Sougya : Fin de la sougya sur l'interrogatoire des témoins de la nouvelle lune : vers quel côté penche le croissant (nord ou sud du soleil), résolu selon la saison (été / hiver) et la trajectoire du soleil ; quel écart de hauteur (en mardeot, aiguillons de bouvier) est tolérable ; et quels témoignages sont irrecevables (lune vue seulement dans l'eau, une lanterne, les nuages, ou un croissant aperçu puis introuvable — peut-être un simple nuage rond). Vient ensuite la michna de la sanctification (kidouch ha-hodech) : le chef du beit din dit 'sanctifie' et le peuple répond 'sanctifie, sanctifie' — avec les versets sources et la mahloket (R.
Elazar b. Tsadok, Palimo, R.
Elazar b. Chimon) sur la nécessité de sanctifier quand la lune n'a pas paru à temps ; la halakha suit R.
Elazar b. Tsadok.
Enfin la michna du tableau des formes de lune que Rabban Gamliel montrait aux témoins profanes, et la question de l'interdit 'lo taassoun iti' (ne pas façonner l'image de Mes serviteurs célestes).
[La concavité de l'arc-en-ciel est tournée vers le bas] parce qu'[il semblerait] qu'[il] décoche des flèches [gire ka-mechadya]. [Selon les idolâtres, le soleil tire des flèches sur ceux qui le renient, se servant de l'arc-en-ciel comme d'un arc : sa partie concave est toujours à l'opposé du soleil, pour qu'il ne paraisse pas être un arc tenu par le soleil.]
Fin du développement de 23b : la concavité (l'entaille) de l'arc-en-ciel est tournée à l'opposé du soleil pour ne pas donner l'impression que le soleil décoche des flèches (gire ka-mechadya). L'archer place l'entaille de l'arc vers lui ; on évite ainsi une lecture idolâtre où le soleil ferait la guerre à ceux qui le renient.
[La michna enseigne qu'on demandait aux témoins :] 'De quelle hauteur était-[la lune], et vers où penchait-elle ?' etc. Une brayta enseigne : [si le témoin dit qu'elle penchait] vers le nord — ses paroles tiennent (sont valides) ; vers le sud — il n'a rien dit [de valable].
Mais une autre brayta enseigne l'inverse : vers le sud — ses paroles tiennent ; vers le nord — il n'a rien dit.
La michna (22b) listait les questions posées aux témoins, dont : vers où penchait le croissant. Deux braytot se contredisent : l'une valide 'au nord', l'autre 'au sud'. La Guemara va résoudre la contradiction par la saison.
Ce n'est pas difficile : ici, [c'est] pendant la saison chaude (yemot ha-hamma) ; là, [c'est] pendant la saison des pluies (yemot ha-gechamim).
Résolution : les deux braytot parlent de saisons différentes. En été (yemot ha-hamma) la lune neuve se trouve au sud du soleil ; en hiver (yemot ha-gechamim) elle se trouve au nord. Rachi détaille la trajectoire du soleil au fil de l'année.
Nos maîtres ont enseigné : [si] l'un dit 'elle était haute de deux aiguillons (mardeot)' et l'autre dit 'de trois' — leur témoignage tient (est valide). [Si] l'un dit 'trois' et l'autre 'cinq' — leur témoignage est annulé (batel).
Mais [chacun] peut s'associer (mitstarefin) à un autre témoignage.
Sur l'écart de hauteur : une mardea est l'aiguillon du bouvier, servant d'unité de mesure. Un écart de 2 vs 3 est admissible (témoignage valide) ; un écart de 3 vs 5 est trop grand (témoignage annulé). Mais les témoins ne sont pas disqualifiés : chacun peut s'associer (mitstarefin) à un autre témoin qui dira comme lui.
Nos maîtres ont enseigné : [si les témoins disent] 'nous l'avons vue dans l'eau', 'nous l'avons vue dans une lanterne (achachit)', 'nous l'avons vue dans les nuages' — on ne témoigne pas à son sujet. [S'ils disent] 'la moitié dans l'eau, la moitié dans les nuages, la moitié dans la lanterne' — on ne témoigne pas à son sujet.
Seule une vision directe du croissant est recevable. Un reflet dans l'eau, dans une lanterne de verre (achachit), ou une lumière filtrée à travers les nuages, ne compte pas — même si l'on n'en voit que la moitié ainsi.
Or, puisque tu as dit que [voir] la totalité [dans l'eau etc.] — non [n'est pas valable], est-il besoin de [préciser pour] la moitié ?! Plutôt, voici ce que [la brayta] veut dire : la moitié dans l'eau et la moitié dans le ciel (rakia), la moitié dans les nuages et la moitié dans le ciel, la moitié dans la lanterne et la moitié dans le ciel — on ne témoigne pas.
Objection logique : si voir la lune entière par reflet est déjà irrecevable, pourquoi enseigner le cas de la moitié ? La Guemara réinterprète : le cas visé est celui où l'on voit une moitié par reflet et l'autre moitié directement dans le ciel (rakia) — même alors, on ne témoigne pas tant qu'on n'a pas vu la lune entière à l'œil nu.
Nos maîtres ont enseigné : [s'ils disent] 'nous l'avons vue puis nous ne l'avons plus vue' — on ne témoigne pas à son sujet. [Objection :] doivent-ils vraiment continuer à la regarder [sans cesse] ?!
Difficulté sur la brayta : s'ils l'ont bien vue, pourquoi ne pourraient-ils pas témoigner ? Doivent-ils la fixer indéfiniment ? Abaye va réinterpréter la brayta au segment suivant.
Abaye dit : voici ce que [la brayta] veut dire : 'nous l'avons vue de nous-mêmes (par hasard), puis nous sommes retournés la regarder volontairement (pour témoigner), et nous ne l'avons plus vue' — on ne témoigne pas à son sujet. Quelle en est la raison ?
Dis [= on peut dire] que ce n'était qu'un simple nuage rond (koubita d'iba) qu'ils ont vu.
Réinterprétation d'Abaye : le problème n'est pas qu'ils cessent de la fixer, mais qu'ils l'ont d'abord aperçue par hasard (me-alenou), puis, en cherchant à la revoir à dessein (mi-daatenou) pour témoigner, ne l'ont pas retrouvée. On soupçonne alors qu'ils avaient pris pour la lune un petit nuage rond et blanc (koubita d'iba).
MICHNA. Le chef du beit din (roch beit din) dit : 'sanctifie (mekoudach)', et tout le peuple répond après lui : 'sanctifie, sanctifie'.
Que [la lune] ait été vue en son temps (be-zmano) ou qu'elle n'ait pas été vue en son temps — on la sanctifie.
Michna du kidouch ha-hodech : une fois les témoins examinés et reçus, le chef du tribunal proclame 'sanctifie' (mekoudach) et le peuple répond 'sanctifie, sanctifie'. Selon le premier tana, on sanctifie dans les deux cas : que la lune ait paru le 30e jour (be-zmano) ou non.
Rabbi Elazar, fils de Rabbi Tsadok, dit : si [la lune] n'a pas été vue en son temps — on ne la sanctifie pas, car le Ciel l'a déjà sanctifiée (chekvar kidechouhou chamayim).
Position de R. Elazar b. Tsadok : quand la lune ne paraît pas le 30e jour, le 31e est automatiquement Roch Hodech, sans besoin de proclamation, car la cour céleste l'a déjà sanctifiée (kidechouhou chamayim). La sanctification humaine ne s'impose que pour la lune vue à temps.
GUEMARA. 'Le chef du beit din' etc. D'où vient cette règle (menahani mili) ?
Rabbi Hiyya bar Gamda dit au nom de Rabbi Yossi ben Chaoul au nom de Rabbi [Yehouda ha-Nassi] : le verset dit 'Moche déclara (va-yedaber) les fêtes de l'Éternel' (Lev 23:44) — de là [on apprend] que le chef du beit din dit 'sanctifie'.
Source scripturaire de la proclamation par le chef : Moche, équivalent du chef du grand Sanhédrin, 'déclara les fêtes de l'Éternel' (Lev 23:44) — d'où l'usage que le roch beit din énonce lui-même 'mekoudach'.
'Et tout le peuple répond après lui : sanctifie, sanctifie.' D'où [le tenons-]nous ? Rav Papa dit : le verset dit 'que vous proclamerez, eux (otam)' (Lev 23:2) — lis-y 'vous' (atem) [= atem, sans les points].
Rav Nahman bar Yitzhak dit : [du verset] 'ce sont là Mes fêtes' (Lev 23:2) — [c'est-à-dire] 'eux [aussi] diront Mes fêtes'.
Source de la réponse du peuple. Rav Papa : 'otam' (eux) se relit 'atem' (vous) — vous, le peuple, proclamerez. Rav Nahman b. Yitzhak : 'hem' (ce sont / eux) enseigne qu'eux aussi, le peuple, diront 'Mes fêtes'.
'Sanctifie, sanctifie' deux fois — pourquoi ? Parce qu'il est écrit 'mikraei kodech' [convocations saintes, au pluriel] (Lev 23:2).
Pourquoi répéter 'sanctifie' deux fois ? Parce que le verset dit 'mikraei kodech' au pluriel (Lev 23:2), impliquant une double proclamation.
'Rabbi Elazar, fils de Rabbi Tsadok, dit : si [la lune] n'a pas été vue en son temps — on ne la sanctifie pas.' Il est enseigné (tania) : Palimo dit : [vue] en son temps — on ne la sanctifie pas ; hors de son temps — on la sanctifie.
Position inverse de Palimo : quand la lune paraît à temps (be-zmano), pas besoin de sanctification (rien d'inhabituel à renforcer) ; c'est quand elle paraît hors de son temps qu'on doit sanctifier.
Rabbi Elazar, fils de Rabbi Chimon, dit : dans un cas comme dans l'autre, on ne la sanctifie pas, car il est dit 'et tu sanctifieras la cinquantième année' (Lev 25:10) — [donc] tu sanctifiés les années (le yovel) et tu ne sanctifiés pas les mois. Rav Yehouda dit au nom de Chmouel : la halakha est comme Rabbi Elazar, fils de Rabbi Tsadok.
Troisième position, R. Elazar b. Chimon : on ne sanctifie jamais les mois, car 'tu sanctifieras la cinquantième année' (Lev 25:10) vise les années (le yovel), non les mois — sanctifiés automatiquement par le Ciel. Tranchement (Chmouel) : la halakha suit R. Elazar b. Tsadok (segment 9).
Abaye dit : nous aussi, nous l'avons appris [dans une michna] : [si] le beit din et tout Israël l'ont vue, [que] les témoins ont été examinés mais qu'on n'a pas eu le temps de dire 'sanctifie' avant qu'il fasse nuit — la voici prolongée (meoubar). [Donc] prolongée — oui ; sanctifiée — non.
Abaye appuie R. Elazar b. Tsadok par une michna (à venir) : si l'on n'a pas pu proclamer 'sanctifie' avant la nuit, le mois précédent est simplement prolongé (meoubar, mois plein de 30 jours). La michna dit 'prolongé' mais pas 'sanctifié' — donc pas de sanctification nécessaire ici.
[La Guemara réfute :] c'est 'prolongée' qu'il lui fallait [enseigner]. Il pourrait te venir à l'esprit de dire : puisque le beit din et tout Israël l'ont vue, [la chose] s'est ébruitée (ifparsema) et qu'on ne la prolonge donc pas — [la michna] nous apprend [qu'on la prolonge quand même].
Réfutation de la preuve d'Abaye : la michna ne cite 'prolongé' que pour écarter une fausse déduction — on aurait pu croire que, la vision étant de notoriété publique (ifparsema), il serait inutile de prolonger. La michna enseigne qu'on prolonge tout de même. Elle ne prouve donc rien sur la sanctification, qui pourrait encore être requise le lendemain.
MICHNA. Rabban Gamliel avait des figures de formes de lune sur une tablette (tavla) et sur le mur de son étage (aliya), qu'il montrait aux profanes (hedyotot), en disant : 'est-ce ainsi que tu as vu, ou ainsi ?'.
Michna : Rabban Gamliel disposait d'un tableau des formes de la lune (dessiné sur une tablette et sur le mur de son étage) pour aider les témoins profanes (hedyotot), incapables de décrire ce qu'ils avaient vu, en leur demandant : 'as-tu vu une forme comme celle-ci, ou comme celle-là ?'.
GUEMARA. Mais est-ce permis ?!
N'est-il pas écrit 'vous ne ferez pas avec Moi (lo taassoun iti)' (Ex 20:20) — [c'est-à-dire] 'vous ne ferez pas à la ressemblance de Mes serviteurs (chamechai)' [les corps célestes qui Le servent] ?
Objection : comment Rabban Gamliel pouvait-il dessiner des lunes ? Le verset 'lo taassoun iti' (Ex 20:20) est lu 'ne faites pas [d'images] à la ressemblance de Mes serviteurs (chamechai)' — soit les astres créés pour servir, dont le soleil et la lune.
Abaye dit : la Tora n'a interdit que les serviteurs qu'il est possible de reproduire à l'identique. Comme il est enseigné : un homme ne fera pas une maison à la forme du heikhal (le Sanctuaire), ni un portique (akhsadra) à la forme du oulam (le Vestibule), ni une cour face à la azara (le parvis), ni une table face à la [Table sainte], ni un candélabre face à la [Menora].
Mais il peut faire [la suite sur 24b]...
Réponse d'Abaye : l'interdit ne vise que les serviteurs reproductibles à l'identique. Le soleil et la lune étant irréproductibles, les dessiner est permis. Preuve : la brayta interdit de bâtir une maison à la forme du heikhal, un portique à la forme du oulam, etc. — objets reproductibles. La suite (ce qui reste permis) est sur 24b.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).