Sougya : La Guemara achève la description de la chaîne de feux annonçant le nouveau mois : la 'Golah' visée est Pumbedita, où chacun montait sur son toit avec une torche, la ville entière paraissant un seul brasier ; R. Yo'hanan fixe huit parsaot entre chaque station (trente-deux au total), et Abaye explique que les routes se sont depuis bouchées (Osée 2:8).
La michna décrit ensuite la grande cour de Jérusalem, Beit Yaazek, où les témoins de la néoménie se rassemblaient : Rabban Gamliel l'Ancien institua qu'ils puissent marcher deux mille coudées dans chaque direction, extension étendue à la sage-femme et aux sauveteurs. La guemara débat de la vocalisation du nom (Yaazek, terme noble, où Yazek, terme de souffrance).
Enfin la michna expose l'examen des témoins sur la forme et la position du croissant, et R. Yo'hanan enseigne que le soleil n'a jamais vu l'échancrure de la lune ni de l'arc-en-ciel : 'Il fait la paix en Ses hauteurs' (Job 25:2).
Celle-ci [Beit Baltin, la dernière station citée dans la michna] est [la localité de] Biram.
La michna (23a) énumérait la chaîne de stations depuis le Mont des Oliviers jusqu'à Beit Baltin. La guemara identifie ce dernier lieu : c'est Biram.
Que [signifie] 'la Golah' (la Diaspora) [qu'il voyait s'illuminer] ? Rav Yossef dit : c'est Poumbedita.
Que [signifie] 'comme un brasier de feu' (medourat ha-ech) ? Il a été enseigné [dans une baraita] : chacun prend une torche (avouka) dans sa main et monte sur le sommet de son toit.
La michna disait qu'on agitait le flambeau jusqu'à voir toute la Golah devant soi comme un brasier. Ici : la 'Golah' désigne la ville de Poumbedita en Babylonie ; le 'brasier' vient de ce que chacun montait sur son toit avec une torche, si bien que toute la ville semblait un seul grand feu.
Il a été enseigné [dans une baraita] : Rabbi Chimon ben Elazar dit : [on allumait] aussi à Harim, à Kayar, à Gueder et leurs environs. Certains disent : ces [localités] se trouvaient entre-deux (entre celles de la michna).
Certains disent : elles se trouvaient de l'autre côté de la Terre d'Israël (le côté plus proche de Babylone) : ce Maître [de la michna] énumère [les localités] de ce côté-ci, et ce Maître [de la baraita] énumère celles de ce côté-là.
R. Chimon ben Elazar ajoute d'autres localités de la chaîne (Harim, Kayar, Gueder). Deux avis : soit elles sont intercalées entre celles de la michna, soit elles bordent l'autre flanc d'Eretz Israël (deux branches se prolongeant vers Babylone).
Rabbi Yo'hanan dit : entre chacune [des stations] il y a huit parsaot. Combien font-elles [en tout] ?
Trente-deux. Mais aujourd'hui [la distance] est bien plus grande !
Abaye dit : les routes [directes] se sont bouchées pour eux [et l'on emprunte des chemins détournés].
R. Yo'hanan : 8 parsaot séparent chaque station ; comme il y a quatre intervalles (5 stations principales), cela fait 32 parsaot. Objection : la distance réelle du Mont des Oliviers à Beit Baltin est aujourd'hui bien supérieure. Réponse d'Abaye : les routes directes se sont bouchées depuis, obligeant à des détours.
Comme il est écrit : 'C'est pourquoi voici que je vais barrer ton chemin avec des ronces' (Osée 2:8). Rav Nahman bar Yitzhak dit : [on l'apprend] d'ici, comme il est écrit : 'Il a rendu mes sentiers tortueux' (nativotai iwwa) (Lam 3:9).
Deux versets appuient l'idée que les chemins se sont allongés durant l'exil : 'je vais barrer ton chemin de ronces' (Osée 2:8), et selon Rav Nahman bar Yitzhak, 'Il a rendu mes sentiers tortueux' (Lam 3:9).
MICHNA. Il y avait à Jérusalem une grande cour, appelée Beit Yaazek ; c'est là que tous les témoins se rassemblaient, et le tribunal (beit din) les examinait là.
On leur préparait de grands festins, afin qu'ils prennent l'habitude de venir.
La michna décrit la grande cour Beit Yaazek à Jérusalem : lieu de rassemblement des témoins de la néoménie, examinés par le beit din. On leur offrait de grands festins pour encourager les gens à venir témoigner.
Au début, ils ne bougeaient pas de là de toute la journée. Rabban Gamliel l'Ancien institua qu'ils puissent marcher deux mille coudées dans chaque direction.
Un témoin venu de loin le Chabbat avait quitté sa limite (tehoum) : arrivé à destination, il ne pouvait plus dépasser quatre coudées. De peur que cela dissuade les témoins, Rabban Gamliel l'Ancien institua qu'ils puissent marcher deux mille coudées dans chaque direction (comme un habitant de la ville).
Et non seulement ceux-là [les témoins], mais aussi la sage-femme (hakhama) qui vient accoucher [une femme], et celui qui vient sauver [des Juifs] d'un incendie, d'une troupe [ennemie], d'un fleuve ou d'un éboulement — ceux-là sont comme les gens de la ville, et ils ont deux mille coudées dans chaque direction.
L'extension de Rabban Gamliel s'applique aussi à la sage-femme venue accoucher et à quiconque vient sauver d'un péril (incendie, invasion, crue, éboulement) : arrivés sur place le Chabbat, ils sont traités comme des habitants et disposent de 2000 coudées dans chaque direction.
GUEMARA. On leur a demandé : avons-nous appris [dans la michna] 'Beit Yaazek', ou avons-nous appris 'Beit Yazek' ? 'Beit Yaazek' — c'est une expression noble, comme il est écrit 'il l'entoura et l'épierra' (vayaazkehou vayesaklehou, Isaie 5:2) [signe d'amélioration] ; ou peut-être avons-nous appris 'Beit Yazek' — c'est une expression de souffrance, comme il est écrit 'et il était lié de chaînes' (ba-zikim, Jer 40:1) ?
Débat sur la vocalisation du nom. 'Beit Yaazek' serait un terme noble (de la racine a-z-k, 'améliorer', Isaie 5:2 : on épierre et on entoure), indiquant un lieu agréable. Ou bien 'Beit Yazek', terme de souffrance (zikim = chaînes, Jer 40:1), évoquant les témoins immobilisés là tout le jour.
Abaye dit : viens et écoute [une preuve] : on leur préparait là de grands festins, afin qu'ils prennent l'habitude de venir [donc c'était un lieu agréable : 'Yaazek']. [Réfutation :] peut-être leur faisait-on les deux [à la fois : festins et immobilisation].
Abaye tente de trancher par la michna : les grands festins montrent un lieu agréable, donc 'Yaazek'. La guemara rejette : peut-être les deux à la fois (on les régalait, mais on restreignait aussi leurs mouvements) — pas de preuve décisive.
MICHNA. Comment examine-t-on les témoins ?
La paire [de témoins] arrivée là première, on l'examine la première. On fait entrer le plus grand (le plus âgé) d'entre eux et on lui dit : dis comment tu as vu la lune : devant le soleil, ou derrière le soleil ?
Au nord de celui-ci, ou au sud ? Quelle était sa hauteur, de quel côté penchait-elle, et quelle était sa largeur ?
S'il dit 'devant le soleil', il n'a rien dit [de valable].
Procédure d'examen des témoins : on interroge d'abord la paire arrivée en premier, en commençant par l'aîné. Questions : la lune était-elle devant ou derrière le soleil, au nord ou au sud, quelle hauteur, quelle inclinaison des cornes, quelle largeur ? S'il répond 'devant le soleil' [de façon impossible], son témoignage est nul.
Puis on faisait entrer le second et on l'examinait. Si leurs paroles se trouvaient concordantes, leur témoignage est valide.
Et toutes les autres paires, on leur demandait [seulement] les grandes lignes (rachei devarim) — non qu'on eût besoin d'elles, mais pour qu'elles ne repartent pas déçues, et afin qu'elles prennent l'habitude de venir.
On examine ensuite le second témoin ; si les dépositions concordent, le témoignage est retenu. Les autres paires ne sont interrogées que sur les grandes lignes — non par besoin, mais pour qu'elles ne repartent pas déçues et gardent l'habitude de venir témoigner.
GUEMARA. 'Devant le soleil' revient à 'au nord', et 'derrière le soleil' revient à 'au sud' [pourquoi donc poser les deux questions] ! Abaye dit : [la première question porte sur] son échancrure (pegima) — [pointait-elle] devant le soleil, ou derrière le soleil ?
S'il dit 'devant le soleil', il n'a rien dit [de valable].
Objection : 'devant le soleil' = 'au nord', 'derrière le soleil' = 'au sud' — les deux questions font double emploi ! Réponse d'Abaye : la première porte sur l'échancrure (pegima) — son côté creux était-il tourné vers le soleil ou à l'opposé ? Si le témoin dit qu'elle pointait 'devant le soleil' (vers lui), c'est impossible, donc nul.
Car Rabbi Yo'hanan a dit : que signifie ce qui est écrit 'la domination et la crainte sont avec Lui, Il fait la paix en Ses hauteurs' (Job 25:2) ? Jamais le soleil n'a vu l'échancrure (pegima) de la lune, ni l'échancrure de l'arc[-en-ciel].
L'échancrure de la lune — pour qu'elle ne soit pas affligée (dehalcha daata). L'échancrure de l'arc — afin que les adorateurs du soleil ne disent pas [que le soleil tire des flèches...]
R. Yo'hanan (Job 25:2, 'Il fait la paix en Ses hauteurs') : le soleil n'a jamais vu l'échancrure (le côté creux) de la lune ni de l'arc-en-ciel — tous deux se détournent de lui. Pour la lune : afin qu'elle ne soit pas humiliée par sa petitesse (paix entre soleil et lune). Pour l'arc : afin que les adorateurs du soleil ne prétendent pas [qu'il décoche des flèches...]. (Suite sur 24a.)
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).