Rosh Hachana 25b — le chef de sa génération, la fin du chapitre, et la sanctification du mois par le tribunal

Rosh Hashanah 25b

Sougya : Le daf achève la beraita sur l'autorité : le verset 'Moche et Aharon parmi Ses prêtres, Chemouel parmi ceux qui invoquent Son nom' (Ps 99:6) met sur un même plan trois figures moindres (Guidon, Chimchon, Yiftah) et trois géantes (Moche, Aharon, Chemouel), pour enseigner que même le plus léger des hommes, une fois nommé chef sur le public, doit être traité comme le plus grand ('le juge qui sera en tes jours', Deut 17:9). Rabban Gamliel embrasse Rabbi Yehochoua : heureuse la génération où les grands écoutent les petits.

Le chapitre se clôt (Hadran). S'ouvre alors une nouvelle michna sur la sanctification du mois : trois cas de figure selon qui a vu la néoménie et s'il reste du temps avant la nuit.

La Guemara analyse chaque clause, établit que la sanctification est un jugement (mishpat) qui doit se faire de jour, et discute s'il faut trois juges — Moche lui-même dut attendre Aharon (Ex 12) — avant d'ouvrir la question 'un témoin devient-il juge ?', qui se poursuivra sur 26a.

L'autorité du chef de sa génération (Psaume 99:6) Trois lourds du monde Trois légers du monde MocheYeroubaal (Guidon) en sa génération AharonBedan (Chimchon) en sa génération ChemouelYiftah en sa génération Même le plus léger des légers, nommé chef sur le public, est comme le plus puissant des puissants (Deut 17:9 : le juge de tes jours) R. Gamliel embrasse R. Yehochoua : heureux le dor où les grands écoutent les petits
Le chef de sa génération vaut le plus grand des anciens (segments 0-3).
Sanctifier le mois : trois cas de la michna 1. Tribunal + tout Israël 2. Tribunal seul l'a vue 3. Trois l'ont vue on interroge les témoins mais on ne dit pas 'sanctifie' avant la nuit => mois plein (meoubar) le 30e est un jour ordinaire, Roch Hodech le lendemain deux juges se lèvent et témoignent devant les autres on dit 'sanctifie, sanctifie' R. Zeira : cas où ils l'ont vue de nuit et elles sont le tribunal : deux se lèvent, on assied deux collègues près du seul on dit 'sanctifie, sanctifie' car l'individu seul n'est pas fiable Guemara : la sanctification est un mishpat (jugement) : 'chok pour Israël, mishpat au D.ieu de Yaakov' (Ps 81:5) => comme tout jugement, elle se fait de JOUR, jamais la nuit
Les trois cas de la michna et la règle du jugement de jour (segments 6-12).
Faut-il trois juges ? Le mumhe seul, et 'atem' pluriel Hava amina un expert reconnu (mumhe la-rabim) juge seul => qu'il sanctifie seul ! Réponse Moche, le plus grand expert, ne put sanctifier sans Aharon (Ex 12:1-2) 'Ha-hodech ha-ze lakhem' : 'lakhem' au pluriel = Moche ET Aharon un tribunal ne peut être pair : on ajoute un troisième => trois juges Un témoin devient-il juge ? La michna n'est pas selon R. Akiva (le sanhédrin qui a vu le meurtre... la suite sur 26a)
Trois juges requis, l'expert seul écarte, et l'ouverture sur le témoin-juge (segments 13-18).
1
וְאוֹמֵר: ״מֹשֶׁה וְאַהֲרֹן בְּכֹהֲנָיו וּשְׁמוּאֵל בְּקֹורְאֵי שְׁמוֹ״, שָׁקַל הַכָּתוּב שְׁלֹשָׁה קַלֵּי עוֹלָם כִּשְׁלֹשָׁה חֲמוּרֵי עוֹלָם,

Et il dit [encore] : 'Moche et Aharon parmi Ses prêtres, et Chemouel parmi ceux qui invoquent Son nom' (Ps 99:6) — l'Écriture a pesé trois légers du monde (kalei olam) comme trois lourds du monde (hamourei olam),

📜 Rachi (1)
וְאוֹמֵר בְּסֵפֶר תְּהִלִּים מֹשֶׁה וְאַהֲרֹן בְּכֹהֲנָיו וּשְׁמוּאֵל בְּקֹורְאֵי שְׁמוֹ קֹורִאים אֶל ה' וְהוּא יַעֲנֵם הֲרֵי שֶׁשָּׁקַל הַכָּתוּב שְׁמוּאֵל עִם מֹשֶׁה וְאַהֲרֹן וּבַכְּתוּבִים הָרִאשׁוֹנִים כָּתוּב יְרֻובַּעַל בְּדָן וְיִפְתַּח עִם מֹשֶׁה וְאַהֲרֹן וּשְׁמוּאֵל שְׁלֹשָׁה קַלִּים עִם שְׁלֹשָׁה חֲמוּרִים:
Et il dit — dans le livre des Psaumes : 'Moche et Aharon parmi Ses prêtres, et Chemouel parmi ceux qui invoquent Son nom, ils appellent l'Éternel et Il leur répond' — voici que l'Écriture a pesé Chemouel avec Moche et Aharon ; et dans les premiers versets (des Juges) sont écrits Yeroubaal, Bedan et Yiftah avec Moche, Aharon et Chemouel : trois légers avec trois lourds.
🪔 Ben Yehoyada (1)
שָׁקַל הַכָּתוּב שְׁלֹשָׁה קַלֵּי עוֹלָם כִּשְׁלֹשָׁה חֲמוּרֵי עוֹלָם. לֹא אָמַר 'שְׁלֹשָׁה קַלִּים כִּשְׁלֹשָׁה חֲמוּרִים' הַייְנוּ לְלַמֶּדְךָ אֵלּוּ קַלִּים לְגַבֵּי הַדּוֹר שֶׁלָּהֶם וְאֵלּוּ חֲמוּרִים אֲפִילּוּ לְגַבֵּי הַדּוֹר שֶׁלָּהֶם שֶׁהָיוּ גְּדוֹלִים בְּיוֹתֵר. וּמַה שֶׁאָמַר 'אֲפִלּוּ קַל שֶׁבַּקַּלִּים' נָקֵיט כֵּן כְּנֶגֶד יִפְתָּח שֶׁהָיָה קַל לְגַבֵּי שִׁבְטוֹ כִּי הָיָה בֶּן הַפִּלֶגֶשׁ וְשִׁבְטוֹ גַּם כֵּן קְרָאָם קַלִּים עַל אֲשֶׁר נָטְלוּ חֶלְקָם בְּחוּץ לָאָרֶץ שֶׁנִּקְרֵאת פִּלֶגֶשׁ לְגַבֵּי אֶרֶץ יִשְׂרָאֵל דְּיָדוּעַ דְּרַבּוֹתֵינוּ זַ"ל כִּינּוּ אֶת אֶרֶץ יִשְׂרָאֵל בְּשֵׁם גְּבִירָה וְחוּץ לָאָרֶץ בְּשֵׁם שִׁפְחָה כְּאוֹמְרָם אִם גְּבִירָה לוֹקָה כָּל שֶׁכֵּן הַשִּׁפְחָה. וְגַם עוֹד נִרְאֶה שֶׁקָּרְאוּ לִיפְתַּח קַל מִצַּד הַנֶּדֶר שֶׁנָּדַר שֶׁלֹּא הִרְגִּישׁ בְּנוֹלָד. וּמַה שֶׁאָמַר אַבִּיר שֶׁבָּאַבִּירִים עַל שְׁמוּאֵל הַנָּבִיא ע"ה שֶׁהָיָה שָׁקוּל כְּמֹשֶׁה וְאַהֲרֹן שֶׁהָיוּ אַבִּירִים, וְעוֹד גַּם כֵּן שֶׁנִּתְגַּלְגְּלוּ בּוֹ נָדָב וַאֲבִיהוּא שֶׁהָיוּ אַבִּירִים שֶׁאָמַר מֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה לְאַהֲרֹן הַכֹּהֵן ע"ה עֲלֵיהֶם גְּדוֹלִים מִמֶּנִּי וּמִמְּךָ.
'L'Écriture a pesé trois légers du monde comme trois lourds du monde.' Il n'a pas dit 'trois légers comme trois lourds' [tout court] : c'est pour t'enseigner que ceux-ci sont légers à l'égard de leur propre génération, tandis que ceux-là sont lourds même à l'égard de leur propre génération, car ils étaient extrêmement grands. Et ce qu'il dit [ailleurs] 'même le plus léger des légers' vise Yiftah, qui était léger à l'égard de sa tribu, car il était fils de la concubine (pileguech), et sa tribu aussi fut appelée 'légère' parce qu'elle avait pris sa part hors de la Terre [d'Israël], laquelle est appelée 'concubine' à l'égard de la Terre d'Israël — car il est connu que nos maîtres, de mémoire bénie, ont surnommé la Terre d'Israël du nom de 'maîtresse' (guevira) et l'extérieur de la Terre du nom de 'servante' (chifha), selon leur mot : si la maîtresse est frappée, à plus forte raison la servante. Il semble aussi qu'on ait appelé Yiftah 'léger' du fait du vœu qu'il fit, sans avoir prévu ce qui en naîtrait. Et ce qu'il dit 'le plus puissant des puissants' vise le prophète Chemouel, paix sur lui, qui était pesé comme Moche et Aharon, lesquels étaient des puissants ; et de plus, parce que Nadav et Avihou, qui étaient des puissants, se sont transmigres (nitgalgelou) en lui — eux dont Moche notre maître dit à Aharon le Kohen : ils sont plus grands que moi et que toi.
💡 Explication

Le verset (Ps 99:6) place Chemouel au même rang que Moche et Aharon. La beraita en tire que l'Écriture égale trois personnages moindres (kalei olam, les 'légers') à trois personnages éminents (hamourei olam, les 'lourds'), pour souligner l'autorité du chef de chaque génération.

2
לוֹמַר לָךְ: יְרֻובַּעַל בְּדוֹרוֹ — כְּמֹשֶׁה בְּדוֹרוֹ, בְּדָן בְּדוֹרוֹ — כְּאַהֲרֹן בְּדוֹרוֹ, יִפְתָּח בְּדוֹרוֹ — כִּשְׁמוּאֵל בְּדוֹרוֹ. לְלַמֶּדְךָ: שֶׁאֲפִילּוּ קַל שֶׁבַּקַּלִּין וְנִתְמַנָּה פַּרְנָס עַל הַצִּבּוּר — הֲרֵי הוּא כְּאַבִּיר שֶׁבָּאַבִּירִים.

pour te dire : Yeroubaal en sa génération est comme Moche en sa génération, Bedan en sa génération comme Aharon en sa génération, Yiftah en sa génération comme Chemouel en sa génération ; pour t'enseigner que même le plus léger des légers (kal chebe-kalin), une fois nommé chef (parnass) sur le public, est comme le plus puissant des puissants (abir chebe-abirim).

🪔 Ben Yehoyada (1)
יְרֻבָּעַל בְּדוֹרוֹ, כְּמֹשֶׁה בְּדוֹרוֹ. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת מֵהָא דְּאִיתָא בְּשֻׁולְחָן עָרוּךְ (יוֹרֶה דֵּעָה סִימָן רמ"ב) הָאוֹמֵר לַחֲבֵירוֹ אֵינִי מְקַבֵּל מִמְּךָ אִם הָיִיתָ כְּמֹשֶׁה מַלְקִין אוֹתוֹ מִשּׁוּם בִּזָּיוֹן. וּפֵירֵשׁ הט"ז זַ"ל מִפְּנֵי דִּלְפִי דְּבָרָיו אֶפְשָׁר שֶׁיִּזְדַּמֵּן אֶחָד כְּמֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה וְזֶה בִּלְתִּי אֶפְשָׁר דַּהֲרֵי כְּתִיב (דְּבָרִים לד, י) 'וְלֹא קָם כְּמֹשֶׁה' עַיֵּין שָׁם. וּלְפִי זֶה קָשֶׁה אֵיךְ אוֹמֵר כָּאן הַתַּנָּא דְּבָרַייְתָא 'יְרֻבַּעַל בְּדוֹרוֹ, כְּמֹשֶׁה בְּדוֹרוֹ'? וְהַגָּאוֹן חִידָ"א זַ"ל בְּשִׂמְחַת הָרֶגֶל עַל סֻוכָּה דַּף כ"ח הִקְשָׁה כְּעֵין קֻושְׁיָא זוֹ עַל מַה שֶּׁאָמְרוּ שָׁם 'רָאוּי שֶׁתִּשְׁרֶה עָלָיו שְׁכִינָה כְּמֹשֶׁה' וְתֵירֵץ הַשְׁרָאַת שְׁכִינָה לְחוּד וּנְבוּאָה לְחוּד, וְתֵירוּץ זֶה לֹא שַׁייָּךְ כָּאן דְּהָא קָאָמַר 'כְּמֹשֶׁה' בִּסְתָם. וְנִרְאֶה לִי בס"ד כֵּיוָן דִּבְרֵישָׁא נָקֵיט הַתַּנָּא לְהֶדְיָא 'שָׁקַל הַכָּתוּב שְׁלֹשָׁה קַלֵּי עוֹלָם כִּשְׁלֹשָׁה חֲמוּרֵי עוֹלָם' דְּחַד מִינַּייְהוּ דִּקְלֵי עוֹלָם הוּא יְרֻובַּעַל אִם כֵּן תּוּ לֵיכָּא לְפָרֵשׁ דְּבָרָיו בְּסֵיפָא שֶׁהוּא כְּמֹשֶׁה מַמָּשׁ, אֶלָּא הַכַּווָּנָה שֶׁצָּרִיךְ לְכַבְּדוֹ כְּמֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה. אִי נָמֵי כֵּיוָן דְּקָאָמַר יְרֻבַּעַל בְּדוֹרוֹ שְׁמַע מִינָּה בְּעֵרֶךְ הַדּוֹר קָאָמַר. וּמַה שֶׁקְּרָאוּהוּ יְרֻובַּעַל מִלְּבַד טַעַם הַשַּׁ"ס נִרְאֶה שֶׁהוּא יר"ו גֵּימַטְרְיָא יִרְאָה [216] וְנִשְׁאַר בַּעַל כְּלוֹמַר בַּעַל יִרְאָה וּלְמֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה קוֹרִין 'בַּעְלָהּ דְּמַטְרוֹנִיתָא' שֶׁנִּקְרֵאת יִרְאָה.
'Yeroubaal en sa génération est comme Moche en sa génération.' On peut objecter d'après ce qui figure au Choulhan Aroukh (Yore Dea 242) : celui qui dit à son prochain 'je n'accepte pas de toi, même si tu étais comme Moche' — on le flagellé, pour cause d'outrage. Et le Taz, de mémoire bénie, explique : parce que, selon ses paroles, il pourrait se trouver quelqu'un comme Moche notre maître, ce qui est impossible, car il est écrit (Deut 34:10) 'il ne s'est plus levé de prophète comme Moche' — vois-y. Selon cela, il est difficile : comment le tana de la beraita dit-il ici 'Yeroubaal en sa génération comme Moche en sa génération' ? Le Gaon le Hida, de mémoire bénie, dans 'Simhat ha-Reguel' sur Souka (fol. 28), a soulevé une difficulté semblable à propos de ce qu'on dit là-bas 'il eût été digne que la Chekhina reposât sur lui comme sur Moche', et il a répondu : le repos de la Chekhina est une chose, et la prophétie une autre ; mais cette réponse ne convient pas ici, car [le tana] dit 'comme Moche' sans plus. Il me semble, avec l'aide du Ciel : puisque, dans la première partie, le tana énonce explicitement 'l'Écriture a pesé trois légers du monde comme trois lourds du monde' — et que l'un de ces légers est Yeroubaal — il n'est donc plus possible d'interpréter ses paroles dans la seconde partie comme signifiant qu'il est réellement comme Moche ; l'intention est [seulement] qu'on doit l'honorer comme Moche notre maître. Ou bien : puisqu'il dit 'Yeroubaal en sa génération', apprends-en qu'il parle relativement à la génération. Et ce qu'on l'a appelé Yeroubaal, outre la raison [donnée par] le Talmud, il semble que 'YRW' [ait pour] guematria 'yira' (crainte, 216) et qu'il reste 'baal', c'est-à-dire 'maître de crainte' ; et Moche notre maître, on l'appelle 'l'époux de la matrone', laquelle [la Torah] est appelée 'crainte'.
💡 Explication

Chaque juge en sa génération (be-doro) équivaut aux grands anciens : Yeroubaal (Guidon) vaut Moche, Bedan (Chimchon) vaut Aharon, Yiftah vaut Chemouel. La leçon : même le plus modeste des hommes, une fois établi chef (parnass) sur la communauté, doit être honoré comme le plus grand (abir chebe-abirim).

3
וְאוֹמֵר: ״וּבָאתָ אֶל הַכֹּהֲנִים הַלְוִיִּם וְאֶל הַשֹּׁפֵט אֲשֶׁר יִהְיֶה בַּיָּמִים הָהֵם״, וְכִי תַּעֲלֶה עַל דַּעְתְּךָ שֶׁאָדָם הוֹלֵךְ אֵצֶל הַדַּייָּן שֶׁלֹּא הָיָה בְּיָמָיו? הָא אֵין לְךָ לֵילֵךְ אֶלָּא אֵצֶל שׁוֹפֵט שֶׁבְּיָמָיו. וְאוֹמֵר: ״אַל תֹּאמַר מֶה הָיָה שֶׁהַיָּמִים הָרִאשֹׁונִים הָיוּ טוֹבִים מֵאֵלֶּה״.

Et il dit : 'et tu viendras vers les prêtres, les lévites, et vers le juge qui sera en ces jours-là' (Deut 17:9) — or peut-il te venir à l'esprit qu'un homme aille vers un juge qui n'était pas de ses jours ?! [Non :] cela [t'enseigne que] tu n'as à aller que vers le juge de tes jours.

Et il dit : 'ne dis pas : comment se fait-il que les jours anciens étaient meilleurs que ceux-ci' (Qohelet 7:10).

📜 Rachi (2)
הָא אֵין לְךָ לֵילֵךְ כו' הֲרֵי לִימֶּדְךָ הַכָּתוּב כָּאן שֶׁאֵין לְךָ לְבַקֵּשׁ אֶלָּא שׁוֹפֵט שֶׁהָיָה בְּיָמֶיךָ:
[Non :] tu n'as à aller, etc. — voici que l'Écriture t'a enseigné ici que tu n'as à rechercher qu'un juge qui était de tes jours.
אַל תֹּאמַר מֶה הָיָה שֶׁהַיָּמִים הָרִאשֹׁונִים הָיוּ טוֹבִים מֵאֵלֶּה כִּי לֹא מֵחָכְמָה שָׁאַלְתָּ עַל זֶה לְפִי שֶׁהַדּוֹרוֹת הָיוּ טוֹבִים וְצַדִּיקִים מִן אַחֲרוֹנִים לְפִיכָךְ הָיוּ הַיָּמִים הָרִאשׁוֹנִים טוֹבִים מֵאֵלֶּה שֶׁאִי אֶפְשָׁר שֶׁיְּהוּ אַחֲרוֹנִים כָּרִאשׁוֹנִים:
Ne dis pas : comment se fait-il que les jours anciens étaient meilleurs que ceux-ci — car ce n'est pas par sagesse que tu as interrogé sur cela : [tu crois que] c'est parce que les générations [anciennes] étaient meilleures et plus justes que les dernières que les jours anciens étaient meilleurs que ceux-ci, [pensant] qu'il est impossible que les derniers soient comme les premiers.
🗂️ Tossefot (1)
שֶׁהַיָּמִים הָרִאשֹׁונִים הָיוּ טוֹבִים מֵאֵלֶּה. וּלְכָךְ יֵשׁ לִשְׁמֹועַ לָרִאשׁוֹנִים יוֹתֵר מִן הָאַחֲרוֹנִים אַל תֹּאמַר כָּךְ דְּאֵין לְךָ אֶלָּא שׁוֹפֵט שֶׁהָיָה בְּיָמָיו:
'Que les jours anciens étaient meilleurs que ceux-ci' — c'est pourquoi il faudrait écouter les premiers plus que les derniers : ne dis pas ainsi, car tu n'as à [consulter] que le juge qui était de ses jours.
💡 Explication

Deuxième preuve (Deut 17:9) : 'le juge qui sera en ces jours-là' — expression a priori superflue, puisqu'on ne saurait consulter un juge déjà mort. Elle enseigne qu'on doit s'en remettre au juge de sa propre époque. Troisième preuve (Qohelet 7:10) : il est interdit de dénigrer le présent au nom d'un passé idéalisé ; on accepte les autorités de sa génération.

4
נָטַל מַקְלוֹ וּמְעוֹתָיו בְּיָדוֹ. תָּנוּ רַבָּנַן: כֵּיוָן שֶׁרָאָה אוֹתוֹ, עָמַד מִכִּסְּאוֹ וּנְשָׁקוֹ עַל רֹאשׁוֹ, אָמַר לוֹ: שָׁלוֹם עָלֶיךָ רַבִּי וְתַלְמִידִי! רַבִּי — שֶׁלִּמַּדְתַּנִי תּוֹרָה בָּרַבִּים, וְתַלְמִידֵי — שֶׁאֲנִי גּוֹזֵר עָלֶיךָ גְּזֵירָה וְאַתָּה מְקַייְּמָהּ כְּתַלְמִיד. אַשְׁרֵי הַדּוֹר שֶׁהַגְּדוֹלִים נִשְׁמָעִים לַקְּטַנִּים, קַל וָחֹומֶר קְטַנִּים לַגְּדוֹלִים.

[Rabbi Yehochoua] prit son bâton et son argent en main. Nos maîtres ont enseigné : dès qu'il [Rabban Gamliel] le vit, il se leva de son siège et l'embrassa sur la tête.

Il lui dit : paix sur toi, mon maître et mon disciple ! Mon maître — car tu m'as enseigné la Torah en public ; et mon disciple — car je décrète sur toi un décret et tu l'accomplis comme un disciple.

Heureuse la génération où les grands écoutent les petits — à plus forte raison les petits [écoutent] les grands.

🪔 Ben Yehoyada (1)
כֵּיוָן שֶׁרָאָה אוֹתוֹ רַבָּן גַּמְלִיאֵל, עָמַד עַל רַגְלָיו מִכִּסְאוֹ, וּנְשָׁקוֹ עַל רֹאשׁוֹ. יֵשׁ לְהָבִין תֵּיבַת 'מִכִּסְאוֹ' אֵין בָּהּ צֹורֶךְ וְדַי לוֹמַר 'עָמַד עַל רַגְלָיו וּנְשָׁקוֹ עַל רֹאשׁוֹ'? וְנִרְאֶה לִי בס"ד כִּי רַבָּן גַּמְלִיאֵל רָצָה לְנַשְּׁקוּ עַל רֹאשׁוֹ בִּשְׁבִיל כְּבוֹד חָכְמָתוֹ כִּי הַחָכְמָה מִשְּׁכוּנָה בָּרֹאשׁ כַּנּוֹדָע וְלָכֵן מֻוכְרָח לְנַשְּׁקוּ עַל הַמִּצְנֶפֶת שֶׁבְּרֹאשׁוֹ וְאִם יַעֲמוֹד רַבָּן גַּמְלִיאֵל לְמַטָּה בָּאָרֶץ בְּמָקוֹם שֶׁעוֹמֵד רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ דְּרַגְלֵיהֶם יִהְיוּ שָׁוִים צָרִיךְ שֶׁיַּרְכִּין רֹאשׁ רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ כְּדֵי לְנַשְּׁקוּ בְּפִיו לְמַעְלָה מִן הַמִּצְנֶפֶת, וּלְכָךְ רַבָּן גַּמְלִיאֵל לֹא יָרַד מִכִּסְאוֹ לַעֲמֹוד לְמַטָּה עַל הָאָרֶץ בְּשֶׁטַח שֶׁעוֹמֵד עָלָיו רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ אֶלָּא עָמַד בְּעוֹדוֹ עַל הַכִּסֵּא, וּבָזֶה נַעֲשֶׂה גָּבוֹהַּ הַרְבֵּה מִן קוֹמַת רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ וְאָז נְשָׁקוֹ עַל רֹאשׁוֹ בִּלְתִּי הַרְכָּנַת רֹאשׁוֹ אֶלָּא אַדְּרַבָּה רַבָּן גַּמְלִיאֵל הִרְכִּין רֹאשׁוֹ כְּדֵי לְנַשְּׁקוּ. וְאָמַר לוֹ שָׁלוֹם עָלֶיךָ! כְּלוֹמַר אַל תַּקְפִּיד עָלַי בִּשְׁבִיל טִרְחָא זוֹ שֶׁהַטְרָחָתֵיךְ, וְאָמַר עָלֶיךָ אִם תֵּחָלֵק אוֹת ע' שֶׁל יְהוֹשֻׁעַ לִשְׁתֵּי אוֹתִיּוֹת מ"ל יִהְיֶה בְּשֵׁם 'יְהוֹשֻׁעַ' אוֹתִיּוֹת 'שָׁלוֹם'. וּמַה שֶׁאָמַר 'שֶׁלִּמַּדְתַּנִי תּוֹרָה בָּרַבִּים' רָמַז לוֹ בָּזֶה עַל דִּין אַחֲרֵי רַבִּים לְהַטּוֹת שֶׁאַתָּה הוֹרֵיתָ דְּנֶאֱמַר דִּין זֶה דְּאַחֲרֵי רַבִּים גַּם לְגַבֵּי בַּת קוֹל כְּמוֹ שֶׁאָמְרוּ בְּעֻובְדָּא דְּתַנּוּר עַכְנַאי אַחַר שֶׁיָּצְאָה בַּת קוֹל עָמַד רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ עַל רַגְלָיו וְאָמַר לֹא בַשָּׁמַיִם הִיא (בָּבָא מְצִיעָא נט:) וּבָא לִרְמֹוז לוֹ בָּזֶה מֵאַחַר כִּי לִמַּדְתָּנוּ רַבֵּינוּ דְּאַלִּים כּוֹחַיְיהוּ דְּרַבִּים כָּל כָּךְ אֲפִילּוּ לְגַבֵּי בַּת קוֹל אִם כֵּן לֹא הָיָה לְךָ לְעַרְעֵר עַל קְבִיעוּת הַחֹודֶשׁ שֶׁקָּבַעְתִּי אֲנִי וְהַבֵּית דִּין שֶׁלִּי דַּאֲנָחְנוּ רַבִּים לְגַבֵּי דִּידָךְ.
'Dès que Rabban Gamliel le vit, il se leva sur ses pieds de son siège et l'embrassa sur la tête.' Il y a lieu de comprendre : le mot 'de son siège' semble superflu — il eût suffi de dire 'il se leva sur ses pieds et l'embrassa sur la tête'. Il me semble, avec l'aide du Ciel : Rabban Gamliel voulait l'embrasser sur la tête pour honorer sa sagesse, car la sagesse réside dans la tête, comme on sait ; il devait donc l'embrasser sur le turban (mitsnefet) qui coiffait sa tête. Or si Rabban Gamliel s'était tenu en bas, à terre, là où se tenait R. Yehochoua, leurs pieds au même niveau, il aurait fallu que R. Yehochoua inclinât la tête pour qu'il pût l'embrasser par sa bouche au-dessus du turban. C'est pourquoi Rabban Gamliel ne descendit pas de son siège pour se tenir en bas sur le sol où se tenait R. Yehochoua, mais il se leva en restant sur le siège ; par là il se trouva beaucoup plus haut que la taille de R. Yehochoua, et il put alors l'embrasser sur la tête sans que celui-ci inclinât la tête — au contraire, c'est Rabban Gamliel qui inclina la sienne pour l'embrasser. Et il lui dit 'paix sur toi' (chalom aleikha), comme pour dire : ne m'en tiens pas rigueur pour la peine que je t'ai imposée ; et il dit 'aleikha' [sur toi], car si tu partages la lettre 'ayin' du nom 'Yehochoua' en ses deux composantes 'mem-lamed', tu trouves dans le nom 'Yehochoua' les lettres du mot 'chalom' (paix). Et ce qu'il dit 'car tu m'as enseigné la Torah en public' fait allusion à la règle 'après la majorité, il faut incliner' (aharei rabim le-hatot), que R. Yehochoua avait lui-même enseignée : que cette règle de la majorité vaut même à l'égard d'une bat kol (voix céleste), comme ils l'ont dit dans l'épisode du four de Akhnai — après que la bat kol fut sortie, R. Yehochoua se leva sur ses pieds et dit 'elle n'est pas dans les cieux' (Baba Metsia 59b). Il vint donc lui faire allusion : puisque tu nous as enseigné, notre maître, que la force du grand nombre l'emporte à ce point, même à l'égard d'une bat kol, tu n'aurais pas dû contester la fixation du mois que j'ai établie, moi et mon tribunal, car nous sommes le grand nombre à ton égard.
💡 Explication

Retour à la michna : R. Yehochoua vient se soumettre au décret. R. Gamliel se lève, l'embrasse et le nomme à la fois 'mon maître' (par sa sagesse supérieure, il a enseigné en public) et 'mon disciple' (car il a obéi au décret du tribunal). D'où : heureuse la génération où les grands écoutent les petits, à fortiori l'inverse.

5
קַל וָחֹומֶר?! חִיּוּבָא הוּא! אֶלָּא: מִתּוֹךְ שֶׁהַגְּדוֹלִים נִשְׁמָעִים לַקְּטַנִּים — נוֹשְׂאִין קְטַנִּים קַל וָחֹומֶר בְּעַצְמָן.

'À plus forte raison' ?! [Mais que les petits écoutent les grands,] c'est une obligation !

Plutôt : du fait que les grands écoutent les petits, les petits appliquent à eux-mêmes le à-fortiori (nossin kal va-homer be-atsman) [et écoutent d'autant plus les grands].

💡 Explication

La Guemara corrige la formulation : dire que les petits écoutent les grands 'à plus forte raison' n'a pas de sens, car c'est déjà une obligation stricte. On relit donc : parce que les grands donnent l'exemple en écoutant les petits, les petits se font à eux-mêmes le raisonnement à-fortiori et obéissent avec d'autant plus d'empressement.

6
הֲדַרַן עֲלָךְ אִם אֵינָן מַכִּירִין

Nous voici de retour sur toi, [chapitre] 'Im einan makirin' (S'ils ne le connaissent pas).

💡 Explication

Formule de clôture (Hadran) marquant la fin du chapitre 'Im einan makirin' ('S'ils ne le connaissent pas'). Une nouvelle michna s'ouvre ensuite, portant sur la sanctification du mois par le tribunal.

7
רָאוּהוּ בֵּית דִּין וְכָל יִשְׂרָאֵל, נֶחְקְרוּ הָעֵדִים וְלֹא הִסְפִּיקוּ לוֹמַר ״מְקֻודָּשׁ״ עַד שֶׁחֲשֵׁיכָה — הֲרֵי זֶה מְעֻובָּר.

MICHNA. [Si] le tribunal et tout Israël l'ont vue [la néoménie], que les témoins ont été interrogés, mais qu'on n'a pas eu le temps de dire 'sanctifié' (mekoudach) avant qu'il fasse nuit — celui-ci [le mois] est plein (meoubar).

📜 Rachi (1)
מַתְנִי' רָאוּהוּ בֵּית דִּין וְכָל יִשְׂרָאֵל וְנֶחְקְרוּ הָעֵדִים מְפָרֵשׁ בַּגְּמָרָא אִי נָמֵי נֶחְקְרוּ הָעֵדִים:
MICHNA. [Si] le tribunal et tout Israël l'ont vue, et que les témoins ont été interrogés — c'est expliqué dans la Guemara ; ou bien [lire] : et [ensuite] les témoins ont été interrogés.
💡 Explication

Premier cas : le tribunal et tout le peuple ont vu la néoménie le 30 ; on a même interrogé les témoins, mais la nuit tombe avant la proclamation 'sanctifié'. Conséquence : le mois précédent devient plein (meoubar), 30 jours, et Roch Hodech est reporté au lendemain. Sans proclamation dans les temps, le 30 reste un jour ordinaire.

8
רָאוּהוּ בֵּית דִּין בִּלְבַד — יַעַמְדוּ שְׁנַיִם וְיָעִידוּ בִּפְנֵיהֶם, וְיֹאמְרוּ: ״מְקֻודָּשׁ מְקֻודָּשׁ״. רָאוּהוּ שְׁלֹשָׁה וְהֵן בֵּית דִּין — יַעַמְדוּ הַשְּׁנַיִם וְיוֹשִׁיבוּ מֵחֲבֵירֵיהֶם אֵצֶל הַיָּחִיד, וְיָעִידוּ בִּפְנֵיהֶם, וְיֹאמְרוּ: ״מְקֻודָּשׁ מְקֻודָּשׁ״, שֶׁאֵין הַיָּחִיד נֶאֱמָן עַל יְדֵי עַצְמוֹ.

[Si] le tribunal seul l'a vue — deux [membres] se lèveront et témoigneront devant eux [les autres], et l'on dira 'sanctifié, sanctifié'. [Si] trois l'ont vue et qu'ils sont [eux-mêmes] le tribunal — deux se lèveront et feront asseoir deux de leurs collègues auprès de celui qui reste (le yahid), ils témoigneront devant eux, et l'on dira 'sanctifié, sanctifié' — car l'individu n'est pas fiable par lui-même.

📜 Rachi (4)
רָאוּהוּ בֵּית דִּין בִּלְבַד שֶׁאֵין מִי שֶׁיָּעִיד אֶלָּא הֵם וְלָאו אַרֵישָׁא קָאֵי בְּסָמוּךְ לַחֲשֵׁיכָה אֶלָּא שֶׁהָיָה שְׁהוּת לְקַדֵּשׁ:
[Si] le tribunal seul l'a vue — [c'est-à-dire] qu'il n'y a personne d'autre pour témoigner qu'eux ; et cela ne se rattache pas au cas précédent (proche de la nuit), mais [suppose] qu'il restait du temps pour sanctifier.
יַעַמְדוּ שְׁנַיִם וְיָעִידוּ בִּפְנֵיהֶם ואע"פ שֶׁכֻּולָּן רָאוּהוּ וּבַגְּמָרָא פָּרִיךְ לֹא תְּהֵא שְׁמִיעָה גְּדוֹלָה מֵרְאִיָּיה:
Deux se lèveront et témoigneront devant eux — bien qu'ils l'aient tous vue ; et la Guemara objecte : que l'audition ne soit pas plus forte que la vue !
וְיָעִידוּ בִּפְנֵיהֶם הַשָּׁנִים:
Ils témoigneront devant eux — les deux [témoignent devant les autres].
שֶׁאֵין הַיָּחִיד נֶאֱמָן לוֹמַר מְקֻודָּשׁ בִּפְנֵי עַצְמוֹ לְכָךְ צָרִיךְ לְהוֹשִׁיב מַחְבִּירֵיהֶן אֶצְלוֹ:
Car l'individu n'est pas fiable — pour dire 'sanctifié' à lui seul ; c'est pourquoi il faut asseoir de leurs collègues auprès de lui.
🗂️ Tossefot (1)
רָאוּהוּ ב"ד בִּלְבַד. פִּי' בּ"ד שֶׁל כ"ג וּלְכָךְ פֵּירֵשׁ בַּקּוּנְטְרֵס דְּהָיָה לָהֶם שְׁהוּת דְּאִי לֹא הָיָה לָהֶם שְׁהוּת מַאי פָּרִיךְ בגמ' וְלֹא תְּהֵא שְׁמִיעָה גְּדוֹלָה מֵרְאִיָּיה וּלְקַדְּשׁוּהָ מִיָּד שֶׁרָאוּהוּ הָא לֹא הָיָה לָהֶם שְׁהוּת לְקַדֵּשׁ:
'[Si] le tribunal seul l'a vue' — c'est-à-dire un tribunal de vingt-trois ; c'est pourquoi le Kountress (Rachi) a expliqué qu'il leur restait du temps [pour sanctifier], car s'il ne leur restait pas de temps, que viendrait objecter la Guemara 'que l'audition ne soit pas plus forte que la vue, et qu'ils la sanctifient aussitôt qu'ils l'ont vue' ? Voici qu'il ne leur restait pas de temps pour sanctifier !
💡 Explication

Deuxième cas : si seul le tribunal a vu la lune, il ne peut sanctifier sur sa propre vue ; deux juges se constituent témoins devant les autres, qui proclament. Troisième cas : si le tribunal ne compte que trois et qu'ils l'ont tous vue, deux témoignent et l'on adjoint deux collègues au juge restant (le yahid) pour reconstituer un tribunal de trois — car un juge seul n'est pas habilité à sanctifier.

9
גְּמ׳ לָמָּה לִי לְמִיתְנֵא רָאוּהוּ בֵּית דִּין וְכָל יִשְׂרָאֵל? אִיצְטְרִיךְ, סָלְקָא דַעְתָּךְ אֲמִינָא: הוֹאִיל וְרָאוּהוּ בֵּית דִּין וְכָל יִשְׂרָאֵל — אִיפַּרְסְמָא לַהּ וְלָא לִיעַבְּרוּהּ, קָא מַשְׁמָע לַן.

GUEMARA. Pourquoi ai-je besoin d'enseigner 'le tribunal et tout Israël l'ont vue' ?

[Enseigner que le tribunal l'a vue eût suffi.] C'est nécessaire : il te viendrait à l'esprit de dire — puisque le tribunal et tout Israël l'ont vue, la chose est déjà publique (ifarsema la), et [donc] qu'on ne proroge pas [le mois] ; [la michna] nous fait savoir [qu'on le proroge quand même].

📜 Rachi (2)
גְּמָ' לָמָּה לִי לְמִיתְנֵי כָּל יִשְׂרָאֵל הֲרֵי רָאוּהוּ בֵּית דִּין:
GUEMARA. Pourquoi ai-je besoin d'enseigner 'tout Israël' — voici que le tribunal l'a vue [ce qui suffirait].
אִיפַּרְסְמָא לֵיהּ מִילְּתָא דִּבְיוֹם שְׁלֹשִׁים נִרְאֶה לְקַדְּשׁוֹ:
La chose lui est [déjà] publique — que le trentième jour elle est apparue, [de sorte] qu'on [pourrait] la sanctifier.
💡 Explication

La Guemara demande pourquoi la michna précise 'et tout Israël'. Réponse : on aurait pu croire que, la néoménie étant notoire (vue de tous), il serait absurde de rendre le mois plein — puisque tout le monde sait bien qu'elle est apparue le 30. La michna enseigne que même alors, faute de proclamation dans les temps, le mois est prorogé.

10
וְכֵיוָן דִּתְנָא לֵיהּ רָאוּהוּ בֵּית דִּין וְכָל יִשְׂרָאֵל — נֶחְקְרוּ הָעֵדִים לָמָּה לִי! הָכִי קָאָמַר: אִי נָמֵי נֶחְקְרוּ הָעֵדִים וְלֹא הִסְפִּיקוּ לוֹמַר ״מְקֻודָּשׁ״ עַד שֶׁחֲשֵׁיכָה — הֲרֵי זֶה מְעֻובָּר.

Et puisqu'il a enseigné 'le tribunal et tout Israël l'ont vue', pourquoi ai-je besoin de [dire] 'les témoins ont été interrogés' ? Voici ce qu'il dit : ou bien [même si] les témoins ont été interrogés, mais qu'on n'a pas eu le temps de dire 'sanctifié' avant la nuit — celui-ci est plein.

📜 Rachi (1)
נֶחְקְרוּ הָעֵדִים לָמָּה לִי חֲקִירָתָן אַחֲרֵי שֶׁהַכֹּל רָאוּ:
Pourquoi ai-je besoin de [dire] 'les témoins ont été interrogés' — leur interrogatoire, après que tous l'ont vue ?
💡 Explication

Nouvelle question : si tout Israël a déjà vu la lune, à quoi bon interroger des témoins ? Réponse : la michna présente en fait deux clauses alternatives — l'une où tout Israël a vu, l'autre où seuls des témoins ont été interrogés ; dans les deux cas, sans proclamation avant la nuit, le mois est plein.

11
וְכֵיוָן דִּתְנָא עַד שֶׁחָשֵׁיכָה הֲרֵי זֶה מְעֻובָּר — לָמָּה לִי לְמִיתְנְייַהּ חֲקִירַת הָעֵדִים כְּלָל?

Et puisqu'il a enseigné 'avant qu'il fasse nuit — celui-ci est plein', pourquoi ai-je besoin d'enseigner du tout l'interrogatoire des témoins ?

📜 Rachi (1)
לָמָּה לִי לְמַתַּנְייָה לַחֲקִירָה כְּלָל כֵּיוָן דְּאַשְׁמוֹעִינַן דְּכִי רָאוּהוּ בֵּית דִּין וְכָל יִשְׂרָאֵל אֲפִילּוּ הָכֵי מְעַבְּרִין לֵיהּ כָּל שֶׁכֵּן נֶחְקְרוּ הָעֵדִים:
Pourquoi ai-je besoin d'enseigner du tout l'interrogatoire — puisqu'il nous fait savoir que, même lorsque le tribunal et tout Israël l'ont vue, on proroge malgré tout, à plus forte raison lorsque [seulement] les témoins ont été interrogés.
💡 Explication

Objection inverse : puisque la règle finale (pas de proclamation avant la nuit = mois plein) vaut déjà pour le cas où le tribunal lui-même a vu la lune — cas le plus fort — à fortiori elle vaut quand il ne s'agit que de témoins interrogés. Pourquoi donc mentionner l'interrogatoire des témoins ?

12
אִיצְטְרִיךְ, סָלְקָא דַעְתָּךְ אֲמִינָא: תֶּיהְוֵי חֲקִירַת עֵדִים כִּתְחִילַּת דִּין, ו״מְקֻודָּשׁ מְקֻודָּשׁ״ כִּגְמַר דִּין, וּלְקָדָשֶׁיהָ בְּלֵילְיָא, מִידֵּי דְּהָוֵה אַדִּינֵי מָמוֹנוֹת, דִּתְנַן: דִּינֵי מָמוֹנוֹת דָּנִין בַּיּוֹם וְגוֹמְרִין בַּלַּיְלָה — הָכָא נָמֵי מְקַדְּשִׁין בְּלֵילְיָא, קָא מַשְׁמָע לַן.

C'est nécessaire : il te viendrait à l'esprit de dire — que l'interrogatoire des témoins soit comme le début du jugement (tehilat din), et 'sanctifié, sanctifié' comme la conclusion du jugement (guemar din), et [donc] qu'on la sanctifie de nuit — à l'instar des jugements pécuniaires (dinei mamonot), comme nous avons appris : 'les jugements pécuniaires, on les juge de jour et on les conclut de nuit' — ici aussi on sanctifierait de nuit ; [la michna] nous fait savoir [que non].

📜 Rachi (1)
סָלְקָא דַּעְתָּךְ אָמֵינָא הֵיכָא דְּאִיכָּא חֲקִירַת עֵדִים בַּיּוֹם תּוּ לָא נִיעַבְּרוּהָ אֶלָּא יִגְמְרוּ הַדָּבָר בַּלַּיְלָה וִיקַדְּשׁוּהוּ בְּיוֹם שְׁלֹשִׁים לְעִנְיַן תִּיקּוּן הַמּוֹעֲדוֹת:
Il te viendrait à l'esprit de dire — là où il y a eu interrogatoire des témoins de jour, on ne prorogerait plus [le mois], mais on achèverait la chose de nuit et on le sanctifierait [pour compter] le trentième jour, quant à la fixation des fêtes.
💡 Explication

Réponse : mentionner l'interrogatoire est utile pour écarter une erreur. On pourrait assimiler l'interrogatoire au début du jugement (tehilat din) et la proclamation à sa conclusion (guemar din), et raisonner par analogie avec les procès pécuniaires — jugés de jour mais conclus de nuit. On sanctifierait alors le mois de nuit. La michna enseigne que ce n'est pas permis.

13
וְאֵימָא הָכִי נָמֵי? אֲמַר קְרָא: ״כִּי חֹק לְיִשְׂרָאֵל הוּא מִשְׁפָּט לֵא-לֹהֵי יַעֲקֹב״, אֵימַת הָוֵי ״חֹק״ — בִּגְמַר דִּין, וְקָא קָרֵי לֵיהּ רַחֲמָנָא ״מִשְׁפָּט״, מַה מִשְׁפָּט בַּיּוֹם — אַף הָכָא נָמֵי בַּיּוֹם.

Et dis [pourquoi ne pas dire] qu'il en est effectivement ainsi ? Le verset dit : 'car c'est un statut (chok) pour Israël, un jugement (mishpat) pour le D.ieu de Yaakov' (Ps 81:5) — quand y a-t-il 'statut' ?

À la conclusion du jugement ; et l'Écriture l'appelle 'jugement' (mishpat) : de même que le jugement [se fait] de jour, ici aussi [la sanctification se fait] de jour.

📜 Rachi (3)
מִשְׁפָּט הַייְנוּ תְּחִילַּת דִּין:
'Mishpat' (jugement) — c'est le début du jugement.
כִּי חֹק הוּא בְּקִידּוּשׁ הַחֹדֶשׁ דָּרְשִׁינַן לֵיהּ בְּפֶ' קַמָּא (דַּף ח:):
'Car c'est un statut' — au sujet de la sanctification du mois, nous l'exégétons au premier chapitre (fol. 8b).
מִשְׁפָּט בְּיוֹם נָפְקָא לָן בְּסַנְהֶדְרִין (דַּף לד:) מִוְּהָיָה בְּיוֹם הַנְחִילוֹ אֶת בָּנָיו בְּיוֹם אַתָּה מַפִּיל נְחָלוֹת כו':
'Le jugement [se fait] de jour' — nous le tirons dans Sanhédrin (fol. 34b) de 'et ce sera au jour où il fera hériter ses fils' : c'est de jour que tu fais échoir les héritages, etc.
🗂️ Tossefot (1)
אֵימַת הָוֵי חֹק בִּגְמַר דִּין. דְּהַאי קְרָא דְּכִי חֹק לְעִנְיַן רֹאשׁ הַשָּׁנָה דָּרְשִׁינַן לֵיהּ בְּפֶ' קַמָּא (דַּף ח:) וְהוּא הַדִּין בְּכָל חֳדָשִׁים:
'Quand y a-t-il chok ? À la conclusion du jugement' — car ce verset 'car c'est un statut', c'est au sujet de Roch Hachana que nous l'exégétons au premier chapitre (fol. 8b) ; et il en va de même pour tous les mois.
💡 Explication

Pourquoi ne pas admettre la sanctification de nuit ? Le verset (Ps 81:5) nomme le mois à la fois chok (statut, = la proclamation finale) et mishpat (jugement). Or tout jugement se conduit de jour ; donc la sanctification du mois aussi doit se faire de jour — jamais de nuit, malgré l'analogie avec les procès pécuniaires.

14
רָאוּהוּ בֵּית דִּין — יַעַמְדוּ שְׁנַיִם וְיָעִידוּ בִּפְנֵיהֶם. וְאַמַּאי? לֹא תְּהֵא שְׁמִיעָה גְּדוֹלָה מֵרְאִיָּיה!

'[Si] le tribunal l'a vue — deux se lèveront et témoigneront devant eux.' Mais pourquoi ? Que l'audition ne soit pas plus forte que la vue !

📜 Rachi (1)
וְאַמַּאי יַעַמְדוּ שְׁנַיִם וְיָעִידוּ הֲלֹא רָאוּהוּ כֻּולָּן יְקַדְּשׁוּהוּ בִּרְאִייָּתָם דְּלָא תְּהֵא שְׁמִיעָה שֶׁשּׁוֹמְעִין מִפִּי עֵדִים גְּדוֹלָה מֵרְאִייָּה דְּהָא גְּבִי עֵדוּת הַחֹדֶשׁ לָא כְּתִיב עֵדוּת אֶלָּא כָּזֶה רְאֵה וְקַדֵּשׁ:
Mais pourquoi — deux se lèveraient et témoigneraient, alors qu'ils l'ont tous vue ? Qu'ils la sanctifient sur leur [propre] vue : que l'audition — qu'ils entendent de la bouche des témoins — ne soit pas plus forte que la vue ! Car au sujet du témoignage du mois il n'est pas écrit 'témoignage', mais 'comme ceci [tu] verras et [tu] sanctifieras'.
🗂️ Tossefot (1)
לֹא תְּהֵא שְׁמִיעָה גְּדוֹלָה מֵרְאִיָּיה. פֵּירֵשׁ בַּקּוּנְטְרֵס דְּהָא גְּבִי עֵדוּת הַחֹדֶשׁ לָא כְּתִיב עֵדוּת אֶלָּא כָּזֶה רְאֵה וְקַדֵּשׁ וּבְחִנָּם דָּחַק דַּאֲפִילּוּ בְּדִינֵי נְפָשׁוֹת אָמְרִינַן הָכִי בְּפֶרֶק הַחוֹבֵל (בּ"ק דַּף צ: וְשָׁם) אִם רָאוּהוּ בַּיּוֹם:
'Que l'audition ne soit pas plus forte que la vue' — le Kountress (Rachi) explique : car au sujet du témoignage du mois il n'est pas écrit 'témoignage', mais 'comme ceci verras et sanctifieras' ; mais c'est en vain qu'il s'est mis en peine, car même dans les jugements capitaux nous disons ainsi, au chapitre 'Ha-hovel' (Baba Kama 90b) : 's'ils l'ont vu de jour, etc.'.
💡 Explication

La Guemara revient sur le deuxième cas de la michna. Objection : si les juges ont eux-mêmes vu la lune, pourquoi exiger qu'on la leur témoigne ? La vision directe devrait valoir au moins autant que l'audition d'un témoignage : 'que l'audition ne soit pas plus forte que la vue'.

15
אָמַר רַבִּי זֵירָא: כְּגוֹן שֶׁרָאוּהוּ בַּלַּיְלָה.

Rabbi Zeira dit : [c'est] par exemple le cas où ils l'ont vue de nuit [alors leur vision ne peut fonder la sanctification, car un témoignage ne se reçoit que de jour ; ils doivent donc témoigner le lendemain].

📜 Rachi (1)
שֶׁרָאוּהוּ בַּלַּיְלָה הִלְכָּךְ לְמָחָר אִי לָאו שְׁמִיעָה עַל מַה יִקְדְּשׁוּ:
Où ils l'ont vue de nuit — dès lors, le lendemain, sur quoi la sanctifieraient-ils, sinon sur l'audition ?
🗂️ Tossefot (1)
כְּגוֹן שֶׁרָאוּהוּ בַּלַּיְלָה. דְּאֵין יְכוֹלִין לְקַדֵּשׁ עַל פִּי רְאִיָּיה בַּלַּיְלָה דא"כ הָיְתָה רְאִייָּה בַּלַּיְלָה מְקוֹם קַבָּלַת עֵדוּת וְאֵין קַבָּלַת עֵדוּת אֶלָּא בַּיּוֹם אֲפִילּוּ בְּדִינֵי מָמוֹנוֹת כִּדְאָמְרִינַן לְעֵיל דְּקָרֵי חֲקִירַת עֵדוּת כִּתְחִילַּת דִּין:
'Par exemple où ils l'ont vue de nuit' — car on ne peut la sanctifier sur la vue de nuit ; en effet, [admettre] cela reviendrait à faire de la vue nocturne un lieu de réception du témoignage, or on ne reçoit de témoignage que de jour, même dans les jugements pécuniaires, comme nous l'avons dit plus haut : que l'interrogatoire du témoignage est appelé 'début du jugement'.
💡 Explication

R. Zeira résout : la michna vise le cas où le tribunal a vu la lune de nuit. Or un témoignage — et la réception de la néoménie est un jugement — ne peut se recevoir que de jour. Leur vision nocturne ne suffit donc pas ; le lendemain, deux d'entre eux doivent formellement témoigner devant les autres.

16
רָאוּהוּ שְׁלֹשָׁה וְהֵן בֵּית דִּין — יַעַמְדוּ שְׁנַיִם וְיוֹשִׁיבוּ מֵחֲבֵירֵיהֶם אֵצֶל הַיָּחִיד. אַמַּאי? הָכָא נָמֵי נֵימָא: לֹא תְּהֵא שְׁמִיעָה גְּדוֹלָה מֵרְאִיָּיה! וְכִי תֵּימָא הָכָא נָמֵי — כְּגוֹן שֶׁרָאוּהוּ בַּלַּיְלָה הַיְינוּ הָךְ!

'[Si] trois l'ont vue et qu'ils sont le tribunal — deux se lèveront et feront asseoir deux de leurs collègues auprès de celui qui reste.' Pourquoi ? Ici aussi disons : que l'audition ne soit pas plus forte que la vue !

Et si tu dis qu'ici aussi [c'est le cas] où ils l'ont vue de nuit — c'est [alors] la même chose [que le cas précédent, et inutile à répéter] !

💡 Explication

La Guemara pose la même objection au troisième cas : si les trois juges ont vu la lune, pourquoi exiger un témoignage — 'que l'audition ne soit pas plus forte que la vue' ? Et l'on ne peut répondre 'cas où ils l'ont vue de nuit', car ce serait redondant avec le cas précédent (déjà résolu par R. Zeira). Il faut donc une autre justification.

17
סֵיפָא אִיצְטְרִיכָא לֵיהּ, דְּאֵין הַיָּחִיד נֶאֱמָן עַל יְדֵי עַצְמוֹ. דְּסָלְקָא דַּעְתָּךְ אָמֵינָא: הוֹאִיל וּתְנַן דִּינֵי מָמוֹנוֹת בִּשְׁלֹשָׁה, וְאִם הָיָה מֻומְחֶה לְרַבִּים דָּן אֲפִילּוּ בְּיָחִיד, הָכָא נָמֵי נִיקַדְּשֵׁיהּ בִּיחִידִי — קָא מַשְׁמָע לַן.

C'est la clause finale (seifa) qu'il lui fallait [enseigner] : que l'individu n'est pas fiable par lui-même. Car il te viendrait à l'esprit de dire — puisque nous avons appris 'les jugements pécuniaires [se font] à trois, mais si l'on était expert reconnu (mumhe la-rabim) on juge même seul (be-yahid)' — ici aussi on sanctifierait à un seul ; [la michna] nous fait savoir [que non].

💡 Explication

Réponse : la vraie utilité de ce cas est sa clause finale — 'l'individu n'est pas fiable seul'. On aurait pu raisonner par analogie : de même qu'un expert reconnu (mumhe la-rabim) peut juger seul un procès pécuniaire, de même un tel juge pourrait sanctifier le mois seul. La michna écarte cette idée : la sanctification exige un tribunal de trois, même pour un expert.

18
וְאֵימָא הָכָא נָמֵי? אֵין לְךָ מֻומְחֶה לְרַבִּים בְּיִשְׂרָאֵל יוֹתֵר מִמֹּשֶׁה רַבֵּינוּ, וְקָאָמַר לֵיהּ הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא: עַד דְּאִיכָּא אַהֲרֹן בַּהֲדָךְ, דִּכְתִיב: ״וַיֹּאמֶר ה׳ אֶל מֹשֶׁה וְאֶל אַהֲרֹן בְּאֶרֶץ מִצְרַיִם לֵאמֹר. הַחֹדֶשׁ הַזֶּה לָכֶם״.

Et dis [pourquoi ne pas dire] qu'il en est effectivement ainsi ? Il n'y a pas eu d'expert reconnu en Israël plus grand que Moche notre maître, et [pourtant] le Saint béni soit-Il lui dit : [pas] tant qu'il n'y a pas Aharon avec toi — car il est écrit : 'l'Éternel dit à Moche et à Aharon au pays d'Égypte, disant : ce mois-ci sera pour vous [le commencement des mois]' (Ex 12:1-2).

🗂️ Tossefot (1)
עַד דְּאִיכָּא אַהֲרֹן בַּהֲדָךְ. וְאֵין בֵּית דִּין שָׁקוּל מוֹסִיפִין עֲלֵיהֶן עוֹד אֶחָד וְסֻוגְיָא דְּהָכָא כְּמַאן דְּאָמַר בִּשְׁמַעְתָּא קַמַּייְתָא דְּסַנְהֶדְרִין (דַּף ג.) דְּבַר תּוֹרָה חַד נַמֵּי כָּשֵׁר דִּכְתִיב בְּצֶדֶק תִּשְׁפֹּוט מִדְּאִיצְטְרִיךְ לֵיהּ הָכָא עַד דְּאִיכָּא אַהֲרֹן בַּהֲדָךְ דִּלְמַאן דְּבָעֵי מִדְּאוֹרַיְיתָּא שְׁלֹשָׁה מֻומְחִין וּכְדֵי שֶׁלֹּא תִּנְעוֹל דֶּלֶת הִכְשִׁירוּ בִּשְׁלֹשָׁה הֶדְיוֹטוֹת גְּבִי עֵדוּת הַחֹדֶשׁ אֵין לְהַכְשִׁיר וְאִם כֵּן לֹא צָרִיךְ קְרָא:
'[Pas] tant qu'il n'y a pas Aharon avec toi' — et [comme] un tribunal ne peut être pair, on leur ajoute encore un [juge] ; et la sougya d'ici suit celui qui dit, dans la première discussion de Sanhédrin (fol. 3a), que selon la Torah un seul aussi est valable, car il est écrit 'avec justice tu jugeras' — [preuve] du fait qu'il a fallu ici '[pas] tant qu'il n'y a pas Aharon avec toi' ; car pour celui qui requiert de la Torah trois experts, [et qui dit que] c'est afin de ne pas verrouiller la porte qu'on a validé [le tribunal] avec trois profanes (hedyotot) — au sujet du témoignage du mois il n'y aurait pas lieu de valider [trois profanes], et alors on n'aurait pas besoin du verset.
💡 Explication

Pourquoi ne pas admettre qu'un expert sanctifie seul ? Parce que Moche, le plus grand expert de tous, ne put sanctifier le premier mois sans Aharon : le verset s'adresse à 'Moche et Aharon' et dit 'ce mois-ci sera pour vous' (lakhem, au pluriel, Ex 12:1-2). Preuve qu'il faut un collège — et, un tribunal ne pouvant être pair, on ajoute un troisième : d'où trois juges.

19
לְמֵימְרָא דְּעֵד נַעֲשֶׂה דַּייָּן? לֵימָא מַתְנִיתִין דְּלָא כְּרַבִּי עֲקִיבָא, דְּתַנְיָא: סַנְהֶדְרִין שֶׁרָאוּ אֶחָד שֶׁהָרַג אֶת הַנֶּפֶשׁ —

Est-ce à dire qu'un témoin devient juge ? Disons que notre michna n'est pas selon Rabbi Akiva !

Car il est enseigné : un sanhédrin qui a vu quelqu'un tuer une personne — [la suite, sur les règles du témoin-juge, se poursuit sur 26a].

📜 Rachi (1)
לְמֵימְרָא דְּעֵד נַעֲשֶׂה דַּיָּין מִי שֶׁרָאוּי לִהְיוֹת עֵד בַּדָּבָר נַעֲשֶׂה דַּיָּין וְאֵלּוּ כֻּולָּן רְאוּיָם לִהְיוֹת עֵדִים שֶׁהֲרֵי כֻּולָּם רָאוּהוּ:
Est-ce à dire qu'un témoin devient juge — celui qui est apte à être témoin dans une affaire devient juge [dans cette même affaire] ; or tous ceux-ci sont aptes à être témoins, puisqu'ils l'ont tous vue.
💡 Explication

Dernière question du daf : puisque les juges qui ont vu la lune la sanctifient ensuite, cela implique qu'un témoin peut devenir juge (ed naassé dayan). Or R. Akiva le conteste dans le cas d'un sanhédrin qui a vu un meurtre. La michna serait-elle contre R. Akiva ? La beraita citée développe ce point — sa suite se lit sur 26a.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).