Rosh Hashanah 24b — reproduire images et figures : menora, serviteurs célestes, visage humain, la bague à sceau, et le début de la michna des faux témoins de la lune

Rosh Hashanah 24b

Sougya : La sougya poursuit l'interdit de reproduire certains objets et figures. On ne fabrique pas de menora à sept branches (même en un autre métal), ni — pour R.

Yossei b. Yehouda — en bois comme les Hachmonéens.

De 'lo taasoun iti' (Ex 20:19), les baraitot déduisent qu'on ne reproduit pas les serviteurs célestes ; Abaye distingue l'étage supérieur du ciel (les quatre faces de la Merkava, interdites) de l'étage inférieur (soleil, lune, étoiles, permis à reproduire mais interdits à adorer), et lit 'iti' comme 'oti' pour interdire le seul visage humain. On explique alors les figures de la lune de Rabban Gamliel (faites par autrui, entouré d'une foule, en pièces détachées, ou pour apprendre), et la règle de la bague à sceau en relief ou en creux (soupçon d'idolâtrie).

Le daf s'achève sur le début d'une nouvelle michna : deux témoins disent avoir vu la lune le matin à l'est.

Fabriquer une menora hors du Temple : ce qui est permis ou interdit PERMIS INTERDIT MAHLOKET 5, 6 ou 8 branches (nombre différent de 7) 7 branches même en autre métal que l'or (reste apte à l'intérieur) menora en BOIS R. Yossei b. Yehouda : interdit (Hachmonéens) Sages : permis
La michna de la menora : nombres permis, sept branches interdit, la mahloket sur le bois (segments 0-1).
Reproduire une image : les étages du ciel (lo taasoun iti) Étage supérieur (7e ciel) : les 4 faces de la Merkava ensemble INTERDIT de reproduire (les serviteurs d'en-haut) ofanim, serafim, hayot ha-kodech, mal'akhei ha-charet Étage inférieur (2e ciel) : soleil, lune, étoiles, constellations PERMIS de reproduire INTERDIT de les adorer (le-ovdam) Visage humain (partzouf adam) INTERDIT seul : 'lo taasoun iti' se lit 'lo taasoun oti' (ne Me faites pas) Adorer (le-ovdam) inclut TOUT : montagnes, mers, fleuves, jusqu'au petit ver
Les étages du ciel et la lecture 'iti/oti' : ce qu'on peut reproduire et ce qu'on peut adorer (segments 2-7).
Pourquoi Rabban Gamliel avait-il des figures de la lune ? (4 réponses) 1. Autrui d'autres (non-Juifs) les ont faites pour lui 2. Beaucoup Nassi : une foule l'entoure (pas de soupçon) 3. En pièces figures détachées (non entières) 4. Pour apprendre 'tu n'apprendras pas à FAIRE' mais tu apprends à comprendre Objection : Rav Yehouda bague en relief = interdit -> là : soupçon (hachda)
Les quatre réponses sur les figures de la lune de Rabban Gamliel et l'objection de Rav Yehouda (segments 8-12).
1
שֶׁל חֲמִשָּׁה וְשֶׁל שִׁשָּׁה וְשֶׁל שְׁמוֹנָה. וְשֶׁל שִׁבְעָה — לֹא יַעֲשֶׂה, אֲפִילּוּ שֶׁל שְׁאָר מִינֵי מַתָּכוֹת. רַבִּי יוֹסֵי בַּר יְהוּדָה אוֹמֵר: אַף שֶׁל עֵץ לֹא יַעֲשֶׂה, כְּדֶרֶךְ שֶׁעָשׂוּ מַלְכֵי בֵּית חַשְׁמוֹנַאי.

[Une menora] de cinq, de six ou de huit [lampes, on peut la faire]. Mais de sept — on n'en fera pas, même en d'autres sortes de métaux [que l'or].

Rabbi Yossei bar Yehouda dit : de bois non plus on n'en fera pas, à la manière dont l'ont faite les rois de la maison des Hachmonéens.

📜 Rachi (5)
שֶׁל חֲמִשָּׁה נֵרוֹת:
De cinq — lampes.
וְשֶׁל שִׁשָּׁה נֵרוֹת:
Et de six — lampes.
וַאֲפִילּוּ שֶׁל שְׁאָר מִינֵי מַתָּכוֹת לְפִי שֶׁכַּיּוֹצֵא בָּהֶן כְּשֵׁירָה לִפְנִים כִּדְתַנְיָא (מְנָחוֹת דַּף כֹּח:) וְעָשִׂיתָ מְנוֹרַת כָּלַל זָהָב טָהוֹר פָּרַט מִקְשָׁה תֵּיעָשֶׂה חָזַר וְכָלַל מָה הַפְּרָט מְפֹורָשׁ שֶׁל מַתֶּכֶת אַף כֹּל שֶׁל מַתֶּכֶת:
Et même en d'autres sortes de métaux — parce qu'un [exemplaire] semblable est apte à l'intérieur [du Temple], comme il est enseigné (Menahot 28b) : 'Tu feras un chandelier' — [c'est] un terme général ; 'd'or pur' — [c'est] un terme particulier ; 'il sera fait d'une pièce' — [le texte] revient et généralise ; [donc] de même que le particulier est explicite (du métal), de même tout [ce qui est apte est] du métal.
אַף שֶׁל עֵץ לֹא יַעֲשֶׂה שֶׁכַּיּוֹצֵא בָּהּ כְּשֵׁירָה לִפְנִים דְּר' יוֹסֵי בְּר' יְהוּדָה דְּרֵישׁ לֵיהּ לִקְרָא בְּרִבּוּי וּמִעוּטֵי מַאי רַבִּי רַבִּי כָּל מִילֵּי וּמַאי מִיעֵט מִיעֵט חֶרֶס וְהָכִי מְפָרֵשׁ לָהּ בִּמְנָחוֹת (שָׁם):
De bois non plus on n'en fera pas — car un [exemplaire] semblable est apte à l'intérieur ; car Rabbi Yossei bar Rabbi Yehouda expose le verset par 'inclusion et exclusion' (ribouy ou-mi'out) : que vient inclure 'chandelier' [répété] ? Toute chose. Et qu'exclut-il ? Il exclut l'argile (hères) ; et ainsi cela est expliqué dans Menahot (là-bas).
כְּדֶרֶךְ שֶׁעָשׂוּ מַלְכֵי בֵּית חַשְׁמוֹנַאי כְּשֶׁגָּבְרָה יָדָם עַל הַיּוֹנִים וְהוֹצִיאוּם מִירוּשָׁלַיִם וְטִיהֲרוּ אֶת הַמִּקְדָּשׁ וְהָיוּ עֲנִיִּים וְלֹא יָכְלוּ לַעֲשׂוֹתָהּ שֶׁל זָהָב:
À la manière dont l'ont faite les rois de la maison des Hachmonéens — lorsque leur main l'emporta sur les Grecs, qu'ils les chassèrent de Jérusalem et purifièrent le Sanctuaire ; ils étaient pauvres et ne purent la faire en or.
💡 Explication

Fin de la michna sur les objets qu'on ne reproduit pas à l'identique du Temple. Une menora à sept branches est interdite même en un métal autre que l'or, car un tel exemplaire serait apte à l'intérieur (bediavad). R. Yossei bar Yehouda ajoute : même en bois c'est interdit, comme la menora provisoire des Hachmonéens.

🖼️ Schéma
Fabriquer une menora hors du Temple : ce qui est permis ou interdit PERMIS INTERDIT MAHLOKET 5, 6 ou 8 branches (nombre différent de 7) 7 branches même en autre métal que l'or (reste apte à l'intérieur) menora en BOIS R. Yossei b. Yehouda : interdit (Hachmonéens) Sages : permis
La michna de la menora.
2
אָמְרוּ לוֹ: מִשָּׁם רְאָייָה?! שַׁפּוּדִין שֶׁל בַּרְזֶל הָיוּ וְחִיפּוּם בְּבַעַץ. הֶעֱשִׁירוּ — עֲשָׂאוּם שֶׁל כֶּסֶף, חָזְרוּ הֶעֱשִׁירוּ — עֲשָׂאוּם שֶׁל זָהָב.

Ils lui dirent : est-ce de là une preuve ?! C'étaient des broches de fer et ils les recouvrirent d'étain.

Lorsqu'ils s'enrichirent — ils les firent en argent ; s'enrichissant davantage — ils les firent en or.

📜 Rachi (1)
בְּבַעַץ שטיינ"ו בְּלַעַ"ז:
Bevaatz (d'étain) — 'estain' (étain) en langue vulgaire.
🗂️ Tossefot (1)
שַׁפּוּדִים שֶׁל בַּרְזֶל. הָא דְּקָרֵי לֵיהּ שַׁפּוּדִים מִשּׁוּם שֶׁלֹּא הָיוּ גְּבִיעִים כַּפְתּוֹרִים וּפְרָחִים אֶלָּא א"כ בָּאָה זָהָב כְּדַאי' בְּהַקּוֹמֵץ רַבָּה (מְנָחוֹת דַּף כֹּח. וְשָׁם):
Des broches de fer — s'il l'appelle 'broches', c'est parce qu'elles n'avaient pas de calices, boutons et fleurs, sauf si [le chandelier] venait à être en or, comme il est [dit] dans 'Ha-kometz rabba' (Menahot 28a et là-bas).
💡 Explication

Les Sages réfutent R. Yossei b. Yehouda : la menora des Hachmonéens n'était pas vraiment 'en bois' mais des broches de fer étamées, remplacées ensuite par de l'argent puis de l'or à mesure qu'ils s'enrichirent. Abaye en déduira que l'interdit ne vaut que pour ce qu'on peut reproduire fidèlement — d'où la lune de R. Gamliel était permise.

3
וְשַׁמָּשִׁין שֶׁאִי אֶפְשָׁר לַעֲשׂוֹת כְּמוֹתָן מִי שְׁרֵי? וְהַתַּנְיָא: ״לֹא תַעֲשׂוּן אִתִּי״ — לֹא תַעֲשׂוּן כִּדְמוּת שַׁמָּשַׁיי הַמְשַׁמְּשִׁין לִפְנֵי בַּמָּרוֹם! אָמַר אַבַּיֵּי: לֹא אָסְרָה תּוֹרָה אֶלָּא דְּמוּת אַרְבָּעָה פָּנִים בַּהֲדֵי הֲדָדֵי.

Et des serviteurs [célestes] qu'il est impossible de reproduire à l'identique, est-ce permis [de les représenter] ? Or il est enseigné : 'Vous ne ferez pas [d'idoles] avec Moi' (Ex 20:19) — vous ne ferez pas à la ressemblance de Mes serviteurs qui officient devant Moi en haut !

Abaye dit : la Torah n'a interdit que la ressemblance des quatre faces ensemble.

📜 Rachi (1)
דְּמוּת אַרְבָּעָה פָּנִים לְגוּף אֶחָד כְּעֵין חַיּוֹת הַקֹּדֶשׁ דְּהַייְנוּ אִתִּי שֶׁכִּסֵּא כָּבוֹד רָכוּב עֲלֵיהֶן:
La ressemblance des quatre faces — pour un seul corps, à la manière des saintes hayot, c'est-à-dire les 'iti' (les [serviteurs qui sont] avec Moi), car le Trône de gloire est monté sur elles.
💡 Explication

Objection : si l'interdit ne visait que le reproductible, comment autoriser les images de la lune (irréproductible) ? La baraita de 'lo taasoun iti' (Ex 20:19) interdit de figurer les serviteurs célestes. Abaye répond : seule est interdite la ressemblance des quatre faces (des hayot de la Merkava) réunies sur un seul corps.

4
אֶלָּא מֵעַתָּה פַּרְצוּף אָדָם לְחוֹדֵיהּ תִּשְׁתְּרֵי? אַלְּמָה תַּנְיָא: כָּל הַפַּרְצוּפוֹת מֻותָּרִין חוּץ מִפַּרְצוּף אָדָם! אָמַר רַב הוּנָא בְּרֵיהּ דְּרַב אִידִי: מִפִּרְקֵיהּ דְּאַבָּיֵי שְׁמִיעָא לִי: ״לֹא תַעֲשׂוּן אִתִּי״ — לֹא תַעֲשׂוּן אוֹתִי.

Mais alors, le visage humain seul serait permis ?! Pourquoi donc est-il enseigné : tous les visages sont permis, sauf le visage humain !

Rav Houna, fils de Rav Idi, dit : de l'exposé d'Abaye j'ai entendu [ceci] : 'lo taasoun iti' — [lis :] 'lo taasoun oti' (ne Me faites pas).

📜 Rachi (1)
פַּרְצוּף אָדָם לְחוֹדֵיהּ תִּשְׁתְּרֵי שֶׁהֲרֵי הוּא אֶחָד מֵהֶן בַּחַיּוֹת וְאַפֵּ"ה אָמַר עַד דְּאִיכָּא כּוּלְּהוּ בַּהֲדֵי הֲדָדֵי:
Le visage humain seul serait permis — car il est l'une d'entre elles parmi les hayot, et malgré cela [Abaye] a dit : jusqu'à ce qu'il y ait toutes [les quatre faces] ensemble.
🗂️ Tossefot (2)
חוּץ מִפַּרְצוּף אָדָם. תֵּימַהּ מַאי קוּשְׁיָא דִּלְמָא הָכָא בְּמוֹצֵא וְכִדְרָבָא דְּמוּקִי לָהּ כְּר' יְהוּדָה בְּפֶ' כָּל הַצְּלָמִים (ע"ז דַּף מג. וְשָׁם) אֲבָל עֲשִׂיָּיה שָׁרְיָא וי"ל דְּסֻוגְיָא דְּהָכָא כְּאַבַּיֵּי וְלֵית לֵיהּ דְּרָבָא וּמוּקִי לָהּ בְּעוֹשֶׂה ולפ"ז מֻותָּר לַעֲשׂוֹת צוּרַת אָדָם דְּקַייְמָא לָן כְּרָבָא לְגַבֵּי דְּאַבַּיֵּי וּמִיהוּ אֵין רְאָיָה דִּבְלֹא שׁוּם קֻושְׁיָא יָכוֹל רָבָא לִדְרֹושׁ לֹא תַעֲשׂוּן אוֹתִי וְכֵן תַּנְיָא לְקַמָּן טַבַּעַת שֶׁחוֹתָמָהּ שָׁקוּעַ אָסוּר לַחְתֹּום בָּהּ:
Sauf le visage humain — c'est étonnant : quelle est la difficulté ? Peut-être s'agit-il ici de [celui qui] trouve [une image déjà faite], selon Rava qui l'établit selon Rabbi Yehouda au chapitre 'Kol ha-tzelamim' (Avoda Zara 43a et là-bas) ; mais la fabrication serait permise. On peut répondre : la sougya ici est selon Abaye et ne suit pas [l'avis] de Rava, et l'établit pour celui qui fabrique ; selon cela, il est permis de faire une forme d'homme, car nous tranchons comme Rava contre Abaye. Toutefois il n'y a pas de preuve [décisive], car même sans aucune difficulté Rava peut exposer 'lo taasoun oti' ; et de même il est enseigné plus loin : une bague dont le sceau est en creux, il est interdit de sceller avec elle.
לֹא תַעֲשׂוּן אִתִּי. וא"ת וּמַאי קָאָמַר אֶלָּא דְּמוּת אַרְבָּעָה פָּנִים תִּיפּוֹק לֵיהּ מִשּׁוּם צוּרַת אָדָם לְחוּדֵיהּ וי"ל כִּי אִיכָּא שְׁאָר פַּרְצוּפִין עִם אָדָם שָׁרִי טְפֵי א"נ אִם מָצָא צוּרַת אָדָם אָסוּר לְהַשְׁלִים לד' פָּנִים וּמִיהוּ קַשְׁיָא דְּפַרְצוּף אָדָם לְחוּדֵיהּ תִּיפּוֹק לֵיהּ מִכְּרוּבִים שֶׁעַל הַכַּפֹּורֶת וי"ל דְּלָא מִקְּרוּ שַׁמָּשַׁיי וּכְרוּבִים שֶׁבַּשָּׁמַיִם לֹא נִתְבָּרְרָה צוּרָתָם:
Lo taasoun iti — et si tu demandes : que veut dire [Abaye en disant] 'seulement la ressemblance des quatre faces' ? Qu'il [le] déduise [déjà] à cause de la forme d'homme seule [interdite] ! On peut répondre : lorsqu'il y a d'autres visages avec l'homme, c'est davantage permis. Ou encore : si l'on trouve une forme d'homme [déjà faite], il est interdit de la compléter en [ajoutant] quatre faces. Toutefois il reste une difficulté : le visage humain seul, qu'il le déduise [déjà] des chérubins qui étaient sur le kapporet [du couvercle de l'arche] ! On peut répondre : ceux-là ne sont pas appelés 'Mes serviteurs' (chamachaï), et [d'autre part] la forme des chérubins d'en-haut n'a pas été clairement établie.
💡 Explication

Difficulté : selon Abaye, un visage humain seul (l'une des quatre faces) devrait être permis ; or la baraita l'interdit précisément. Réponse de Rav Houna b. Rav Idi au nom d'Abaye : le verset 'lo taasoun iti' (avec Moi) se lit aussi 'lo taasoun oti' (ne Me faites pas) — l'homme étant à l'image du Divin, on ne le reproduit pas.

5
וּשְׁאָר שַׁמָּשִׁין מִי שְׁרֵי? וְהָא תַּנְיָא ״לֹא תַעֲשׂוּן אִתִּי״ — לֹא תַעֲשׂוּן כִּדְמוּת שַׁמָּשַׁיי הַמְשַׁמְּשִׁין לִפְנֵי בַּמָּרוֹם, כְּגוֹן אוֹפַנִּים וּשְׂרָפִים וְחַיּוֹת הַקֹּודֶשׁ וּמַלְאֲכֵי הַשָּׁרֵת! אָמַר אַבַּיֵּי: לֹא אָסְרָה תּוֹרָה אֶלָּא שַׁמָּשִׁין שֶׁבַּמָּדוֹר הָעֶלְיוֹן.

Et les autres serviteurs [célestes], est-ce permis [de les reproduire] ? Or il est enseigné : 'lo taasoun iti' — vous ne ferez pas à la ressemblance de Mes serviteurs qui officient devant Moi en haut, tels les ofanim, les serafim, les saintes hayot et les anges du service !

Abaye dit : la Torah n'a interdit que les serviteurs de l'étage supérieur.

📜 Rachi (1)
שֶׁבַּמָּדוֹר הָעֶלְיוֹן בְּרָקִיעַ שְׁבִיעִי דְּדָייְקִינַן אָתֵי אֲבָל חַמָּה וּלְבָנָה וְכוֹכָבִים וּמַזָּלוֹת בְּמָדוֹר הַתַּחְתּוֹן הֵן בְּרָקִיעַ הַשֵּׁנִי כִּדְאָמְרִינַן בְּמַסֶּכֶת חֲגִיגָה (דַּף יב:):
De l'étage supérieur — au septième firmament, car nous exigeons [le sens de] 'iti' (avec Moi) ; mais le soleil, la lune, les étoiles et les constellations sont à l'étage inférieur, au deuxième firmament, comme nous [le] disons au traité Haguiga (12b).
🗂️ Tossefot (1)
לֹא אָסְרָה תּוֹרָה אֶלָּא שַׁמָּשִׁין שֶׁבַּמָּדוֹר הָעֶלְיוֹן. הָנֵי תְּלָת מִילֵּי דְּאַבַּיֵּי לָא הָדַר בֵּיהּ בְּכָל זִמְנָא דְּכֻולָּהּ אֱמֶת וה"ק לֹא אָסְרָה בְּשַׁמָּשִׁין שֶׁל מַטָּה אֶלָּא בַּיִת תַּבְנִית הֵיכָל וְאַכְסַדְרָה תַּבְנִית אוּלָם וּבְשַׁמָּשִׁין הַתַּחְתּוֹנִים אָסְרָה חַמָּה וּלְבָנָה וְכוֹכָבִים וּבַמָּדוֹר הָעֶלְיוֹן דְּמוּת ד' פָּנִים:
La Torah n'a interdit que les serviteurs de l'étage supérieur — ces trois enseignements d'Abaye, il ne s'en est rétracté en aucun temps : tous sont vérité. Et voici ce qu'il dit : la [Torah] n'a pas interdit pour les serviteurs d'en-bas, sinon [la] 'maison à la forme du Sanctuaire (Hekhal)' et l''ecksedra à la forme du Oulam (portique)' ; et parmi les serviteurs inférieurs elle a interdit [d'adorer] le soleil, la lune et les étoiles ; et à l'étage supérieur, la ressemblance des quatre faces.
💡 Explication

Nouvelle objection : la baraita interdit aussi de figurer les ofanim (roues), serafim, hayot et anges du service. Abaye précise : seuls sont interdits les serviteurs de l'étage supérieur (le 7e ciel) ; le soleil, la lune et les étoiles, qui sont à l'étage inférieur (2e ciel), ne le sont pas.

🖼️ Schéma
Reproduire une image : les étages du ciel (lo taasoun iti) Étage supérieur (7e ciel) : les 4 faces de la Merkava ensemble INTERDIT de reproduire (les serviteurs d'en-haut) ofanim, serafim, hayot ha-kodech, mal'akhei ha-charet Étage inférieur (2e ciel) : soleil, lune, étoiles, constellations PERMIS de reproduire INTERDIT de les adorer (le-ovdam) Visage humain (partzouf adam) INTERDIT seul : 'lo taasoun iti' se lit 'lo taasoun oti' (ne Me faites pas) Adorer (le-ovdam) inclut TOUT : montagnes, mers, fleuves, jusqu'au petit ver
Les étages du ciel selon Abaye.
6
וְשֶׁבַּמָּדוֹר הַתַּחְתּוֹן מִי שָׁרִי? וְהַתַּנְיָא: ״אֲשֶׁר בַּשָּׁמַיִם״ — לְרַבּוֹת חַמָּה וּלְבָנָה כּוֹכָבִים וּמַזָּלוֹת, ״מִמַּעַל״ — לְרַבּוֹת מַלְאֲכֵי הַשָּׁרֵת! כִּי תַנְיָא הַהִיא — לְעָבְדָם.

Et ceux de l'étage inférieur, est-ce permis [de les reproduire] ? Or il est enseigné : '[ce] qui est dans les cieux' — pour inclure le soleil, la lune, les étoiles et les constellations ; 'en haut' — pour inclure les anges du service !

Cet [enseignement], lorsqu'il est enseigné, [c'est] à propos de les adorer.

🗂️ Tossefot (1)
מִמַּעַל לְרַבּוֹת מַלְאֲכֵי הַשָּׁרֵת. לְמַאי דְּסָלֵיק אַדַּעְתֵּיהּ דְּאַייְרֵי בַּעֲשִׂייָּה הֲוָה מָצֵי לְאַקְשׁוּיֵי דְּמוּת שַׁמָּשַׁיי מִלֹּא תַּעֲשׂוּן נָפְקָא:
'En haut' pour inclure les anges du service — selon ce qui montait à l'esprit, [savoir] qu'il s'agissait de fabrication, on aurait pu objecter [que] la ressemblance de Mes serviteurs découle [déjà] de 'lo taasoun' [et n'aurait pas besoin de ce verset-ci].
💡 Explication

On objecte à Abaye : la baraita sur 'ce qui est dans les cieux' (Ex 20:3) inclut soleil, lune, étoiles — donc leur reproduction serait interdite. Réponse : cette baraita ne parle pas de reproduire mais de les adorer (le-ovdam) ; il n'y a pas d'interdit de reproduction pour l'étage inférieur.

7
אִי לְעָבְדָם, אֲפִילּוּ שִׁלְשׁוּל קָטָן נָמֵי! אִין הָכִי נָמֵי, דְּתַנְיָא: ״אֲשֶׁר בָּאָרֶץ״ — לְרַבּוֹת הָרִים וּגְבָעוֹת יַמִּים וּנְהָרוֹת אֲפִיקִים וְגֵאָיוֹת, ״מִתַּחַת״ — לְרַבּוֹת שִׁלְשׁוּל קָטָן.

Si [c'est] pour les adorer, même un petit ver aussi [serait inclus] ! Oui, c'est bien ainsi, car il est enseigné : '[ce] qui est sur la terre' — pour inclure les montagnes et les collines, les mers et les fleuves, les torrents et les vallées ; 'en dessous' — pour inclure le petit ver.

📜 Rachi (2)
שִׁלְשׁוּל תּוֹלַעַת:
Chilchoul — un ver (tolaat).
אֲפִיקִים מוֹצָאֵי מַיִם ביברי"ש בְּלַעַ"ז:
Afikim — des sources d'eaux (issues d'eau), 'bièvres' (canaux) en langue vulgaire.
💡 Explication

La Guemara confirme : si la baraita parle d'adoration, elle inclut logiquement tout, jusqu'au petit ver — montagnes, collines, mers, fleuves, torrents, vallées, et le ver 'en dessous'. Toute la baraita porte donc sur l'idolâtrie, non sur la reproduction.

8
וַעֲשִׂייָּה גְּרֵידְתָּא מִי שְׁרֵי? וְהַתַּנְיָא: ״לֹא תַעֲשׂוּן אִתִּי״ — לֹא תַעֲשׂוּן כִּדְמוּת שַׁמָּשַׁיי הַמְשַׁמְּשִׁין לִפְנֵי, כְּגוֹן חַמָּה וּלְבָנָה כּוֹכָבִים וּמַזָּלוֹת.

Et la simple fabrication [d'une image], est-ce permis ? Or il est enseigné : 'lo taasoun iti' — vous ne ferez pas à la ressemblance de Mes serviteurs qui officient devant Moi, tels le soleil, la lune, les étoiles et les constellations !

💡 Explication

Ultime objection : une baraita interdit expressément la simple fabrication (sans adoration) d'images du soleil et de la lune. La solution d'Abaye (permettre la reproduction de l'étage inférieur) est donc rejetée ; la difficulté sur les figures de R. Gamliel demeure et appelle une autre réponse.

9
שָׁאנֵי רַבָּן גַּמְלִיאֵל, דַּאֲחֵרִים עָשׂוּ לוֹ. וְהָא רַב יְהוּדָה, דַּאֲחֵרִים עָשׂוּ לוֹ, וַאֲמַר לֵיהּ שְׁמוּאֵל לְרַב יְהוּדָה: שִׁינָּנָא, סַמִּי עֵינֶיהָ דְּדִין!

Rabban Gamliel est différent, car d'autres les ont faites pour lui. Mais [voici le cas de] Rav Yehouda, [pour qui] d'autres [l']avaient faite, et Chmouel dit à Rav Yehouda : homme aiguisé (chinena), crève-lui les yeux [à celle-là] !

📜 Rachi (3)
אֲחֵרִים נָכְרִים:
D'autres — des non-Juifs.
וְהָא רַב יְהוּדָה שֶׁהָיְתָה לוֹ צוּרָה בְּטַבַּעְתּוֹ וַאֲחֵרִים עֲשָׂאוּהָ וא"ל שְׁמוּאֵל דְּנִישְׁקְלֵיהּ מִינֵּיהּ:
Mais [voici] Rav Yehouda — qui avait une forme sur sa bague, et [ce sont] d'autres [qui] l'avaient faite, et Chmouel lui dit de l'ôter de sur elle.
סַמֵּי עֵינֶיהָ כְּלוֹמַר הַשַּׁחַת צוּרָתוֹ:
Crève-lui les yeux — c'est-à-dire : abîme sa forme.
🗂️ Tossefot (2)
שָׁאנֵי ר"ג דַּאֲחֵרִים עָשׂוּ. ואע"ג דִּבְכָל מִילֵּי אֲמִירָה לְנָכְרִי שְׁבוּת כִּדְמוֹכַח בפ"ב דמו"ק (דַּף יב.) וַאֲפִילּוּ בִּדְרַבָּנָן אִיכָּא שְׁבוּת וּבְפֶרֶק הַשּׂוֹכֵר אֶת הַפּוֹעֲלִים (בּ"מ דַּף צ.) יֵשׁ בָּעֲיָא אִי אִיכָּא שְׁבוּת בְּלָאו אוֹ לֹא גַּבֵּי חוֹסֵם פָּרָה וְדָשׁ בָּהּ הָכָא לָא גְזוּר מִשּׁוּם מִצְוָה וְצָרִיךְ לִיזָּהֵר כְּשֶׁמַּלְוִין לְנָכְרִים וּמְחַתְּמִין הַחוֹב בְּחוֹתָם שֶׁל שַׁעֲוָה שֶׁתָּלוּי בְּאִגֶּרֶת דְּלָא סָמְכִינַן אַדְּרַבָּא כִּדְפָרֵישִׁית דְּלָא פְּלִיג רָבָא וְאִם הַנָּכְרִי מֵבִיא לוֹ חוֹתָם מֵעַצְמוֹ מֻותָּר:
Rabban Gamliel est différent, car d'autres les ont faites — et bien qu'en toute chose 'dire à un non-Juif [de faire]' soit un chevout (interdit rabbinique), comme il ressort du chapitre 2 de Moed Katan (12a), et que même pour un [interdit] rabbinique il y ait un chevout, et qu'au chapitre 'Ha-sokher et ha-poalim' (Baba Metzia 90a) on se demande s'il y a un chevout pour un [interdit issu d'un simple] lav ou non, à propos de 'celui qui musèle une vache et bat le blé avec elle' — ici on n'a pas décrété [d'interdit] en raison de la mitsva. Il faut prendre garde, lorsqu'on prête de l'argent à des non-Juifs et qu'on scelle la dette avec un sceau de cire attaché à la lettre, car nous ne nous appuyons pas sur Rava, comme je l'ai expliqué, [affirmant] que Rava ne conteste pas ; mais si le non-Juif lui apporte un sceau de lui-même, c'est permis.
סַמֵּי עֵינֶיהָ דְּדִין. אַלְמָא אָסוּר לְהַשְׁהוֹתוֹ שֶׁמָּא יַחְשְׁדוּהוּ שֶׁעָשָׂה וְעָבַר עַל לֹא תַּעֲשׂוּן ור"ג נָמֵי לִיתְּסַר וּמְשַׁנֵּי כֵּיוָן דְּחוֹתָמוֹ בּוֹלֵט חָייְשִׁינַן לַחֲשָׁדָא שֶׁמָּא יֹאמְרוּ ע"ז הוּא לוֹ אֲבָל אַחֲשָׁדָא דְּלָא תַּעֲשׂוּן לָא חָייְשִׁינַן וּמְפָרֵשׁ בה"ג דְּהַהִיא דְּרַב יְהוּדָה בְּצוּרַת דְּרָקוֹן מִשּׁוּם דִּתְנַן בְּפֶרֶק כָּל הַצְּלָמִים (ע"ז דַּף מב:) מָצָא כֵּלִים וַעֲלֵיהֶם צוּרַת חַמָּה צוּרַת לְבָנָה דְּרָקוֹן יוֹלִיכֵם לְיָם הַמֶּלַח וּמְפָרֵשׁ הָתָם מִשּׁוּם דְּהָנֵי חֲשִׁיבִי לְהוּ וה"נ חֲשִׁיב טְפֵי חֲשָׁדָא מִשְּׁאָר:
Crève-lui les yeux [à celle-là] — [preuve] qu'il est interdit de la conserver, de peur qu'on ne le soupçonne de l'avoir faite et d'avoir transgressé 'lo taasoun' ; et Rabban Gamliel aussi devrait donc être interdit ! On répond : puisque son sceau [à Rav Yehouda] était en relief, on craint le soupçon qu'on ne dise 'c'est une idole à lui' ; mais pour le soupçon de 'lo taasoun' [de fabrication] on ne craint pas. Et le Ba'al Halakhot Guedolot (BaHaG) explique que ce cas de Rav Yehouda [concernait] la forme d'un dragon (darkon), car nous avons appris au chapitre 'Kol ha-tzelamim' (Avoda Zara 42b) : celui qui trouve des ustensiles portant une forme de soleil, une forme de lune, un dragon — qu'il les jette à la mer Morte ; et l'on explique là-bas que c'est parce que ceux-ci sont tenus pour importants [par les idolâtres], et de même ici le soupçon est plus fort que pour les autres [formes].
💡 Explication

Première réponse : le cas de R. Gamliel est différent car ce sont d'autres (des non-Juifs) qui ont fait les figures — seul un Juif a l'interdit de fabriquer, non de posséder. Objection : Rav Yehouda avait une figure (humaine) gravée par autrui sur sa bague, et Chmouel lui ordonna quand même de la défigurer ('crève-lui les yeux').

10
הָתָם, חוֹתָמוֹ בּוֹלֵט הֲוָה, וּמִשּׁוּם חֲשָׁדָא. כִּדְתַנְיָא: טַבַּעַת, חוֹתָמוֹ בּוֹלֵט — אָסוּר לְהַנִּיחָהּ וּמֻותָּר לַחְתֹּום בָּהּ. חוֹתָמוֹ שׁוֹקֵעַ — מֻותָּר לְהַנִּיחָהּ וְאָסוּר לַחְתֹּום בָּהּ.

Là-bas, son sceau était en relief, et [l'interdit] était en raison du soupçon. Comme il est enseigné : une bague dont le sceau est en relief — il est interdit de la porter et permis de sceller avec elle ; dont le sceau est en creux — il est permis de la porter et interdit de sceller avec elle.

📜 Rachi (4)
וּמִשּׁוּם חֲשָׁדָא שֶׁלֹּא יֹאמְרוּ ע"ז הִיא לוֹ:
Et en raison du soupçon — pour qu'on ne dise pas qu'il possède une idole.
אָסוּר לְהַנִּיחָהּ בְּאֶצְבָּעוֹ:
Il est interdit de la porter — à son doigt.
וּמֻותָּר לַחְתֹּום בָּהּ שֶׁחֲתִימָתָהּ שׁוֹקַעַת:
Et permis de sceller avec elle — car son empreinte est en creux.
וּכְשֶׁחוֹתָמָהּ שָׁקוּעַ חֲתִימָה בּוֹלֶטֶת חוֹתָמָהּ בּוֹלֵט הַמַּתֶּכֶת חָרוּת סָבִיב סָבִיב וְהַצּוּרָה עוֹמֶדֶת כְּמוֹת שֶׁהִיא חוֹתָמָהּ שׁוֹקַעַת שֶׁהַצּוּרָה חֲקוּקָה וַחֲרוּתָה בְּמַתֶּכֶת:
Et lorsque son sceau est en creux — [le] scellement [donne] une empreinte en relief. [Quand] son sceau est en relief, le métal est ciselé tout autour et la forme se dresse telle quelle ; [quand] son sceau est en creux, la forme est gravée et ciselée dans le métal.
💡 Explication

Réponse : la bague de Rav Yehouda avait un sceau en relief (bolet), interdit à porter par crainte du soupçon (hachda) qu'on possède une idole. La baraita distingue : sceau en relief — interdit de porter (mais permis de sceller, car l'empreinte est en creux) ; sceau en creux (choke'a) — permis de porter (mais interdit de sceller, car l'empreinte serait en relief).

🖼️ Schéma
La bague à sceau : relief (bolet) vs creux (choke'a) Sceau en RELIEF (bolet) Sceau en CREUX (choke'a) La figure dépasse de la bague Interdit de la porter (soupçon : idole en main) Permis de sceller (empreinte creuse) La figure est gravée en creux Permis de la porter Interdit de sceller (empreinte en relief)
Relief vs creux pour la bague à sceau.
11
וּמִי חָייְשִׁינַן לַחֲשָׁדָא? וְהָא הָהִיא בֵּי כְנִישְׁתָּא דְּשַׁף וִיתֵיב בִּנְהַרְדְּעָא, דַּהֲוָה בֵּיהּ אַנְדְּרָטָא, וַהֲווֹ עָייְלִי רַב וּשְׁמוּאֵל וַאֲבוּהּ דִּשְׁמוּאֵל וְלֵוִי וּמְצַלּוּ הָתָם, וְלָא חָיְישִׁי לַחֲשָׁדָא! רַבִּים שָׁאנֵי.

Et nous soucions-nous [vraiment] du soupçon ?! Or [voici] cette synagogue 'de Chaf ve-yativ' à Nehardea, où il y avait une statue (andarta), et Rav, Chmouel, le père de Chmouel et Levi y entraient et y priaient, et ne se souciaient pas du soupçon !

Une multitude, c'est différent.

📜 Rachi (2)
דְּשָׁף וְיָתֵיב בִּנְהַרְדְּעָא מָקוֹם הוּא וְיֵשׁ פּוֹתְרִין שֶׁחָרַב וְחָזַר וְנִבְנָה וְתָמִיד הָיְתָה שְׁכִינָה מְצוּיָה שָׁם וִיכָנְיָה וְגָלוּתוֹ בְּנָאוּהוּ שֶׁנָּשְׂאוּ עִמָּהֶם מֵאַבְנֵי יְרוּשָׁלַיִם וַעֲלֵיהֶם נֶאֱמַר (תְּהִילִּים ק״ב:ט״ו) כִּי רָצוּ עֲבָדֶיךָ אֶת אֲבָנֶיהָ:
'De Chaf ve-yativ' à Nehardea — c'est un lieu-dit ; et certains expliquent qu'[une synagogue] fut détruite puis rebâtie, et que la Chekhina y était constamment présente ; [c'est] Yekhonia et ses exilés [qui] la bâtirent, car ils emportèrent avec eux des pierres de Jérusalem, et c'est d'eux qu'il est dit (Ps 102:15) : 'car Tes serviteurs ont chéri ses pierres'.
אַנְדְּרָטָא צֶלֶם דְּמוּת הַמֶּלֶךְ:
Andarta — une image à la ressemblance du roi.
💡 Explication

Objection : le soupçon d'idolâtrie compte-t-il vraiment ? Dans la synagogue 'Chaf ve-yativ' de Nehardea se trouvait une statue royale (andarta), et pourtant de grands maîtres y priaient sans crainte du soupçon. Réponse : en présence d'une multitude (rabbim), le soupçon ne s'applique pas — on suppose la statue purement ornementale.

12
וְהָא רַבָּן גַּמְלִיאֵל יָחִיד הוּא? כֵּיוָן דְּנָשִׂיא הוּא — שְׁכִיחֵי רַבִּים גַּבֵּיהּ. אִיבָּעֵית אֵימָא: דִּפְרָקִים הֲוָה.

Mais Rabban Gamliel était un individu [isolé] ! Puisqu'il est le Nassi — une multitude se trouve auprès de lui.

Ou si tu veux, dis : elles étaient en pièces détachées.

📜 Rachi (1)
וְהָא ר"ג יָחִיד הֲוָה וְנִיחוּשׁ נָמֵי לַחֲשָׁדָא:
Mais Rabban Gamliel était un individu — et nous devrions nous soucier aussi du soupçon [le concernant].
🗂️ Tossefot (1)
וְהָא רַבָּן גַּמְלִיאֵל יָחִיד. תֵּימַהּ וְהָא צוּרָה דר"ג לֹא הָיְתָה בּוֹלֶטֶת וְי"ל דְּמ"מ שַׁיָּיךְ בָּהּ חֲשָׁדָא דְּגַבֵּי לְבָנָה אֵין חִילּוּק כֵּיוָן דְּאֵינָהּ בּוֹלֶטֶת בָּרָקִיעַ:
Mais Rabban Gamliel était un individu — c'est étonnant : or la forme de R. Gamliel n'était pas en relief [donc pas de soupçon d'idole] ! On peut répondre : de toute manière le soupçon s'y applique, car pour la lune il n'y a pas de distinction [relief/creux], puisqu'elle n'est pas 'en relief' dans le firmament.
💡 Explication

On objecte : R. Gamliel, lui, était un individu isolé — ses figures de la lune devraient tomber sous le soupçon. Deuxième réponse : étant Nassi, il était toujours entouré d'une foule (pas de soupçon). Troisième réponse : ses figures étaient en pièces détachées (perakim) — seules les images entières sont interdites.

13
וְאִיבָּעֵית אֵימָא: לְהִתְלַמֵּד עֲבַד, וּכְתִיב: ״לֹא תִּלְמַד לַעֲשׂוֹת״ — אֲבָל אַתָּה לָמֵד לְהָבִין וּלְהוֹרוֹת.

Et si tu veux, dis : il [les] a faites pour apprendre, et il est écrit : 'tu n'apprendras pas à faire' (Dt 18:9) — mais tu apprends pour comprendre et pour enseigner.

💡 Explication

Quatrième réponse : R. Gamliel a fait ces figures pour apprendre (interroger les témoins sur la forme de la lune). Le verset 'tu n'apprendras pas à faire' (Dt 18:9) interdit d'agir à la manière des idolâtres, mais autorise d'apprendre pour comprendre et enseigner — donc à des fins d'étude de Torah.

14
מַתְנִי׳ מַעֲשֶׂה שֶׁבָּאוּ שְׁנַיִם וְאָמְרוּ: רְאִינוּהוּ שַׁחֲרִית בַּמִּזְרָח,

MICHNA. Il arriva que deux [témoins] vinrent et dirent : nous l'avons vue le matin à l'est,

📜 Rachi (2)
מַתְנִי' מַעֲשֶׂה שֶׁבָּאוּ שְׁנַיִם כו':
MICHNA. Il arriva que deux [témoins] vinrent, etc.
רְאִינוּהוּ שַׁחֲרִית בַּמִּזְרָח אֶת הַיְּשָׁנָה:
Nous l'avons vue le matin à l'est — l'ancienne [lune].
🗂️ Tossefot (1)
רְאִינוּהוּ בַּמִּזְרָח. הַיְּשָׁנָה וְעַרְבִית בַּמַּעֲרָב אֶת הַחֲדָשָׁה עֵדֵי שֶׁקֶר הֵם דְּקַיְימָא לָן (לְעֵיל רֹאשׁ הַשָּׁנָה כ:) כ"ד שָׁעֵי מִיכַּסֵּי סֵיהֲרָא כָּךְ פֵּירֵשׁ בַּקּוּנְטְרֵס בְּשֵׁם רַבּוֹתָיו וְהִקְשָׁה מִדְּקָתָנֵי בַּבָּרַיְיתָא פְּעָמִים שֶׁבָּא בַּאֲרֻוכָּה וְאֵין לָשׁוֹן אֲרֻוכָּה וּקְצָרָה נוֹפֵל כָּאן שֶׁהֲרֵי מִתּוֹךְ קָוטְנָהּ הַיְּשָׁנָה נִכְסֵית מִבְּנֵי מַעֲרָב כְּשֶׁהִיא בַּמִּזְרָח לִפְנֵי חִדּוּשָׁהּ וּפֵירֵשׁ בַּקּוּנְטְרֵס דְּעַל הַחֲדָשָׁה הֵעִידוּ וְעֵדֵי שֶׁקֶר דְּקָאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן בֶּן נוּרִי לְפִי שבי"ב שָׁעוֹת שֶׁבַּיּוֹם אֵין מְמַהֶרֶת לָבֹא מִתּוֹךְ הַמִּזְרָח לְתוֹךְ הַמַּעֲרָב וע"ז קָאָמַר פְּעָמִים שֶׁבָּא בַּאֲרֻוכָּה וְשׁוֹהֶה לָבֹא וּדְבַר תֵּימַהּ הוּא מַאי ס"ד דָּר' יוֹחָנָן בֶּן נוּרִי לָמָּה לֹא תּוּכַל לֵילֵךְ בי"ב שָׁעוֹת כָּל רוּחַ דְּרוֹמִית וַעֲדַיִין מִקָּצֶה רוּחַ מִזְרָחִית וּמַעֲרָבִית עִמּוֹ וּבַיְּרוּשַׁלְמִי מַשְׁמַע כְּלִישָּׁנָא קַמָּא דְּקָאָמַר רַבִּי שֶׁמְּלַאי טַעְמָא דְּרַבִּי יוֹחָנָן בֶּן נוּרִי כָּל חֹדֶשׁ שֶׁנִּרְאֵית קֹודֶם ו' שָׁעוֹת אֵין כֹּחַ בְּעַיִן לִרְאוֹת אֶת הַיָּשָׁן נִרְאֶה יָשָׁן שַׁחֲרִית לֹא נִרְאֶה חָדָשׁ בֵּין הָעַרְבַּיִם חָדָשׁ בֵּין הָעַרְבַּיִם לֹא נִרְאֶה יָשָׁן שַׁחֲרִית א"ר חַיָּיא בַּר אַבָּא וְלָמָּה קִבְּלָם ר"ג שֶׁכֵּן מָסֹורֶת הוּא מֵאֲבוֹתָיו פְּעָמִים שֶׁבָּא בַּאֲרֻוכָּה וּפְעָמִים מְהַלֵּךְ בִּקְצָרָה וְתֵימַהּ מִי פְּלִיג הַמָּסֹורֶת מֵאֲבוֹתָיו דר"ג אַהָא דְּאָמַר לְעֵיל בְּסוֹף פ"ק (רֹאשׁ הַשָּׁנָה דַּף כ:) כ"ד שָׁעֵי מִיכַּסֵּי סֵיהֲרָא לְמַאי נָפְקָא מִינַּהּ לְאַכְחוֹשֵׁי סָהֲדִי וְשֶׁמָּא יֵשׁ לְחַלֵּק בְּשָׁעוֹת דְּיֵשׁ שָׁעוֹת קְטַנּוֹת בַּיּוֹם כְּגוֹן בִּתְקוּפַת טֵבֵת וְיֵשׁ שָׁעוֹת בֵּינוֹנִיּוֹת כְּגוֹן בִּימֵי נִיסָן וְתִשְׁרֵי וְיֵשׁ גְּדוֹלוֹת כְּגוֹן בִּתְקוּפַת תַּמּוּז וְאִי בְּקַטְנוּת אוֹ בְּבֵינוֹנִיּוֹת מִיכַּסֵּי סֵיהֲרָא לִבְנֵי א"י תְּמָנֵי סְרֵי מֵעַתִּיקָא וְשִׁית מֵחַדְתָּא מִן הַגְּדוֹלוֹת פְּעָמִים מִכַּסְּיָא פֻּורְתָּא כְּגוֹן דְּבָא בַּאֲרֻוכָּה פְּעָמִים דְּלָא מִכַּסְּיָא כְּגוֹן דְּבָא בִּקְצָרָה:
Nous l'avons vue à l'est — l'ancienne [le matin], et le soir à l'ouest la nouvelle : ce sont de faux témoins, car nous tenons pour établi (plus haut, Roch Hachana 20b) que la lune reste cachée vingt-quatre heures. Ainsi a expliqué Rachi (le Qountress) au nom de ses maîtres. Et [Rachi] a objecté : puisqu'il est enseigné dans la baraita 'parfois elle vient par un [chemin] long', or les termes 'long' et 'court' ne conviennent pas ici, car du fait de sa petitesse l'ancienne [lune] est cachée aux gens de l'ouest quand elle est à l'est, avant son renouvellement. Rachi a donc expliqué que c'est sur la nouvelle [lune] qu'ils ont témoigné, et [que] les faux témoins dont parle Rabbi Yo'hanan ben Nouri [le sont] parce qu'en les douze heures du jour elle ne se hâte pas de venir de l'est vers l'ouest ; c'est à ce sujet qu'il dit 'parfois elle vient par un [chemin] long' et tarde à venir. Or c'est chose étonnante : qu'a pu penser Rabbi Yo'hanan ben Nouri ? Pourquoi ne pourrait-elle parcourir en douze heures toute la direction sud, [alors qu']une partie des directions est et ouest est encore avec elle ? Et dans le [Talmud] de Jérusalem il ressort [un sens conforme] au premier propos, car Rabbi Simlaï dit : la raison de Rabbi Yo'hanan ben Nouri [est que] tout mois où [la lune] est vue avant six heures, l'œil n'a pas la force de voir l'ancienne : [si] l'ancienne est vue le matin, la nouvelle n'est pas vue au crépuscule ; [si] la nouvelle [est vue] au crépuscule, l'ancienne n'a pas été vue le matin. Rabbi Hiya bar Abba dit : et pourquoi Rabban Gamliel les a-t-il acceptés ? Parce que c'est une tradition [reçue] de ses pères [que] parfois elle vient par un [chemin] long et parfois elle chemine par un [chemin] court. Et c'est étonnant : la tradition [reçue] des pères de Rabban Gamliel diverge-t-elle de ce qui est dit plus haut à la fin du premier chapitre (Roch Hachana 20b) [que] la lune reste cachée vingt-quatre heures ? Quelle différence pratique [en tire-t-on] ? Pour démentir des témoins. Et peut-être faut-il distinguer selon les heures : car il y a de petites heures dans le jour, comme au tekoufa de Tevet ; des heures moyennes, comme aux jours de Nissan et Tichri ; et des grandes, comme au tekoufa de Tamouz. Si [c'est] aux [heures] petites ou moyennes que la lune est cachée aux gens d'Erets Israël — dix-huit [heures] pour l'ancienne et six pour la nouvelle — alors, aux grandes [heures], parfois elle est un peu cachée, comme lorsqu'elle vient par un [chemin] long, et parfois elle n'est pas cachée, comme lorsqu'elle vient par un [chemin] court.
💡 Explication

Début d'une nouvelle michna : deux témoins déclarent avoir vu la lune le matin à l'est (la lune 'ancienne', vieillissante) — puis, selon la suite, le soir à l'ouest. Rabbi Yo'hanan ben Nouri les tiendra pour faux témoins, car la lune ne peut être vue aux deux extrémités le même jour. La michna se poursuit sur la page suivante.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).