Rosh Hashanah 21a — messagers du Beit Din, double jour de fête en diaspora, le Kippour douteux de Rava, l'embolisme selon l'équinoxe et le signe de la lune en mer

Rosh Hashanah 21a

Sougya : Ce daf poursuit la sougya du calendrier et de la sanctification du mois. Il commence par expliquer que deux mois consécutifs raccourcis font du bruit (kala), si bien que tout le monde le sait.

Puis vient le récit de Levi arrivé à Babylone le 11 Tichri : il constate le décalage d'un jour du à l'allongement d'Eloul mais refuse de témoigner n'ayant pas entendu 'mekoudach' de la bouche du Beit Din. R.

Yo'hanan institué que les lieux atteints par les messagers de Nissan mais non par ceux de Tichri doivent faire deux jours de fête (décret de Nissan à cause de Tichri) ; il s'irrite contre ses élèves qui n'ont pas corrigé la coutume locale. Rava jeûne deux jours à Kippour par doute et une fois cela se vérifie ; Rav Nahman reçoit tard la nouvelle du Kippour de la Terre d'Israël.

Enfin, Rav Houna bar Avin transmet la règle d'embolisme selon l'équinoxe (l'aviv doit tomber dans Nissan, Dt 16:1), et Rav Nahman donne aux marins un signe astronomique — la lune 'pleine au jour' — pour brûler le hamets sans connaître la fixation du mois.

Pourquoi deux jours de fête en diaspora ? Le trajet des messagers Beit Din (Jérusalem) envoie des messagers annoncer le jour du mois sanctifié Beit Din Jérusalem NISSAN : trajet long (aucune fête en route) TICHRI : trajet court (arrêt RH + Kippour) limite messagers Tichri limite messagers Nissan Zone atteinte à Nissan mais PAS à Tichri -> R. Yo'hanan : y faire 2 jours même à Pessa'h Décret (gezera) : Nissan à cause de Tichri
Le trajet des messagers : pourquoi les lieux atteints à Nissan mais pas à Tichri doivent faire deux jours (segments 2-3).
Eloul plein (30 j) : décalage d'un jour entre Babylone et la Terre d'Israël Terre d'Israël (maarava) Eloul allongé à 30 jours -> 10 Tichri (Kippour) tombe un jour PLUS TARD Jour où l'on jeûne réellement = le 11 des Babyloniens Babylone ignore l'allongement d'Eloul -> jeûne le 10 (à eux), mange le 11 (à eux) Rava jeûne 2 jours par doute ; une fois cela s'est vérifié
Le décalage d'un jour à Kippour quand Eloul est plein, et le double jeûne de Rava (segments 1, 4-6).
Quand embolismer l'année ? La règle de l'équinoxe (tekoufat Nissan) "Garde le mois de l'aviv" (Dt 16:1) : l'équinoxe de printemps doit tomber DANS Nissan 1 Nissan 14 Nissan 16 Nissan équinoxe le 14 -> aviv dans Nissan : OK équinoxe le 15 -> rajouter Adar suffit équinoxe s'étend au 16 -> embolismer l'ANNÉE
La règle de l'équinoxe de Rav Houna bar Avin : embolismer l'année selon la tekoufa (segment 7).
1
תְּרֵי יַרְחֵי חַסִּירֵי קָלָא אִית לְהוּ.

Deux mois [consécutifs] raccourcis, il y a du bruit (kala) à leur sujet [= cela se remarque].

📜 Rachi (1)
תְּרֵי יַרְחֵי חַסִּירֵי קָלָא אִית לְהוּ דְּטֵבֵת חִיסְּרוּ מִמַּה נַפְשָׁךְ כְּסֵדֶר הַלְּבָנָה בְּאֶחָד מָלֵא וְאֶחָד חָסֵר וְאִם אִיתָא דַּחֲסָרוּהוּ לִשְׁבָט כְּבָר יָצָא הַקּוֹל לִפְנֵי הַפֶּסַח וּבָא אֶצְלֵנוּ אַף לְמָקוֹם שֶׁאֵין שְׁלוּחֵי בּ"ד שֶׁל נִיסָן מַגִּיעִין וְכֵן בְּתִשְׁרֵי אִם חָסְרוּ תַּמּוּז וְאָב שֶׁהֲרֵי תַּמּוּז תָּמִיד חָסֵר:
Deux mois raccourcis, il y a du bruit à leur sujet — car Tevet, on le raccourcit nécessairement (mi-mah nafshakh) : selon l'ordre de la lune, un [mois est] plein et un [mois] raccourci ; et s'il était vrai qu'on ait raccourci Chevat [en plus], le bruit serait déjà sorti avant Pessa'h et serait parvenu jusqu'à nous, même au lieu où les messagers du Beit Din de Nissan n'arrivent pas ; et de même en Tichri, s'ils ont raccourci Tamouz et Av — car Tamouz est toujours raccourci.
💡 Explication

Réponse à la difficulté précédente : il est rare que deux mois de suite soient raccourcis (29 jours). Un tel événement inhabituel fait du bruit (kala, rumeur/publicité), de sorte que tout le monde l'apprend, même là où les messagers du Beit Din n'arrivent pas.

2
לֵוִי אִקְּלַע לְבָבֶל בְּחַדְסַר בְּתִשְׁרִי. אָמַר: בְּסִים תַּבְשִׁילָא דְּבַבְלָאֵי בְּיוֹמָא רַבָּה דְּמַעְרְבָא. אָמְרִי לֵיהּ: אַסְהִיד! אֲמַר לְהוּ: לֹא שָׁמַעְתִּי מִפִּי בֵּית דִּין ״מְקֻודָּשׁ״.

Levi arriva à Babylone le onze Tichri. Il dit : comme il est savoureux, le plat des Babyloniens le grand jour de l'Occident (yoma raba de-maarava = Kippour en Terre d'Israël) !

Ils lui dirent : témoigne [pour nous] ! Il leur dit : je n'ai pas entendu 'mekoudach' (sanctifié) de la bouche du Beit Din.

📜 Rachi (3)
בְּסִים תַּבְשִׁילָא דְּבַבְלָאֵי אָכְלוּ לֶחֶם לְמַעֲדַנִּים ביוה"כ שבא"י שֶׁהֲרֵי ב"ד עִיבְּרוּ אֶת הַחֹדֶשׁ וְהָיוּ מִתְעַנִּים:
Comme il est savoureux le plat des Babyloniens — ils mangeaient du pain [avec] des mets délicats à [ce qui était] Kippour en Terre d'Israël, car le Beit Din avait allongé le mois et [les gens de la Terre d'Israël] jeûnaient.
אַסְהִיד וּנְקַבֵּל עָלֵינוּ וְלֹא נֶאֱכָל:
Témoigne — [dis-nous] et nous [l']accepterons sur nous et ne mangerons pas.
לֹא שָׁמַעְתִּי מִפִּי ב"ד מְקֻודָּשׁ לֹא אָעִיד לָכֶם דְּאָמְרִי' לְקַמָּן בְּפִרְקִין (ע"ב) עַל כֻּולָּן שְׁלוּחִים יוֹצְאִים מִבְּעֶרֶב כְּגוֹן אִם לֹא קִדְּשׁוּהוּ בְּיוֹם ל' יוֹצְאִין הַשְּׁלוּחִים לָעֶרֶב לוֹמַר מְעֻובָּר הוּא אֲבָל עַל נִיסָן וְתִשְׁרֵי אע"פ שֶׁיּוֹדְעִין שֶׁיְּקַדְּשׁוּהוּ לְמָחָר בְּיוֹם ל"א שֶׁהֲרֵי אֵין ר"ה נִדְחֶה לִשְׁלֹשִׁים וּשְׁנַיִם אַפֵּ"ה אֵין יוֹצְאִין עַד שֶׁיִּשְׁמְעוּ מִפִּי ב"ד מְקֻודָּשׁ וַאֲנִי לֹא שָׁמַעְתִּי מִפִּי ב"ד שֶׁלֹּא הָיִיתִי בְּמָקוֹם שֶׁיֵּשְׁבוּ סַנְהֶדְרִין שָׁם:
Je n'ai pas entendu 'mekoudach' de la bouche du Beit Din — je ne témoignerai pas pour vous ; car nous dirons plus loin dans notre chapitre (verso) que pour tous [les mois] les messagers sortent dès la veille — par exemple, si on ne l'a pas sanctifié le 30, les messagers sortent le soir pour dire qu'il est allongé (meoubar) ; mais pour Nissan et Tichri, bien qu'on sache qu'on le sanctifiera le lendemain, le 31 (car Roch Hachana n'est pas reporté au 32), malgré cela [les messagers] ne sortent pas avant d'avoir entendu 'mekoudach' de la bouche du Beit Din ; et moi je n'ai pas entendu de la bouche du Beit Din, car je n'étais pas au lieu où siégeait le Sanhédrin.
🗂️ Tossefot (1)
לֵוִי אִקְּלַע לְבָבֶל בְּחַדְסַר בְּתִשְׁרִי. אַחַד עָשָׂר הָיָה לִבְנֵי בָּבֶל וַעֲשִׂירִי לִבְנֵי אֶרֶץ יִשְׂרָאֵל דְּעִבְּרוּהָ לֶאֱלוּל וּמִתּוֹךְ הַתְּחוּם בָּא דְּהָא יוה"כ הֲוָה א"נ ביוה"כ שֶׁל בְּנֵי בָּבֶל בָּא סָמוּךְ לַחֲשֵׁכָה וְהוּא הָיָה עֶרֶב יוה"כ לִבְנֵי א"י וְאָמְרוּ לוֹ אַסְהִיד לָן כְּלוֹמַר וְנֶאֱסוֹר לֶאֱכֹול גַּם עַתָּה דיוה"כ הוּא אָמַר לָהֶם לֹא שָׁמַעְתִּי מִפִּי ב"ד מְקֻודָּשׁ שֶׁיָּצָא בְּיוֹם ל' שֶׁל אֱלוּל סָמוּךְ לַחֲשֵׁכָה שֶׁלֹּא הָיָה שְׁהוּת בַּיּוֹם לָבֹא וּלְקַבֵּל עֵדוּתָן וְיָדַע שֶׁלֹּא יְקַדְּשׁוּהוּ עַד לְמָחָר בְּיוֹם ל"א אֲבָל לֹא הִמְתִּין עַד לְמָחָר שֶׁיִּשְׁמַע שֶׁיְּקַדְּשׁוּהוּ וְאֵין מְעִידִין עַד שֶׁיִּשְׁמַע מב"ד מְקֻודָּשׁ כְּדִלְקַמָּן (ע"ב) אע"פ שֶׁיָּדוּעַ שֶׁלְּמָחָר יְקַדְּשׁוּהוּ וא"ת וְהֵיאַךְ יַנִּיחֵם לֶאֱכֹול וְיֵשׁ כָּאן וַדַּאי אִיסּוּר כָּרֵת דְּאוֹרָייְתָא וי"ל הִתְנָן לְקַמָּן בְּפֶרֶק שֵׁנִי (רֹאשׁ הַשָּׁנָה דַּף כֹּה. וְשָׁם) אֲשֶׁר תִּקְרְאוּ אֹתָם מִקְרָאֵי קֹדֶשׁ בֵּין בִּזְמַנָּן בֵּין שֶׁלֹּא בִּזְמַנָּן וְאָמְרִינַן בגמ' אַתֶּם אַפֵּי' שׁוֹגְגִים אַתֶּם אַפֵּי' מְזִידִים וְאַפֵּי' מֻוטְעִין וְהָא דְּאָמְרִינַן בְּפֶרֶק גִּיד הַנָּשֶׁה (חֻולִּין דַּף קא: וְשָׁם) גַּבֵּי שָׁגַג ביוה"כ פָּטוּר דִּגְזֵירָה הֲוָה ויוה"כ דְּהַהִיא שַׁתָּא שַׁבְּתָא הֲוָה וְלָא אָמְרִינַן אַתֶּם אֲפִילּוּ מְזִידִין הָתָם הֻוקְבַּע לָהֶם הַחֹדֶשׁ בִּזְמַנּוֹ וּמִפְּנֵי הַגְּזֵרָה לֹא עָשׂוּ יוה"כ בָּעֲשִׂירִי וַעֲשָׂאוּהוּ בְּיוֹם הַשַּׁבָּת שֶׁלֹּא יִשְׁתַּכַּח וְאֵין יוה"כ אֶלָּא בַּעֲשָׂרָה בְּתִשְׁרֵי אֲבָל הָכָא לָהֶם הָיָה עֲשִׂירִי וְלָא דָּמֵי נָמֵי לְהַהוּא דפ"ק דְּסַנְהֶדְרִין (דַּף יב: וְשָׁם) שֶׁבִּקֵּשׁ חִזְקִיָּה רַחֲמִים עַל עַצְמוֹ דִּכְתִיב כִּי אָכְלוּ הַפֶּסַח בְּלֹא כַּכָּתוּב וְגוֹ' וּמְפָרֵשׁ שֶׁעִיבְּרוּ הַשָּׁנָה בְּיוֹם ל' שֶׁל אֲדָר וְאָסוּר הוֹאִיל וְרָאוּי לְקָובְעוֹ נִיסָן וְלָא אָמְרִינַן אַתֶּם אַפֵּי' שׁוֹגְגִים כּוּ' מִשּׁוּם דְּלָא שַׁייָּךְ אֶלָּא כְּגוֹן יוֹם ל' אוֹ יוֹם ל"א כְּשֶׁקּוֹבְעִין בְּאֶחָד מֵהֶן ר"ח לְחַסְּרוֹ אוֹ לְעַבְּרוֹ שֶׁלֹּא כַּדִּין אוֹ עַל פִּי עֵדוּת שֶׁקֶר:
'Levi arriva à Babylone le onze Tichri' — c'était le onze pour les gens de Babylone et le dix pour les gens de la Terre d'Israël, qui avaient allongé Eloul ; et il venait de l'intérieur du tehoum (périmètre), car c'était Kippour. Ou bien : il arriva au Kippour des gens de Babylone, près du crépuscule, et c'était la veille de Kippour pour les gens de la Terre d'Israël. Ils lui dirent : témoigne pour nous — c'est-à-dire : et nous nous interdirons de manger même maintenant, car c'est Kippour. Il leur dit : je n'ai pas entendu 'mekoudach' de la bouche du Beit Din, [proclamation] qui serait sortie le 30 d'Eloul près du crépuscule ; car il n'y avait pas eu assez de temps dans la journée pour venir recevoir leur témoignage, et il savait qu'on ne le sanctifierait que le lendemain, le 31 ; mais il n'a pas attendu jusqu'au lendemain pour entendre qu'on le sanctifiait — et l'on ne témoigne pas avant d'avoir entendu du Beit Din 'mekoudach', comme [dit] plus loin (verso), bien qu'on sache que le lendemain on le sanctifiera. Et si tu dis : comment [Levi] les laisse-t-il manger, alors qu'il y a là un interdit certain de karet [passible de retranchement] de la Torah ? On peut répondre : nous avons appris plus loin, au deuxième chapitre (Roch Hachana 25a) 'que vous proclamerez, elles [ce sont] mes assemblées saintes' — que ce soit en leur temps où hors de leur temps ; et nous disons dans la Guemara : 'elles' même par erreur (chogguim), 'elles' même volontairement (mezidin), et même induites en erreur (mout'in). Et ce qu'on dit au chapitre 'Guid ha-nache' (Houlin 101b) à propos de celui qui a fait Kippour par erreur qu'il est exempt — c'était un décret (guezera), et le Kippour de cette année-là tombait un chabbat, et l'on ne dit pas [là] 'elles même volontairement' : là-bas le mois avait été fixé en son temps, et c'est à cause du décret qu'ils n'ont pas fait Kippour le dix mais l'ont fait le jour du chabbat pour qu'il ne soit pas oublié — or Kippour n'est que le dix Tichri ; mais ici c'était pour eux [réellement] le dix. Et cela ne ressemble pas non plus à ce [cas] du premier chapitre de Sanhédrin (12b) où Hizkiyahou implora miséricorde pour lui-même, car il est écrit 'car ils avaient mangé le Pessa'h sans qu'il soit écrit, etc.', et l'on explique qu'ils avaient embolisé l'année le 30 d'Adar — ce qui est interdit puisqu'il était apte à être fixé comme Nissan — et l'on n'y dit pas 'elles même par erreur, etc.', parce que cela ne s'applique que dans un cas comme le 30 ou le 31, quand on fixe en l'un d'eux le néoménie pour le raccourcir ou l'allonger à tort, ou sur la foi d'un témoignage mensonger.
💡 Explication

Eloul avait été allongé en Terre d'Israël : le 11 Tichri de Babylone était le 10 Tichri (Kippour) là-bas. Levi s'étonne de voir les Babyloniens manger un bon plat alors que c'est Kippour en Terre d'Israël. On lui demande de témoigner pour qu'ils jeûnent. Il refuse : il sait que le mois a été allongé mais n'a pas entendu la proclamation 'mekoudach' de la bouche du tribunal, condition requise pour un témoignage direct sur Tichri.

🖼️ Schéma
Eloul plein (30 j) : décalage d'un jour entre Babylone et la Terre d'Israël Terre d'Israël (maarava) Eloul allongé à 30 jours -> 10 Tichri (Kippour) tombe un jour PLUS TARD Jour où l'on jeûne réellement = le 11 des Babyloniens Babylone ignore l'allongement d'Eloul -> jeûne le 10 (à eux), mange le 11 (à eux) Rava jeûne 2 jours par doute ; une fois cela s'est vérifié
Le décalage d'un jour à Kippour et le refus de témoigner de Levi.
3
מַכְרִיז רַבִּי יוֹחָנָן: כָּל הֵיכָא דְּמָטוּ שְׁלוּחֵי נִיסָן, וְלָא מָטוּ שְׁלוּחֵי תִּשְׁרֵי — לֶיעְבְּדוּ תְּרֵי יוֹמֵי. גְּזֵירָה נִיסָן אַטּוּ תִּשְׁרֵי.

Rabbi Yo'hanan proclamait : partout où arrivent les messagers de Nissan mais n'arrivent pas les messagers de Tichri — qu'ils fassent deux jours. [C'est un] décret [pour] Nissan à cause de Tichri.

📜 Rachi (3)
דְּמָטוּ שְׁלוּחֵי נִיסָן שב"ד שׁוֹלְחִין לַגּוֹלָה לְהוֹדִיעַ יוֹם שֶׁקִּדְּשׁוּהוּ וְכָל מַה שֶׁהֵם יְכוֹלִין לֵילֵךְ הֵם הוֹלְכִין עַד הַפֶּסַח וְכֵן בְּתִשְׁרֵי עַד סֻוכּוֹת חוּץ מִשַּׁבָּתוֹת וְיָמִים טוֹבִים שֶׁלֹּא נִיתְּנוּ לְחַלֵּל לַשְּׁלוּחִין כִּדְתַנְיָא בְּפִרְקִין (לְקַמָּן ע"ב) עַל קְרִיאָתָם אַתָּה מְחַלֵּל וְאִי אַתָּה מְחַלֵּל עַל קִיּוּמָם לְפִיכָךְ שְׁלוּחֵי נִיסָן מַגִּיעִין לְמָקוֹם שֶׁאֵין שְׁלוּחֵי תִּשְׁרֵי מַגִּיעִין שֶׁהֲרֵי אֵין יָמִים טוֹבִים בֵּינְתַיִם לְעַכְּבָם וּבְתִשְׁרֵי יֵשׁ ר"ה ויוה"כ שֶׁאֵין הַשְּׁלוּחִין הוֹלְכִין בּוֹ:
Où arrivent les messagers de Nissan — que le Beit Din envoie en exil (gola) pour annoncer le jour où l'on a sanctifié [le mois] ; et tout ce qu'ils peuvent parcourir, ils le parcourent jusqu'à Pessa'h, et de même à Tichri jusqu'à Souccot, hormis les chabbats et jours de fête, qu'il n'a pas été permis de profaner pour les messagers — comme il est enseigné dans notre chapitre (plus loin, verso) : 'sur leur proclamation tu profanes [le chabbat], mais tu ne profanes pas sur leur observance' ; c'est pourquoi les messagers de Nissan atteignent un lieu que les messagers de Tichri n'atteignent pas, car il n'y a pas de jours de fête entre-temps pour les retarder, alors qu'à Tichri il y a Roch Hachana et Kippour où les messagers ne voyagent pas.
לֶיעְבְּדוּ תְּרֵי יוֹמֵי טָבִי ואע"פ שֶׁהִגִּידוּ לָהֶם הַשְּׁלוּחִים יוֹם קְבִיעָתוֹ:
Qu'ils fassent deux jours — [de fête], bien que les messagers leur aient annoncé le jour de sa fixation.
גְּזֵירָה נִיסָן אַטּוּ תִּשְׁרֵי שֶׁאִם תַּנְהִיגֵם לַעֲשׂוֹת בְּנִיסָן יוֹם אֶחָד יִנְהֲגוּ כֵּן בְּתִשְׁרֵי שֶׁלֹּא ע"פ שְׁלוּחִים וּפְעָמִים שֶׁיִּטְעוּ:
Décret [pour] Nissan à cause de Tichri — car si tu les accoutumes à faire à Nissan un seul jour, ils feront de même à Tichri sans [se fonder] sur les messagers, et il arrivera qu'ils se trompent.
⚖️ Rosh (1)
דַּף כא מַכְרִיז ר' יוֹחָנָן עַל הֵיכָא דְּמָטוּ שְׁלוּחֵי נִיסָן וְלָא מָטוּ שְׁלוּחֵי תִּשְׁרֵי לִיעְבְּדוּ תְּרֵי יוֹמֵי גְּזֵירָה נִיסָן אַטּוּ תִּשְׁרֵי: הֲדַרַן עֲלָךְ אַרְבָּעָה רָאשֵׁי שָׁנִים
Page 21. Rabbi Yo'hanan proclame au sujet du lieu où arrivent les messagers de Nissan mais où n'arrivent pas les messagers de Tichri : qu'ils fassent deux jours [de fête] — décret (gezera, mesure préventive) [pour] Nissan à cause de Tichri. Hadran alakh [nous sommes revenus vers toi, formule de clôture du chapitre] 'Arba'ah Rashéi Shanim' (Les quatre débuts d'année).
💡 Explication

Les messagers du Beit Din ne voyagent ni Roch Hachana ni Kippour ; à Nissan aucune fête ne les retarde, ils vont donc plus loin (environ trois jours de plus). R. Yo'hanan institué que dans la zone atteinte à Nissan mais non à Tichri, on fait deux jours de fête même à Pessa'h — décret (gezera) de Nissan à cause de Tichri : si l'on faisait un seul jour à Pessa'h, on en viendrait à faire un seul jour à Souccot, ce qui serait erroné.

🖼️ Schéma
Pourquoi deux jours de fête en diaspora ? Le trajet des messagers Beit Din (Jérusalem) envoie des messagers annoncer le jour du mois sanctifié Beit Din Jérusalem NISSAN : trajet long (aucune fête en route) TICHRI : trajet court (arrêt RH + Kippour) limite messagers Tichri limite messagers Nissan Zone atteinte à Nissan mais PAS à Tichri -> R. Yo'hanan : y faire 2 jours même à Pessa'h Décret (gezera) : Nissan à cause de Tichri
La zone intermédiaire où l'on doit faire deux jours.
4
רַבִּי אַייְבוּ בַּר נַגָּרֵי וְרַבִּי חִיָּיא בַּר אַבָּא אִיקְּלַעוּ לְהָהוּא אַתְרָא דַּהֲוָה מָטוּ שְׁלוּחֵי נִיסָן וְלָא מָטוּ שְׁלוּחֵי תִּשְׁרֵי, וְעָבְדִי חַד יוֹמָא, וְלָא אֲמַרוּ לְהוּ וְלָא מִידֵּי. שְׁמַע רַבִּי יוֹחָנָן וְאִיקְּפַד. אֲמַר לְהוּ: לָאו אֲמַרִי לְכוּ הֵיכָא דְּמָטוּ שְׁלוּחֵי נִיסָן וְלָא מָטוּ שְׁלוּחֵי תִּשְׁרֵי לִיעְבְּדוּ תְּרֵי יוֹמֵי, גְּזֵירָה נִיסָן אַטּוּ תִּשְׁרֵי!

Rabbi Aïvou bar Naggari et Rabbi Hiyya bar Abba arrivèrent en un certain lieu où arrivaient les messagers de Nissan mais n'arrivaient pas les messagers de Tichri, et [les gens] faisaient un seul jour, et [les deux Sages] ne leur dirent rien du tout. Rabbi Yo'hanan l'entendit et s'irrita.

Il leur dit : ne vous ai-je pas dit — là où arrivent les messagers de Nissan mais n'arrivent pas les messagers de Tichri, qu'ils fassent deux jours, décret [pour] Nissan à cause de Tichri !

📜 Rachi (1)
רַבִּי אַייְּבוּ וְר' חַיָּיא בַּר אַבָּא תַּלְמִידֵי דְּר' יוֹחָנָן הָיוּ וְשָׁמְעוּ מִפִּיו לְכָךְ הִקְפִּיד כְּנֶגְדָּם:
Rabbi Aïvou et Rabbi Hiyya bar Abba — ils étaient les élèves de Rabbi Yo'hanan et l'avaient entendu de sa bouche ; c'est pourquoi il s'irrita contre eux.
💡 Explication

Deux élèves de R. Yo'hanan arrivent dans un lieu de la zone intermédiaire où l'on ne faisait qu'un jour de Pessa'h, et ne corrigent pas la coutume. R. Yo'hanan s'irrite : ayant reçu de lui l'enseignement, ils auraient dû réprimander les habitants et rétablir les deux jours.

5
רָבָא הֲוָה רְגִיל דַּהֲוָה יָתֵיב בְּתַעֲנִיתָא תְּרֵי יוֹמֵי. זִימְנָא חֲדָא אִשְׁתְּכַח כְּוָותֵיהּ.

Rava avait coutume de rester assis en jeûne deux jours. Une fois, cela s'est trouvé conforme à son avis.

📜 Rachi (2)
עֲבַדוּ יוֹמָא חֲדָא בְּנֵי הַמָּקוֹם:
Ils firent un seul jour — les gens du lieu.
יָתֵיב בְּתַעֲנִיתָא תְּרֵי יוֹמֵי עִם לֵילוֹתֵיהֶם שֶׁמָּא עִיבְּרוּ ב"ד אֶת הַחֹדֶשׁ וְיוֹם אַחַד עָשָׂר שֶׁלָּנוּ הוּא עֲשִׂירִי שֶׁלָּהֶן:
Rester assis en jeûne deux jours — avec leurs nuits, de peur que le Beit Din n'ait allongé le mois et que notre onzième jour soit leur dixième.
💡 Explication

Rava jeûnait régulièrement deux jours à Kippour (le 10 et le 11 selon Babylone), par crainte qu'Eloul n'ait été allongé et que le vrai Kippour tombe le 11. Une fois cela se vérifia : Eloul fut effectivement allongé, et Rava fut le seul à avoir jeûné le bon jour.

6
רַב נַחְמָן יְתֵיב בְּתַעֲנִיתָא כֻּולֵּיהּ יוֹמֵי דְּכִיפּוּרֵי. לְאוּרְתָּא אֲתָא הָהוּא גַּבְרָא, אֲמַר לֵיהּ: לִמְחַר יוֹמָא רַבָּה בְּמַעְרְבָא.

Rav Nahman resta assis en jeûne tout le jour de Kippour. Au soir, un certain homme vint [et] lui dit : demain [c'est] le grand jour en Occident (yoma raba be-maarava = Kippour en Terre d'Israël).

💡 Explication

Rav Nahman avait jeûné tout Kippour selon le comput babylonien. À la tombée de la nuit, un homme vient lui annoncer que le vrai Kippour (celui de la Terre d'Israël) est le lendemain — Eloul y ayant été allongé. Il devra donc jeûner un second jour.

7
אֲמַר לֵיהּ: מֵהֵיכָא אַתְּ? אֲמַר לֵיהּ: מִדְּמֻהְרַיָּא. אֲמַר לֵיהּ: דָּם תְּהֵא אַחֲרִיתוֹ. קָרֵי עֲלֵיהּ: ״קַלִּים הָיוּ רוֹדְפֵינוּ״.

Il lui dit : d'où es-tu ? Il lui dit : de Damihareya.

Il lui dit : que 'sang' (dam) soit sa fin ! Il lut à son sujet : 'nos poursuivants furent plus rapides [que les aigles du ciel]' (Lam 4:19).

📜 Rachi (1)
דָּם תְּהֵא אַחֲרִיתוֹ הֲרֵינִי מֵת עַל יָדְךָ שֶׁתַּזְקִיקֵנִי לְהִתְעַנּוֹת ב' יָמִים וּב' לֵילוֹת דָּם תְּהֵא אַחֲרִיתוֹ נוֹטָרִיקוֹן שֶׁל דְּמֵהַרְיָא:
Que 'sang' soit sa fin — me voici mort par toi, puisque tu me contrains à jeûner deux jours et deux nuits ; 'que sang soit sa fin' est un notarikon (acronyme) de Damihareya.
💡 Explication

Jeu de mots : Rav Nahman demande d'où vient l'homme ; celui-ci répond Damihareya. Rav Nahman décompose le nom (notarikon) en 'dam' (sang) : 'que sang soit sa fin', c'est-à-dire je vais souffrir à en mourir à cause de toi, contraint de jeûner deux jours de suite. Il applique le verset 'nos poursuivants furent plus rapides que les aigles' (Lam 4:19) : si le messager était arrivé un peu plus tard, ils auraient déjà mangé entre-temps.

8
שְׁלַח לֵיהּ רַב הוּנָא בַּר אָבִין לְרָבָא: כַּד חָזֵית דְּמָשְׁכָה תְּקוּפַת טֵבֵת עַד שִׁיתְּסַר בְּנִיסָן — עַבְּרַהּ לְהַהִיא שַׁתָּא וְלָא תְּחוּשׁ לַהּ, דִּכְתִיב: ״שָׁמוֹר אֶת חֹדֶשׁ הָאָבִיב״, שְׁמֹור אָבִיב שֶׁל תְּקוּפָה שֶׁיְּהֵא בְּחֹדֶשׁ נִיסָן.

Rav Houna bar Avin envoya [dire] à Rava : lorsque tu vois que la tekoufa de Tevet (saison de l'hiver) s'étend jusqu'au seize de Nissan — embolise cette année-là (rajoute un mois) et ne t'en inquiète pas, car il est écrit 'garde le mois de l'aviv (printemps)' (Dt 16:1) : garde l'aviv de la tekoufa (l'équinoxe) pour qu'il soit dans le mois de Nissan.

📜 Rachi (4)
כִּי חָזֵית דְּמָשְׁכָה תְּקוּפַת טֵבֵת עַד שִׁיתְּסַר בְּנִיסָן שֶׁאֵין תְּקוּפַת נִיסָן נוֹפֶלֶת עַד יוֹם ט"ז וְקַייְמָא לָן דְּיוֹם הַתְּקוּפָה מַתְחִיל כְּר' יוֹסֵי דְּאָמַר הָכִי בפ"ק דְּסַנְהֶדְרִין (ד' יג.) נִמְצֵאת תְּקוּפַת טֵבֵת מוֹשֶׁכֶת עַד שִׁיתְּסַר בְּנִיסָן וְלֹא עַד בִּכְלָל:
Lorsque tu vois que la tekoufa de Tevet s'étend jusqu'au seize de Nissan — que la tekoufa de Nissan (l'équinoxe) ne tombe qu'au jour 16 ; et nous tenons que le jour de la tekoufa [en] commence [un nouveau], selon Rabbi Yossei qui dit ainsi au premier chapitre de Sanhédrin (13a) ; il se trouve donc que la tekoufa de Tevet s'étend jusqu'au 16 de Nissan, non compris [le 16 lui-même].
עָבְרָה לְהַהִיא שַׁתָּא כַּאֲחֵרִים דְּאִית לְהוּ הָא סְבָרָא בפ"ק דְּסַנְהֶדְרִין (שָׁם:):
Embolise cette année-là — comme les Aherim (Autres) qui ont ce raisonnement au premier chapitre de Sanhédrin (là-bas).
וְלֹא תָּחוּשׁ לָהּ לְמֵימַר יְחִידָאָה הִיא וְלָא נַעֲבִיד כְּוָותַייְהוּ אֶלָּא וַדַּאי כַּאֲחֵרִים נַעֲבִיד דִּמְסַייֵּעַ לְהוּ קְרָא דִּכְתִיב אֶת חֹדֶשׁ הָאָבִיב שֶׁיְּהֵא בְּחִידּוּשׁ וְאָבִיב הוּא יוֹם תְּקוּפַת נִיסָן שֶׁנִּיסָן שֶׁל חַמָּה נִכְנָס בּוֹ שֶׁנִּיסָן קָרוּי אָבִיב עַל שֵׁם בִּישּׁוּל הַתְּבוּאָה וּבִישּׁוּל הַתְּבוּאָה אֵינוֹ אֶלָּא לְחֶשְׁבּוֹנָהּ שֶׁל חַמָּה שֶׁהַקַּיִץ וְהַחֹורֶף אַחַר חֶשְׁבּוֹן הַחַמָּה הֵם וְהִזְהִירְךָ הַכָּתוּב לְשָׁומְרוֹ שֶׁיְּהֵא בְּחִידּוּשׁ וְאֵין לְשׁוֹן חִידּוּשׁ נוֹפֵל אֶלָּא בַּלְּבָנָה שֶׁהִיא מִתְחַדֶּשֶׁת בְּתוֹלְדוֹתֶיהָ וְאַשְׁמְעִינַן קְרָא שֶׁיְּהֵא נִיסָן שֶׁל חַמָּה בְּתוֹךְ י"ד יוֹם לְמוֹלַד הַלְּבָנָה שֶׁהוּא עֲדַיִין מֵחִידּוּשׁ הַלְּבָנָה דְּמִיּוֹם י"ד וְאֵילָךְ יְשָׁנָה הִיא וְאִילּוּ הָיָה תְּקוּפַת נִיסָן בְּיוֹם ט"ו לֹא הָיִינוּ צְרִיכִין לְעַבֵּר אֶת הַשָּׁנָה אֶלָּא נְעַבֵּר אֲדָר וְנִדְחֶה אֶת נִיסָן יוֹם אֶחָד וְתִפֹּול הַתְּקוּפָה בְּיוֹם י"ד אֲבָל כְּשֶׁהִיא בָּאָה בְּיוֹם ט"ז בְּנִיסָן לֹא דַּי לָן בְּעִיבּוּרוֹ שֶׁל אֲדָר וּצְרִיכָה הַשָּׁנָה לְהִתְעַבֵּר וְתִפֹּול הַתְּקוּפָה בַּאֲדָר שֵׁנִי נִמְצָא נִיסָן שֶׁל חַמָּה מוֹשֵׁךְ בְּתוֹךְ חֹדֶשׁ נִיסָן הַלְּבָנָה הָכִי מְפָרְשִׁינַן לָהּ בְּסַנְהֶדְרִין (שָׁם) אַלִּיבָּא דַּאֲחֵרִים דְּכִי מָטְיָא בט"ו מְעַבְּרִין אֶת אֲדָר וְכִי מָטְיָא לט"ז מְעַבְּרִין אֶת הַשָּׁנָה:
Et ne t'en inquiète pas — [ne va pas] dire 'c'est un avis isolé (yehidaa) et nous ne ferons pas comme eux' ; au contraire, nous ferons certainement comme les Aherim, car un verset les soutient : il est écrit 'le mois de l'aviv', [l'aviv] devant être dans le renouveau (hidouch) [du mois]. Et l'aviv, c'est le jour de la tekoufa de Nissan, où le Nissan solaire entre — car Nissan est appelé 'aviv' du fait du mûrissement (bichoul) des grains, et le mûrissement des grains ne dépend que du calcul du soleil, puisque l'été et l'hiver suivent le calcul solaire. L'Écriture t'a averti de le garder pour qu'il soit dans le renouveau [du mois], et le terme 'renouveau' (hidouch) ne s'applique qu'à la lune, qui se renouvelle à sa naissance. Le verset nous enseigne donc que le Nissan solaire (l'équinoxe) doit tomber dans les 14 jours [suivant] la molad (conjonction) de la lune, [période] qui relève encore du renouveau de la lune — car à partir du 14e jour et au-delà elle est [déjà] 'vieille'. Et si la tekoufa de Nissan tombait le jour 15, nous n'aurions pas besoin d'emboliser l'année : il suffirait d'allonger Adar et de repousser Nissan d'un jour, la tekoufa retombant alors le 14 ; mais quand elle vient le 16 de Nissan, l'allongement d'Adar ne nous suffit pas et l'année doit être embolisée, la tekoufa retombant [alors] en Adar Cheni — de sorte que le Nissan solaire s'étende à l'intérieur du mois de Nissan lunaire. Ainsi l'explique-t-on dans Sanhédrin (là-bas) selon les Aherim : quand elle atteint le 15 on allonge Adar, et quand elle atteint le 16 on embolise l'année.
שְׁמֹור אָבִיב שֶׁל תְּקוּפָה דְּהַייְנוּ נִיסָן שֶׁל חַמָּה שֶׁיְּהֵא בְּחִידּוּשׁ נִיסָן הַלְּבָנָה:
Garde l'aviv de la tekoufa — c'est-à-dire le Nissan solaire, pour qu'il soit dans le renouveau du Nissan lunaire.
🗂️ Tossefot (2)
כִּי חָזֵית דְּמָשְׁכָה תְּקוּפַת טֵבֵת עַד שִׁיתְּסַר בְּנִיסָן. שֶׁתְּקוּפַת נִיסָן נוֹפֶלֶת בְּיוֹם ט"ז וְקַייְמָא לָן (סַנְהֶדְרִין דַּף יג.) יוֹם תְּקוּפָה מַתְחִיל נִמְצֵאת תְּקוּפַת טֵבֵת מוֹשֶׁכֶת עַד שִׁיתְסַר וְלָא שִׁיתְסַר בִּכְלַל עֲבֵרָה לְהַהִיא שַׁתָּא מִשּׁוּם דִּכְתִיב שָׁמוֹר אֶת חֹדֶשׁ הָאָבִיב אָבִיב שֶׁל תְּקוּפָה שֶׁיְּהֵא בְּחֹדֶשׁ נִיסָן וּמִיּוֹם י"ד וְאֵילָךְ יְשָׁנָה הִיא וְאִילּוּ הָיְתָה תְּקוּפַת נִיסָן נוֹפֶלֶת בְּיוֹם ט"ו לֹא הָיִינוּ צְרִיכִין לְעַבֵּר הַשָּׁנָה אֶלָּא נְעַבֵּר אֲדָר וְנִדְחָה נִיסָן יוֹם אֶחָד וְתִפֹּול הַתְּקוּפָה בי"ד כָּךְ פֵּי' בַּקּוּנְטְרֵס (וְהָתָם בְּסַנְהֶדְרִין (דַּף יג:) בִּתְקוּפַת תִּשְׁרֵי אַיְירֵי דִּפְלִיגִי הָתָם אִי בָּעֵינַן כֻּולָּהּ אָסִיף בִּתְקוּפָה חֲדָשָׁה אוֹ מִקְצָתוֹ) וּשְׁמַעְתִּין דְּהָכָא אָתְיָא כַּאֲחֵרִים דְּאָמְרִינַן הָתָם אֲחֵרִים בִּתְקוּפַת נִיסָן (הָווּ) קָיְימִי וּמַייְתִי דְּרָשָׁה דְּהָכָא וְקַשְׁיָא לְפֵירוּשׁ הַקְּוַנְט' דִּבְפֶ' הָיוּ בּוֹדְקִין (סַנְהֶדְרִין דַּף מא:) מַשְׁמַע דְּיוֹם ט"ו שֶׁל חֹדֶשׁ הָוֵי מִן הַחֹדֶשׁ דְּקָאָמַר עַד מָתַי מְבָרְכִין עַל הַחֹדֶשׁ נְהַרְדָּעֵי אָמְרִי עַד י"ו לְכָךְ צָרִיךְ לְפָרֵשׁ דְּהָכָא קָאָמַר עַד דְּמָשְׁכָה שִׁיתְסַר אֲפִילּוּ ע"י עִיבּוּר אֲדָר א"נ דְּמָשְׁכָה עַד שִׁיתְסַר וְשִׁיתְסַר בִּכְלָל הַייְנוּ כְּגוֹן דְּנָפְלָה תְּקוּפַת נִיסָן בְּשִׁבְסַר דְּכִי מְעֻבֶּרֶת נָמֵי לַאֲדָר הֲרֵי הִיא נוֹפֶלֶת בְּשִׁיתְסַר וְאֵין כָּאן אָבִיב כְּלָל בְּחֹדֶשׁ נִיסָן וְאֵין לְהַקְשׁוֹת דִּלְעַבְּרֵיהּ לַאֲדָר וְלִשְׁבָט דְּהִתְנָן בְּפֶרֶק אֵין נֶעֱרָכִין (עֲרָכִין ד' ח: וְשָׁם) אֵין פּוֹחֲתִין מד' חֳדָשִׁים מְעֻובָּרִין בַּשָּׁנָה וְלֹא יוֹתֵר מֹחַ' וּמְפָרֵשׁ בגמ' (שָׁם דַּף ט.) דְּלָא נִרְאֶה לְעַבֵּר יָתֵר עַל שְׁמוֹנָה וּמוּקִי לָהּ בְּשָׁנָה מְעֻובֶּרֶת אֲבָל בִּפְשׁוּטָה יוֹתֵר עַל שִׁבְעָה:
'Lorsque tu vois que la tekoufa de Tevet s'étend jusqu'au seize de Nissan' — car la tekoufa de Nissan tombe le jour 16 ; et nous tenons (Sanhédrin 13a) que le jour de la tekoufa [en] commence [un nouveau], si bien que la tekoufa de Tevet s'étend jusqu'au 16 non compris. 'Embolise cette année-là' — parce qu'il est écrit 'garde le mois de l'aviv', [l'aviv] de la tekoufa devant être dans le mois de Nissan ; et à partir du 14e jour et au-delà elle est [déjà] vieille ; et si la tekoufa de Nissan tombait le jour 15, nous n'aurions pas besoin d'emboliser l'année : il suffirait d'allonger Adar et de repousser Nissan d'un jour, la tekoufa retombant le 14 — ainsi l'explique le Contres (Rachi). [Et là-bas, dans Sanhédrin 13b, on traite de la tekoufa de Tichri, où l'on discute si l'on requiert que toute la récolte (assif) soit dans la nouvelle tekoufa ou seulement une partie.] Notre sougya ici suit les Aherim, dont on dit là-bas qu'ils se tenaient à la tekoufa de Nissan, et qui apportent le drach d'ici. Et il y a une difficulté à l'explication du Contres : au chapitre 'Hayou bodkin' (Sanhédrin 41b) il ressort que le jour 15 du mois fait [encore] partie du mois, car on dit : 'jusqu'à quand bénit-on sur [le renouveau de] la lune ? Les Néhardéens disent : jusqu'au 16.' C'est pourquoi il faut expliquer qu'ici on dit 'jusqu'à ce qu'elle s'étende [au] 16' même par l'allongement d'Adar ; ou bien 'qu'elle s'étende jusqu'au 16, 16 compris', à savoir le cas où la tekoufa de Nissan tombe le 17 — car même en allongeant Adar elle tombe [encore] le 16, et il n'y a alors aucun aviv du tout dans le mois de Nissan. Et il ne faut pas objecter : qu'on allonge Adar et Chevat ! Car nous avons appris au chapitre 'Ein naarakhin' (Erakhin 8b) qu'on ne fait pas moins de quatre mois allongés (de 30 jours) dans l'année ni plus de huit, et l'on explique dans la Guemara (9a) qu'il n'a pas paru [convenable] d'allonger plus de huit ; et l'on établit cela pour une année embolisée, mais pour une année ordinaire, [pas] plus de sept.
עַבְּרַהּ לְהַהִיא שַׁתָּא וְלָא תְּחוּשׁ לַהּ. תֵּימַהּ דְּתַנְיָא בפ"ק דְּסַנְהֶדְרִין (דַּף יא: וְשָׁם) עַל ג' סִימָנִין מְעַבְּרִין הַשָּׁנָה עַל הָאָבִיב וְעַל פֵּירוֹת הָאִילָן וְעַל הַתְּקוּפָה עַל שְׁנַיִם מֵהֶן מְעַבְּרִין עַל אֶחָד אֵין מְעַבְּרִין וְרַשְׁבָּ"ג דְּאָמַר הָתָם עַל הַתְּקוּפָה אִיבְּעִי לָן עַל הַתְּקוּפָה שְׂמֵחִין אוֹ דִּילְמָא מְעַבְּרִין וְקַיְימָא בְּתֵיקוּ וְי"ל דְּהָתָם בִּתְקוּפַת תִּשְׁרֵי אַיְירֵי אֲבָל הָכָא בִּתְקוּפַת נִיסָן דַּעֲלֵיהּ לְבַדָּהּ מְעַבְּרִין וְצָרִיךְ טַעַם כֵּיוָן דְּמִקְּרָא קָא דָּרְשִׁי הָכָא וְהָכָא מַאי שְׁנָא:
'Embolise cette année-là et ne t'en inquiète pas' — c'est étonnant, car il est enseigné au premier chapitre de Sanhédrin (11b) : 'sur trois signes on embolise l'année : sur l'aviv, sur les fruits de l'arbre et sur la tekoufa ; sur deux d'entre eux on embolise, sur un seul on n'embolise pas' ; et Rabban Chimon ben Gamliel, qui dit là-bas 'sur la tekoufa' — on s'est demandé : sur la tekoufa nous réjouissons-nous (n'embolisons-nous que pour l'agrément) ou bien embolisons-nous [effectivement] ? et cela reste en teïkou (non tranché). On peut répondre : là-bas il s'agit de la tekoufa de Tichri, mais ici de la tekoufa de Nissan, sur laquelle seule on embolise. Et il faut [encore] une raison : puisqu'ici et là on tire d'un verset (dracha), en quoi [les deux cas] diffèrent-ils ?
💡 Explication

Règle d'embolisme (ibbour, année de treize mois) fondée sur l'astronomie solaire. Si le calcul montre que la tekoufat Tevet (l'hiver) s'étend jusqu'au 16 Nissan — c'est-à-dire que l'équinoxe de printemps (tekoufat Nissan) tomberait après le 15 — il faut rajouter un mois à l'année pour que l'équinoxe retombe dans la première quinzaine de Nissan. Fondement : 'garde le mois de l'aviv' (Dt 16:1), l'équinoxe solaire (aviv, mûrissement des grains) doit tomber dans la partie 'neuve' (hidouch) de Nissan lunaire. Ne pas hésiter (ne pas dire 'c'est un avis isolé').

🖼️ Schéma
Quand embolismer l'année ? La règle de l'équinoxe (tekoufat Nissan) "Garde le mois de l'aviv" (Dt 16:1) : l'équinoxe de printemps doit tomber DANS Nissan 1 Nissan 14 Nissan 16 Nissan équinoxe le 14 -> aviv dans Nissan : OK équinoxe le 15 -> rajouter Adar suffit équinoxe s'étend au 16 -> embolismer l'ANNÉE
La règle de l'équinoxe : embolisme selon la position de la tekoufat Nissan.
9
אֲמַר לְהוּ רַב נַחְמָן לְהָנְהוּ נָחוֹתֵי יַמָּא: אַתּוּן דְּלָא יָדְעִיתוּ בִּקְבִיעָא דְיַרְחָא, כִּי חָזֵיתוּ סֵיהֲרָא דְּמַשְׁלֵים לְיוֹמָא — בְּעִירוֹ חֲמִירָא.

Rav Nahman dit à ces marins (nahoutei yama = ceux qui descendent en mer) : vous qui ne connaissez pas la fixation du mois (kevia de-yarha), quand vous voyez la lune 'pleine au jour' (de-machlim le-yoma) — brûlez le hamets.

📜 Rachi (1)
סֵיהֲרָא דְּמַשְׁלִים לְיוֹמָא שֶׁהַיָּרֵחַ מַשְׁלִים מֵאוֹרוֹ עִם הָנֵץ הַחַמָּה שֶׁאֵינוֹ מַחְשִׁיךְ עַד שְׁעַת זְרִיחָה:
La lune 'pleine au jour' — que la lune complète sa lumière avec le lever du soleil (netz ha-hama), c'est-à-dire qu'elle ne s'obscurcit pas avant l'heure du lever [du soleil].
💡 Explication

Les marins partis avant Nissan ne pourront pas connaître la fixation exacte du mois par les messagers. Rav Nahman leur donne un signe astronomique : quand la lune est 'pleine au jour' (elle brille toute la nuit, du coucher du soleil jusqu'à son lever, sans que l'obscurité s'installe avant l'aube), c'est le milieu de Nissan — c'est le moment de brûler le hamets pour Pessa'h.

10
אֵימַת מַשְׁלִים — בַּחֲמֵיסַר. וְהָא אֲנַן מֵאַרְבֵּיסַר מְבַעֲרִינַן! לְדִידְהוּ דִּמְגַלּוּ לְהוּ עָלְמָא, מֵאַרְבֵּיסַר מְשָׁלִים.

Quand est-elle 'pleine' ? Le quinze.

Mais nous, c'est du quatorze que nous brûlons [le hamets] ! Pour eux, à qui le monde est découvert (de-megalou lehou alma), c'est des le quatorze qu'elle est 'pleine'.

💡 Explication

Objection : la lune n'est réellement pleine (visible toute la nuit) que le 15, or on brûle le hamets le 14. Réponse : en pleine mer, où l'horizon est totalement dégagé (le monde leur est 'découvert', sans montagnes ni obstacles), la lune paraît déjà 'pleine au jour' dès le 14. Les marins peuvent donc se fier à ce signe pour fixer la date de Pessa'h et le moment de brûler le hamets.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).