Rosh Hashanah 27a — embouchure d'or, discerner deux sons (shofar et trompettes), Temple vs province, et 'ce jour, début de Ton œuvre'

Rosh Hashanah 27a

Sougya : Suite de l'analyse de la Michna sur le shofar de Roch Hachana. La Guemara demande comment une embouchure plaquée d'or peut être valide (Abaye : le placage n'est pas à l'endroit où l'on pose la bouche).

Puis la grande question : peut-on discerner deux sons simultanés, celui du shofar et celui des deux trompettes ? On invoque zakhor et shamor dits en un seul énoncé divin ; après plusieurs réfutations (fin sans début, écho dans un puits, teqia prolongée), la conclusion est que deux sons d'un même émetteur sont indiscernables, mais de deux émetteurs distincts ils le sont — surtout quand la chose est chère (haviv), comme le Hallel ou la Meguila lus par dix.

On explique ensuite pourquoi l'embouchure est d'or à Roch Hachana et d'argent aux jeûnes (honneur de la fête vs ménagement de l'argent d'Israël), puis que shofar et trompettes ensemble ne valent qu'au Temple (Ps 98:6). Enfin, Rav Chmouel bar Yitzhak sur la formule 'ce jour, début de Ton œuvre' selon R.

Eliezer (monde créé en Tichri), et la Michna finale : un shofar fendu puis recollé, ou fait de fragments recollés, est passoul (invalide).

Peut-on discerner deux sons simultanés ? (le shofar et les deux trompettes) Question : entend-on shofar + trompettes ? zakhor et shamor (un seul énoncé) l'oreille ne peut saisir deux sons -> on prolonge le shofar réfute : fin sans début = valide ? alors début sans fin aussi (puits, teqia longue...) Distinction finale (de la Guemara) deux sons d'UN même émetteur : indiscernables ; de DEUX émetteurs : discernables Condition : si la chose est chère (haviv), on y prête attention comme le Hallel/la Meguila lus par dix -> le shofar, nouveau et cher, est saisi
La sougya sur la perception de deux sons simultanés (segments 1-8).
Or ou argent ? le placage de l'embouchure selon l'occasion Roch Hachana / Yovel embouchure plaquée OR (zahav) raison : honneur du jour de fête (kevod yom tov) prime shofar (corne de bélier courbe) Jours de jeûne public embouchure plaquée ARGENT (kesef) 1. tout rassemblement = argent (deux trompettes d'argent, Nb 10:2) 2. la Torah ménage l'argent d'Israël Même lorsqu'il y a des trompettes, l'argent suffit ; l'or est réservé à l'honneur de la fête.
Or ou argent : le placage de l'embouchure selon l'occasion (segments 9-10).
Shofar ET trompettes ensemble : uniquement au Temple Au Temple (be-Mikdach) shofar + deux trompettes ensemble (comme la Michna) 'devant le Roi, l'Éternel' (Ps 98:6) En province (ba-guevoulin) jamais les deux ensemble shofar seul (R.H., Yovel) OU trompettes seules (jeûnes) R. Halafta, R. Hanania se trompent Portes de l'Est et mont du Temple exceptés : la seule Rava/R. Yehochoua b. Levi. Rav Papa b. Chmouel voulut appliquer la Michna partout ; Rava l'en dissuada.
Shofar et trompettes réunis : privilège du Temple seul (segments 11-13).
'Ce jour, début de Ton œuvre' : quand le monde fut-il créé ? R. Eliezer le monde fut créé en Tichri -> on dit 'zeh ha-yom tehilat maassekha' à R.H. R. Yehochoua le monde fut créé en Nissan (Rabbenou Tam : cru en Tichri, formé en Nissan) Deux versions sur la Michna 'Yovel = R.H.' Rav Chmouel b. Yitzhak : selon R. Eliezer ; Rav Chicha : PAS selon R. Eliezer
'Ce jour, début de Ton oeuvre' et le débat R. Eliezer / R. Yehochoua (segments 14-16).
1
וּפִיו מְצֻופֶּה זָהָב. וְהַתַּנְיָא: צִיפָּהוּ זָהָב בִּמְקוֹם הַנָּחַת פִּיו — פָּסוּל, שֶׁלֹּא בִּמְקוֹם הַנָּחַת פִּיו — כָּשֵׁר! אָמַר אַבַּיֵּי: כִּי תְּנַן נָמֵי מַתְנִיתִין — שֶׁלֹּא בִּמְקוֹם הַנָּחַת פֶּה תְּנַן.

[La Michna a enseigné :] 'et son embouchure était plaquée d'or'. Mais n'a-t-on pas enseigné (baraita) : s'il l'a plaquée d'or à l'endroit où l'on pose la bouche (mekom hanahat pé) — [le shofar est] passoul (invalide) ; [s'il l'a plaquée] ailleurs qu'à l'endroit où l'on pose la bouche — kacher (valide) !

Abaye dit : lorsque nous avons enseigné aussi notre Michna, c'est 'ailleurs qu'à l'endroit où l'on pose la bouche' que nous avons enseigné.

📜 Rachi (1)
וּפִיו מְצֻופֶּה זָהָב כו' בִּמְקוֹם הַנָּחַת פֶּה פָּסוּל שֶׁהַתְּקִיעָה בְּזָהָב וְלֹא בַּשּׁוֹפָר:
Et son embouchure était plaquée d'or... à l'endroit où l'on pose la bouche, passoul — car [alors] la sonnerie (teqia) se fait dans l'or et non dans le shofar.
💡 Explication

La Michna disait que l'embouchure du shofar de Roch Hachana était plaquée d'or. Difficulté : une baraita déclare passoul (invalide) un shofar plaqué d'or à l'endroit même où l'on pose la bouche, car alors la sonnerie se fait dans l'or et non dans le shofar. Abaye résout : la Michna parle d'un placage situé ailleurs que l'embouchure proprement dite (un peu plus haut).

2
וּשְׁתֵּי חֲצוֹצְרוֹת מִן הַצְּדָדִים. וּתְרֵי קָלֵי מִי מִשְׁתַּמְעִי? וְהַתַּנְיָא: ״זָכוּר״ וְ״שָׁמוּר״, בְּדִיבּוּר אֶחָד נֶאֶמְרוּ, מַה שֶׁאֵין הַפֶּה יְכוֹלָה לְדַבֵּר וְאֵין הָאֹוזֶן יְכוֹלָה לִשְׁמוֹעַ! לְכָךְ מַאֲרִיךְ בְּשׁוֹפָר.

[La Michna :] 'et deux trompettes (hatzotzerot) sur les côtés'. Mais deux sons, les entend-on [distinctement] ?

Or n'a-t-on pas enseigné (baraita) : 'Souviens-toi' (zakhor) et 'Garde' (shamor) furent dits en un seul énoncé (be-dibbour ehad) — ce que la bouche ne peut prononcer ni l'oreille entendre ! C'est pourquoi l'on prolonge [le son] du shofar.

📜 Rachi (1)
לְכָךְ מַאֲרִיךְ בַּשּׁוֹפָר תֵּירוּצָא הוּא:
C'est pourquoi l'on prolonge [le son] du shofar — c'est [là] une réponse (teroutza).
💡 Explication

La Michna place deux trompettes de part et d'autre du sonneur. Objection : peut-on percevoir deux sons à la fois ? Preuve que non : au Sinaï, zakhor ('Souviens-toi', Ex 20:8) et shamor ('Garde', Dt 5:12) furent prononcés en un seul énoncé divin, chose impossible à la bouche humaine et à l'oreille. Réponse : on prolonge le son du shofar pour qu'il soit entendu seul.

3
לְמֵימְרָא דְּכִי שָׁמַע סוֹף תְּקִיעָה בְּלֹא תְּחִילַּת תְּקִיעָה יָצָא, וּמִמֵּילָא: תְּחִילַּת תְּקִיעָה בְּלֹא סוֹף תְּקִיעָה יָצָא?

Est-ce à dire que celui qui entend la fin d'une sonnerie sans [en avoir entendu] le début s'est acquitté [de son obligation] ? Et par voie de conséquence : celui qui entend le début d'une sonnerie sans [en entendre] la fin s'est [aussi] acquitté ?

📜 Rachi (1)
וּמִמֵּילָא כו' דְּמַה לִי סוֹף בְּלֹא תְּחִילָּה וּמַה לִי תְּחִילָּה בְּלֹא סוֹף וּמִשּׁוּם דְּבָעֵי לְאוֹתוֹבֵי אַתַּרְוַיְיהוּ דִּייֵּק הַךְ דִּיּוּקָא:
Et par voie de conséquence... — car quelle différence entre [entendre] la fin sans le début et [entendre] le début sans la fin ? Et parce qu'[on] veut objecter sur les deux [cas], on affine cette déduction.
💡 Explication

Réfutation : si l'on prolonge le shofar pour n'en entendre que la fin (une fois les trompettes tues), cela suppose qu'entendre la fin sans le début suffit à s'acquitter. Or il s'ensuivrait aussi qu'entendre le début sans la fin suffit — résultat problématique qui servira à objecter des deux côtés.

4
תָּא שְׁמַע: תָּקַע בָּרִאשׁוֹנָה וּמָשַׁךְ בַּשְּׁנִיָּה כִּשְׁתַּיִם — אֵין בְּיָדוֹ אֶלָּא אַחַת. אַמַּאי? תִּיסָּלֵק לֵיהּ בָּתַרְתִּי! פַּסּוֹקֵי תְּקִיעָתָא מֵהֲדָדֵי לָא פָּסְקִינַן.

Viens et entends (ta chema) : s'il a sonné la première (teqia) et prolongé la seconde comme deux (kichtayim) — il n'a en main qu'une seule (teqia). Pourquoi ?

Que cela lui compte pour deux ! [Réponse :] on ne coupe pas les sonneries l'une de l'autre (pessouqé teqiata mehadadé lo pasqinan).

📜 Rachi (2)
תָּקַע בָּרִאשׁוֹנָה בִּפְשׁוּטָה שֶׁלִּפְנֵי הַתְּרוּעָה:
Il a sonné la première — la [teqia] simple (peshouta) qui précède la teroua.
וּמָשַׁךְ בַּשְּׁנִיָּה כִּשְׁתַּיִם לְפִי שֶׁהָיָה צָרִיךְ לִתְקֹועַ כָּאן ב' תְּקִיעוֹת רְצוּפוֹת אַחַת לִפְשׁוּטָה לְאַחֲרֶיהָ דְּמַלְכֻיוֹת וְאַחַת לִפְשׁוּטָה לְפָנֶיהָ דְּזִכְרוֹנוֹת:
Et prolonge la seconde comme deux — parce qu'il fallait ici sonner deux teqiot consécutives : l'une comme [teqia] simple après [la teroua] des Malkhouyot, et l'autre comme [teqia] simple avant [la teroua] des Zikhronot.
⚖️ Rosh (1)
מַתְנִי' סֵדֶר תְּקִיעוֹת שָׁלֹשׁ שֶׁל שָׁלֹשׁ שָׁלֹשׁ שִׁיעוּר תְּקִיעָה כג' תְּרוּעוֹת וְשִׁיעוּר תְּרוּעָה כְּשָׁלֹשׁ יְבָבוֹת תָּקַע בָּרִאשׁוֹנָה וּמָשַׁךְ בַּשְּׁנִיָּה כִּשְׁתַּיִם אֵין בְּיָדוֹ אֶלָּא אַחַת. פִּי' בַּשְּׁנִיָּה הַיְינוּ בִּתְקִיעָה אַחֲרוֹנָה שֶׁל מַלְכֻיוֹת הֶאֱרִיךְ בָּהּ כְּשִׁיעוּר שְׁתֵּי תְּקִיעוֹת כְּדֵי שֶׁתַּעֲלֶה לוֹ גַּם לִתְקִיעָה רִאשׁוֹנָה שֶׁל הַזִּכְרוֹנוֹת אֵין בְּיָדוֹ אֶלָּא אַחַת. דְּאַפְּסוּקֵי תְּקִיעָה אַחַת לִשְׁתַּיִם לָא מְפַסְּקִינַן. בִּירוּשַׁלְמִי הֵל' יא גָּרְסִי' עֲלָהּ דְּהַךְ מִשְׁנָה ר' אַבָּא בַּר זַבְדָּא בְּשֵׁם ר' זֵירָא אוֹמֵר אַפֵּי' אַחַת אֵין בְּיָדוֹ לָמָּה רֹאשָׁהּ גַּבֵּי סוֹפָהּ מִצְטָרֵף וְסוֹפָהּ גַּבֵּי רֹאשָׁהּ מִצְטָרֵף לָא רֵישָׁא אִית לֵיהּ סֵיפָא וְלָא סֵיפָא אִית לֵיהּ רֵישָׁא אַלְמָא דִּשְׁנִיָּה לֹא עָלְתָה לוֹ כְּלוּם. וּמְפָרֵשׁ דְּאֵין בְּיָדוֹ אֶלָּא אַחַת תְּקִיעָה רִאשׁוֹנָה. וּמְבִיאִין סַעַד לְדִבְרֵיהֶם דְּאִי אַאַחֲרוֹנָה קָאֵי לָמָּה לֵיהּ לְמֵימַר תָּקַע בָּרִאשׁוֹנָה לֵימָא הֶאֱרִיךְ וְתָקַע בַּשְּׁנִיָּה כִּשְׁתַּיִם אֵין בְּיָדוֹ אֶלָּא אַחַת. ונ"ל דְּהַאי סַעַד אֵין בּוֹ מַמָּשׁ דְּאַכַּתִּי הֲוָה מָצֵי לְמִיתְנֵי הֶאֱרִיךְ וְתָקַע בַּשְּׁנִיָּה כִּשְׁתַּיִם אֵין בְּיָדוֹ כְּלוּם וְלָא הֲוָה צָרִיךְ לְמִיתְנֵי תָּקַע בָּרִאשׁוֹנָה כְּדֵי לְסַייֵּם אֵין בְּיָדוֹ אֶלָּא אַחַת אֶלָּא וַדַּאי הַאי דִּנְקַט תָּקַע בָּרִאשׁוֹנָה מִשּׁוּם דְּמִינָּהּ יָדְעִינַן דְּהֶאֱרִיךְ בַּשְּׁנִיָּה כִּשְׁתַּיִם כֵּיוָן דְּהֶאֱרִיךְ בָּהּ יוֹתֵר מִבְּרִאשׁוֹנָה. דְּאִי לָאו הָכִי הֵיכִי יָדְעִינַן דְּמָשַׁךְ בָּהּ כִּשְׁתַּיִם הָא אֵין שִׁיעוּר בִּתְקִיעָה לְמַעְלָה דְּכָל מַאי דְּבָעֵי מַאֲרִיךְ בָּהּ אֲבָל הַשְׁתָּא מוֹכַחַת הָרִאשׁוֹנָה עַל הַשְּׁנִיָּה שֶׁהִיא כִּשְׁתַּיִם וְקָשֶׁה לִי עַל הַךְ פֵּירוּשָׁא מִדְּפָרִיךְ לְעֵיל פֶּרֶק רָאוּהוּ ב"ד (רֹאשׁ הַשָּׁנָה דַּף כז.) וְכֹחַ. וְאַמַּאי לְיַסְלִיק בָּתַרְתִּי אַלְמָא דִּפְשִׁיטָא לֵיהּ לַגְּמָרָא דִּידַן דְּלַחֲדָא מִיהָא סָלְקָא. וְגַם מִדִּמְשַׁנֵּי פְּסוּקֵי תְּקִיעָה מְהֻדְּדֵי לָא מְפַסְּקִינַן מַשְׁמַע דִּלְתַרְתֵּי לָא פָּסְקִי אֲבָל לַחֲדָא מִיהָא סָלְקָא. וצ"ל דִּגְמָרָא דִּידַן פְּלִיג אַהָא דִּירוּשַׁלְמִי. ונ"ל לְפָרֵשׁ גְּמָרָא דִּידַן כְּמוֹ הַיְרוּשַׁלְמִי וְהָכִי פֵּירוּשָׁהּ וְלִיסַלֵּיק לֵיהּ בָּתַרְתִּי תְּחִלָּתָהּ לְסוֹף מַלְכֻיוֹת וְסוֹפָהּ לִתְחִילַּת זִכְרוֹנוֹת. וּמְשַׁנֵּי פַּסּוֹקֵי תְּקִיעָתָא מֵהֲדָדֵי לָא פָּסְקִינַן. וְכֵיוָן דְּאִי אֶפְשָׁר לְחַלֵּק לִשְׁנַיִם גַּם בַּחֲדָא נָמֵי לָא סָלְקָא כְּדִמְפָרֵשׁ טַעְמָא בִּירוּשַׁלְמִי כֵּיוָן שֶׁהָיָה בְּדַעְתּוֹ שֶׁהֵן שְׁתֵּי תְּקִיעוֹת וְזֶה אִי אֶפְשָׁר דִּפְסוּקֵי תְּקִיעָתָא מֵהֲדָדֵי לָא פָּסְקִינַן גַּם לַחֲדָא נָמֵי לָא סָלְקָא שֶׁמִּצְטָרְפִין יַחַד הָרֹאשׁ וְסוֹף דְּהָרֹאשׁ לְפִי כַּוָּונָתוֹ הִיא לְשֵׁם מַלְכֻיוֹת וְסֵיפָא שֶׁהִיא לְשֵׁם זִכְרוֹנוֹת אֵינָהּ מִצְטָרֶפֶת עִמָּהּ הִלְכָּךְ אֵין לָרִאשׁוֹנָה סוֹף וְאֵין לִשְׁנַיִם רֹאשׁ. וְהָרַמְבַּ"ן זַ"ל כָּתַב דְּהַיְּרוּשַׁלְמִי לָאו עַל הָדָא מִילְּתָא אִיתְּמַר אֶלָּא אַהַהִיא דְּשׁוֹפָר מַאֲרִיךְ וַחֲצוֹצְרוֹת מְקַצְּרוֹת דְּגָרְסִינַן הָתָם הֵל' ג א"ר יוֹסֵי הָדָא אָמְרָה פְּשׁוּטָה שֶׁשָּׁמַע מִקְצָתָהּ מִן הַמִּתְעַסֵּק יָצָא. הָדָא אָמְרָה דְּאִי תָּקַע בָּרִאשׁוֹנָה וּמָשַׁךְ בַּשְּׁנִיָּה כִּשְׁתַּיִם אֵין בְּיָדוֹ אֶלָּא אַחַת. רַבִּי בָּא בַּר זְבִינָא אוֹמֵר אַפֵּי' אַחַת אֵין בְּיָדוֹ וְכוּ'. וה"פ הֲדָא אָמְרָה פְּשׁוּטָה שֶׁשָּׁמַע מִקְצָתָהּ מִן הַמִּתְעַסֵּק שֶׁלֹּא כִּיוֵּן לְשֵׁם מִצְוָה וּבָא חֲבֵירוֹ וְאָמַר לוֹ אִיכַּוֵּין וְתָקַע לִי לְהַשְׁלִים אֶת הַתְּקִיעָה וּלְשֵׁם מִצְוָה וְהֶאֱרִיךְ בַּהַשְׁלָמָה כְּשִׁיעוּר תְּקִיעָה יָצָא. וּמַייְתִי רְאָיָה מֵהָא דִּתְנַן דְּמָשַׁךְ בַּשְּׁנִייָּה כִּשְׁתַּיִם אֵין בְּיָדוֹ אֶלָּא אַחַת וְכֵיוָן דְּאֵין בְּיָדוֹ אֶלָּא אַחַת נִמְצָא דְּכַמָּה שֶׁהֶאֱרִיךְ יוֹתֵר מִכְּדֵי תְּקִיעָה אֵינוֹ אֶלָּא כְּמִתְעַסֵּק אַפֵּ"ה עוֹלֶה מִקְצָתָהּ לְאַחַת. וַאֲתָא ר' בָּא לִפְלוּגֵי דְּזֶה שֶׁשָּׁמַע פְּשׁוּטָה מִן הַמִּתְעַסֵּק אַפֵּי' אַחַת אֵין בְּיָדוֹ כֵּיוָן דְּבִתְחִילַּת הַתְּקִיעָה הָיָה מִתְעַסֵּק נִמְצָא דְּרֵישָׁא לֵית לֵיהּ סֵיפָא וְכוּ'. וְלָא דָּמֵי לְמֶשֶׁךְ בַּשְּׁנִיָּה כִּשְׁתַּיִם דְּהָתָם מִיהָא מִתְּחִלָּתוֹ וְעַד סוֹפוֹ הָיְתָה כַּווָּנָתוֹ לְשֵׁם מִצְוָה וַהֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר לְרַבִּי בָּא בַּר זְבִינָא לֹא יָצָא אֶלָּא אַגַּב דְּאָמַר מָשַׁךְ בַּשְּׁנִיָּיה כִּשְׁתַּיִם אֵין בְּיָדוֹ אֶלָּא אַחַת נְקַט נָמֵי גַּבֵּי מִתְעַסֵּק אֵין בְּיָדוֹ אַפֵּי' אַחַת אע"ג דְּלָא שַׁיָּיךְ גַּבֵּי מִתְעַסֵּק הַאי לִישָּׁנָא. וְנִיחָא הַשְׁתָּא אֵין בְּיָדוֹ אֶלָּא אַחַת הַיְינוּ שְׁנִיָּה:
MICHNA. L'ordre des sonneries : trois [séries] de trois-trois [sons chacune]. La mesure d'une teqia [équivaut] à trois terouot, et la mesure d'une teroua [équivaut] à trois yevavot (sanglots/gémissements brefs). S'il a sonné la première et a prolongé la seconde comme deux (kichtayim) — il n'a en main qu'une seule (teqia). Explication : « la seconde », c'est-à-dire la dernière teqia des Malkhouyot, dans laquelle il a prolongé de la mesure de deux teqiot, afin qu'elle lui compte aussi pour la première teqia des Zikhronot — [dans ce cas] il n'a en main qu'une seule. Car nous ne scindons pas une même teqia en deux (à-pessouqe teqia ahat li-chtayim lo mefasseqinan). Dans le Yerushalmi (halakha 11) on lit à propos de cette michna : R. Abba bar Zavda au nom de R. Zeira dit : même d'une seule il n'a rien en main ; pourquoi ? [Car] son début s'agrège à sa fin et sa fin s'agrège à son début ; [or ici] elle n'a ni début ayant une fin, ni fin ayant un début. Il ressort donc que la seconde ne lui compte aucunement. Et il explique que « il n'a en main qu'une seule » [désigne] la première teqia. Et ils apportent un appui à leurs propos : car si cela portait sur la dernière, pourquoi [la michna] aurait-elle besoin de dire « il a sonné la première » ? Qu'elle dise [simplement] : « il a prolongé et sonné la seconde comme deux — il n'a en main qu'une seule ». Et il me paraît que cet appui n'a pas de consistance réelle, car [la michna] aurait encore pu enseigner « il a prolongé et sonné la seconde comme deux — il n'a rien en main », sans avoir besoin d'enseigner « il a sonné la première » pour conclure « il n'a en main qu'une seule ». Mais assurément, si [la michna] a mentionné « il a sonné la première », c'est parce que de la nous savons qu'il a prolongé la seconde comme deux, puisqu'il l'a prolongée plus que la première. Car s'il n'en était pas ainsi, comment saurions-nous qu'il l'a prolongée comme deux ? Or il n'y a pas de mesure [maximale] pour la teqia par le haut, [chacun] la prolongeant autant qu'il veut ; mais maintenant la première fait la preuve, sur la seconde, qu'elle vaut comme deux. Et cette explication me pose une difficulté, d'après ce qu'on objecte plus haut, au chapitre « Ils l'ont vu » (Roch Hachana, daf 27a) [à propos de] « et sa force… », [où l'on dit] : « et pourquoi cela ? qu'elle lui compte pour deux ! » — d'où il ressort qu'il est évident pour notre Guemara que, [pour] une [seule] du moins, elle [lui] compte. De même, de ce qu'on répond « nous ne scindons pas les teqiot l'une de l'autre », il ressort que pour deux [elles] ne se scindent pas, mais que pour une [seule] du moins elle [lui] compte. Et il faut dire que notre Guemara est en désaccord avec ce Yerushalmi. Et il me paraît [pourtant possible] d'expliquer notre Guemara comme le Yerushalmi, et voici son explication : « qu'elle lui compte pour deux ! » — son début pour la fin des Malkhouyot et sa fin pour le début des Zikhronot. Et l'on répond : « nous ne scindons pas les teqiot l'une de l'autre » (pessouqe teqiata mehadade lo pasqinan). Et puisqu'il est impossible de [la] partager en deux, [elle] ne lui compte pas non plus pour une seule, comme l'explique la raison [donnée] dans le Yerushalmi : puisqu'il avait dans son intention qu'il s'agissait de deux teqiot, et que cela est impossible — car nous ne scindons pas les teqiot l'une de l'autre —, [elle] ne lui compte pas non plus pour une seule, car le début et la fin s'agrègent ensemble ; or le début, selon son intention, vise les Malkhouyot, et la fin, qui vise les Zikhronot, ne s'agrège pas avec lui ; par conséquent la première n'a pas de fin, et les deux [réunies] n'ont pas de début. Et le Ramban, de mémoire bénie, a écrit que le Yerushalmi n'a pas été énoncé sur ce sujet, mais sur celui du « shofar qui prolonge et des trompettes qui abrègent », car nous lisons là-bas (halakha 3) : R. Yossei dit : cela nous apprend que [pour] une teqia simple (peshouta) dont on a entendu une partie de la part d'un [homme] occupé [à autre chose, sans intention] (mitassek), on s'est acquitté. Cela [même] nous apprend que, s'il a sonné la première et a prolongé la seconde comme deux, il n'a en main qu'une seule. R. Ba bar Zevina dit : même une seule il n'a pas en main, etc. Et voici son explication : cela nous apprend que [pour] une peshouta dont on a entendu une partie de la part d'un mitassek — qui n'a pas eu l'intention [d'accomplir] la mitsva —, et [que] son compagnon est venu et lui a dit : « aie l'intention, et sonne pour moi afin de compléter la teqia et [ce] pour [accomplir] la mitsva », et qu'il a prolongé dans le complément de la mesure d'une teqia — il s'est acquitté. Et il apporte preuve de ce que nous avons appris [dans la michna] : qu'ayant prolongé la seconde comme deux, il n'a en main qu'une seule ; et puisqu'il n'a en main qu'une seule, il s'avère que tout ce qu'il a prolongé au-delà de la mesure d'une teqia n'est que comme [un acte de] mitassek, et malgré cela une partie [de la teqia] lui compte pour une. Et R. Ba est venu pour être en désaccord [et dire] que celui qui a entendu une peshouta de la part d'un mitassek — même une seule il n'a pas en main, puisqu'au début de la teqia il [y] avait [un] mitassek : il s'avère que le début n'a pas de fin, etc. Et [ce cas] n'est pas semblable à « il a prolongé la seconde comme deux », car là, du moins, du début jusqu'à la fin son intention était [d'accomplir] la mitsva ; [et R. Ba] aurait [donc plutôt] dû dire, [selon] R. Ba bar Zevina, « il ne s'est pas acquitté ». Mais [c'est] à l'occasion de ce qu'il [avait] dit « il a prolongé la seconde comme deux, il n'a en main qu'une seule » qu'il a [aussi] pris, à propos du mitassek, [l'expression] « il n'a en main même pas une seule », bien que cette formulation ne convienne pas [proprement] au [cas du] mitassek. Et [tout] est bien maintenant : « il n'a en main qu'une seule », c'est-à-dire la seconde.
💡 Explication

Preuve tirée d'une michna : celui qui, entre deux séries, prolonge la teqia finale de la première série à la longueur de deux teqiot, ne se voit compter qu'une seule sonnerie. Or si une moitié de son valait, cela devrait compter pour deux ! Réponse : même si l'on s'acquitte d'une moitié de son, on ne scinde pas une sonnerie en deux.

5
תָּא שְׁמַע: הַתּוֹקֵעַ לְתוֹךְ הַבּוֹר אוֹ לְתוֹךְ הַדּוּת אוֹ לְתוֹךְ הַפִּיטָס, אִם קוֹל שׁוֹפָר שָׁמַע — יָצָא, וְאִם קוֹל הֲבָרָה שָׁמַע — לֹא יָצָא. אַמַּאי? לִיפּוֹק בִּתְחִילַּת תְּקִיעָה, מִקַּמֵּי דְּלִיעַרְבֵּב קָלָא!

Viens et entends : celui qui sonne dans un puits (bor), une citerne (dout) ou une grande jarre (pitas) — s'il a entendu le son du shofar, il s'est acquitté ; mais s'il a entendu un son d'écho (kol havara), il ne s'est pas acquitté. Pourquoi ?

Qu'il s'acquitte par le début de la sonnerie, avant que le son ne se brouille [avec l'écho] !

📜 Rachi (2)
בּוֹר וְדוּת חֲדָא נִינְהוּ אֶלָּא שֶׁהַבּוֹר בַּחֲפִירָה וְהַדּוּת בְּבִנְיָין עַל הַקַּרְקַע צישטרנ"א בְּלַעַ"ז:
Puits (bor) et citerne (dout) — c'est une même chose, sauf que le puits est [creusé] dans le sol et la citerne [bâtie] en macconnerie sur le sol ; cisterna en langue vulgaire.
פִּיטָס חָבִית גְּדוֹלָה פונטי"ן בְּלַעַ"ז:
Pitas — une grande jarre (havit gedola) ; ponton en langue vulgaire.
💡 Explication

Autre preuve : qui sonne dans un puits, une citerne ou une grande jarre s'acquitte s'il entend le vrai son du shofar, mais non s'il n'entend qu'un écho. Or, si une moitié de son suffisait, il devrait s'acquitter par le début du son, entendu clairement avant que l'écho ne le brouille !

6
אֶלָּא: תַּרְתֵּי קָלֵי מֵחַד גַּבְרָא — לָא מִשְׁתַּמְעִי, מִתְּרֵי גַּבְרֵי — מִשְׁתַּמְעִי.

Plutôt : deux sons [venant] d'un seul homme (mehad gavra) — ne s'entendent pas [distinctement] ; [venant] de deux hommes (mitré gavré) — s'entendent.

📜 Rachi (1)
מֵחַד גַּבְרָא דֻּומְיָא דְּזָכוֹר וּשְׁמֹור:
D'un seul homme — à l'instar de zakhor et shamor [dits par une seule bouche].
⚖️ Rosh (1)
ע"ב שָׁמַע תֵּשַׁע תְּקִיעוֹת בְּתֵשַׁע שָׁעוֹת בַּיּוֹם יָצָא. תַּנְיָא נָמֵי הָכִי שָׁמַע תֵּשַׁע תְּקִיעוֹת בְּתֵשַׁע שָׁעוֹת בַּיּוֹם יָצָא. מִתֵּשַׁע בְּנֵי אָדָם כְּאַחַת לֹא יָצָא. אע"ג דְּאָמְרִינַן לְעֵיל (רֹאשׁ הַשָּׁנָה דַּף כז.) דִּתְרֵי קָלֵי מִתְּרֵי גַּבְרֵי מִשְׁתַּמְעִי. שָׁאנֵי הָכָא דְּלֵיכָּא בִּתְרוּעָה פְּשׁוּטָה לְפָנֶיהָ וּפְשׁוּטָה לְאַחֲרֶיהָ כֵּיוָן שֶׁשְּׁמָעָן בְּבַת אַחַת. תְּקִיעָה מִזֶּה וּתְרוּעָה מִזֶּה בְּזֶה אַחַר זֶה יָצָא אֲפִילּוּ בְּסֵירוּגִין וְאַפֵּי' כָּל הַיּוֹם כֻּולּוֹ. וּמִי א"ר יוֹחָנָן הָכִי וְהָא א"ר יוֹחָנָן מִשּׁוּם ר"ש בֶּן יְהוֹצָדָק בְּהַלֵּל וּבִמְגִילָּה אִם שָׁהָה לִגְמוֹר אֶת כֻּולָּהּ חוֹזֵר לָרֹאשׁ. לָא קַשְׁיָא הָא דִּידֵיהּ וְהָא דְּרַבֵּיהּ וקי"ל כְּרַבִּי יוֹחָנָן דְּאָמַר אַפֵּי' בְּט' שָׁעוֹת יָצָא. וּבְהַלֵּל וּבִמְגִילָּה נָמֵי אע"פ שֶׁשָּׁהָה לִגְמֹור אֶת כֻּולָּהּ אֵינוֹ צָרִיךְ לַחֲזֹור לְרֹאשׁ אֶלָּא קוֹרֵא מִמָּקוֹם שֶׁפָּסַק וּבִבְרָכוֹת פֶּרֶק מִי שֶׁמֵּתוֹ סִי' כג הֶאֱרַכְתִּי בִּפְסַק זֶה:
[Daf 27] verso. S'il a entendu neuf teqiot en neuf heures dans la journée, il s'est acquitté. On a aussi enseigné ainsi (baraita) : s'il a entendu neuf teqiot en neuf heures dans la journée, il s'est acquitté. [S'il les a entendues] de neuf hommes à la fois — il ne s'est pas acquitté. Et bien que nous ayons dit plus haut (Roch Hachana, daf 27a) que deux sons [venant] de deux hommes s'entendent [distinctement], ici c'est différent, car il n'y a pas dans la teroua de peshouta avant elle et de peshouta après elle, puisqu'il les a entendues toutes ensemble (be-vat ahat). [S'il a entendu] une teqia de celui-ci et une teroua de celui-là, l'une après l'autre (ze ahar ze), il s'est acquitté — même par intermittence (be-serougin), et même durant toute la journée entière. Et R. Yo'hanan a-t-il [vraiment] dit ainsi ? Or R. Yo'hanan a dit, au nom de R. Chimon ben Yehotzadak : pour le Hallel et la Meguila, s'il s'est interrompu le temps de [pouvoir] la terminer tout entière, il revient au début ! [Réponse :] cela ne fait pas difficulté : ceci [relève] de son [propre avis], et cela de [l'avis de] son maître. Et la halakha établie (qayemal lan) [suit] R. Yo'hanan, qui dit que même en neuf heures il s'est acquitté. Et pour le Hallel et la Meguila aussi, bien qu'il se soit interrompu le temps de [pouvoir] la terminer tout entière, il n'a pas besoin de revenir au début, mais il lit à partir de l'endroit où il s'est arrêté ; et dans [le traité] Berakhot, chapitre « Celui dont [le mort] lui [est proche] », siman 23, j'ai développé longuement cette [question de l']interruption (pesaq).
💡 Explication

Nouvelle thèse : le principe des deux sons vaut seulement pour un seul émetteur. Deux sons d'une même source (comme zakhor et shamor de la seule bouche divine) sont indiscernables ; mais deux sons de deux sources distinctes (shofar / trompettes, tenus par des personnes différentes) se laissent discerner.

7
וּמִתְּרֵי גַבְרֵי מִי מִשְׁתַּמְעִי? וְהָא תַּנְיָא: בַּתּוֹרָה — אֶחָד קוֹרֵא וְאֶחָד מְתַרְגֵּם, וּבִלְבַד שֶׁלֹּא יְהוּ שְׁנַיִם קוֹרִין וּשְׁנַיִם מְתַרְגְּמִין!

Et de deux hommes, [les] entend-on [vraiment distinctement] ? Or n'a-t-on pas enseigné (baraita) : pour la Torah — un seul lit et un seul traduit (metarguem), pourvu qu'il n'y ait pas deux qui lisent et deux qui traduisent !

🗂️ Tossefot (2)
בַּתּוֹרָה אֶחָד קוֹרֵא. פֵּירוּשׁ לְבַדּוֹ וְאַחֲרֵי כֵּן הַמְתַרְגֵּם מְתַרְגֵּם לְבַדּוֹ וְלֹא שְׁנַיִם קוֹרִין יַחַד וּמְתַרְגְּמִין יַחַד:
'Pour la Torah, un seul lit' — cela signifie : [il lit] seul, et ensuite le traducteur (metarguem) traduit seul ; et non que deux lisent ensemble et traduisent ensemble.
אֲבָל שְׁנַיִם לֹא. וְהָא דְּאָמְרִינַן בפ"ק דב"ב (דַּף טו. וְשָׁם) שְׁמוֹנָה פְּסוּקִים שֶׁבַּתּוֹרָה יָחִיד קוֹרֵא אוֹתָם לֹא שֶׁלֹּא יִקְרָא אַחֵר עִמּוֹ דא"כ כָּל הַתּוֹרָה נָמֵי אֶלָּא שֶׁלֹּא יְחַלְּקוּם לִשְׁנַיִם זֶה אַרְבָּעָה וְזֶה אַרְבָּעָה וּמַה שֶׁנּוֹהֲגִין לִקְרוֹת שְׁנַיִם בַּתּוֹרָה סָמְכוּ אַמַּתְנִי' דְּפֶרֶק בָּתְרָא דְּבִכּוּרִים. (מִשְׁנָה ז) דִּתְנַן בָּרִאשׁוֹנָה כָּל מִי שֶׁיּוֹדֵעַ לִקְרוֹת קוֹרֵא וְכָל מִי שֶׁאֵינוֹ יוֹדֵעַ לִקְרוֹת מַקְרִין אוֹתוֹ נִמְנְעוּ מִלְּהָבִיא בְּכוֹרִים הִתְקִינוּ שֶׁיִּהְיוּ מַקְרִין אֶת מִי שֶׁהוּא יוֹדֵעַ וְאֶת מִי שֶׁאֵינוֹ יוֹדֵעַ:
'Mais deux, non' — et ce que nous disons au premier chapitre de Baba Batra (15a, et là-bas) que 'les huit versets de [la fin de] la Torah, un seul individu les lit', ne signifie pas qu'un autre ne peut lire avec lui — car s'il en était ainsi, il en irait de même pour toute la Torah — mais [seulement] qu'on ne les partage pas entre deux, celui-ci [en lisant] quatre et celui-là quatre. Et l'usage de lire à deux dans la Torah [aujourd'hui], on l'a appuyé sur la michna du dernier chapitre de Bikkourim (michna 7), où l'on enseigne : au début, quiconque savait lire lisait [lui-même], et à quiconque ne savait pas lire on faisait réciter [mot à mot] ; [dès lors] on s'abstint d'apporter les prémices [par honte], [si bien qu']on institua qu'on ferait réciter aussi bien celui qui sait que celui qui ne sait pas.
💡 Explication

Contre-objection : deux sons de deux hommes seraient-ils vraiment discernables ? Une baraita sur la lecture publique de la Torah exige qu'un seul lise et un seul traduise (en araméen), et interdit que deux lisent et deux traduisent en même temps — preuve que deux voix ne se distinguent pas.

8
הָא לָא דָּמְיָא אֶלָּא לְסֵיפָא: בְּהַלֵּל וּבִמְגִילָּה — אֲפִילּוּ עֲשָׂרָה קוֹרִין. אַלְמָא, כֵּיוָן דְּחָבִיב — יָהֵיב דַּעְתֵּיהּ, הָכָא נָמֵי: כֵּיוָן דְּחָבִיב — יָהֵיב דַּעְתֵּיהּ וְשָׁמַע.

Ceci n'est comparable qu'à la fin (séfa) [de la baraita] : pour le Hallel et la Meguila — même dix lisent [ensemble]. Preuve : puisque [la chose] est chère (haviv), [chacun] y prête son attention (yahiv daateih) ; ici aussi : puisque [le shofar] est cher, [l'auditeur] y prête son attention et [l']entend.

📜 Rachi (3)
הָא לָא דָּמְיָא הָא מִילְּתָא דְּשׁוֹפָר לָא דָּמְיָא אֶלָּא לְסֵיפָא:
Ceci n'est comparable — cette chose du shofar n'est comparable qu'à la fin [de la baraita].
י' קוֹרִין וִי' קוֹלוֹת יֵשׁ כָּאן שֶׁאִי אֶפְשָׁר לָהֶם לְצַמְצֵם דִּיבּוּרָם בְּתֵיבָה אַחַת שֶׁלֹּא יְהֵא אֶחָד לְאָחוֹר וְאֶחָד לִפְנִים:
Dix lisent — et il y a là dix voix, car il leur est impossible d'ajuster leur diction sur un même mot sans que l'un soit en retard et l'autre en avance.
דַּחֲבִיבָה עָלֶיהָ חֲדָשָׁה הִיא לוֹ:
Parce qu'[il] lui est cher — [le shofar] lui est nouveau (hadacha).
💡 Explication

Réponse : le cas du shofar ressemble à la fin de la baraita — pour le Hallel et la Meguila, même dix personnes peuvent lire ensemble, car ce qui est cher (haviv) retient l'attention. De même, le son du shofar, nouveau et cher, capte l'attention de l'auditeur qui le distingue des trompettes.

9
אֶלָּא לָמָּה מַאֲרִיךְ בְּשׁוֹפָר? לֵידַע שֶׁמִּצְוַת הַיּוֹם בְּשׁוֹפָר.

Alors, pourquoi prolonge-t-on [le son] du shofar ? Pour faire savoir que la mitsva du jour [se réalise] par le shofar.

💡 Explication

Puisque le son du shofar est de toute façon discernable, pourquoi le prolonger ? Non par nécessité auditive, mais pour faire savoir que la mitsva propre du jour (Roch Hachana) s'accomplit spécifiquement par le shofar, et non par les trompettes.

10
וּבְתַעֲנִיּוֹת בְּשֶׁל זְכָרִים כְּפוּפִין וּפִיו מְצֻופֶּה כֶּסֶף. מַאי שְׁנָא הָתָם דְּזָהָב, וּמַאי שְׁנָא הָכָא דְּכֶסֶף? אִיבָּעֵית אֵימָא כָּל כִּינּוּפְיָא דְּכֶסֶף הוּא, דִּכְתִיב: ״עֲשֵׂה לְךָ שְׁתֵּי חֲצוֹצְרֹות כֶּסֶף״? וְאִיבָּעֵית אֵימָא: הַתּוֹרָה חָסָה עַל מָמוֹנָן שֶׁל יִשְׂרָאֵל.

[La Michna :] 'et aux jeûnes (taaniyot), [on sonnait] avec des [cornes] de béliers recourbées, et leur embouchure était plaquée d'argent'. En quoi est-ce différent là-bas, [où c'est] de l'or, et ici, [où c'est] de l'argent ?

Si tu veux, dis : tout rassemblement (kinoufya) [se fait] avec de l'argent, comme il est écrit : 'Fais-toi deux trompettes d'argent' (Nb 10:2). Et si tu veux, dis : la Torah ménage l'argent (mamon) d'Israël.

📜 Rachi (1)
הַתּוֹרָה חָסָה דִּכְתִיב (וַיִּקְרָא י״ד:ל״ו) וְצִוָּה הַכֹּהֵן וּפִנּוּ אֶת הַבַּיִת שֶׁלֹּא יְטַמְּאוּ כְּלֵי חֶרֶס שֶׁבְּתוֹכוֹ שֶׁאֵין לָהֶם טָהֳרָה בַּמִּקְוֶה:
La Torah ménage — comme il est écrit (Lv 14:36) 'et le kohen ordonnera qu'on vide la maison' [avant l'examen de la plaie], afin que les ustensiles de terre qui s'y trouvent ne deviennent pas impurs, eux qui n'ont pas de purification au mikvé [preuve que la Torah épargne la perte d'argent d'Israël].
💡 Explication

La Michna oppose l'or (Roch Hachana) a l'argent (jours de jeûne). Pourquoi ? Deux réponses : (1) tout instrument de rassemblement est d'argent, d'après 'deux trompettes d'argent' (Nb 10:2) ; (2) la Torah ménage l'argent d'Israël (principe général d'économie), l'argent coûtant moins que l'or.

11
הָתָם נָמֵי נַעֲבֵיד דְּכֶסֶף! אֲפִילּוּ הָכֵי, כְּבוֹד יוֹם טוֹב עֲדִיף.

Là-bas aussi, faisons[-le] d'argent ! [Réponse :] malgré cela, l'honneur du jour de fête (kevod yom tov) prime.

💡 Explication

Objection : si la Torah ménage l'argent, que le shofar de Roch Hachana soit lui aussi plaqué d'argent ! Réponse : à Roch Hachana, jour de fête (yom tov), l'honneur du jour prime et justifie l'or ; un jour de jeûne, sans caractère festif, l'argent suffit.

12
רַב פָּפָּא בַּר שְׁמוּאֵל סָבַר לְמִיעְבַּד עוֹבָדָא כְּמַתְנִיתִין. אָמַר לֵיהּ רָבָא: לָא אָמְרוּ אֶלָּא בְּמִקְדָּשׁ. תַּנְיָא נָמֵי הָכִי: בַּמֶּה דְבָרִים אֲמוּרִים — בַּמִּקְדָּשׁ, אֲבָל בְּגִבּוּלִין, מָקוֹם שֶׁיֵּשׁ חֲצוֹצְרוֹת — אֵין שׁוֹפָר, מָקוֹם שֶׁיֵּשׁ שׁוֹפָר — אֵין חֲצוֹצְרוֹת.

Rav Papa bar Chmouel songea à agir (le-meebad ouvda) conformément à la Michna [shofar et trompettes ensemble]. Rava lui dit : on n'a dit cela qu'au Temple (be-Mikdach).

Ainsi a-t-on aussi enseigné (baraita) : dans quel cas cela est-il dit ? Au Temple ; mais en province (ba-guevoulin), là où il y a des trompettes — il n'y a pas de shofar ; là où il y a un shofar — il n'y a pas de trompettes.

📜 Rachi (3)
לְמֶיעְבַּד עֻובְדָּא בַּחֲצוֹצְרוֹת וְשׁוֹפָר:
Songea à agir — avec des trompettes et un shofar [ensemble].
מָקוֹם שֶׁיֵּשׁ שׁוֹפָר כְּגוֹן ר"ה וְיוֹבֵל:
Là où il y a un shofar — comme Roch Hachana et le Yovel.
מָקוֹם שֶׁיֵּשׁ חֲצוֹצְרוֹת כְּגוֹן תַּעֲנִיּוֹת:
Là où il y a des trompettes — comme les jours de jeûne.
⚖️ Rosh (1)
דַּף כז תַּנְיָא בד"א בַּמִּקְדָּשׁ אֲבָל בִּגְבוּלִין מָקוֹם שֶׁיֵּשׁ שׁוֹפָר אֵין חֲצוֹצְרוֹת מָקוֹם שֶׁיֵּשׁ חֲצוֹצְרוֹת אֵין שׁוֹפָר. אַרִיבָּ"ל מַאי קְרָא בַּחֲצֹוצְרוֹת וְקוֹל שׁוֹפָר הָרִיעוּ לִפְנֵי הַמֶּלֶךְ ה' תְּהִלִּים צח לִפְנֵי הַמֶּלֶךְ ה' הוּא דְּבָעֵינַן חֲצוֹצְרוֹת וְקוֹל שׁוֹפָר אֲבָל בְּעָלְמָא לָא:
Daf 27 : on a enseigné (baraita) : dans quel cas cela est-il dit ? Au Temple (be-Mikdach) ; mais en province (bi-guevoulin), là où il y a un shofar — il n'y a pas de trompettes, [et] là où il y a des trompettes — il n'y a pas de shofar. R. Yehochoua ben Levi dit : quel est le verset [qui le prouve] ? « Avec des trompettes et le son du shofar, sonnez devant le Roi, l'Éternel » (Tehillim / Psaumes 98) — [c'est] devant le Roi, l'Éternel, que nous avons besoin de trompettes et du son du shofar [ensemble], mais en général (be-alma) — non.
💡 Explication

Rav Papa bar Chmouel voulut appliquer partout la pratique de la Michna (shofar et trompettes ensemble). Rava l'en dissuade : cela ne vaut qu'au Temple. En province, on ne réunit jamais les deux : là où il y a trompettes (jeûnes), pas de shofar ; là où il y a shofar (Roch Hachana, Yovel), pas de trompettes.

13
וְכֵן הִנְהִיג רַבִּי חֲלַפְתָּא בְּצִיפּוֹרִי וְרַבִּי חֲנַנְיָא בֶּן תְּרַדְיוֹן בְּסִיכְנִי, וּכְשֶׁבָּא דָּבָר אֵצֶל חֲכָמִים אָמְרוּ: לֹא הָיוּ נוֹהֲגִין כֵּן אֶלָּא בְּשַׁעֲרֵי מִזְרָח וּבְהַר הַבַּיִת בִּלְבַד.

Et ainsi l'instaura Rabbi Halafta à Tzippori, et Rabbi Hanania ben Teradyon à Sikhni ; et lorsque la chose parvint aux Sages, ils dirent : ils n'agissaient ainsi qu'aux portes de l'Est et sur le mont du Temple (Har ha-Bayit) seulement.

📜 Rachi (2)
וְכָךְ הִנְהִיג כְּמִשְׁנָתֵינוּ שׁוֹפָר וַחֲצוֹצְרוֹת:
Et ainsi l'instaura — comme notre Michna : shofar et trompettes [ensemble].
בְּשַׁעֲרֵי מִזְרָח וּבְהַר הַבַּיִת חֲדָא מִילְּתָא הִיא בְּשַׁעֲרֵי מִזְרָח בְּהַר הַבַּיִת וי"א בְּשַׁעֲרֵי מִזְרָח בְּעֶזְרַת נָשִׁים:
Aux portes de l'Est et sur le mont du Temple — c'est une seule et même chose : aux portes de l'Est [situées] sur le mont du Temple ; et certains disent : aux portes de l'Est [donnant] sur la cour des femmes (ezrat nachim).
💡 Explication

R. Halafta (à Tzippori) et R. Hanania ben Teradyon (à Sikhni) instaurèrent [en province] l'usage de la Michna. Mais les Sages corrigent : cette pratique [combinée] ne valait qu'aux portes de l'Est et sur le mont du Temple — donc pas ailleurs.

14
אָמַר רָבָא, וְאִיתֵּימָא רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי: מַאי קְרָאָהּ — דִּכְתִיב: ״בַּחֲצֹוצְרוֹת וְקוֹל שׁוֹפָר הָרִיעוּ לִפְנֵי הַמֶּלֶךְ ה׳״, לִפְנֵי הַמֶּלֶךְ ה׳ הוּא דְּבָעֵינַן חֲצוֹצְרוֹת וְקוֹל שׁוֹפָר, אֲבָל בְּעָלְמָא — לֹא.

Rava dit, et certains disent Rabbi Yehochoua ben Levi : quel est le verset [qui le prouve] ? Comme il est écrit : 'Avec des trompettes et le son du shofar, sonnez devant le Roi, l'Éternel' (Ps 98:6) — [c'est] devant le Roi, l'Éternel, que nous avons besoin de trompettes et du son du shofar [ensemble], mais en général (be-alma) — non.

💡 Explication

Source scripturaire (Rava, ou R. Yehochoua ben Levi) : 'Avec des trompettes et le son du shofar, sonnez devant le Roi, l'Éternel' (Ps 98:6). L'expression 'devant le Roi' désigne le Temple : c'est là seulement qu'on réunit trompettes et shofar ; ailleurs (be-alma), non.

15
שָׁוֶה הַיּוֹבֵל לְרֹאשׁ הַשָּׁנָה לַתְּקִיעָה וְלַבְּרָכוֹת וְכוּ׳. אָמַר רַב שְׁמוּאֵל בַּר יִצְחָק: כְּמַאן מַצְּלִינַן הָאִידָּנָא ״זֶה הַיּוֹם תְּחִלַּת מַעֲשֶׂיךָ זִכָּרוֹן לְיוֹם רִאשׁוֹן״, כְּמַאן — כְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר, דְּאָמַר: בְּתִשְׁרֵי נִבְרָא הָעוֹלָם.

[La Michna :] 'le Yovel est semblable à Roch Hachana pour la sonnerie et pour les bénédictions, etc.' Rav Chmouel bar Yitzhak dit : selon qui prions-nous aujourd'hui [en disant] 'Ce jour est le début de Tes œuvres, souvenir du premier jour' (zeh ha-yom tehilat maassekha) ? Selon qui ?

Selon Rabbi Eliezer, qui dit : c'est en Tichri que le monde fut créé.

🗂️ Tossefot (1)
כְּמַאן מַצְלִינַן זֶה הַיּוֹם תְּחִלַּת מַעֲשֶׂיךָ. תֵּימַהּ הָא קי"ל כְּרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ כִּדְאָמְרִינַן בפ"ק (דַּף יב.) לִתְקוּפָה כְּר' יְהוֹשֻׁעַ וְאוֹמֵר ר"ת דקי"ל כְּרַב עֵינָא דְּפָרִיךְ מְשַׁוֶּה יוֹבֵל וְרַב עֵינָא ה"ק וְהָא אִיכָּא זֶה הַיּוֹם תְּחִלַּת מַעֲשֶׂיךָ דְּאִיתֵיהּ בְּרֹאשׁ הַשָּׁנָה וְלֵיתֵיהּ בַּיּוֹבֵל אֶלָּא וַדַּאי הָא דְּאָמְרִינַן לֵיהּ לָאו מִשּׁוּם בְּרִייָּתוֹ שֶׁל עוֹלָם אֶלָּא מִשּׁוּם תְּחִלַּת מַעֲשֵׂה דִּין שֶׁהָעוֹלָם נִדּוֹן בּוֹ לְהִתְקַיֵּים אוֹ לָאו וְזֶה שַׁייָּךְ נָמֵי ביוה"כ דְּיוֹבֵל דְּהֻוקַּשׁ לר"ה כְּדִלְקַמָּן בְּפֶרֶק בָּתְרָא (דַּף לד.) (אֲבָל בִּשְׁאָר יוֹמֵי לֹא) ואע"ג דִּמְשַׁנֵּי לֵיהּ שַׁפִּיר רַב עֵינָא לָא הָדַר בֵּיהּ וּמִיהוּ לְאִידָךְ לִישָּׁנָא קַשְׁיָא דְּקָאָמַר מַתְנֵי' דְּלָא כר"א הֲוָה לֵיהּ לְשַׁנּוּיֵי דְּזֶה הַיּוֹם תְּחִלַּת מַעֲשֶׂיךָ לָאו אַבְּרִיאַת עוֹלָם קָאֵי וּמַה שֶׁיָּסַד ר"א הַקָּלִיר בְּגֶשֶׁם דִּשְׁמִינִי עֲצֶרֶת כר"א דְּאָמַר בְּתִשְׁרִי נִבְרָא הָעוֹלָם וּבְשֶׁל פֶּסַח יָסַד כְּר' יְהוֹשֻׁעַ אוֹמֵר ר"ת דְּאֵלּוּ וָאֵלּוּ דִּבְרֵי אֱ-לֹהִים חַיִּים וְאִיכָּא לְמֵימַר דִּבְתִשְׁרֵי עָלָה בְּמַחְשָׁבָה לִבְראוֹת וְלֹא נִבְרָא עַד נִיסָן וְדִכְוָותַהּ אַשְׁכְּחַן בְּפֶרֶק עוֹשִׂין פַּסִּין (עֵירוּבִין דַּף יח. וְשָׁם) גַּבֵּי אָדָם שֶׁעָלָה בְּמַחְשָׁבָה לִבְראוֹת שְׁנַיִם וּלְבַסּוֹף לֹא נִבְרָא אֶלָּא אֶחָד:
'Selon qui prions-nous [en disant] : ce jour est le début de Tes œuvres' — c'est étonnant, car nous tranchons comme Rabbi Yehochoua, ainsi que nous le disons au premier chapitre (12a) : 'pour le calcul des saisons (teqoufa), [on suit] Rabbi Yehochoua'. Rabbenou Tam dit que nous tranchons comme Rav Eina, qui objecte à partir de 'le Yovel est semblable [à Roch Hachana]' ; et Rav Eina veut dire ceci : n'y a-t-il pas [la formule] 'ce jour est le début de Tes œuvres', qui existe à Roch Hachana et n'existe pas au Yovel ? [Réponse :] certainement, ce que nous là disons n'est pas à cause de la création du monde, mais à cause du 'début de l'acte de jugement', [rappelant] que le monde est jugé en ce [jour] pour subsister ou non — et cela vaut aussi pour le Kippour du Yovel, qui est comparé à Roch Hachana, comme [il est dit] plus loin au dernier chapitre (34a) — mais [non] pour les autres jours. Et bien que Rav Eina lui réponde correctement, il ne se rétracte pas [de sa halakha]. Toutefois, pour l'autre version [du texte], il y a difficulté : puisqu'elle dit 'la Michna n'est pas selon Rabbi Eliezer', il aurait fallu répondre que 'ce jour est le début de Tes œuvres' ne se rapporte pas [nécessairement] à la création du monde. Et le fait que Rabbi Eliezer ha-Qalir a composé [le piyout] du 'guechem' de Chemini Atseret selon Rabbi Eliezer — qui dit que le monde fut créé en Tichri — tandis qu'il a composé [celui] de Pessa'h selon Rabbi Yehochoua : Rabbenou Tam dit que 'ceux-ci et ceux-là sont paroles du Dieu vivant', et l'on peut dire qu'en Tichri il monta à la Pensée [divine] de créer [le monde], mais il ne fut créé qu'en Nissan ; et nous trouvons semblable [raisonnement] au chapitre 'Ossin passin' (Erouvin 18a, et là-bas), à propos d'Adam qui monta à la Pensée [divine pour être créé] à deux, et finalement un seul fut créé.
💡 Explication

La Michna : le Yovel (Kippour de l'année jubilaire) est comme Roch Hachana pour les sonneries et les bénédictions. Rav Chmouel bar Yitzhak : la formule que nous disons, 'Ce jour est le début de Tes œuvres' (zeh ha-yom tehilat maassekha), suit l'avis de R. Eliezer, pour qui le monde fut créé en Tichri — d'où l'on rappelle que Roch Hachana est le premier jour.

16
מֵתִיב רַב עֵינָא: שָׁוֶה יוֹבֵל לְרֹאשׁ הַשָּׁנָה לַתְּקִיעָה וְלַבְּרָכוֹת, וְהָא אִיכָּא ״זֶה הַיּוֹם תְּחִלַּת מַעֲשֶׂיךָ זִכָּרוֹן לְיוֹם רִאשׁוֹן״, דִּבְרֹאשׁ הַשָּׁנָה אִיתָא, וּבְיוֹבֵל לֵיתָא! כִּי קָתָנֵי — אַשְּׁאָרָא.

Rav Eina objecte : 'le Yovel est semblable à Roch Hachana pour la sonnerie et pour les bénédictions' — or il y a [la formule] 'Ce jour est le début de Tes œuvres, souvenir du premier jour', qui existe à Roch Hachana et n'existe pas au Yovel ! [Réponse :] quand [la Michna] enseigne [la similitude], c'est sur le reste (à-cheara).

💡 Explication

Rav Eina objecte : si Yovel est en tout semblable à Roch Hachana pour les bénédictions, qu'en est-il de 'zeh ha-yom tehilat maassekha' — qui se dit à Roch Hachana mais pas au Yovel (qui n'est ni 'début des œuvres' ni 'premier jour') ? Réponse : la Michna enseigne la similitude pour le reste des bénédictions ; cette ligne-là est bien omise au Yovel.

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רַב שִׁישָׁא בְּרֵיהּ דְּרַב אִידִי מַתְנֵי הָכִי, אָמַר רַב שְׁמוּאֵל בַּר יִצְחָק: הָא דִּתְנַן שָׁוֶה הַיּוֹבֵל לְרֹאשׁ הַשָּׁנָה לַתְּקִיעָה וְלַבְּרָכוֹת, כְּמַאן — דְּלָא כְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר, דְּאִי רַבִּי אֱלִיעֶזֶר, כֵּיוָן דְּאָמַר בְּתִשְׁרִי נִבְרָא הָעוֹלָם, הָא אִיכָּא ״זֶה הַיּוֹם תְּחִלַּת מַעֲשֶׂיךָ זִכָּרוֹן לְיוֹם רִאשׁוֹן״, דִּבְרֹאשׁ הַשָּׁנָה אִיתָא, וּבְיוֹבֵל לֵיתָא! כִּי קָתָנֵי אַשְּׁאָרָא.

Rav Chicha, fils de Rav Idi, enseignait ainsi : Rav Chmouel bar Yitzhak dit : ce que nous avons appris (Michna) — 'le Yovel est semblable à Roch Hachana pour la sonnerie et pour les bénédictions' — selon qui [est-ce] ? [C'est] non selon Rabbi Eliezer ; car si [c'était] selon Rabbi Eliezer, puisqu'il dit que c'est en Tichri que le monde fut créé, or il y a [la formule] 'Ce jour est le début de Tes œuvres, souvenir du premier jour', qui existe à Roch Hachana et n'existe pas au Yovel !

[Réponse :] quand [la Michna] enseigne, c'est sur le reste.

🗂️ Tossefot (1)
כְּמַאן דְּלָא כְּר' אֱלִיעֶזֶר. תֵּימַהּ הָא ע"כ לָא שָׁווּ לְכָל מִילֵּי דְּהַתַּנְיָא לְקַמָּן בְּפֶרֶק בָּתְרָא (רֹאשׁ הַשָּׁנָה דַּף ל.) שָׁוֶה יוֹבֵל לר"ה לַתְּקִיעָה וְלַבְּרָכוֹת אֶלָּא שֶׁבַּיּוֹבֵל תּוֹקְעִין בֵּין בב"ד שֶׁקִּדְּשׁוּ אֶת הַחֹדֶשׁ בֵּין בב"ד שֶׁלֹּא קִדְּשׁוּ אֶת הַחֹדֶשׁ וְכָל יָחִיד וְיָחִיד חַיָּיב לִתְקֹועַ:
'Selon qui ? Non selon Rabbi Eliezer' — c'est étonnant, car de toute façon [Yovel et Roch Hachana] ne sont pas semblables en tout : n'a-t-on pas enseigné plus loin, au dernier chapitre (Roch Hachana 30a), 'le Yovel est semblable à Roch Hachana pour la sonnerie et pour les bénédictions', sauf qu'au Yovel on sonne aussi bien devant un tribunal qui a sanctifié le [nouveau] mois que devant un tribunal qui ne l'a pas sanctifié, et [que] chaque individu est tenu de sonner [de lui-même] ?
💡 Explication

Version inverse de Rav Chicha bar Rav Idi : la Michna 'Yovel = Roch Hachana' serait non selon R. Eliezer. Car si le monde à été créé en Tichri (R. Eliezer), la formule 'zeh ha-yom' existerait à Roch Hachana mais pas au Yovel, brisant l'identité. Même réponse : la similitude porte sur le reste des bénédictions.

18
מַתְנִי׳ שׁוֹפָר שֶׁנִּסְדַּק וְדִבְּקוֹ — פָּסוּל. דִּיבֵּק שִׁבְרֵי שׁוֹפָרוֹת — פָּסוּל.

MICHNA. Un shofar qui s'est fendu (nisdak) puis qu'on a recollé (dibbeko) — passoul (invalide).

[Si] l'on a collé des fragments de shofarot (chivré chofarot) — passoul.

📜 Rachi (2)
מַתְנִי' שׁוֹפָר שֶׁנִּסְדַּק וְדִבְּקוֹ בְּדֶבֶק שֶׁקּוֹרִין גלו"ד:
Michna. Un shofar qui s'est fendu puis qu'on a recollé — avec de la colle, qu'on appelle glud.
פָּסוּל דַּהֲוָה לֵיהּ כִּשְׁנֵי שׁוֹפָרוֹת:
Passoul — car il est [alors] comme deux shofarot.
🗂️ Tossefot (1)
שׁוֹפָר שֶׁנִּסְדַּק וְדִבְּקוֹ פָּסוּל. פֵּי' בַּקּוּנְטְרֵס דַּהֲוָה לֵיהּ כִּשְׁנֵי שׁוֹפָרוֹת מַשְׁמַע שר"ל שֶׁנִּסְדַּק לְגַמְרֵי שֶׁנֶּחֱלַק לֵב' חֲתִיכוֹת שֶׁאִם הָיָה מְחֻובָּר מִצַּד אֶחָד אֵין זֶה שְׁנֵי שׁוֹפָרוֹת וְתֵימַהּ דְּאִם נֶחֱלַק לְגַמְרֵי הַייְנוּ דִּבֵּק שִׁבְרֵי שׁוֹפָרוֹת וּלְכָךְ נִרְאֶה דְּנִסְדַּק מִצַּד אֶחָד לְאָרְכוּ עַל פְּנֵי כֻּולּוֹ וּלְפִי שֶׁאֵין שֵׁם שׁוֹפָר עָלָיו וכ"ש דִּבֵּק שִׁבְרֵי שׁוֹפָרוֹת אֶלָּא זוֹ וְאֵין צָרִיךְ לוֹמַר זוֹ קָתָנֵי א"נ יוֹתֵר סוֹפוֹ לְהִפָּרֵד כְּשֶׁנִּסְדַּק מִצַּד אֶחָד וְדִבְּקוֹ מִשֶּׁאִם עָשָׂה שׁוֹפָר אֶחָד שֶׁל חֲתִיכוֹת וְהָוֵי שֵׁם שׁוֹפָר עָלָיו טְפֵי קָא מַשְׁמַע לַן וְדָבַק שִׁבְרֵי שׁוֹפָרוֹת נָמֵי לָא מִיפְּסִיל מִטַּעַם שְׁנַיִם וּשְׁלֹשָׁה שׁוֹפָרוֹת אֶלָּא דְּאֵין זֶה קָרוּי שׁוֹפָר אִי נָמֵי מִשּׁוּם דִּכְתִיב (וַיִּקְרָא כֹּה) וְהַעֲבַרְתָּ דֶּרֶךְ הַעֲבָרָתוֹ כִּי הֵיכִי דְּפָסְלִינַן הֲפָכוֹ וְתָקַע בּוֹ מִשּׁוּם דְּבָעֵינַן דֶּרֶךְ הַעֲבָרָתוֹ וַאֲפִילּוּ נִפְסַל מִטַּעַם מִשּׁוּם שְׁנַיִם וּשְׁלֹשָׁה שׁוֹפָרוֹת אֵין קַשְׁיָא כְּלוּם:
'Un shofar qui s'est fendu puis qu'on a recollé, passoul' — Rachi (ha-Kountres) a expliqué : parce qu'il est comme deux shofarot ; ce qui implique qu'il veut dire [un shofar] qui s'est fendu entièrement, s'étant séparé en deux morceaux — car s'il tenait encore d'un côté, ce ne seraient pas deux shofarot. Et c'est étonnant : s'il s'est séparé entièrement, c'est [déjà le cas de] 'coller des fragments de shofarot' ! C'est pourquoi il paraît [préférable de dire] qu'il s'est fendu d'un seul côté, dans sa longueur, sur toute son étendue ; et parce que le 'nom de shofar' n'est plus sur lui — à fortiori pour 'coller des fragments de shofarot' — [la Michna énonce ceci] et n'a pas besoin d'énoncer cela (zo ve-ein tzarikh lomar zo). Ou bien : [le shofar] est plus enclin à se séparer [de nouveau] quand il s'est fendu d'un côté puis qu'on l'a recollé, que lorsqu'on a fait un shofar unique à partir de morceaux, [ce dernier ayant] davantage le 'nom de shofar' — [la Michna] nous l'apprend. Et 'coller des fragments de shofarot' n'est pas non plus invalide au motif de 'deux ou trois shofarot', mais parce que cela ne s'appelle pas [un] shofar. Ou encore : parce qu'il est écrit (Lv 25) 'et tu feras passer [le son]', [d'où l'on exige] la voie de son passage [naturel] — de même que nous invalidons [celui qui] l'a retourné et a sonné dedans, parce que nous exigeons la voie de son passage [naturel] ; et même s'il était invalide au motif de 'deux ou trois shofarot', cela ne pose aucune difficulté.
⚖️ Rosh (1)
דַּף כז ע"א מַתְנִי' שׁוֹפָר שֶׁנִּסְדַּק וְדִבְּקוֹ פָּסוּל. דִּיבֵּק שִׁבְרֵי שׁוֹפָרוֹת פָּסוּל.
Daf 27a. MICHNA. Un shofar qui s'est fendu (nisdak) puis qu'on a recollé (dibbeko) — passoul (invalide). [Si] l'on a collé des fragments de shofarot — passoul.
💡 Explication

Nouvelle Michna sur la validité matérielle du shofar. Un shofar fendu puis recollé, même s'il paraît entier, est passoul (invalide), car il est comme deux shofarot. De même, un shofar reconstitué en collant des fragments de plusieurs shofarot est passoul.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).