Rosh Hashanah 26b — mots rares élucidés par le langage populaire, et le shofar de Roch Hachana : droit ou recourbé ?

Rosh Hashanah 26b

Sougya : La fin de la sougya des mots obscurs : des Sages ignorant le sens de certains mots de l'Écriture ou de la michna (kava = voler, seirugin = par intervalles, chaloglogot = pourpier, salseleha = fouiller la Torah, matate = balai, yehav = charge) l'apprennent de la bouche d'une servante de la maison de Rabbi ou d'un voyageur arabe. Puis débute le chapitre du shofar : la michna décrit le shofar de Roch Hachana (corne droite de bouquetin, bec plaqué d'or, deux trompettes) et celui des jeûnes publics (corne recourbée de bélier, argent).

Yom Kippour du Yovel est assimilé à Roch Hachana pour la tekia et les berachot, mais Rabbi Yehouda distingue (Yovel = corne de yael). La Guemara rapporte R.

Levi (recourbé à R.H. et Kippour, droit le reste de l'année) et dévoile la logique de la mahloket : faut-il, à Roch Hachana, se ployer (humilité) ou se redresser (élan vers le haut) ?

Mots rares élucidés par une servante ou un voyageur Mot obscur (verset/michna) Scène de la vie courante Sens découvert kava (Mal 3:8)un homme accuse Levivoler (gazlan) seirugin (michna Meg.)rabbins entrant par à-coupspar intervalles chaloglogotun homme éparpille ses plantspourpier (parpahini) salseleha (Pr 4:8)un homme se boucle les cheveuxtourner/fouiller (la Torah) matate (Is 14:23)servante: prends le balai, balaiebalai / balayer yehav (Ps 55:23)un Arabe: mets ta charge sur mon chameaucharge / fardeau Le langage populaire (servante, voyageur) révèle le sens de l'Écriture.
Les six mots rares des segments 0-5 et la scène quotidienne qui en révèle le sens.
La michna : quel shofar, quel métal, quelles trompettes ? Roch Hachana Jeûnes publics (taaniot) Yovel (Jubilé) — michna corne de yael (bouquetin)DROITE (pachout) corne de bélier (zecharim)RECOURBÉE (kafouf) = comme Roch Hachana(tekia + berachot) bec plaqué d'OR2 trompettes aux côtés bec plaqué d'ARGENT2 trompettes au milieu R. Yehouda conteste:Yovel = corne de yael shofar SONNE LONGmitsva du jour = shofar trompettes SONNENT LONGmitsva du jour = trompettes shofar DROIT (pachout)(divergence de metsora) Tana kama vs R. Yehouda : quelle corne à Roch Hachana ? Tana kama : R.H. = DROIT (yael) droiture de l'esprit (nassa levavenou) R. Yehouda : R.H. = RECOURBÉ (bélier) humilité (ve-hayou einai... + akeda)
Synthèse de la michna (segments 6-8) : shofar, métal, trompettes selon l'occasion.
Recourbé (humilité) ou droit (élan) ? La logique des deux positions R. Yehouda (+ R. Levi) Tana kama de la michna Roch Hachana = RECOURBÉ plus l'homme se ploie, mieux c'est 've-hayou einai ve-libi cham' Yom Kippour (Yovel) = DROIT (R. Yehouda: pas de guezera chava, Yovel = libération, non prière) Roch Hachana = DROIT plus l'homme se redresse, mieux c'est 'nissa levavenou el kapayim' Taaniot (jeûnes) = RECOURBÉ humilité dans la détresse (rassemblement, non prière formelle) R. Levi tranche comme R. Yehouda pour R.H., mais comme les Sages pour Yovel = R.H.
La logique de la mahloket Tana kama / R. Yehouda sur la forme du shofar (segment 11).
1
קְבָעָן פְּלָנְיָא. לָא הֲוָה יָדַע מַאי קָאָמַר לֵיהּ. אֲתָא שְׁאִיל בֵּי מִדְרְשָׁא, אֲמַר לֵיהּ: גַּזְלָן אָמַר לָךְ, דִּכְתִיב: ״הֲיִקְבַּע אָדָם אֱ-לֹהִים וְגוֹ׳״. אֲמַר לֵיהּ רָבָא מִבַּרְנִישׁ לְרַב אָשֵׁי: אִי הֲוַאי הָתָם, הֲוָה אֲמִינָא לֵיהּ: הֵיכִי קִבְעֲךָ? בְּמַאי קִבְעָךְ? וְאַמַּאי קִבְעֲךָ? וּמִמֵּילָא הֲוָה יָדְעִינָא. וְאִיהוּ סָבַר: מִילְּתָא דְאִיסּוּרָא קָאָמַר לֵיהּ.

'Untel m'a kava'a.' [Levi] ne savait pas ce que [l'homme] lui disait. Il vint interroger la maison d'étude ; on lui dit : il t'a dit 'voleur !' (gazlan), car il est écrit 'Un homme volera-t-il (ha-yikba) Dieu ?' (Malachie 3:8).

Rava de Barnich dit à Rav Achi : si j'avais été là, je lui aurais dit : comment t'a-t-il kava'a ? par quoi t'a-t-il kava'a ? et pourquoi t'a-t-il kava'a ? et de moi-même j'aurais compris. Or lui [Levi] pensait qu'il [l'homme] lui parlait d'une chose d'interdit (issour).

📜 Rachi (2)
קְבָעָן פְּלָנְיָא גְּזָלַנִי פְּלוֹנִי:
Untel m'a kava'a — untel m'a spolié (voler).
בַּמֶּה קְבַעֲנוּךָ הַמַּעֲשֵׂר וְהַתְּרוּמָה אַתֶּם קוֹבְעִים אוֹתִי:
Par quoi nous as-tu kava'a — [par] le maaser et la teroumah, vous nous 'fixez' (spoliez).
💡 Explication

Suite de la sougya des mots rares (commencée 26a). Un homme reproche à Levi de l'avoir kava'a — mot qu'il ne comprend pas. La maison d'étude décode grâce au verset de Malachie : kava = voler (spolier de la teroumah/maaser).

Rava enseigne une méthode : au lieu de rester perplexe, poser des questions (comment ? par quoi ? pourquoi ?) aurait révélé le sens. Mais Levi crut à une question d'interdit (rituel), non d'argent — d'où l'échec de la méthode dans son cas.

2
לָא הֲווֹ יָדְעִי רַבָּנַן מַאי ״סֵירוּגִין״. שְׁמָעוּהָ לְאַמְּתָא דְּבֵי רַבִּי דַּחֲזָתִנְהוּ רַבָּנַן דַּהֲווֹ עָייְלִי פִּסְקֵי פִּסְקֵי, אֲמַרָה לְהוּ: עַד מָתַי אַתֶּם נִכְנָסִין סֵירוּגִין סֵירוּגִין.

Les Sages ne savaient pas ce qu'était 'seirugin'. Ils entendirent la servante de la maison de Rabbi qui, voyant des Sages entrer par groupes espacés, leur dit : jusqu'à quand entrerez-vous seirugin seirugin (par intervalles) ?

📜 Rachi (2)
מַאי סֵירוּגִין שֶׁשָּׁנִינוּ בִּמְגִילָּה (דַּף יז.) קְרָאָהּ סֵירוּגִין (סֵירוּגִין):
Qu'est-ce que seirugin — que nous avons appris dans Meguila (17a) : [s'il] l'a lue 'seirugin' [seirugin].
פִּסְקֵי לִפְרָקִים שֶׁאֵינָן נִכְנָסִין יַחַד:
Espacés (pesaki) — par intervalles, [ceux] qui n'entrent pas ensemble.
💡 Explication

Le mot seirugin (d'une michna de Meguila 17a, sur celui qui lit la Meguila 'seirugin') était obscur. La servante de la maison de Rabbi, femme au parler riche, l'emploie spontanément en voyant les Sages entrer par à-coups : d'où seirugin = par intervalles.

3
לָא הֲווֹ יָדְעִי רַבָּנַן מַאי ״חֲלוֹגְלוֹגוֹת״. יוֹמָא חַד שַׁמְעוּהָ לְאַמְּתָא דְּבֵי רַבִּי דַּחֲזָית לְהָהוּא גַּבְרָא דְּקָא מְבַדַּר פַּרְפְּחִינֵיהּ, אָמְרָה לֵיהּ: עַד מָתַי אַתָּה מְפַזֵּר חֲלוֹגְלוֹגְךָ.

Les Sages ne savaient pas ce qu'étaient les 'chaloglogot'. Un jour ils entendirent la servante de la maison de Rabbi qui, voyant un homme éparpiller ses parpahini (pourpiers), lui dit : jusqu'à quand disperseras-tu tes chaloglogot ?

📜 Rachi (2)
מַאי חֲלוֹגְלוֹגוֹת שֶׁשָּׁנִינוּ בפ"ק דְּיוֹמָא (דַּף יח.) כָּל שִׁבְעַת הַיָּמִים לֹא הָיָה אוֹכֵל הַשּׁוּם וְהַחֲלוֹגְלוֹגוֹת:
Qu'est-ce que chaloglogot — que nous avons appris au premier chapitre de Yoma (18a) : durant les sept jours, il ne mangeait pas l'ail ni les chaloglogot.
פַּרְפְּחִינֵי יָרָק שֶׁקּוֹרִין עורקקל"י:
Parpahini — un légume qu'on appelle 'ourkakli' (pourpier).
🗂️ Tossefot (1)
חֲלוֹגְלוֹגוֹת. וְנָפְקָא מִינָּהּ לְזָב בפ"ק דְּיוֹמָא (דַּף יח.) דְּאָמְרִינַן אֵין מַאֲכִילִין אוֹתוֹ דְּבָרִים הַמְּבִיאִים לִידֵי טֻומְאָה כְּגוֹן חֲלוֹגְלוֹגוֹת:
Chaloglogot — et la portée pratique concerne le zav, au premier chapitre de Yoma (18a), où l'on dit qu'on ne lui donne pas à manger des choses qui provoquent l'impureté, comme les chaloglogot.
💡 Explication

Autre mot rare, chaloglogot (Yoma 18a : les mets qu'on ne donne pas au Cohen Gadol). La servante, voyant un homme disperser du pourpier (parpahini), l'appelle chaloglogot : le mot désigne le pourpier, une plante potagère.

4
לָא הֲווֹ יָדְעִי רַבָּנַן מַאי: ״סַלְסְלֶהָ וּתְרוֹמְמֶךָּ״. יוֹמָא חַד שַׁמְעוּהָ לְאַמְּתָא דְּבֵי רַבִּי דַּהֲווָת אָמְרָה לְהָהוּא גַּבְרָא דַּהֲוָה קָא מְהַפֵּךְ בְּשַׂעְרֵיהּ, אָמְרָה לֵיהּ: עַד מָתַי אַתָּה מְסַלְסֵל בִּשְׂעָרְךָ.

Les Sages ne savaient pas ce que signifiait 'salseleha et elle t'élèvera' (Proverbes 4:8). Un jour ils entendirent la servante de la maison de Rabbi qui disait à un homme en train de retourner ses cheveux : jusqu'à quand mesalsel-eras-tu (boucleras-tu) tes cheveux ?

📜 Rachi (1)
סַלְסְלֶהָ חֲפֹושׂ וְהֵפֶךְ בְּמַטְמוֹנִים שֶׁל תּוֹרָה:
Salseleha — fouille et retourne dans les trésors cachés de la Torah.
💡 Explication

Le verbe salseleha (Proverbes 4:8) restait énigmatique. La servante, voyant un homme boucler/retourner ses cheveux (mesalsel), l'emploie : d'où le sens du verset — fouiller, retourner la Torah (chercher dans ses trésors cachées), et elle t'élèvera.

5
לָא הֲווֹ יָדְעִי רַבָּנַן מַאי ״וְטֵאטֵאתִיהָ בְּמַטְאֲטֵא הַשְׁמֵד״. יוֹמָא חַד שַׁמְעוּהָ לְאַמְּתָא דְּבֵי רַבִּי דַּהֲוָות אָמְרָה לַחֲבֶירְתַּהּ: שְׁקוּלִי טָאטִיתָא וְטַאטִי בֵּיתָא.

Les Sages ne savaient pas ce que signifiait 'et je la balaierai du balai (be-matate) de l'extermination' (Isaie 14:23). Un jour ils entendirent la servante de la maison de Rabbi qui disait à sa compagne : prends le balai (tateita) et balaie (tati) la maison.

💡 Explication

Les mots matate / tateita (Isaie 14:23) étaient inconnus. La servante dit à sa collègue : prends le balai et balaie la maison — révélant que matate = balai et tati = balayer.

6
לָא הֲווֹ יָדְעִי רַבָּנַן מַאי ״הַשְׁלֵךְ עַל ה׳ יְהָבְךָ וְהוּא יְכַלְכְּלֶךָ״. אָמַר רַבָּה בַּר בַּר חָנָה: יוֹמָא חַד הֲוָה אָזְלִינָא בַּהֲדֵי הָהוּא טַיָּיעָא, הֲוָה דָּרֵינָא טוּנָא וַאֲמַר לִי: שְׁקוֹל יַהְבָּיךְ וּשְׁדִי אַגַּמְלַאי.

Les Sages ne savaient pas ce que signifiait 'jette sur l'Éternel ton yehav-cha et Il te soutiendra' (Psaumes 55:23). Rabba bar bar Hana dit : un jour je marchais avec un certain Arabe (taya) ; je portais une charge, et il me dit : prends ton yehav et pose-le sur mon chameau.

📜 Rachi (1)
וַהֲוָה דָּרֵינָא טוּנָא נוֹשֵׂא מַשּׂוֹי:
Et je portais une charge (touna) — [je] portais un fardeau.
💡 Explication

Le mot yehav (Psaumes 55:23) était obscur. C'est un voyageur arabe (taya) qui l'éclaire : voyant Rabba bar bar Hana porter une charge, il lui dit 'pose ton yehav sur mon chameau'. Donc yehav = fardeau, charge — 'jette ta charge sur [le Ciel]'.

7
מַתְנִי׳ שׁוֹפָר שֶׁל רֹאשׁ הַשָּׁנָה שֶׁל יָעֵל פָּשׁוּט וּפִיו מְצֻופֶּה זָהָב, וּשְׁתֵּי חֲצוֹצְרוֹת מִן הַצְּדָדִין. שׁוֹפָר מַאֲרִיךְ וַחֲצוֹצְרוֹת מְקַצְּרוֹת, שֶׁמִּצְוַת הַיּוֹם בְּשׁוֹפָר.

MICHNA. Le shofar de Roch Hachana [était] de yael (bouquetin), droit (pachout), et son bec plaqué d'or ; et deux trompettes de part et d'autre.

Le shofar prolonge [le son] et les trompettes [le] raccourcissent, car la mitsva du jour est avec le shofar.

📜 Rachi (4)
מַתְנִי' שׁוֹפָר שֶׁל רֹאשׁ הַשָּׁנָה שֶׁל יָעֵל פָּשׁוּט מְפָרֵשׁ טַעְמָא בַּגְּמָרָא דְּמִידִי דִּתְפִלָּה בָּעֵי פְּשִׁיטוּת:
MICHNA. Shofar de Roch Hachana de yael, droit — la Guemara en explique la raison : une chose de prière (tefila) requiert la droiture (pechitout).
יָעֵל שטיי"ן בו"ק:
Yael — 'chtayn-bok' (bouquetin, en vieil allemand).
וּפִיו מְצֻופֶּה זָהָב בְּשֶׁל מִקְדָּשׁ קָאָמַר:
Et son bec plaqué d'or — il parle de [celui] du Temple.
שׁוֹפָר מַאֲרִיךְ לְאַחַר שֶׁחֲצוֹצְרוֹת פּוֹסְקִין תְּקִיעָתָן נִשְׁמַע קוֹל הַשּׁוֹפָר:
Le shofar prolonge — après que les trompettes cessent leur sonnerie, on entend [encore] le son du shofar.
🗂️ Tossefot (1)
שֶׁל יָעֵל פָּשׁוּט. פֵּירֵשׁ בַּקּוּנְטְרֵס חַיָּה שֶׁכֵּן שְׁמָהּ וְקוֹרִין אוֹתָהּ אשטנבו"ק וּבֶעָרוּךְ פִּי' הִיא כִּשְׂבָּה נְקֵבָה וְקֶרֶן הַכִּשְׂבָּה רָגִיל לִהְיוֹת פָּשׁוּט וּכְפֵירֵשׁ הַקּוּנְטְרֵס נִרְאֶה דְּיָעֵל חַיָּה דִּכְתִיב (תְּהִילִּים ק״ד:י״ח) הָרִים הַגְּבוֹהִים לִיעֵלִים וְאַקּוֹ וּדְיָשֵׁן (דְּבָרִים י״ד:ה׳) מְתַרְגְּמִינַן וְיַעְלָא וּרְמָא וּמִצְוָה בְּשֶׁל יָעֵל פָּשׁוּט כִּדְמַשְׁמַע בגמ' דְּכַמָּה דִּפְשִׁיט טְפֵי עָדִיף מִשּׁוּם נִשָּׂא לְבָבֵנוּ אֶל כַּפָּיִם וּמִיהוּ אֵין הֲלָכָה כֵּן אֶלָּא כְּר' יְהוּדָה דְּאָמַר בר"ה בְּשֶׁל זְכָרִים כְּפוּפִים דְּהַיְינוּ שֶׁל אַיִל וְר' לֵוִי קָאֵי כְּוָותֵיהּ בגמ' דְּאָמַר מִצְוָה שֶׁל ר"ה ויוה"כ בִּכְפוּפִים דְּקָסָבַר כַּמָּה דְּכָייֵף אִינִישׁ טְפֵי עָדִיף מִשּׁוּם וְהָיוּ עֵינַי וְלִבִּי שָׁם וְכִדְאָמַר ר' אָבָהוּ בפ"ק (דַּף טז.) לָמָה תּוֹקְעִין בְּשׁוֹפָר שֶׁל אַיִל אָמַר הקב"ה תִּקְעוּ לְפָנַי בְּשׁוֹפָר שֶׁל אַיִל כְּדֵי שֶׁאֶזְכֹּור לָכֶם עֲקֵידַת יִצְחָק וּמִיהוּ נִרְאֶה דְּלָא פְּלִיגִי אֶלָּא לְכַתְּחִילָּה אֲבָל כּוּלְּהוּ מוֹדוּ דְּיוֹצֵא בְּדִיעֲבַד בֵּין בְּשֶׁל אַיִל בֵּין בְּשֶׁל יָעֵל כִּדְקָתָנֵי רֵישָׁא כָּל הַשּׁוֹפָרוֹת כְּשֵׁרִים חוּץ מִשֶּׁל פָּרָה . וְהֵיכָא דְּלָא מָצָא שֶׁל אַיִל יוֹצֵא בְּשֶׁל רָחֵל אוֹ בִּשְׂעִיר עִזִּים תֵּדַע דִּלְמִצְוָה פְּלִיגִי דְּהָא ר' לֵוִי מִצְוָה קָאָמַר וְעוֹד אַטּוּ פָּשׁוּט וְכָפוּף כְּתִיב בִּקְרָא תַּעֲבִירוּ שׁוֹפָר כְּתִיב בַּיּוֹבֵל (וַיִּקְרָא כ״ה:ט׳) וְיָלְפִינַן ר"ה מִינֵּיהּ וְכֵיוָן דְּכוּלְּהוּ אַקְּרוּ שׁוֹפָר חוּץ מִשֶּׁל פָּרָה לָמָּה לֹא יָצָא וְעוֹד מַשְׁמַע דִּפְלוּגְתָּא דְּרַבָּנָן וְר' יוֹסֵי בִּפְנֵי עַצְמָן וּפְלוּגְתָּא דְּרַבָּנָן וְר' יְהוּדָה בִּפְנֵי עַצְמָן וְלָאו חֲדָא פְּלֻוגְתָּא הִיא וְאִם תִּמְצָא לוֹמַר דְּדַוְקָא אַייְרֵי אִם כֵּן הָוְיָא חֲדָא פְּלוּגְתָּא דִּלְתַנָּא קַמָּא כּוּלְּהוּ כְּשֵׁרִין בֵּין בְּרֹאשׁ הַשָּׁנָה בֵּין ביוה"כ בֵּין בְּתַעֲנִיּוֹת חוּץ מִשֶּׁל פָּרָה וְר' יוֹסֵי אוֹמֵר אַף שֶׁל פָּרָה וּלְאִידָךְ רַבָּנָן ר"ה ויוה"כ בְּשֶׁל יָעֵל וְתַעֲנִיּוֹת שֶׁל זְכָרִים וְלֵר' יְהוּדָה ר"ה שֶׁל זְכָרִים וּבְיוֹבֵל בְּשֶׁל יְעֵלִים וּמִיהוּ קָשֶׁה קְצָת דְּהָא ר' לֵוִי דְּאָמַר מִצְוָה שֶׁל ר"ה ויוה"כ הַיְינוּ מִשּׁוּם דְּיָלְפִינַן גְּזֵרָה שָׁוָה זֶה מִזֶּה בַּשְּׁבִיעִי שְׁבִיעִי כִּדְאָמְרִינַן בְּפֶ' בָּתְרָא (דַּף לד.) וּכְדִתְנַן שָׁוֶה יוֹבֵל לר"ה לִתְקִיעָה וְאִי הֲוָה טַעְמָא מִשּׁוּם מִצְוָה בְּעָלְמָא כִּדְאָמְרִינַן דְּכַמָּה דְּכָיֵיף אִינִישׁ טְפֵי עָדִיף הַייְנוּ דַּוְקָא בְּרֹאשׁ הַשָּׁנָה שֶׁהַתְּקִיעָה לִתְפִלָּה וּלְזִכָּרוֹן אֲבָל יוֹבֵל אֵין הַתְּקִיעָה אֶלָּא סִימָן שִׁלּוּחַ עֲבָדִים וְהַשְּׁמִטּוֹת שָׂדוֹת הַחוֹזְרוֹת לַבְּעָלִים לְכָךְ הָיָה נִרְאֶה לִי מִתּוֹךְ זֶה דְּאֵינוֹ יוֹצֵא אֶלָּא בְּכָפוּף פֵּירוּשׁ דְּצָרִיךְ לִהְיוֹת כָּפוּף אִי לָא לָא וְגָמְרִינַן יוֹבֵל מִינֵּיהּ:
De yaël, droit — Rachi (le 'Kountras') a expliqué : un animal sauvage (haya) qui porte ce nom, qu'on appelle 'echtenbok' ; et le Aroukh a expliqué : c'est une brebis femelle, et la corne de la brebis est habituellement droite. L'explication de Rachi paraît juste, car yaël est un animal sauvage, comme il est écrit 'les hautes montagnes sont pour les bouquetins (yeélim)' (Psaumes 104:18), et 'ako ve-dichon' (Deutéronome 14:5) est traduit [en araméen] par 've-yaala ve-rama'. La mitsva [préférentielle] est avec [la corne] de yaël, droite, comme il ressort de la Guemara : plus elle est droite, mieux c'est, à cause de '[que] nous élevions notre cœur vers les paumes [du Ciel]'. Toutefois la halakha n'est pas ainsi, mais selon R. Yehouda qui dit qu'à Roch Hachana [on sonne] d'un [bélier] mâle, recourbé, c'est-à-dire d'un bélier ; et R. Levi va dans son sens dans la Guemara, disant que la mitsva de Roch Hachana et de Yom Kippour est avec des [cornes] recourbées, tenant que plus l'homme se ploie, mieux c'est, à cause de '[que] mes yeux et mon cœur y soient' (I Rois 9:3), et comme dit R. Abbahou au premier chapitre (16a) : pourquoi sonne-t-on d'un shofar de bélier ? Le Saint béni soit-Il a dit : sonnez devant Moi d'un shofar de bélier afin que Je Me souvienne pour vous de la ligature d'Its'hak (akedat Yitzhak). Il apparaît toutefois qu'ils ne divergent que pour l'idéal (le-hathila), mais tous s'accordent qu'à posteriori (be-diavad) on s'acquitte aussi bien avec un bélier qu'avec un yaël, comme l'enseigne la première partie [de la michna 26a] : 'tous les shofarot sont valides sauf celui de vache'. Et là où l'on ne trouve pas de bélier, on s'acquitte avec [la corne] d'une brebis ou d'un bouc. La preuve qu'ils divergent [seulement] sur la mitsva [idéale] : R. Levi dit 'mitsva' [et non 'obligation']. De plus, est-ce que 'droit' et 'recourbé' sont écrits dans le verset ? Il est écrit 'vous ferez passer le shofar' (Lévitique 25:9) à propos du Yovel, et l'on en déduit Roch Hachana ; puisque tous sont appelés 'shofar' sauf celui de vache, pourquoi ne s'acquitterait-on pas ? De plus, il apparaît que la divergence des Sages avec R. Yossei est en soi, et celle des Sages avec R. Yehouda en soi, et que ce n'est pas une seule et même divergence. Et si tu veux dire qu'il s'agit spécifiquement [d'une obligation], alors c'est une seule divergence : pour le premier tana, tous sont valides, tant à Roch Hachana qu'à Yom Kippour et aux jeûnes, sauf celui de vache ; R. Yossei dit : même celui de vache ; pour les autres Sages, Roch Hachana et Yom Kippour [se font] avec du yaël, et les jeûnes avec du mâle ; pour R. Yehouda, Roch Hachana [se fait] avec du mâle, et au Yovel avec du yaël. Toutefois il y a une légère difficulté : R. Levi, qui dit que la mitsva de Roch Hachana et de Yom Kippour [est semblable], c'est parce qu'on l'apprend l'un de l'autre par une guezera chava 'septième'-'septième', comme on dit au dernier chapitre (34a), et comme on a enseigné 'le Yovel est semblable à Roch Hachana pour la tekia'. Or si la raison était une simple [question de] mitsva, comme on dit que 'plus l'homme se ploie, mieux c'est', cela ne vaudrait qu'à Roch Hachana où la tekia est pour la prière et le souvenir ; mais au Yovel, la tekia n'est qu'un signe de libération des esclaves et de restitution des champs à leurs propriétaires. C'est pourquoi il m'a semble, de là, qu'on ne s'acquitte qu'avec du recourbé : c'est-à-dire qu'il faut [qu'il soit] recourbé, sinon non, et l'on apprend le Yovel de lui.
💡 Explication

Début du chapitre. Au Temple, à Roch Hachana : shofar de corne droite de bouquetin (yaël, pachout), bec plaqué d'or, encadré de deux trompettes. Le shofar sonne plus longtemps (on l'entend seul après l'arrêt des trompettes), car la mitsva du jour = le shofar.

🖼️ Schéma
La michna : quel shofar, quel métal, quelles trompettes ? Roch Hachana Jeûnes publics (taaniot) Yovel (Jubilé) — michna corne de yaël (bouquetin)DROITE (pachout) corne de bélier (zecharim)RECOURBÉE (kafouf) = comme Roch Hachana(tekia + berachot) bec plaqué d'OR2 trompettes aux côtés bec plaqué d'ARGENT2 trompettes au milieu R. Yehouda conteste:Yovel = corne de yaël shofar SONNE LONGmitsva du jour = shofar trompettes SONNENT LONGmitsva du jour = trompettes shofar DROIT (pachout)(divergence de metsora) Tana kama vs R. Yehouda : quelle corne à Roch Hachana ? Tana kama : R.H. = DROIT (yaël) droiture de l'esprit (nassa levavenou) R. Yehouda : R.H. = RECOURBÉ (bélier) humilité (ve-hayou einai... + akeda)
La michna du shofar : Roch Hachana, jeûnes, Yovel.
8
וּבְתַעֲנִיּוֹת בְּשֶׁל זְכָרִים כְּפוּפִין, וּפִיהֶן מְצֻופֶּה כֶּסֶף, וּשְׁתֵּי חֲצוֹצְרוֹת בְּאֶמְצַע. שׁוֹפָר מְקַצֵּר וַחֲצוֹצְרוֹת מַאֲרִיכוֹת, שֶׁמִּצְוַת הַיּוֹם בַּחֲצוֹצְרוֹת.

Et aux jeûnes publics (taaniot), [le shofar était] de [béliers] mâles, recourbés, et leur bec plaqué d'argent ; et deux trompettes au milieu. Le shofar raccourcit [le son] et les trompettes [le] prolongent, car la mitsva du jour est avec les trompettes.

📜 Rachi (4)
וּבְתַעֲנִיּוֹת דְּאָמְרִינַן בְּמַס' תַּעֲנִית (דַּף טו:) תָּקְעוּ הַכֹּהֲנִים תָּקְעוּ:
Et aux jeûnes — comme on dit au traité Taanit (15b) : 'sonnez, Cohanim, sonnez !'.
בְּשֶׁל זְכָרִים אֵילִים שֶׁסְּתָמָן כְּפּוּפִין:
De mâles — des béliers, dont [la corne] est habituellement recourbée.
וּשְׁתֵּי חֲצוֹצְרוֹת בָּאֶמְצַע שְׁנֵי שׁוֹפָרוֹת לָהֶן אֶחָד מִכָּאן וְאֶחָד מִכָּאן וְהֵן בָּאֶמְצַע:
Et deux trompettes au milieu — [il y a] deux shofarot, un de chaque côté, et elles [les trompettes] sont au milieu.
שֶׁמִּצְוַת הַיּוֹם בַּחֲצוֹצְרוֹת דִּלְכִנּוּפְיָא בְּעָלְמָא נִינְהוּ וְכָל כִּנּוּפְיָא בַּחֲצוֹצְרוֹת דִּכְתִיב (בַּמִּדְבָּר י׳:ב׳) וְהָיוּ לְךָ לְמִקְרָא הָעֵדָה:
Car la mitsva du jour est avec les trompettes — car [ces jours] ne sont que pour le rassemblement (kenoufia), et tout rassemblement [se fait] avec les trompettes, comme il est écrit 'elles te serviront pour convoquer l'assemblée' (Nombres 10:2).
🗂️ Tossefot (1)
וּשְׁתֵּי חֲצוֹצְרוֹת בָּאֶמְצַע. שְׁתֵּי שׁוֹפָרוֹת הָיוּ לָהֶן אֶחָד מִכָּאן וְאֶחָד מִכָּאן כְּדֵי שֶׁיִּהְיוּ הַחֲצוֹצְרוֹת בְּאֶמְצַע מִשּׁוּם דְּמִצְוַת הַיּוֹם בַּחֲצוֹצְרוֹת:
Et deux trompettes au milieu — ils avaient deux shofarot, un de chaque côté, afin que les trompettes soient au milieu, parce que la mitsva du jour est avec les trompettes.
💡 Explication

Aux jeûnes publics (taaniot, en période de sécheresse/détresse) : shofar de corne recourbée de bélier, bec d'argent, avec deux trompettes au milieu. Ici c'est l'inverse : les trompettes sonnent plus longtemps, car la mitsva du jour = les trompettes (le rassemblement du peuple).

9
שָׁוֶה הַיּוֹבֵל לְרֹאשׁ הַשָּׁנָה לַתְּקִיעָה וְלַבְּרָכוֹת. רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: בְּרֹאשׁ הַשָּׁנָה תּוֹקְעִין בְּשֶׁל זְכָרִים וּבַיּוֹבְלוֹת בְּשֶׁל יְעֵלִים.

Le Yovel (Jubilé) est semblable à Roch Hachana pour la tekia (sonnerie) et pour les berachot (bénédictions). Rabbi Yehouda dit : à Roch Hachana on sonne avec du [bélier] mâle, et aux Yovel avec du yaël (bouquetin).

📜 Rachi (4)
שָׁוֶה הַיּוֹבֵל לְרֹאשׁ הַשָּׁנָה לַתְּקִיעָה בִּפְשׁוּטִין וְאַף עַל גַּב דִּתְקִיעָתוֹ בַּיּוֹבֵל לֹא לִתְפִלָּה וְלֹא לְזִכָּרוֹן אֶלָּא לְסִימָן שִׁילּוּחַ עֲבָדִים וְהַשְׁמָטַת מְכִירַת שָׂדוֹת אֲפִילּוּ הָכֵי כדר"ה בָּעֵי לִמְעַבְּדִי' דְּגָמְרִינַן לָהּ לִגְזֵירָה שָׁוָה שְׁבִיעִי שְׁבִיעִי בְּפֶ' בָּתְרָא (דַּף לד.):
Le Yovel est semblable à Roch Hachana pour la tekia — [c'est-à-dire] avec des [cornes] droites ; et bien que la tekia du Yovel ne soit ni pour la prière ni pour le souvenir, mais un signe de libération des esclaves et d'annulation de la vente des champs, on doit néanmoins la faire comme celle de Roch Hachana, car on l'apprend par une guezera chava 'septième'-'septième', au dernier chapitre (34a).
וְלִבְרָכוֹת דְּבָעֵי לְמֵימַר תֵּשַׁע בְּרָכוֹת בְּיוֹם הַכִּפּוּרִים שֶׁל יוֹבֵל:
Et pour les berachot — car il faut dire neuf berachot au Yom Kippour du Yovel.
ר' יְהוּדָה אוֹמֵר כוּ' טַעְמָא מְפָרֵשׁ בַּגְּמָ':
Rabbi Yehouda dit, etc. — la raison est expliquée dans la Guemara.
וּבַיּוֹבְלוֹת בְּשֶׁל יְעֵלִים וּגְזֵירָה שָׁוָה לָא גְּמִיר:
Et aux Yovel avec du yaël — et il ne détient pas la guezera chava.
🗂️ Tossefot (1)
רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר בר"ה בְּשֶׁל זְכָרִים וּבַיּוֹבְלוֹת בְּשֶׁל יְעֵלִים. לֵית לֵיהּ לְרַבִּי יְהוּדָה שָׁוֶה יוֹבֵל לר"ה וְהָא דְּבָעֵינַן שׁוֹפָר בְּרֹאשׁ הַשָּׁנָה לָאו מִשּׁוּם דְּיָלְפִינַן מִיּוֹבֵל אֶלָּא כְּאִידָךְ תַּנָּא דְּיָלֵיף בְּפֶ' בָּתְרָא (ג"ז שָׁם דַּף לד.) מִדִּכְתִיב תִּקְעוּ בַּחֹדֶשׁ שׁוֹפָר וּמִיהוּ הַהוּא תַּנָּא נַמֵּי יָלֵיף ר"ה מִיּוֹבֵל בִּגְזֵרָה שָׁוָה כִּדְקָאָמְרִינַן שָׁלֹשׁ תְּרוּעוֹת נֶאֶמְרוּ בר"ה וּמַיְיתִי קְרָא דְּוַהֲעַבְרֵת שׁוֹפָר תְּרוּעָה דִּכְתִיב בַּיּוֹבֵל וּבַיּוֹם וְלֹא בַּלַּיְלָה נַמֵּי יָלֵיף מִיּוֹבֵל כִּדְקָאָמַר הָתָם וְהָא דְּאִיצְטְרִיךְ לֵיהּ קְרָא דְּתָקְעוּ בְּחֹדֶשׁ שׁוֹפָר מִשּׁוּם דְּיָלֵיף נָמֵי רֹאשׁ הַשָּׁנָה מִמִּדְבָּר וַהֲוָה אָמֵינָא דְּבַחֲצוֹצְרוֹת כַּמִּדְבָּר לְכָךְ נִרְאֶה דְּמוֹדֶה רַבִּי יְהוּדָה דְּשָׁוֶה יוֹבֵל לר"ה אֶלָּא לְעִנְיַן הַךְ מִילְּתָא אֵין שַׁייָּךְ לְהַשְׁווֹתָם לִהְיוֹת בְּשֶׁל זְכָרִים כְּשֶׁל ר"ה דְּטַעֲמָא דר"ה מִסְּבָרָא בְּעָלְמָא דְּכַמָּה דְּכָיֵיף אִינִישׁ טְפֵי עָדִיף שֶׁהוּא יוֹם הַדִּין וּלְהַזְכִּיר עֲקֵידָה אֲבָל יוֹבֵל דְּלִשְׁלֹוחַ עֲבָדִים וְשָׂדוֹת הַחוֹזְרוֹת לַבְּעָלִים אֵין לָחוּשׁ אֶלָּא שֶׁיְּהֵא שֵׁם שׁוֹפָר עָלָיו אע"ג דָּר' לֵוִי נָמֵי מַשְׁוֶה לְהוּ לְעִנְיָן זֶה מִשּׁוּם גְּזֵרָה שָׁוָה יֵשׁ לוֹמַר דִּבְהָא פְּלִיגִי:
Rabbi Yehouda dit : à Roch Hachana avec du mâle et aux Yovel avec du yaël — R. Yehouda ne tient pas que le Yovel soit semblable à Roch Hachana ; et le fait qu'on exige un shofar à Roch Hachana n'est pas parce qu'on l'apprend du Yovel, mais selon l'autre tana qui l'apprend, au dernier chapitre (34a), de ce qu'il est écrit 'sonnez au [nouveau] mois du shofar' (Psaumes 81:4). Toutefois, ce tana aussi apprend Roch Hachana du Yovel par une guezera chava, comme on dit : 'trois teruot sont énoncées à propos de Roch Hachana', et l'on apporte le verset 'tu feras passer un shofar de teruah' écrit à propos du Yovel ; et 'de jour et non de nuit' aussi, on l'apprend du Yovel, comme on dit là-bas. Et si l'on a eu besoin du verset 'sonnez au mois du shofar', c'est parce qu'on apprend aussi Roch Hachana du désert (du Sinaï), et l'on aurait dit [qu'on sonne] avec des trompettes comme au désert. C'est pourquoi il paraît que R. Yehouda concède que le Yovel est semblable à Roch Hachana, mais que, pour cette question-là, il n'y a pas lieu de les assimiler [au point] d'exiger du mâle comme à Roch Hachana : car la raison de Roch Hachana relève d'un simple raisonnement — plus l'homme se ploie, mieux c'est, car c'est le jour du jugement et pour rappeler la ligature [d'Its'hak] ; mais le Yovel, qui [sert] à libérer les esclaves et [restituer] les champs à leurs propriétaires, il n'y a pas à s'en soucier, sinon qu'il porte le nom de 'shofar'. Et bien que R. Levi aussi les assimile sur ce point à cause de la guezera chava, on peut dire que c'est précisément là-dessus qu'ils divergent.
💡 Explication

Fin de la michna : le Yom Kippour de l'année du Yovel est assimilé à Roch Hachana pour la tekia (donc corne droite de yaël, selon le tana kama) et pour les neuf berachot de la Amida. Rabbi Yehouda conteste : à Roch Hachana on sonne du bélier recourbé, et au Yovel du yaël droit — inversion complète.

10
גְּמָ׳ אָמַר רַבִּי לֵוִי: מִצְוָה שֶׁל רֹאשׁ הַשָּׁנָה וְשֶׁל יוֹם הַכִּפּוּרִים בִּכְפוּפִין, וְשֶׁל כָּל הַשָּׁנָה בִּפְשׁוּטִין. וְהִתְנָן: שׁוֹפָר שֶׁל רֹאשׁ הַשָּׁנָה שֶׁל יָעֵל פָּשׁוּט! הוּא דְּאָמַר כִּי הַאי תַּנָּא דְּתַנְיָא, רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: בְּרֹאשׁ הַשָּׁנָה הָיוּ תּוֹקְעִין בְּשֶׁל זְכָרִים כְּפוּפִין, וּבַיּוֹבְלוֹת בְּשֶׁל יְעֵלִים.

GUEMARA. Rabbi Levi dit : la mitsva de Roch Hachana et de Yom Kippour [se fait] avec des [cornes] recourbées, et celle de toute l'année avec des [cornes] droites.

Mais n'avons-nous pas appris [dans la michna] : le shofar de Roch Hachana [est] de yaël, droit ?! [R.

Levi] a dit [cela] selon ce tana, comme il a été enseigné (baraita) : Rabbi Yehouda dit : à Roch Hachana on sonnait avec des [béliers] mâles, recourbés, et aux Yovel avec du yaël.

📜 Rachi (1)
גְּמ' וְשֶׁל כָּל הַשָּׁנָה שֶׁל תַּעֲנִיּוֹת:
GUEMARA. Et celle de toute l'année — [c'est-à-dire] celle des jeûnes.
⚖️ Rosh (1)
דַּף כו ע"ב שָׁוֶה הַיּוֹבֵל לר"ה לִתְקִיעָה וְלִבְרָכוֹת. רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר בר"ה תּוֹקְעִין בְּשֶׁל זְכָרִים כְּפוּפִין וּבַיּוֹבֵל בְּשֶׁל יְעֵלִים פָּשׁוּט. וּבַתּוֹסֶפְתָּא פ"ב וכ"ה בִּירֻושַּׁל' הֲלָכָה ה תָּנֵי תִּקּוּן מָצוּי לְמָצוּי וְשֶׁאֵינוֹ מָצוּי לְשֶׁאֵינוֹ מָצוּי. א"ר לֵוִי שׁוֹפָר שֶׁל ר"ה ויה"כ מִצְוָה בִּכְפוּפִים. וְלֵימָא הֲלָכָה כְּרַבִּי יְהוּדָה אִי אָמַר הֲלָכָה כְּרַבִּי יְהוּדָה הֲוָה אָמֵינָא אֲפִילּוּ בְּיוֹבֵל קמ"ל. וְכַר' לֵוִי קי"ל כִּדְאָמַר ר' אָבָהוּ לְעֵיל (רֹאשׁ הַשָּׁנָה דַּף טז.) לָמָה תּוֹקְעִין בְּשׁוֹפָר שֶׁל אַיִל אָמַר הקב"ה תִּקְעוּ לְפָנַי בְּשׁוֹפָר שֶׁל אַיִל כְּדֵי שֶׁאֶזְכֹּור לָכֶם עֲקֵידַת יִצְחָק בֶּן אַבְרָהָם. וְלִכְאוֹרָה נִרְאֶה דְּלָא פְּלִיגִי אֶלָּא לְמִצְוָה. אֲבָל כּוּלְּהוּ מוֹדוּ דְּיוֹצֵא בְּדִיעֲבַד בֵּין בְּשֶׁל אַיִל בֵּין בְּשֶׁל יָעֵל. כִּדְקָתָנֵי רֵישָׁא כָּל הַשּׁוֹפָרוֹת כְּשֵׁרִין חוּץ מִשֶּׁל פָּרָה וְאִם לֹא מָצָא שֶׁל אַיִל יוֹצֵא בְּשֶׁל יָעֵל אוֹ בְּשֶׁל עִזִּים. וְתֵדַע דִּלְמִצְוָה פְּלִיגִי דְּהָא ר' לֵוִי מִצְוָה קָאָמַר. וְעוֹד אַטּוּ פָּשׁוּט וְכָפוּף בִּקְרָא כְּתִיבִי תַּעֲבִירוּ שׁוֹפָר כְּתִיב בַּיּוֹבֵל וְיָלְפִינַן ר"ה מִינֵּיהּ. וְכֵיוָן דְּכוּלְּהוּ אַקְּרוּ שׁוֹפָר חוּץ מִשֶּׁל פָּרָה אַמַּאי לֹא יָצָא וְעוֹד דְּמַשְׁמַע מִילְּתַייְהוּ דְּרַבָּנָן וְר' יְהוּדָה מַחֲלֹוקֶת בִּפְנֵי עַצְמָהּ וְלָא קַייְמָא אַפְּלוּגְתָּא דת"ק וְר' יוֹסֵי. ואת"ל דַּוְקָא קָאָמְרִי א"כ הָוְיָא חֲדָא פְּלֻוגְתָּא דלת"ק כָּל הַשּׁוֹפָרוֹת כְּשֵׁרִין בֵּין בר"ה בֵּין ביה"כ בֵּין בְּתַעֲנִיּוֹת חוּץ מִשֶּׁל פָּרָה וְלֵר' יוֹסֵי אַף בְּשֶׁל פָּרָה ולת"ק דְּר' יְהוּדָה ר"ה ויה"כ בְּשֶׁל יָעֵל וְתַעֲנִיּוֹת בְּשֶׁל זְכָרִים. וְלֵר' יְהוּדָה בר"ה בְּשֶׁל זְכָרִים וּבַיּוֹבְלוֹת בְּשֶׁל יְעֵלִים אֶלָּא וַדַּאי ר' יְהוּדָה וְרַבָּנָן בַּר פְּלֻוגְתַּייְהוּ דַּוְקָא לְמִצְוָה פְּלִיגִי. וְכֵן כָּתַב הָרַמְבַּ"ן זַ"ל ג' מִדּוֹת בַּשּׁוֹפָרוֹת כָּל הַשּׁוֹפָרוֹת כְּשֵׁרִין בְּדִיעֲבַד בֵּין פְּשׁוּטִין בֵּין כְּפּוּפִין חוּץ מִשֶּׁל פָּרָה מִפְּנֵי שֶׁהוּא קֶרֶן. וּלְכַתְּחִילָּה מִצְוָה בִּכְפוּפִים וּבְכָל הַכְּפוּפִין תּוֹקְעִין וְהָא דְּקָתָנֵי בִּזְכָרִים זְכָרִים לָאו דַּוְקָא אֶלָּא אַכְּפֻופִּין לְחוּד קָפֵיד. וּנְקַט זְכָרִים לְפִי שֶׁהֵן כְּפּוּפִין וה"ה לְכָל הַכְּפוּפִין. וְכֵן ת"ק דִּנְקַט שֶׁל יָעֵל פָּשׁוּט לָאו דַּוְקָא דְּיָעֵל לָא מִיכְתָּב כְּתִיב וְלָא מִירְמָז רְמִיז אֶלָּא מִשּׁוּם דְּבָעֵי פָּשׁוּט נְקַט שֶׁל יָעֵל שֶׁהוּא פָּשׁוּט וה"ה לְכָל הַפְּשׁוּטִים. וְהָא דְּאָמַר ר' אֲבָהוּ לָמָה תּוֹקְעִין בְּשׁוֹפָר שֶׁל אַיִל לָאו דַּוְקָא נְקַט אַיִל דִּשְׁאָר כְּפוּפִים נָמֵי שָׁרִי לְכַתְּחִילָּה. אֶלָּא טַעְמָא דְּמִנְהָגָא קָא מְפָרֵשׁ וה"ק לָמָה תּוֹקְעִין בְּשׁוֹפָר שֶׁל אַיִל וּמַחֲזִירִין עָלָיו לְמִצְוָה מִן הַמֻּובְחָר כְּדֵי שֶׁיִּזְכֹּור לָנוּ עֲקֵידַת יִצְחָק. הִלְכָּךְ מִצְוָה מִן הַמֻּובְחָר בְּשֶׁל אַיִל. וְהַתּוֹסָפוֹת חָזְרוּ וְהִקְשׁוּ דְּהָא ר' לֵוִי דְּאָמַר מִצְוָה שֶׁל ר"ה ויה"כ בִּכְפוּפִים הַיְינוּ מִשּׁוּם דְּיָלֵיף ר"ה ויה"כ מְהֻדְּדֵי בִּגְזֵירָה שָׁוָה דִּשְׁבִיעִי שְׁבִיעִי כִּדְאָמַר לְקַמָּן (רֹאשׁ הַשָּׁנָה דַּף לד.) בַּבָּרַייְתָא וּכְדִתְנַן שָׁוֶה הַיּוֹבֵל לר"ה וְכוּ'. וְאִי הֲוָה מִשּׁוּם מִצְוָה בְּעָלְמָא כִּדְקָאָמַר כַּמָּה דְּכָיֵיף אִינִישׁ טְפֵי עָדִיף הַאי טַעְמָא שַׁייָּךְ דַּוְקָא בר"ה שֶׁהַתְּקִיעָה לִתְפִלָּה וּלְזִכָּרוֹן וְלֹא בַּיּוֹבֵל שֶׁאֵין הַתְּקִיעָה אֶלָּא לְסִימָן שִׁילּוּחַ עֲבָדִים וּלְהַשְׁמָטַת קַרְקָעוֹת וּמִתּוֹךְ זֶה הָיָה נִרְאֶה דְּאֵין יוֹצֵא בר"ה אֶלָּא בְּכָפוּף. ונ"ל דְּקֻושְׁיָא חֲלוּשָׁה הִיא זֹאת לִדְחוֹת כָּל הָרְאָיוֹת חֲזָקוֹת שֶׁכָּתַבְתִּי וְיֵשׁ לִדְחוֹת קֻושְׁיָא זוֹ דָּר' לֵוִי סָבַר כֵּיוָן דְּבִגְזֵרָה שָׁוָה יָלְפִי מְהֻדְּדֵי וְיֵשׁ טַעְמָא לוֹמַר בר"ה כְּפוּפִים לְמִצְוָה מֵעַתָּה כְּדֵי לְהַשְׁווֹתָם יַחַד רָאוּי גַּם ביה"כ לְהַצְרִיךְ כְּפוּפִים לְמִצְוָה. ואע"ג דְּלָא שַׁיָּיךְ בֵּיהּ הַאי טַעְמָא וְר' יְהוּדָה לֵית לֵיהּ הַךְ סְבָרָא אֶלָּא יָלֵיף ג"ש לְדִבְרֵי חוֹבָה. אֲבָל בְּדָבָר מִצְוָה לָא מְדַמֵּי לְהוּ לְהָדְדִי. וְהָרַמְבַּ"ם זַ"ל פ"א הֵל' א' כָּתַב כָּל הַשּׁוֹפָרוֹת פְּסוּלִים חוּץ מִקֶּרֶן שֶׁל כֶּבֶשׂ. וְהָרָאָבָ"ד כָּתַב עַל זֶה שֶׁהִפְרִיז מִדּוֹתָיו:
Daf 26b. « Le Yovel (Jubilé) est semblable à Roch Hachana pour la tekia (sonnerie) et pour les berachot (bénédictions). Rabbi Yehouda dit : à Roch Hachana on sonne avec du [bélier] mâle, recourbé (kafouf), et au Yovel avec du yaël (bouquetin), droit (pachout). » Et dans la Tossefta, chapitre 2 — et de même dans le Talmud de Jérusalem, halakha 5 — il est enseigné : la règle [se fait] du courant (matsouy) vers le courant et de l'inhabituel (ché-eino matsouy) vers l'inhabituel. R. Levi a dit : le shofar de Roch Hachana et de Yom Kippour, la mitsva (commandement, ici l'usage idéal) [se fait] avec des [cornes] recourbées. Et [la Guemara demande :] qu'il dise donc [simplement] 'la halakha (loi tranchée) est comme Rabbi Yehouda' ! [Réponse :] s'il avait dit 'la halakha est comme Rabbi Yehouda', j'aurais dit que même pour le Yovel [il tient] comme Rabbi Yehouda [c'est-à-dire yaël droit] ; [c'est pourquoi] il nous [l']apprend [ainsi, en enonçant le principe de R. Levi]. Et nous tranchons comme R. Levi, ainsi que l'a dit R. Abbahou plus haut (Roch Hachana 16a) : pourquoi sonne-t-on d'un shofar de bélier (ayil) ? Le Saint béni soit-Il a dit : sonnez devant Moi d'un shofar de bélier afin que Je Me souvienne pour vous de la ligature d'Its'hak fils d'Abraham (akedat Yitzhak). Et à première vue il apparaît qu'ils ne divergent que pour la mitsva [idéale, le-hathila] ; mais tous s'accordent qu'à posteriori (be-diavad) on s'acquitte aussi bien avec [une corne] de bélier qu'avec [une corne] de yaël, comme l'enseigne la première partie [de la michna, 26a] : 'tous les shofarot sont kacherim (valides) sauf celui de vache' ; et si l'on n'a pas trouvé de bélier, on s'acquitte avec [une corne] de yaël ou de bouc (izim). Et sache qu'ils divergent [seulement] sur la mitsva [idéale] : car voici, R. Levi dit 'mitsva' [et non 'obligation']. De plus, est-ce que 'droit' (pachout) et 'recourbé' (kafouf) sont écrits dans le verset ?! Il est écrit 'vous ferez passer un shofar' (Lévitique 25:9) à propos du Yovel, et nous en déduisons (yalfinan) Roch Hachana ; et puisque tous [les cornes] sont appelés 'shofar' sauf celui de vache, pourquoi ne s'acquitterait-on pas ?! De plus, il ressort de leurs propos que [la divergence] des Sages (Rabbanan) et de R. Yehouda est une mahloket (controverse) en soi, et qu'elle ne repose pas [ne dépend pas] de la divergence du premier tana (tana kama) et de R. Yossei. Et si tu veux dire (ve-im timtsi lomar) qu'ils parlent de manière stricte [d'une obligation, davka], alors c'est une seule et même divergence : pour le premier tana, tous les shofarot sont kacherim, tant à Roch Hachana qu'à Yom Kippour et aux jeûnes (taaniot), sauf celui de vache ; et pour R. Yossei, même celui de vache [est kacher] ; et pour le premier tana de [la baraita de] R. Yehouda, Roch Hachana et Yom Kippour [se font] avec du yaël, et les jeûnes avec du mâle ; et pour R. Yehouda, à Roch Hachana avec du mâle et aux Yovel avec du yaël. Mais assurément, R. Yehouda et les Sages, ses contradicteurs, ne divergent que pour la mitsva [idéale]. Et ainsi a écrit le Ramban (Nahmanide) de mémoire bénie : trois mesures [distinctions] dans les shofarot. Tous les shofarot sont kacherim à posteriori (be-diavad), aussi bien les droits que les recourbés, sauf celui de vache parce que c'est [désigné par le terme] 'corne' (keren) [et non 'shofar']. Et à priori (le-hathila) la mitsva [se fait] avec des recourbés, et l'on sonne avec toutes [sortes de cornes] recourbées ; et ce qui est enseigné '[béliers] mâles' n'est pas strict (lav davka), mais [le tana] est exigeant seulement sur le recourbé ; et il a pris [l'exemple des] mâles parce qu'ils sont recourbés, et il en va de même (ve-hou ha-din) pour tous les recourbés. Et de même le premier tana qui a pris '[celle] de yaël, droite' n'[entend] pas [cela] de manière stricte (lav davka), car le yaël n'est ni écrit [dans le verset] ni suggéré [par allusion] ; mais parce qu'il [le tana] exige du droit, il a pris [l'exemple] du yaël qui est droit, et il en va de même pour tous les droits. Et ce qu'a dit R. Abbahou 'pourquoi sonne-t-on d'un shofar de bélier' n'[entend] pas [cela] de manière stricte, [comme si] il avait pris [le bélier] davka — car les autres recourbés aussi sont permis à priori ; mais il explique la raison de la coutume (minhag), et voici ce qu'il dit : pourquoi sonne-t-on d'un shofar de bélier et le recherche-t-on [de préférence] au titre de la mitsva la plus choisie (mitsva min ha-mouvhar), afin que [le Ciel] se souvienne pour nous de la ligature d'Its'hak. Par conséquent, la mitsva la plus choisie [se fait] avec [une corne] de bélier. Et les Tossafot sont revenus [sur la question] et ont objecté : voici, R. Levi qui dit que la mitsva de Roch Hachana et de Yom Kippour [se fait] avec des recourbés, c'est parce qu'on apprend Roch Hachana et Yom Kippour l'un de l'autre (méhoudadé) par une gezera chava (analogie de termes) 'septième'-'septième', comme il est dit plus loin (Roch Hachana 34a) dans la baraita, et comme nous avons appris [dans la michna] 'le Yovel est semblable à Roch Hachana', etc. Or si [la raison] était au titre d'une simple mitsva, comme il est dit 'plus l'homme se ploie, mieux c'est', cette raison ne vaudrait (ne serait pertinente) que pour Roch Hachana, où la tekia est pour la prière (tefila) et pour le souvenir (zikaron), et non pour le Yovel, où la tekia n'est qu'un signe de libération des esclaves et d'annulation [de la vente] des terres (karkaot) ; et de là il apparaissait qu'à Roch Hachana on ne s'acquitte qu'avec du recourbé. Et il me semble que cette objection est faible pour rejeter toutes les preuves solides que j'ai écrites. Et l'on peut réfuter cette objection : R. Levi tient que, puisqu'on les apprend l'un de l'autre par gezera chava, et qu'il y a une raison de dire qu'à Roch Hachana [on utilise] des recourbés pour la mitsva, dès lors, afin de les assimiler ensemble, il convient aussi à Yom Kippour d'exiger des recourbés pour la mitsva — bien que cette raison [de l'humilité] ne s'applique pas à lui [au Yovel]. Et R. Yehouda ne tient pas ce raisonnement [d'assimilation pour l'usage idéal] ; il n'apprend la gezera chava que pour les choses obligatoires (divré hova), mais pour une chose [relevant] de la mitsva [idéale] il ne les assimile pas l'un à l'autre. Et le Rambam (Maimonide) de mémoire bénie, [Hilkhot Shofar] chapitre 1, halakha 1, a écrit : tous les shofarot sont pessoulim (invalides) sauf la corne de mouton (keveś). Et le Raavad a écrit à ce sujet qu'il [le Rambam] a excédé [outrepassé] ses [justes] mesures [c'est-à-dire est allé trop loin].
💡 Explication

R. Levi : à Roch Hachana et Yom Kippour [du Yovel] le shofar doit être recourbé (kafouf) ; le reste de l'année (jeûnes) droit. Objection : la michna dit l'inverse pour Roch Hachana (droit) ! Réponse : R. Levi suit Rabbi Yehouda (baraita), pour qui Roch Hachana = bélier recourbé.

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וְלֵימָא הִלְכְתָא כְּרַבִּי יְהוּדָה! אִי אָמְרַתְּ הִלְכְתָא כְּרַבִּי יְהוּדָה, הֲוָה אֲמִינָא: אֲפִילּוּ שֶׁל יוֹבֵל נָמֵי כְּרַבִּי יְהוּדָה סְבִירָא לֵיהּ, קָא מַשְׁמָע לַן.

Mais qu'il dise donc [simplement] : la halakha est comme Rabbi Yehouda ! [Réponse :] si tu avais dit 'la halakha est comme Rabbi Yehouda', j'aurais dit [qu'il tient] même pour [le shofar] du Yovel comme Rabbi Yehouda — [c'est pourquoi] il nous [l']apprend [ainsi, en citant la baraita].

📜 Rachi (1)
קמ"ל בר"ה אִית לֵיהּ כְּרַבִּי יְהוּדָה אֲבָל בַּיּוֹבֵל לֵית לֵיהּ מִשּׁוּם גְּזֵירָה שָׁוָה:
Il nous [l']apprend — à Roch Hachana il tient comme Rabbi Yehouda, mais au Yovel il ne tient pas [comme lui], à cause de la guezera chava [qui assimile Yovel à Roch Hachana].
💡 Explication

Objection technique : pourquoi R. Levi cite-t-il toute la baraita au lieu de dire 'halakha comme R. Yehouda' ? Réponse : cette formule aurait laissé penser qu'il suit R. Yehouda aussi pour le Yovel (yaël droit). Or R. Levi ne suit R. Yehouda que pour Roch Hachana ; pour le Yovel il l'assimile à Roch Hachana (recourbé). D'où la citation complète.

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בְּמַאי קָמִיפַּלְגִי? מַר סָבַר: בְּרֹאשׁ הַשָּׁנָה — כַּמָּה דְּכָיֵיף אִינִישׁ דַּעְתֵּיהּ, טְפֵי מְעַלֵּי; וּבְיוֹם הַכִּפּוּרִים — כַּמָּה דְּפָשֵׁיט אִינִישׁ דַּעְתֵּיהּ, טְפֵי מְעַלֵּי. וּמַר סָבַר: בְּרֹאשׁ הַשָּׁנָה — כַּמָּה דְּפָשֵׁיט אִינִישׁ דַּעְתֵּיהּ, טְפֵי מְעַלֵּי; וּבְתַעֲנִיּוֹת — כַּמָּה דְּכָיֵיף אִינִישׁ דַּעְתֵּיהּ, טְפֵי מְעַלֵּי.

Sur quoi divergent-ils ? Un maître [R.

Yehouda] tient : à Roch Hachana, plus l'homme ploie son esprit, mieux c'est ; et à Yom Kippour, plus l'homme redresse son esprit, mieux c'est. Et un [autre] maître [le tana kama] tient : à Roch Hachana, plus l'homme redresse son esprit, mieux c'est ; et aux jeûnes, plus l'homme ploie son esprit, mieux c'est.

📜 Rachi (3)
בְּמַאי קָמִיפַּלְגִי תַּנָּא קַמָּא וְרַבִּי יְהוּדָה:
Sur quoi divergent-ils — le premier tana et Rabbi Yehouda.
כַּמָּה דְּכָייֵף אִינִישׁ בִּתְפִלָּתוֹ פָּנָיו כְּבוּשִׁין לָאָרֶץ טְפֵי עָדִיף מִשּׁוּם וְהָיוּ עֵינַי וְלִבִּי שָׁם (מְלָכִים א ט׳:ג׳) הִלְכָּךְ בְּרֹאשׁ הַשָּׁנָה דְּלִתְפִלָּה וּלְהַזְכִּיר עֲקֵידַת יִצְחָק בָּא בָּעֵינַן כְּפּוּפִין וְיוֹבְלוֹת שֶׁהֵן לִקְרֹוא דְּרוֹר בָּעֵינַן פְּשׁוּטִין וּגְזֵירָה שָׁוָה לֵית לֵיהּ:
Plus l'homme ploie — dans sa prière, le visage incliné vers la terre, mieux c'est, à cause de 'que mes yeux et mon cœur y soient' (I Rois 9:3) ; c'est pourquoi à Roch Hachana, [jour] qui vient pour la prière et pour rappeler la ligature d'Its'hak, on requiert des [cornes] recourbées ; et les Yovel, qui [servent] à proclamer la liberté (dror), on requiert des [cornes] droites, et il ne détient pas la guezera chava.
כַּמָּה דִּפְשִׁיט טְפֵי עָדִיף מִשּׁוּם נִשָּׂא לְבָבֵנוּ אֶל כַּפָּיִם (אֵיכָה ג׳:מ״א) הִלְכָּךְ בְּרֹאשׁ הַשָּׁנָה בִּפְשׁוּטִין דְּלִתְפִלָּה הוּא ודיוה"כ נָמֵי מִשּׁוּם דְּשַׁוְיָיה בִּגְזֵירָה שָׁוָה וּבְתַעֲנִית דִּלְכִנּוּפְיָא לֹא אִיכְפַּת לָן וְעָבְדִינַן כְּפּוּפִין לְהֶכֵּירָא וְלֵר' לֵוִי אִית לֵיהּ כְּר' יְהוּדָה דְּלִתְפִלָּה בָּעֵינַן כְּפוּפִים וּבְיוֹם הַכִּפּוּרִים סְבִירָא לֵיהּ דְּשָׁוֶה הַיּוֹבֵל לְרֹאשׁ הַשָּׁנָה כְּרַבָּנָן הִלְכָּךְ תַּרְוַוייְהוּ בָּעֵינַן כְּפוּפִים:
Plus [l'homme] redresse, mieux c'est — à cause de 'élevons notre cœur vers les paumes' (Lamentations 3:41) ; c'est pourquoi à Roch Hachana [on sonne] avec des [cornes] droites, car c'est [un jour] de prière ; et pour Yom Kippour aussi [des droites], parce qu'il [le tana kama] l'assimile par la guezera chava ; et aux jeûnes, qui [servent] au rassemblement, peu nous importe, et l'on fait [pourtant] des [cornes] recourbées pour la distinction (heker). Quant à R. Levi, il tient comme Rabbi Yehouda que pour la prière on requiert des recourbées, et pour Yom Kippour il tient que le Yovel est semblable à Roch Hachana comme les Sages ; c'est pourquoi pour les deux on requiert des recourbées.
💡 Explication

Le cœur du débat, symbolique. Pour R. Yehouda : à Roch Hachana il faut se ployer (humilité, corne recourbée) ; à Yom Kippour du Yovel se redresser (corne droite). Pour le tana kama : l'inverse — à Roch Hachana se redresser (élan, aspiration vers le haut), et aux jeûnes se ployer (contrition dans la détresse).

Rachi rattache chaque position à un verset : se ployer = 'que mes yeux et mon cœur y soient' (I Rois 9:3) ; se redresser = 'élevons notre cœur vers les paumes [du Ciel]' (Lamentations 3:41).

🖼️ Schéma
Recourbé (humilité) ou droit (élan) ? La logique des deux positions R. Yehouda (+ R. Levi) Tana kama de la michna Roch Hachana = RECOURBÉ plus l'homme se ploie, mieux c'est 've-hayou einai ve-libi cham' Yom Kippour (Yovel) = DROIT (R. Yehouda: pas de guezera chava, Yovel = libération, non prière) Roch Hachana = DROIT plus l'homme se redresse, mieux c'est 'nissa levavenou el kapayim' Taaniot (jeûnes) = RECOURBÉ humilité dans la détresse (rassemblement, non prière formelle) R. Levi tranche comme R. Yehouda pour R.H., mais comme les Sages pour Yovel = R.H.
La logique symbolique de la mahloket : ployer ou se redresser.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).