Sougya : La Guemara achève la discussion sur les massuot (torches-signaux annonçant la néoménie) : on cherche un système d'allumage sans ambiguïté, et l'on conclut qu'on allume seulement après un mois creux (haser, 29 jours), Abaye écartant l'allumage 'après un mois plein seulement' à cause du chômage de deux jours qu'il imposerait au peuple. La Michna ayant parlé de perches de cèdre, la sougya recense les espèces de erez : Rav Yehouda en compte quatre, mais Rabba bar Rav Houna dix (sept du verset d'Isaie 41,19 + trois ajouts de Rav Dimi), dont l'almog (corail).
Suit une description technique de la pêche au corail au fond de la mer et des trois ports (deux romains, un perse). Le daf se clôt sur trois enseignements aggadiques de Rabbi Yo'hanan (le retour à Jérusalem des bois pillés, celui qui étudie sans enseigner, et le châtiment des nations pour le sang de Rabbi Akiva et ses compagnons), puis la question sur Beit Baltin, poursuivie en 23b.
...[les gens en viendraient] à se tromper, [car] ils diraient : celui-ci [ce mois] est creux (haser), et si l'on n'a pas fait [les torches] la veille [vendredi], c'est parce que c'était impossible [Chabbat] ; ou peut-être est-il plein (mâle), et l'on [les] fait en son temps [samedi soir].
Suite de la sougya sur les massuot (torches-signaux annonçant le nouveau mois). Le problème : si Roch Hodech tombe un vendredi, on ne peut allumer le Chabbat. Quand on allume samedi soir, l'observateur ne sait plus s'il s'agit d'un mois creux (haser, 29 j) dont le signal fut retardé, ou d'un mois plein (mâle, 30 j) allumé normalement à son temps.
Et qu'on [les] fasse aussi bien après un mois plein qu'après un creux ; et quand Roch Hodech tombe un vendredi, qu'on ne [les] fasse pas du tout. Et puisqu'on ne [les] fait pas à l'issue du Chabbat alors qu'on a coutume de [les] faire après un mois plein — on saura [de soi-même] qu'il est creux !
Nouvelle proposition : allumer toujours (mâle et haser), sauf lorsque Roch Hodech tombe un vendredi (car le signal tomberait Chabbat). L'absence de torche samedi soir signalerait alors que le mois est creux.
Malgré cela, les gens en viendraient à se tromper : ils diraient : celui-ci est plein, et si l'on n'a pas fait [le signal], c'est qu'un empêchement est survenu (itnossei de-itnossei).
Objection : même ainsi, la confusion demeure. Devant l'absence de torche, on pourrait penser que le mois est plein et que le signal a manqué par simple empêchement (par ex. l'ivresse du repas de Chabbat), et non parce que le mois est creux.
Et qu'on fasse [le signal] après un mois plein, et qu'on ne le fasse pas du tout après un creux ! Abaye dit : à cause du chômage de travail (bitoul melakha) de deux jours pour le peuple.
Dernière proposition : allumer seulement après un mois plein, jamais après un creux — ainsi l'absence de torche signalerait un mois creux, chose fréquente. Abaye rejette : cela imposerait au peuple un chômage de deux jours (bitoul melakha) à chaque néoménie, car on cesserait le travail le 30 (peut-être Roch Hodech) et le 31 (si le mois fut prolongé). En allumant après un mois creux, on sait dès le 30 au soir que le mois est fixé, et l'on reprend le travail.
La Michna a enseigné : comment allumait-on les torches ? On apportait de longues perches (kelonsaot) de cèdre etc.
Rav Yehouda dit : il y a quatre espèces de cèdre (arazim) : erez, katrom, etz chemen (bois d'huile) et beroch (cyprès). Le katrom, Rav dit : c'est l'adra.
Ceux de l'école de Rabbi Chila disent : le mavliga ; et certains disent que c'est le goulmich.
Retour à la Michna, qui évoquait des perches de cèdre (erez). Rav Yehouda recense quatre espèces de cèdre. La sougya s'attache à identifier le katrom : trois traditions, l'adra (selon Rav), le mavliga ou le goulmich.
Et [cela] diverge de Rabba bar Rav Houna. Car Rabba bar Rav Houna a dit, [au nom de ce qu']on dit à l'école de Rav : il y a dix espèces de cèdre, comme il est dit : 'Je placerai dans le désert le cèdre (erez), l'acacia (chitta), le myrte (hadas) et le bois d'huile (etz chemen) ; je mettrai dans la steppe le cyprès (beroch), le platane (tidhar) et le buis (teachour) ensemble' (Isaie 41,19).
Erez — arza ; chitta — tornita ; hadas — assa ; etz chemen — afarsema ; beroch — berata ; tidhar — chaga ; teachour — chorivna.
Contradiction : Rabba bar Rav Houna compte dix espèces, s'appuyant sur les sept arbres nommés en Isaie 41,19. La Guemara donne l'équivalent araméen de chacun (arza, tornita, assa, afarsema, berata, chaga, chorivna).
Ceux-là ne font que sept ! Quand Rav Dimi vint [d'Eretz Israël], il dit : on leur a ajouté alonim, almonim, almoguin.
Alonim — botmei ; almonim — baloutei ; almoguin — kessita (corail). Il y a qui disent : aronim, armonim, almoguin.
Aronim — eri ; armonim — doulvei ; almoguin — kessita.
Le verset ne compte que sept arbres. Rav Dimi rapporte deux versions des trois ajouts qui portent le total à dix. Les deux versions divergent sur les deux premiers, mais gardent l'almog (corail, kessita) en troisième.
'Et un navire majestueux (tsi adir) ne le traversera pas' (Isaie 33,21) — Rav dit : c'est une grande bourni (galère).
À propos du corail, la Guemara cite le verset sur le tsi adir — un grand vaisseau qui ne pourra traverser le fleuve destiné à jaillir du Temple. Rav l'identifie à une grande bourni (galère) servant à récolter le corail.
Comment procède-t-on ? On amène six mille hommes durant les douze mois de l'année — et certains disent douze mille hommes durant les six mois de l'année — et on charge [le navire] de sable (hâla) jusqu'à ce qu'il coule.
Un plongeur (bar amoraei) descend, noue des cordes de lin (atounei de-kitna) au corail et les noue au navire. On prend [alors] le sable et on le jette au-dehors ; et à mesure qu'il [le navire] remonte, il [le corail] est arraché et remonte [avec lui].
Description technique de la pêche au corail : on lest le navire de sable pour le faire couler ; un plongeur y attache le corail par des cordes de lin ; on rejette le sable, le navire remonte et arrache le corail du fond.
Et [le corail] s'échange contre le double [de son poids] en argent. Il y a trois ports (parvata) : deux appartiennent aux Romains et un aux Perses.
Ceux des Romains font remonter le corail (kessita), ceux des Perses font remonter les perles (marganita), et [ce dernier] est appelé : le port de mechmahig.
Le corail vaut le double de son poids en argent. Trois ports se partagent la récolte : deux romains (corail) et un perse (perles), ce dernier nommé le 'port royal' (mechmahig).
Rabbi Yo'hanan dit : chaque acacia (chitta) que les nations ont pris de Jérusalem, le Saint béni soit-Il est destiné à le lui rendre, comme il est dit : 'Je placerai dans le désert le cèdre, l'acacia (erez chitta)' — et 'désert' ne désigne rien d'autre que Jérusalem, comme il est dit : 'Sion est devenue un désert etc.' (Isaie 64,9).
Premier enseignement aggadique de Rabbi Yo'hanan : tous les bois d'acacia pillés par les nations à Jérusalem lui seront rendus, car le 'désert' d'Isaie 41,19 désigne Jérusalem (rapprochement avec Isaie 64,9).
Et Rabbi Yo'hanan dit : quiconque étudie la Torah et ne l'enseigne pas ressemble à un myrte (hadas) dans le désert. Il y a qui disent : quiconque étudie la Torah et l'enseigne dans un lieu où il n'y a pas d'érudits (talmidei hakhamim) ressemble à un myrte dans le désert, [qui] est précieux.
Deuxième enseignement de Rabbi Yo'hanan : celui qui étudie sans enseigner est comme un myrte dans le désert (parfum perdu). Autre version : celui qui enseigne la où manquent les érudits est comme un myrte au désert, d'autant plus précieux.
Et Rabbi Yo'hanan dit : malheur aux nations, qui n'ont pas de remède, comme il est dit : 'À la place du bronze je ferai venir de l'or, à la place du fer je ferai venir de l'argent, à la place du bois du bronze, et à la place des pierres du fer' (Isaie 60,17). À la place de Rabbi Akiva et de ses compagnons, que font-elles venir ?!
Et c'est à leur sujet qu'il est dit : 'Je tiendrai pour innocent, [mais] leur sang je ne l'ai pas tenu pour innocent' (Joël 4,21).
Troisième enseignement de Rabbi Yo'hanan : les nations n'ont pas de remède (takana). Tout objet détruit peut être remplacé par un plus précieux ; mais pour Rabbi Akiva et ses compagnons, mis à mort, rien ne peut compenser — 'leur sang, Je ne l'ai pas tenu pour innocent'.
La Michna énonce : et de quelles [montagnes] allumait-on les torches etc. ... et [jusqu']à Beit Baltin. Qu'est-ce que Beit Baltin ?
Rav dit :
Retour à la Michna, qui énumérait la chaîne des montagnes-relais des torches (mont des Oliviers, Sartava, Guerofina, Havran, Beit Baltin). La Guemara demande ce qu'est Beit Baltin — réponse de Rav poursuivie en 23b.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).