Rosh Hashanah 22b — un ou deux témoins pour le mois, la ruse des Boethusiens, et la chaîne des feux (mechouot) vers la Diaspora

Rosh Hashanah 22b

Sougya : La Guemara demande si UN seul témoin suffit pour authentifier le témoin qui a vu la nouvelle lune : Rav Papa explique que le mot 'aher' (un autre) de la Michna désigne une AUTRE PAIRE de témoins, car l'authentification, étant un 'michpat' (jugement), exige deux témoins ; l'histoire de R. Nehorai qui alla seul témoigner à Oucha est résolue (un second témoin l'accompagnait ou l'attendait).

Elle enseigne ensuite que toute chose 'destinée à être révélée' (comme la sanctification du mois) est crue même sur un seul homme, car nul ne ment sur ce qui se vérifiera. Vient le récit de la corruption des Boethusiens (Baytossim), qui louèrent deux faux témoins pour tromper les Sages sur le jour du mois (afin de fixer Pessa'h un Chabbat) : l'infiltré 'des nôtres' dévoila la ruse par une description grotesque de la lune et les 200 zouz noués dans son drap ; d'où l'ordonnance de n'accepter que des témoins connus.

La Michna passe alors à la signalisation par feux (mechouot) allumés de sommet en sommet (mont des Oliviers, Sartava, Grofina, Havran, Bet Baltin) jusqu'à la Diaspora, abandonnée après la corruption par les Koutim (Samaritains) au profit d'émissaires ; la Guemara précise qu'on n'allumait que pour un mois déficient, par un décret de R. Zera.

Un seul témoin suffit-il pour le témoignage du mois ? Cas: le mot 'aher' (un autre) semble dire 1 témoin Réponse de Rav Papa Le mot 'aher' laisse penser qu'UN seultémoin authentifie le témoin du mois'aher' = une AUTRE PAIRE (zoug aher)de témoins, pas un individu Baraita: 'il vint, LUI ET SES TÉMOINS'(pluriel) -> il faut 2 témoins pourauthentifier un témoin inconnu'oto' = 'cette PAIRE' (oto ha-zoug),pas 'ce témoin' uniquecar 'michpat' (jugement) exige 2 Principe: 'michpat' est écrit -> toute authentification exige DEUX témoins Objection R. Nehorai (alla seul témoigner à Oucha) -> il avait un 2e témoin, tu (par honneur) OU un 2e témoin l'attendait déjà à Oucha, et R. Nehorai alla se joindre à lui
Un ou deux témoins pour authentifier le témoin du mois (segments 0-4).
La ruse des Boethusiens (Baytossim) et son échec Mobile: le 30 Adar tombe un Chabbat, la lune n'a pas paru à temps. Ils veulent forcer le 1er jour de Pessa'h un Chabbat (pour que 'lendemain du Chabbat' = dimanche fixe l'Omer) Ils louent 2 hommes (400 zouz) 1 des leurs + 1 des NÔTRES (infiltré) L'homme 'des nôtres' voulait avertir les Sages avant de vrais imposteurs Le 'nôtre' décrit la lune de façon absurde (veau/chevreau/cerf, queue entre les cuisses) 'et si vous ne me croyez pas: 200 zouz noués dans mon drap' -> il dévoile la corruption (le témoin de LEUR camp avait déjà déposé et était sorti) Verdict: les 200 zouz lui sont donnés (hefker bet din), l'employeur est étendu au poteau (flagellation) Ordonnance (takana): désormais on n'accepte le témoignage QUE de témoins connus (makirin)
La ruse des Boethusiens et son démasquage (segments 6-9).
La chaîne des feux (mechouot) : de Jérusalem à la Diaspora Har ha-Michha (mont des Oliviers) Sartava Grofina Havran Bet Baltin (terminus) On agite le feu (va-et-vient, haut-bas) jusqu'à voir toute la Diaspora comme un brasier On n'allume QUE pour un mois vu 'à temps' (le 30) -> le soir du 'ibbour' (soir du 31), donc seulement pour un mois DÉFICIENT (haser). Décret de R. Zera (voir seg. 15)
La chaîne des feux de signalisation de Jérusalem à la Diaspora (segments 11-15).
1
וְחַד מִי מְהֵימַן?! וְהַתַּנְיָא: מַעֲשֶׂה שֶׁבָּא הוּא וְעֵדָיו עִמּוֹ לְהָעִיד עָלָיו! אָמַר רַב פָּפָּא: מַאי ״אַחַר״ — זוּג אַחֵר.

Mais un seul [témoin] est-il crédible ?! N'a-t-on pas enseigné (baraita) : il arriva qu'il vint, lui et ses témoins avec lui, pour témoigner à son sujet !

(le pluriel 'ses témoins' prouve qu'il en faut deux). Rav Papa dit : que signifie 'un autre' (aher) ?

Une autre paire (zoug aher).

📜 Rachi (3)
וְחַד מִי מְהֵימַן לְהַכְשִׁירוֹ לָזֶה בְּחֶזְקַת נֶאֱמָן:
Mais un seul est-il crédible — pour le rendre apte [ce témoin], en le tenant pour digne de foi.
מַעֲשֶׂה שֶׁבָּא הָעֵד לִפְנֵי ב"ד בְּשַׁבָּת לְהָעִיד עַל הַחֹדֶשׁ:
Il arriva qu'il vint — le témoin devant le tribunal, un Chabbat, pour témoigner sur [la nouvelle lune] du mois.
וְעֵדָיו עִמּוֹ לְהַחֲזִיקוֹ נֶאֱמָן:
Et ses témoins avec lui — pour l'établir comme digne de foi.
🗂️ Tossefot (1)
וְחַד מִי מְהֵימַן. תֵּימַהּ כִּי לָא מְהֵימַן נָמֵי מְחַלֵּל אֶת הַשַּׁבָּת לֵילֵךְ שָׁם שֶׁמָּא יִצְטָרֵף עִם אַחֵר כְּדִתְנַן בפ"ק (לְעֵיל ע"א) גַּבֵּי אָב וּבְנוֹ דְּיֵלְכוּ לֹא מִפְּנֵי שֶׁיִּצְטָרְפוּ זֶה עִם זֶה אֶלָּא שֶׁאִם יִפָּסֵל הָאֶחָד שֶׁיִּצְטָרֵף הַשֵּׁנִי עִם אַחֵר וְנִרְאֶה דְּלָא מַקְשֶׁה הֵיאַךְ אַחֵר מְחַלֵּל שַׁבָּת כֵּיוָן דְּלָא מְהֵימַן לְחוּדֵיהּ אֶלָּא מַקְשֶׁה עַל לִישָּׁנָא דְּמַתְנִי' דִּנְקַט אַחֵר דְּמַשְׁמַע דְּחַד מְהֵימַן:
'Mais un seul est-il crédible' — c'est étonnant : même s'il n'est pas crédible [à lui seul], il profane [pourtant] le Chabbat en s'y rendant, dans l'éventualité où il se joindrait à un autre, comme nous avons appris au premier chapitre (ci-dessus 21b) à propos du père et de son fils, qui vont [témoigner], non pour se joindre l'un à l'autre, mais afin que, si l'un est disqualifié, le second se joigne à un autre. Il apparaît donc qu'on ne demande pas comment un [seul] autre pourrait profaner le Chabbat puisqu'il n'est pas crédible seul ; on interroge plutôt la formulation de la Michna, qui emploie 'un autre' (aher), ce qui laisse entendre qu'un seul est crédible.
💡 Explication

La Michna (22a) disait qu'on fait venir 'un autre' (aher) pour authentifier un témoin inconnu du mois. Objection : un seul témoin suffirait-il ? La baraita 'lui et ses témoins' (pluriel) prouve qu'il en faut deux. Rav Papa : 'aher' ne désigne pas un individu mais une autre paire (zoug aher) de témoins.

2
הָכִי נָמֵי מִסְתַּבְּרָא, דְּאִי לָא תֵּימָא הָכִי — ״אִם אֵינָן מַכִּירִין אוֹתוֹ״, מַאי ״אוֹתוֹ״? אִילֵּימָא ״אוֹתוֹ״ חַד — וְחַד מִי מְהֵימַן? ״מִשְׁפָּט״ כְּתִיב בֵּיהּ. אֶלָּא מַאי ״אוֹתוֹ״ — אוֹתוֹ הַזּוּג, הָכִי נָמֵי: מַאי ״אַחַר״ — זוּג אַחֵר.

Ainsi est-il logique aussi, car si tu ne dis pas ainsi : [dans la Michna] 's'ils ne le reconnaissent pas', que signifie 'le' (oto) ? Si tu dis 'le' [= un seul témoin] — mais un seul est-il crédible ?! 'Michpat' (jugement) est écrit à son sujet !

Plutôt, que signifie 'oto' ? 'Cette paire-là' (oto ha-zoug). De même ici : que signifie 'un autre' ?

Une autre paire.

📜 Rachi (2)
חַד מִי מְהֵימַן לְעֵדוּת הַחֹדֶשׁ:
Un seul est-il crédible — pour le témoignage du mois.
מִשְׁפָּט כְּתִיב בֵּיהּ כִּי חֹק לְיִשְׂרָאֵל הוּא מִשְׁפָּט וְגוֹ':
'Michpat' est écrit à son sujet — 'car c'est un décret (hok) pour Israël, un jugement (michpat)...' [Ps 81:5, et tout jugement exige deux témoins].
🗂️ Tossefot (1)
אֶלָּא מַאי אוֹתוֹ אוֹתוֹ זוּג. תֵּימַהּ מַאי קָאָמַר אֲנִי יָכוֹל לוֹמַר אֶחָד מֵאוֹתוֹ הַזּוּג:
'Plutôt, que signifie oto ? Cette paire-là' — c'est étonnant : que dit-il [d'objectable] ? Je pourrais [en effet] dire 'l'un de cette paire-là' [et non toute la paire] !
💡 Explication

Confirmation : le mot 'oto' de la Michna ('s'ils ne le reconnaissent pas') ne peut viser un seul témoin, car un seul n'est pas crédible — l'authentification est un 'michpat' (jugement), qui exige deux témoins (Ps 81:5). 'Oto' vise donc la paire ; et de même 'aher' = une autre paire.

3
וְחַד לָא מְהֵימַן? וְהַתַּנְיָא: מַעֲשֶׂה בְּרַבִּי נְהוֹרַאי שֶׁהָלַךְ אֵצֶל הָעֵד לְהָעִיד עָלָיו בְּשַׁבָּת בְּאוּשָׁא!

Et un seul n'est-il pas crédible ?! N'a-t-on pas enseigné (baraita) : il arriva à propos de Rabbi Nehorai, qui alla auprès du témoin pour témoigner à son sujet, un Chabbat, à Oucha !

📜 Rachi (1)
בְּאָוְשָׁא כְּשֶׁיָּשְׁבָה סַנְהֶדְרִין שָׁם וְשָׁם הָיוּ מְקַדְּשִׁין אֶת הַחֹדֶשׁ:
À Oucha — lorsque le Sanhédrin y siégeait ; c'est là qu'on sanctifiait le mois.
💡 Explication

Contre-objection : un seul serait crédible ! Car R. Nehorai alla, apparemment seul, témoigner (authentifier le témoin) un Chabbat à Oucha (siège du Sanhédrin a cette époque).

4
אָמְרִי: רַבִּי נְהוֹרַאי סָהֲדָא אַחֲרִינָא הֲוָה בַּהֲדֵיהּ, וְהָא דְּלָא חָשֵׁיב לֵיהּ — מִשּׁוּם כְּבוֹדוֹ שֶׁל רַבִּי נְהוֹרַאי. רַב אַשִּׁי אָמַר: רַבִּי נְהוֹרַאי סָהֲדָא אַחֲרִינָא הֲוָה בְּאוּשָׁא, וַאֲזַל רַבִּי נְהוֹרַאי לְאִצְטְרוֹפֵי בַּהֲדֵיהּ.

Ils dirent : Rabbi Nehorai avait un autre témoin avec lui, et s'il n'a pas été mentionné — c'est par égard pour l'honneur de Rabbi Nehorai. Rav Achi dit : un autre témoin se trouvait [déjà] à Oucha, et Rabbi Nehorai alla se joindre à lui.

📜 Rachi (2)
מִשּׁוּם כְּבוֹדוֹ דְּרַבִּי נְהוֹרַאי שֶׁהֲרֵי לֹא הֻוזְכַּר ר' נְהוֹרַאי אֶלָּא לִלְמֹוד מִמֶּנּוּ שֶׁאָדָם גָּדוֹל כְּמוֹתוֹ נָהַג הֶיתֵּר בַּדָּבָר וְאֵין כְּבוֹדוֹ שֶׁנָּבִיא אֶת רְאָיוֹתֵינוּ אַף מֵחֲבֵירוֹ הַקָּטָן מִמֶּנּוּ:
Par égard pour l'honneur de Rabbi Nehorai — car R. Nehorai n'a été mentionné que pour apprendre de lui qu'un homme aussi grand a agi en permettant la chose [de profaner le Chabbat] ; or il n'est pas digne de son honneur que nous rapportions nos preuves d'après son compagnon, moindre que lui.
סָהֲדָא אַחֲרִינָא הֲוָה בְּאוּשָׁא הַמַּכִּיר אֶת הָעֵד הַזֶּה:
Un autre témoin se trouvait à Oucha — celui qui reconnaissait ce témoin-ci.
🗂️ Tossefot (1)
סָהֲדָא אַחֲרִינָא הֲוָה. י"ל דְּמַייְרֵי בְּעֵד. אֶחָד שֶׁרָאָה הַחֹדֶשׁ שֶׁהָלַךְ רַבִּי נְהוֹרַאי לְהִצְטָרֵף עִמּוֹ וּלְהָעִיד נָמֵי עַל הַחֹדֶשׁ וְהָא דְּקָתָנֵי בַּבָּרַיְיתָא לְהָעִיד עָלָיו אַחֹדֶשׁ קָאֵי אֲבָל בַּיָּרוֹ' וּבַתּוֹסֶפְתָּא (פ"א) מוּכָח בְּהֶדְיָא דִּבְהַכָּרַת הָעֵד מַיְירֵי שֶׁהָלַךְ ר' נְהוֹרַאי לְהָעִיד עָלָיו דְּכָשֵׁר וְכֵן פרש"י וְקָאֵי פִּירְכָא דְּאִי הָכִי אַתְּרֵי שִׁינּוּיֵי:
'Un autre témoin se trouvait [là]' — on peut dire qu'il s'agit d'un témoin qui avait vu la [nouvelle] lune, auprès duquel R. Nehorai alla se joindre pour témoigner lui aussi sur le mois ; et ce que la baraita enseigne 'pour témoigner à son sujet' se rapporte à la [nouvelle] lune. Mais dans le Yerouchalmi et la Tossefta (ch. 1), il ressort clairement qu'il s'agit de la reconnaissance du témoin — que R. Nehorai alla témoigner à son sujet [pour l'authentifier], ce qui est valide ; ainsi l'explique Rachi. Et [dans cette lecture] revient l'objection : s'il en est ainsi [qu'un seul témoin suffit], [la Guemara] doit apporter deux réponses [distinctes].
💡 Explication

Deux résolutions. (1) Un second témoin accompagnait R. Nehorai, mais on ne l'a pas cité par honneur pour R. Nehorai (pour ne pas placer à son niveau un homme moindre). (2) Rav Achi : un second témoin attendait déjà à Oucha, et R. Nehorai alla se joindre à lui.

5
אִי הָכִי, מַאי לְמֵימְרָא? מַהוּ דְתֵימָא: מִסְּפֵיקָא לָא מְחַלְּלִינַן שַׁבְּתָא, קָא מַשְׁמָע לַן.

Si c'est ainsi, qu'y avait-il à énoncer [cet enseignement] ? [Réponse :] pour que tu ne dises pas 'dans un cas de doute on ne profane pas le Chabbat' — il [nous] enseigne [qu'on le fait].

📜 Rachi (1)
מִסְּפֵיקָא שֶׁמָּא אֵין אוֹתוֹ הָעֵד בְּבֵיתוֹ:
En cas de doute — dans l'éventualité où ce témoin-là ne serait pas chez lui [à Oucha].
💡 Explication

Selon Rav Achi (le second témoin attendait déjà à Oucha), quel est l'intérêt de rapporter le fait ? Il enseigne qu'on profane le Chabbat même en cas de doute (le témoin de Oucha pouvait être absent), tant l'enjeu du mois est important.

6
כִּי אֲתָא עֻולָּא, אֲמַר: קִדְּשׁוּהָ לְיַרְחָא בְּמַעֲרָבָא. אָמַר רַב כָּהֲנָא: לָא מִיבַּעְיָא עֻולָּא, דְּגַבְרָא רַבָּה הוּא, דִּמְהֵימַן. אֶלָּא אֲפִילּוּ אִינִישׁ דְּעָלְמָא נָמֵי מְהֵימַן. מַאי טַעְמָא? כֹּל מִילְּתָא דַּעֲבִידָא לְאִגַּלּוֹיֵי — לָא מְשַׁקְּרִי בַּהּ אִינָשֵׁי. תַּנְיָא נָמֵי הָכִי: בָּא אֶחָד בְּסוֹף הָעוֹלָם וְאָמַר קִדְּשׁוּ בֵּית דִּין אֶת הַחֹדֶשׁ — נֶאֱמָן.

Quand Oulla vint [de Terre d'Israël à Babylone], il dit : on a sanctifié le mois en Occident (be-maarava, = Eretz Israël). Rav Kahana dit : il n'est pas besoin de [dire pour] Oulla, qui est un grand homme, qu'il est crédible ; mais même un homme quelconque est [aussi] crédible.

Pourquoi ? Toute chose destinée à être révélée (avida le-iggloueï), les gens ne mentent pas à son sujet.

Cela aussi a été enseigné (baraita) : si un [seul] homme vient du bout du monde et dit 'le tribunal a sanctifié le mois' — il est cru.

💡 Explication

Nouveau principe : une information vérifiable (avida le-iggloueï, 'destinée à être révélée') est crue même d'un seul homme quelconque, car nul ne ment sur ce qui se découvrira de toute façon. La sanctification du mois étant publique, un seul messager suffit à l'annoncer.

7
בָּרִאשׁוֹנָה הָיוּ מְקַבְּלִין עֵדוּת הַחֹדֶשׁ מִכָּל אָדָם וְכוּ׳. תָּנוּ רַבָּנַן: מֶה קִלְקוּל קִלְקְלוּ הַבַּיְיתּוֹסִין? פַּעַם אַחַת בִּקְּשׁוּ בַּייְתּוֹסִין לְהַטְעוֹת אֶת חֲכָמִים, שָׂכְרוּ שְׁנֵי בְּנֵי אָדָם בְּאַרְבַּע מֵאוֹת זוּז, אֶחָד מִשֶּׁלָּנוּ, וְאֶחָד מִשֶּׁלָּהֶם.

'Au début on recevait le témoignage du mois de tout homme, etc.' Nos maîtres ont enseigné (baraita) : quelle corruption les Boethusiens (Baytossim) provoquèrent-ils ? Une fois, les Boethusiens voulurent égarer les Sages : ils louèrent deux hommes pour quatre cents zouz — l'un des nôtres, l'autre des leurs.

📜 Rachi (2)
לְהַטְעוֹת אֶת הַחֲכָמִים שֶׁאֵירַע יוֹם ל' שֶׁל אֲדָר בְּשַׁבָּת וְלֹא נִרְאֶה חֹדֶשׁ בִּזְמַנּוֹ וְהַבַּייְתּוֹסִין מִתְאַוִּין שֶׁיְּהֵא יוֹם רִאשׁוֹן שֶׁל פֶּסַח בְּשַׁבָּת כְּדֵי שֶׁתְּהֵא הֲנָפַת הָעֹומֶר בְּאֶחָד בְּשַׁבָּת וַעֲצֶרֶת בְּאֶחָד בְּשַׁבָּת לְפִי שֶׁהֵן דּוֹרְשִׁין מִמָּחֳרַת הַשַּׁבָּת יְנִיפֵנוּ מִמָּחֳרַת שַׁבַּת בְּרֵאשִׁית כְּמִשְׁמָעוֹ וְשָׂכְרוּ שְׁנֵי בְּנֵי אָדָם לְהָעִיד שֶׁרָאוּ אֶת הַחֹדֶשׁ הַיּוֹם:
Égarer les Sages — car le 30 Adar tomba un Chabbat et la [nouvelle] lune ne parut pas en son temps ; les Boethusiens désiraient que le premier jour de Pessa'h tombe un Chabbat, afin que le balancement du Omer ait lieu un dimanche et Chavouot un dimanche, car ils interprètent 'au lendemain du Chabbat il le balancera' comme 'au lendemain du Chabbat de la Création' au sens littéral [= le dimanche] ; ils louèrent donc deux hommes pour témoigner qu'ils avaient vu la [nouvelle] lune ce jour-là.
אֶחָד מִשֶּׁלָּנוּ וְלֹא הִכִּירוּהוּ:
L'un des nôtres — et [les Sages] ne le reconnurent pas [comme étant des leurs].
🗂️ Tossefot (1)
לְהַטְעוֹת אֶת חֲכָמִים. שֶׁאֵירַע יוֹם ל' שֶׁל אֲדָר בְּשַׁבָּת וְלֹא נִרְאֶה הַחֹדֶשׁ בִּזְמַנּוֹ וּבַייְתּוֹסִין מִתְאַוִּין שֶׁיְּהֵא יוֹם א' שֶׁל פֶּסַח בְּשַׁבָּת כְּדֵי שֶׁתְּהֵא הֲנָפַת הָעֹומֶר בְּאֶחָד בְּשַׁבָּת וַעֲצֶרֶת בְּאֶחָד בְּשַׁבָּת לְפִי שֶׁהָיוּ דּוֹרְשִׁין מִמָּחֳרַת הַשַּׁבָּת שַׁבַּת בְּרֵאשִׁית כְּמִשְׁמָעוֹ כָּךְ פֵּי' בַּקּוּנְטְרֵס וא"ת וּמַה מַרְוִיחִים וַהֲלֹא מִתְקַלְקְלִין לְעִנְיַן פֶּסַח וי"ל דְּלָא חֲשִׁיבִי לֵיהּ קִלְקוּל מִשּׁוּם דְּדָרְשִׁי אַתֶּם וְאַפֵּי' מְזִידִים:
'Égarer les Sages' — [Rachi explique :] car le 30 Adar tomba un Chabbat et la lune ne parut pas en son temps ; les Boethusiens désiraient que le premier jour de Pessa'h tombe un Chabbat, afin que le balancement du Omer ait lieu un dimanche et Chavouot un dimanche, car ils interprétaient 'au lendemain du Chabbat' comme le Chabbat de la Création au sens littéral ; ainsi l'explique le Commentaire (Rachi). Et si tu demandes : que gagnent-ils, puisqu'ils se trouvent [eux-mêmes] corrompus quant à Pessa'h ? On peut répondre : ils ne tenaient pas cela pour une corruption, parce qu'ils interprètent 'vous [les fixerez]' [comme valant] même [si les témoins déposent] intentionnellement [à une mauvaise date].
💡 Explication

Retour à la Michna : jadis on recevait le témoignage de tous, jusqu'à la corruption des Boethusiens (Baytossim, secte niant la loi orale). Ils louèrent deux faux témoins (400 zouz) — un de leur camp, et un infiltré du camp des Sages ('des nôtres', non reconnu comme tel).

8
שֶׁלָּהֶם — הֵעִיד עֵדוּתוֹ וְיָצָא. שֶׁלָּנוּ, אָמְרוּ לוֹ: אֱמֹור כֵּיצַד רָאִיתָ אֶת הַלְּבָנָה! אָמַר לָהֶם: עוֹלֶה הָיִיתִי בְּמַעֲלֵה אֲדֻומִּים, וּרְאִיתִיו שֶׁהוּא רָבוּץ בֵּין שְׁנֵי סְלָעִים, רֹאשׁוֹ דּוֹמֶה לְעֵגֶל, אָזְנָיו דּוֹמִין לִגְדִי, קַרְנָיו דּוֹמוֹת לִצְבִי, וּזְנָבוֹ מֻונַּחַת לוֹ בֵּין יַרְכוֹתָיו, וְהֵצַצְתִּי בּוֹ וְנִרְתַּעְתִּי וְנָפַלְתִּי לַאֲחוֹרַי. וְאִם אֵין אַתֶּם מַאֲמִינִים לִי — הֲרֵי מָאתַיִם זוּז צְרוּרִין לִי בִּסְדִינִי.

Le leur témoigna son témoignage et sortit. Au nôtre, ils dirent : dis comment tu as vu la lune !

Il leur dit : je montais à la montée d'Adoumim et je l'ai vue accroupie entre deux rochers ; sa tête ressemblait à un veau, ses oreilles à un chevreau, ses cornes à un daim, et sa queue reposait entre ses cuisses ; je l'ai regardée, j'ai eu peur et je suis tombé à la renverse. Et si vous ne me croyez pas — voici deux cents zouz noués dans mon drap.

💡 Explication

Le faux témoin 'des leurs' dépose et sort. Le second (l'infiltré 'des nôtres') donne alors une description grotesque et impossible de la lune (veau, chevreau, daim...) pour se démasquer lui-même, puis révèle les 200 zouz (sa moitié du salaire) noués dans son drap comme preuve de la corruption.

9
אָמְרוּ לוֹ: מִי הִזְקִיקְךָ לְכָךְ? אָמַר לָהֶם: שָׁמַעְתִּי שֶׁבִּקְּשׁוּ בַּייְתּוֹסִים לְהַטְעוֹת אֶת חֲכָמִים, אָמַרְתִּי: אֵלֵךְ אֲנִי וְאוֹדִיעַ לָהֶם, שֶׁמָּא יָבוֹאוּ בְּנֵי אָדָם שֶׁאֵינָם מְהֻוגָּנִין וְיַטְעוּ אֶת חֲכָמִים.

Ils lui dirent : qui t'a contraint à [agir] ainsi ? Il leur dit : j'ai entendu que les Boethusiens cherchaient à égarer les Sages ; je me suis dit : j'irai, moi, et je [les] avertirai, de peur que ne viennent des hommes indignes qui égareraient les Sages.

💡 Explication

Interrogé sur son motif, l'infiltré explique qu'il s'est fait embaucher exprès pour deviner la ruse et en avertir les Sages, redoutant que de vrais imposteurs ne réussissent la où lui aurait échoué à alerter.

10
אָמְרוּ לוֹ: מָאתַיִם זוּז — נְתוּנִין לְךָ בְּמַתָּנָה, וְהַשּׂוֹכֶרְךָ יִמָּתַח עַל הָעַמּוּד. בְּאוֹתָהּ שָׁעָה הִתְקִינוּ שֶׁלֹּא יְהוּ מְקַבְּלִין אֶלָּא מִן הַמַּכִּירִין.

Ils lui dirent : les deux cents zouz te sont donnés en cadeau, et celui qui t'a loué sera étendu sur le poteau [pour la flagellation]. À ce moment-là, ils ordonnèrent qu'on ne reçoive [le témoignage du mois] que de gens connus (makirin).

📜 Rachi (2)
מָאתַיִם זוּז נְתוּנִים לְךָ בְּמַתָּנָה וּתְהֵא רַשַּׁאי לְעַכְּבָן ואע"פ שֶׁלֹּא הַשְׁלָמַת תְּנַאי שֶׁלְּךָ לְשׂוֹכֶרְךָ דְּיֵשׁ רְשׁוּת לב"ד לִקְנוֹס מָמוֹן וְלַעֲשׂוֹתוֹ הֶפְקֵר כִּדְאָמְרִינַן בִּיבָמוֹת (דַּף פט:) מִנַּיִן שֶׁהֶפְקֵר ב"ד הֶפְקֵר שֶׁנֶּאֱמַר וְכֹל אֲשֶׁר לֹא יָבֹא לִשְׁלֹשֶׁת הַיָּמִים וְגוֹ' יָחֳרַם כָּל רְכוּשׁוֹ וְגוֹ' (עֶזְרָא י):
Les deux cents zouz te sont donnés en cadeau — et tu as le droit de les garder, bien que tu n'aies pas accompli ta condition envers celui qui t'a loué, car le tribunal a le pouvoir d'infliger une amende sur les biens et de les rendre sans maître, comme nous disons dans Yevamot (89b) : d'où [savons-nous] que ce que le tribunal déclare sans maître l'est [effectivement] ? Il est dit 'quiconque ne viendrait pas dans les trois jours... tous ses biens seraient confisqués...' (Ezra 10).
יִמָּתַח עַל הָעַמּוּד לְמַלְקוּת כִּדְאָמְרִינַן בְּמַסֶּכֶת מַכּוֹת (דַּף כב:) כּוֹפֵת שְׁתֵּי יָדָיו עַל הָעַמּוּד:
Sera étendu sur le poteau — pour la flagellation, comme nous disons au traité Makot (22b) : on lie ses deux mains au poteau.
💡 Explication

Sentence : les 200 zouz lui sont attribués (le tribunal peut déclarer un bien sans maître — hefker bet din), et l'employeur boethusien est flagellé (étendu au poteau). D'où la takana (ordonnance) : n'accepter désormais le témoignage du mois que de témoins connus du Sanhédrin.

11
מַתְנִי׳ בָּרִאשׁוֹנָה הָיוּ מַשִּׂיאִין מַשּׂוּאוֹת. מִשֶּׁקִּלְקְלוּ הַכּוּתִים, הִתְקִינוּ שֶׁיְּהוּ שְׁלוּחִין יוֹצְאִין.

MICHNA. Au début, on allumait des feux de signalisation (mechouot).

Lorsque les Koutim (Samaritains) corrompirent [le procédé], on ordonna que des émissaires (chelouhin) partent [annoncer le mois].

📜 Rachi (2)
מַתְנִי' בָּרִאשׁוֹנָה הָיוּ מַשִּׂיאִין מַשּׂוּאוֹת לְאַחַר שֶׁקִּדְּשׁוּ הַחֹדֶשׁ וְלֹא הָיוּ צְרִיכִין לִשְׂכֹּור שְׁלוּחִים לִשְׁלֹוחַ לַגּוֹלָה לְהוֹדִיעַ כִּי הַמַּשּׂוּאוֹת מוֹדִיעִים אוֹתָן:
MICHNA. Au début on allumait des feux — après qu'on eut sanctifié le mois ; et l'on n'avait pas besoin de louer des émissaires à envoyer en Diaspora pour [l']informer, car les feux les informaient.
מִשֶּׁקִּלְקְלוּ הַכּוּתִים וְהִשִּׂיאוּ גַּם הֵם מַשּׂוּאוֹת שֶׁלֹּא בִּזְמַן הַחֹדֶשׁ לְהַטְעוֹת יִשְׂרָאֵל וב"ד לֹא הָיוּ מַשִּׂיאִין מַשּׂוּאוֹת אֶלָּא בְּחֹדֶשׁ שֶׁנִּתְקַדֵּשׁ בְּיוֹם ל' כִּדְאָמְרִינַן בְּפִירְקִין וּכְשֶׁלֹּא הָיוּ מַשִּׂיאִין לְעָרֵב שֶׁל יוֹם ל' הַכֹּל יוֹדְעִין שֶׁהַחֹדֶשׁ מְעֻובָּר וּפַעַם אַחַת עִיבְּרוּ ב"ד אֶת הַחֹדֶשׁ וְלֹא הִשִּׂיאוּ מַשּׂוּאוֹת לְעֶרֶב ל' וְהַכּוּתִים הִשִּׂיאוּם בְּהָרִים שֶׁלָּהֶם וְהִטְעוּ אֶת בְּנֵי הַגּוֹלָה לַעֲשׂוֹתוֹ חָסֵר:
Lorsque les Koutim corrompirent — et allumèrent eux aussi des feux hors du temps du mois, pour égarer Israël. Or le tribunal n'allumait des feux que pour un mois sanctifié le 30, comme nous disons dans ce chapitre ; et lorsqu'on n'allumait pas le soir du 30, tous savaient que le mois était plein (embolismique, meoubar). Une fois, le tribunal rendit le mois plein et n'alluma pas de feux le soir du 30 ; les Koutim en allumèrent sur leurs montagnes et égarèrent les gens de la Diaspora, [leur faisant] rendre [le mois] déficient.
💡 Explication

Nouvelle Michna : jadis, après la sanctification du mois, on l'annonçait à distance par des feux (mechouot) de sommet en sommet, sans émissaires. Mais les Koutim (Samaritains) allumèrent des feux à de mauvais moments pour égarer Israël ; on institua donc l'envoi d'émissaires.

12
כֵּיצַד הָיוּ מַשִּׂיאִין מַשּׂוּאוֹת? מְבִיאִין כְּלוֹנְסָאוֹת שֶׁל אֶרֶז אֲרֻוכִּין, וְקָנִים, וַעֲצֵי שֶׁמֶן, וּנְעֹורֶת שֶׁל פִּשְׁתָּן. וְכוֹרֵךְ בִּמְשִׁיחָה וְעוֹלֶה לְרֹאשׁ הָהָר וּמַצִּית בָּהֶן אֶת הָאוּר. וּמוֹלִיךְ וּמֵבִיא וּמַעֲלֶה וּמוֹרִיד, עַד שֶׁהוּא רוֹאֶה אֶת חֲבֵירוֹ שֶׁהוּא עוֹשֶׂה כֵּן בְּרֹאשׁ הָהָר הַשֵּׁנִי, וְכֵן בְּרֹאשׁ הָהָר הַשְּׁלִישִׁי.

Comment allumait-on les feux ? On apportait de longues perches de cèdre, des roseaux, du bois d'olivier (bois gras) et de l'étoupe de lin ; on les liait avec une cordelette ; on montait au sommet de la montagne et on y mettait le feu ; on [le] faisait aller et venir, monter et descendre, jusqu'à voir son compagnon faire de même au sommet de la deuxième montagne, et de même au sommet de la troisième montagne.

📜 Rachi (4)
כְּלוֹנָסוֹת פירטק"י בְּלַעַ"ז:
Des perches (kelonsaot) — 'perches' en langue vulgaire [vieux français].
אֲרֻוכִּים כְּדֵי שֶׁיִּרְאוּ לְמֵרָחוֹק:
Longues — afin qu'on les voie de loin.
וְקָנִים וַעֲצֵי שֶׁמֶן וּנְעֹורֶת שֶׁל פִּשְׁתָּן כָּל אֵלּוּ מַרְבִּים שַׁלְהֶבֶת:
Des roseaux, du bois gras et de l'étoupe de lin — tous ceux-là avivent la flamme.
וְכוֹרְכָן בִּמְשִׁיחָה לונצ"י בְּלַעַ"ז קוֹשְׁרָם בְּחוּט שֶׁל מְשִׁיחָה בְּרָאשֵׁי הַכְּלוֹנְסָיוֹת:
On les lie avec une cordelette — 'lier' en langue vulgaire ; il les attache avec un fil de cordelette au bout des perches.
🗂️ Tossefot (1)
מוֹלִיךְ וּמֵבִיא מַעֲלֶה וּמוֹרִיד. בִּירוּשַׁלְמִי מַשְׁמַע כְּדֵי שֶׁלֹּא יִטְעוּ לוֹמַר שֶׁהוּא כּוֹכָב דא"ר אַסִּי חָזֵינָא כּוֹכְבָא דִּנְחִית וְסָלֵיק חָזֵינָא כּוֹכְבָא דְּאָזֵיל וְאָתֵי:
'On [le] fait aller et venir, monter et descendre' — dans le Yerouchalmi il ressort que c'est afin qu'on ne se trompe pas en croyant qu'il s'agit d'une étoile, car R. Assi dit : j'ai vu une étoile qui descendait et montait, j'ai vu une étoile qui allait et venait.
🪔 Ben Yehoyada (1)
וְכֵיצַד הָיוּ מַשִּׂיאִין מַשּׂוּאוֹת? מְבִיאִין כְּלוֹנְסָאוֹת שֶׁל אֶרֶז אֲרֻכִּין. נִרְאֶה לִי בס"ד הָיוּ מְדַקְדְּקִין לְהָבִיא שֶׁל אֶרֶז דַּוְקָא לְסִימָן טוֹב שֶׁבּוֹ נִמְשְׁלוּ הַצַּדִּיקִים דִּכְתִיב (תְּהִלִּים צב, יג) 'צַדִּיק כַּתָּמָר יִפְרָח כְּאֶרֶז בַּלְּבָנוֹן יִשְׂגֶּה' גַּם אֶרֶז גֵּימַטְרְיָא ר"ח [208] שֶׁהוּא רָאשֵׁי תֵּיבוֹת רֹאשׁ חֹודֶשׁ דִּידִיעָה זוֹ הִיא עַל קְבִיעוּת רֹאשׁ חֹודֶשׁ וְגַם מְבִיאִים קָנִים שֶׁנִּמְשְׁלָה בָּהֶם הַחָכְמָה וַעֲצֵי שֶׁמֶן שֶׁהוּא כִּינּוּי לְחָכְמָה כִּי דָּבָר זֶה נִמְסַר בְּיַד הַחֲכָמִים בַּעֲלֵי חָכְמָה. גַּם עֵץ דָּא תַּלְמִיד חָכָם כַּנִּזְכָּר בַּתִּיקּוּנִים וּנְעֹורֶת שֶׁל פִּשְׁתָּן שֶׁהוּא סוֹד הַגְּבוּרָה וּשְׂרֵיפָתוֹ רֶמֶז לְמִיתּוּק הַגְּבוּרוֹת וְהַדִּינִין.
'Et comment allumait-on les feux ? On apportait de longues perches de cèdre.' Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'on prenait soin d'apporter du cèdre précisément, comme bon signe : c'est à lui que les justes sont comparés, ainsi qu'il est écrit (Ps 92:13) 'le juste fleurira comme le palmier, il grandira comme le cèdre du Liban'. De plus, [le mot] erez (cèdre) a pour valeur numérique (guematria) 208, qui est [aussi] les initiales de Roch Hodech (Rech-Het = 208), car cette information porte sur la fixation du Roch Hodech (nouvelle lune). On apporte aussi des roseaux, auxquels la sagesse ('hokhma) est comparée, et du bois gras (bois d'olivier), qui est une métaphore de la sagesse, car cette chose fut confiée aux Sages, maîtres de sagesse. De même, [le mot] ets (bois/arbre) désigne le talmid 'hakham (érudit), comme il est mentionné dans les Tikounim. Et l'étoupe de lin, qui est le secret (sod) de la Rigueur (guevoura) : sa combustion fait allusion à l'adoucissement des rigueurs et des jugements (mitouk ha-guevourot ve-ha-dinim).
💡 Explication

Technique du feu : matériaux inflammables (cèdre, roseaux, bois gras, étoupe) liés en torche, hissés au sommet, allumés, puis agités (va-et-vient, haut-bas) jusqu'à ce que le relais suivant réponde de même, de montagne en montagne.

13
וּמֵאַיִן הָיוּ מַשִּׂיאִין מַשּׂוּאוֹת? מֵהַר הַמִּשְׁחָה לְסַרְטְבָא, וּמִסַּרְטְבָא לִגְרוֹפִינָא, וּמִגְּרוֹפִינָא לְחַוְורָן, וּמֵחַווְרָן לְבַיִת בִּלְתִּין, וּמִבֵּית בִּלְתִּין לֹא זָזוּ מִשָּׁם, אֶלָּא מוֹלִיךְ וּמֵבִיא וּמַעֲלֶה וּמוֹרִיד עַד שֶׁהָיָה רוֹאֶה כָּל הַגּוֹלָה לְפָנָיו כִּמְדוּרַת הָאֵשׁ.

Et depuis quelles [montagnes] allumait-on les feux ? Du mont de l'Onction (Har ha-Michha, = mont des Oliviers) à Sartava, de Sartava à Grofina, de Grofina à Havran, de Havran à Bet Baltin ; et de Bet Baltin on ne bougeait plus de là, mais on faisait aller et venir, monter et descendre, jusqu'à voir toute la Diaspora devant soi comme un brasier (medourat ech).

📜 Rachi (4)
וּמֵאַיִן הָיוּ מַשִּׂיאִין מַשּׂוּאוֹת מַה שָׁם הֶהָרִים:
Depuis quelles [montagnes] allumait-on les feux — quel est le nom des montagnes.
מֵהַר הַמִּשְׁחָה מַתְחִילִין הוּא הַר הַזֵּיתִים שֶׁלִּפְנֵי יְרוּשָׁלַיִם עַד שֶׁרוֹאִין שֶׁעוֹשִׂין כֵּן בְּהַר סַרְטָבָא: לְחַוְורָן וְכוּ':
Du mont de l'Onction — c'est le point de départ : le mont des Oliviers, devant Jérusalem, jusqu'à ce qu'on voie qu'on fait de même au mont Sartava ; puis à Havran, etc.
אֶת הַגּוֹלָה בְּנֵי בָּבֶל אַנְשֵׁי פּוּמְבְּדִיתָא וְהֵמָּה מוֹדִיעִין לְכָל בְּנֵי מְדִינַת בָּבֶל:
La Diaspora — les gens de Babylone, les habitants de Poumbedita, qui informent tous les gens de la province de Babylone.
כִּמְדוּרַת אֵשׁ מְפָרֵשׁ בַּגְּמָרָא מְדוּרַת אֵשׁ לְשׁוֹן הֶיסֵּק גָּדוֹל:
Comme un brasier — la Guemara explique : 'brasier' est une expression de grand embrasement.
💡 Explication

L'itinéraire des relais : mont des Oliviers (Har ha-Michha) → Sartava → Grofina → Havran → Bet Baltin (terminus). De là, on agitait le feu jusqu'à voir toute la Diaspora (Babylone) s'illuminer en retour comme un immense brasier.

14
גְּמ׳ מַאי מַשְׁמַע דִּ״מַשִּׂיאִין״ לִישָּׁנָא דִּיקוֹד הוּא? דִּכְתִיב: ״וַיִּשָּׂאֵם דָּוִד וַאֲנָשָׁיו״, וּמְתַרְגְּמִינַן: וְאוֹקְדִינַן דָּוִד.

GUEMARA. D'où [sait-on] que 'machiïn' (allumer) est une expression de combustion (yekod) ?

Car il est écrit 'David et ses hommes les emportèrent (va-yissaem)' (II Sam 5:21), et nous traduisons [en araméen] 'David [les] brûla (ve-okdinan David)'.

💡 Explication

La Guemara justifie que machiïn ('on faisait monter/allumer') signifie bien brûler : le verset 'va-yissaem' (II Sam 5:21) est rendu par le Targoum par ve-okdinan (ils brûlèrent) — même racine.

15
תָּנוּ רַבָּנַן: אֵין מַשִּׂיאִין מַשּׂוּאוֹת אֶלָּא עַל הַחֹדֶשׁ שֶׁנִּרְאָה בִּזְמַנּוֹ לְקַדְּשׁוֹ. וְאֵימָתַי מַשִּׂיאִין — לְאוֹר עִיבּוּרוֹ.

Nos maîtres ont enseigné (baraita) : on n'allume les feux que pour un mois vu en son temps (le 30), afin de le sanctifier. Et quand allume-t-on ?

Au soir de son 'ibbour' (le soir du 31).

📜 Rachi (2)
גְּמ' לְקַדְּשׁוֹ לְהוֹדִיעָן שֶׁנִּתְקַדֵּשׁ:
GUEMARA. Afin de le sanctifier — pour informer qu'il a été sanctifié.
לְאוֹר עִיבּוּרוֹ לְעֶרֶב יוֹם שְׁלֹשִׁים נַגְהֵי ל"א יוֹם שְׁלֹשִׁים קָרוּי יוֹם עִיבּוּרוֹ כִּדְאָמְרִינַן לְעֵיל (רֹאשׁ הַשָּׁנָה דַּף יט:) עַל שְׁנֵי אֲדָרִים שֶׁמְּקַדְּשִׁין אוֹתָם בְּיוֹם עִיבּוּרֵיהֶם וְעַל שֵׁם שֶׁמִּמֶּנּוּ מְעַבְּרִין אֶת חֹדֶשׁ הַיּוֹצֵא קָרוּי יוֹם עִיבּוּר:
Au soir de son ibbour — le soir du trentième jour, à l'aube du trente et unième ; le trentième jour est appelé 'jour de son ibbour', comme nous disons plus haut (Roch Hachana 19b) à propos des deux mois d'Adar qu'on sanctifie le jour de leur ibbour ; et parce que c'est à partir de lui qu'on 'complète' (meaberin) le mois sortant, on l'appelle 'jour d'ibbour'.
💡 Explication

Règle : on n'allume que pour un mois dont la lune fut vue à temps, le 30 (mois déficient, haser, de 29 jours), afin d'annoncer sa sanctification. Le moment de l'allumage : le soir de l'ibbour (le soir du 31, c.-à-d. la nuit qui aurait été ajoutée si le mois était plein).

16
לְמֵימְרָא דְּאַחָסֵר עָבְדִינַן, אַמָּלֵא לָא עָבְדִינַן. מַאי טַעְמָא? אָמַר רַבִּי זֵירָא: גְּזֵירָה מִשּׁוּם רֹאשׁ חֹדֶשׁ חָסֵר שֶׁחָל לִהְיוֹת בְּעֶרֶב שַׁבָּת. אֵימַת עָבְדִי — בְּאִפּוּקֵי שַׁבְּתָא. דְּאִי אָמְרַתְּ נַעֲבֵיד נָמֵי אֲמַלֵּא — אָתוּ

C'est-à-dire : pour un [mois] déficient (haser) on [le] fait, pour un [mois] plein (mâle) on ne [le] fait pas. Pourquoi ?

Rabbi Zera dit : c'est un décret, à cause du Roch Hodech déficient qui tombe un vendredi (veille de Chabbat). Quand [le] fait-on alors ?

À la sortie du Chabbat. Car si tu disais 'faisons-le aussi pour un [mois] plein' — on en viendrait...

📜 Rachi (3)
ר"ח חָסֵר ר"ח הַנִּקְבָּע בְּיוֹם שְׁלֹשִׁים שֶׁהַחֹדֶשׁ הַיּוֹצֵא נִמְצָא עַכְשָׁיו חָסֵר:
Roch Hodech déficient — le Roch Hodech fixé le trentième jour, [de sorte] que le mois sortant se trouve alors déficient.
שֶׁחָל לִהְיוֹת בְּע"ש וְלֹא נוּכַל לְחַלֵּל שַׁבָּת לְאוֹרוֹ לְהַשִּׂיא מַשּׂוּאוֹת וְנָשִׂיא אוֹתָם למ"ש:
Qui tombe un vendredi — et nous ne pourrions profaner le Chabbat pour son feu afin d'allumer les feux ; nous les allumerions [donc] à la sortie du Chabbat.
וְאִי אָמְרַתְּ שְׁנַהָא רְגִילִין בֵּין אַחָסֵר בֵּין אַמָּלֵא:
Et si tu disais — que nous serions accoutumés [à allumer] aussi bien pour un [mois] déficient que pour un [mois] plein.
🗂️ Tossefot (1)
גְּזֵירָה מִשּׁוּם ר"ח חָסֵר שֶׁחָל לִהְיוֹת בְּע"ש. ה"נ הֲוָה מָצֵי לְמֵימַר מִשּׁוּם ר"ח מָלֵא שֶׁחָל לִהְיוֹת בְּשַׁבָּת מְהַנֵּי טַעְמֵי דִּמְפָרֵשׁ:
'C'est un décret à cause du Roch Hodech déficient qui tombe un vendredi' — il aurait pu dire de même 'à cause du Roch Hodech plein qui tombe un Chabbat', pour ces mêmes raisons qu'il explique.
💡 Explication

Nafka mina : on allume pour un mois déficient (haser), pas pour un mois plein (mâle). Décret de R. Zera : dans le cas d'un Roch Hodech déficient tombant un vendredi, on ne peut allumer le vendredi soir (Chabbat) ; on repousse alors à la sortie du Chabbat. Si l'on allumait aussi pour les mois pleins, on risquerait la confusion (la suite, sur 23a).

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).