Sougya : La sougya passe de l'intimidation des témoins au calcul astronomique du calendrier. Chmouel se dit capable de fixer le calendrier de toute la Diaspora sans témoins, mais Abba père de R.
Simlai lui montre qu'il ignore un point du 'sod ha-ibour' (le secret de l'intercalation) : la différence entre une conjonction (molad) survenue avant ou après midi. R.
Zeira, monté en Eretz Israël, transmet deux enseignements : il faut que la nuit ET le jour appartiennent au nouveau mois, et l'on calcule la naissance de la lune (avant midi = visible le soir même). R.
Nahman enseigne que la lune reste cachée 24 heures autour de la conjonction, réparties différemment entre Babylone (est) et Eretz Israël (ouest) ; l'enjeu pratique (nafka mina) est de réfuter des témoins impossibles (lakhouchéi sahadei). Enfin, on cherche la source scripturaire du principe 'nuit et jour du nouveau mois' (R.
Yo'hanan vs Rech Lakich), et l'on conclut sur la règle du jour de fête supplémentaire en Diaspora : tout doute, on le rejette vers l'avant (le 15 et le 16, jamais le 14).
Celui-ci a l'air d'un mensonge, celui-là n'a pas l'air d'un mensonge.
Suite de la discussion (de 20a) sur le fait d'intimider les témoins pour la sanctification du mois. La Guemara distingue deux cas. Repousser le mois alors que la lune s'est montrée en son temps (le 30e jour), en retenant le témoignage, a l'air d'un mensonge (michzéi ke-chikra) : d'autres l'ont peut-être vue et se demanderont pourquoi on n'a pas sanctifié. En revanche, faire dire aux témoins qu'ils ont vu ce qu'ils n'ont pas vu (avancer le mois) n'a pas l'air d'un mensonge, car chacun sait que seuls quelques-uns ont pu apercevoir le fin croissant.
Chmouel dit : je suis capable de fixer [le calendrier] pour toute la Diaspora (goula).
Nouvelle sougya. Chmouel, grand maître d'astronomie à Néharde'a, affirme qu'il pourrait établir le calendrier de toute la Diaspora sans témoins, par le seul calcul, tant il connaît le cours de la lune et l'ordre des astres.
Abba, père de Rabbi Simlai, dit à Chmouel : le Maître connaît-il cette chose qui est enseignée dans le 'sod ha-ibour' (le secret de l'intercalation) : [la lune] est-elle née avant midi ou née après midi ? Il lui dit : non.
Il lui dit : puisque le Maître ne connaît pas ceci, il y a d'autres choses que le Maître ne connaît pas.
Abba, père de R. Simlai, met Chmouel à l'épreuve. Il cite une baraita du sod ha-ibour — le 'secret de l'intercalation', enseignée par allusions (be-remazim) — qui distingue une conjonction (molad, litt. 'naissance' de la lune) survenue avant midi ou après midi. Chmouel ignore le sens de cette distinction. Abba en conclut : puisqu'il ignore ce point, il en ignore sans doute d'autres, et ne saurait donc fixer le calendrier à lui seul.
Lorsque Rabbi Zeira monta [en Eretz Israël], il leur envoya [ce message] : il faut qu'il y ait [une] nuit et [un] jour appartenant au [nouveau] mois.
La Guemara va élucider cette baraita obscure. Lorsque R. Zeira monta de Babylone vers Eretz Israël, il envoya à ses collègues restés en Babylone deux enseignements appris là-bas. Premier : pour qu'un jour soit sanctifié comme néoménie, il faut que la nuit et le jour appartiennent tous deux au nouveau mois — c'est-à-dire que la conjonction doit se produire avant le début de la nuit. Le jour suit la nuit qui le précède.
Et ceci qu'a dit Abba, père de Rabbi Simlai : on calcule sa naissance (toldéto). [Si la lune] est née avant midi — il est certain qu'elle sera vue près du coucher du soleil ; [si elle] n'est pas née avant midi — il est certain qu'elle ne sera pas vue près du coucher du soleil.
Deuxième enseignement de R. Zeira, qui élucide l'énigme d'Abba père de R. Simlai. 'Née avant / après midi' signifie : on calcule le molad (la conjonction). Si la conjonction s'est produite avant midi — il reste au moins 6 heures de jour — la lune sera visible ce soir même près du coucher du soleil. Si elle s'est produite après midi — moins de 6 heures — la lune ne sera pas encore visible, car elle se découvre 6 heures après sa naissance.
Pour quelle conséquence pratique (nafka mina) ? Rav Achi dit : pour réfuter les témoins (lakhouchéi sahadei).
Question : à quoi sert ce calcul, puisque c'est sur la foi des témoins qu'on sanctifie ? Réponse de Rav Achi : à réfuter les témoins (le-akhouchéi sahadei). Si la conjonction s'est produite après midi et que des témoins prétendent avoir vu le croissant avant le coucher du soleil, ce sont à coup sur de faux témoins.
Rabbi Zeira dit au nom de Rav Nahman : vingt-quatre heures la lune est cachée. Pour nous [en Babylone] — six [heures] de l'ancienne et dix-huit de la nouvelle ; pour eux [en Eretz Israël] — six de la nouvelle et dix-huit de l'ancienne.
R. Nahman : entre la dernière vision de la lune ancienne et la première de la nouvelle, elle reste cachée 24 heures (mekhasséi sihara). Cette période se répartit différemment selon la position géographique. En Babylone (est) : 6h où l'on ne voit plus l'ancienne, puis 18h avant de voir la nouvelle. En Eretz Israël (ouest) : l'inverse — la nouvelle apparaît dès 6h, mais l'ancienne avait déjà disparu depuis 18h. Rachi explique (d'après le fondement de Rav Saadia Gaon) que la lune est au coin SE avant la conjonction, au coin SO après.
Pour quelle conséquence pratique ? Rav Achi dit : pour réfuter les témoins.
Même question, même réponse : la règle des 24 heures d'invisibilité sert à réfuter les témoins. Si des témoins prétendent avoir vu l'ancienne puis la nouvelle à l'intérieur d'un même intervalle de 24 heures, leur témoignage est nécessairement faux.
Le Maître a dit : il faut qu'il y ait nuit et jour du [nouveau] mois. D'où cela [nous vient-il] ?
Rabbi Yo'hanan dit : de 'du soir au soir' (me-erev ad erev).
Retour à l'enseignement de R. Zeira (segment 3). D'où l'apprend-on ? R. Yo'hanan le tire du verset sur Yom Kippour : 'du soir au soir vous chômerez votre chabbat' (Lv 23:32). Cela enseigne que, pour les fêtes et les néoménies, le jour suit la nuit : le compte du jour commence le soir précédent.
Rech Lakich dit : de 'jusqu'au vingt-et-unième jour du mois, au soir' (ad yom ha-échad ve-esrim la-hodech ba-erev).
Rech Lakich tire le même principe d'un autre verset, celui de Pessa'h : 'vous mangerez des azymes... jusqu'au vingt-et-unième jour du mois, au soir' (Ex 12:18). Puisque la fête s'achève au soir, on apprend que le jour se termine avec le soir et qu'un nouveau jour commence alors — donc que le jour suit la nuit.
Quelle [différence] y a-t-il entre eux ? Abaye dit : il y a entre eux [une simple divergence de] portée exégétique (mashmaout dorchin).
Quelle est la nafka mina entre les deux sources ? Abaye : aucune sur le plan pratique — il ne s'agit que d'une divergence d'exégèse (mashmaout dorchin), deux maîtres dérivant la même règle de deux versets différents.
Rava dit : il y a entre eux [la question de] minuit (chatsot laila).
Rava : il y a bien une différence pratique — minuit (chatsot laila). Pour R. Yo'hanan (verset de Yom Kippour, 'du soir au soir'), le jour suit le début de la nuit : si l'ancienne se montre même en début de la nuit du 30e, on ne sanctifie plus le 30e. Pour Rech Lakich (verset de Pessa'h), le compte ne suit pas le début de la nuit, car la consommation obligatoire de la matsa ne va que jusqu'à minuit ; il y aurait donc une notion de jour commençant à minuit, et l'on pourrait encore sanctifier le 30e même si l'ancienne s'est montrée en début de nuit.
Rabbi Zeira dit au nom de Rav Nahman : tout doute, nous le rejetons vers l'avant (le-kameï chadinan). C'est-à-dire qu'on observe le quinze et le seize, [mais] le quatorze on n'observe pas.
Nouvelle sougya sur le second jour de fête en Diaspora (yom tov cheni chel galouyot). R. Nahman : tout jour de fête observé par doute sur le calendrier, on le rejette vers l'avant (le-kameï chadinan) — on l'observe le lendemain, jamais la veille. Ainsi, pour Souccot, on observe en Diaspora le 15 et le 16 de Tichri, mais pas le 14 : le doute porte sur l'éventuel ajout d'un jour au mois précédent (Eloul plein), non sur son raccourcissement.
Mais qu'on observe aussi le quatorze ? Car peut-être a-t-on raccourci Av et raccourci Eloul !
Objection : pourquoi ne pas observer aussi le 14 ? Car peut-être Av et Eloul ont-ils été tous deux raccourcis (29 jours) : dans ce cas, le jour qui passe pour le 14 de Tichri en Diaspora serait en réalité le 15, et devrait donc être observé comme Souccot. La réponse (sur 21a) écartera ce cas rare.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).