Rosh Hachana 25a — l'autorité du tribunal sur le calendrier : Rabban Gamliel, Rabbi Yehochoua et Rabbi Dossa

Rosh Hashanah 25a

Sougya : Ce daf raconte le célèbre affrontement autour de la fixation du mois. Rabban Gamliel, le nassi, accepte des témoins de la néoménie que Rabbi Yo'hanan ben Nouri puis Rabbi Dossa ben Horkinas jugent menteurs (impossible de voir la lune si tôt).

Rabbi Yehochoua approuve l'objection ; Rabban Gamliel lui décrète alors de venir avec son bâton et son argent le jour de Kippour selon SON propre calcul, pour affirmer l'autorité du tribunal. Rabbi Akiva le console par le triple 'otam / atem' (Lev 23) : la fête que le tribunal proclame vaut même s'il s'est trompé, même sciemment, même induit en erreur.

Rabbi Dossa lui rappelle que tout tribunal légitime équivaut à celui de Moche (les 70 anciens anonymes). La Guemara ajoute la tradition astronomique de R.

Gamliel (chemin long/court de la lune, lunaison de 29 jours et demi + 793 chalakim), l'épisode de Rabbi Hiya jetant une motte à la lune, et la ville d'Ein Tav où l'on sanctifiait le mois avec le signe 'David roi d'Israël est vivant et subsiste'.

Le conflit du calendrier : Rabban Gamliel contre Rabbi Yehochoua Rabban Gamliel (nassi, autorité) R. Dossa / R. Yehochoua (objection) Accepte les témoins qui ont vu la lunele matin à l'est ET le soir à l'ouestTémoins menteurs : la femme accoucheet le lendemain son ventre est plein ? Tradition de la maison de mon aïeul :la lune vient par un chemin long ou courtR. Yehochoua : je vois (approuve)les paroles de R. Dossa Décret : viens chez moi avec ton bâton et ton argent le jour de Kippour de TON calcul R. Akiva (Lev 23:4 : 'que vous proclamerez') + R. Dossa (les 70 anciens anonymes) => tout tribunal légitime a l'autorité du tribunal de Moche R. Yehochoua se soumet ; R. Gamliel l'embrasse : 'mon maître et mon disciple' maître en sagesse, disciple car tu as accepté mes paroles
Vue d'ensemble : l'objection, le décret et la réconciliation (segments 0-5, 11-15).
Trois fois 'otam' (Lev 23) = 'atem' (VOUS) : l'autorité du tribunal atem = shogguin même par erreur involontaire le tribunal s'est trompé de bonne foi atem = meziddin même volontairement le tribunal a agi sciemment atem = mouttin même induit en erreur par de faux témoins Dans tous les cas la fête fixée par le tribunal est valide (le Ciel y consent)
Le triple 'atem' : la fête fixée par le tribunal est valide dans tous les cas (segments 12-13).
La lunaison minimale : 29 jours 12h 793 chalakim 29 jours et demi 2/3 heure = 40 min 73 chalakim (1080 par heure) tradition de l'aïeul Une lune vue au 29e jour AVANT ce délai ne peut être le nouveau mois. R. Gamliel refuse alors de sanctifier, et fait un éloge pour le signaler au peuple.
La lunaison minimale transmise par R. Gamliel et le contre-test des nuages (segments 9-10).
1
וְעַרְבִית בַּמַּעֲרָב. אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן בֶּן נוּרִי: עֵדֵי שֶׁקֶר הֵם. כְּשֶׁבָּאוּ לְיַבְנֶה קִיבְּלָן רַבָּן גַּמְלִיאֵל.

'...et le soir à l'ouest' [nous l'avons vue]. Rabbi Yo'hanan ben Nouri dit : ce sont de faux témoins !

Mais lorsqu'ils vinrent à Yavne, Rabban Gamliel les accepta.

📜 Rachi (2)
וְעַרְבִית בַּמַּעֲרָב אֶת הַחֲדָשָׁה:
Et le soir à l'ouest — [nous avons vu] la [lune] nouvelle.
עֵדֵי שֶׁקֶר הֵם דְּקַייְמָא לָן (לְעֵיל רֹאשׁ הַשָּׁנָה דַּף כ:) עֶשְׂרִים וְאַרְבְּעָה שָׁעֵי מִכַּסֵּי סֵיהֲרָא כָּךְ פֵּירְשׁוּ רַבּוֹתַי וְלִבִּי נוֹקְפִי מִדְּקָתָנֵי בַּבָּרַיְיתָא פְּעָמִים שֶׁבָּא בַּאֲרֻוכָּה פְּעָמִים שֶׁבָּא בִּקְצָרָה וְאֵין לְשׁוֹן בִּיאַת אֲרֻוכָּה וּקְצָרָה נוֹפֵל כָּאן שֶׁהֲרֵי מִתּוֹךְ קָוטְנָהּ הַיְּשָׁנָה הִיא נִכְסֵית מִבְּנֵי מַעֲרָב כְּשֶׁהִיא בַּמִּזְרָח לִפְנֵי חִידּוּשָׁהּ וְנִרְאֶה לִי דְּעַל הַחֲדָשָׁה הֵעִידוּ וְעֵדֵי שֶׁקֶר דְּקָאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן בּוֹ נוּרִי לְפִי שֶׁאֵינָהּ מְמַהֶרֶת לָרוּץ בי"ב שָׁעוֹת שֶׁבַּיּוֹם מִתּוֹךְ הַמִּזְרָח לְתוֹךְ הַמַּעֲרָב וע"ז קָאָמַר פְּעָמִים שֶׁבָּא בְּדֶרֶךְ אֲרֻוכָּה וְשׁוֹהֶה לָבֹא:
Ce sont de faux témoins — car nous tenons (plus haut, Roch Hachana 20b) que la lune reste cachée vingt-quatre heures. Ainsi l'ont expliqué mes maîtres, mais mon cœur hésite : puisque la beraita enseigne 'parfois elle vient par un [chemin] long, parfois par un court', or le langage de 'venue longue et courte' ne convient pas ici, car du fait de sa petitesse l'ancienne se cache aux gens de l'ouest lorsqu'elle est à l'est, avant sa rénovation. Il me semble donc que c'est sur la [lune] nouvelle qu'ils ont témoigné, et que 'faux témoins' que dit R. Yo'hanan ben Nouri [vise le fait] qu'elle ne se hâte pas de courir en douze heures de jour de l'est vers l'ouest ; et c'est sur cela qu'[il] est dit 'parfois elle vient par un long chemin et tarde à venir'.
💡 Explication

Suite de la michna : des témoins affirment avoir vu la lune ancienne le matin à l'est et la nouvelle le soir à l'ouest, le même jour. Pour R. Yo'hanan ben Nouri c'est impossible (la lune reste cachée ~24h avant sa rénovation) : donc de faux témoins. Mais Rabban Gamliel, le nassi, les accepte quand même.

2
וְעוֹד, בָּאוּ שְׁנַיִם וְאָמְרוּ: רְאִינוּהוּ בִּזְמַנּוֹ, וּבְלֵיל עִיבּוּרוֹ לֹא נִרְאָה, וְקִיבְּלָן רַבָּן גַּמְלִיאֵל.

Et encore : deux [témoins] vinrent et dirent : nous l'avons vue en son temps (la nuit du trentième), mais la nuit de son embolisme (le trente-et-unième) elle ne fut pas vue — et Rabban Gamliel les accepta.

📜 Rachi (2)
וְעוֹד בָּאוּ שְׁנַיִם וְאָמְרוּ רְאִינוּהוּ בִּזְמַנּוֹ בְּיוֹם שְׁלֹשִׁים:
Et encore, deux vinrent et dirent : nous l'avons vue en son temps — le trentième jour.
וְלֵיל שְׁלֹשִׁים שֶׁהָיוּ מְצַפִּין ב"ד וְהָעָם שֶׁתְּהֵא מְגֻולֶּה וְיִרְאוּהָ מֵאַחַר שֶׁהָעֵדִים רָאוּהָ בַּיּוֹם לֹא נִרְאֶה לָהֶם:
Et la nuit du trentième — car le tribunal et le peuple guettaient qu'elle se découvre et qu'ils la voient ; du fait que les témoins l'avaient vue de jour, elle ne leur apparut pas [cette nuit-là].
🪔 Ben Yehoyada (1)
מַעֲשֶׂה שֶׁבָּאוּ שְׁנַיִם וְאָמְרוּ: רְאִינוּהוּ שַׁחֲרִית בַּמִּזְרָח וְעַרְבִית בַּמַּעֲרָב וְכוּ'.. הִנֵּה עַל אֲשֶׁר קִבְּלָם רַבָּן גַּמְלִיאֵל דִּבְּרוּ חַכְמֵי הָאֻומּוֹת דִּבְרֵי לַעַג בְּסִפְרֵיהֶם דּוֹר אַחַר דּוֹר בְּאָומְרָם חַכְמֵי יִשְׂרָאֵל אֵין בָּהֶם תְּבוּנָה ח"ו שֶׁיַּאֲמִינוּ בְּדִבְרֵי שֶׁקֶר דְּבָרִים שֶׁאִי אֶפְשָׁר לִהְיוֹת בִּמְצִיאוּת, אַךְ בְּסֵפֶר 'אֱמוּנַת חֲכָמִים' דַּף ח' כָּתַב שֶׁתּוֹכָן אֶחָד גָּדוֹל בְּחַכְמֵי הַתּוֹכְנִים שֶׁבָּאֻומּוֹת הֵעִיד שֶׁבְּעִיר סִיבִּילִיאָה בִּסְפָרַד בִּשְׁנַת השי"ג נִרְאֵית הַלְּבָנָה בְּיוֹם הַמּוֹלָד וְאוֹרָה הָיָה אֶחָד מִמֵּאָה וְתִשְׁעָה חֲלָקִים מֵרֹוחַב הַלְּבָנָה, וּמֵחֲמַת כֵּן עִייְּנוּ גְּדוֹלֵי חַכְמֵי הַתּוֹכְנִים וְהֶעֱלוּ בְּוַדַּאי שֶׁאֶפְשָׁר שֶׁתִּרְאֶה הַיְּשָׁנָה שַׁחֲרִית וְהַחֲדָשָׁה עַרְבִית וְכֵן הֶעֱלוּ חַכְמֵי תּוֹכְנִים גְּדוֹלִים בְּסִפְרָם וּבְעִיר בולונייא"ה נִמְצְאוּ שְׁנֵי חַכְמֵי אוּמוֹת הָעוֹלָם בְּקִיאִים בְּחָכְמַת הִתְכַּוְּונָה הַרְבֵּה וַחֲבֵרוֹ בָּהּ סְפָרִים וְהָרַב הַמְחַבֵּר זַ"ל כָּתַב לָהֶם שֶׁיַּגִּידוּ דַּעְתָּם אִם אֶפְשָׁר לִהְיוֹת הַדָּבָר הַזֶּה בִּירוּשָׁלַיִם וְכָל אֶחָד מֵהֶם הֵשִׁיב לוֹ שֶׁבְּוַדַּאי אֶפְשָׁר שֶׁתִּרְאֶה כֵּן גַּם בִּירוּשָׁלַיִם וְהַתֹּוכֶן הַשֵּׁנִי עָשָׂה פָּסַק אָרֹוךְ וְהֵבִיא רְאָיוֹת עַל זֶה, וְכָתַב הָרַב הַמְחַבֵּר זַ"ל אָז אָמַרְתִּי עַל עַצְמִי בָּרוּךְ פּוֹקֵחַ עִוְרִים! וּבָרוּךְ שֶׁבָּחַר בָּהֶם וּבְמִשְׁנָתָם אַשְׁרֵי הָעָם שֶׁכָּכָה לּוֹ אַשְׁרֵי הָעָם שֶׁה' אֱלֹקָיו! עַד כָּאן לְשׁוֹנוֹ עַייֵּן שָׁם. וְעַתָּה בֹּא וּרְאֵה אֵיךְ צָדְקוּ דִּבְרֵי רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל וּצְדָקָה הַקַּבָּלָה שֶׁקִּבֵּל רַבָּן גַּמְלִיאֵל מֵאֲבוֹתָיו ד'פְּעָמִים שֶׁבָּא בַּאֲרֻכָּה וּפְעָמִים שֶׁבָּא בִּקְצָרָה' וְנִתְגַּלָּה הָאֱמֶת מֵאֵלָיו אַחֲרֵי כַּמָּה מֵאוֹת שָׁנִים.
'Un fait : deux vinrent et dirent : nous l'avons vue le matin à l'est et le soir à l'ouest, etc.' Voici : sur le fait que Rabban Gamliel les accepta, les sages des nations ont proféré des railleries dans leurs livres, de génération en génération, disant que les sages d'Israël manquent de discernement — à Dieu ne plaise — pour ajouter foi à des paroles mensongères, choses impossibles à exister dans la réalité. Mais dans le livre 'Emounat Hakhamim' (p. 8) il est écrit qu'un grand astronome parmi les savants des nations a témoigné qu'en la ville de Séville en Espagne, en l'an 313 [du sixième millénaire], la lune fut vue le jour même du molad, et sa clarté était d'un cent-neuvième de la largeur de la lune ; de ce fait les grands maîtres de l'astronomie examinèrent [la question] et conclurent qu'il est certainement possible que l'ancienne soit vue le matin et la nouvelle le soir ; et ainsi conclurent de grands astronomes dans leurs ouvrages. En la ville de Bologne se trouvaient deux savants des nations très experts en astronomie, qui composèrent des livres à ce sujet ; l'auteur [du livre] leur écrivit de dire leur avis : est-il possible que cette chose ait lieu à Jérusalem ? Et chacun d'eux lui répondit qu'il est certainement possible qu'on voie de même à Jérusalem ; le second astronome rendit une longue décision et apporta des preuves à ce sujet. L'auteur écrit alors : je dis sur moi-même 'Béni Celui qui ouvre les yeux des aveugles', et 'Béni Celui qui les a choisis, eux et leur enseignement' ; heureux le peuple qui en est ainsi, heureux le peuple dont l'Éternel est le Dieu ! Fin de citation, vois là-bas. Et maintenant, viens et vois comme les paroles de nos maîtres étaient justes, et juste la tradition que Rabban Gamliel reçut de ses pères, 'parfois elle vient par un long [chemin] et parfois par un court' — et la vérité s'est révélée d'elle-même, après plusieurs centaines d'années.
💡 Explication

Autre incident : des témoins affirment avoir vu la lune en son temps (nuit du 30) mais pas la nuit suivante. Normalement l'absence la nuit suivante ferait un mois plein (30 jours). R. Gamliel les accepte pourtant et fixe la néoménie au 30.

3
אָמַר רַבִּי דּוֹסָא בֶּן הָורְכִּינָס: עֵדֵי שֶׁקֶר הֵן, הֵיאַךְ מְעִידִים עַל הָאִשָּׁה שֶׁיָּלְדָה וּלְמָחָר כְּרֵיסָהּ בֵּין שִׁינֶּיהָ? אָמַר לוֹ רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ: רוֹאֶה אֲנִי אֶת דְּבָרֶיךָ. שָׁלַח לוֹ רַבָּן גַּמְלִיאֵל: גּוֹזְרַנִי עָלֶיךָ שֶׁתָּבֹא אֶצְלִי בְּמַקֶּלְךָ וּבִמְעוֹתֶיךָ בְּיוֹם הַכִּפּוּרִים שֶׁחָל לִהְיוֹת בְּחֶשְׁבּוֹנֶךָ.

Rabbi Dossa ben Horkinas dit : ce sont de faux témoins ! Comment témoignent-ils qu'une femme a accouché, alors que le lendemain son ventre est entre ses dents [= elle est encore manifestement enceinte] ?!

Rabbi Yehochoua lui dit : je vois [le bien-fondé de] tes paroles. Rabban Gamliel lui fit dire : je décrète sur toi que tu viennes chez moi avec ton bâton et ton argent le jour où tombera Kippour selon ton calcul.

📜 Rachi (1)
רוֹאֶה אֲנִי אֶת דְּבָרֶיךָ לְעַבֵּר אֶת הַחֹדֶשׁ:
Je vois tes paroles — [dans le sens] de proroger le mois.
🪔 Ben Yehoyada (2)
הֵיאַךְ מְעִידִים עַל הָאִשָּׁה שֶׁיָּלְדָה וּלְמָחָר כְּרֵסָהּ בֵּין שִׁנֶּיהָ. הַדִּקְדּוּק יָדוּעַ דַּהֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר 'כְּרֵסָהּ מְלֵאָה' אוֹ 'גְּבוֹהָה' וּמַאי 'בֵּין שְׁנִיָּה'? וְרַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל פֵּירֵשׁ דָּבָר זֶה עַל פִּי הַסּוֹד כַּנִּזְכָּר בְּשַׁעַר מַאַמְרֵי רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל יְעֻויַּן שָׁם. וְנִרְאֶה לִי בס"ד עַל פִּי הַפְּשָׁט דְּיָדוּעַ שֶׁהָאִשָּׁה קֹודֶם שֶׁתֵּלֵד יָבֹא לָהּ חֲבָלִים וּכְשֶׁיָּבֹא לָהּ חֶבֶל קָשֶׁה תִּסְמֹוךְ יָדָהּ עַל כֹּותֶל אוֹ עַל כִּסֵּא וְתַרְכִּין רֹאשָׁהּ עַד שֶׁיַּגִּיעַ פִּיהָ אֵצֶל כְּרֵיסָהּ, וְכָתַב הָרַמְבַּ"ם זַ"ל לְכָךְ נִקְרָאִים (הוֹשֵׁעַ יג, יג) 'חֶבְלֵי יוֹלֵדָה' כִּי הָיָה דַּרְכָּם מִזְּמַן קַדְמוֹן לִקְשֹׁור חֲבָלִים מִכָּאן וּמִכָּאן כְּדֵי שֶׁתִּסְמֹוךְ עַצְמָהּ עֲלֵיהֶם וְתַרְכִּין רֹאשָׁהּ יְעֻויַּן שָׁם, וּלְכָךְ אָמַר 'כְּרֵסָהּ בֵּין שְׁנִיָּה'. וְאִם תֹּאמַר הֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר 'כְּרֵסָהּ בְּפִיהָ'? נִרְאֶה אָמַר 'בֵּין שְׁנִיָּה' מִפְּנֵי כִּי מֵחֲמַת הַקֹּושִׁי שֶׁיִּהְיֶה לָהּ בְּעֵת שֶׁתַּרְכִּין רֹאשָׁהּ עַד כְּרֵיסָהּ תַּחְרֹוק שִׁינֶּיהָ וּתְדַבְּקֵם זֶה בָּזֶה וְכָל זֶה הַקֹּושִׁי הַגָּדוֹל יִהְיֶה סָמוּךְ לְלֵידָתָהּ מַמָּשׁ. אוֹ יוּבַן אָמַר 'כְּרֵסָהּ בֵּין שְׁנִיָּה' רוֹצֶה לוֹמַר הַוָּלָד אֲשֶׁר בִּכְרֵיסָהּ עוֹדֶנּוּ לֹא נוֹלַד שֶׁהוּא עוֹדֶנּוּ מִתְפַּרְנֵס מִבֵּין שִׁינֶּיהָ וּכְמוֹ שֶׁאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל (נִדָּה ל:) הַוָּלָד בְּבֶטֶן אִמּוֹ אוֹכֵל מִמַּה שֶּׁאִמּוֹ אוֹכֶלֶת וְשׁוֹתָה מִמַּה שֶּׁאִמּוֹ שׁוֹתָה.
'Comment témoignent-ils qu'une femme a accouché, et le lendemain son ventre est entre ses dents ?' La question grammaticale est connue : il aurait fallu dire 'son ventre [est] plein' ou 'haut' — que signifie 'entre ses dents' ? Notre maître le Ari, de mémoire bénie, a expliqué cela selon le sod (mystère), comme il est rapporté au Chaar Maamerei Razal — vois-y. Et il me semble, avec l'aide du Ciel, selon le sens simple (pchat) : il est connu qu'avant d'enfanter, les douleurs (havalim) saisissent la femme, et lorsqu'une contraction violente survient, elle appuie sa main sur un mur ou une chaise et incline sa tête jusqu'à ce que sa bouche atteigne son ventre. Le Rambam, de mémoire bénie, a écrit que c'est pourquoi on les appelle (Osée 13:13) 'havlei yoleda' (douleurs de l'enfantement) : car leur usage depuis les temps anciens était de nouer des cordes de part et d'autre afin que [la femme] s'y appuie et incline sa tête — vois-y ; c'est pourquoi il dit 'son ventre entre ses dents'. Et si tu objectes qu'il aurait fallu dire 'son ventre à sa bouche' ? Il semble qu'il ait dit 'entre ses dents' parce que, du fait de l'effort au moment où elle incline sa tête jusqu'au ventre, elle grince des dents et les serre l'une contre l'autre ; et toute cette grande difficulté est tout proche de l'accouchement même. Ou bien on comprend 'son ventre entre ses dents' [ainsi] : l'enfant qui est en son ventre n'est pas encore né, il se nourrit encore 'd'entre ses dents', comme ont dit nos maîtres (Nidda 30b) : l'enfant, dans le ventre de sa mère, mange de ce que sa mère mange et boit de ce que sa mère boit.
גּוֹזְרַנִי עָלֶיךָ שֶׁתָּבֹוא אֶצְלִי בְּמַקֶּלְךָ וּבִמְעוֹתֶיךָ בַּיּוֹם שֶׁחָל יוֹם הַכִּפּוּרִים לִהְיוֹת בְּחֶשְׁבּוֹנְךָ. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת הֲוָה לֵיהּ לִגְזֹור עָלָיו שֶׁיֹּאכַל וְיִשְׁתֶּה בְּיוֹם הַכִּיפּוּרִים שֶׁחָל בְּחֶשְׁבּוֹנוֹ וְדַי בָּזֶה? וְנִרְאֶה לִי שֶׁרָצָה לַעֲשׂוֹת חִילּוּל מְפֻורְסָם לְעֵינֵי הַכֹּל וַאֲכִילָה וּשְׁתִיָּה לָא יָדְעִי בָּהּ רַבִּים. אַךְ קָשֶׁה דְּהָא יוֹם הַכִּיפּוּרִים שֶׁחָל בְּחֶשְׁבּוֹן רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ הוּא לְמָחֳרָתוֹ שֶׁל יוֹם הַכִּיפּוּרִים דְּחָל בְּחֶשְׁבּוֹן רַבָּן גַּמְלִיאֵל וְאִם יֵשׁ שֶׁנָּטוּ אַחַר דִּבְרֵי רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ וְחָשְׁבוּ לְיוֹם הַכִּיפּוּרִים שֶׁל רַבָּן גַּמְלִיאֵל חוֹל וְחִילְּלוּהוּ מַה יוֹעִיל פִּרְסוּם זֶה שֶׁעוֹשֶׂה רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בַּיּוֹם הַשֵּׁנִי שֶׁהוּא יוֹם הַכִּיפּוּרִים לְפִי חֶשְׁבּוֹנוֹ? וְנִרְאֶה לִי דְּוַדַּאי רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ לֹא פִּרְסֵם דְּבָרָיו הָרִאשׁוֹנִים לְעַרְעֵר עַל קְבִיעוּת רַבָּן גַּמְלִיאֵל וְהוּא בְּעַצְמוֹ הָיְתָה כַּוָּנָתוֹ לְהִתְעַנּוֹת בְּיוֹם הַכִּיפּוּרִים שֶׁל רַבָּן גַּמְלִיאֵל וְלִשְׁמֹור אוֹתוֹ בִּקְדֻושָּׁה אֶלָּא כִּי מֵחֲמַת עִרְעוּר שֶׁהָיָה לוֹ בָּזֶה רָצָה לַעֲשׂוֹת שְׁנֵי יָמִים שֶׁיָּצוּם גַּם בַּיּוֹם הַשֵּׁנִי וְיִשְׁמֹור אוֹתוֹ בִּקְדֻושָּׁה. אָמְנָם רַבָּן גַּמְלִיאֵל חָשׁ פֶּן אַחֲרֵי זֶה יִתְפַּרְסֵם הַדָּבָר שֶׁרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ עִרְעֵר עַל קְבִיעוּת שֶׁלּוֹ וְעָשָׂה שְׁנֵי יָמִים כִּיפּוּרִים מֵחֲמַת זֶה וְנִמְצָא יִהְיֶה קַל בְּעֵינֵי הָעוֹלָם הַקְּבִיעוּת שֶׁיִּקְבַּע רַבָּן גַּמְלִיאֵל, לָכֵן גָּזַר עָלָיו שֶׁיְּחַלֵּל כִּיפּוּר שֶׁעָלָה בְּחֶשְׁבּוֹנוֹ וְיַעֲשֶׂה הַחִילּוּל בְּפִרְסוּם כְּדֵי שֶׁלֹּא יָבֹא מִכָּאן וּלְהַבָּא שׁוּם אָדָם לְעַרְעֵר עַל קְבִיעוּת הַנָּשִׂיא וּבֵית דִּינוֹ. וְהָא דְּאָמַר לוֹ 'בְּמַקֶּלְךָ וּבִמְעוֹתֶיךָ' וְלָא סַגִּי בְּחַד מִינַּייְהוּ, הַייְנוּ כִּי בְּמַקֵּל לְחוּד לֵיכָּא פִּרְסוּם מִפְּנֵי דְּרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ זָקֵן וְדַרְכּוֹ לָשֵׂאת מַקֵּל בְּכָל יוֹם וְלָא הָוֵי מַשּׂוֹי וְאִם יִטֹּול כִּיס הַמָּעוֹת בִּלְבַד לֹא יִתְפַּרְסֵם הַדָּבָר דְּכִיס הַמָּעוֹת דַּרְכּוֹ לִהְיוֹת מֻונָּח בְּחֵיקוֹ, אַךְ אָמַר לוֹ בְּמַקֶּלְךָ וּבִמְעוֹתֶיךָ רוֹצֶה לוֹמַר שֶׁתֶּאֱחֹוז בִּשְׁנֵיהֶם בְּיַחַד דְּהַייְנוּ שֶׁיִּתְלֶה הַכִּיס בְּרֹאשׁ הַמַּקֵּל וְיִשָּׂאֵם בְּיַחַד דְּהָוֵי חָלוּל מְפֻורְסָם. וְדֶרֶךְ צַחוּת פֵּרַשְׁתִּי מַה שֶּׁאָמַר לוֹ 'בִּמְעוֹתֶיךָ' כִּי הַמַּטְבְּעוֹת שֶׁל כֶּסֶף וְזָהָב יֵשׁ לָהֶם תַּקָּנָה שֶׁיִּטְּלֵם בְּשַׁבָּת וְכִיפּוּר עַל יְדֵי שֶׁיְּתַלֵּם בְּבִגְדוֹ לְנוֹי מִבְּעוֹד יוֹם אַךְ שֶׁל נְחֹושֶׁת אֵין תּוֹלִין לְנוֹי וּמָעוֹת הַנִּמְצָאִים אֵצֶל רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ שֶׁל נְחֹושֶׁת הֵם שֶׁהָיָה עָנִי וְאֵין לוֹ כֶּסֶף וְזָהָב וְלָכֵן אָמַר לוֹ בִּמְעוֹתֶיךָ דַּיְיקָא שֶׁהֵם שֶׁל נְחֹשֶׁת כְּדֵי שֶׁלֹּא יַעֲשֶׂה לָהֶם תַּקָּנָה בִּשְׁבִיל טִלְטוּל בְּהֶיתֵּר.
'Je décrète sur toi que tu viennes chez moi avec ton bâton et ton argent le jour où Kippour tombe selon ton calcul.' On peut objecter : il aurait fallu décréter qu'il mange et boive le jour de Kippour tombant selon son calcul, et cela aurait suffi ! Il me semble qu'il voulut faire une profanation manifeste aux yeux de tous, car manger et boire, beaucoup ne le sauraient pas. Mais [autre] difficulté : le Kippour tombant selon le calcul de R. Yehochoua est le lendemain du Kippour tombant selon le calcul de Rabban Gamliel ; et s'il en est qui ont suivi les paroles de R. Yehochoua et ont tenu le Kippour de R. Gamliel pour un jour profane et l'ont profane, à quoi sert la publicité que fait R. Yehochoua le second jour, qui est Kippour selon son calcul ? Il me semble : certes R. Yehochoua n'avait pas rendu publiques ses paroles premières pour contester la fixation de R. Gamliel, et lui-même avait l'intention de jeûner au Kippour de R. Gamliel et de le garder en sainteté ; mais, du fait de la contestation qu'il avait à ce sujet, il voulait faire deux jours et jeûner aussi le second en le gardant en sainteté. Cependant R. Gamliel craignit qu'après cela il ne s'ébruite que R. Yehochoua avait contesté sa fixation et fait deux jours de Kippour pour cette raison, et qu'ainsi la fixation établie par R. Gamliel ne devienne légère aux yeux du monde ; c'est pourquoi il décréta sur lui de profaner le Kippour tombant selon son [propre] calcul, et de faire cette profanation avec publicité, afin que désormais nul ne vienne contester la fixation du nassi et de son tribunal. Et s'il lui dit 'avec ton bâton et ton argent', sans se contenter de l'un des deux, c'est que le bâton seul n'a pas de publicité, car R. Yehochoua était âgé et avait coutume de porter un bâton chaque jour, ce qui n'est pas un fardeau ; et s'il prenait la bourse d'argent seule, la chose ne s'ébruiterait pas, car la bourse a coutume d'être placée dans le sein. Aussi lui dit-il 'avec ton bâton et ton argent' : c'est-à-dire tiens les deux ensemble, en suspendant la bourse au bout du bâton et en les portant ensemble, ce qui est une profanation manifeste. Et par manière de finesse (derekh tsahout), j'ai expliqué ce qu'il lui dit 'ton argent' : car les pièces d'argent et d'or ont un remède — on peut les porter le Chabbat et Kippour en les suspendant à son vêtement comme ornement dès la veille ; mais celles de cuivre, on ne les suspend pas comme ornement, et les pièces qui se trouvaient chez R. Yehochoua étaient de cuivre, car il était pauvre et n'avait ni argent ni or ; c'est pourquoi il lui dit précisément 'ton argent' [tes pièces], qui sont de cuivre, afin qu'il ne leur trouve pas de remède pour un transport permis.
💡 Explication

R. Dossa ben Horkinas objecte par une image : si la lune était déjà visible la nuit du 30, comment n'apparaîtrait-elle pas la nuit suivante ? C'est comme une femme qui accouche et dont le ventre reste plein le lendemain. R. Yehochoua approuve. Pour affirmer l'autorité du tribunal, R. Gamliel décrète à R. Yehochoua de venir profaner ostensiblement le jour de Kippour de son propre calcul (bâton et argent = actes interdits ce jour-là).

4
הָלַךְ וּמְצָאוֹ רַבִּי עֲקִיבָא מֵיצֵר, אָמַר לוֹ: יֵשׁ לִי לִלְמֹוד שֶׁכָּל מַה שֶּׁעָשָׂה רַבָּן גַּמְלִיאֵל עָשׂוּי, שֶׁנֶּאֱמַר: ״אֵלֶּה מוֹעֲדֵי ה׳ מִקְרָאֵי קֹדֶשׁ אֲשֶׁר תִּקְרְאוּ אֹתָם״, בֵּין בִּזְמַנָּן בֵּין שֶׁלֹּא בִּזְמַנָּן — אֵין לִי מוֹעֲדוֹת אֶלָּא אֵלּוּ.

Rabbi Akiva alla et le trouva angoissé. Il lui dit : j'ai de quoi apprendre que tout ce qu'a fait Rabban Gamliel est fait [= valide], car il est dit : 'ce sont là les temps fixés de l'Éternel, saintes convocations que vous proclamerez, eux' (Lev 23:4) — qu'ils soient en leur temps où non en leur temps, je n'ai pas d'autres fêtes que celles-là.

📜 Rachi (2)
הָלַךְ וּמְצָאוֹ הָלַךְ וּמְצָאוֹ ר"ע לְר' יְהוֹשֻׁעַ מֵיצֵר עַל שֶׁהַנָּשִׂיא גָּזַר עָלָיו לְחַלֵּל יוֹם הַכִּפּוּרִים:
Il alla et le trouva — R. Akiva trouva R. Yehochoua angoissé de ce que le nassi avait décrété sur lui de profaner le jour de Kippour.
אֲשֶׁר תִּקְרְאוּ בִּקְרִיאַת בֵּית דִּין תְּלָאוֹ הַכָּתוּב:
Que vous proclamerez — l'Écriture a suspendu [les fêtes] à la proclamation du tribunal.
💡 Explication

R. Akiva console R. Yehochoua : le verset 'que vous proclamerez' (Lev 23:4) suspend les fêtes à la proclamation du tribunal, et non à l'exactitude astronomique. Que le tribunal fixe le mois à son temps où non, ce sont les seules fêtes qui vaillent.

5
בָּא לוֹ אֵצֶל רַבִּי דּוֹסָא בֶּן הָורְכִּינָס, אָמַר לוֹ: אִם בָּאִין אָנוּ לָדוּן אַחַר בֵּית דִּינוֹ שֶׁל רַבָּן גַּמְלִיאֵל, צְרִיכִין אָנוּ לָדוּן אַחַר כָּל בֵּית דִּין וּבֵית דִּין שֶׁעָמַד מִימוֹת מֹשֶׁה וְעַד עַכְשָׁיו. שֶׁנֶּאֱמַר: ״וַיַּעַל מֹשֶׁה וְאַהֲרֹן נָדָב וַאֲבִיהוּא וְשִׁבְעִים מִזִּקְנֵי יִשְׂרָאֵל״, וְלָמָּה לֹא נִתְפָּרְשׁוּ שְׁמוֹתָן שֶׁל זְקֵנִים? אֶלָּא לְלַמֵּד שֶׁכָּל שְׁלֹשָׁה וּשְׁלֹשָׁה שֶׁעָמְדוּ בֵּית דִּין עַל יִשְׂרָאֵל — הֲרֵי הוּא כְּבֵית דִּינוֹ שֶׁל מֹשֶׁה.

Il vint chez Rabbi Dossa ben Horkinas. [Celui-ci] lui dit : si nous venons à juger [= remettre en cause] le tribunal de Rabban Gamliel, il nous faut juger tout tribunal qui s'est dressé depuis les jours de Moche jusqu'à maintenant.

Car il est dit : 'et Moche monta, avec Aharon, Nadav et Avihou et soixante-dix des anciens d'Israël' (Ex 24:9). Et pourquoi les noms des anciens ne furent-ils pas explicités ?

C'est pour enseigner que tout groupe de trois qui s'est dressé comme tribunal sur Israël est comme le tribunal de Moche.

📜 Rachi (2)
בָּא לוֹ ר' יְהוֹשֻׁעַ אֵצֶל רַבִּי דּוֹסָא:
Il vint — R. Yehochoua chez Rabbi Dossa.
לָמָּה לֹא נִתְפַּרְסְמוּ שְׁמוֹתָן כו' שֶׁאִם בָּא אָדָם לָדוּן אַחַר בֵּית דִּין שֶׁבְּיָמָיו וְלוֹמַר וְכִי בֵּית דִּין זֶה כְּמֹשֶׁה וְאַהֲרֹן כְּאֶלְדָּד וּמֵידָד אוֹמְרִים לוֹ שֶׁמָּא חָשׁוּב הוּא כִּשְׁלֹשָׁה מִן הַשְּׁאָר שֶׁלֹּא נִתְפָּרְשׁוּ שְׁמוֹתָם:
Pourquoi leurs noms ne furent-ils pas rendus célèbres, etc. — pour que, si quelqu'un vient contester le tribunal de son époque en disant 'ce tribunal est-il comme Moche et Aharon, comme Eldad et Médad ?', on lui réponde : peut-être vaut-il autant que trois d'entre les autres [anciens], dont les noms n'ont pas été explicités.
💡 Explication

R. Dossa renforce : contester le tribunal de R. Gamliel reviendrait à contester tous les tribunaux depuis Moche. Les 70 anciens restent anonymes (Ex 24:9) précisément pour enseigner que tout tribunal de trois juges légitimes a l'autorité du tribunal de Moche.

6
נָטַל מַקְלוֹ וּמְעוֹתָיו בְּיָדוֹ, וְהָלַךְ לְיַבְנֶה אֵצֶל רַבָּן גַּמְלִיאֵל בַּיּוֹם שֶׁחָל יוֹם הַכִּפּוּרִים לִהְיוֹת בְּחֶשְׁבּוֹנוֹ. עָמַד רַבָּן גַּמְלִיאֵל וּנְשָׁקוֹ עַל רֹאשׁוֹ, אָמַר לוֹ: בּוֹא בְּשָׁלוֹם רַבִּי וְתַלְמִידִי! רַבִּי — בְּחָכְמָה, וְתַלְמִידֵי — שֶׁקִּבַּלְתָּ אֶת דְּבָרַי.

Il prit son bâton et son argent en main et alla à Yavne chez Rabban Gamliel, le jour où tombait Kippour selon son calcul. Rabban Gamliel se leva et l'embrassa sur la tête.

Il lui dit : viens en paix, mon maître et mon disciple ! Mon maître en sagesse, et mon disciple car tu as accepté mes paroles.

💡 Explication

R. Yehochoua se soumet : il vient profaner le Kippour de son propre calcul. R. Gamliel l'accueille avec affection : 'mon maître et mon disciple' — maître par sa sagesse supérieure, disciple parce qu'il a accepté la décision du tribunal. La réconciliation scelle le principe d'autorité.

7
גְּמ׳ תַּנְיָא, אָמַר לָהֶם רַבָּן גַּמְלִיאֵל לַחֲכָמִים: כָּךְ מִקּוֹבְלָנִי מִבֵּית אָבִי אַבָּא — פְּעָמִים שֶׁבָּא בַּאֲרֻוכָּה וּפְעָמִים שֶׁבָּא בִּקְצָרָה.

GUEMARA. Il est enseigné (beraita) : Rabban Gamliel dit aux Sages : voici ce que j'ai reçu en tradition de la maison de mon aïeul (avi aba) — parfois [la lune] vient par un [chemin] long, parfois elle vient par un court.

🪔 Ben Yehoyada (1)
פְּעָמִים שֶׁבָּא בַּאֲרֻכָּה וּפְעָמִים שֶׁבָּא בִּקְצָרָה. נִרְאֶה לִי נִשְׁמוֹת הַצַּדִּיקִים שֶׁנִּדְמוּ לְיֶרַח גַּם כֵּן יֵשׁ בָּהֶם עִנְיָן כַּיּוֹצֵא פְּעָמִים בָּא לָעוֹלָם הַזֶּה אַחַר הַפְּטִירָה בַּאֲרֻוכָּה פְּעָמִים בָּא בִּקְצָרָה. אוֹ יוּבַן פְּעָמִים לוֹקֵחַ הנר"ן [נֶפֶשׁ, רוּחַ, נְשָׁמָה] בַּאֲרֻוכָּה לְפִי אֹורֶךְ הַשָּׁנִים פְּעָמִים בִּקְצָרָה אַחַר שֶׁנּוֹלַד תֵּכֶף וּכְמוֹ שֶׁאָמַר רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל בְּשַׁעַר הַגִּלְגּוּלִים, בְּאוֹתָם יָנוֹקֵי שֶׁהָיוּ חֲכָמִים גְּדוֹלִים וְעוֹדָם קְטַנִּים בְּשָׁנִים. אוֹ עַל דֶּרֶךְ שֶׁאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל (שִׁיר הַשִּׁירִים רַבָּה ו, ב) יִגַּע רַבִּי בְּוַן בכ"ח שָׁנָה מַה שֶׁלֹּא יִגַּע תַּלְמִיד וָתִיק בְּמֵאָה שָׁנִים.
'Parfois elle vient par un long [chemin] et parfois par un court.' Il me semble : les âmes des justes (nishmot ha-tsadikim), qui sont comparées à la lune, connaissent elles aussi un phénomène semblable — parfois [l'âme] vient en ce monde après le décès par un [chemin] long, parfois par un court. Ou bien on comprend : parfois [l'homme] reçoit le naran [nefech, roua'h, nechama : les trois niveaux de l'âme] par un [chemin] long, au fil de nombreuses années ; parfois par un court, aussitôt après sa naissance — comme l'a dit notre maître le Ari, de mémoire bénie, au Chaar ha-Guilgoulim, à propos de ces jeunes enfants (yenoukei) qui étaient de grands sages tout en étant encore petits en années. Ou bien selon ce qu'ont dit nos maîtres (Chir ha-Chirim Rabba 6:2) : Rabbi Boun s'est fatigué en vingt-huit ans à ce quoi un disciple diligent ne parvient pas en cent ans.
💡 Explication

La Guemara donne la source de R. Gamliel : une tradition familiale (avi aba, litt. 'le père de mon père'). La lune ne suit pas un rythme fixe : son parcours varie, tantôt long tantôt court — d'où la possibilité de la voir plus tôt qu'on ne l'attend.

8
אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: מַאי טַעְמָא דְּבֵי רַבִּי, דִּכְתִיב: ״עָשָׂה יָרֵחַ לְמוֹעֲדִים שֶׁמֶשׁ יָדַע מְבוֹאוֹ״ — שֶׁמֶשׁ הוּא דְּיָדַע מְבוֹאוֹ, יָרֵחַ לֹא יָדַע מְבוֹאוֹ.

Rabbi Yo'hanan dit : quelle est la raison de [la tradition de] la maison de Rabbi ? Il est écrit : 'il a fait la lune pour les temps fixés, le soleil connaît son coucher' (Ps 104:19) — c'est le soleil qui connaît son coucher, [mais] la lune ne connaît pas son coucher.

💡 Explication

R. Yo'hanan ancre la tradition dans un verset (Ps 104:19) : le soleil a un cycle régulier (il 'connaît son coucher'), mais la lune non — son parcours n'est pas identique chaque mois, ce qui justifie la variabilité enseignée par R. Gamliel.

9
רַבִּי חִיָּיא חַזְיֵיא לְסֵיהֲרָא דַּהֲוָה קָאֵי בְּצַפְרָא דְּעֶשְׂרִים וְתִשְׁעָה. שְׁקַל קָלָא פְּתַק בֵּיהּ, אֲמַר: לְאוּרְתָּא בָּעֵינַן לְקַדּוֹשֵׁי בָּךְ, וְאַתְּ קִיַּימְתָּ הָכָא?! זִיל אִיכַּסִּי. אֲמַר לֵיהּ רַבִּי לְרַבִּי חִייָּא: זִיל לְעֵין טָב וְקַדְּשֵׁיהּ לְיַרְחָא, וְשָׁלַח לִי סִימָנָא: ״דָּוִד מֶלֶךְ יִשְׂרָאֵל חַי וְקַיָּם״.

Rabbi Hiya vit la lune [ancienne] qui se tenait [encore] dans le ciel au matin du vingt-neuvième. Il prit une motte de terre et la lança vers elle, disant : ce soir nous avons besoin de te sanctifier, et toi tu te tiens encore ici ?!

Va te cacher. Rabbi dit à Rabbi Hiya : va à Ein Tav et sanctifie la [nouvelle] lune, et envoie-moi comme signe : 'David roi d'Israël est vivant et subsiste'.

📜 Rachi (6)
גמ' דַּחֲזֵי' לְסֵיהֲרָא יְשָׁנָה:
GUEMARA. Qu'il vit la lune — l'ancienne.
שָׁקַל קָלָא פִּיסַּת רְגָבִים מוט"א בְּלַעַ"ז:
Il prit une motte — une motte de terre, motte en langue vulgaire.
לְאֻורְתָּא בָּעֵינַן לְקִדּוּשִׁיךְ צְרִיכִין אָנוּ לַעֲשׂוֹת הַלַּיְלָה יוֹם טוֹב שֶׁל רֹאשׁ הַשָּׁנָה לְחַסֵּר אֶת אֱלוּל וּלְאַייֵּם עַל הָעֵדִים לוֹמַר רְאִינוּהוּ בִּזְמַנּוֹ לְקַדְּשׁוֹ לְמָחָר וְאַף עַל פִּי שֶׁלֹּא רָאוּהוּ לְפִי שֶׁהָיָה עִיבּוּר הַחֹדֶשׁ דּוֹחֶה אֶת יוֹם הַכִּפּוּרִים אֵצֶל שַׁבָּת:
Ce soir nous avons besoin de te sanctifier — nous avons besoin de faire de cette nuit le jour de fête de Roch Hachana, pour raccourcir Eloul et [pouvoir] presser les témoins de dire 'nous l'avons vue en son temps', afin de la sanctifier le lendemain, même s'ils ne l'ont pas vue, car l'embolisme du mois repousse Kippour vis-à-vis du Chabbat.
וְאֶת קַייֶּמֶת הָכָא וְאִם תְּהֵא נִרְאֵית עַרְבִית שׁוּב לֹא יְקַדְּשׁוּ אֶת הַחֹדֶשׁ לְמָחָר כְּדַאֲמָרָן לְעֵיל פֶּרֶק קַמָּא (רֹאשׁ הַשָּׁנָה כ:) צָרִיךְ שֶׁיְּהֵא לַיְלָה וָיוֹם מִן הֶחָדָשׁ שֶׁאִם נִרְאֵית הַיְּשָׁנָה לְאוֹר כ"ט אֵין מְקַדְּשִׁין מָחָר אֶת הַחֹדֶשׁ:
Et toi tu te tiens ici — car si elle apparaissait le soir, on ne sanctifierait plus le mois le lendemain, comme nous l'avons dit plus haut au premier chapitre (Roch Hachana 20b) : il faut qu'il y ait une nuit et un jour du [nouveau] mois ; car si l'ancienne est vue à la lumière du 29, on ne sanctifie pas le [nouveau] mois le lendemain.
זִיל לְעֵין טָב וְקַדְּשֵׁיהּ דּוֹאֵג הָיָה שֶׁלֹּא יְרַנְּנוּ עָלָיו בְּנֵי עִירוֹ כְּשֶׁיְּקַדְּשֶׁנּוּ לְמָחָר לְפִי שֶׁרָאוּ הַיְּשָׁנָה כָּל יוֹם כ"ט וְסִלֵּק תְּלוּנֹּותָם מֵעָלַי וּמוֹרִי פֵּירֵשׁ שֶׁגָּזְרוּ גְּזֵרָה בִּמְקוֹמוֹ שֶׁלֹּא יְקַדְּשׁוּ אֶת הַחֹדֶשׁ:
Va à Ein Tav et sanctifie-la — il craignait que les gens de sa ville ne murmurent contre lui s'il la sanctifiait le lendemain, du fait qu'ils avaient vu l'ancienne tout le jour du 29 ; [aussi voulut-il] écarter leurs plaintes de lui. Et mon maître a expliqué : on avait décrété à son endroit qu'on ne sanctifierait pas le mois [chez lui].
דָּוִד מֶלֶךְ יִשְׂרָאֵל נִמְשַׁל כִּלְבָנָה שֶׁנֶּאֱמַר בּוֹ (תְּהִילִּים פט: ל״ז-ל״ח) כִּסְאוֹ כַּשֶּׁמֶשׁ נֶגְדִּי כְּיָרֵחַ יִכּוֹן עוֹלָם:
David roi d'Israël — il est comparé à la lune, car il est dit à son sujet (Ps 89:37-38) 'son trône sera comme le soleil devant moi, comme la lune il sera établi à jamais'.
🗂️ Tossefot (2)
לְאֻורְתָּא מְקַדְּשִׁין לָךְ וְאַתְּ קַיֶּימֶת הָכָא. תֵּימַהּ הָא שַׁפִּיר אֶפְשָׁר שֶׁיְּהֵא הַמּוֹלָד בְּיוֹם ל' קֹודֶם י"ח שָׁעוֹת שֶׁיְּכוֹלָה לִרְאוֹת בַּיּוֹם וְתִרְאֶה הַיְּשָׁנָה בְּיוֹם כ"ט שַׁחֲרִית אֲפִילּוּ לִבְנֵי מַעֲרָב שֶׁמָּא לֹא הָיָה כָּל כָּךְ שַׁחֲרִית שֶׁכְּבָר יָצָא שֶׁמֶשׁ בִּגְבוּרָתוֹ שֶׁלֹּא הָיְתָה רְאוּיָה לִבְנֵי מַעֲרָב וּבַקּוּנְטְרֵס פִּי' וְאֶת קַייֶּמֶת הָכָא וְאִם תְּהֵא נִרְאֵית עַרְבִית שׁוּב לֹא יְקַדְּשׁוּ הַחֹדֶשׁ לְמָחָר כִּדְאָמַר בְּפֶ' קַמָּא (דַּף כ: וְשָׁם) וְצָרִיךְ שֶׁיְּהֵא לַיְלָה וָיוֹם מִן הֶחָדָשׁ שֶׁאִם נִרְאֵית הַיְּשָׁנָה לְאוֹר עֶשְׂרִים וְתִשְׁעָה אֵין מְקַדְּשִׁין מָחָר אֶת הַחֹדֶשׁ וְזֶה אִי אֶפְשָׁר לִהְיוֹת כִּדְפָרֵישִׁית בפ"ק (שָׁם ד"ה חֲצוֹת):
Ce soir on te sanctifie et toi tu te tiens ici — c'est étonnant : il est bien possible que la conjonction (molad) ait lieu le trentième jour, dix-huit heures avant qu'elle puisse être vue de jour, et que l'ancienne soit vue le matin du 29 même par les gens de l'ouest — peut-être n'était-ce pas si tôt le matin, le soleil ayant déjà brillé dans sa force, si bien qu'elle n'était pas visible pour les gens de l'ouest. Dans le commentaire [de Rachi] il est expliqué : 'et toi tu te tiens ici' — car si elle apparaissait le soir, on ne sanctifierait plus le mois le lendemain, comme il est dit au premier chapitre (20b) : il faut qu'il y ait une nuit et un jour du [nouveau] mois ; car si l'ancienne est vue à la lumière du 29, on ne sanctifie pas le mois le lendemain — et cela ne peut être, comme je l'ai expliqué au premier chapitre (s.v. 'minuit').
זִיל לְעֵין טָב וְקַדְּשֵׁיהּ. שָׁם הָיוּ קְבוּעִים לְקַדֵּשׁ אֶת הַחֹדֶשׁ כְּדַאי' בַּפְּסִיקְתָּא בַּפָּסוּק תִּקְעוּ בַּחֹדֶשׁ שׁוֹפָר לָמָּה בֵּית דִּין מְקַדְּשִׁין הַחֹדֶשׁ בְּעַיִן טָב לְפִי שֶׁהוּא בֵּית הַוַּעַד אָמַר הקב"ה בֵּית מוֹעֵד שֶׁל כָּל הָעוֹלָם שֶׁנֶּאֱמַר (יְשַׁעְיָהוּ ב׳:ג׳) כִּי מִצִּיּוֹן תֵּצֵא תוֹרָה וְאָמְרִי' בִּירוּשַׁלְמִי כְּשֵׁם שֶׁתּוֹקְעִים בְּיַבְנֶה כָּךְ תּוֹקְעִים בְּעַיִן טָב מַשְׁמַע שֶׁהָיָה שָׁם בֵּית דִּין קָבוּעַ דֻּומְיָא דְּיַבְנֶה:
Va à Ein Tav et sanctifie-la — là, on avait coutume de sanctifier le mois, comme il est dit dans la Pessikta sur le verset 'sonnez du chofar au [nouveau] mois' : pourquoi le tribunal sanctifie-t-il le mois à Ein Tav ? Parce que c'est le beit havaad (lieu de réunion) ; le Saint béni soit-Il a dit : lieu de réunion du monde entier, car il est dit (Is 2:3) 'car de Tsion sortira la Torah'. Et nous disons dans le Yerouchalmi : de même qu'on sonne à Yavne, de même on sonne à Ein Tav — ce qui indique qu'il y avait là un tribunal permanent, à l'instar de Yavne.
💡 Explication

R. Hiya, voyant la vieille lune encore visible le matin du 29 (ce qui risquait d'empêcher la sanctification du mois le lendemain soir), lui lance une motte et l'enjoint de se cacher. Puis Rabbi envoie R. Hiya sanctifier le mois à Ein Tav, avec un signe convenu : 'David roi d'Israël est vivant et subsiste' — David étant comparé à la lune (Ps 89).

10
תָּנוּ רַבָּנַן: פַּעַם אַחַת נִתְקַשְּׁרוּ שָׁמַיִם בְּעָבִים, וְנִרְאֵית דְּמוּת לְבָנָה בְּעֶשְׂרִים וְתִשְׁעָה לַחֹדֶשׁ. כִּסְבוּרִים הָעָם לוֹמַר רֹאשׁ חֹדֶשׁ, וּבִקְּשׁוּ בֵּית דִּין לְקַדְּשׁוֹ. אָמַר לָהֶם רַבָּן גַּמְלִיאֵל: כָּךְ מִקֻּובְלָנִי מִבֵּית אָבִי אַבָּא — אֵין חִדּוּשָׁהּ שֶׁל לְבָנָה פְּחוּתָה מֵעֶשְׂרִים וְתִשְׁעָה יוֹם וּמֶחֱצָה וּשְׁנֵי שְׁלִישֵׁי שָׁעָה וְשִׁבְעִים וּשְׁלֹשָׁה חֲלָקִים.

Nos maîtres ont enseigné : une fois, le ciel se couvrit de nuages, et une forme de lune fut vue le vingt-neuf du mois. Le peuple pensait dire : c'est Roch Hodech, et le tribunal voulut la sanctifier.

Rabban Gamliel leur dit : voici ce que j'ai reçu en tradition de la maison de mon aïeul — la rénovation de la lune n'est pas inférieure à vingt-neuf jours et demi, deux tiers d'heure et soixante-treize chalakim (parties).

📜 Rachi (1)
(וְנִרְאֵית דְּמוּת לְבָנָה. בְּעֶשְׂרִים וְתִשְׁעָה):
(Et une forme de lune fut vue le vingt-neuf.)
💡 Explication

Contre-exemple : par temps couvert, une forme de lune apparaît le 29 ; on croit que c'est déjà Roch Hodech. R. Gamliel bloque la sanctification grâce à la même tradition, cette fois chiffrée : la lunaison minimale est de 29 jours 1/2 + 2/3 d'heure + 73 chalakim (soit 29j 12h 793 chalakim, valeur du molad classique). Trop tôt : ce ne peut être le nouveau mois.

11
וְאוֹתוֹ הַיּוֹם מֵתָה אִמּוֹ שֶׁל בֶּן זָזָא, וְהִסְפִּידָהּ רַבָּן גַּמְלִיאֵל הֶסְפֵּד גָּדוֹל. לֹא מִפְּנֵי שֶׁרְאוּיָה לְכָךְ, אֶלָּא כְּדֵי שֶׁיֵּדְעוּ הָעָם שֶׁלֹּא קִידְּשׁוּ בֵּית דִּין אֶת הַחֹדֶשׁ.

Et ce jour-là mourut la mère de ben Zaza, et Rabban Gamliel fit sur elle un grand éloge funèbre — non parce qu'elle en était digne, mais afin que le peuple sache que le tribunal n'avait pas sanctifié le mois.

📜 Rachi (1)
שֶׁיָּדְעוּ שֶׁלֹּא קִדְּשׁוּ בֵּית דִּין אֶת הַחֹדֶשׁ שֶׁאֵין מַסְפִּידִין בְּיוֹם טוֹב:
Afin qu'ils sachent que le tribunal n'a pas sanctifié le mois — car on ne fait pas d'éloge funèbre un jour de fête.
💡 Explication

Astuce pédagogique : puisqu'on ne fait pas d'éloge funèbre (hesped) un jour de fête, R. Gamliel prononce un grand éloge pour la mère de ben Zaza — non par mérite de la défunte, mais comme signal public que ce jour n'est PAS Roch Hodech.

12
הָלַךְ רַבִּי עֲקִיבָא וּמְצָאוֹ מֵיצֵר כּוּ׳. אִיבַּעְיָא לְהוּ: מִי מֵיצֵר? רַבִּי עֲקִיבָא מֵיצֵר, אוֹ רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ מֵיצֵר? תָּא שְׁמַע, דְּתַנְיָא: הָלַךְ רַבִּי עֲקִיבָא וּמְצָאוֹ לְרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ כְּשֶׁהוּא מֵיצֵר, אָמַר לוֹ: [רַבִּי] מִפְּנֵי מָה אַתָּה מֵיצֵר? אָמַר לוֹ: רַבִּי עֲקִיבָא, רָאוּי לוֹ שֶׁיִּפֹּול לַמִּטָּה שְׁנֵים עָשָׂר חֹדֶשׁ, וְאַל יִגְזֹור עָלָיו גְּזֵירָה זוֹ.

'Rabbi Akiva alla et le trouva angoissé, etc.' On leur demanda : qui était angoissé ? Rabbi Akiva angoissé, ou Rabbi Yehochoua angoissé ?

Viens et entends, car il est enseigné : Rabbi Akiva alla et trouva Rabbi Yehochoua angoissé. Il lui dit : Rabbi, pourquoi es-tu angoissé ?

Il lui dit : Rabbi Akiva, il vaut mieux pour un homme tomber malade au lit douze mois, plutôt que ce décret ne soit prononcé sur lui.

💡 Explication

La Guemara résout une ambiguïté de la michna : c'est R. Yehochoua (et non R. Akiva) qui était angoissé. Il exprime son désarroi : mieux vaudrait tomber gravement malade un an entier que d'être contraint de profaner le jour qu'il tient pour Kippour.

13
אָמַר לוֹ: רַבִּי, תַּרְשֵׁינִי לוֹמַר לְפָנֶיךָ דָּבָר אֶחָד שֶׁלִּמַּדְתַּנִי. אָמַר לוֹ: אֱמֹור. אָמַר לוֹ: הֲרֵי הוּא אוֹמֵר ״אַתֶּם״ ״אַתֶּם״ ״אַתֶּם״ שָׁלֹשׁ פְּעָמִים.

Il lui dit : Rabbi, permets-moi de dire devant toi une chose que tu m'as [toi-même] enseignée. Il lui dit : dis.

Il lui dit : voici qu'il est dit 'otam', 'otam', 'otam' — trois fois.

📜 Rachi (1)
אַתֶּם אַתֶּם אַתֶּם שְׁלֹשָׁה זִמְנִין כְּתִיב אֲשֶׁר תִּקְרְאוּ אוֹתָם בְּפָרָשַׁת שׁוֹר אוֹ כֶּשֶׂב וּקְרֵי בֵּיהּ תִּקְרְאוּ אִתָּם:
'Atem, atem, atem' — trois fois est écrit 'que vous proclamerez otam' dans la section 'un bœuf ou un mouton' [Lev 23], et on lit 'tikreou atem' (vous les proclamerez).
💡 Explication

R. Akiva demande la permission de retourner à R. Yehochoua un enseignement reçu de lui. Le mot 'otam' ('eux', les fêtes) apparaît trois fois (Lev 23:2, 23:4, 23:37) et se lit aussi 'atem' ('vous') — allusion au pouvoir du tribunal.

14
״אַתֶּם״ — אֲפִילּוּ שׁוֹגְגִין, ״אַתֶּם״ — אֲפִילּוּ מְזִידִין, ״אַתֶּם״ — אֲפִילּוּ מֻוטְעִין. בַּלָּשׁוֹן הַזֶּה אָמַר לוֹ: עֲקִיבָא נִחַמְתֵּנִי, נִחַמְתֵּנִי.

'Atem' — même [si vous vous êtes] trompés de bonne foi (shogguin) ; 'atem' — même [si vous avez agi] sciemment (meziddin) ; 'atem' — même [si vous êtes] induits en erreur (mouttin). En ce langage il lui dit : Akiva, tu m'as consolé, tu m'as consolé.

📜 Rachi (2)
שׁוֹגְגִין מֵאֲלֵיהֶן כְּסִבּוּרִין שֶׁהוּא רָאוּי לְהִתְעַבֵּר וְטוֹעִין:
Shogguin (de bonne foi) — d'eux-mêmes, pensant qu'[le mois] doit être prorogé, et se trompant.
מֻוטְעִין עַל יְדֵי עֵדֵי שֶׁקֶר:
Mouttin (induits en erreur) — par de faux témoins.
💡 Explication

Exégèse des trois 'atem' : la proclamation du tribunal vaut dans tous les cas de figure — trompé de bonne foi, agissant sciemment, ou trompé par de faux témoins. La fête reste valide et le Ciel y consent. R. Yehochoua, apaisé, redit deux fois : 'tu m'as consolé'.

15
בָּא לוֹ אֵצֶל רַבִּי דּוֹסָא בֶּן הָורְכִּינָס כּוּ׳. תָּנוּ רַבָּנַן: לָמָּה לֹא נִתְפָּרְשׁוּ שְׁמוֹתָם שֶׁל זְקֵנִים הַלָּלוּ? שֶׁלֹּא יֹאמַר אָדָם: פְּלוֹנִי כְּמֹשֶׁה וְאַהֲרֹן? פְּלוֹנִי כְּנָדָב וַאֲבִיהוּא? פְּלוֹנִי כְּאֶלְדָּד וּמֵידָד?

'Il vint chez Rabbi Dossa ben Horkinas, etc.' Nos maîtres ont enseigné : pourquoi les noms de ces anciens ne furent-ils pas explicités ? Afin qu'un homme ne dise pas : un tel est-il comme Moche et Aharon ? un tel comme Nadav et Avihou ? un tel comme Eldad et Médad ?

📜 Rachi (1)
שֶׁלֹּא יֹאמַר אָדָם עַל בֵּית דִּין שֶׁבְּיָמָיו וְכִי פְּלוֹנִי וּפְלוֹנִי כְּמֹשֶׁה וְאַהֲרֹן שֶׁאֶשְׁמַע לוֹ עַכְשָׁיו שֶׁלֹּא נִתְפָּרְשׁוּ אֱמֹור לוֹ אִם אֵינוֹ כְּמֹשֶׁה וְאַהֲרֹן הֲרֵי הוּא כְּאֶחָד מִשְּׁאָר זְקֵנִים שֶׁאֵינְךָ יוֹדֵעַ מִי הֵם:
Afin qu'un homme ne dise pas — à propos du tribunal de son époque : 'un tel et un tel sont-ils comme Moche et Aharon, que je doive maintenant lui obéir ?' — puisque [les noms des anciens] n'ont pas été explicités, on lui répond : s'il n'est pas comme Moche et Aharon, il est comme l'un des autres anciens, dont tu ne sais pas qui ils sont.
🪔 Ben Yehoyada (1)
פְּלוֹנִי כְּמֹשֶׁה וְאַהֲרֹן וְכוּ'. הָא דְּנָקֵיט תְּלָת חֲלוּקוֹת כְּנֶגֶד שְׁלֹשָׁה דַּיָּינִים.
'Un tel comme Moche et Aharon, etc.' Le fait qu'[la beraita] prenne trois distinctions [Moche et Aharon, Nadav et Avihou, Eldad et Médad] correspond aux trois juges [qui composent un tribunal].
💡 Explication

Beraita développant l'argument de R. Dossa : l'anonymat des 70 anciens empêche de disqualifier les juges d'une génération par comparaison avec les figures illustres (Moche, Aharon, Nadav, Avihou, Eldad, Médad). Nul ne peut dire 'nos juges ne valent pas ceux-là'.

16
וְאוֹמֵר: ״וַיֹּאמֶר שְׁמוּאֵל אֶל הָעָם ה׳ אֲשֶׁר עָשָׂה אֶת מֹשֶׁה וְאֶת אַהֲרֹן״. וְאוֹמֵר: ״וַיִּשְׁלַח ה׳ אֶת יְרֻובַּעַל וְאֶת בְּדָן וְאֶת יִפְתָּח וְאֶת שְׁמוּאֵל״. ״יְרֻובַּעַל״ — זֶה גִּדְעוֹן, וְלָמָּה נִקְרָא שְׁמוֹ יְרֻובַּעַל — שֶׁעָשָׂה מְרִיבָה עִם הַבַּעַל. ״בְּדָן״ — זֶה שִׁמְשׁוֹן, וְלָמָּה נִקְרָא שְׁמוֹ בְּדָן — דְּאָתֵי מִדָּן. יִפָּתֵחַ — כְּמִשְׁמָעוֹ.

Et il est dit : 'Chemouel dit au peuple : l'Éternel, qui a fait Moche et Aharon' (I Sam 12:6). Et il est dit : 'l'Éternel envoya Yeroubaal, Bedan, Yiftah et Chemouel' (I Sam 12:11). 'Yeroubaal' — c'est Guidon ; et pourquoi son nom fut-il appelé Yeroubaal ?

Parce qu'il fit querelle (meriva) avec le Baal. 'Bedan' — c'est Chimchon ; et pourquoi son nom fut-il appelé Bedan ? Parce qu'il venait de [la tribu de] Dan. 'Yiftah' — selon son sens [c'est bien Yiftah lui-même].

📜 Rachi (1)
וְאוֹמֵר ה' אֲשֶׁר עָשָׂה אֶת מֹשֶׁה וְאֶת אַהֲרֹן שְׁמוּאֵל הַנָּבִיא אָמַר לְיִשְׂרָאֵל הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא עֲשֵׂה לָכֶם נִסִּים עַל יְדֵי שִׁשָּׁה זְקֵנִים הַלָּלוּ מֹשֶׁה וְאַהֲרֹן יְרֻובַּעַל וּבְדָן וְיִפְתָּח וּשְׁמוּאֵל:
Et il est dit : 'l'Éternel qui a fait Moche et Aharon' — le prophète Chemouel dit à Israël : le Saint béni soit-Il vous a fait des miracles par le moyen de ces six anciens : Moche, Aharon, Yeroubaal, Bedan, Yiftah et Chemouel.
🪔 Ben Yehoyada (1)
'בְּדָן' זֶה שִׁמְשׁוֹן. יֵשׁ לְדַקְדֵּק הֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר 'מִדָּן' וְלָמָּה קְרָאוֹ 'בְּדָן'? וְנִרְאֶה לִי בס"ד לִרְמֹוז שֶׁעָלָיו נִתְנַבֵּא יַעֲקֹב אָבִינוּ ע"ה לָשׁוֹן כָּפוּל שֶׁאָמַר (בְּרֵאשִׁית מט, טז) 'דָּן יָדִין עִמּוֹ' וְזֶהוּ ב' דָּן. אָמְנָם רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל פֵּירֵשׁ קְרָאוֹ 'בְּדָן' שֶׁהָיָה גִּלְגּוּל נָדָב בֶּן אַהֲרֹן הַכֹּהֵן ע"ה וְהַייְנוּ 'בְּדָן' בְּהִפּוּךְ 'נָדָב'. וּמַה שֶׁאָמַר 'יִפְתָּח' כְּמִשְׁמָעוֹ קָשֶׁה לְמַאי הֻוצְרַךְ לְפָרֵשׁ זֶה בִּדְבָרָיו? וְנִרְאֶה לִי בִּשְׁבִיל דְּנָקֵיט לִיפְתַּח אַחַר שִׁמְשׁוֹן וּבֶאֱמֶת כְּפִי סֵדֶר הַדּוֹרוֹת יִפְתָּח קֹודֶם שִׁמְשׁוֹן, לְכָךְ חָשׁ הַתַּנָּא שֶׁמָּא יִטְעֶה אָדָם לַחְשֹׁוב זֶה יִפְתָּח שֶׁמְּדַבֵּר עָלָיו כָּאן הוּא יִפְתָּח אַחֵר שֶׁהָיָה אַחַר שִׁמְשׁוֹן וְאֵין זֶה הַנִּזְכָּר בַּנְּבִיאִים, לְכָךְ פֵּירֵשׁ בִּדְבָרָיו שֶׁזֶּה הוּא הַנִּזְכָּר בַּנְּבִיאִים. וּמַה שֶׁהִזְכִּירוּ הַתַּנָּא אַחַר שִׁמְשׁוֹן מִשּׁוּם דְּנָקֵיט כְּפִי סֵדֶר הַדּוֹרוֹת שֶׁל הַצַּדִּיקִים שֶׁנִּדְמוּ אֲלֵיהֶם וְאַהֲרֹן הוּא קֹודֶם שְׁמוּאֵל וּמַה שֶׁדִּימָּה שִׁמְשׁוֹן לְאַהֲרֹן הַכֹּהֵן ע"ה בִּשְׁבִיל שֶׁהָיָה נָזִיר.
''Bedan', c'est Chimchon.' Il y a lieu de s'interroger : il aurait fallu dire 'Midan' (de Dan) — pourquoi l'appeler 'Bedan' ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que c'est une allusion : Yaakov notre père, paix sur lui, prophétisa à son sujet en une expression redoublée, disant (Gen 49:16) 'Dan jugera son peuple (Dan yadin)' — et c'est [le sens de] 'be-Dan' [deux fois Dan]. Cependant notre maître le Ari, de mémoire bénie, a expliqué qu'on l'appelle 'Bedan' parce qu'il était le guilgoul (transmigration) de Nadav fils d'Aharon le Kohen, paix sur lui : 'Bedan' étant l'inversion de 'Nadav'. Et ce qu'il dit 'Yiftah selon son sens' est difficile : pourquoi devait-il préciser cela ? Il me semble : parce qu'il place Yiftah après Chimchon, alors qu'en vérité, selon l'ordre des générations, Yiftah précède Chimchon ; le tana craignit donc qu'on ne se trompe en pensant que ce Yiftah dont il est question ici soit un autre Yiftah, postérieur à Chimchon, qui ne serait pas celui mentionné dans les Prophètes ; c'est pourquoi il précisa que c'est bien celui mentionné dans les Prophètes. Et si le tana l'a mentionné après Chimchon, c'est qu'il suit l'ordre des générations des justes auxquels [ces juges] sont comparés : et Aharon précède Chemouel ; quant à la comparaison de Chimchon à Aharon le Kohen, paix sur lui, c'est parce qu'il était nazir.
💡 Explication

Preuve scripturaire : l'Écriture met sur un même plan des figures inégales (Moche/Aharon puis Guidon, Chimchon, Yiftah) pour enseigner qu'un juge de sa génération vaut, pour son autorité, comme le plus grand. Jeux de noms : Yeroubaal = Guidon (il querella le Baal), Bedan = Chimchon (issu de Dan), Yiftah = lui-même.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).