Sougya : Ce daf poursuit la sougya du calendrier et de la sanctification du mois. Il commence par expliquer que deux mois consécutifs raccourcis font du bruit (kala), si bien que tout le monde le sait.
Puis vient le récit de Levi arrivé à Babylone le 11 Tichri : il constate le décalage d'un jour du à l'allongement d'Eloul mais refuse de témoigner n'ayant pas entendu 'mekoudach' de la bouche du Beit Din. R.
Yo'hanan institué que les lieux atteints par les messagers de Nissan mais non par ceux de Tichri doivent faire deux jours de fête (décret de Nissan à cause de Tichri) ; il s'irrite contre ses élèves qui n'ont pas corrigé la coutume locale. Rava jeûne deux jours à Kippour par doute et une fois cela se vérifie ; Rav Nahman reçoit tard la nouvelle du Kippour de la Terre d'Israël.
Enfin, Rav Houna bar Avin transmet la règle d'embolisme selon l'équinoxe (l'aviv doit tomber dans Nissan, Dt 16:1), et Rav Nahman donne aux marins un signe astronomique — la lune 'pleine au jour' — pour brûler le hamets sans connaître la fixation du mois.
Deux mois [consécutifs] raccourcis, il y a du bruit (kala) à leur sujet [= cela se remarque].
Réponse à la difficulté précédente : il est rare que deux mois de suite soient raccourcis (29 jours). Un tel événement inhabituel fait du bruit (kala, rumeur/publicité), de sorte que tout le monde l'apprend, même là où les messagers du Beit Din n'arrivent pas.
Levi arriva à Babylone le onze Tichri. Il dit : comme il est savoureux, le plat des Babyloniens le grand jour de l'Occident (yoma raba de-maarava = Kippour en Terre d'Israël) !
Ils lui dirent : témoigne [pour nous] ! Il leur dit : je n'ai pas entendu 'mekoudach' (sanctifié) de la bouche du Beit Din.
Eloul avait été allongé en Terre d'Israël : le 11 Tichri de Babylone était le 10 Tichri (Kippour) là-bas. Levi s'étonne de voir les Babyloniens manger un bon plat alors que c'est Kippour en Terre d'Israël. On lui demande de témoigner pour qu'ils jeûnent. Il refuse : il sait que le mois a été allongé mais n'a pas entendu la proclamation 'mekoudach' de la bouche du tribunal, condition requise pour un témoignage direct sur Tichri.
Rabbi Yo'hanan proclamait : partout où arrivent les messagers de Nissan mais n'arrivent pas les messagers de Tichri — qu'ils fassent deux jours. [C'est un] décret [pour] Nissan à cause de Tichri.
Les messagers du Beit Din ne voyagent ni Roch Hachana ni Kippour ; à Nissan aucune fête ne les retarde, ils vont donc plus loin (environ trois jours de plus). R. Yo'hanan institué que dans la zone atteinte à Nissan mais non à Tichri, on fait deux jours de fête même à Pessa'h — décret (gezera) de Nissan à cause de Tichri : si l'on faisait un seul jour à Pessa'h, on en viendrait à faire un seul jour à Souccot, ce qui serait erroné.
Rabbi Aïvou bar Naggari et Rabbi Hiyya bar Abba arrivèrent en un certain lieu où arrivaient les messagers de Nissan mais n'arrivaient pas les messagers de Tichri, et [les gens] faisaient un seul jour, et [les deux Sages] ne leur dirent rien du tout. Rabbi Yo'hanan l'entendit et s'irrita.
Il leur dit : ne vous ai-je pas dit — là où arrivent les messagers de Nissan mais n'arrivent pas les messagers de Tichri, qu'ils fassent deux jours, décret [pour] Nissan à cause de Tichri !
Deux élèves de R. Yo'hanan arrivent dans un lieu de la zone intermédiaire où l'on ne faisait qu'un jour de Pessa'h, et ne corrigent pas la coutume. R. Yo'hanan s'irrite : ayant reçu de lui l'enseignement, ils auraient dû réprimander les habitants et rétablir les deux jours.
Rava avait coutume de rester assis en jeûne deux jours. Une fois, cela s'est trouvé conforme à son avis.
Rava jeûnait régulièrement deux jours à Kippour (le 10 et le 11 selon Babylone), par crainte qu'Eloul n'ait été allongé et que le vrai Kippour tombe le 11. Une fois cela se vérifia : Eloul fut effectivement allongé, et Rava fut le seul à avoir jeûné le bon jour.
Rav Nahman resta assis en jeûne tout le jour de Kippour. Au soir, un certain homme vint [et] lui dit : demain [c'est] le grand jour en Occident (yoma raba be-maarava = Kippour en Terre d'Israël).
Rav Nahman avait jeûné tout Kippour selon le comput babylonien. À la tombée de la nuit, un homme vient lui annoncer que le vrai Kippour (celui de la Terre d'Israël) est le lendemain — Eloul y ayant été allongé. Il devra donc jeûner un second jour.
Il lui dit : d'où es-tu ? Il lui dit : de Damihareya.
Il lui dit : que 'sang' (dam) soit sa fin ! Il lut à son sujet : 'nos poursuivants furent plus rapides [que les aigles du ciel]' (Lam 4:19).
Jeu de mots : Rav Nahman demande d'où vient l'homme ; celui-ci répond Damihareya. Rav Nahman décompose le nom (notarikon) en 'dam' (sang) : 'que sang soit sa fin', c'est-à-dire je vais souffrir à en mourir à cause de toi, contraint de jeûner deux jours de suite. Il applique le verset 'nos poursuivants furent plus rapides que les aigles' (Lam 4:19) : si le messager était arrivé un peu plus tard, ils auraient déjà mangé entre-temps.
Rav Houna bar Avin envoya [dire] à Rava : lorsque tu vois que la tekoufa de Tevet (saison de l'hiver) s'étend jusqu'au seize de Nissan — embolise cette année-là (rajoute un mois) et ne t'en inquiète pas, car il est écrit 'garde le mois de l'aviv (printemps)' (Dt 16:1) : garde l'aviv de la tekoufa (l'équinoxe) pour qu'il soit dans le mois de Nissan.
Règle d'embolisme (ibbour, année de treize mois) fondée sur l'astronomie solaire. Si le calcul montre que la tekoufat Tevet (l'hiver) s'étend jusqu'au 16 Nissan — c'est-à-dire que l'équinoxe de printemps (tekoufat Nissan) tomberait après le 15 — il faut rajouter un mois à l'année pour que l'équinoxe retombe dans la première quinzaine de Nissan. Fondement : 'garde le mois de l'aviv' (Dt 16:1), l'équinoxe solaire (aviv, mûrissement des grains) doit tomber dans la partie 'neuve' (hidouch) de Nissan lunaire. Ne pas hésiter (ne pas dire 'c'est un avis isolé').
Rav Nahman dit à ces marins (nahoutei yama = ceux qui descendent en mer) : vous qui ne connaissez pas la fixation du mois (kevia de-yarha), quand vous voyez la lune 'pleine au jour' (de-machlim le-yoma) — brûlez le hamets.
Les marins partis avant Nissan ne pourront pas connaître la fixation exacte du mois par les messagers. Rav Nahman leur donne un signe astronomique : quand la lune est 'pleine au jour' (elle brille toute la nuit, du coucher du soleil jusqu'à son lever, sans que l'obscurité s'installe avant l'aube), c'est le milieu de Nissan — c'est le moment de brûler le hamets pour Pessa'h.
Quand est-elle 'pleine' ? Le quinze.
Mais nous, c'est du quatorze que nous brûlons [le hamets] ! Pour eux, à qui le monde est découvert (de-megalou lehou alma), c'est des le quatorze qu'elle est 'pleine'.
Objection : la lune n'est réellement pleine (visible toute la nuit) que le 15, or on brûle le hamets le 14. Réponse : en pleine mer, où l'horizon est totalement dégagé (le monde leur est 'découvert', sans montagnes ni obstacles), la lune paraît déjà 'pleine au jour' dès le 14. Les marins peuvent donc se fier à ce signe pour fixer la date de Pessa'h et le moment de brûler le hamets.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).