Sougya : La Guemara demande si UN seul témoin suffit pour authentifier le témoin qui a vu la nouvelle lune : Rav Papa explique que le mot 'aher' (un autre) de la Michna désigne une AUTRE PAIRE de témoins, car l'authentification, étant un 'michpat' (jugement), exige deux témoins ; l'histoire de R. Nehorai qui alla seul témoigner à Oucha est résolue (un second témoin l'accompagnait ou l'attendait).
Elle enseigne ensuite que toute chose 'destinée à être révélée' (comme la sanctification du mois) est crue même sur un seul homme, car nul ne ment sur ce qui se vérifiera. Vient le récit de la corruption des Boethusiens (Baytossim), qui louèrent deux faux témoins pour tromper les Sages sur le jour du mois (afin de fixer Pessa'h un Chabbat) : l'infiltré 'des nôtres' dévoila la ruse par une description grotesque de la lune et les 200 zouz noués dans son drap ; d'où l'ordonnance de n'accepter que des témoins connus.
La Michna passe alors à la signalisation par feux (mechouot) allumés de sommet en sommet (mont des Oliviers, Sartava, Grofina, Havran, Bet Baltin) jusqu'à la Diaspora, abandonnée après la corruption par les Koutim (Samaritains) au profit d'émissaires ; la Guemara précise qu'on n'allumait que pour un mois déficient, par un décret de R. Zera.
Mais un seul [témoin] est-il crédible ?! N'a-t-on pas enseigné (baraita) : il arriva qu'il vint, lui et ses témoins avec lui, pour témoigner à son sujet !
(le pluriel 'ses témoins' prouve qu'il en faut deux). Rav Papa dit : que signifie 'un autre' (aher) ?
Une autre paire (zoug aher).
La Michna (22a) disait qu'on fait venir 'un autre' (aher) pour authentifier un témoin inconnu du mois. Objection : un seul témoin suffirait-il ? La baraita 'lui et ses témoins' (pluriel) prouve qu'il en faut deux. Rav Papa : 'aher' ne désigne pas un individu mais une autre paire (zoug aher) de témoins.
Ainsi est-il logique aussi, car si tu ne dis pas ainsi : [dans la Michna] 's'ils ne le reconnaissent pas', que signifie 'le' (oto) ? Si tu dis 'le' [= un seul témoin] — mais un seul est-il crédible ?! 'Michpat' (jugement) est écrit à son sujet !
Plutôt, que signifie 'oto' ? 'Cette paire-là' (oto ha-zoug). De même ici : que signifie 'un autre' ?
Une autre paire.
Confirmation : le mot 'oto' de la Michna ('s'ils ne le reconnaissent pas') ne peut viser un seul témoin, car un seul n'est pas crédible — l'authentification est un 'michpat' (jugement), qui exige deux témoins (Ps 81:5). 'Oto' vise donc la paire ; et de même 'aher' = une autre paire.
Et un seul n'est-il pas crédible ?! N'a-t-on pas enseigné (baraita) : il arriva à propos de Rabbi Nehorai, qui alla auprès du témoin pour témoigner à son sujet, un Chabbat, à Oucha !
Contre-objection : un seul serait crédible ! Car R. Nehorai alla, apparemment seul, témoigner (authentifier le témoin) un Chabbat à Oucha (siège du Sanhédrin a cette époque).
Ils dirent : Rabbi Nehorai avait un autre témoin avec lui, et s'il n'a pas été mentionné — c'est par égard pour l'honneur de Rabbi Nehorai. Rav Achi dit : un autre témoin se trouvait [déjà] à Oucha, et Rabbi Nehorai alla se joindre à lui.
Deux résolutions. (1) Un second témoin accompagnait R. Nehorai, mais on ne l'a pas cité par honneur pour R. Nehorai (pour ne pas placer à son niveau un homme moindre). (2) Rav Achi : un second témoin attendait déjà à Oucha, et R. Nehorai alla se joindre à lui.
Si c'est ainsi, qu'y avait-il à énoncer [cet enseignement] ? [Réponse :] pour que tu ne dises pas 'dans un cas de doute on ne profane pas le Chabbat' — il [nous] enseigne [qu'on le fait].
Selon Rav Achi (le second témoin attendait déjà à Oucha), quel est l'intérêt de rapporter le fait ? Il enseigne qu'on profane le Chabbat même en cas de doute (le témoin de Oucha pouvait être absent), tant l'enjeu du mois est important.
Quand Oulla vint [de Terre d'Israël à Babylone], il dit : on a sanctifié le mois en Occident (be-maarava, = Eretz Israël). Rav Kahana dit : il n'est pas besoin de [dire pour] Oulla, qui est un grand homme, qu'il est crédible ; mais même un homme quelconque est [aussi] crédible.
Pourquoi ? Toute chose destinée à être révélée (avida le-iggloueï), les gens ne mentent pas à son sujet.
Cela aussi a été enseigné (baraita) : si un [seul] homme vient du bout du monde et dit 'le tribunal a sanctifié le mois' — il est cru.
Nouveau principe : une information vérifiable (avida le-iggloueï, 'destinée à être révélée') est crue même d'un seul homme quelconque, car nul ne ment sur ce qui se découvrira de toute façon. La sanctification du mois étant publique, un seul messager suffit à l'annoncer.
'Au début on recevait le témoignage du mois de tout homme, etc.' Nos maîtres ont enseigné (baraita) : quelle corruption les Boethusiens (Baytossim) provoquèrent-ils ? Une fois, les Boethusiens voulurent égarer les Sages : ils louèrent deux hommes pour quatre cents zouz — l'un des nôtres, l'autre des leurs.
Retour à la Michna : jadis on recevait le témoignage de tous, jusqu'à la corruption des Boethusiens (Baytossim, secte niant la loi orale). Ils louèrent deux faux témoins (400 zouz) — un de leur camp, et un infiltré du camp des Sages ('des nôtres', non reconnu comme tel).
Le leur témoigna son témoignage et sortit. Au nôtre, ils dirent : dis comment tu as vu la lune !
Il leur dit : je montais à la montée d'Adoumim et je l'ai vue accroupie entre deux rochers ; sa tête ressemblait à un veau, ses oreilles à un chevreau, ses cornes à un daim, et sa queue reposait entre ses cuisses ; je l'ai regardée, j'ai eu peur et je suis tombé à la renverse. Et si vous ne me croyez pas — voici deux cents zouz noués dans mon drap.
Le faux témoin 'des leurs' dépose et sort. Le second (l'infiltré 'des nôtres') donne alors une description grotesque et impossible de la lune (veau, chevreau, daim...) pour se démasquer lui-même, puis révèle les 200 zouz (sa moitié du salaire) noués dans son drap comme preuve de la corruption.
Ils lui dirent : qui t'a contraint à [agir] ainsi ? Il leur dit : j'ai entendu que les Boethusiens cherchaient à égarer les Sages ; je me suis dit : j'irai, moi, et je [les] avertirai, de peur que ne viennent des hommes indignes qui égareraient les Sages.
Interrogé sur son motif, l'infiltré explique qu'il s'est fait embaucher exprès pour deviner la ruse et en avertir les Sages, redoutant que de vrais imposteurs ne réussissent la où lui aurait échoué à alerter.
Ils lui dirent : les deux cents zouz te sont donnés en cadeau, et celui qui t'a loué sera étendu sur le poteau [pour la flagellation]. À ce moment-là, ils ordonnèrent qu'on ne reçoive [le témoignage du mois] que de gens connus (makirin).
Sentence : les 200 zouz lui sont attribués (le tribunal peut déclarer un bien sans maître — hefker bet din), et l'employeur boethusien est flagellé (étendu au poteau). D'où la takana (ordonnance) : n'accepter désormais le témoignage du mois que de témoins connus du Sanhédrin.
MICHNA. Au début, on allumait des feux de signalisation (mechouot).
Lorsque les Koutim (Samaritains) corrompirent [le procédé], on ordonna que des émissaires (chelouhin) partent [annoncer le mois].
Nouvelle Michna : jadis, après la sanctification du mois, on l'annonçait à distance par des feux (mechouot) de sommet en sommet, sans émissaires. Mais les Koutim (Samaritains) allumèrent des feux à de mauvais moments pour égarer Israël ; on institua donc l'envoi d'émissaires.
Comment allumait-on les feux ? On apportait de longues perches de cèdre, des roseaux, du bois d'olivier (bois gras) et de l'étoupe de lin ; on les liait avec une cordelette ; on montait au sommet de la montagne et on y mettait le feu ; on [le] faisait aller et venir, monter et descendre, jusqu'à voir son compagnon faire de même au sommet de la deuxième montagne, et de même au sommet de la troisième montagne.
Technique du feu : matériaux inflammables (cèdre, roseaux, bois gras, étoupe) liés en torche, hissés au sommet, allumés, puis agités (va-et-vient, haut-bas) jusqu'à ce que le relais suivant réponde de même, de montagne en montagne.
Et depuis quelles [montagnes] allumait-on les feux ? Du mont de l'Onction (Har ha-Michha, = mont des Oliviers) à Sartava, de Sartava à Grofina, de Grofina à Havran, de Havran à Bet Baltin ; et de Bet Baltin on ne bougeait plus de là, mais on faisait aller et venir, monter et descendre, jusqu'à voir toute la Diaspora devant soi comme un brasier (medourat ech).
L'itinéraire des relais : mont des Oliviers (Har ha-Michha) → Sartava → Grofina → Havran → Bet Baltin (terminus). De là, on agitait le feu jusqu'à voir toute la Diaspora (Babylone) s'illuminer en retour comme un immense brasier.
GUEMARA. D'où [sait-on] que 'machiïn' (allumer) est une expression de combustion (yekod) ?
Car il est écrit 'David et ses hommes les emportèrent (va-yissaem)' (II Sam 5:21), et nous traduisons [en araméen] 'David [les] brûla (ve-okdinan David)'.
La Guemara justifie que machiïn ('on faisait monter/allumer') signifie bien brûler : le verset 'va-yissaem' (II Sam 5:21) est rendu par le Targoum par ve-okdinan (ils brûlèrent) — même racine.
Nos maîtres ont enseigné (baraita) : on n'allume les feux que pour un mois vu en son temps (le 30), afin de le sanctifier. Et quand allume-t-on ?
Au soir de son 'ibbour' (le soir du 31).
Règle : on n'allume que pour un mois dont la lune fut vue à temps, le 30 (mois déficient, haser, de 29 jours), afin d'annoncer sa sanctification. Le moment de l'allumage : le soir de l'ibbour (le soir du 31, c.-à-d. la nuit qui aurait été ajoutée si le mois était plein).
C'est-à-dire : pour un [mois] déficient (haser) on [le] fait, pour un [mois] plein (mâle) on ne [le] fait pas. Pourquoi ?
Rabbi Zera dit : c'est un décret, à cause du Roch Hodech déficient qui tombe un vendredi (veille de Chabbat). Quand [le] fait-on alors ?
À la sortie du Chabbat. Car si tu disais 'faisons-le aussi pour un [mois] plein' — on en viendrait...
Nafka mina : on allume pour un mois déficient (haser), pas pour un mois plein (mâle). Décret de R. Zera : dans le cas d'un Roch Hodech déficient tombant un vendredi, on ne peut allumer le vendredi soir (Chabbat) ; on repousse alors à la sortie du Chabbat. Si l'on allumait aussi pour les mois pleins, on risquerait la confusion (la suite, sur 23a).
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).