du Temple : c'est une mahloket entre R. Meir (jamais abolie) et R.
Yossei (abolie), et la halakha tranche qu'elle est abolie pour les jours ordinaires mais maintenue pour Hanoukka et Pourim. On explique ensuite pourquoi la michna fait sortir les messagers en Tichri alors qu'ils sont déjà sortis en Eloul : bien qu'Eloul n'ait jamais eu de jour ajouté depuis Ezra, il le pourrait, et 'mieux vaut fausser Roch Hachana que fausser toutes les fêtes' de Tichri.
Le daf discute enfin le calendrier des années embolismiques (le second Adar, l'opinion de Rabbi), et rapporte les témoignages de R. Yehochoua ben Levi, R.
Simaï et Rav sur la manière de fixer les deux mois d'Adar, jusqu'à la règle 'l'Adar accolé à Nissan est toujours court' envoyée à Mar Ouqva et objectée par Rav Nahman.
...tandis que les Sages [le] déclarent pur. [Ce récit met en scène Rabbi Meir, qui vécut après la destruction du Second Temple, et le jour de fête institué à la suite de l'incident de son disciple Yehouda ben Chamoua ; preuve que la Meguilat Taanit n'était pas encore abolie.]
Fin d'une michna citée (Keilim 30:1) : des récipients de verre percés puis rebouchés avec du plomb ; Yehouda ben Chamoua les rend impurs (impureté des ustensiles de métal, d'ordre biblique), mais les Sages les déclarent purs. L'enjeu de la sougya : ce Yehouda ben Chamoua, disciple de R. Meir, vécut après la destruction, et un jour de fête fut institué après son intervention — preuve que la Meguilat Taanit était alors encore en vigueur.
C'est [l'objet] d'une controverse entre les Tannaim. Car il est enseigné [dans une baraita] : ces jours qui sont écrits dans la Meguilat Taanit, aussi bien du temps où le Temple existe que du temps où le Temple n'existe pas — sont interdits [au jeûne] ; parole de Rabbi Meir.
Rabbi Yossei dit : du temps où le Temple existe — ils sont interdits, parce que c'est une joie pour eux ; [quand] le Temple n'existe pas — ils sont permis, parce que c'est un deuil pour eux.
La question 'la Meguilat Taanit est-elle abolie ?' est une mahloket tannaitique. Pour R. Meir, ces jours de réjouissance restent interdits au jeûne en tout temps (elle n'est pas abolie). Pour R. Yossei, ils ne sont interdits que lorsque le Temple existe (joie) ; sans Temple, ils sont permis (deuil) — donc elle est abolie.
Et la halakha [est] qu'ils sont abolis, et la halakha [est] qu'ils ne sont pas abolis. Une halakha est en difficulté contre l'autre halakha !
[Ce n'est] pas difficile : ici [c'est] pour Hanoukka et Pourim, ici [c'est] pour les autres jours.
Deux traditions halakhiques contradictoires cohabitent : 'ils sont abolis' et 'ils ne le sont pas'. Résolution : Hanoukka et Pourim ne sont jamais abolis (Hanoukka figure dans la Meguilat Taanit), tandis que les autres jours de la liste, eux, sont abolis.
[La michna a enseigné :] sur Eloul, à cause de Roch Hachana, et sur Tichri, à cause du régime (institution) des fêtes. Puisqu'ils sont déjà sortis pour Eloul, pourquoi [sortir encore] pour Tichri ?
La michna fait sortir les messagers annoncer la néoménie en Eloul (à cause de Roch Hachana) et en Tichri (à cause des fêtes de Tichri). Question : la néoménie de Tichri tombe toujours 30 jours après celle d'Eloul — une fois sortis en Eloul, pourquoi sortir de nouveau en Tichri ?
Et si tu dis : peut-être a-t-on prolongé Eloul [d'un jour] — mais Rabbi Hinnana bar Kahana n'a-t-il pas dit au nom de Rav : depuis les jours d'Ezra et au-delà, nous n'avons pas trouvé qu'Eloul ait été prolongé !
On pourrait répondre : les messagers sortent en Tichri au cas où le beit din aurait ajouté un jour à Eloul (Roch Hachana tomberait alors le 31e jour). Mais R. Hinnana bar Kahana enseigne au nom de Rav : depuis Ezra, Eloul n'a jamais été prolongé à 30 jours — donc le calcul est simple et cette raison ne tient pas.
'Nous n'avons pas trouvé' — [c'est] parce que ce ne fut pas nécessaire ; mais si c'était nécessaire — on [le] prolongerait.
Réponse : 'on n'a pas trouvé qu'Eloul ait été prolongé' ne veut pas dire qu'il ne peut l'être, mais seulement que ce ne fut jamais nécessaire. Si le besoin s'en présentait, on le prolongerait — d'où l'utilité de sortir en Tichri.
Mais alors Roch Hachana serait faussé ! Mieux vaut que Roch Hachana soit faussé et que toutes les [autres] fêtes ne soient pas faussées.
Objection : si l'on prolonge Eloul, la diaspora célébrera Roch Hachana un jour trop tôt (le 30e au lieu du 31e). Réponse : mieux vaut fausser le seul Roch Hachana que fausser toutes les fêtes de Tichri (Kippour, Souccot, Chemini Atseret), qui elles seront ajustées grâce aux messagers de Tichri.
C'est aussi ce qu'indique [la formulation précise de la michna], puisqu'elle enseigne : 'sur Tichri à cause du régime des fêtes' — apprends-en [la preuve].
La formulation même de la michna confirme cette lecture : elle dit qu'on sort en Tichri 'à cause du régime des fêtes' (et non 'à cause de Roch Hachana'). Les Sages ont donc accepté que Roch Hachana soit faussé pour la diaspora afin de préserver l'exactitude des autres fêtes.
'Et sur Kislev à cause de Hanoukka, et sur Adar à cause de Pourim.' Or 'et si l'année était embolismique (prolongée), on sort aussi sur le second Adar à cause de Pourim' — [la michna] ne l'enseigne pas. La michna n'est pas selon Rabbi.
Car il est enseigné [dans une baraita], Rabbi dit : si l'année était embolismique — on sort aussi sur le second Adar à cause de Pourim.
La michna fait sortir les messagers en Kislev (Hanoukka) et en Adar (Pourim), mais pas en second Adar d'une année embolismique. Elle n'est donc pas selon Rabbi [R. Yehouda ha-Nassi], qui, lui, enseigne qu'on sort aussi en second Adar pour Pourim (car Pourim se célèbre alors en Adar II).
Dirons-nous qu'ils divergent sur ceci : l'un tient que toutes les mitsvot qui se pratiquent au second [Adar] se pratiquent au premier, et l'autre tient que toutes les mitsvot qui se pratiquent au second ne se pratiquent pas au premier ?
Sur quoi porte la divergence ? Peut-être sur ceci : pour le Tanna de la michna, les mitsvot de Pourim se pratiquent aussi (valablement) en Adar I — inutile alors de sortir en Adar II. Pour Rabbi, elles ne valent qu'en Adar II — d'où la nécessité d'y envoyer les messagers.
Non : de l'avis de tous, les mitsvot qui se pratiquent au second ne se pratiquent pas au premier, et ici c'est sur [la durée de] l'embolisme de l'année qu'ils divergent. Car il est enseigné [dans une baraita] : de combien [est] l'embolisme de l'année ?
Trente jours. Rabban Chimon ben Gamliel dit : un mois.
Rejet : tous s'accordent que les mitsvot de Pourim ne valent qu'en Adar II. La vraie divergence porte sur la durée du mois ajouté (Adar I) : le premier Tanna dit 30 jours (fixé), Rabban Chimon ben Gamliel dit 'un mois' — que la Guemara comprend d'abord comme 29 jours.
En quoi [le cas de] trente [jours est-il] différent, [au point] qu'ils savent [quand célébrer] ? Un mois aussi, ils savent !
Rav Papa dit : celui qui dit 'un mois' [veut dire :] s'il [le beit din] veut — [de] vingt-neuf jours, s'il veut — [de] trente [jours].
Objection : si Adar I fait toujours 30 jours, les gens comptent et savent ; mais s'il fait toujours 29 ('un mois' = 29), ils savent aussi. Où est la différence ? Rav Papa répond : 'un mois' signifie que le beit din a le choix — 29 ou 30 jours. Comme la durée n'est pas fixe, il faut envoyer des messagers en Adar II.
Rabbi Yehochoua ben Levi a témoigné au nom de la sainte communauté de Jérusalem, à propos des deux Adar, qu'on les sanctifie le jour de leur embolisme.
Témoignage de R. Yehochoua ben Levi au nom de la 'sainte communauté de Jérusalem' : les deux Adar sont sanctifiés 'le jour de leur embolisme', c.-à-d. le 30e jour. Le 30e jour après la néoménie d'Adar I est toujours la néoménie d'Adar II, et 30 jours après la néoménie d'Adar II est toujours celle de Nissan.
Est-ce à dire que nous les faisons défectueux [29 j], [mais] pleins [30 j] nous ne [les] faisons pas ? [Cela vient] exclure ce qu'a exposé Rav Nahman bar Hisda.
Rabbi Simaï a témoigné au nom de Haggai, Zekharia et Malakhi, à propos des deux Adar, que s'ils [le beit din] voulaient les faire tous deux pleins — ils [le] font ; [les faire] tous deux défectueux — ils [le] font ; l'un plein et l'autre défectueux — ils [le] font ; et ainsi faisaient-ils en diaspora. Et au nom de Rabbenou [Rav] ils ont dit : toujours l'un plein et l'autre défectueux, jusqu'à ce qu'il te soit connu que la néoménie a été fixée en son temps.
Le témoignage précédent suggère qu'on rend les Adar défectueux (29 j), jamais pleins (30 j) — ce qui exclut l'enseignement de Rav Nahman bar Hisda. Celui-ci rapporte R. Simaï (au nom de Haggai, Zekharia, Malakhi) : le beit din peut faire les deux Adar pleins, courts, ou l'un et l'autre — usage de la diaspora. Et au nom de Rav : toujours l'un plein, l'autre court, sauf quand on sait que la néoménie fut fixée 'en son temps'.
On envoya [dire] à Mar Ouqva : l'Adar accolé à Nissan est toujours défectueux.
Une décision fut envoyée de Terre d'Israël à Mar Ouqva (l'exilarque en Babylonie) : l'Adar qui précède immédiatement Nissan est toujours court (29 j), aussi bien en année ordinaire qu'embolismique. En revanche, l'Adar I d'une année embolismique, qui ne précède pas directement Nissan, peut parfois être plein.
Rav Nahman objecte : sur deux mois on profane le Chabbat — sur Nissan et sur Tichri. Or si tu dis, en effet, que [l'Adar accolé à Nissan est] parfois plein, parfois défectueux — c'est pour cela qu'on [le] profane.
Rav Nahman objecte à partir d'une michna : les témoins de la néoménie profanent le Chabbat pour deux mois seulement, Nissan et Tichri (à cause des fêtes). Or cela n'a de sens que si l'Adar précédant Nissan est parfois plein, parfois court : sinon, la date étant fixe d'avance, pourquoi profaner le Chabbat pour venir témoigner ? Cette objection réfute la règle envoyée à Mar Ouqva.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).