Sougya : La fin de la sougya des mots obscurs : des Sages ignorant le sens de certains mots de l'Écriture ou de la michna (kava = voler, seirugin = par intervalles, chaloglogot = pourpier, salseleha = fouiller la Torah, matate = balai, yehav = charge) l'apprennent de la bouche d'une servante de la maison de Rabbi ou d'un voyageur arabe. Puis débute le chapitre du shofar : la michna décrit le shofar de Roch Hachana (corne droite de bouquetin, bec plaqué d'or, deux trompettes) et celui des jeûnes publics (corne recourbée de bélier, argent).
Yom Kippour du Yovel est assimilé à Roch Hachana pour la tekia et les berachot, mais Rabbi Yehouda distingue (Yovel = corne de yael). La Guemara rapporte R.
Levi (recourbé à R.H. et Kippour, droit le reste de l'année) et dévoile la logique de la mahloket : faut-il, à Roch Hachana, se ployer (humilité) ou se redresser (élan vers le haut) ?
'Untel m'a kava'a.' [Levi] ne savait pas ce que [l'homme] lui disait. Il vint interroger la maison d'étude ; on lui dit : il t'a dit 'voleur !' (gazlan), car il est écrit 'Un homme volera-t-il (ha-yikba) Dieu ?' (Malachie 3:8).
Rava de Barnich dit à Rav Achi : si j'avais été là, je lui aurais dit : comment t'a-t-il kava'a ? par quoi t'a-t-il kava'a ? et pourquoi t'a-t-il kava'a ? et de moi-même j'aurais compris. Or lui [Levi] pensait qu'il [l'homme] lui parlait d'une chose d'interdit (issour).
Suite de la sougya des mots rares (commencée 26a). Un homme reproche à Levi de l'avoir kava'a — mot qu'il ne comprend pas. La maison d'étude décode grâce au verset de Malachie : kava = voler (spolier de la teroumah/maaser).
Rava enseigne une méthode : au lieu de rester perplexe, poser des questions (comment ? par quoi ? pourquoi ?) aurait révélé le sens. Mais Levi crut à une question d'interdit (rituel), non d'argent — d'où l'échec de la méthode dans son cas.
Les Sages ne savaient pas ce qu'était 'seirugin'. Ils entendirent la servante de la maison de Rabbi qui, voyant des Sages entrer par groupes espacés, leur dit : jusqu'à quand entrerez-vous seirugin seirugin (par intervalles) ?
Le mot seirugin (d'une michna de Meguila 17a, sur celui qui lit la Meguila 'seirugin') était obscur. La servante de la maison de Rabbi, femme au parler riche, l'emploie spontanément en voyant les Sages entrer par à-coups : d'où seirugin = par intervalles.
Les Sages ne savaient pas ce qu'étaient les 'chaloglogot'. Un jour ils entendirent la servante de la maison de Rabbi qui, voyant un homme éparpiller ses parpahini (pourpiers), lui dit : jusqu'à quand disperseras-tu tes chaloglogot ?
Autre mot rare, chaloglogot (Yoma 18a : les mets qu'on ne donne pas au Cohen Gadol). La servante, voyant un homme disperser du pourpier (parpahini), l'appelle chaloglogot : le mot désigne le pourpier, une plante potagère.
Les Sages ne savaient pas ce que signifiait 'salseleha et elle t'élèvera' (Proverbes 4:8). Un jour ils entendirent la servante de la maison de Rabbi qui disait à un homme en train de retourner ses cheveux : jusqu'à quand mesalsel-eras-tu (boucleras-tu) tes cheveux ?
Le verbe salseleha (Proverbes 4:8) restait énigmatique. La servante, voyant un homme boucler/retourner ses cheveux (mesalsel), l'emploie : d'où le sens du verset — fouiller, retourner la Torah (chercher dans ses trésors cachées), et elle t'élèvera.
Les Sages ne savaient pas ce que signifiait 'et je la balaierai du balai (be-matate) de l'extermination' (Isaie 14:23). Un jour ils entendirent la servante de la maison de Rabbi qui disait à sa compagne : prends le balai (tateita) et balaie (tati) la maison.
Les mots matate / tateita (Isaie 14:23) étaient inconnus. La servante dit à sa collègue : prends le balai et balaie la maison — révélant que matate = balai et tati = balayer.
Les Sages ne savaient pas ce que signifiait 'jette sur l'Éternel ton yehav-cha et Il te soutiendra' (Psaumes 55:23). Rabba bar bar Hana dit : un jour je marchais avec un certain Arabe (taya) ; je portais une charge, et il me dit : prends ton yehav et pose-le sur mon chameau.
Le mot yehav (Psaumes 55:23) était obscur. C'est un voyageur arabe (taya) qui l'éclaire : voyant Rabba bar bar Hana porter une charge, il lui dit 'pose ton yehav sur mon chameau'. Donc yehav = fardeau, charge — 'jette ta charge sur [le Ciel]'.
MICHNA. Le shofar de Roch Hachana [était] de yael (bouquetin), droit (pachout), et son bec plaqué d'or ; et deux trompettes de part et d'autre.
Le shofar prolonge [le son] et les trompettes [le] raccourcissent, car la mitsva du jour est avec le shofar.
Début du chapitre. Au Temple, à Roch Hachana : shofar de corne droite de bouquetin (yaël, pachout), bec plaqué d'or, encadré de deux trompettes. Le shofar sonne plus longtemps (on l'entend seul après l'arrêt des trompettes), car la mitsva du jour = le shofar.
Et aux jeûnes publics (taaniot), [le shofar était] de [béliers] mâles, recourbés, et leur bec plaqué d'argent ; et deux trompettes au milieu. Le shofar raccourcit [le son] et les trompettes [le] prolongent, car la mitsva du jour est avec les trompettes.
Aux jeûnes publics (taaniot, en période de sécheresse/détresse) : shofar de corne recourbée de bélier, bec d'argent, avec deux trompettes au milieu. Ici c'est l'inverse : les trompettes sonnent plus longtemps, car la mitsva du jour = les trompettes (le rassemblement du peuple).
Le Yovel (Jubilé) est semblable à Roch Hachana pour la tekia (sonnerie) et pour les berachot (bénédictions). Rabbi Yehouda dit : à Roch Hachana on sonne avec du [bélier] mâle, et aux Yovel avec du yaël (bouquetin).
Fin de la michna : le Yom Kippour de l'année du Yovel est assimilé à Roch Hachana pour la tekia (donc corne droite de yaël, selon le tana kama) et pour les neuf berachot de la Amida. Rabbi Yehouda conteste : à Roch Hachana on sonne du bélier recourbé, et au Yovel du yaël droit — inversion complète.
GUEMARA. Rabbi Levi dit : la mitsva de Roch Hachana et de Yom Kippour [se fait] avec des [cornes] recourbées, et celle de toute l'année avec des [cornes] droites.
Mais n'avons-nous pas appris [dans la michna] : le shofar de Roch Hachana [est] de yaël, droit ?! [R.
Levi] a dit [cela] selon ce tana, comme il a été enseigné (baraita) : Rabbi Yehouda dit : à Roch Hachana on sonnait avec des [béliers] mâles, recourbés, et aux Yovel avec du yaël.
R. Levi : à Roch Hachana et Yom Kippour [du Yovel] le shofar doit être recourbé (kafouf) ; le reste de l'année (jeûnes) droit. Objection : la michna dit l'inverse pour Roch Hachana (droit) ! Réponse : R. Levi suit Rabbi Yehouda (baraita), pour qui Roch Hachana = bélier recourbé.
Mais qu'il dise donc [simplement] : la halakha est comme Rabbi Yehouda ! [Réponse :] si tu avais dit 'la halakha est comme Rabbi Yehouda', j'aurais dit [qu'il tient] même pour [le shofar] du Yovel comme Rabbi Yehouda — [c'est pourquoi] il nous [l']apprend [ainsi, en citant la baraita].
Objection technique : pourquoi R. Levi cite-t-il toute la baraita au lieu de dire 'halakha comme R. Yehouda' ? Réponse : cette formule aurait laissé penser qu'il suit R. Yehouda aussi pour le Yovel (yaël droit). Or R. Levi ne suit R. Yehouda que pour Roch Hachana ; pour le Yovel il l'assimile à Roch Hachana (recourbé). D'où la citation complète.
Sur quoi divergent-ils ? Un maître [R.
Yehouda] tient : à Roch Hachana, plus l'homme ploie son esprit, mieux c'est ; et à Yom Kippour, plus l'homme redresse son esprit, mieux c'est. Et un [autre] maître [le tana kama] tient : à Roch Hachana, plus l'homme redresse son esprit, mieux c'est ; et aux jeûnes, plus l'homme ploie son esprit, mieux c'est.
Le cœur du débat, symbolique. Pour R. Yehouda : à Roch Hachana il faut se ployer (humilité, corne recourbée) ; à Yom Kippour du Yovel se redresser (corne droite). Pour le tana kama : l'inverse — à Roch Hachana se redresser (élan, aspiration vers le haut), et aux jeûnes se ployer (contrition dans la détresse).
Rachi rattache chaque position à un verset : se ployer = 'que mes yeux et mon cœur y soient' (I Rois 9:3) ; se redresser = 'élevons notre cœur vers les paumes [du Ciel]' (Lamentations 3:41).
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).