Sougya : Suite de l'analyse de la Michna sur le shofar de Roch Hachana. La Guemara demande comment une embouchure plaquée d'or peut être valide (Abaye : le placage n'est pas à l'endroit où l'on pose la bouche).
Puis la grande question : peut-on discerner deux sons simultanés, celui du shofar et celui des deux trompettes ? On invoque zakhor et shamor dits en un seul énoncé divin ; après plusieurs réfutations (fin sans début, écho dans un puits, teqia prolongée), la conclusion est que deux sons d'un même émetteur sont indiscernables, mais de deux émetteurs distincts ils le sont — surtout quand la chose est chère (haviv), comme le Hallel ou la Meguila lus par dix.
On explique ensuite pourquoi l'embouchure est d'or à Roch Hachana et d'argent aux jeûnes (honneur de la fête vs ménagement de l'argent d'Israël), puis que shofar et trompettes ensemble ne valent qu'au Temple (Ps 98:6). Enfin, Rav Chmouel bar Yitzhak sur la formule 'ce jour, début de Ton œuvre' selon R.
Eliezer (monde créé en Tichri), et la Michna finale : un shofar fendu puis recollé, ou fait de fragments recollés, est passoul (invalide).
[La Michna a enseigné :] 'et son embouchure était plaquée d'or'. Mais n'a-t-on pas enseigné (baraita) : s'il l'a plaquée d'or à l'endroit où l'on pose la bouche (mekom hanahat pé) — [le shofar est] passoul (invalide) ; [s'il l'a plaquée] ailleurs qu'à l'endroit où l'on pose la bouche — kacher (valide) !
Abaye dit : lorsque nous avons enseigné aussi notre Michna, c'est 'ailleurs qu'à l'endroit où l'on pose la bouche' que nous avons enseigné.
La Michna disait que l'embouchure du shofar de Roch Hachana était plaquée d'or. Difficulté : une baraita déclare passoul (invalide) un shofar plaqué d'or à l'endroit même où l'on pose la bouche, car alors la sonnerie se fait dans l'or et non dans le shofar. Abaye résout : la Michna parle d'un placage situé ailleurs que l'embouchure proprement dite (un peu plus haut).
[La Michna :] 'et deux trompettes (hatzotzerot) sur les côtés'. Mais deux sons, les entend-on [distinctement] ?
Or n'a-t-on pas enseigné (baraita) : 'Souviens-toi' (zakhor) et 'Garde' (shamor) furent dits en un seul énoncé (be-dibbour ehad) — ce que la bouche ne peut prononcer ni l'oreille entendre ! C'est pourquoi l'on prolonge [le son] du shofar.
La Michna place deux trompettes de part et d'autre du sonneur. Objection : peut-on percevoir deux sons à la fois ? Preuve que non : au Sinaï, zakhor ('Souviens-toi', Ex 20:8) et shamor ('Garde', Dt 5:12) furent prononcés en un seul énoncé divin, chose impossible à la bouche humaine et à l'oreille. Réponse : on prolonge le son du shofar pour qu'il soit entendu seul.
Est-ce à dire que celui qui entend la fin d'une sonnerie sans [en avoir entendu] le début s'est acquitté [de son obligation] ? Et par voie de conséquence : celui qui entend le début d'une sonnerie sans [en entendre] la fin s'est [aussi] acquitté ?
Réfutation : si l'on prolonge le shofar pour n'en entendre que la fin (une fois les trompettes tues), cela suppose qu'entendre la fin sans le début suffit à s'acquitter. Or il s'ensuivrait aussi qu'entendre le début sans la fin suffit — résultat problématique qui servira à objecter des deux côtés.
Viens et entends (ta chema) : s'il a sonné la première (teqia) et prolongé la seconde comme deux (kichtayim) — il n'a en main qu'une seule (teqia). Pourquoi ?
Que cela lui compte pour deux ! [Réponse :] on ne coupe pas les sonneries l'une de l'autre (pessouqé teqiata mehadadé lo pasqinan).
Preuve tirée d'une michna : celui qui, entre deux séries, prolonge la teqia finale de la première série à la longueur de deux teqiot, ne se voit compter qu'une seule sonnerie. Or si une moitié de son valait, cela devrait compter pour deux ! Réponse : même si l'on s'acquitte d'une moitié de son, on ne scinde pas une sonnerie en deux.
Viens et entends : celui qui sonne dans un puits (bor), une citerne (dout) ou une grande jarre (pitas) — s'il a entendu le son du shofar, il s'est acquitté ; mais s'il a entendu un son d'écho (kol havara), il ne s'est pas acquitté. Pourquoi ?
Qu'il s'acquitte par le début de la sonnerie, avant que le son ne se brouille [avec l'écho] !
Autre preuve : qui sonne dans un puits, une citerne ou une grande jarre s'acquitte s'il entend le vrai son du shofar, mais non s'il n'entend qu'un écho. Or, si une moitié de son suffisait, il devrait s'acquitter par le début du son, entendu clairement avant que l'écho ne le brouille !
Plutôt : deux sons [venant] d'un seul homme (mehad gavra) — ne s'entendent pas [distinctement] ; [venant] de deux hommes (mitré gavré) — s'entendent.
Nouvelle thèse : le principe des deux sons vaut seulement pour un seul émetteur. Deux sons d'une même source (comme zakhor et shamor de la seule bouche divine) sont indiscernables ; mais deux sons de deux sources distinctes (shofar / trompettes, tenus par des personnes différentes) se laissent discerner.
Et de deux hommes, [les] entend-on [vraiment distinctement] ? Or n'a-t-on pas enseigné (baraita) : pour la Torah — un seul lit et un seul traduit (metarguem), pourvu qu'il n'y ait pas deux qui lisent et deux qui traduisent !
Contre-objection : deux sons de deux hommes seraient-ils vraiment discernables ? Une baraita sur la lecture publique de la Torah exige qu'un seul lise et un seul traduise (en araméen), et interdit que deux lisent et deux traduisent en même temps — preuve que deux voix ne se distinguent pas.
Ceci n'est comparable qu'à la fin (séfa) [de la baraita] : pour le Hallel et la Meguila — même dix lisent [ensemble]. Preuve : puisque [la chose] est chère (haviv), [chacun] y prête son attention (yahiv daateih) ; ici aussi : puisque [le shofar] est cher, [l'auditeur] y prête son attention et [l']entend.
Réponse : le cas du shofar ressemble à la fin de la baraita — pour le Hallel et la Meguila, même dix personnes peuvent lire ensemble, car ce qui est cher (haviv) retient l'attention. De même, le son du shofar, nouveau et cher, capte l'attention de l'auditeur qui le distingue des trompettes.
Alors, pourquoi prolonge-t-on [le son] du shofar ? Pour faire savoir que la mitsva du jour [se réalise] par le shofar.
Puisque le son du shofar est de toute façon discernable, pourquoi le prolonger ? Non par nécessité auditive, mais pour faire savoir que la mitsva propre du jour (Roch Hachana) s'accomplit spécifiquement par le shofar, et non par les trompettes.
[La Michna :] 'et aux jeûnes (taaniyot), [on sonnait] avec des [cornes] de béliers recourbées, et leur embouchure était plaquée d'argent'. En quoi est-ce différent là-bas, [où c'est] de l'or, et ici, [où c'est] de l'argent ?
Si tu veux, dis : tout rassemblement (kinoufya) [se fait] avec de l'argent, comme il est écrit : 'Fais-toi deux trompettes d'argent' (Nb 10:2). Et si tu veux, dis : la Torah ménage l'argent (mamon) d'Israël.
La Michna oppose l'or (Roch Hachana) a l'argent (jours de jeûne). Pourquoi ? Deux réponses : (1) tout instrument de rassemblement est d'argent, d'après 'deux trompettes d'argent' (Nb 10:2) ; (2) la Torah ménage l'argent d'Israël (principe général d'économie), l'argent coûtant moins que l'or.
Là-bas aussi, faisons[-le] d'argent ! [Réponse :] malgré cela, l'honneur du jour de fête (kevod yom tov) prime.
Objection : si la Torah ménage l'argent, que le shofar de Roch Hachana soit lui aussi plaqué d'argent ! Réponse : à Roch Hachana, jour de fête (yom tov), l'honneur du jour prime et justifie l'or ; un jour de jeûne, sans caractère festif, l'argent suffit.
Rav Papa bar Chmouel songea à agir (le-meebad ouvda) conformément à la Michna [shofar et trompettes ensemble]. Rava lui dit : on n'a dit cela qu'au Temple (be-Mikdach).
Ainsi a-t-on aussi enseigné (baraita) : dans quel cas cela est-il dit ? Au Temple ; mais en province (ba-guevoulin), là où il y a des trompettes — il n'y a pas de shofar ; là où il y a un shofar — il n'y a pas de trompettes.
Rav Papa bar Chmouel voulut appliquer partout la pratique de la Michna (shofar et trompettes ensemble). Rava l'en dissuade : cela ne vaut qu'au Temple. En province, on ne réunit jamais les deux : là où il y a trompettes (jeûnes), pas de shofar ; là où il y a shofar (Roch Hachana, Yovel), pas de trompettes.
Et ainsi l'instaura Rabbi Halafta à Tzippori, et Rabbi Hanania ben Teradyon à Sikhni ; et lorsque la chose parvint aux Sages, ils dirent : ils n'agissaient ainsi qu'aux portes de l'Est et sur le mont du Temple (Har ha-Bayit) seulement.
R. Halafta (à Tzippori) et R. Hanania ben Teradyon (à Sikhni) instaurèrent [en province] l'usage de la Michna. Mais les Sages corrigent : cette pratique [combinée] ne valait qu'aux portes de l'Est et sur le mont du Temple — donc pas ailleurs.
Rava dit, et certains disent Rabbi Yehochoua ben Levi : quel est le verset [qui le prouve] ? Comme il est écrit : 'Avec des trompettes et le son du shofar, sonnez devant le Roi, l'Éternel' (Ps 98:6) — [c'est] devant le Roi, l'Éternel, que nous avons besoin de trompettes et du son du shofar [ensemble], mais en général (be-alma) — non.
Source scripturaire (Rava, ou R. Yehochoua ben Levi) : 'Avec des trompettes et le son du shofar, sonnez devant le Roi, l'Éternel' (Ps 98:6). L'expression 'devant le Roi' désigne le Temple : c'est là seulement qu'on réunit trompettes et shofar ; ailleurs (be-alma), non.
[La Michna :] 'le Yovel est semblable à Roch Hachana pour la sonnerie et pour les bénédictions, etc.' Rav Chmouel bar Yitzhak dit : selon qui prions-nous aujourd'hui [en disant] 'Ce jour est le début de Tes œuvres, souvenir du premier jour' (zeh ha-yom tehilat maassekha) ? Selon qui ?
Selon Rabbi Eliezer, qui dit : c'est en Tichri que le monde fut créé.
La Michna : le Yovel (Kippour de l'année jubilaire) est comme Roch Hachana pour les sonneries et les bénédictions. Rav Chmouel bar Yitzhak : la formule que nous disons, 'Ce jour est le début de Tes œuvres' (zeh ha-yom tehilat maassekha), suit l'avis de R. Eliezer, pour qui le monde fut créé en Tichri — d'où l'on rappelle que Roch Hachana est le premier jour.
Rav Eina objecte : 'le Yovel est semblable à Roch Hachana pour la sonnerie et pour les bénédictions' — or il y a [la formule] 'Ce jour est le début de Tes œuvres, souvenir du premier jour', qui existe à Roch Hachana et n'existe pas au Yovel ! [Réponse :] quand [la Michna] enseigne [la similitude], c'est sur le reste (à-cheara).
Rav Eina objecte : si Yovel est en tout semblable à Roch Hachana pour les bénédictions, qu'en est-il de 'zeh ha-yom tehilat maassekha' — qui se dit à Roch Hachana mais pas au Yovel (qui n'est ni 'début des œuvres' ni 'premier jour') ? Réponse : la Michna enseigne la similitude pour le reste des bénédictions ; cette ligne-là est bien omise au Yovel.
Rav Chicha, fils de Rav Idi, enseignait ainsi : Rav Chmouel bar Yitzhak dit : ce que nous avons appris (Michna) — 'le Yovel est semblable à Roch Hachana pour la sonnerie et pour les bénédictions' — selon qui [est-ce] ? [C'est] non selon Rabbi Eliezer ; car si [c'était] selon Rabbi Eliezer, puisqu'il dit que c'est en Tichri que le monde fut créé, or il y a [la formule] 'Ce jour est le début de Tes œuvres, souvenir du premier jour', qui existe à Roch Hachana et n'existe pas au Yovel !
[Réponse :] quand [la Michna] enseigne, c'est sur le reste.
Version inverse de Rav Chicha bar Rav Idi : la Michna 'Yovel = Roch Hachana' serait non selon R. Eliezer. Car si le monde à été créé en Tichri (R. Eliezer), la formule 'zeh ha-yom' existerait à Roch Hachana mais pas au Yovel, brisant l'identité. Même réponse : la similitude porte sur le reste des bénédictions.
MICHNA. Un shofar qui s'est fendu (nisdak) puis qu'on a recollé (dibbeko) — passoul (invalide).
[Si] l'on a collé des fragments de shofarot (chivré chofarot) — passoul.
Nouvelle Michna sur la validité matérielle du shofar. Un shofar fendu puis recollé, même s'il paraît entier, est passoul (invalide), car il est comme deux shofarot. De même, un shofar reconstitué en collant des fragments de plusieurs shofarot est passoul.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).