Rosh Hashanah 26a — quel shofar est cachere : keren contre shofar, 'l'accusateur ne devient pas défenseur', et les mots rares éclairés par les langues

Rosh Hashanah 26a

Sougya : La michna enseigne que tous les shofarot sont valides sauf celui de la vache, parce qu'il est une 'corne' (keren) et non un shofar. Rabbi Yossi conteste : tout shofar est aussi appelé keren (Jos 6:5).

La Guemara oppose R. Yossi et les Rabbanan sur les versets, puis apporte trois motifs d'invalidité de la corne de vache : ein katigor naassé sanigor — l'accusateur (l'or / le Veau d'or) ne devient pas défenseur (Oulla au nom de Rav Hisda) ; la corne faite de couches ressemble à deux ou trois shofarot (Abaye) ; et le simple fait qu'elle soit nommée keren.

Le daf se clôt sur une série d'étymologies : R. Akiva, Rabbi et Rech Lakich rapportent des mots entendus en voyage (yovla, galmouda, kesita, kira, ninfi, sekhvi) pour éclairer des versets obscurs.

Quel shofar est cachere pour Roch Hachana ? Corne d'un animal Bélier / bouquetin (yaël) Vache / bœuf (para) Appelé SHOFAR dans l'Écriture (Ex 19:19 ; Jos 6:5 'keren ha-yovel' = corne de bélier) Appelée KEREN, jamais shofar (Dt 33:17 'karnei réem karnav' = cornes de son bœuf) CACHÈRE (kacher) INVALIDE (passoul) R. Yossi conteste : toute corne est aussi 'keren' — la vache devrait donc valoir. Les Rabbanan maintiennent l'invalidité.
La michna : corne de bélier valide, corne de vache invalide (keren vs shofar) et l'objection de R. Yossi.
'L'accusateur ne devient pas défenseur' (Oulla / Rav Hisda) Faute du Veau d'or (egel) l'OR devient katigor (accusateur) Yom Kippour, Saint des Saints le kohen gadol n'entre pas en or Application au shofar de vache Sang du taureau : permis (il a changé - ashtani) Arche, kaporet, keroub : 'que le fauteur n'offre pas' Cuiller, encensoir : 'que le fauteur ne se pare pas' Habits d'or DEHORS : permis, l'interdit est DEDANS Le shofar est sonné DEHORS, mais comme il sert au SOUVENIR (zikaron) devant le Ciel, c'est comme s'il était DEDANS -> vache exclue R. Yossi répond : cet interdit ne vaut que dedans ; le shofar est dehors
Le motif d'Oulla/Rav Hisda : 'l'accusateur ne devient pas défenseur' et la série d'objections (segments 6-12).
Mots rares éclairés par les langues locales (voyages des Sages) R. Akiva, Arabie : yovla = bélier (dikhra) -> 'keren ha-yovel' (Jos 6:5) = corne de bélier R. Akiva, Galia : galmouda = femme nidda -> 'gemoula da' (séparée de son mari) R. Akiva, Afrique : kesita = maa (pièce) -> '100 kesita' (Gn 33:19) = 100 danki Rabbi, villes côtières : kira = vente -> 'kariti li' (Gn 50:5) = que j'ai acheté Rech Lakich, Kan Nichraya : ninfi = mariée (nof, Ps 48:3) ; sekhvi = coq (Job 38:36) Principe : un mot obscur de l'Écriture se comprend par l'usage vivant d'une langue parente (arabe, punique, araméen dialectal).
La série d'étymologies éclairant des versets par les langues locales (segments 16-19).
1
מִקְצָתָן נַעֲשׂוּ עֵדִים וּמִקְצָתָן נַעֲשׂוּ דַּייָּנִין, דִּבְרֵי רַבִּי טַרְפוֹן. רַבִּי עֲקִיבָא אוֹמֵר: כֻּולָּן נַעֲשִׂין עֵדִים, וְאֵין עֵד נַעֲשֶׂה דַּיָּין.

[Suite de la michna précédente sur les témoins du mois :] une partie [des membres du tribunal] sont institués témoins et une partie sont institués juges — parole de Rabbi Tarfon. Rabbi Akiva dit : tous sont institués témoins, et un témoin ne devient pas juge.

📜 Rachi (3)
מִקְצָתָן נַעֲשִׂין עֵדִים וְיָעִידוּ בִּפְנֵי חַבְרֵיהֶם דְּגַבֵּי דִּינֵי נְפָשׁוֹת עֵדוּת בָּעֵינַן דִּכְתִיב (דְּבָרִים י״ז:ו׳) עַל פִּי שְׁנַיִם עֵדִים יוּמַת הַמֵּת לֹא יוּמַת וְגוֹ':
Une partie sont institués témoins — et ils témoigneront devant leurs collègues ; car pour les causes capitales on requiert un témoignage, comme il est écrit (Dt 17:6) 'sur la bouche de deux témoins sera mis à mort celui qui doit mourir, il ne sera pas mis à mort [sur la bouche d'un seul]', etc.
וּמִקְצָתָן נַעֲשִׂין דַּיָּינִים אֲבָל הַמְּעִידִים לֹא יָשְׁבוּ וְיָדוּנוּ עִמָּהֶם דְּהָרָאוּי לְהָעִיד אִית לֵיהּ לְרַבִּי טִרְפוֹן נַעֲשֶׂה דַּיָּין אֲבָל עֵד עַצְמוֹ לֵית לֵיהּ דְּנַעֲשֶׂה דַּייָּן וְגַבֵּי עֵדוּת הַחֹדֶשׁ גּוּפָהּ נָמֵי לָא אַכְשַׁרְנָא בְּמָתְנֵי' לִהְיוֹת הָעֵדִים נַעֲשִׂים דַּייָּנִים דְּאִם כֵּן לָמָּה לִי יוֹשִׁיבוּ מֵחַבְרֵיהֶם יָעִידוּ בִּפְנֵי יָחִיד וְאַחַר כָּךְ יָשְׁבוּ הֵם עִמּוֹ וִיקַדְּשׁוּ וְהָכִי אָמְרִינַן לֵיהּ בְּפֶרֶק שֵׁנִי דִּכְתֻובּוֹת (דַּף כא:):
Et une partie sont institués juges — mais ceux qui témoignent ne siégeront pas et ne jugeront pas avec eux : car celui qui est apte à témoigner, Rabbi Tarfon tient qu'il peut devenir juge, mais le témoin lui-même, il ne tient pas qu'il devienne juge. Et pour le témoignage du mois lui-même non plus, il n'a pas admis dans notre michna que les témoins deviennent juges ; sinon, pourquoi [la michna dit-elle] 'qu'on fasse asseoir [d'autres] parmi leurs collègues' ? Qu'ils témoignent devant un seul, et qu'ensuite ceux-là siègent avec lui et sanctifient [le mois] ! Ainsi le dit-on au deuxième chapitre de Ketoubot (21b).
כֻּולָּן עֵדִים הֵם רְאוּיָם לְהָעִיד:
Tous sont des témoins — aptes à témoigner.
💡 Explication

Fin d'une discussion sur la sanctification du mois : lorsque tous ont vu la nouvelle lune, comment juger ? Pour Rabbi Tarfon, certains témoignent et d'autres jugent. Pour Rabbi Akiva, tous sont témoins et un témoin ne peut pas devenir juge. Ce principe va servir de contexte à l'objection qui suit.

2
אֲפִילּוּ תֵּימָא רַבִּי עֲקִיבָא, עַד כָּאן לָא קָאָמַר רַבִּי עֲקִיבָא הָתָם אֶלָּא בְּדִינֵי נְפָשׁוֹת, דְּרַחֲמָנָא אָמַר: ״וְשָׁפְטוּ הָעֵדָה״ ״וְהִצִּילוּ הָעֵדָה״, וְכֵיוָן דְּחַזְיוּהוּ דִּקְטַל נַפְשָׁא לָא מָצוּ חָזוּ לֵיהּ זְכוּתָא. אֲבָל הָכָא — אֲפִילּוּ רַבִּי עֲקִיבָא מוֹדֶה.

Tu peux même dire [que la michna suit] Rabbi Akiva : Rabbi Akiva n'a dit [son principe] là que pour les causes capitales, car le Miséricordieux a dit 'et l'assemblée jugera' 'et l'assemblée sauvera' (Nb 35:24-25) — et puisqu'ils l'ont vu tuer une personne, ils ne peuvent plus lui trouver de mérite [pour l'acquitter]. Mais ici [pour la nouvelle lune] — même Rabbi Akiva concède [qu'un témoin devient juge].

📜 Rachi (1)
וְהִצִּילוּ הָעֵדָה יַהַפְכוּ בִּזְכוּתוֹ:
Et l'assemblée sauvera — qu'ils examinent en sa faveur (cherchent à l'acquitter).
🗂️ Tossefot (1)
דְּרַחֲמָנָא אָמַר וְשָׁפְטוּ הָעֵדָה וְהִצִּילוּ הָעֵדָה. תֵּימַהּ דִּבְפֶרֶק אֵלּוּ הֵן הַגּוֹלִין (מַכּוֹת דַּף יב.) נָפְקָא לֵיהּ מִקְּרָא אַחַרְיַנָא דְּאָמַר מִנַּיִן לְסַנְהֶדְרִין שֶׁרָאוּ בְּאֶחָד שֶׁהָרַג אֶת הַנֶּפֶשׁ שֶׁאֵין הוֹרְגִין אוֹתוֹ עַד שֶׁיַּעֲמֹוד בב"ד תַּלְמוּד לוֹמַר עַד עָמְדוֹ לִפְנֵי הָעֵדָה לַמִּשְׁפָּט וְיֵשׁ לוֹמַר דְּעִיקַּר דְּרָשָׁה מֵהָתָם וּקְרָא דְּהָכָא אִיצְטְרִיךְ דְּלָא יָלֵיף מֵהָתָם לִשְׁאָר דִּינִין לְהַצְרִיךְ ב"ד אַחֵר דְּשָׁאנֵי הָתָם דְּאָמַר רַחֲמָנָא וְהִצִּילוּ הָעֵדָה וּמִיהוּ הוּא הַדִּין לְעִנְיַן מַכָּה חֲבֵירוֹ כִּדְמוֹכַח בְּפֶ' הַחוֹבֵל (בּ"ק דַּף צ: וְשָׁם) וּבְעֵד נַעֲשֶׂה דַּיָּין יֵשׁ דִּינִים חֲלוּקִים כְּמוֹ שֶׁפֵּירַשְׁנוּ בְּפֶ' ב' דִּכְתֻובּוֹת (כא: וְשָׁם ד"ה הַנַּח) דִּבְעֵדוּת הַחֹדֶשׁ דְּאוֹרָיְיתָא עֵד הָרוֹאֶה הוּא דְּנַעֲשֶׂה דַּייָּן וּבְקִיּוּם שְׁטָרוֹת דְּרַבָּנָן אֲפִילּוּ עֵד הַמֵּעִיד נַעֲשָׂה דַּיָּין וּבְדִינֵי נְפָשׁוֹת אֲפִילּוּ עֵד הָרוֹאֶה אֵין נַעֲשֶׂה דַּיָּין:
'Car le Miséricordieux a dit : et l'assemblée jugera, et l'assemblée sauvera' — c'est étonnant, car au chapitre 'Elou hen ha-golin' (Makkot 12a) on le dérive d'un autre verset : on demande d'où [savons-nous] que si un Sanhédrin a vu quelqu'un tuer une personne, on ne le met pas à mort tant qu'il ne comparaît pas devant un [autre] tribunal — enseignement : 'jusqu'à ce qu'il se tienne devant l'assemblée pour le jugement' (Nb 35:12). On peut répondre : la source principale de l'exégèse est là-bas, et le verset d'ici est nécessaire pour [enseigner] qu'on ne dérive pas de là-bas [le même principe] pour les autres causes en exigeant un autre tribunal, car là-bas c'est particulier, puisque le Miséricordieux a dit 'et l'assemblée sauvera' ; toutefois il en va de même pour celui qui frappe son prochain, comme le prouve le chapitre 'Ha-hovel' (Baba Kama 90b). Et concernant [le principe] 'un témoin devient juge', il y a des lois distinctes, comme nous l'avons expliqué au deuxième chapitre de Ketoubot (21b) : pour le témoignage du mois, qui est de la Tora, c'est le témoin qui a VU qui peut devenir juge ; pour la validation des actes, qui est rabbinique, même le témoin qui dépose devient juge ; et pour les causes capitales, même le témoin qui a vu ne devient pas juge.
💡 Explication

Réponse : le principe de R. Akiva (témoin =/= juge) ne vaut que pour les causes capitales, où la Tora exige que le tribunal cherche à sauver l'accusé (Nb 35:24-25) — impossible s'ils l'ont vu tuer. Mais pour la sanctification du mois, il n'y a rien à acquitter : même R. Akiva admet que le témoin devienne juge.

3
מַתְנִי׳ כָּל הַשּׁוֹפָרוֹת כְּשֵׁרִים, חוּץ מִשֶּׁל פָּרָה — מִפְּנֵי שֶׁהוּא קֶרֶן. אָמַר רַבִּי יוֹסֵי: וַהֲלֹא כָּל הַשּׁוֹפָרוֹת נִקְרְאוּ קֶרֶן, שֶׁנֶּאֱמַר: ״בִּמְשֹׁוךְ בְּקֶרֶן הַיּוֹבֵל״.

MICHNA. Tous les shofarot sont valides, sauf celui de la vache — parce qu'il est une corne (keren).

Rabbi Yossi dit : mais tous les shofarot ne sont-ils pas appelés 'corne', comme il est dit 'lorsqu'on fera résonner la corne du yovel' (Jos 6:5) ?

📜 Rachi (3)
מַתְנֵי' כָּל הַשּׁוֹפָרוֹת בֵּין שֶׁל אַיִל בֵּין שֶׁל יָעֵל:
MICHNA. Tous les shofarot — qu'ils soient de bélier ou de bouquetin (yaël).
שֶׁהוּא קֶרֶן אֵינוֹ קָרוּי שׁוֹפָר וְגַבֵּי יוה"כ שׁוֹפָר כְּתִיב (וַיִּקְרָא כ״ה:ט׳) וְהַעֲבַרְתָּ שׁוֹפָר תְּרוּעָה וּבְפֶרֶק בָּתְרָא (דַּף לד.) גָּמְרִינַן ר"ה מִיּוֹבֵל:
Parce qu'il est une corne — elle n'est pas appelée shofar. Et pour Yom Kippour, c'est 'shofar' qui est écrit (Lv 25:9) 'tu feras passer un shofar de teroua' ; et au dernier chapitre (34a) nous apprenons [la loi de] Roch Hachana a partir du yovel [par analogie].
בְּקֶרֶן הַיּוֹבֵל וְיוֹבֵל דִּיכְרָא הוּא כְּדִמְפָרֵשׁ בַּגְּמָרָא:
La corne du yovel — et 'yovel' désigne le bélier (le mâle), comme l'explique la Guemara.
🗂️ Tossefot (2)
חוּץ מִשֶּׁל פָּרָה. הָא דְּלָא קָתָנֵי נָמֵי חוּץ מִשֶּׁל רְאֵם דְּשֶׁל רְאֵם נָמֵי אִיקְּרִי קֶרֶן דַּכָּתִי' (דְּבָרִים ל״ג:י״ז) וְקַרְנֵי רְאֵם קַרְנָיו וּכְתִיב (תְּהִילִּים כ״ב:כ״ב) וּמִקַּרְנֵי רֵמִים עֲנִיתָנִי וְשֶׁמָּא אֵינָם חֲלוּלִים וְאֵינָם רְאוּיָם לְשׁוֹפָר:
'Sauf celui de la vache' — s'il n'enseigne pas aussi 'sauf celui de la buffle (réem)', c'est que la corne de buffle est elle aussi appelée 'keren', comme il est écrit (Dt 33:17) 'et ses cornes sont les cornes du réem' et (Ps 22:22) 'et des cornes des reemim tu m'as répondu' ; [si on ne la mentionne pas,] c'est peut-être qu'elles ne sont pas creuses et donc impropres au shofar.
וְהָיָה בִּמְשֹׁוךְ בְּקֶרֶן הַיּוֹבֵל. תֵּימַהּ דְּלָא מַיְיתֵי קְרָא דְּיִצְחָק דִּכְתִיב (בְּרֵאשִׁית כ״ב:י״ג) בַּסְּבַךְ בְּקַרְנָיו ואע"ג דְּהַהוּא קְרָא מֵחַיִּים דה"נ מַיְיתֵי לָהּ בַּגְּמָרָא בְּכוֹר שׁוֹרוֹ הָדָר לוֹ וְקַרְנֵי רְאֵם קַרְנָיו וי"ל דְּנִרְאֶה לֵיהּ לְאֵתוּיֵי הַאי מִשּׁוּם דִּכְתִיב בֵּיהּ שׁוֹפָר:
'Lorsqu'on fera résonner la corne du yovel' — c'est étonnant qu'on n'apporte pas le verset d'Its'hak, où il est écrit (Gn 22:13) '[un bélier] pris par ses cornes', bien que ce verset parle [de la corne] du vivant [de l'animal], car de même la Guemara apporte 'son bœuf premier-né, la splendeur est à lui, et ses cornes sont les cornes du réem' [au vivant] ; on peut répondre qu'il a paru préférable d'apporter ce [verset de Josue] parce qu'il y est écrit 'shofar'.
⚖️ Rosh (1)
דַּף כו כָּל הַשּׁוֹפָרוֹת כְּשֵׁרִין חוּץ מִשֶּׁל פָּרָה מִפְּנֵי שֶׁהוּא קֶרֶן א"ר יוֹסֵי וַהֲלֹא כָּל הַשּׁוֹפָרוֹת נִקְרְאוּ קֶרֶן שֶׁנֶּאֱמַר יְהוֹשֻׁעַ ו וְהָיָה בִּמְשֹׁוךְ בְּקֶרֶן הַיּוֹבֵל כְּשָׁמְעֲכֶם אֶת קוֹל הַשּׁוֹפָר.
Page 26. Tous les shofarot sont valides (kacher, aptes à la mitsva), sauf celui de la vache — parce qu'il est une corne (keren). Rabbi Yossi a dit : mais tous les shofarot ne sont-ils pas appelés 'corne' (keren), comme il est dit (Josue 6) : 'et il arrivera, lorsqu'on fera résonner la corne (keren) du yovel, lorsque vous entendrez le son du shofar' [— le même instrument est donc nommé à la fois keren et shofar] ?
💡 Explication

Michna centrale : tout shofar est cachere (bélier, bouquetin...) sauf la corne de vache, car elle s'appelle keren (corne) et non shofar. Rabbi Yossi objecte : la corne de bélier aussi est appelée 'keren' dans le verset 'keren ha-yovel' (Jos 6:5) — le nom 'keren' ne devrait donc pas disqualifier la vache.

🖼️ Schéma
Quel shofar est cachere pour Roch Hachana ? Corne d'un animal Bélier / bouquetin (yaël) Vache / bœuf (para) Appelé SHOFAR dans l'Écriture (Ex 19:19 ; Jos 6:5 'keren ha-yovel' = corne de bélier) Appelée KEREN, jamais shofar (Dt 33:17 'karnei réem karnav' = cornes de son bœuf) CACHÈRE (kacher) INVALIDE (passoul) R. Yossi conteste : toute corne est aussi 'keren' — la vache devrait donc valoir. Les Rabbanan maintiennent l'invalidité.
La règle de la michna et l'objection de R. Yossi.
4
גְּמָ׳ שַׁפִּיר קָאָמַר רַבִּי יוֹסֵי וְרַבָּנַן: כָּל הַשּׁוֹפָרוֹת אִקְּרוֹ שׁוֹפָר וְאִקְּרוֹ קֶרֶן. דְּפָרָה — קֶרֶן אִקְרֵי, שׁוֹפָר לָא אִקְרֵי, דִּכְתִיב: ״בְּכוֹר שׁוֹרוֹ הָדָר לוֹ וְקַרְנֵי רְאֵם קַרְנָיו״.

GUEMARA. Rabbi Yossi parle bien (son argument tient) !

Et les Rabbanan [répondent] : tous les shofarot sont appelés shofar et sont [aussi] appelés keren ; mais [la corne] de la vache — elle est appelée keren [et] n'est pas appelée shofar, comme il est écrit 'son bœuf premier-né, la splendeur est à lui, et ses cornes sont les cornes du réem' (Dt 33:17).

📜 Rachi (2)
גְּמ' אַקְּרוּ קֶרֶן וְאַקְּרוּ שׁוֹפָר אַקְּרוּ קֶרֶן כְּדַאֲמָרָן וְאַקְּרוּ שׁוֹפָר דִּכְתִיב בְּמַתַּן תּוֹרָה (שְׁמוֹת י״ט:י״ט) בִּמְשֹׁוךְ הַיֹּובֵל וְגוֹ' וּכְתִיב וַיְהִי קוֹל הַשּׁוֹפָר:
GUEMARA. Sont appelées keren et sont appelées shofar — appelées keren comme nous l'avons dit, et appelées shofar comme il est écrit lors du don de la Tora (Ex 19:19) 'lorsque résonnera le yovel', etc., et il est écrit 'et il y eut la voix du shofar'.
וְקַרְנֵי רְאֵם קַרְנָיו שֶׁל בְּכוֹר שׁוֹרוֹ קֶרֶן אַשְׁכְּחַן דְּאִקְּרִי:
Et ses cornes sont les cornes du réem — [c'est dit] de son bœuf premier-né : nous trouvons donc [que la corne de bœuf] est appelée keren.
🗂️ Tossefot (1)
אַקְּרוּ קֶרֶן וְאַקְּרוּ שׁוֹפָר. פֵּירֵשׁ רַשִׁ"י אַקְּרוּ קֶרֶן כְּדַאֲמָרָן וְאַקְּרוּ שׁוֹפָר דִּכְתִיב בִּמְשֹׁוךְ הַיֹּובֵל וּכְתִיב וַיְהִי קוֹל הַשּׁוֹפָר יֵשׁ מַקְשִׁין אַמַּאי לֹא הֵבִיא הַאי קְרָא דְּמַתְנִיתִין בִּמְשֹׁוךְ בְּקֶרֶן הַיֹּובֵל בְּשִׁמְעֲכֶם קוֹל הַשּׁוֹפָר לְהוֹכִיחַ דְּכָל שׁוֹפָרוֹת אַקְּרוּ שׁוֹפָר שְׁטוּת לְהַקְשׁוֹת וְקַל לְהָבִין דְּאַדְּרַבָּה מֵהַאי קְרָא מוּכָח דְּשׁוֹפָר אִקְרֵי קֶרֶן וְעוֹד צָרִיךְ לְהוֹכִיחַ דִּבְעָלְמָא שׁוֹפָרוֹת אַקְּרוּ שׁוֹפָר:
'Sont appelées keren et sont appelées shofar' — Rachi a expliqué : appelées keren comme nous l'avons dit, et appelées shofar comme il est écrit 'lorsque résonnera le yovel' et 'et il y eut la voix du shofar'. Certains demandent : pourquoi n'a-t-il pas apporté ce verset de notre michna, 'lorsqu'on fera résonner la corne du yovel... lorsque vous entendrez la voix du shofar', pour prouver que tous les shofarot sont appelés shofar ? C'est une sottise de poser cette question, et facile à comprendre : au contraire, ce verset-là prouve que le shofar est appelé keren ! Et de plus, il faut prouver qu'en général les shofarot sont appelés shofar.
💡 Explication

La Guemara concède que l'argument de R. Yossi est solide. Les Rabbanan répondent : les autres shofarot portent les deux noms (shofar ET keren), tandis que la corne de vache n'est jamais appelée shofar, seulement keren — comme le prouve Dt 33:17 (les cornes du bœuf = keren).

5
וְרַבִּי יוֹסֵי אָמַר לָךְ: דְּפָרָה נָמֵי אִקְּרִי שׁוֹפָר, דִּכְתִיב: ״וְתִיטַב לַה׳ מִשּׁוֹר פָּר״, אִם שׁוֹר — לָמָּה פַּר, וְאִם פַּר — לָמָּה שׁוֹר? אֶלָּא: מַאי ״שׁוֹר פָּר״ — מִשּׁוֹפָר.

Et Rabbi Yossi pourrait te dire : [la corne] de la vache aussi est appelée shofar, comme il est écrit 'cela plaira à Hachem plus qu'un bœuf-taureau (chor par)' (Ps 69:32) : si c'est un bœuf (chor), pourquoi 'taureau' (par) ? et si c'est un taureau, pourquoi 'bœuf' ? Plutôt, que veut dire 'chor par' — mi-chofar (plus qu'un shofar).

📜 Rachi (1)
וְתִיטַב לָהּ' תְּפִלָּתִי מִשּׁוֹפָר וּבְשׁוֹר קָא מִשְׁתַּעֵי קְרָא:
Cela plaira à Hachem — ma prière, plus qu'un shofar. Et le verset parle bien d'un bœuf (le contexte est bovin).
💡 Explication

R. Yossi rétorque : la corne de vache est appelée shofar, via une lecture de Ps 69:32. L'expression 'chor par' (bœuf-taureau) est redondante ; on la relit comme 'mi-chofar' (plus qu'un shofar), preuve que même la corne bovine porte le nom shofar.

6
וְרַבָּנָן? כִּדְרַב מַתָּנָה. דְּאָמַר רַב מַתָּנָה: מַאי ״שׁוֹר פָּר״ — שֶׁהוּא גָּדוֹל כָּפַר.

Et les Rabbanan ? [Ils lisent le verset] selon Rav Matna.

Car Rav Matna a dit : que veut dire 'chor par' ? — [un bœuf] qui est grand comme un taureau.

📜 Rachi (1)
שׁוֹר שֶׁהוּא פַּר בַּיּוֹם שֶׁנִּקְרָא שׁוֹר הָיָה גָּדוֹל כְּפָר זֶהוּ שׁוֹר שֶׁל מַעֲשֵׂה בְּרֵאשִׁית שֶׁבַּיּוֹם שֶׁנִּבְרָא נִבְרָא בְּקוֹמָתוֹ וְשׁוֹר בֶּן יוֹמוֹ קָרוּי שׁוֹר שֶׁנֶּאֱמַר (וַיִּקְרָא כ״ב:כ״ז) שׁוֹר אוֹ כֶשֶׂב אוֹ עֵז וּפַר אֵינוֹ נִקְרָא עַד בֶּן שָׁלֹשׁ:
Un bœuf qui est [comme] un taureau — au jour où il était appelé bœuf, il était déjà grand comme un taureau : c'est le bœuf de l'œuvre de la Création, qui, au jour de sa création, fut créé dans sa [pleine] stature. Et [pourtant] un bœuf âgé d'un jour est appelé 'bœuf', comme il est dit (Lv 22:27) 'un bœuf, ou un mouton, ou une chèvre' ; tandis que 'taureau' (par) ne le désigne qu'à partir de trois ans.
💡 Explication

Les Rabbanan refusent la lecture 'mi-chofar' : selon Rav Matna, 'chor par' signifie un bœuf déjà aussi grand qu'un taureau (par) des sa naissance — c'est le bœuf de la Création, créé adulte. Le verset ne prouve donc rien sur le nom 'shofar'.

7
עֻולָּא אָמַר: הַייְנוּ טַעְמָא דְּרַבָּנָן, כִּדְרַב חִסְדָּא. דְּאָמַר רַב חִסְדָּא: מִפְּנֵי מָה אֵין כֹּהֵן גָּדוֹל נִכְנָס בְּבִגְדֵי זָהָב לִפְנַי וְלִפְנִים לַעֲבֹוד עֲבוֹדָה — לְפִי שֶׁאֵין קָטֵיגוֹר נַעֲשָׂה סָנֵיגוֹר.

Oulla a dit : voici la raison des Rabbanan, selon Rav Hisda. Car Rav Hisda a dit : pourquoi le kohen gadol n'entre-t-il pas avec les habits d'or vers l'intérieur le plus intime [le Saint des Saints] pour officier ? — parce que l'accusateur ne devient pas défenseur (ein katigor naassé sanigor).

📜 Rachi (1)
אֵין קָטֵיגוֹר זָהָב הָעֵגֶל וְשׁוֹפָר שֶׁל פָּרָה נָמֵי קָטֵיגוֹר דְּעֵגֶל הוּא:
L'accusateur — l'or du [Veau d'or est un] accusateur ; et le shofar de vache aussi est un accusateur, car il [rappelle le péché] du veau.
💡 Explication

Nouveau motif (Oulla au nom de Rav Hisda) : le grand prêtre n'entre pas au Saint des Saints à Yom Kippour vêtu d'or, car l'accusateur ne devient pas défenseur (ein katigor naassé sanigor). L'or rappelle le Veau d'or ; de même la corne de vache évoque le péché du Veau et ne peut servir au shofar.

🖼️ Schéma
'L'accusateur ne devient pas défenseur' (Oulla / Rav Hisda) Faute du Veau d'or (egel) l'OR devient katigor (accusateur) Yom Kippour, Saint des Saints le kohen gadol n'entre pas en or Application au shofar de vache Sang du taureau : permis (il a changé - ashtani) Arche, kaporet, keroub : 'que le fauteur n'offre pas' Cuiller, encensoir : 'que le fauteur ne se pare pas' Habits d'or DEHORS : permis, l'interdit est DEDANS Le shofar est sonné DEHORS, mais comme il sert au SOUVENIR (zikaron) devant le Ciel, c'est comme s'il était DEDANS -> vache exclue R. Yossi répond : cet interdit ne vaut que dedans ; le shofar est dehors
Le principe 'l'accusateur ne devient pas défenseur' applique au shofar de vache.
8
וְלֹא? וְהָא אִיכָּא דָּם פַּר! הוֹאִיל וְאִשְׁתַּנִּי — אִשְׁתַּנִּי.

Et [n'entre-t-on] pas [avec quelque chose rappelant le veau] ? Mais il y a le sang du taureau [aspergé à Yom Kippour] ! — Puisqu'il a changé [d'aspect], il a changé [de statut, il ne rappelle plus le péché].

📜 Rachi (1)
הוֹאִיל וְאִישְׁתַּנִּי לִהְיוֹת דָּם וְאֵין מַרְאִית הַפָּר נִיכָּר:
Puisqu'il a changé — pour devenir du sang, et que l'aspect du taureau n'est plus reconnaissable.
💡 Explication

Objection : mais on fait entrer le sang du taureau au Saint des Saints à Yom Kippour — cela ne rappelle-t-il pas le veau ? Réponse : le sang a changé d'aspect ; ce n'est plus le taureau reconnaissable, donc il n'évoque plus la faute (le principe ne s'applique qu'à l'or visible).

9
וְהָא אִיכָּא אָרוֹן וְכַפֹּורֶת וּכְרוּב! חוֹטֵא בַּל יַקְרִיב קָאָמְרִינַן.

Mais il y a l'arche, le couvercle (kaporet) et le keroub [tous en or] ! — [Ce] que nous disons, c'est : 'que le fauteur n'offre pas' (hôte bal yakriv).

📜 Rachi (1)
חוֹטֵא בַּל יַקְרִיב הָאָדָם לֹא יַקְרִיבֶנּוּ הֲלוֹם שֶׁהוּא חָטָא בּוֹ:
Que le fauteur n'offre pas — que l'homme ne l'offre pas ici, [dans le lieu] où il a péché par cela.
💡 Explication

Objection : l'arche, le couvercle (kaporet) et les keroubim sont en or et se trouvent au Saint des Saints ! Réponse : le principe vise seulement ce que le fauteur apporte / offre lui-même (hôte bal yakriv) ; ces objets fixés du sanctuaire ne sont pas 'offerts' par le prêtre fautif.

10
וְהָא אִיכָּא כַּף וּמַחְתָּה! חוֹטֵא בַּל יִתְנָאֶה קָא אָמְרִינַן.

Mais il y a la cuiller (kaf) et l'encensoir (mahta) [en or, qu'on fait entrer] ! — [Ce] que nous disons, c'est : 'que le fauteur ne se pare pas' (hôte bal yitnaeh).

📜 Rachi (1)
חוֹטֵא בַּל יִתְנָאֶה לְהִתְקַשֵּׁט בּוֹ בְּקִרְבּוֹ הֲלוֹם:
Que le fauteur ne se pare pas — qu'il ne s'orne pas de [l'or] à l'intérieur, ici.
🗂️ Tossefot (1)
חוֹטֵא בַּל יִתְנָאֶה קָאָמְרִינַן. וְגַבֵּי שׁוֹפָר מִתְנָאֶה נָמֵי בְּקוֹל תְּקִיעָתוֹ:
'Que le fauteur ne se pare pas, disons-nous' — et pour le shofar aussi, [le sonneur] se pare de la voix de sa sonnerie [d'où l'objection au shofar de vache].
💡 Explication

Objection : la cuiller et l'encensoir d'or sont pourtant introduits par le prêtre ! Réponse : le principe interdit seulement que le fauteur se pare d'or (hôte bal yitnaeh) ; la cuiller et l'encensoir sont des ustensiles, non une parure du corps.

11
וְהָא אִיכָּא בִּגְדֵי זָהָב מִבַּחוּץ! מִבִּפְנִים קָא אָמְרִינַן. שׁוֹפָר נָמֵי מִבַּחוּץ הוּא! כֵּיוָן דִּלְזִכָּרוֹן הוּא — כְּבִפְנִים דָּמֵי.

Mais il y a les habits d'or [portés] à l'extérieur ! — Nous parlons de l'intérieur. — Le shofar aussi est à l'extérieur [du sanctuaire] ! — Puisqu'il est pour le souvenir (zikaron), il est comme [s'il était] à l'intérieur.

📜 Rachi (1)
כֵּיוָן דִּלְזִכָּרוֹן קָא אָתֵי כְּלִפְנִים דָּמֵי שׁוֹפָר נָמֵי אע"ג דְּלֵית בֵּיהּ מִשּׁוּם חוֹטֵא בַּל יַקְרִיב וְלֵית בֵּיהּ מִשּׁוּם חוֹטֵא בַּל יִתְנָאֶה כֵּיוָן דִּלְזִכָּרוֹן קָא אָתֵי כְּבִגְדֵי כֹּהֵן גָּדוֹל שֶׁלִּפְנִים דָּמֵי:
Puisqu'il vient pour le souvenir, il est comme [à] l'intérieur — le shofar aussi, bien qu'il n'y ait pas à son sujet [le motif] 'que le fauteur n'offre pas' ni 'que le fauteur ne se pare pas', puisqu'il vient pour le souvenir, il est comme les habits du grand prêtre à l'intérieur.
🗂️ Tossefot (1)
כֵּיוָן דִּלְזִכָּרוֹן קָאָתֵי. תֵּימַהּ אֵפוֹד וְחֹשֶׁן נָמֵי לְזִכָּרוֹן קָאָתוּ כְּדִכְתִיב בִּקְרָא וי"ל דְּהַשְּׁבָטִים זִכָּרוֹן הֵם:
'Puisqu'il vient pour le souvenir' — c'est étonnant : l'éphod et le pectoral aussi viennent pour le souvenir, comme il est écrit dans le verset [à leur sujet, 'pierres de souvenir'] ! On peut répondre que [là, ce sont] les [noms des] tribus qui sont le souvenir [et non l'or lui-même].
💡 Explication

Objection : le grand prêtre porte des habits d'or à l'extérieur (hors du Saint des Saints) ! Réponse : l'interdit ne vise que l'intérieur. — Mais alors le shofar aussi est sonné dehors, il devrait être permis ! Réponse décisive : le shofar sert au souvenir (zikaron) devant le Ciel ; c'est comme s'il était à l'intérieur. Donc la corne de vache reste exclue.

12
וְהָא תְּנָא ״מִפְּנֵי שֶׁהוּא קֶרֶן״ קָאָמַר! חֲדָא וְעוֹד קָאָמַר: חֲדָא — דְּאֵין קָטֵיגוֹר נַעֲשָׂה סָנֵיגוֹר, וְעוֹד — מִפְּנֵי שֶׁהוּא קֶרֶן.

Mais le tana a dit 'parce qu'il est une corne (keren)' ! — Il énonce un motif et encore un [autre] : d'une part, l'accusateur ne devient pas défenseur ; et de plus, parce qu'il est une corne.

💡 Explication

Objection sur le texte de la michna : elle donne pour raison 'parce qu'il est une keren', pas le motif d'Oulla ! Réponse : la michna donne deux motifs cumulés — (1) l'accusateur ne devient pas défenseur, (2) et de plus, c'est une keren.

13
וְרַבִּי יוֹסֵי? אָמַר לָךְ: דְּקָא אָמְרַתְּ אֵין קָטֵיגוֹר נַעֲשָׂה סָנֵיגוֹר — הָנֵי מִילֵּי מִבִּפְנִים, וְהַאי שׁוֹפָר מִבַּחוּץ הוּא. וּדְקָא אָמְרַתְּ מִפְּנֵי שֶׁהוּא קֶרֶן — כָּל הַשּׁוֹפָרוֹת נָמֵי אִקְּרוֹ קֶרֶן.

Et Rabbi Yossi ? Il pourrait te dire : ce que tu dis 'l'accusateur ne devient pas défenseur' — cela ne vaut qu'à l'intérieur, or ce shofar est à l'extérieur ; et ce que tu dis 'parce qu'il est une corne' — tous les shofarot aussi sont appelés corne (keren).

💡 Explication

Comment R. Yossi répond-il aux deux motifs ? (1) Le principe 'l'accusateur ne devient pas défenseur' ne vaut qu'à l'intérieur ; le shofar est dehors, il n'est donc pas concerné. (2) Le nom 'keren' ne disqualifie rien, puisque tous les shofarot sont aussi appelés keren.

14
אַבַּיֵּי אָמַר, הַיְינוּ טַעְמַייְהוּ דְּרַבָּנָן: שׁוֹפָר אֲמַר רַחֲמָנָא, וְלֹא שְׁנַיִם וּשְׁלֹשָׁה שׁוֹפָרוֹת. וְהָא דְּפָרָה, כֵּיוָן דְּקָאֵי גִּילְדֵי גִּילְדֵי — מִיתְחֲזֵי כִּשְׁנַיִם וּשְׁלֹשָׁה שׁוֹפָרוֹת.

Abaye a dit : voici la raison des Rabbanan : le Miséricordieux a dit 'un shofar', et non deux ou trois shofarot ; or celle de la vache, puisqu'elle est faite de couches superposées (guildei guildei), a l'air de deux ou trois shofarot.

📜 Rachi (1)
גִּילְדֵי גִּילְדֵי בְּכָל שָׁנָה וְשָׁנָה נִיכֶּרֶת תּוֹסַפְתּוֹ וְהוּא כְּמִין גֶּלֶד מוֹסִיף עַל גֶּלֶד רִאשׁוֹן בְּתַכְלִיתוֹ שֶׁל רִאשׁוֹן תְּחִילַּת הַשֵּׁנִי:
Couche sur couche (guildei guildei) — chaque année son accroissement est visible : c'est comme une couche (gueled) qui s'ajoute à la première couche, le début de la seconde [commençant] à l'extrémité de la première.
🗂️ Tossefot (1)
וְלֹא שְׁנַיִם וּשְׁלֹשָׁה שׁוֹפָרוֹת. וְלָא דָּמֵי לְמַנִּיחַ שׁוֹפָר בְּתוֹךְ שׁוֹפָר כִּדְפֵירֵשׁ בַּקּוּנְטְרֵס דְּעַל גֶּלֶד רִאשׁוֹן אִתּוֹסַף גֶּלֶד שֵׁנִי שְׂפַת הַשֵּׁנִי בְּתַכְלִיתוֹ שֶׁל רִאשׁוֹן וְהַקּוֹל יוֹצֵא דֶּרֶךְ כֻּולָּם:
'Et non deux ou trois shofarot' — cela ne ressemble pas à celui qui placerait un shofar dans un [autre] shofar, comme l'a expliqué Rachi : sur la première couche s'est ajoutée une seconde, le bord de la seconde [se trouvant] à l'extrémité de la première, et le son sort à travers toutes.
💡 Explication

Troisième motif (Abaye) : la Tora prescrit un seul shofar, pas deux ou trois. La corne de vache est constituée de couches emboîtées (guildei guildei), formées année après année ; elle paraît être plusieurs shofarot l'un dans l'autre, d'où son invalidité.

15
וְהָא תַּנָּא ״מִפְּנֵי שֶׁהוּא קֶרֶן״ קָאָמַר! חֲדָא וְעוֹד קָאָמַר: חֲדָא — דְּשׁוֹפָר אֶחָד אָמַר רַחֲמָנָא, וְלֹא שְׁנַיִם וּשְׁלֹשָׁה שׁוֹפָרוֹת. וְעוֹד — מִפְּנֵי שֶׁהוּא קֶרֶן.

Mais le tana a dit 'parce qu'il est une corne' ! — Il énonce un motif et encore un [autre] : d'une part, le Miséricordieux a dit un [seul] shofar, et non deux ou trois shofarot ; et de plus, parce qu'il est une corne.

💡 Explication

Même objection textuelle que précédemment, appliquée au motif d'Abaye : la michna donne deux motifs — (1) un seul shofar est requis (non plusieurs couches), (2) et de plus, c'est une keren.

16
וְרַבִּי יוֹסֵי אָמַר לָךְ: דְּקָאָמְרַתְּ ״שׁוֹפָר אֶחָד אָמַר רַחֲמָנָא, וְלֹא שְׁנַיִם וּשְׁלֹשָׁה שׁוֹפָרוֹת״ — כֵּיוָן דִּמְחַבְּרִי אַהֲדָדֵי, חַד הוּא. וּדְקָאָמְרַתְּ ״מִפְּנֵי שֶׁהוּא קֶרֶן״ — כָּל הַשּׁוֹפָרוֹת נָמֵי אִקְּרוֹ קֶרֶן.

Et Rabbi Yossi pourrait te dire : ce que tu dis 'le Miséricordieux a dit un [seul] shofar, et non deux ou trois shofarot' — puisque [les couches] sont soudées les unes aux autres, c'est un [seul shofar] ; et ce que tu dis 'parce qu'il est une corne' — tous les shofarot aussi sont appelés corne.

💡 Explication

Réponse de R. Yossi au motif d'Abaye : les couches de la corne tiennent ensemble (soudées) et forment donc un seul shofar, pas plusieurs. Et de nouveau, le nom 'keren' ne disqualifie pas, puisque tous les shofarot le portent.

17
מַאי מַשְׁמַע דְּהַאי יוֹבֵלָא לִישָּׁנָא דְּדִכְרָא הוּא? דְּתַנְיָא, אָמַר רַבִּי עֲקִיבָא: כְּשֶׁהָלַכְתִּי לְעַרְבָיָא, הָיוּ קוֹרִין לְדִכְרָא ״יוֹבֵלָא״.

D'où [tire-t-on] que ce mot 'yovla' désigne le bélier (dikhra) ? — Comme il est enseigné (baraita) : Rabbi Akiva a dit : quand je suis allé en Arabie, ils appelaient le bélier (dikhra) 'yovla'.

🪔 Ben Yehoyada (1)
תַּנְיָא. אָמַר רַבִּי עֲקִיבָא: כְּשֶׁהָלַכְתִּי לְעַרְבָיָא, הָיוּ קוֹרִין ל'דִּכְרָא' 'יוֹבֵלָא'. יֵשׁ לְהָבִין לָמָּה אָמַר 'כְּשֶׁהָלַכְתִּי' לֵימָא בְּעַרְבָיָא קוֹרִין כָּךְ בְּגַלְיָא קוֹרִין כָּךְ? וְנִרְאֶה לִי בס"ד שֶׁבָּא לְחַזֵּק הַדָּבָר שֶׁלֹּא נַחְשֹׁוב שֶׁהֻוגַּד לוֹ זֶה מִפִּי הַשְּׁמוּעָה אֶלָּא הוּא הָלַךְ לְשָׁם וְרָאָה שֶׁקּוֹרִין כָּךְ. וְעוֹד אֶפְשָׁר הוּא הָלַךְ לִמְקוֹמוֹת אֵלּוּ בִּדְבַר מִצְוָה וְרָצָה לְהַזְכִּיר זְכוּת הַמִּצְוָה שֶׁעָשָׂה בַּהֲלִיכָתוֹ שָׁם בְּהַבְלָעָה וְרָמַז. וְהָא דְּהֻוצְרַךְ הַאי תַּנָּא דְּבָרַייְתָא לִמְנַקַּט 'אָמַר רַבִּי עֲקִיבָא' שְׁלֹשָׁה פְּעָמִים דְּדַי לוֹמַר אָמַר רַבִּי עֲקִיבָא כְּשֶׁהָלַכְתִּי לַעֲרַבְיָא, הָיוּ קוֹרִין וְכוּ' וּכְשֶׁהָלַכְתִּי לְגַלְיָא, הָיוּ קוֹרִין וְכוּ' וּכְשֶׁהָלַכְתִּי לְאַפְרִיקִי, הָיוּ קוֹרִין וְכוּ'? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּנָחַת תַּנָּא דְּבָרַיְיתָא זוֹ לְלַמְּדֵנוּ שֶׁלֹּא תַּחְשֹׁוב דְּאָמַר רַבִּי עֲקִיבָא הָנֵי תְּלָת מִילֵּי בְּבַת אַחַת בְּבֵית הַמִּדְרָשׁ אֶלָּא לוֹמַר דְּכָל חֲדָא אָמַר לָהּ בִּזְמַן אַחֵר בְּאַפֵּי נַפְשָׁהּ, וְנָפְקָא מִינָּהּ מִזֶּה אִם נֹאמַר דְּאָמְרָם בְּבַת אַחַת שְׁמַע מִינַּהּ שֶׁלֹּא יָדַע רַבִּי עֲקִיבָא מֵחִידּוּשׁ הַלְּשׁוֹנוֹת אֶלָּא רַק תְּלָת אִלֵּין כֵּיוָן דְּקִבְּצָם וְאָמְרָם בְּבַת אַחַת אִי הֲוָה יָדַע עוֹד הָיָה אוֹמֵר עוֹד אֲבָל אִם נֹאמַר דְּכָל מִילָה אָמְרָה בִּזְמַן אַחֵר כַּאֲשֶׁר נִזְדַּמֵּן עִנְיָן שֶׁלָּהּ בְּבֵית הַמִּדְרָשׁ אֶפְשָׁר דְּיָדַע עוֹד וְאָמְרָם גַּם כֵּן בְּבֵית הַמִּדְרָשׁ וְהַאי תַּנָּא מַה דְּשָׁמַע מִמֶּנּוּ נָקֵיט לֵיהּ בְּבָרַיְיתָא זוֹ.
Il est enseigné : Rabbi Akiva a dit : quand je suis allé en Arabie, ils appelaient le bélier (dikhra) 'yovla'. Il faut comprendre pourquoi il dit 'quand je suis allé' — qu'il dise donc [simplement] : 'en Arabie on appelle ainsi, en Galia on appelle ainsi' ! Il me paraît, avec l'aide du Ciel, qu'il vient renforcer la chose : pour qu'on ne pense pas que cela lui a été rapporté par oui-dire, mais qu'il s'y est rendu lui-même et a vu qu'on nommait ainsi. On peut ajouter qu'il s'était rendu en ces lieux pour une affaire de mitsva, et qu'il a voulu rappeler le mérite de la mitsva accomplie lors de son voyage, de façon incluse et allusive. Quant à savoir pourquoi le tana de cette baraita a dû répéter trois fois 'Rabbi Akiva a dit' — alors qu'il aurait suffi de dire 'Rabbi Akiva a dit : quand je suis allé en Arabie, ils appelaient... et quand je suis allé en Galia, ils appelaient... et quand je suis allé en Afrique, ils appelaient...' — il me paraît, avec l'aide du Ciel, que le tana de cette baraita a pris soin de nous enseigner qu'on ne pense pas que Rabbi Akiva a dit ces trois choses en une seule fois à la maison d'étude, mais que chacune il l'a dite en un autre temps, pour elle-même. La conséquence en est la suivante : si l'on disait qu'il les a énoncées ensemble, on en déduirait que Rabbi Akiva ne connaissait de ces particularités de langue que ces trois-là seulement, puisque, les ayant rassemblées et dites en une seule fois, s'il en avait connu davantage il en aurait dit davantage ; mais si l'on dit que chaque chose a été énoncée en un autre temps, lorsque son sujet se présentait à la maison d'étude, il est possible qu'il en connaissait davantage et les a également dites à la maison d'étude — et ce tana n'a rapporté dans cette baraita que ce qu'il en a entendu.
💡 Explication

La michna supposait que 'yovel' = bélier. D'où le sait-on ? D'une baraita : Rabbi Akiva, en voyage en Arabie, a entendu qu'on y nommait le bélier 'yovla'. L'usage vivant d'une langue parente éclaire le sens biblique.

18
וְאָמַר רַבִּי עֲקִיבָא: כְּשֶׁהָלַכְתִּי לְגַלְיָא, הָיוּ קוֹרִין לְנִדָּה גַּלְמוּדָה. מַאי גַּלְמוּדָה — גְּמוּלָה דָּא מִבַּעְלָהּ. וְאָמַר רַבִּי עֲקִיבָא: כְּשֶׁהָלַכְתִּי לְאַפְרִיקִי, הָיוּ קוֹרִין לְמָעָה קְשִׂיטָה. לְמַאי נָפְקָא מִינַּהּ? לְפָרוֹשֵׁי ״מֵאָה קְשִׂיטָה״ דְּאוֹרָייְתָא, מֵאָה דַּנְקֵי.

Et Rabbi Akiva a dit : quand je suis allé en Galia, ils appelaient la nidda 'galmouda'. Que signifie 'galmouda' ? — 'gemoula da' : celle-ci est sevrée (séparée) de son mari.

Et Rabbi Akiva a dit : quand je suis allé en Afrique, ils appelaient la maa (une pièce) 'kesita'. Quelle en est la conséquence pratique ? — Pour expliquer 'cent kesita' de la Tora (Gn 33:19) : cent danki (maot).

📜 Rachi (1)
גְּמוּלָה מֻובְדֶּלֶת:
Sevrée (gemoula) — séparée, mise à l'écart.
🗂️ Tossefot (1)
לְנִדָּה גַּלְמוּדָה. וְנָפְקָא מִינָּהּ כִּדְדָרְשִׁינַן בְּסוֹטָה (דַּף מב.) כִּי עֲדַת חָנֵף גַּלְמוּד (אִיּוֹב ט״ו:ל״ד):
'La nidda [appelée] galmouda' — et la conséquence pratique est comme nous l'exposons dans Sota (42a) sur 'car la communauté de l'impie est galmoud' (Job 15:34) [= stérile, isolée].
💡 Explication

Suite des observations de R. Akiva : en Galia, on nomme la femme nidda 'galmouda' — lu 'gemoula da', celle qui est séparée de son mari (tout contact étant interdit). En Afrique, la pièce 'maa' se dit 'kesita' : cela éclaire 'cent kesita' (Gn 33:19), soit cent maot.

19
אָמַר רַבִּי: כְּשֶׁהָלַכְתִּי לִכְרַכֵּי הַיָּם, הָיוּ קוֹרִין לִמְכִירָה כִּירָה. לְמַאי נָפְקָא מִינַּהּ? לְפָרוֹשֵׁי ״אֲשֶׁר כָּרִיתִי לִי״:

Rabbi a dit : quand je suis allé dans les villes côtières (kerakhei ha-yam), ils appelaient la vente 'kira'. Quelle en est la conséquence pratique ? — Pour expliquer 'que j'ai acquis (kariti) pour moi' (Gn 50:5).

💡 Explication

Rabbi (Yehouda ha-Nassi) rapporte : dans les villes côtières, la vente/achat se dit 'kira'. Cela éclaire le verset où Yaakov parle de son tombeau 'que j'ai kariti (acquis) pour moi' (Gn 50:5) — kariti = acheté, non 'creusé'.

20
אָמַר רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן לָקִישׁ: כְּשֶׁהָלַכְתִּי לִתְחוּם קַן נִשְׁרַיָּיא, הָיוּ קוֹרִין לַכַּלָּה נִינְפִי, וּלְתַרְנְגוֹל שֶׂכְוִי. לְכָלָה נִינְפֵּי — מַאי קְרָא: ״יְפֵה נוֹף מְשׂוֹשׂ כָּל הָאָרֶץ״. וּלְתַרְנְגוֹל שֶׂכְוִי — אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר רַב, וְאִיבָּעֵית אֵימָא רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי: מַאי קְרָא — ״מִי שָׁת בַּטֻּוחוֹת חָכְמָה אוֹ מִי נָתַן לַשֶּׂכְוִי בִינָה״. ״מִי שָׁת בַּטֻּוחוֹת חָכְמָה״ — אֵלּוּ כְּלָיוֹת, ״אוֹ מִי נָתַן לַשֶּׂכְוִי בִינָה״ — זֶה תַּרְנְגוֹל.

Rabbi Chimon ben Lakich a dit : quand je suis allé dans le district de Kan Nichraya, ils appelaient la mariée 'ninfi' et le coq 'sekhvi'. La mariée 'ninfi' — quel verset ? 'Belle vue (nof), joie de toute la terre' (Ps 48:3).

Le coq 'sekhvi' — Rav Yehouda a dit au nom de Rav, et si tu veux dis-le au nom de Rabbi Yehochoua ben Levi : quel verset ? 'Qui a mis dans les reins (touhot) la sagesse, ou qui a donné au sekhvi l'intelligence ?' (Job 38:36). 'Qui a mis dans les touhot la sagesse' — ce sont les reins ; 'ou qui a donné au sekhvi l'intelligence' — c'est le coq.

📜 Rachi (2)
טוּחוֹת לְשׁוֹן חֲלוּקוֹת:
Touhot — au sens de 'compartiments / parts' (les reins, sièges cachés de la pensée).
שֶׂכְוִי לְשׁוֹן רְאִיָּה כְּמוֹ וַיַּשְׁקֵף (בְּרֵאשִׁית יט) וּמְתַרְגְּמִינַן וְאִיסְתַּכִּי:
Sekhvi — au sens de vision / regard, comme 'et il regarda' (va-yachkef, Gn 19) que nous traduisons [en araméen] par 'va-istekhi' [il regarda] — [le coq, qui guette].
🪔 Ben Yehoyada (1)
לְכַלָּה נִינְפֵּי, מַאי קְרָאָהּ? (תְּהִלִּים מח, ג) "יְפֵה נוֹף מְשׂוֹשׂ כָּל הָאָרֶץ". נִרְאֶה לִי בס"ד נוֹף פֵּירוּשׁוֹ מָחוֹז אוֹ פֶּלֶךְ וְהַנְּקֵבָה כְּשֶׁנִּשֵּׂאת נִקְרֵאת בַּיִת וְזוֹ שֶׁהִיא כַּלָּה כְּדֵי לְכַבְּדָהּ יוֹתֵר קוֹרִין אוֹתָהּ בְּשֵׁם מָחוֹז אוֹ פֶּלֶךְ שֶׁהוּא גָּדוֹל אֶלֶף אֲלָפִים יוֹתֵר מִן הַבַּיִת. אוֹ נִרְאֶה לִי בס"ד נִינְפֵּי מִלְּשׁוֹן (תְּהִלִּים סח, י) 'גֶּשֶׁם נְדָבוֹת תָּנִיף אֱלֹקִים' שֶׁהוּא רוֹצֶה לוֹמַר תַּזִּיל וְתַטִּיף וְאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל (כְּתֻובּוֹת נט:) 'אֵין אִשָּׁה אֶלָּא לַבָּנִים' לָכֵן פּוֹתְחִים פִּיהֶם לְטוֹבָה עָלֶיהָ שֶׁקּוֹרִין אוֹתָהּ נִינְפֵּי רוֹצֶה לוֹמַר תַּזִּיל וְתַטִּיף בָּנִים, שֶׁלֹּא תִּהְיֶה עֲקָרָה שֶׁרַחְמָהּ סָגוּר שֶׁאֵינָהּ מֻזֶּלֶת מִבִּטְנָהּ בָּנִים, וְלָכֵן הַמָּחוֹז אוֹ פֶּלֶךְ נִקְרָאִים נוֹף שֶׁהֵם מַזִּילִים לַעֲיָירוֹת קְטַנּוֹת מִינֵי מַאֲכָל וּמִינֵי מַלְבּוּשׁ. אִי נָמֵי קוֹרִין אוֹתָהּ נִינְפֵּי לְשׁוֹן נוֹף רוֹצֶה לוֹמַר שֶׁתּוֹלִיד זְכָרִים כִּי הַזָּכָר נִקְרָא נוֹף דְּ'הָאָדָם עֵץ הַשָּׂדֶה' (דְּבָרִים כ, יט) וְלָכֵן אָמַר 'יְפֵה נוֹף מְשׂוֹשׂ כָּל הָאָרֶץ' דִּבְזָכָר הַכֹּל שְׂמֵחִין, מַה שֶׁאֵין כֵּן בִּנְקֵבָה הַכֹּל עָצְבִין וְלָהּ פּוֹתְחִים פִּיהֶם לְסִימָן טוֹב שֶׁתּוֹלִיד זְכָרִים שֶׁנִּקְרָאִים נוֹף.
'La mariée [appelée] ninfi, quel verset ? Belle vue (nof), joie de toute la terre' (Ps 48:3). Il me paraît, avec l'aide du Ciel, que 'nof' signifie un district ou une province, et que la femme, une fois mariée, est appelée 'maison' ; celle-ci, qui est mariée, pour l'honorer davantage on la nomme du nom de 'district' ou 'province', qui est mille fois plus grand qu'une maison. On peut aussi comprendre, avec l'aide du Ciel, que 'ninfi' vient du terme (Ps 68:10) 'une pluie de largesses tu répands (tanif), ô [Ciel]', qui veut dire tu fais couler et goutter ; et nos Sages ont dit (Ketoubot 59b) 'la femme n'est [donnée] que pour les enfants'. Aussi ouvre-t-on la bouche pour son bien en la nommant 'ninfi', c'est-à-dire : qu'elle fasse couler et goutter des enfants, qu'elle ne soit pas stérile, son sein fermé, ne faisant pas descendre de son ventre des enfants. C'est pourquoi le district ou la province sont appelés 'nof', car ils font couler (fournissent) aux petites villes des sortes d'aliments et de vêtements. On peut aussi dire qu'on la nomme 'ninfi' du terme 'nof', voulant dire qu'elle enfantera des mâles, car le mâle est appelé 'nof', puisque 'l'homme est [comme] l'arbre du champ' (Dt 20:19) ; c'est pourquoi il est dit 'belle vue (nof), joie de toute la terre' : pour un mâle tous se réjouissent, ce qui n'est pas le cas pour une fille, [à la naissance de] qui tous s'attristent — aussi lui ouvre-t-on la bouche pour un bon signe, qu'elle enfante des mâles, appelés 'nof'.
💡 Explication

Rech Lakich, à Kan Nichraya, entend nommer la mariée 'ninfi' (rattaché à 'nof', la beauté, Ps 48:3) et le coq 'sekhvi'. Le verset de Job 38:36 se relit alors : les reins (touhot) recèlent la sagesse, et le coq (sekhvi) reçoit l'intelligence — celle de chanter aux heures fixes de la nuit.

21
לֵוִי אִיקְּלַע לְהָהוּא אַתְרָא. אֲתָא גַּבְרָא לְקַמֵּיהּ, אֲמַר לֵיהּ:

Levi arriva en un certain lieu. Un homme vint devant lui [pour se plaindre] ; il lui dit...

[la suite sur 26b].

💡 Explication

Transition vers un nouveau récit : Levi arrive quelque part et un homme vient porter plainte devant lui. Le propos (un mot rare à élucider, comme la série précédente) se poursuit sur 26b.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).