Rosh Hashanah 23a — le signal fiable des massuot, les dix espèces de cèdre, la récolte du corail, et les enseignements de Rabbi Yohanan

Rosh Hashanah 23a

Sougya : La Guemara achève la discussion sur les massuot (torches-signaux annonçant la néoménie) : on cherche un système d'allumage sans ambiguïté, et l'on conclut qu'on allume seulement après un mois creux (haser, 29 jours), Abaye écartant l'allumage 'après un mois plein seulement' à cause du chômage de deux jours qu'il imposerait au peuple. La Michna ayant parlé de perches de cèdre, la sougya recense les espèces de erez : Rav Yehouda en compte quatre, mais Rabba bar Rav Houna dix (sept du verset d'Isaie 41,19 + trois ajouts de Rav Dimi), dont l'almog (corail).

Suit une description technique de la pêche au corail au fond de la mer et des trois ports (deux romains, un perse). Le daf se clôt sur trois enseignements aggadiques de Rabbi Yo'hanan (le retour à Jérusalem des bois pillés, celui qui étudie sans enseigner, et le châtiment des nations pour le sang de Rabbi Akiva et ses compagnons), puis la question sur Beit Baltin, poursuivie en 23b.

Quand allumer les massuot (torches) après le mois ? La recherche du signal fiable Proposition Problème : les gens se trompent 1) Allumer seulement après un mois plein (mâle, 30 j) Si Roch Hodech tombe vendredi, on ne peut allumer Chabbat : confusion 2) Allumer plein ET creux, sauf si Roch Hodech tombe vendredi L'absence sera imputée à un empêchement (itnossei), pas au mois creux 3) Allumer seulement après un mois plein, jamais après un creux Abaye : chômage de 2 jours pour le peuple (bitoul melakha) — inacceptable Conclusion : on allume UNIQUEMENT après un mois creux (haser, 29 j). L'absence de torche = le mois était plein. Un seul signal, sans ambiguïté.
La quête d'un signal d'allumage fiable et la conclusion d'Abaye (segments 0-3).
Les dix espèces de erez (cèdre) — Isaie 41,19 + 3 ajouts 7 du verset (Rabba bar Rav Houna) + 3 ajoutés par Rav Dimi Hébreu du verset Nom araméen Identification erez (cèdre)arzale cèdre chitta (acacia)tornitapin hadas (myrte)assamyrte etz chemen (bois d'huile)afarsemabaumier (afarsemon) beroch (cyprès)beratacyprès tidhar (platane)chagaérable teachour (buis)chorivnabuis + Rav Dimi (v1) : alonim=botmei, almonim=baloutei, almoguin=kessita (corail) + Rav Dimi (v2) : aronim=eri, armonim=doulvei, almoguin=kessita (corail) 7 + 3 = 10 espèces ; les deux versions divergent sur les 3 ajouts, mais gardent almoguin (corail).
Les dix espèces de cèdre et leurs noms araméens (segments 4-6).
La récolte du corail (almoguin / kessita) au fond de la mer 1. On charge le navire de sable (hala) jusqu'à ce qu'il coule 2. Un plongeur (bar amoraei) noue des cordes de lin au corail et au navire 3. On rejette le sable à la mer : le navire remonte et arrache le corail 4. Le corail vaut le double de son poids en argent Coût humain : 6000 hommes / 12 mois (ou 12000 hommes / 6 mois) 2 ports romains on en remonte le corail (kessita) 1 port perse on en remonte les perles (le port royal, mechmahig) 3 ports
La récolte du corail au fond de la mer et les trois ports (segments 7-9).
1
לְמִיטְעֵי, אָמְרִי: הַאי חָסֵר הוּא, וְהַאי דְּלָא עֲבִיד מֵאֶתְמוֹל, מִשּׁוּם דְּלָא אֶפְשָׁר. אוֹ דִלְמָא מָלֵא הוּא, וּבִזְמַנּוֹ עֲבַדוּ.

...[les gens en viendraient] à se tromper, [car] ils diraient : celui-ci [ce mois] est creux (haser), et si l'on n'a pas fait [les torches] la veille [vendredi], c'est parce que c'était impossible [Chabbat] ; ou peut-être est-il plein (mâle), et l'on [les] fait en son temps [samedi soir].

📜 Rachi (1)
אָתוּ לְמִיטְעֵי הַשְׁתָּא בְּנֵי הַגּוֹלָה אָמְרִי כו' אֲבָל הַשְׁתָּא דְּלָא עָבְדִינַן אֶלָּא אַחָסֵר כִּי עָבְדִינַן לְמוֹצָאֵי שַׁבָּת יָדְעִי דְּחָסֵר הוּא:
Maintenant, les gens de l'exil (benei ha-gola) diraient etc. ; mais désormais, puisqu'on n'allume qu'après un mois creux, quand on allume à l'issue du Chabbat ils savent qu'il est creux.
💡 Explication

Suite de la sougya sur les massuot (torches-signaux annonçant le nouveau mois). Le problème : si Roch Hodech tombe un vendredi, on ne peut allumer le Chabbat. Quand on allume samedi soir, l'observateur ne sait plus s'il s'agit d'un mois creux (haser, 29 j) dont le signal fut retardé, ou d'un mois plein (mâle, 30 j) allumé normalement à son temps.

2
וְלֶיעְבֵּיד בֵּין אַמָּלֵא בֵּין אַחָסֵר, וְכִי מִקְּלַע רֹאשׁ חֹדֶשׁ בְּעֶרֶב שַׁבָּת לָא לֶיעְבֵּיד כְּלָל. וְכֵיוָן דְּלָא עָבְדִינַן מוֹצָאֵי שַׁבָּת וְעָבְדִינַן אַמָּלֵא — מִידָּע יָדְעִי דְּחָסֵר הוּא!

Et qu'on [les] fasse aussi bien après un mois plein qu'après un creux ; et quand Roch Hodech tombe un vendredi, qu'on ne [les] fasse pas du tout. Et puisqu'on ne [les] fait pas à l'issue du Chabbat alors qu'on a coutume de [les] faire après un mois plein — on saura [de soi-même] qu'il est creux !

📜 Rachi (2)
וְעָבְדִינַן אַמָּלֵא וַאֲנַן רְגִילִין לַעֲשׂוֹת כָּל שְׁאָר הַמְּלֵאִין:
Et l'on fait après un plein — nous avons coutume de faire [le signal pour] tous les autres mois pleins.
מִידָּע יָדְעִי דְּחָסֵר הוּא וּמֵחֲמַת אִיסּוּר שַׁבָּת שֶׁאֵירַע בְּלֵיל מַשּׂוּאוֹתָיו נִמְנְעוּ מִלְּהַשִּׂיא:
On saura qu'il est creux — et [l'on comprendra que] c'est à cause de l'interdit du Chabbat, tombé la nuit où devaient s'allumer les torches, qu'on s'est abstenu d'allumer.
💡 Explication

Nouvelle proposition : allumer toujours (mâle et haser), sauf lorsque Roch Hodech tombe un vendredi (car le signal tomberait Chabbat). L'absence de torche samedi soir signalerait alors que le mois est creux.

3
אֲפִילּוּ הָכִי אָתוּ לְמִיטְעֵי, אָמְרִי: הַאי מָלֵא הוּא, וְהַאי דְּלָא עָבְדִי — אִיתְּנוֹסֵי הוּא דְּאִיתְּנוֹסֵי.

Malgré cela, les gens en viendraient à se tromper : ils diraient : celui-ci est plein, et si l'on n'a pas fait [le signal], c'est qu'un empêchement est survenu (itnossei de-itnossei).

📜 Rachi (1)
דְּאִיתְּנוֹסֵי בְּשִׁכְרוּת שֶׁל מִשְׁתֶּה הַשַּׁבָּת:
Qu'un empêchement est survenu — dans l'ivresse du festin du Chabbat.
🗂️ Tossefot (1)
וְהָא דְּלָא עֲבִיד בְּמוֹצָאֵי שַׁבָּת אִיתְּנוֹסֵי אִיתְּנוּסוּ. וא"ת וְהַשְׁתָּא נָמֵי דְּלָא עֲבַדוּ אַמָּלֵא כְּלָל כִּי מֵיחֵל ר"ח מָלֵא בְּשַׁבָּת יֹאמְרוּ הַאי חָסֵר הוּא וְהַאי דְּלָא עֲבִיד לְמוֹצָאֵי שַׁבָּת אִיתְּנוֹסֵי דְּאִיתְּנוּסוּ וי"ל דְּהֵיכָא דְּוַדַּאי עָבְדִי לְעוֹלָם מַשּׂוּאוֹת בֵּין אַמָּלֵא בֵּין אַחָסֵר כִּי לָא עָבְדִי כְּלָל וַדַּאי תָּלוּ בְּאֹונֶס אֲבָל הַשְׁתָּא דְּזִימְנִין עָבְדִי וְזִימְנִין לָא עָבְדִי כִּי לָא עָבְדִי הַשְׁתָּא בְּמוֹצָאֵי שַׁבָּת לָא תָּלוּ בְּאֹונֶס אֶלָּא בְּמִילְּתָא דִּשְׁכִיחָא:
'Et si l'on n'a pas fait [le signal] à l'issue du Chabbat, un empêchement est survenu' — on pourrait objecter : désormais aussi [dans notre système], où l'on n'allume pas du tout après un mois plein, quand Roch Hodech plein tombe un Chabbat, ils diront 'celui-ci est creux, et si l'on n'a pas fait [le signal] à l'issue du Chabbat, un empêchement est survenu' ! On peut répondre : là où l'on fait toujours les torches, aussi bien après un plein qu'après un creux, quand on ne les fait pas du tout on impute cela avec certitude à un empêchement ; mais ici, où parfois on les fait et parfois non, quand on ne les fait pas à l'issue du Chabbat on ne l'impute pas à un empêchement, mais à une chose fréquente [le mois creux].
💡 Explication

Objection : même ainsi, la confusion demeure. Devant l'absence de torche, on pourrait penser que le mois est plein et que le signal a manqué par simple empêchement (par ex. l'ivresse du repas de Chabbat), et non parce que le mois est creux.

4
וּלְיַעֲבֵיד אַמָּלֵא, וְלָא לֶיעְבֵּיד אַחָסֵר כְּלָל! אָמַר אַבַּיֵּי: מִשּׁוּם בִּיטּוּל מְלָאכָה לָעָם שְׁנֵי יָמִים.

Et qu'on fasse [le signal] après un mois plein, et qu'on ne le fasse pas du tout après un creux ! Abaye dit : à cause du chômage de travail (bitoul melakha) de deux jours pour le peuple.

📜 Rachi (2)
וּלְיַעֲבֵיד אַמָּלֵא וְלָא אַחָסֵר וְכִי מִקְלַע ר"ח חָסֵר בְּעֶרֶב שַׁבָּת וְלָא עָבְדִינַן מִידָּע יָדְעִי דְּחָסֵר הוּא וְלָא תָּלוּ בְּשִׁכְרוּת אֶלָּא בְּמִידֵּי דִּשְׁכִיחַ דְּכָל חֳדָשִׁים חֲסֵרִין לָא עָבְדִינַן וְהָא נָמֵי לָא עֲבוּד:
Et qu'on fasse après un plein et non après un creux — et quand Roch Hodech creux tombe un vendredi et qu'on n'allume pas, on saura [de soi-même] qu'il est creux ; on ne l'imputera pas à l'ivresse mais à une chose fréquente : puisque, pour tous les mois creux, on n'allume pas, celui-ci non plus n'a pas été allumé.
אָמַר אַבָּיֵי מִשּׁוּם בִּיטּוּל מְלָאכָה כו' וְלָא גָּרְסִינַן גְּזֵירָה אִי אָמְרַתְּ נַעֲבִיד אַמָּלֵא וְלֹא אַחָסֵר אֵין לְךָ ר"ה שֶׁאֵין מִתְבַּטְּלִין בְּנֵי הַגּוֹלָה מִמְּלָאכָה שְׁנֵי יָמִים יוֹם ל' שֶׁמָּא הַיּוֹם ר"ה וְיוֹם שְׁלֹשִׁים וְאֶחָד שֶׁמָּא עִיבְּרוּ אֶת הַחֹדֶשׁ וְהַיּוֹם ר"ה אֲבָל כִּי עָבְדִינַן מַשּׂוּאוֹת אַחָסֵר לְאוֹר יוֹם ל' יָדְעִי שֶׁבְּיוֹם שְׁלֹשִׁים נִקְבַּע וְיַעֲשׂוּ מְלָאכָה לְמָחָר וְאֵין בְּטֵלִין שְׁנֵי יָמִים אֶלָּא בִּמְעֻובָּר:
Abaye dit : à cause du chômage de travail etc. — et l'on ne lit pas 'à cause d'un décret'. Si tu dis 'faisons après un plein et non après un creux', il n'y aura aucun Roch Hodech où les gens de l'exil ne chômeront deux jours : le 30, [par doute] c'est peut-être Roch Hodech, et le 31, [par doute] on a peut-être prolongé le mois et c'est aujourd'hui Roch Hodech ; mais quand on fait les torches après un mois creux, dès la lumière du 30 ils savent que [le mois] a été fixé le trentième jour, ils travailleront le lendemain et ne chômeront pas deux jours — sauf pour un mois prolongé.
🗂️ Tossefot (1)
מִשּׁוּם בִּטּוּל מְלָאכָה לָעָם שְׁנֵי יָמִים. פֵּירֵשׁ בַּקּוּנְטְרֵס אֵין לְךָ ר"ה שֶׁאֵין מִתְבַּטְּלִין בְּנֵי גּוֹלָה מִמְּלָאכָה ב' יָמִים בֵּין אַמָּלֵא בֵּין אַחָסֵר אֲבָל כִּי עָבְדִי אַחָסֵר יָדְעִי שֶׁבְּיוֹם שְׁלֹשִׁים נִקְבַּע וְיַעֲשׂוּ מְלָאכָה לְמָחָר וּלְחִנָּם דָּחַק לְפָרֵשׁ ר"ה דְּאָכַל ר"ח קָאֵי כִּי לֹא הָיוּ רְגִילִין לַעֲשׂוֹת מְלָאכָה בר"ח כִּדְאָמְרִינַן בְּפֶרֶק הַקּוֹרֵא אֶת הַמְּגִילָּה עוֹמֵד (מְגִילָּה דַּף כב:) וְשֶׁאֵין בּוֹ בִּיטּוּל מְלָאכָה לָעָם כְּגוֹן ר"ח וְחֻולּוֹ שֶׁל מוֹעֵד קוֹרִין אַרְבָּעָה וּרְגִילִין לוֹמַר שֶׁהוֹסִיף הַמָּקוֹם י"ט לְנָשִׁים בר"ח בְּשָׂכָר שֶׁלֹּא נִתְרַצּוּ עַל מַעֲשֵׂה הָעֵגֶל כְּשֶׁאָמַר לָהֶם אַהֲרֹן (שְׁמוֹת ל״ב:ב׳) פָּרְקוּ נִזְמֵי הַזָּהָב אֲשֶׁר בְּאָזְנֵי נְשֵׁיכֶם וְגוֹ' וַיִּתְפָּרְקוּ כָּל הָעָם וְגוֹ' אֲשֶׁר בְּאָזְנֵיהֶם אֲבָל דִּנְשֵׁיהֶם לֹא הֵבִיאוּ שֶׁלֹּא רָצוּ הַנָּשִׁים לִיתֵּן:
'À cause du chômage de travail de deux jours pour le peuple' — Rachi a expliqué : il n'y a aucun Roch Hodech où les gens de l'exil ne chômeront deux jours, aussi bien après un plein qu'après un creux ; mais quand on fait [le signal] après un creux, ils savent que [le mois] a été fixé le trentième jour et travailleront le lendemain. Et il s'est donné inutilement de la peine à expliquer 'Roch Hodech' — car cela vaut pour tout Roch Hodech, puisqu'on n'avait pas coutume de travailler à Roch Hodech, comme nous disons au chapitre 'Ha-koreh et ha-meguila omed' (Meguila 22b) : 'et [un jour] où il n'y a pas de chômage de travail pour le peuple, comme Roch Hodech et hol ha-moed, quatre [personnes] lisent'. Et l'on a coutume de dire que le Lieu (ha-Makom) ajouta une fête aux femmes à Roch Hodech, en récompense de ce qu'elles n'ont pas consenti à l'affaire du Veau [d'or], quand Aharon leur dit (Ex 32,2) 'retirez les anneaux d'or qui sont aux oreilles de vos femmes etc.' et [le verset dit] 'tout le peuple retira etc. [les anneaux] qui étaient à leurs oreilles' — à eux [les hommes], mais [les anneaux] de leurs femmes, [elles] ne les apportèrent pas, car les femmes ne voulurent pas [les] donner.
💡 Explication

Dernière proposition : allumer seulement après un mois plein, jamais après un creux — ainsi l'absence de torche signalerait un mois creux, chose fréquente. Abaye rejette : cela imposerait au peuple un chômage de deux jours (bitoul melakha) à chaque néoménie, car on cesserait le travail le 30 (peut-être Roch Hodech) et le 31 (si le mois fut prolongé). En allumant après un mois creux, on sait dès le 30 au soir que le mois est fixé, et l'on reprend le travail.

5
כֵּיצַד הָיוּ מַשִּׂיאִין מַשּׂוּאוֹת — מְבִיאִין כְּלוֹנָסוֹת כו׳. אָמַר רַב יְהוּדָה, אַרְבָּעָה מִינֵי אֲרָזִים הֵן: אֶרֶז, קַתְרוֹם, עֵץ שֶׁמֶן, וּבְרוֹשׁ. קַתְרוֹם, אָמַר רַב: אִדְּרָא. דְּבֵי רַבִּי שֵׁילָא אָמְרִי: מִבְּלִיגָא, וְאָמְרִי לַהּ זוֹ גֻּולְמֵישׁ.

La Michna a enseigné : comment allumait-on les torches ? On apportait de longues perches (kelonsaot) de cèdre etc.

Rav Yehouda dit : il y a quatre espèces de cèdre (arazim) : erez, katrom, etz chemen (bois d'huile) et beroch (cyprès). Le katrom, Rav dit : c'est l'adra.

Ceux de l'école de Rabbi Chila disent : le mavliga ; et certains disent que c'est le goulmich.

📜 Rachi (1)
כֵּיצַד הָיוּ מַשִּׂיאִין כו': אָמַר רַב אִדְּרָא כָּךְ שֵׁם הָאִילָן כִּדְאָמְרִינַן בְּמַסֶּכֶת בֵּיצָה (דַּף טו:) יִטַּע בָּהֶן אֲדָר:
Comment allumait-on etc. Rav dit : l'adra — tel est le nom de l'arbre, comme nous disons au traité Beitsa (15b) 'qu'il y plante un adar'.
🗂️ Tossefot (1)
אַרְבָּעָה מִינֵי אֲרָזִים. תֵּימַהּ דִּבְפֶרֶק לוּלָב הַגָּזוּל (סֻוכָּה דַּף לז. וְשָׁם) א"ר יְהוּדָה סֻוכָּה אֵינָהּ נוֹהֶגֶת אֶלָּא בְּאַרְבָּעָה מִינִים שֶׁבַּלּוּלָב וּפָרִיךְ עֲלָהּ מֵהָא דְּמַכְשַׁר ר"י לְסַכֵּךְ בִּנְסָרִים שֶׁל אֶרֶז שֶׁאֵין בָּהֶם [אַרְבָּעָה עַל אַרְבָּעָה] וּמְשַׁנֵּי מַאי אֶרֶז הֲדַס כִּדְאָמַר רַבָּה בַּר רַב הוּנָא י' מִינֵי אֲרָזִים הֵן וְהַשְׁתָּא לְרַב יְהוּדָה אָמַר רַב דְּאָמַר אַרְבָּעָה וְתוּ לָא מַאי אִיכָּא לְמֵימַר וְשֶׁמָּא הָכָא לְעִנְיַן מִקָּח וּמִמְכָּר פְּלִיגִי אֲבָל כּוּלְּהוּ מוֹדוּ דַּעֲשָׂרָה מִינֵי אֲרָזִין הֵן וּבַיְּרוּשַׁלְמִי חֲשִׁיב עֶשְׂרִים וְאַרְבָּעָה:
'Quatre espèces de cèdre' — c'est étonnant, car au chapitre 'Loulav ha-gazoul' (Soukka 37a) Rabbi Yehouda dit : le [toit du] soukka ne se fait qu'avec les quatre espèces du loulav ; on lui objecte de ce que Rabbi Yehouda déclare valide de couvrir avec des planches de cèdre n'ayant pas [quatre sur quatre], et l'on répond : qu'est-ce que 'cèdre' [là] ? Le myrte, comme le dit Rabba bar Rav Houna : il y a dix espèces de cèdre. Or ici, selon Rav Yehouda au nom de Rav qui dit quatre et pas plus, que dire ? Peut-être ici, pour l'achat et la vente [du bois], divergent-ils ; mais tous s'accordent qu'il y a dix espèces de cèdre. Et dans le Yeroushalmi on en compte vingt-quatre.
💡 Explication

Retour à la Michna, qui évoquait des perches de cèdre (erez). Rav Yehouda recense quatre espèces de cèdre. La sougya s'attache à identifier le katrom : trois traditions, l'adra (selon Rav), le mavliga ou le goulmich.

6
וּפְלִיגָא דְּרַבָּה בַּר רַב הוּנָא. דְּאָמַר רַבָּה בַּר רַב הוּנָא, אָמְרִי בֵּי רַב: עֲשָׂרָה מִינֵי אֲרָזִים הֵם, שֶׁנֶּאֱמַר: ״אֶתֵּן בַּמִּדְבָּר אֶרֶז שִׁטָּה וַהֲדַס וְעֵץ שָׁמֶן אָשִׂים בָּעֲרָבָה בְּרוֹשׁ תִּדְהָר וּתְאַשּׁוּר יַחְדָּו״. אֶרֶז — אַרְזָא, שִׁטָּה — תּוּרְנִיתָא, הֲדַס — אָסָא, עֵץ שֶׁמֶן — אֲפַרְסְמָא, בְּרוֹשׁ — בְּרַתָּא, תִּדְהָר — שָׁאגָא, תְּאַשּׁוּר — שׁוֹרִיבָנָא.

Et [cela] diverge de Rabba bar Rav Houna. Car Rabba bar Rav Houna a dit, [au nom de ce qu']on dit à l'école de Rav : il y a dix espèces de cèdre, comme il est dit : 'Je placerai dans le désert le cèdre (erez), l'acacia (chitta), le myrte (hadas) et le bois d'huile (etz chemen) ; je mettrai dans la steppe le cyprès (beroch), le platane (tidhar) et le buis (teachour) ensemble' (Isaie 41,19).

Erez — arza ; chitta — tornita ; hadas — assa ; etz chemen — afarsema ; beroch — berata ; tidhar — chaga ; teachour — chorivna.

📜 Rachi (3)
תּוּרְנִיתָא פיניי"א בְּלַעַ"ז:
Tornita — piniia (pin) en langue vulgaire.
בְּרַתָּא בוס"ו בְּלַעַ"ז:
Berata — bosso (buis / cyprès) en langue vulgaire.
שָׁאגָא ש"פ בְּלַעַ"ז:
Chaga — chap (érable) en langue vulgaire.
🗂️ Tossefot (2)
שִׁטָּה תּוּרְנִיתָא. בפ"ק דע"ז (דַּף יד. וְשָׁם) דְּאָמַר מַאי אִצְטְרֻובָּלִין תּוּרְנִיתָא לָאו הַייְנוּ תּוּרְנִיתָא דְּהָכָא דְּהַהוּא אֵין לוֹ עִיקָּר כִּדְמַשְׁמַע הָתָם וְהַאי דְּהָכָא שֶׁהוּא מִין אֶרֶז וַדַּאי יֵשׁ לוֹ שֹׁורֶשׁ וְעוֹד תּוּרְנִיתָא הוּא דְּלָא מְזַבֵּן הָא שְׁאָר אִילָנוֹת מְזַבְּנִי וְהִתְנָן (ע"ז דַּף יט:) אֵין מוֹכְרִים לָהֶן בִּמְחֻובָּר לַקַּרְקַע דְּכִי הַאי גַּוְנָא דָּייֵק הָתָם גַּבֵּי דֶּקֶל טָב לְכָךְ נִרְאֶה דְּהַהִיא דְּהָתָם מִין אֲדָמָה כְּעֵין כֻּובְרִיתָא דְּפֶרֶק א"ר עֲקִיבָא (שַׁבָּת דַּף צ.) וּבְפֶ' הָאִשָּׁה שֶׁהִיא עוֹשָׂה (נִדָּה דַּף סב.) דְּאַכּוּלְּהוּ מַיְיתֵי לָהּ הַהִיא דְּכֹל שֶׁאֵין לָהּ עִיקָּר:
'Chitta — tornita' — au premier chapitre de Avoda Zara (14a), quand on dit 'qu'est-ce que itstroubelin ? tornita', ce n'est pas le tornita d'ici ; car celui-là n'a pas de racine, comme il ressort là-bas, tandis que celui d'ici, qui est une espèce de cèdre, a certainement une racine. De plus, [là-bas on précise] que c'est le tornita qu'on ne vend pas [aux idolâtres], mais les autres arbres, on les vend ; or nous avons appris (Avoda Zara 19b) 'on ne leur vend pas [un arbre] attaché au sol' — et c'est de ce genre [de cas] qu'on infère là-bas à propos du 'bon palmier'. Aussi paraît-il que celui de là-bas est une espèce [issue] du sol, comme le koubrita [soufre / champignon] du chapitre 'Amar Rabbi Akiva' (Chabbat 90a) et du chapitre 'Ha-icha che-hi ossa' (Nidda 62a), à propos duquel on rapporte partout ce [principe] : 'tout ce qui n'a pas de racine'.
עֵץ שֶׁמֶן אֲפַרְסְמוֹן. וְהָא דִּכְתִיב (מְלָכִים א ו) וַיַּעַשׂ כְּרוּבִים עֲצֵי שֶׁמֶן וּמְתַרְגְּמִינַן אַעִי דְּזֵיתָא תְּרֵי גַּווְנֵי עֵץ שֶׁמֶן דַּאֲפַרְסְמוֹן לָאו עֵץ זַיִת הוּא דִּכְתִיב בְּעֶזְרָא (נְחֶמְיָה ח) צְאוּ הָהָר וְהָבִיאוּ עֲלֵי זַיִת וַעֲלֵי עֵץ שֶׁמֶן וּבְמַסֶּכֶת תָּמִיד (פ"ב מִשְׁנָה ג) עֵץ זַיִת פָּסוּל לַמַּעֲרָכָה עֵץ שֶׁמֶן כָּשֵׁר:
'Etz chemen — afarsemon' — quant à ce qui est écrit (1 Rois 6[,23]) 'et il fit des cheroubim en bois d'huile (atsei chemen)', que nous traduisons [en araméen] 'bois d'olivier' : il y a deux sortes de 'bois d'huile'. Le 'bois d'huile' de l'afarsemon n'est pas le bois de l'olivier, car il est écrit dans Ezra [Nehemie 8,15] 'sortez à la montagne et rapportez des feuilles d'olivier et des feuilles de bois d'huile' [distinguant les deux] ; et au traité Tamid (chap. 2, michna 3) : le bois d'olivier est invalide pour la disposition [du bûcher de l'autel], le bois d'huile [y] est valide.
💡 Explication

Contradiction : Rabba bar Rav Houna compte dix espèces, s'appuyant sur les sept arbres nommés en Isaie 41,19. La Guemara donne l'équivalent araméen de chacun (arza, tornita, assa, afarsema, berata, chaga, chorivna).

7
הָנֵי שִׁבְעָה הָווּ! כִּי אֲתָא רַב דִּימִי, אָמַר: הוֹסִיפוּ עֲלֵיהֶם אַלּוֹנִים, אַלְמוֹנִים, אֲלַמּוּגִין. אַלּוֹנִים — בּוּטְמֵי, אַלְמוֹנִים — בַּלּוּטֵי, אֲלָמוֹגִין — כְּסִיתָא. אִיכָּא דְאָמְרִי: אַרֻונִּים, עַרְמוֹנִים, אֲלָמוֹגִין. אַרֻונִּים — עָרֵי, עַרְמוֹנִים — דֻּולְבֵּי, אֲלָמוֹגִין — כְּסִיתָא.

Ceux-là ne font que sept ! Quand Rav Dimi vint [d'Eretz Israël], il dit : on leur a ajouté alonim, almonim, almoguin.

Alonim — botmei ; almonim — baloutei ; almoguin — kessita (corail). Il y a qui disent : aronim, armonim, almoguin.

Aronim — eri ; armonim — doulvei ; almoguin — kessita.

📜 Rachi (5)
בּוּטְמֵי אולמ"י בְּלַעַ"ז:
Botmei — olmi (térébinthe) en langue vulgaire.
בַּלּוּטֵי צירקוו"ה בְּלַעַ"ז שֶׁגְּדֵילִין בּוֹ פֵּירֵי שֶׁקּוֹרִין גליאנד"ה:
Baloutei — tsirkoue (chêne) en langue vulgaire, sur lequel poussent des fruits qu'on appelle galiande (glands).
כְּסִיתָא מִין עֵץ הָעוֹלֶה בְּקַרְקַע הַיָּם וּשְׁמוֹ קוראל"ו:
Kessita — une espèce de bois qui monte au fond de la mer, et son nom est corallo (corail).
עָרֵי לויר"ו שֵׁם הָאִילָן וְאֶת פִּרְיוֹ קוֹרִין ביי"ש:
Eri — loviro, nom de l'arbre [laurier], et son fruit on l'appelle baies.
דֻּולְבֵּי קשטאניי"א:
Doulvei — chastania (châtaignier / platane).
🗂️ Tossefot (1)
עַרְמוֹנִים דֻּולְבֵּי. פֵּי' בַּקּוּנְטְרֵס קשטיניי"ר וְקַשְׁיָא דִּבְפֶרֶק לוּלָב הַגָּזוּל גַּבֵּי עֲנָפָיו חוֹפִין אֶת רֻובּוֹ פָּרֵיךְ וְאֵימָא דֻּולְבָּא וַאֲנַן קָא חָזֵינַן דְּלָאו הָכִי הוּא וּמִיהוּ הָתָם נָמֵי פֵּי' בַּקּוּנְטְ' קשטיניי"ר:
'Armonim — doulvei' — Rachi a expliqué : chastanier. Et c'est difficile, car au chapitre 'Loulav ha-gazoul', à propos de 'ses branches recouvrent la plus grande part [du tronc]', on objecte : dis donc que c'est le doulva ! Or nous voyons de nos yeux qu'il n'en est pas ainsi. Toutefois, là-bas aussi Rachi a expliqué : chastanier.
💡 Explication

Le verset ne compte que sept arbres. Rav Dimi rapporte deux versions des trois ajouts qui portent le total à dix. Les deux versions divergent sur les deux premiers, mais gardent l'almog (corail, kessita) en troisième.

8
״וְצִי אַדִּיר לֹא יַעַבְרֶנּוּ״ — אָמַר רַב: זוֹ בּוֹרֵנִי גְּדוֹלָה.

'Et un navire majestueux (tsi adir) ne le traversera pas' (Isaie 33,21) — Rav dit : c'est une grande bourni (galère).

📜 Rachi (2)
וְצִי אַדִּיר לֹא יַעַבְרֶנּוּ לְנַחַל שֶׁעָתִיד לָצֵאת מִבֵּית הַמִּקְדָּשׁ:
'Et un navire majestueux ne le traversera pas' — [ne traversera pas] le torrent destiné à jaillir de la Maison du Sanctuaire (le Temple).
זוֹ בּוֹרֵנִי גְּדוֹלָה סְפִינָה שֶׁקּוֹרִין דרומונ"ט:
C'est une grande bourni — un navire qu'on appelle dromont.
🪔 Ben Yehoyada (1)
(יְשַׁעְיָהוּ לג, כא) "וְצִי אַדִּיר לֹא יַעַבְרֶנּוּ". זוֹ בּוֹרֵנִי גְּדוֹלָה. נִרְאֶה לִי בס"ד קָרָא הַסְּפִינָה הַזֹּאת בְּשֵׁם צִי בְּעִנְיָן זֶה דְּהַמַּלְכִיּוֹת נִקְרְאוּ (תְּהִלִּים מח, ח) 'אֳנִיּוֹת תַּרְשִׁישׁ' וְכֵן נִקְרְאוּ (אִיּוֹב ט, כו) 'אֳנִיּוֹת אָבָה' אַךְ יֵשׁ ד' מַלְכֻיוֹת שֶׁהֵם כּוֹלְלִים כָּל שִׁבְעִים אֻומּוֹת וְנִרְמָזִים בְּאַרְבַּע אֶצְבָּעוֹת הַיָּד וְרַק הַגּוּדָל רוֹמֵז לְיִשְׂרָאֵל וְהָאֳנִיָּה הַחֲזָקָה שֶׁבָּהֶם הִיא שֶׁל אֱדוֹם שֶׁהִיא רְמוּזָה בְּזֶרֶת שֶׁהוּא רְבִיעִי שֶׁבְּאַרְבַּע אֶצְבָּעוֹת וְלָכֵן כְּתִיב בְּעֵשָׂו (בְּרֵאשִׁית כה, כז) 'אִישׁ יָדַע צַיִד' שֶׁהוּא צ"י ד' וְזֶה לֹא יַעַבְרֶנּוּ לְנַחַל הַקָּדוֹשׁ שֶׁאֵין לוֹ חֵלֶק בּוֹ. וְדַע כִּי 'זוֹ בּוֹרֵנִי גְּדוֹלָה' לֹא הָיָה צָרִיךְ לָהּ י"ב אֶלֶף בְּנֵי אָדָם עוֹסְקִים שִׁשָּׁה חֳדָשִׁים עַד שֶׁיְּמַלְּאוּ אוֹתָהּ אַךְ נִרְאֶה הֻוצְרְכוּ לְכָךְ מִפְּנֵי שֶׁאֵין הָאַלְמֻוגִּים קְרוֹבִים לִשְׂפַת הַיָּם אֶלָּא רְחוֹקִים וּצְרִיכִין לִישָּׂא הַחוֹל בִּסְפִינוֹת קְטַנּוֹת עַד שֶׁיּוֹלִיכוּ אוֹתָהּ לִסְפִינָה הַגְּדוֹלָה שֶׁהִיא אֵצֶל הָאַלְמֻוגִּים וּלְכָךְ צָרִיךְ לָהֶם זְמַן הַרְבֵּה. וּמַה שֶׁאָמַר 'מַסְּקָן כִּיסְתָּא' הֵם הָאַלְמֻוגִּים שֶׁקּוֹרִין מרג'אן וְהוּא אֶמְצָעִי בֵּין הַדּוֹמֵם וּבֵין הַצּוֹמֵחַ. וּמַה שֶׁאָמַר 'פַּרְוְותָא דְּמַשְׁמְהִיג' רוֹצֶה לוֹמַר פַּרְווְתָא הוּא נָמֵל בִּלְשׁוֹן הַמִּשְׁנָה וּבִלְשׁוֹן עַרְבִי מינ"א שֶׁשָּׁם מָנוֹחַ הַסְּפִינוֹת הַהוֹלְכִים בַּיָּם וּמַשְׁמְהִיג לְשׁוֹן מַלְכוּת דְּהַיְינוּ מַה שֶׁקּוֹרִין סלטנ"א אוֹ סיני"י.
'Et un navire majestueux (tsi adir) ne le traversera pas' — c'est une grande bourni. Il me paraît, avec l'aide du Ciel, que l'Écriture appela ce navire du nom de tsi en ce sens : les royaumes sont appelés (Ps 48,8) 'navires de Tarchich', et aussi (Job 9,26) 'navires de roseau (aveh)'. Or il y a quatre royaumes qui englobent l'ensemble des soixante-dix nations, figurés par les quatre doigts de la main, tandis que le pouce seul renvoie à Israël. Et le navire le plus puissant d'entre eux est celui d'Edom, figuré par l'auriculaire (zeret), le quatrième des quatre doigts ; c'est pourquoi il est écrit d'Esav (Gen 25,27) 'un homme sachant chasser (yodea tsayid)', ce qui donne tsi (tsadi-youd) daleth [= tsi 4, le quatrième]. Et celui-là 'ne le traversera pas', [c'est-à-dire ne traversera pas] le torrent saint, car il n'y a pas de part pour lui. Sache que 'c'est une grande bourni' : elle n'avait pas besoin de douze mille hommes travaillant six mois pour la remplir [en soi] ; mais s'il en fallut tant, c'est parce que les coraux ne sont pas près du rivage mais loin, et qu'il faut porter le sable dans de petits bateaux jusqu'à la grande nef qui se tient près des coraux — d'où la longue durée nécessaire. Et ce qu'on dit 'maskan kissta', ce sont les coraux qu'on appelle mordjan (corail), intermédiaire entre le minéral (domem) et le végétal (tsomeah). Et 'parvata de-mechmahig' veut dire : parvata est un port en langue de la Michna, en arabe mina, où mouillent les navires qui vont sur la mer ; et mechmahig est une expression de royauté (malkhout), c'est ce qu'on appelle sultanat (soltana) ou 'chine' (impérial).
💡 Explication

À propos du corail, la Guemara cite le verset sur le tsi adir — un grand vaisseau qui ne pourra traverser le fleuve destiné à jaillir du Temple. Rav l'identifie à une grande bourni (galère) servant à récolter le corail.

9
הֵיכִי עָבְדִי? מַיְיתוּ שֵׁית אַלְפֵי גַּבְרֵי בִּתְרֵיסַר יַרְחֵי שַׁתָּא, וְאָמְרִי לַהּ תְּרֵיסַר אַלְפֵי גַּבְרֵי בְּשִׁיתָּא יַרְחֵי שַׁתָּא, וְטָעֲנִי לַהּ חָלָא עַד דְּשָׁכְנָא. וְנָחֵית בַּר אָמוֹרַאי וְקָטַר אֲטוּנֵי דְכִיתָּנָא בִּכְסִיתָא, וְקָטַר לְהוּ בִּסְפִינְתָּא. וְנָטְלִי חָלָא וְשָׁדוּ לְבָרַאי, וְכַמָּה דְּמִדַּלְיָא — עָקְרָא וּמָתְיָא.

Comment procède-t-on ? On amène six mille hommes durant les douze mois de l'année — et certains disent douze mille hommes durant les six mois de l'année — et on charge [le navire] de sable (hâla) jusqu'à ce qu'il coule.

Un plongeur (bar amoraei) descend, noue des cordes de lin (atounei de-kitna) au corail et les noue au navire. On prend [alors] le sable et on le jette au-dehors ; et à mesure qu'il [le navire] remonte, il [le corail] est arraché et remonte [avec lui].

📜 Rachi (6)
הֵיכִי עָבְדִי אוֹתָהּ בּוֹרֵנִי גְּדוֹלָה לְמַאי עֲבִידָא:
Comment procède-t-on — cette grande bourni, à quoi sert-elle ?
חַלָּא חוֹל:
Hâla — le sable.
עַד דְּשָׁכְנָא שׁוּלֶיהָ שׁוֹכְנִים בְּקַרְקָעִית הַיָּם וְעוֹדֶנָּה נִרְאֵית לְמַעְלָה מִן הַמַּיִם דִּבְמָקוֹם שֶׁהָאַלְמֻוגִּים גְּדִילִים בַּיָּם אֵין הַיָּם עָמֹוק כָּל כָּךְ:
Jusqu'à ce qu'il coule — son fond repose au sol du fond de la mer alors qu'elle [la nef] est encore visible au-dessus des eaux, car à l'endroit où poussent les coraux la mer n'est pas si profonde.
בַּר אָמוֹרָאֵי מְלֻומָּד לָשׁוּט בִּנְהָרוֹת:
Bar amoraei — [un homme] entraîné à nager dans les fleuves.
וְקָטַר אֲטוּנֵי דְּכִיתָּנָא חֲבִילֵי פִּשְׁתָּן שֶׁהֵן קָשִׁין לִינָּתֵק וְקוֹשֵׁר רֹאשׁוֹ אֶחָד בְּשֹׁורֶשׁ הָאִילָן וְרֹאשׁוֹ אֶחָד בְּבוֹרֵנִי:
Et il noue des cordes de lin — des paquets de lin, difficiles à rompre ; il noue l'un des bouts à la racine de l'arbre [de corail] et l'autre bout au navire.
וְשָׁקְלִי הָנָךְ גַּבְרֵי חַלָּא דִּסְפִינְתָּא וְשָׁדוּ לְאַבָּרַאי וְהִיא עוֹלָה מִתּוֹךְ הַמַּיִם וְעוֹקֶרֶת שָׁרְשֵׁי הָאִילָן:
Et l'on prend — ces hommes [prennent] le sable du navire, le jettent au-dehors ; [la nef] remonte hors de l'eau et arrache les racines de l'arbre [de corail].
💡 Explication

Description technique de la pêche au corail : on lest le navire de sable pour le faire couler ; un plongeur y attache le corail par des cordes de lin ; on rejette le sable, le navire remonte et arrache le corail du fond.

10
וּמַחְלֵיף עַל חַד תְּרֵין בְּכַסְפָּא. תְּלָת פַּרְוְותָא הָוְייָן: תַּרְתֵּי בֵּי רוֹמָאֵי וַחֲדָא דְּבֵי פָרְסָאֵי. דְּבֵי רוֹמָאֵי מַסְּקָן כְּסִיתָא, דְּבֵי פָרְסָאֵי מַסְּקָן מַרְגָּנְיָיתָא, וּמִקַּרְיָיא: פַּרְווְתָא דְּמַשְׁמְהִיג.

Et [le corail] s'échange contre le double [de son poids] en argent. Il y a trois ports (parvata) : deux appartiennent aux Romains et un aux Perses.

Ceux des Romains font remonter le corail (kessita), ceux des Perses font remonter les perles (marganita), et [ce dernier] est appelé : le port de mechmahig.

📜 Rachi (3)
פַּרְוְותָא פורט"ו בְּלַעַ"ז וּבִלְשׁוֹן מִשְׁנָה נָמֵל:
Parvata — porto en langue vulgaire, et en langue de la Michna : port (namel).
מַסְּקָן מַרְגָּנְיָיתָא מִקַּרְקָעִית הַיָּם עַל יְדֵי בַּר אָמוֹרָאֵי:
Font remonter les perles — du fond de la mer, par l'intermédiaire du plongeur (bar amoraei).
וּמִקַּרְיָיא פַּרְווְתָא דְּמַשְׁמְהִיג אוֹתָהּ שֶׁל פַּרְסִיִּים נִקְרֵאת נָמֵל שֶׁל מְלוּכָה:
Et [ce dernier] est appelé le port de mechmahig — celui des Perses est appelé le port de la royauté.
💡 Explication

Le corail vaut le double de son poids en argent. Trois ports se partagent la récolte : deux romains (corail) et un perse (perles), ce dernier nommé le 'port royal' (mechmahig).

11
אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: כָּל שִׁיטָּה וְשִׁיטָּה שֶׁנָּטְלוּ גּוֹיִם מִירוּשָׁלַיִם, עָתִיד הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא לְהַחֲזִירָן לָהּ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״אֶתֵּן בַּמִּדְבָּר אֶרֶז שִׁטָּה״, וְאֵין מִדְבָּר אֶלָּא יְרוּשָׁלַיִם, שֶׁנֶּאֱמַר: ״צִיּוֹן מִדְבָּר הָיְתָה וְגוֹ׳״.

Rabbi Yo'hanan dit : chaque acacia (chitta) que les nations ont pris de Jérusalem, le Saint béni soit-Il est destiné à le lui rendre, comme il est dit : 'Je placerai dans le désert le cèdre, l'acacia (erez chitta)' — et 'désert' ne désigne rien d'autre que Jérusalem, comme il est dit : 'Sion est devenue un désert etc.' (Isaie 64,9).

🪔 Ben Yehoyada (1)
כָּל שִׁטָּה וְשִׁטָּה שֶׁנָּטְלוּ גּוֹיִם מִירוּשָׁלַיִם, עָתִיד הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא לְהַחֲזִירָן לָהּ. נִרְאֶה לִי בס"ד עַל פִּי מַה שֶׁכָּתַבְתִּי בְּמָקוֹם אַחֵר דִּירוּשְׁלֶם שֶׁהִיא בְּאֶמְצַע הַיִּשּׁוּב נִשְׁפַּעַת מִן קַו הָאֶמְצָעִי שֶׁהוּא סוֹד אהי"ה הוי"ה שד"י שֶׁהֵם בְּכֶתֶר וְתִפְאֶרֶת וִיסוֹד דְּהֵמָּה שי"א אוֹרוֹת כִּי הֵם רָאשֵׁי תֵּיבוֹת 'אִישׁ' וְהֶאָרָה זוֹ שֶׁל אִישׁ הִיא כְּפוּלָה שֶׁהִיא בִּבְחִינַת הַיֹּושֶׁר וּבִבְחִינַת הָעִיגּוּלִים. וּבָזֶה יוּבַן 'לֹא נִתְמַלֵּאת צוֹר אֶלָּא מֵחֻרְבָּנָהּ שֶׁל יְרוּשָׁלַםִ' (מְגִילָּה ו.) כִּי צוּר בְּמִילּוּאָה כָּזֶה צָדִ"י וָא"ו רֵי"שׁ אוֹתִיּוֹת הַמִּלּוּי הֵמָּה 'דּוּ אִישׁ' רוֹצֶה לוֹמַר שְׁנֵי פְּעָמִים אִישׁ דְּהֶאָרָה זוֹ נִסְתַּלְּקָה מִן יְרוּשָׁלִַם בְּחֻרְבָּן וְנִרְמְזָה בְּמִילּוּי שֶׁל צוֹר. וּבָזֶה יוּבַן הַפָּסוּק (תְּהִלִּים פז, ה) 'וּלֲצִיּוֹן יֵאָמַר אִישׁ וְאִישׁ יֻלַּד בָּהּ וְהוּא יְכוֹנְנֶהָ עֶלְיוֹן' פֵּירוּשׁ הֶאָרָה זוֹ שֶׁל אִישׁ וְאִישׁ שֶׁהֵם שֶׁל קַו הָאֶמְצָעִי שֶׁהֵם כֶּתֶר וְתִפְאֶרֶת וִיסוֹד שֶׁשָּׁם הוּא אהי"ה הוי"ה שד"י דְּרָאשֵׁי תֵּיבוֹת שֶׁלָּהֶם אִישׁ וְהֵם כְּפוּלִים דְּיֹושֶׁר וְעִיגּוּלִים יִוָּלֵד בָּהּ שֶׁתַּחֲזֹור הֶאָרוֹת אֵלֶיהָ 'וְהוּא יְכוֹנְנֶהָ עֶלְיוֹן' קָרֵי בָּהּ 'עַל יָוָן' שֶׁהוּא אַחַת מֵאַרְבַּע מַלְכֻיוֹת, אַךְ בֵּית חַשְׁמוֹנַאי גָּבְרוּ עֲלֵיהֶם וְלֹא יָכְלוּ לְהַחֲרִיב יְרוּשָׁלִַם כַּאֲשֶׁר עָשׂוּ בָּבֶל זֶה נְבוּכַדְנֶצַּר הָרָשָׁע בְּבַיִת רִאשׁוֹן וְאָדֹום בְּבַיִת שֵׁנִי. וְנִמְצָא הַשְׁפָּעָה וְהֶאָרָה זוֹ שֶׁל אִישׁ וְאִישׁ עֲתִידָה לַחֲזֹור לִירוּשָׁלַיִם וְהִנֵּה 'אִישׁ' עִם הָאוֹתִיּוֹת גֵּימַטְרְיָא 'שִׁטָּה' [314] וְזֶהוּ שֶׁאָמַר 'כָּל שִׁטָּה וְשִׁטָּה שֶׁנָּטְלוּ גּוֹיִם מִיְּרוּשָׁלַיִם' כְּמוֹ שֶׁרִמַּזְנוּ בְּמַאֲמַר לֹא נִתְמַלֵּאת צוֹר אֶלָּא מֵחֻרְבָּנָהּ שֶׁל יְרוּשָׁלַיִם שֶׁהוּא 'דּוּ אִישׁ' הָרְמוּזִים בְּמִלּוּי צוּר 'עָתִיד הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא לְהַחֲזִירָן לָהּ' וּכְמוֹ שֶׁכָּתַבְתִּי בס"ד עַל פָּסוּק 'וּלֲצִיּוֹן יֵאָמַר אִישׁ וְאִישׁ יֻלַּד בָּהּ'.
'Chaque acacia que les nations ont pris de Jérusalem, le Saint béni soit-Il est destiné à le lui rendre.' Il me paraît, avec l'aide du Ciel, selon ce que j'ai écrit ailleurs : Jérusalem, qui est au centre du monde habité, reçoit l'influx de la ligne médiane (kav ha-emtsai), secret des Noms Ehyeh, Havaya, Chaddai, qui sont dans Keter, Tiferet et Yessod, et qui totalisent onze lumières (or), car [ces trois Noms] sont les initiales du mot 'ich' (homme) ; et cette illumination de 'ich' est double, dans l'aspect du yocher (rectitude) et dans l'aspect des igoulim (cercles). Ainsi se comprend : 'Tyr ne s'est remplie que de la ruine de Jérusalem' (Meguila 6a), car 'Tsor' (Tyr), en son plein [écriture des lettres tsadi-vav, vav-alef, rech-youd-chin], donne les lettres du remplissage 'do ich' — c'est-à-dire deux fois 'ich', car cette illumination s'est retirée de Jérusalem lors de la destruction et s'est retrouvée figurée dans le plein de 'Tsor'. Ainsi se comprend le verset (Ps 87,5) 'Et de Sion il sera dit : homme et homme (ich ve-ich) est né en elle, et Lui, le Très-Haut, l'affermira' : cette illumination de 'ich ve-ich', celle de la ligne médiane (Keter, Tiferet, Yessod, où sont Ehyeh, Havaya, Chaddai dont les initiales font 'ich', doubles en yocher et igoulim), 'naîtra en elle', ces illuminations lui reviendront ; 'et Lui, le Très-Haut (elyon), l'affermira' — lis 'al Yavan' (sur Yavan/la Grèce), l'un des quatre royaumes. Mais la maison des Hachmonaim prévalut sur eux et ils ne purent détruire Jérusalem comme le firent Babel — c'est le rasha Nabuchodonosor au premier Temple — et Edom au second. Il se trouve que cet influx et cette illumination de 'ich ve-ich' sont destinés à revenir à Jérusalem ; or 'ich' avec ses lettres [ajoutées] équivaut en guematria à 'chitta' [314]. C'est ce que dit [Rabbi Yo'hanan] : 'chaque acacia (chitta) que les nations ont pris de Jérusalem', comme nous l'avons indiqué pour 'Tyr ne s'est remplie que de la ruine de Jérusalem' — le 'do ich' figuré dans le plein de 'Tsor' — 'le Saint béni soit-Il est destiné à le lui rendre', ainsi que je l'ai écrit avec l'aide du Ciel sur le verset 'et de Sion il sera dit : homme et homme est né en elle'.
💡 Explication

Premier enseignement aggadique de Rabbi Yo'hanan : tous les bois d'acacia pillés par les nations à Jérusalem lui seront rendus, car le 'désert' d'Isaie 41,19 désigne Jérusalem (rapprochement avec Isaie 64,9).

12
וְאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: כָּל הַלּוֹמֵד תּוֹרָה וְאֵינוֹ מְלַמְּדָהּ, דּוֹמֶה לַהֲדַס בַּמִּדְבָּר. אִיכָּא דְאָמְרִי: כָּל הַלּוֹמֵד תּוֹרָה וּמְלַמְּדָהּ בִּמְקוֹם שֶׁאֵין תַּלְמִידֵי חֲכָמִים — דּוֹמֶה לַהֲדַס בַּמִּדְבָּר, דְּחָבִיב.

Et Rabbi Yo'hanan dit : quiconque étudie la Torah et ne l'enseigne pas ressemble à un myrte (hadas) dans le désert. Il y a qui disent : quiconque étudie la Torah et l'enseigne dans un lieu où il n'y a pas d'érudits (talmidei hakhamim) ressemble à un myrte dans le désert, [qui] est précieux.

🪔 Ben Yehoyada (1)
כָּל הַלּוֹמֵד תּוֹרָה וּמְלַמְּדָהּ בִּמְקוֹם שֶׁאֵין תַּלְמִידֵי חֲכָמִים, דּוֹמֶה לַהֲדַס בַּמִּדְבָּר, דְּחָבִיב. נִרְאֶה לִי בס"ד מִדְבָּר דְּנָקֵיט בָּאֹופֶן הָרִאשׁוֹן הוּא מְדַבֵּר שְׁמָם שֶׁאֵין בּוֹ עוֹבְרִים וְשָׁבִים וְלָכֵן אֵין הֲנָאָה מְהַדֵּס הַנָּטוּעַ שָׁם, אַךְ מִדְבָּר דְּנָקֵיט בְּאֹופֶן זֶה הַשֵּׁנִי הוּא בִּמְקוֹם הַיִּשּׁוּב שֶׁהַכֹּל עוֹבְרִים וְשָׁבִים בּוֹ וְרַק הוּא מְקוֹם הֶפְקֵר דְּכָל קַרְקַע שֶׁהִיא חוּץ לְגִנּוֹת וּפַרְדֵּסִים נִקְרֵאת רְשׁוּת הָרַבִּים שֶׁהוּא מְדַבֵּר, וּבָזֶה הַכֹּל נֶהֱנִים כִּי הַנָּטוּעַ תּוֹךְ הַגִּינָּה מִי יוּכַל לְהִכָּנֵס שָׁם כְּדֵי שֶׁיֵּהָנֶה דִּרְשׁוּת הַיָּחִיד הִיא. וְהָא דְּכִינָּה הַתּוֹרָה בְּשֵׁם הֲדַס הַייְנוּ כִּי תּוֹרָה שֶׁבְּעַל פֶּה דְּאַיְירֵי בָּהּ הָכָא הִיא בְּחִינַת שֵׁם אדנ"י שֶׁמִּסְּפָרוֹ הֵם בְּסוֹד (חֲבַקּוּק ב, כ) 'וַה' בְּהֵיכַל קָדְשׁוֹ הַס מִפָּנָיו כָּל הָאָרֶץ' וְיֵשׁ בָּהּ ד' חֲלָקִים שֶׁהֵם פַּרְדֵּ"ס [פָּשַׁט, רֶמֶז, דְּרָשׁ, סוֹד] נִמְצָא הִיא ד' הוּא סוֹד וְזֶהוּ צֵירוּף 'הֲדַס' שֶׁהוּא ד' הַס. אִי נָמֵי הַתּוֹרָה נִקְרֵאת טוֹב וְד' פְּעָמִים טוֹב כְּנֶגֶד פַּרְדֵּ"ס הוּא מִסְפַּר חַיִּים [17×4=68] וְעִם הַכּוֹלֵל גֵּימַטְרְיָא 'הֲדַס' [69] . גַּם הַהֲדַס מְשֻׁולָּשׁ וְהוּא רוֹמֵז לְחֶסֶד שֶׁנְּקֻודָּתוֹ סגו"ל שֶׁהוּא מְשֻׁולָּשׁ כְּשָׁלֹשׁ נְקֻודּוֹת כְּדֻוגְמַת שִׁילּוּשׁ עֲלֵי הַהֲדַס וְהַתּוֹרָה הִיא בְּסוֹד הַחֶסֶד דִּכְתִיב (דְּבָרִים לג, ב) 'מִיְּמִינוֹ אֵשׁ דָּת לָמוֹ' וְכֵן הוּא אוֹמֵר (מִשְׁלֵי לא, כו) 'וְתוֹרַת חֶסֶד עַל לְשׁוֹנָהּ' וְהַחֶסֶד הוּא שֵׁם אֵל דִּכְתִיב (תְּהִלִּים נב, ג) 'חֶסֶד אֵל כָּל הַיּוֹם' וְשֵׁם אֵל הוּא אוֹתִיּוֹת אָלֶ"ף לָמֶ"ד וְהַיְינוּ אוֹת אָלֶ"ף לְשׁוֹן לִימּוּד כְּמוֹ (תְּהִלִּים נה, יד) 'אַלּוּפֵי וּמְיֻדָּעִי' וְזֶה קָאֵי עַל לִימּוּד הַגִּרְסָא וְאוֹת לָמֶ"ד גַּם כֵּן הוּא לְשׁוֹן לִימּוּד וְזֶה קָאֵי עַל לִימּוּד הַסְּבָרָא וְהָעִיּוּן וּנְקֻודַּת הַחֶסֶד סגו"ל שֶׁהוּא שָׁלֹשׁ נְקֻודּוֹת, וּכְנֶגֶד זֶה יֵשׁ בְּלִימּוּד הָאֶחָד מַה שֶׁלּוֹמֵד מֵרַבּוֹ, וְהַשֵּׁנִי מַה שֶׁלּוֹמֵד מֵחֲבֵירָיו וְהַשְּׁלִישִׁי מַה שֶׁלּוֹמֵד מִתַּלְמִידָיו כְּמוֹ שֶׁאָמְרוּ (תַּעֲנִית ז.) הַרְבֵּה תּוֹרָה לָמַדְתִּי מֵרַבּוֹתַי וְיוֹתֵר מֵחֲבֵירַי וּמִתַּלְמִידִי יוֹתֵר מִכֻּולָּם, וְלָכֵן הַלּוֹמֵד תּוֹרָה וּמְלַמְּדָהּ דּוֹמֶה לַהֲדַס.
'Quiconque étudie la Torah et l'enseigne dans un lieu où il n'y a pas d'érudits ressemble à un myrte dans le désert, [qui] est précieux.' Il me paraît, avec l'aide du Ciel : le 'désert' pris dans le premier sens est un désert désolé, sans passants, d'où nul ne tire profit du myrte qui y est planté ; mais le 'désert' pris dans ce second sens est en lieu habité, où tous passent et repassent, sauf qu'il s'agit d'un lieu sans maître (hefker) — car tout terrain hors des jardins et vergers est appelé domaine public (rechout ha-rabim), c'est-à-dire 'désert' — et là tous en profitent ; tandis que ce qui est planté dans un jardin, qui pourrait y entrer pour en jouir, puisque c'est un domaine privé (rechout ha-yahid) ? Et si la Torah est comparée au myrte (hadas), c'est parce que la Torah orale, dont il est ici question, relève du Nom Ado-nai, dont le compte est [dans le] secret de (Hab 2,20) 'et le Seigneur est dans Son sanctuaire saint, silence (hass) devant Lui toute la terre'. Elle comporte quatre parties, qui sont PaRDeS [pchat, remez, drach, sod] : ainsi elle est 'dalet' [4], secret [de sod] — et c'est la combinaison de 'hadas' : hadas = dalet + hass. Autre explication : la Torah est appelée 'bien' (tov), et quatre fois 'tov' (contre les quatre du PaRDeS) fait le compte de ''hayim' (vie) [17x4=68], et avec le kolel cela donne en guematria 'hadas' [69]. De plus, le myrte est triple [ses feuilles vont par trois], ce qui renvoie à la sefira 'Hessed, dont la vocalisation est segol — triple, comme trois points, à l'image du triple feuillage du myrte ; et la Torah relève du secret de 'Hessed, comme il est écrit (Dt 33,2) 'de Sa droite un feu de loi (dat) pour eux', et (Pr 31,26) 'une torah de bonté ('hessed) sur sa langue'. Et le 'Hessed correspond au Nom El, comme il est écrit (Ps 52,3) 'la bonté de El tout le jour' ; le Nom El est fait des lettres alef-lamed, or la lettre alef est une expression d'étude (limoud), comme (Ps 55,14) 'mon familier (aloufi) et mon intime', ce qui renvoie à l'apprentissage du texte récité (guirsa) ; et la lettre lamed est aussi une expression d'étude, qui renvoie à l'étude du raisonnement et de l'analyse (svara ve-iyoun) ; et la vocalisation de 'Hessed, le segol, [fait] trois points. À cela correspondent, dans l'étude, trois niveaux : ce qu'on apprend de son maître, ce qu'on apprend de ses collègues, et ce qu'on apprend de ses élèves, comme ils ont dit (Taanit 7a) 'j'ai beaucoup appris de mes maîtres, davantage de mes collègues, et de mes élèves plus que de tous'. C'est pourquoi celui qui étudie la Torah et l'enseigne ressemble à un myrte.
💡 Explication

Deuxième enseignement de Rabbi Yo'hanan : celui qui étudie sans enseigner est comme un myrte dans le désert (parfum perdu). Autre version : celui qui enseigne la où manquent les érudits est comme un myrte au désert, d'autant plus précieux.

13
וְאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: אוֹי לָהֶם לַגּוֹיִם, שֶׁאֵין לָהֶם תַּקָּנָה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״תַּחַת הַנְּחֹשֶׁת אָבִיא זָהָב וְתַחַת הַבַּרְזֶל אָבִיא כֶסֶף וְתַחַת הָעֵצִים נְחֹשֶׁת וְתַחַת הָאֲבָנִים בַּרְזֶל״. תַּחַת רַבִּי עֲקִיבָא וַחֲבֵירָיו מַאי מְבִיאִין! וַעֲלֵיהֶם הוּא אוֹמֵר: ״וְנִקֵּיתִי דָּמָם לֹא נִקֵּיתִי״.

Et Rabbi Yo'hanan dit : malheur aux nations, qui n'ont pas de remède, comme il est dit : 'À la place du bronze je ferai venir de l'or, à la place du fer je ferai venir de l'argent, à la place du bois du bronze, et à la place des pierres du fer' (Isaie 60,17). À la place de Rabbi Akiva et de ses compagnons, que font-elles venir ?!

Et c'est à leur sujet qu'il est dit : 'Je tiendrai pour innocent, [mais] leur sang je ne l'ai pas tenu pour innocent' (Joël 4,21).

📜 Rachi (1)
וְנִקֵּיתִי דָּמִים לֹא נִקִּיתִי אִם בָּאתִי לְנַקּוֹת אֶת הָעַכּוּ"ם מִשְּׁאָר עוֹנוֹת לֹא אֲנַקֵּם מִדָּמָם שֶׁל יִשְׂרָאֵל:
'Leur sang, Je ne l'ai pas tenu pour innocent' — si Je venais à tenir les nations quittes de leurs autres fautes, Je ne les tiendrais pas quittes du sang d'Israël.
🪔 Ben Yehoyada (1)
וַעֲלֵיהֶם נֶאֱמַר: (יוֹאֵל ד, כא) "וְנִקֵּיתִי דָּמָם לֹא נִקֵּיתִי, וָהּ' שׁוֹכֵן בְּצִיּוֹן". הָא דְּסִיֵּים 'וָהּ' שׁוֹכֵן בְּצִיּוֹן' יֵשׁ לְהָבִין מַה שַׁייָּכוּת יֵשׁ בָּזֶה לְרֹאשׁ הַפָּסוּק? וְנִרְאֶה לִי בס"ד עַל פִּי מַה שֶׁכָּתַב רַבֵּינוּ זַ"ל בְּלִיקּוּטֵי תּוֹרָה פָּרָשַׁת טְהָרוֹת וְזֶה לְשׁוֹנוֹ, דַּע כִּי יֵשׁ בָּאִשָּׁה חֲמִשָּׁה דָּמִים טְהוֹרִים וַחֲמִשָּׁה דָּמִים טְמֵאִים וְהֵם שְׁנֵי בְּחִינוֹת מנצפ"ך דְּבִינָה וְתִפְאֶרֶת שֶׁהֵם בְּסוֹד קס״ת הַסּוֹפֵר כַּנּוֹדָע, וְאֵלּוּ חֲמִשָּׁה מנצפ"ך שֶׁלּוֹקַחַת עַל יְדֵי הַבִּינָה הֵם טְהוֹרִים שֶׁהֵם גְּבוּרוֹת מְמֻותָּקוֹת אֲבָל אוֹתָם שֶׁלּוֹקַחַת עַל יְדֵי הַתִּפְאֶרֶת הֵם דִּינִים גְּמוּרִים, וְאֵלּוּ הַשֵּׁנִי בְּחִינוֹת הֵם 'צִיּוֹן וִירוּשְׁלֶם' כִּי צִיּוֹן הֵם הַדִּינִים שֶׁלּוֹקַחַת עַל יְדֵי הַבִּינָה, וְלָכֵן הִיא רַחֲמִים אַךְ יְרוּשָׁלַיִם הֵם הַדִּינִין שֶׁלּוֹקַחַת עַל יְדֵי הַתִּפְאֶרֶת, עַד כָּאן לְשׁוֹנוֹ, יְעֻויַּן שָׁם. וְהִנֵּה מַה שֶׁנַּעֲשָׂה בַּהֲרוּגֵי מְלוּכָה הִנֵּה הוּא בִּבְחִינַת הַדִּינִין כִּי נֶהֶרְגוּ, אַךְ מֵאַחַר שֶׁבַּהֲרִיגָתָם נַעֲשָׂה תִּיקּוּן גָּדוֹל וְטוֹבָה גְּדוֹלָה לָעוֹלָם, הִנֵּה נִמְצָא אוֹתָם הַגְּבוּרוֹת הֵם הָיוּ דמנצפ"ך הַמְמֻותָּקוֹת שֶׁהֵם הַנִּקְרָאִים צִיּוֹן, וְלָזֶה אָמַר 'וְנִקֵּיתִי דָּמָם לֹא נִקִּיתִי' אַךְ בְּעִנְיָן זֶה שֶׁל הֲרוּגֵי מְלוּכָה 'וָהּ' שׁוֹכֵן בְּצִיּוֹן' כְּלוֹמַר הָיָה בִּבְחִינַת הַגְּבוּרוֹת מִמּוֹתְקִים שֶׁהֵם הַנִּקְרָאִים צִיּוֹן.
'Et c'est à leur sujet qu'il est dit : leur sang Je ne l'ai pas tenu pour innocent, et le Seigneur réside en Sion' (Joël 4,21). Ce qu'il conclut par 'et le Seigneur réside en Sion', il faut comprendre quel rapport cela a avec le début du verset. Il me paraît, avec l'aide du Ciel, selon ce qu'a écrit notre maître [le Ari] de mémoire bénie dans les Likoutei Torah, parachat Tehorot, en ces termes : sache qu'il y a chez la femme cinq sangs purs et cinq sangs impurs, qui sont les deux aspects de MaNTsPaKh [les lettres finales] issues de Bina et de Tiferet, dans le secret de 'KeSeT ha-sofer' (l'écritoire du scribe) comme on le sait ; et ces cinq [lettres] MaNTsPaKh que [la femme] reçoit par l'intermédiaire de Bina sont purs — ce sont des Guevourot adoucies ; mais celles qu'elle reçoit par l'intermédiaire de Tiferet sont des rigueurs (dinim) pleines. Et ces deux aspects sont 'Sion et Jérusalem' : car Sion, ce sont les rigueurs reçues par Bina, et c'est pourquoi elle est miséricorde (rahamim) ; tandis que Jérusalem, ce sont les rigueurs reçues par Tiferet — fin de citation, voir là-bas. Or ce qui s'est produit chez les martyrs du pouvoir (harougei malkhout) relève de l'aspect des rigueurs, puisqu'ils ont été tués ; mais dès lors que, par leur mise à mort, s'est accompli un grand tikoun (réparation) et un grand bien pour le monde, il se trouve que ces Guevourot furent les MaNTsPaKh adoucies, celles qu'on nomme Sion. C'est pourquoi il dit 'leur sang Je ne l'ai pas tenu pour innocent' — mais dans ce cas des martyrs du pouvoir, 'et le Seigneur réside en Sion', c'est-à-dire : [cela] relevait de l'aspect des Guevourot adoucies, celles qu'on nomme Sion.
💡 Explication

Troisième enseignement de Rabbi Yo'hanan : les nations n'ont pas de remède (takana). Tout objet détruit peut être remplacé par un plus précieux ; mais pour Rabbi Akiva et ses compagnons, mis à mort, rien ne peut compenser — 'leur sang, Je ne l'ai pas tenu pour innocent'.

14
וּמֵאַיִן הָיוּ מַשִּׂיאִין מַשּׂוּאוֹת כּוּ׳ וּמִבֵּית בִּלְתִּין. מַאי בֵּית בִּלְתִּין? אָמַר רַב:

La Michna énonce : et de quelles [montagnes] allumait-on les torches etc. ... et [jusqu']à Beit Baltin. Qu'est-ce que Beit Baltin ?

Rav dit :

💡 Explication

Retour à la Michna, qui énumérait la chaîne des montagnes-relais des torches (mont des Oliviers, Sartava, Guerofina, Havran, Beit Baltin). La Guemara demande ce qu'est Beit Baltin — réponse de Rav poursuivie en 23b.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).