Sougya : La michna enseigne que tous les shofarot sont valides sauf celui de la vache, parce qu'il est une 'corne' (keren) et non un shofar. Rabbi Yossi conteste : tout shofar est aussi appelé keren (Jos 6:5).
La Guemara oppose R. Yossi et les Rabbanan sur les versets, puis apporte trois motifs d'invalidité de la corne de vache : ein katigor naassé sanigor — l'accusateur (l'or / le Veau d'or) ne devient pas défenseur (Oulla au nom de Rav Hisda) ; la corne faite de couches ressemble à deux ou trois shofarot (Abaye) ; et le simple fait qu'elle soit nommée keren.
Le daf se clôt sur une série d'étymologies : R. Akiva, Rabbi et Rech Lakich rapportent des mots entendus en voyage (yovla, galmouda, kesita, kira, ninfi, sekhvi) pour éclairer des versets obscurs.
[Suite de la michna précédente sur les témoins du mois :] une partie [des membres du tribunal] sont institués témoins et une partie sont institués juges — parole de Rabbi Tarfon. Rabbi Akiva dit : tous sont institués témoins, et un témoin ne devient pas juge.
Fin d'une discussion sur la sanctification du mois : lorsque tous ont vu la nouvelle lune, comment juger ? Pour Rabbi Tarfon, certains témoignent et d'autres jugent. Pour Rabbi Akiva, tous sont témoins et un témoin ne peut pas devenir juge. Ce principe va servir de contexte à l'objection qui suit.
Tu peux même dire [que la michna suit] Rabbi Akiva : Rabbi Akiva n'a dit [son principe] là que pour les causes capitales, car le Miséricordieux a dit 'et l'assemblée jugera' 'et l'assemblée sauvera' (Nb 35:24-25) — et puisqu'ils l'ont vu tuer une personne, ils ne peuvent plus lui trouver de mérite [pour l'acquitter]. Mais ici [pour la nouvelle lune] — même Rabbi Akiva concède [qu'un témoin devient juge].
Réponse : le principe de R. Akiva (témoin =/= juge) ne vaut que pour les causes capitales, où la Tora exige que le tribunal cherche à sauver l'accusé (Nb 35:24-25) — impossible s'ils l'ont vu tuer. Mais pour la sanctification du mois, il n'y a rien à acquitter : même R. Akiva admet que le témoin devienne juge.
MICHNA. Tous les shofarot sont valides, sauf celui de la vache — parce qu'il est une corne (keren).
Rabbi Yossi dit : mais tous les shofarot ne sont-ils pas appelés 'corne', comme il est dit 'lorsqu'on fera résonner la corne du yovel' (Jos 6:5) ?
Michna centrale : tout shofar est cachere (bélier, bouquetin...) sauf la corne de vache, car elle s'appelle keren (corne) et non shofar. Rabbi Yossi objecte : la corne de bélier aussi est appelée 'keren' dans le verset 'keren ha-yovel' (Jos 6:5) — le nom 'keren' ne devrait donc pas disqualifier la vache.
GUEMARA. Rabbi Yossi parle bien (son argument tient) !
Et les Rabbanan [répondent] : tous les shofarot sont appelés shofar et sont [aussi] appelés keren ; mais [la corne] de la vache — elle est appelée keren [et] n'est pas appelée shofar, comme il est écrit 'son bœuf premier-né, la splendeur est à lui, et ses cornes sont les cornes du réem' (Dt 33:17).
La Guemara concède que l'argument de R. Yossi est solide. Les Rabbanan répondent : les autres shofarot portent les deux noms (shofar ET keren), tandis que la corne de vache n'est jamais appelée shofar, seulement keren — comme le prouve Dt 33:17 (les cornes du bœuf = keren).
Et Rabbi Yossi pourrait te dire : [la corne] de la vache aussi est appelée shofar, comme il est écrit 'cela plaira à Hachem plus qu'un bœuf-taureau (chor par)' (Ps 69:32) : si c'est un bœuf (chor), pourquoi 'taureau' (par) ? et si c'est un taureau, pourquoi 'bœuf' ? Plutôt, que veut dire 'chor par' — mi-chofar (plus qu'un shofar).
R. Yossi rétorque : la corne de vache est appelée shofar, via une lecture de Ps 69:32. L'expression 'chor par' (bœuf-taureau) est redondante ; on la relit comme 'mi-chofar' (plus qu'un shofar), preuve que même la corne bovine porte le nom shofar.
Et les Rabbanan ? [Ils lisent le verset] selon Rav Matna.
Car Rav Matna a dit : que veut dire 'chor par' ? — [un bœuf] qui est grand comme un taureau.
Les Rabbanan refusent la lecture 'mi-chofar' : selon Rav Matna, 'chor par' signifie un bœuf déjà aussi grand qu'un taureau (par) des sa naissance — c'est le bœuf de la Création, créé adulte. Le verset ne prouve donc rien sur le nom 'shofar'.
Oulla a dit : voici la raison des Rabbanan, selon Rav Hisda. Car Rav Hisda a dit : pourquoi le kohen gadol n'entre-t-il pas avec les habits d'or vers l'intérieur le plus intime [le Saint des Saints] pour officier ? — parce que l'accusateur ne devient pas défenseur (ein katigor naassé sanigor).
Nouveau motif (Oulla au nom de Rav Hisda) : le grand prêtre n'entre pas au Saint des Saints à Yom Kippour vêtu d'or, car l'accusateur ne devient pas défenseur (ein katigor naassé sanigor). L'or rappelle le Veau d'or ; de même la corne de vache évoque le péché du Veau et ne peut servir au shofar.
Et [n'entre-t-on] pas [avec quelque chose rappelant le veau] ? Mais il y a le sang du taureau [aspergé à Yom Kippour] ! — Puisqu'il a changé [d'aspect], il a changé [de statut, il ne rappelle plus le péché].
Objection : mais on fait entrer le sang du taureau au Saint des Saints à Yom Kippour — cela ne rappelle-t-il pas le veau ? Réponse : le sang a changé d'aspect ; ce n'est plus le taureau reconnaissable, donc il n'évoque plus la faute (le principe ne s'applique qu'à l'or visible).
Mais il y a l'arche, le couvercle (kaporet) et le keroub [tous en or] ! — [Ce] que nous disons, c'est : 'que le fauteur n'offre pas' (hôte bal yakriv).
Objection : l'arche, le couvercle (kaporet) et les keroubim sont en or et se trouvent au Saint des Saints ! Réponse : le principe vise seulement ce que le fauteur apporte / offre lui-même (hôte bal yakriv) ; ces objets fixés du sanctuaire ne sont pas 'offerts' par le prêtre fautif.
Mais il y a la cuiller (kaf) et l'encensoir (mahta) [en or, qu'on fait entrer] ! — [Ce] que nous disons, c'est : 'que le fauteur ne se pare pas' (hôte bal yitnaeh).
Objection : la cuiller et l'encensoir d'or sont pourtant introduits par le prêtre ! Réponse : le principe interdit seulement que le fauteur se pare d'or (hôte bal yitnaeh) ; la cuiller et l'encensoir sont des ustensiles, non une parure du corps.
Mais il y a les habits d'or [portés] à l'extérieur ! — Nous parlons de l'intérieur. — Le shofar aussi est à l'extérieur [du sanctuaire] ! — Puisqu'il est pour le souvenir (zikaron), il est comme [s'il était] à l'intérieur.
Objection : le grand prêtre porte des habits d'or à l'extérieur (hors du Saint des Saints) ! Réponse : l'interdit ne vise que l'intérieur. — Mais alors le shofar aussi est sonné dehors, il devrait être permis ! Réponse décisive : le shofar sert au souvenir (zikaron) devant le Ciel ; c'est comme s'il était à l'intérieur. Donc la corne de vache reste exclue.
Mais le tana a dit 'parce qu'il est une corne (keren)' ! — Il énonce un motif et encore un [autre] : d'une part, l'accusateur ne devient pas défenseur ; et de plus, parce qu'il est une corne.
Objection sur le texte de la michna : elle donne pour raison 'parce qu'il est une keren', pas le motif d'Oulla ! Réponse : la michna donne deux motifs cumulés — (1) l'accusateur ne devient pas défenseur, (2) et de plus, c'est une keren.
Et Rabbi Yossi ? Il pourrait te dire : ce que tu dis 'l'accusateur ne devient pas défenseur' — cela ne vaut qu'à l'intérieur, or ce shofar est à l'extérieur ; et ce que tu dis 'parce qu'il est une corne' — tous les shofarot aussi sont appelés corne (keren).
Comment R. Yossi répond-il aux deux motifs ? (1) Le principe 'l'accusateur ne devient pas défenseur' ne vaut qu'à l'intérieur ; le shofar est dehors, il n'est donc pas concerné. (2) Le nom 'keren' ne disqualifie rien, puisque tous les shofarot sont aussi appelés keren.
Abaye a dit : voici la raison des Rabbanan : le Miséricordieux a dit 'un shofar', et non deux ou trois shofarot ; or celle de la vache, puisqu'elle est faite de couches superposées (guildei guildei), a l'air de deux ou trois shofarot.
Troisième motif (Abaye) : la Tora prescrit un seul shofar, pas deux ou trois. La corne de vache est constituée de couches emboîtées (guildei guildei), formées année après année ; elle paraît être plusieurs shofarot l'un dans l'autre, d'où son invalidité.
Mais le tana a dit 'parce qu'il est une corne' ! — Il énonce un motif et encore un [autre] : d'une part, le Miséricordieux a dit un [seul] shofar, et non deux ou trois shofarot ; et de plus, parce qu'il est une corne.
Même objection textuelle que précédemment, appliquée au motif d'Abaye : la michna donne deux motifs — (1) un seul shofar est requis (non plusieurs couches), (2) et de plus, c'est une keren.
Et Rabbi Yossi pourrait te dire : ce que tu dis 'le Miséricordieux a dit un [seul] shofar, et non deux ou trois shofarot' — puisque [les couches] sont soudées les unes aux autres, c'est un [seul shofar] ; et ce que tu dis 'parce qu'il est une corne' — tous les shofarot aussi sont appelés corne.
Réponse de R. Yossi au motif d'Abaye : les couches de la corne tiennent ensemble (soudées) et forment donc un seul shofar, pas plusieurs. Et de nouveau, le nom 'keren' ne disqualifie pas, puisque tous les shofarot le portent.
D'où [tire-t-on] que ce mot 'yovla' désigne le bélier (dikhra) ? — Comme il est enseigné (baraita) : Rabbi Akiva a dit : quand je suis allé en Arabie, ils appelaient le bélier (dikhra) 'yovla'.
La michna supposait que 'yovel' = bélier. D'où le sait-on ? D'une baraita : Rabbi Akiva, en voyage en Arabie, a entendu qu'on y nommait le bélier 'yovla'. L'usage vivant d'une langue parente éclaire le sens biblique.
Et Rabbi Akiva a dit : quand je suis allé en Galia, ils appelaient la nidda 'galmouda'. Que signifie 'galmouda' ? — 'gemoula da' : celle-ci est sevrée (séparée) de son mari.
Et Rabbi Akiva a dit : quand je suis allé en Afrique, ils appelaient la maa (une pièce) 'kesita'. Quelle en est la conséquence pratique ? — Pour expliquer 'cent kesita' de la Tora (Gn 33:19) : cent danki (maot).
Suite des observations de R. Akiva : en Galia, on nomme la femme nidda 'galmouda' — lu 'gemoula da', celle qui est séparée de son mari (tout contact étant interdit). En Afrique, la pièce 'maa' se dit 'kesita' : cela éclaire 'cent kesita' (Gn 33:19), soit cent maot.
Rabbi a dit : quand je suis allé dans les villes côtières (kerakhei ha-yam), ils appelaient la vente 'kira'. Quelle en est la conséquence pratique ? — Pour expliquer 'que j'ai acquis (kariti) pour moi' (Gn 50:5).
Rabbi (Yehouda ha-Nassi) rapporte : dans les villes côtières, la vente/achat se dit 'kira'. Cela éclaire le verset où Yaakov parle de son tombeau 'que j'ai kariti (acquis) pour moi' (Gn 50:5) — kariti = acheté, non 'creusé'.
Rabbi Chimon ben Lakich a dit : quand je suis allé dans le district de Kan Nichraya, ils appelaient la mariée 'ninfi' et le coq 'sekhvi'. La mariée 'ninfi' — quel verset ? 'Belle vue (nof), joie de toute la terre' (Ps 48:3).
Le coq 'sekhvi' — Rav Yehouda a dit au nom de Rav, et si tu veux dis-le au nom de Rabbi Yehochoua ben Levi : quel verset ? 'Qui a mis dans les reins (touhot) la sagesse, ou qui a donné au sekhvi l'intelligence ?' (Job 38:36). 'Qui a mis dans les touhot la sagesse' — ce sont les reins ; 'ou qui a donné au sekhvi l'intelligence' — c'est le coq.
Rech Lakich, à Kan Nichraya, entend nommer la mariée 'ninfi' (rattaché à 'nof', la beauté, Ps 48:3) et le coq 'sekhvi'. Le verset de Job 38:36 se relit alors : les reins (touhot) recèlent la sagesse, et le coq (sekhvi) reçoit l'intelligence — celle de chanter aux heures fixes de la nuit.
Levi arriva en un certain lieu. Un homme vint devant lui [pour se plaindre] ; il lui dit...
[la suite sur 26b].
Transition vers un nouveau récit : Levi arrive quelque part et un homme vient porter plainte devant lui. Le propos (un mot rare à élucider, comme la série précédente) se poursuit sur 26b.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).