Rosh Hashanah 29a — l'intention dans la sonnerie du chofar, les mains de Moïse, et qui peut acquitter autrui

Rosh Hashanah 29a

Sougya : Le daf poursuit le débat sur la kavana (intention) requise pour la sonnerie du choofar : le sonneur (machmia') doit-il viser l'auditeur pour l'acquitter ? La Guemara résout les objections en distinguant l'officiant (chalia'h tsibour), qui vise toute l'assemblée, du particulier, et ramène la question à une machloket de Tanaim.

La Michna enseigne ensuite, à partir des mains de Moché (Ex 17) et du serpent d'airain (Nb 21), que ce n'est pas l'objet qui agit mais la soumission du cœur au Père céleste. Puis la baraita détaille qui est obligé et qui peut acquitter le public (motsi et ha-rabim) : kohanim, leviim, convertis, affranchis, tumtum, androgyne, demi-esclave demi-libre — avec le principe que celui qui n'est pas obligé n'acquitte pas autrui.

Enfin, la règle d'arevut (garantie mutuelle) : pour toutes les bénédictions, même acquitté on peut acquitter autrui, sauf celles du pain et du vin, bénédictions de jouissance.

Faut-il l'intention (kavana) du sonneur pour acquitter l'auditeur ? Sonneur = officiant (chalia'h tsibour) Sonneur = particulier (ya'hid) Son intention porte sur TOUT le monde (da'ateih à-koulei alma). Le passant acquitte son obligation. Selon R. Yossef : il faut l'intention conjointe du sonneur ET de l'auditeur, sinon l'auditeur n'est pas acquitté. R. Zeira : le sonneur (machmia') doit avoir l'intention d'acquitter l'auditeur Machloket de Tanaim (baraita) Tana a : le sonneur sonne 'à sa manière' (lefi darko) — pas besoin de viser l'auditeur. R. Yossei : cela ne vaut que pour l'officiant ; pour un particulier, il faut la double intention (comme R. Zeira).
La question de l'intention (kavana) du sonneur et sa résolution (segments 0-4).
Les mains de Moché et le serpent d'airain : ce n'est pas l'objet qui agit Mains levées de Moché (Ex 17:11) Serpent d'airain (Nb 21:8) Question : les mains font-elles ou brisent-elles la guerre ? Question : le serpent tue-t-il ou fait-il vivre ? Tant qu'Israël regarde en haut et soumet son cœur au Père céleste : ils l'emportent (mitgabrim). Tant qu'Israël regarde en haut et soumet son cœur au Père céleste : ils sont guéris (mitrapim).
La Michna : les mains de Moïse et le serpent d'airain (segments 5-6).
Qui peut acquitter autrui du chofar ? (motsi et 'ha-rabim) Principe : qui n'est pas OBLIGÉ d'une chose ne peut en acquitter le public. Kohanim / Leviim / Israël : obligés, acquittent Convertis (guerim), affranchis : obligés 'Heresh, choteh, katan : n'acquittent pas le public Tumtum (sexe indéterminé) n'acquitte NI son semblable NI un autre (peut-être femme, non obligée) Androgyne acquitte son SEMBLABLE (androgyne), mais pas un autre Demi-esclave demi-libre (ma'hatsito 'eved) n'acquitte ni son semblable ni un autre — et selon Rav Na'hman, pas même lui-même
Qui est obligé et qui peut acquitter autrui du choofar (segments 7-15).
1
אִיכַּווַּן וְתָקַע לִי. אַלְמָא קָסָבַר: מַשְׁמִיעַ בָּעֵי כַּוָּונָה.

'Aie l'intention et sonne pour moi.' Il ressort [donc] qu'il tient : celui qui fait entendre [le choofar] (le sonneur) requiert l'intention.

📜 Rachi (2)
אִיכַּווַּן וְתָקַע לִי תִּתְכַּוֵּין לִתְקֹועַ בִּשְׁמִי לְהוֹצִיאֵנִי יְדֵי חוֹבָתִי:
Aie l'intention et sonne pour moi — que tu aies l'intention de sonner en mon nom, pour m'acquitter de mon obligation.
מַשְׁמִיעַ בָּעֵי כַּוָּונָה לְהוֹצִיא הַשּׁוֹמֵעַ:
Le sonneur requiert l'intention — [l'intention] d'acquitter l'auditeur.
💡 Explication

R. Zeira demandait à un autre : sonne en visant expressément de m'acquitter. On en déduit qu'il tient que le sonneur (machmia') doit avoir l'intention (kavana) d'acquitter l'auditeur — le simple fait de produire le son ne suffit pas.

2
מֵיתִיבִי: הָיָה עוֹבֵר אֲחוֹרֵי בֵּית הַכְּנֶסֶת, אוֹ שֶׁהָיָה בֵּיתוֹ סָמוּךְ לְבֵית הַכְּנֶסֶת, וְשָׁמַע קוֹל שׁוֹפָר אוֹ קוֹל מְגִילָּה, אִם כִּווֵּן לִבּוֹ — יָצָא, וְאִם לָאו — לֹא יָצָא. וְכִי כִּוֵּון לִבּוֹ מַאי הָוֵי? הַיְאךְ לָא קָא מִיכַּוֵּין אַדַּעְתָּא דִּידֵיהּ!

On objecte : celui qui passait derrière la synagogue, ou dont la maison était proche de la synagogue, et qui a entendu le son du choofar ou le son de la [lecture de la] meguila — s'il a dirigé son cœur [avec intention], il s'est acquitté ; sinon, il ne s'est pas acquitté. Or, quand bien même il aurait dirigé son cœur, qu'importe ?!

[Le sonneur], lui, n'a pas l'intention à son égard !

💡 Explication

Objection tirée de la Michna : un passant qui entend le choofar depuis l'extérieur s'acquitte s'il a l'intention. Mais selon R. Zeira, cela ne devrait pas suffire, car le sonneur ne vise pas ce passant en particulier ! Contradiction apparente.

3
הָכָא בִּשְׁלִיחַ צִיבּוּר עָסְקִינַן, דְּדַעְתֵּיהּ אַכּוּלֵּיהּ עָלְמָא.

Ici, nous traitons de l'officiant (chalia'h tsibour), dont l'intention porte sur tout le monde (da'ateih à-koulei alma).

💡 Explication

Réponse : la Michna parle de l'officiant (chalia'h tsibour) qui sonne pour l'assemblée. Son intention embrasse tout le monde — donc même le passant extérieur qui a l'intention est acquitté, car l'officiant l'inclut.

4
תָּא שְׁמַע: נִתְכַּווֵּן שׁוֹמֵעַ וְלֹא נִתְכַּוֵּון מַשְׁמִיעַ, נִתְכַּווֵּן מַשְׁמִיעַ וְלֹא נִתְכַּווֵּן שׁוֹמֵעַ — לֹא יָצָא, עַד שֶׁיִּתְכַּווֵּן שׁוֹמֵעַ וּמַשְׁמִיעַ. קָתָנֵי מַשְׁמִיעַ דֻּומְיָא דְשׁוֹמֵעַ. מַה שׁוֹמֵעַ — שׁוֹמֵעַ לְעַצְמוֹ, אַף מַשְׁמִיעַ — מַשְׁמִיעַ לְעַצְמוֹ, וְקָתָנֵי לֹא יָצָא.

Viens et entends [une autre objection] : si l'auditeur a eu l'intention mais que le sonneur n'a pas eu l'intention, ou si le sonneur a eu l'intention mais que l'auditeur n'a pas eu l'intention — il ne s'est pas acquitté, tant que n'ont pas l'intention [conjointement] l'auditeur et le sonneur. [La baraita] enseigne le sonneur de manière analogue à l'auditeur : de même que l'auditeur écoute pour lui-même, de même le sonneur sonne pour lui-même — et [pourtant] elle enseigne 'il ne s'est pas acquitté' [seulement en cas d'absence d'intention, ce qui contredit R.

Zeira].

💡 Explication

Nouvelle objection : une baraita exige l'intention des deux (auditeur et sonneur). Le parallélisme suggère que le sonneur sonne pour lui-même ; il suffirait donc qu'il vise sa propre obligation — sans devoir viser l'auditeur, contre R. Zeira.

5
תַּנָּאֵי הִיא, דְּתַנְיָא: שׁוֹמֵעַ — שׁוֹמֵעַ לְעַצְמוֹ, וּמַשְׁמִיעַ — מַשְׁמִיעַ לְפִי דַּרְכּוֹ. אָמַר רַבִּי יוֹסֵי: בַּמֶּה דְבָרִים אֲמוּרִים — בִּשְׁלִיחַ צִבּוּר, אֲבָל בְּיָחִיד — לֹא יָצָא, עַד שֶׁיִּתְכַּוֵּין שׁוֹמֵעַ וּמַשְׁמִיעַ.

C'est [l'objet d'une] controverse de Tanaim, car il a été enseigné : l'auditeur écoute pour lui-même, et le sonneur sonne à sa manière (lefi darko). Rabbi Yossei dit : de quoi parle-t-on ?

De l'officiant ; mais pour un particulier (ya'hid), il ne s'est pas acquitté, tant que n'ont pas l'intention [conjointement] l'auditeur et le sonneur.

💡 Explication

Résolution : c'est une machloket de Tanaim. Le premier Tana : le sonneur sonne à sa manière (sans viser l'auditeur). R. Yossei distingue : cela ne vaut que pour l'officiant ; pour un particulier, il faut la double intention — position de R. Zeira.

6
מַתְנֵי׳ ״וְהָיָה כַּאֲשֶׁר יָרִים מֹשֶׁה יָדוֹ וְגָבַר יִשְׂרָאֵל וְגוֹ׳״, וְכִי יָדָיו שֶׁל מֹשֶׁה עוֹשׂוֹת מִלְחָמָה אוֹ שׁוֹבְרוֹת מִלְחָמָה? אֶלָּא לוֹמַר לָךְ: כָּל זְמַן שֶׁהָיוּ יִשְׂרָאֵל מִסְתַּכְּלִין כְּלַפֵּי מַעְלָה וּמְשַׁעְבְּדִין אֶת לִבָּם לַאֲבִיהֶם שֶׁבַּשָּׁמַיִם — הָיוּ מִתְגַּבְּרִים, וְאִם לָאו — הָיוּ נוֹפְלִים.

MICHNA. '[Or il advint que] lorsque Moché élevait sa main, Israël l'emportait, etc.' (Ex 17:11). Et les mains de Moché font-elles la guerre, ou brisent-elles la guerre ?

Plutôt, [le verset vient] te dire : tant qu'Israël regardait vers le haut et soumettait son cœur à leur Père qui est aux cieux, ils l'emportaient ; sinon, ils tombaient.

📜 Rachi (1)
מַתְנִי' וְהָיָה כַּאֲשֶׁר יָרִים מֹשֶׁה יָדוֹ וְגוֹ':
MICHNA. Or il advint que lorsque Moché élevait sa main, etc. [= incipit du verset commenté].
🪔 Ben Yehoyada (1)
בִּזְמַן שֶׁמִּסְתַּכְּלִין יִשְׂרָאֵל כְּלַפֵּי מַעְלָה, וּמְשַׁעְבְּדִין לָבָן לַאֲבִיהֶם שֶׁבַּשָּׁמַיִם, הָיוּ מִתְגַּבְּרִין. נִרְאֶה לִי בס"ד דְּיָדוּעַ כִּי הַמַּחֲשָׁבָה שֶׁהִיא בַּמּוֹחַ הִיא כְּנֶגֶד אֲצִילוּת, וְיָדוּעַ כִּי הָאֲצִילוּת נִקְרֵאת בְּשֵׁם פָּנִים אַךְ בי"ע [בְּרִיאָה,יְצִירָה,עֲשִׂיָּה] נִקְרָאִים בְּשֵׁם אָחוֹר וְעִיקַּר חֲשִׁיבוּת יִשְׂרָאֵל לִפְנֵי הקב"ה הוּא מִצַּד הַמַּחֲשָׁבָה הַטְּהוֹרָה שֶׁהִיא כְּנֶגֶד אֲצִילוּת שֶׁנִּקְרֵאת פָּנִים. וְהִנֵּה תִּמְצָא כְּנֶגֶד אוֹתִיּוֹת 'מַעְלָה' יֵשׁ אוֹתִיּוֹת 'פֵּנְמוֹ' שֶׁהוּא סוֹד אֲצִילוּת וְזֶהוּ שֶׁאָמְרוּ 'מִסְתַּכְּלִין כְּלַפֵּי מַעְלָה' רוֹצֶה לוֹמַר כְּנֶגֶד הָרָמוּז בָּאוֹתִיּוֹת שֶׁהֵם כְּלַפֵּי אוֹתִיּוֹת שֶׁהוּא 'מַעֲלָה' אוֹתִיּוֹת 'פנמו' שֶׁהוּא סוֹד הַמַּחֲשָׁבָה שֶׁהוּא סוֹד אֲצִילוּת וּמִסְתַּכְּלִין לִהְיוֹת לָהֶם טָהֳרַת הַמַּחֲשָׁבָה דְּעַל זֶה נֶאֱמַר (תְּהִלִּים יא, ז) 'יָשָׁר יֶחֱזוּ פָּנֵימוֹ' שֶׁאָז מִמֵּילָא מְשַׁעְבְּדִין אֶת לָבָן לַאֲבִיהֶם שֶׁבַּשָּׁמַיִם כִּי כֵּיוָן דְּנִטְהֲרָה הַמַּחֲשָׁבָה מִתְקַדֵּשׁ גַּם הַלֵּב שֶׁבּוֹ הַכַּוָּונָה דְּהֵם כְּנֶגֶד חו"ב [חָכְמָה וּבִינָה] דַּחֲדָא נָפְקִין וְכַחֲדָא שָׁרְייָן וּכְמוֹ שֶׁכָּתַבְנוּ בְּמָקוֹם אַחֵר. גַּם 'מִסְתַּכְּלִין כְּלַפֵּי מַעְלָה' רוֹצֶה לוֹמַר שֵׁם הֲוָיָ"ה בְּמִלּוּי יודי"ן [יוּ"ד ה"י וָי"ו ה"י = 72] שֶׁהוּא הָעֶלְיוֹן שֶׁבְּאַרְבָּעָה מִילּוּאִים שֶׁבּוֹ נִשְׁלַם מִסְפַּר יִשְׂרָאֵל [541] לְמִסְפַּר תרי"ג כִּי ע"ב ותקמ"א גֵּימַטְרְיָא תרי"ג [541+72=613] כַּאֲשֶׁר כָּתַבְתִּי בס"ד בְּבֵיאוּר הַכָּתוּב (דְּבָרִים ד, ד) 'וְאַתֶּם הַדְּבֵקִים בַּה' אֱ-לֹהֵיכֶם חַיִּים כֻּלְּכֶם הַיּוֹם' כֻּלְּכֶם דַּייְקָא רמ"ח וּשְׁסָ"ה. וּמְשַׁעְבְּדִין לָבָן לַאֲבִיהֶם שֶׁבַּשָּׁמַיִם כִּי מִסְפַּר לֵב וּמִסְפַּר שֵׁם הֲוָיָ"ה עוֹלֶה מִסְפַּר חֵן [32+26=58] , וְלָכֵן דְּרֵישׁ זֶה בַּפָּסוּק (שְׁמוֹת יז, יא) כַּאֲשֶׁר יָרִים מֹשֶׁה 'יָדוֹ' בְּהִיפּוּךְ אַתָּווָן יוֹ"ד לִרְמֹוז עַל הַשֵּׁם דְּמִלּוּי יודי"ן לְהַשְׁפִּיעַ לְיִשְׂרָאֵל מִמֶּנּוּ אָז גּוֹבְרִין כִּי שֵׁם זֶה עִם מִסְפַּר שְׁמָם מַשְׁלִים מִסְפַּר תרי"ג שֶׁהֵם רמ"ח וּשְׁסָ"ה.
'Tant qu'Israël regardait vers le haut et soumettait son cœur à leur Père qui est aux cieux, ils l'emportaient.' Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il est connu que la <b>pensée (ma'hachava)</b>, qui siège dans le cerveau, correspond au monde de l'<b>Atsilout</b> (Émanation) ; et il est connu que l'Atsilout est appelée 'face' (panim), tandis que les mondes de BY'A [Beria, Yetsira, 'Assiya = Création, Formation, Action] sont appelés 'dos' (à'hor). Or l'essentiel de la valeur d'Israël devant le Saint béni soit-Il tient à la <b>pensée pure</b>, qui correspond à l'Atsilout appelée 'face'. Et voici : face aux lettres de 'ma'ala' (en haut) tu trouves les lettres de 'panemo' (leur face) — ce qui est le secret (sod) de l'Atsilout ; c'est le sens de 'ils regardaient vers le haut (ma'ala)', c'est-à-dire vers ce qui est désigné par les lettres correspondant à 'ma'ala' : les lettres 'panemo', secret de la pensée, secret de l'Atsilout ; ils regardaient afin d'avoir la pureté de la pensée, ce dont il est dit (Ps 11:7) 'les [hommes] droits contempleront Sa face (panemo)'. Alors, du même coup, ils soumettaient leur cœur à leur Père céleste, car une fois la pensée purifiée, le cœur se sanctifie aussi — [pensée et cœur] correspondant à 'Ho'hma et Bina [Sagesse et Discernement], qui 'sortent comme un et résident comme un', ainsi que nous l'avons écrit ailleurs. De plus, 'ils regardaient vers le haut' renvoie au Nom [ineffable] dans son épellation en 'youdin' [la plus haute des quatre épellations, de valeur 72], par lequel le nombre 'Israël' [541] se complète jusqu'au nombre 613 (les commandements), car 72 et 541 font 613 [72+541=613] — comme je l'ai écrit, avec l'aide du Ciel, dans l'explication du verset (Dt 4:4) 'et vous qui vous attachez à l'Éternel votre D.ieu, vous êtes tous vivants aujourd'hui' : 'vous tous' (koulkhem) vise précisément les 248 [membres] et les 365 [tendons]. Et 'ils soumettaient leur cœur à leur Père céleste', car le nombre de 'lev' (cœur = 32) et le nombre du Nom [ineffable = 26] font ensemble le nombre de ''hen' (grâce = 58) [32+26=58]. C'est pourquoi il tire ce sens du verset (Ex 17:11) 'lorsque Moché élevait sa main (yado)' : en inversant les lettres [de yado on lit] youd, allusion au Nom en épellation de youdin, pour faire ruisseler [l'influx] sur Israël à partir de lui — alors ils l'emportent, car ce Nom, avec le nombre de leur nom, complète le nombre 613, soit les 248 et les 365.
💡 Explication

La Michna interprète Ex 17:11 : ce ne sont pas les mains de Moché qui gagnent ou perdent la bataille. Elles sont un signe : tant qu'Israël lève les yeux vers le haut et soumet son cœur au Père céleste, il l'emporte.

🖼️ Schéma
Les mains de Moché et le serpent d'airain : ce n'est pas l'objet qui agit Mains levées de Moché (Ex 17:11) Serpent d'airain (Nb 21:8) Question : les mains font-elles ou brisent-elles la guerre ? Question : le serpent tue-t-il ou fait-il vivre ? Tant qu'Israël regarde en haut et soumet son cœur au Père céleste : ils l'emportent (mitgabrim). Tant qu'Israël regarde en haut et soumet son cœur au Père céleste : ils sont guéris (mitrapim).
Les mains de Moché (Ex 17) et le serpent d'airain (Nb 21).
7
כַּיּוֹצֵא בַדָּבָר אַתָּה אוֹמֵר: ״עֲשֵׂה לְךָ שָׂרָף וְשִׂים אֹותוֹ עַל נֵס וְהָיָה כָּל הַנָּשׁוּךְ וְרָאָה אֹותוֹ וָחָי״, וְכִי נָחָשׁ מֵמִית, אוֹ נָחָשׁ מְחַיֶּה? אֶלָּא: בִּזְמַן שֶׁיִּשְׂרָאֵל מִסְתַּכְּלִין כְּלַפֵּי מַעְלָה וּמְשַׁעְבְּדִין אֶת לִבָּם לַאֲבִיהֶם שֶׁבַּשָּׁמַיִם — הָיוּ מִתְרַפְּאִין, וְאִם לָאו הָיוּ נִימּוֹקִים.

De manière semblable tu dis : 'Fais-toi un serpent [brûlant] et place-le sur une perche ; et quiconque aura été mordu, en le regardant, vivra' (Nb 21:8). Et le serpent tue-t-il, ou le serpent fait-il vivre ?

Plutôt : au temps où Israël regardait vers le haut et soumettait son cœur à leur Père qui est aux cieux, ils étaient guéris ; sinon, ils dépérissaient.

🪔 Ben Yehoyada (1)
כַּיּוֹצֵא בַדָּבָר אַתָּה אוֹמֵר: (בַּמִּדְבָּר כא, ח) "וַיֹּאמֶר ה' אֶל מֹשֶׁה: עֲשֵׂה לְךָ שָׂרָף" וְכוּ' וְכִי נָחָשׁ מֵמִית אוֹ מְחַיֶּה? אֶלָּא, בִּזְמַן שֶׁיִּשְׂרָאֵל מִסְתַּכְּלִין כְּלַפֵּי מַעְלָה. נִרְאֶה לִי בס"ד לְמַעְלָה מֵאוֹתִיּוֹת שָׂרָף יֵשׁ אוֹתִיּוֹת קר"ע שֶׁהוּא שֵׁם הַמְסֻוגָּל לִקְרֹועַ גְּזָר דִּין וְרָמוּז בְּסוֹפֵי תֵּיבוֹת (תְּהִלִּים צז, יא) 'אוֹר זֶרַע לַצַּדִּיק' וְהוּא רָאשֵׁי תֵּיבוֹת 'קַבֵּל רִנַּת עִמָּךְ' וְזֶהוּ שֶׁאָמְרוּ עַל זֶה 'מִסְתַּכְּלִין כְּלַפֵּי מַעְלָה' רוֹצֶה לוֹמַר לְמַעְלָה מִן אוֹתִיּוֹת שָׂרָף דְּקָאֵי עֲלָהּ שֶׁהוּא שֵׁם קר"ע לְהַמְשִׁיךְ לָהֶם כֹּחַ מִשָּׁם אָז הָיוּ מִתְרַפְּאִין.
'De manière semblable tu dis (Nb 21:8) : "Et l'Éternel dit à Moché : fais-toi un serpent brûlant", etc. Et le serpent tue-t-il ou fait-il vivre ? Plutôt, au temps où Israël regardait vers le haut.' Il me semble, avec l'aide du Ciel : au-dessus des lettres de 'saraf' (serpent brûlant) se trouvent les lettres de 'kera'' [koph-resh-'ayin], qui est le Nom [saint] apte à <b>déchirer (likroa') le décret</b> [de rigueur], allusion cachée dans les finales des mots (Ps 97:11) 'or zaroua' la-tsadik' (une lumière est semée pour le juste), et qui est aussi l'acrostiche de 'kabel rinat 'amekha' (accueille le chant de Ton peuple). C'est le sens de 'ils regardaient vers le haut', c'est-à-dire au-dessus des lettres de 'saraf' sur lesquelles [le regard] se porte : le Nom 'kera'', pour en tirer une force ; alors ils étaient guéris.
💡 Explication

Second exemple (Nb 21:8) : ce n'est pas le serpent d'airain qui tue ou guérit. Comme pour les mains de Moché, la guérison dépend de ce qu'Israël lève les yeux et soumet son cœur au Père céleste.

8
חֵרֵשׁ שׁוֹטֶה וְקָטָן אֵין מוֹצִיאִין אֶת הָרַבִּים יְדֵי חוֹבָתָן. זֶה הַכְּלָל: כָּל שֶׁאֵינוֹ מְחֻוייָּב בַּדָּבָר — אֵינוֹ מוֹצִיא אֶת הָרַבִּים יְדֵי חוֹבָתָן.

Un sourd-muet (''herech), un dément (choteh) et un mineur (katan) n'acquittent pas le public de son obligation. Telle est la règle : quiconque n'est pas obligé d'une chose n'acquitte pas le public de son obligation.

💡 Explication

La Michna pose le principe fondamental de l'acquittement : seul celui qui est lui-même obligé d'un commandement peut en acquitter autrui. Le sourd-muet, le dément et le mineur, n'étant pas de plein droit obligés, ne peuvent acquitter le public.

9
גְּמ׳ תָּנוּ רַבָּנַן: הַכֹּל חַייָּבִין בִּתְקִיעַת שׁוֹפָר. כֹּהֲנִים וּלְוִיִּם וְיִשְׂרְאֵלִים. גֵּרִים וַעֲבָדִים מְשֻׁוחְרָרִים. וְטֻומְטוּם וְאַנְדְּרוֹגִינוֹס. מִי שֶׁחֶצְיוֹ עֶבֶד וְחֶצְיוֹ בֶּן חוֹרִין.

GUEMARA. Nos maîtres ont enseigné : tous sont obligés de la sonnerie du choofar : kohanim, leviim et israélites ; convertis (guerim) et esclaves affranchis ; le tumtum et l'androgyne ; celui qui est à moitié esclave et à moitié libre.

📜 Rachi (3)
גְּמ' וַעֲבָדִים מְשֻׁוחְרָרִין אֲבָל עֲבָדִים לֹא דְּכָל מִצְוָה שֶׁאֵין הָאִשָּׁה חַיֶּיבֶת בֵּהּ אֵין הָעֶבֶד חַיָּיב בָּהּ:
GUEMARA. Et les esclaves affranchis — mais les esclaves [non affranchis], non, car tout commandement dont la femme n'est pas tenue, l'esclave n'en est pas tenu non plus.
וְטֻומְטוּם וְאַנְדְּרוֹגִינוֹס שֶׁמָּא זָכָר הוּא:
Le tumtum et l'androgyne — [ils sont inclus] car peut-être est-ce un mâle.
מִי שֶׁחֶצְיוֹ עֶבֶד מִשּׁוּם צַד חֵירוּת שֶׁבּוֹ:
Celui qui est à moitié esclave — à cause de la part de liberté qui est en lui.
💡 Explication

Baraita liminaire : tous sont obligés du choofar. La liste énumère les catégories : kohanim, leviim, israélites, convertis, affranchis, tumtum (dont le sexe est indéterminé), androgyne (des deux sexes), et le demi-esclave demi-libre. La Guemara examinera pourquoi chaque cas devait être précisé.

10
טֻומְטוּם — אֵינוֹ מוֹצִיא לֹא אֶת מִינוֹ, וְלֹא אֶת שֶׁאֵינוֹ מִינוֹ. אַנְדְּרוֹגִינוֹס — מוֹצִיא אֶת מִינוֹ, אֲבָל לֹא אֶת שֶׁאֵינוֹ מִינוֹ. מִי שֶׁחֶצְיוֹ עֶבֶד וְחֶצְיוֹ בֶּן חוֹרִין — אֵינוֹ מוֹצִיא לֹא אֶת מִינוֹ, וְלֹא אֶת שֶׁאֵינוֹ מִינוֹ.

Le tumtum n'acquitte ni son semblable, ni celui qui n'est pas son semblable. L'androgyne acquitte son semblable, mais non celui qui n'est pas son semblable.

Celui qui est à moitié esclave et à moitié libre n'acquitte ni son semblable, ni celui qui n'est pas son semblable.

📜 Rachi (3)
טֻומְטוּם אֵינוֹ מוֹצִיא אֶת מִינוֹ טֻומְטוּם כְּמוֹתוֹ שֶׁמָּא תּוֹקֵעַ זֶה נְקֵבָה וַחֲבֵירוֹ זָכָר:
Le tumtum n'acquitte pas son semblable — un tumtum comme lui : peut-être ce sonneur est-il femme et son prochain mâle.
אַנְדְּרוֹגִינוֹס מוֹצִיא מִינוֹ אַנְדְּרוֹגִינוֹס כְּמוֹתוֹ דְּאִי בָּתַר זַכְרוּת אָזְלַת שְׁנֵיהֶם חַיָּיבִין וְאִי בָּתַר נַקְבוּת אָזְלַת שְׁנֵיהֶן פְּטוּרִין:
L'androgyne acquitte son semblable — un androgyne comme lui : car si tu le suis d'après la masculinité, tous deux sont obligés ; et si tu le suis d'après la féminité, tous deux sont exempts.
מִי שֶׁחֶצְיוֹ עֶבֶד כו' דְּלָא אָתֵי צַד עַבְדוּת דְּמַשְׁמִיעַ וּמַפִּיק צַד חֵירוּת דְּשׁוֹמֵעַ:
Celui qui est à moitié esclave, etc. — car la part d'esclavage du sonneur ne vient pas acquitter la part de liberté de l'auditeur.
💡 Explication

Détails de l'acquittement : le tumtum n'acquitte personne (peut-être est-il femme, non obligée, face à un mâle). L'androgyne acquitte un autre androgyne (statut identique) mais pas un tiers. Le demi-esclave n'acquitte personne : sa part d'esclave ne peut acquitter la part libre d'autrui.

🖼️ Schéma
Qui peut acquitter autrui du chofar ? (motsi et 'ha-rabim) Principe : qui n'est pas OBLIGÉ d'une chose ne peut en acquitter le public. Kohanim / Leviim / Israël : obligés, acquittent Convertis (guerim), affranchis : obligés 'Heresh, choteh, katan : n'acquittent pas le public Tumtum (sexe indéterminé) n'acquitte NI son semblable NI un autre (peut-être femme, non obligée) Androgyne acquitte son SEMBLABLE (androgyne), mais pas un autre Demi-esclave demi-libre (ma'hatsito 'eved) n'acquitte ni son semblable ni un autre — et selon Rav Na'hman, pas même lui-même
Le tableau des catégories et de l'acquittement.
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אָמַר מַר: הַכֹּל חַייָּבִין בִּתְקִיעַת שׁוֹפָר, כֹּהֲנִים לְוִיִּם וְיִשְׂרְאֵלִים. פְּשִׁיטָא! אִי הָנֵי לָא מִיחַייְּבִי — מַאן מִיחַייְּבִי?!

Le Maître a dit : tous sont obligés de la sonnerie du choofar : kohanim, leviim et israélites. C'est évident !

Si ceux-là ne sont pas obligés, qui donc serait obligé ?!

💡 Explication

La Guemara s'étonne : dire que kohanim, leviim et israélites sont obligés est une évidence — ce sont les Juifs par excellence ! Pourquoi la baraita a-t-elle besoin de le préciser ? La suite explique pour chaque catégorie.

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כֹּהֲנִים אִצְטְרִיכָא לֵיהּ, סָלְקָא דַעְתָּךְ אֲמִינָא: הוֹאִיל וּכְתִיב ״יוֹם תְּרוּעָה יִהְיֶה לָכֶם״, מַאן דְּלֵיתֵיהּ אֶלָּא בִּתְקִיעָה דְּחַד יוֹמָא — הוּא דְּמִיחַייַּב, וְהָנֵי כֹּהֲנִים, הוֹאִיל וְאִיתַנְהוּ בִּתְקִיעוֹת דְּכָל הַשָּׁנָה, דִּכְתִיב: ״וּתְקַעְתֶּם בַּחֲצֹוצְרֹות עַל עֹולֹותֵיכֶם״, אֵימָא לָא לִיחַייְּבוּ — קָא מַשְׁמָע לַן.

[La mention des] kohanim lui était nécessaire : tu aurais pu penser — puisqu'il est écrit 'ce sera pour vous un jour de sonnerie (teroua)' (Nb 29:1), celui qui n'a de sonnerie qu'un seul jour est [seul] obligé ; or ces kohanim, puisqu'ils ont des sonneries toute l'année, comme il est écrit 'et vous sonnerez des trompettes sur vos holocaustes' (Nb 10:10), tu aurais dit qu'ils ne sont pas obligés [le jour de Roch Hachana] — cela nous [l']enseigne [qu'ils le sont].

💡 Explication

Pourquoi préciser les kohanim ? On aurait pu croire que l'obligation du choofar ne vise que celui qui n'a qu'un seul jour de sonnerie (Roch Hachana). Or les kohanim sonnent des trompettes toute l'année (sur les sacrifices) : on aurait pu les en exclure. La baraita enseigne qu'ils sont bel et bien obligés.

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מִי דָמֵי? הָתָם חֲצוֹצְרוֹת וְהָכָא שׁוֹפָר! אֶלָּא אִצְטְרִיךְ: סָלְקָא דַעְתָּךְ אֲמִינָא, הוֹאִיל וּתְנַן: שָׁוֶה הַיּוֹבֵל לְרֹאשׁ הַשָּׁנָה לַתְּקִיעָה וְלַבְּרָכוֹת, מַאן דְּאִיתֵיהּ בְּמִצְוַת הַיּוֹבֵל — אִיתֵיהּ בְּמִצְוָה דְּרֹאשׁ הַשָּׁנָה, וְהָנֵי כֹּהֲנִים, הוֹאִיל וְלֵיתַנְהוּ בְּמִצְוָה דְּיוֹבֵל, דִּתְנַן: כֹּהֲנִים וּלְוִיִּם מוֹכְרִין לְעוֹלָם וְגוֹאֲלִין לְעוֹלָם, אֵימָא: בְּמִצְוָה דְּרֹאשׁ הַשָּׁנָה לֹא לִיחַייְּבוּ — קָא מַשְׁמָע לַן.

Est-ce comparable ? Là-bas [ce sont] des trompettes ('hatsotserot), et ici [c'est] un choofar !

Plutôt, [la mention des kohanim] était nécessaire [pour une autre raison] : tu aurais pu penser — puisque nous avons appris 'le [Yom Kippour du] Jubilé est semblable à Roch Hachana pour la sonnerie et pour les bénédictions', celui qui est [inclus] dans le commandement du Jubilé est [inclus] dans le commandement de Roch Hachana ; or ces kohanim, puisqu'ils ne sont pas [inclus] dans le commandement du Jubilé — comme nous avons appris : 'les kohanim et les leviim vendent toujours et rachètent toujours' — tu aurais dit qu'ils ne sont pas obligés du commandement de Roch Hachana : cela nous [l']enseigne [qu'ils le sont].

📜 Rachi (2)
ה"ג כֹּהֲנִים וּלְוִיִּם מַקְדִּישִׁין לְעוֹלָם וְגוֹאֲלִין לְעוֹלָם זוֹ הִיא גִּירְסַת רַבֵּינוּ יִצְחָק הַלֵּוִי וּשְׁאָר רַבּוֹתַי גּוֹרְסִין מוֹכְרִין לְעוֹלָם וְגוֹאֲלִין לְעוֹלָם וּשְׁתֵּיהֶן מִשְׁנָיוֹת הֵן בְּמַסֶּכֶת עֲרָכִין (דַּף כו: וְדַף לג:) וּבֵין מַקְדִּישִׁין וּבֵין מוֹכְרִין תַּרְוַיְיהוּ מִשְׁנָה יְתֵירָה נִינְהוּ אֶלָּא אַיְּידֵי דִּתְנָא הָתָם גַּבֵּי יִשְׂרָאֵל (שָׁם דַּף כֹּד.) אֵין מַקְדִּישִׁין לִפְנֵי הַיּוֹבֵל פָּחוֹת מִשְׁתֵּי שָׁנִים וְלֹא גּוֹאֲלִין אַחַר הַיּוֹבֵל פָּחוֹת מִשָּׁנָה תְּנָא גַּבֵּי כֹּהֲנִים מַקְדִּישִׁין וְגוֹאֲלִין וְאַיְּידֵי דִּתְנָא גּוֹאֲלִין וּמַקְדִּישִׁין גַּבֵּי הֲדָדֵי תַּנָּא נָמֵי גַּבֵּי גּוֹאֲלִין דִּמְכִירָה מוֹכְרִין לְעוֹלָם וְהָכִי מוֹקֵים בְּמַסֶּכֶת עֲרָכִין (דַּף כז.) וּמַהוּ גּוֹאֲלִין לְעוֹלָם לְפִי שֶׁנֶּאֱמַר בְּיִשְׂרָאֵל בְּמוֹכֵר בַּיִת בְּעָרֵי חוֹמָה (וַיִּקְרָא כ״ה:ל׳) וְאִם לֹא יִגָּאֵל עַד מְלֹאת לוֹ שָׁנָה תְמִימָה נֶחְלָט אֲבָל בַּלְּוִיִּם גְּאֻולַּת עוֹלָם תִּהְיֶה לַלְוִיִּם וּלְפִי שֶׁנֶּאֱמַר בְּיִשְׂרָאֵל הַמּוֹכֵר שְׂדֵה אֲחֻוזָּה (שָׁם) בְּמִסְפַּר שְׁנֵי תְבוּאֹות יִמְכָּר לָךְ שֶׁאֵינוֹ מֻותָּר לִגְאֹול פָּחוֹת מִשְׁתֵּי שָׁנִים אֲבָל לְוִיִּם גּוֹאֲלִין מִיָּד לְפִי שֶׁנֶּאֱמַר בְּמַקְדִּישׁ שְׂדֵה אֲחֻוזָּה (שָׁם כז) וְאִם לֹא יִגְאַל אֶת הַשָּׂדֶה בְּעָלִים וּמָכַר גִּזְבָּר אֶת הַשָּׂדֶה לְאִישׁ אַחֵר לֹא יִגָּאֵל עוֹד אֶלָּא יוֹצְאָהּ לַכֹּהֲנִים בַּיּוֹבֵל הַלְּוִיִּם גּוֹאֲלִין לְעוֹלָם וְהַאי דְּאָמְרִי הָכָא לֵיתַנְהוּ בְּמִצְוַת יוֹבֵל קָאֵי אַמַּקְדִּישׁ שְׂדֵה אֲחֻוזָּה וְלֹא גְאָלָהּ וּמְכָרָהּ גִּזְבָּר שֶׁאֵין יוֹבֵל מַפְקִיעַ מִיָּד הַמַּקְדִּישׁ אִם לֵוִי הוּא כְּדֶרֶךְ שֶׁמַּפְקִיעַ מִיָּד יִשְׂרָאֵל:
Version [du texte] : 'les kohanim et les leviim consacrent (makdichin) toujours et rachètent toujours' — telle est la version de Rabbenou Its'hak ha-Levi ; mes autres maîtres lisent 'vendent (mokhrin) toujours et rachètent toujours'. Les deux sont des michnayot dans le traité 'Arakhin (26b et 33b). Or, aussi bien 'consacrent' que 'vendent' sont des michnayot superflues. Mais parce que [le Tana] a enseigné là-bas au sujet d'un israélite (24a) 'on ne consacre pas avant le Jubilé à moins de deux ans, et on ne rachète pas après le Jubilé à moins d'un an', il a enseigné au sujet des kohanim 'consacrent et rachètent' ; et parce qu'il a enseigné 'rachètent et consacrent' ensemble, il a aussi enseigné, à côté de 'rachètent' [pour ce qui est] de la vente, 'vendent toujours' — ainsi l'établit-on dans le traité 'Arakhin (27a). Et que signifie 'rachètent toujours' ? Parce qu'il est dit à propos d'un israélite qui vend une maison dans une ville murée (Lv 25:30) 'et s'il ne l'a pas rachetée avant que ne s'accomplisse pour lui une année entière', [la maison] est [alors] acquise définitivement ; mais pour les leviim 'un droit de rachat perpétuel appartiendra aux leviim'. Et parce qu'il est dit à propos d'un israélite qui vend un champ patrimonial (ibid.) 'd'après le nombre des années de récolte il te [le] vendra' — [ce qui signifie] qu'il n'est pas permis de racheter à moins de deux ans ; mais les leviim rachètent immédiatement. Parce qu'il est dit à propos de celui qui consacre un champ patrimonial (Lv 27) 'et s'il ne rachète pas le champ, [le propriétaire,] et si [le trésorier] a vendu le champ à un autre homme, il ne sera plus rachetable, mais le champ, à sa libération au Jubilé, sera saint pour l'Éternel, comme un champ voué [il appartiendra] au kohen' — [pour l'israélite le champ] sort au Jubilé [et va] aux kohanim, [tandis que] les leviim rachètent toujours. Et ce que l'on dit ici 'ils ne sont pas [inclus] dans le commandement du Jubilé' se rapporte à [celui qui] consacre un champ patrimonial et ne l'a pas racheté, et [dont] le trésorier l'a vendu : le Jubilé ne [le] retire pas des mains de celui qui a consacré, s'il est levi, de la manière dont il [le] retire des mains d'un israélite.
קמ"ל גָּרְסִי' וְלָא גָּרְסִינַן נְהִי דְּלֵיתַנְהוּ בְּהַשְׁמָטַת קַרְקָעוֹת כּוּ' דְּהָא וַדַּאי אִיתַנְהוּ בֵּין שֶׁלָּקְחוּ הֵם מִיִּשְׂרָאֵל מַחֲזִירִין בַּיּוֹבֵל דְּלָא נָפְקִי לְוִיִּם מִכְּלַל כָּל מִצְוֹת וְהַדִּינִין בֵּין שֶׁלָּקְחוּ יִשְׂרָאֵל מֵהֶן מִן הָאֲלָפִים אַמָּה שֶׁנִּיתְּנוּ לְחוּץ לְעָרֵיהֶם יוֹצֵא בַּיּוֹבֵל וְאַפֵּי' בָּתֵּי עָרֵי חוֹמָה שֶׁאֵין חוֹזְרִין לְיִשְׂרָאֵל בַּיּוֹבֵל חוֹזְרִין לָהֶם דִּכְתִיב (שָׁם כה) וַאֲשֶׁר יִגְאַל מִן הַלְוִיִּם וְגוֹ':
'Cela nous [l']enseigne' — telle est notre version, et nous ne lisons pas 'certes ils ne sont pas [inclus] dans la remise des terres, etc.', car assurément ils y sont [inclus] : soit qu'ils aient acheté à un israélite — ils [le] restituent au Jubilé, car les leviim ne sont pas exclus de l'ensemble des commandements et des lois ; soit qu'un israélite ait acheté d'eux, des deux mille coudées données [aux leviim] hors de leurs villes, [le champ] sort au Jubilé ; et même les maisons de villes murées, qui ne reviennent pas à l'israélite au Jubilé, leur reviennent [à eux], comme il est écrit (Lv 25) 'et ce que rachètera l'un des leviim, etc.'
🗂️ Tossefot (2)
דִּתְנַן כֹּהֲנִים וּלְוִיִּם מַקְדִּישִׁים לְעוֹלָם וְגוֹאֲלִים לְעוֹלָם. פֵּירֵשׁ בַּקּוּנְטְרֵס שֶׁזּוֹ הִיא גֵּי' רִ"י הַלֵּוִי וּשְׁאָר רַבּוֹתָיו גּוֹרְסִין מוֹכְרִין לְעוֹלָם וְגוֹאֲלִין לְעוֹלָם וּשְׁתֵּיהֶן מִשְׁנָיוֹת הֵן בְּמַסֶּכֶת עֲרָכִין (דַּף כו: וְדַף לג:) וּבֵין מַקְדִּישִׁין וּבֵין מוֹכְרִין תַּרְוַיְיהוּ מִשְׁנָה יְתֵירָה נִינְהוּ אֶלָּא אַיְּידֵי דִּתְנַן הָתָם גַּבֵּי יִשְׂרָאֵל (שָׁם דַּף כֹּד.) אֵין מַקְדִּישִׁין לִפְנֵי הַיּוֹבֵל פָּחוֹת מִשְׁתֵּי שָׁנִים וְאֵין גּוֹאֲלִין אַחַר הַיּוֹבֵל פָּחוֹת מִשָּׁנָה תְּנָא סֵיפָא נָמֵי מַקְדִּישִׁין וְגוֹאֲלִין וְאַיְּידֵי דְּתָנֵי מַקְדִּישִׁין וְגוֹאֲלִין גַּבֵּי הֲדָדֵי תְּנָא נָמֵי גַּבֵּי גּוֹאֲלִים דִּמְכִירָה מוֹכְרִין לְעוֹלָם הָכִי מוֹקִים לָהּ בְּמַס' עֲרָכִין (דַּף כז.) וְגוֹאֲלִין לְעוֹלָם הַיְינוּ לְפִי שֶׁנֶּאֱמַר בְּיִשְׂרָאֵל הַמּוֹכֵר שְׂדֵה אֲחֻוזָּה בְּמִסְפַּר שְׁנֵי תְבוּאֹות יִמְכָּר לָךְ שֶׁאֵינוֹ מֻותָּר לִגְאֹול פָּחוֹת מִשְׁתֵּי שָׁנִים אֲבָל לְוִיִּם גּוֹאֲלִין מִיָּד וְגוֹאֲלִים לְעוֹלָם וּמַקְדִּישׁ הַיְינוּ לְפִי שֶׁנֶּאֱמַר בְּמַקְדִּישׁ שְׂדֵה אֲחֻוזָּה לֹא יִגָּאֵל עוֹד אֶלָּא יוֹצְאָהּ לַכֹּהֲנִים בַּיּוֹבֵל וְהַלְּוִיִּם גּוֹאֲלִין לְעוֹלָם וְעַתָּה גֵּי' רַבֵּינוּ יִצְחָק הַלֵּוִי נִיחָא שֶׁאֵין הַיּוֹבֵל מַפְקִיעַ מִיַּד הַמַּקְדִּישׁ אִם הוּא לֵוִי כְּמוֹ בְּיִשְׂרָאֵל אֲבָל מְכִירָה וּגְאֻולָּה שֶׁגּוֹאֵל מִיָּד א"נ בְּבָתֵּי עָרֵי חוֹמָה שֶׁאֵינָן נֶחְלָטוֹת לְסוֹף שָׁנָה מָה עִנְיָן זֶה לְמִצְוָה דְּיוֹבֵל אע"ג דְּאֵין זֶה נוֹהֵג אֶלָּא בִּזְמַן שֶׁהַיּוֹבֵל נוֹהֵג מ"מ לָא מַשְׁמַע הָכִי לִישָּׁנָא דְּלֵיתַנְהוּ בְּמִצְוֹת דְּיוֹבֵל וְעוֹד שֶׁמִּשְׁנָה רִאשׁוֹנָה הֲוָה לֵיהּ לְאֵיתוּיֵי דְּהַהִיא דְּמַקְדִּישִׁין לְעוֹלָם שֶׁהִיא בְּפֶרֶק אֵין מַקְדִּישִׁין (עֲרָכִין דַּף כו:) וְלֹא הַהִיא דְּמוֹכְרִין לְעוֹלָם דְּמַתְנִיתִין הִיא בְּפֶרֶק בָּתְרָא דַּעֲרָכִין (דַּף לג:):
'Comme nous avons appris : les kohanim et les leviim consacrent toujours et rachètent toujours.' Rachi a expliqué que c'est la version de Rabbenou Its'hak ha-Levi, tandis que ses autres maîtres lisent 'vendent toujours et rachètent toujours', et que les deux sont des michnayot dans le traité 'Arakhin (26b et 33b) ; aussi bien 'consacrent' que 'vendent' sont des michnayot superflues, mais parce qu'on a enseigné là-bas au sujet d'un israélite (24a) 'on ne consacre pas avant le Jubilé à moins de deux ans, et on ne rachète pas après le Jubilé à moins d'un an', on a enseigné dans la seconde partie [de la michna] aussi 'consacrent et rachètent' ; et parce qu'on a enseigné 'consacrent et rachètent' ensemble, on a enseigné aussi, à côté de 'rachètent' [pour] la vente, 'vendent toujours', ainsi qu'on l'établit dans 'Arakhin (27a). 'Rachètent toujours' — parce qu'il est dit à propos d'un israélite qui vend un champ patrimonial 'd'après le nombre des années de récolte il te [le] vendra', [ce qui signifie] qu'il n'est pas permis de racheter à moins de deux ans, mais les leviim rachètent immédiatement et rachètent toujours. Et 'consacre' — parce qu'il est dit à propos de celui qui consacre un champ patrimonial 'il ne sera plus rachetable, mais [le champ] sort au Jubilé [et va] aux kohanim', tandis que les leviim rachètent toujours. Or, selon la version de Rabbenou Its'hak ha-Levi, c'est [plus] satisfaisant, car le Jubilé ne retire pas [le champ] des mains de celui qui a consacré s'il est levi, comme [il le fait] pour un israélite ; mais [pour] la vente et le rachat qu'il rachète immédiatement, ou bien pour les maisons de villes murées qui ne sont pas acquises définitivement à la fin de l'année — quel rapport avec le commandement du Jubilé ? Bien que cela ne s'applique qu'au temps où le Jubilé est en vigueur, néanmoins l'expression 'ils ne sont pas [inclus] dans les commandements du Jubilé' ne semble pas [signifier] cela ; et de plus, il aurait fallu apporter la première michna, celle de 'on ne consacre pas toujours', qui est au chapitre 'On ne consacre pas' ('Arakhin 26b), et non celle de 'vendent toujours' qui est au dernier chapitre d''Arakhin (33b).
קָא מַשְׁמַע לַן נְהִי דְּלֵיתַנְהוּ בְּהַשְׁמָטַת קַרְקַע בְּהַשְׁמָטַת כְּסָפִים וְשִׁלּוּחַ עֲבָדִים מִיהָא אִיתַנְהוּ. כָּךְ כָּתוּב בְּרוֹב סְפָרִים וּבַקּוּנְטְרֵס גָּרַס קָא מַשְׁמָע לַן וְתוּ לָא וְלֹא גָּרַס נְהִי דְּלֵיתַנְהוּ בְּהַשְׁמָטָה דְּוַדַּאי אִיתַנְהוּ בֵּין שֶׁלָּקְחוּ הֵם מִיִּשְׂרָאֵל מַחֲזִירִין דְּלָא נָפְקִי מִכְּלַל הַמִּצְוֹת בֵּין שֶׁלָּקַח יִשְׂרָאֵל מֵהֶן מִן הָאֲלָפִים אַמָּה שֶׁנָּתְנוּ לָהֶם חוּץ לְעָרֵיהֶם יוֹצֵא בַּיּוֹבֵל וַאֲפִילּוּ בָּתֵּי עָרֵי חוֹמָה שֶׁאֵין חוֹזְרִין לְיִשְׂרָאֵל בַּיּוֹבֵל חוֹזְרִין לָהֶם שֶׁנֶּאֱמַר וַאֲשֶׁר יִגְאַל מִן הַלְוִיִּם כֵּן הִקְשָׁה בַּקּוּנְטְרֵס וְאֵין זוֹ קוּשְׁיָא גְּמוּרָה שֶׁהֲרֵי יֵשׁ לְפָרֵשׁ דְּהַשְׁמָטַת קַרְקַע קָרֵי מַקְדִּישׁ שְׂדֵה אֲחֻוזָּה וְלֹא גְאָלָהּ וּמְכָרָהּ גִּזְבָּר שֶׁאֵין יוֹבֵל מַפְקִיעָהּ מִיַּד מַקְדִּישׁ אִם הוּא לֵוִי כְּדֶרֶךְ שֶׁמַּפְקִיעָהּ אִם הוּא יִשְׂרָאֵל שֶׁיּוֹצְאָהּ לַכֹּהֲנִים בַּיּוֹבֵל וּנְהִי דְּלֵיתַנְהוּ בְּהַשְׁמָטַת קַרְקַע דְּקָאָמַר הַייְנוּ בְּכָל דִּין הַשְׁמָטַת קַרְקַע אֲבָל זֶה וַדַּאי קַשְׁיָא דַּהֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר בְּהַשְׁמָטַת קַרְקַע דִּמְכִירָה מִיהָא אִיתַנְהוּ כְּגוֹן מָכְרוּ לָהֶם שָׂדֶה אוֹ מָכְרוּ הֵם לַאֲחֵרִים כִּי הֵיכִי דַּחֲשִׁיב בְּהַשְׁמָטַת כְּסָפִים וְשִׁלּוּחַ עֲבָדִים וְעוֹד מָה עִנְיַן הַשְׁמָטַת כְּסָפִים אֵצֶל יוֹבֵל הָא בְּהֶדְיָא תְּנָא בְּסִפְרֵי בְּפָרָשַׁת רָאָה דִּשְׁבִיעִית מְשַׁמֶּטֶת כְּסָפִים וְאֵין יוֹבֵל מְשַׁמֵּט כְּסָפִים דִּמְמַעֵט לֵיהּ מֻוזֶּה דְּבַר הַשְּׁמִיטָּה שָׁמוֹט שְׁמִיטָּה מְשַׁמֵּט כְּסָפִים וְלֹא יוֹבֵל וְזֶה דֹּוחַק לוֹמַר דְּנַקְטֵיהּ לְרַבִּי דִּלְרַבִּי תְּלוּיָה הַשְׁמָטַת כְּסָפִים בַּיּוֹבֵל כִּדְאָמַר בְּהַשּׁוֹלֵחַ (גִּיטִּין דַּף לוֹ. וְשָׁם) דְּבִזְמַן שֶׁהַיּוֹבֵל נוֹהֵג הַשְׁמָטַת כְּסָפִים נוֹהֶגֶת:
'Cela nous [l']enseigne : certes ils ne sont pas [inclus] dans la remise des terres, [mais] dans la remise des dettes et l'affranchissement des esclaves, du moins, ils le sont.' Ainsi est-il écrit dans la plupart des livres. Rachi lit 'cela nous [l']enseigne' et rien de plus, et ne lit pas 'certes ils ne sont pas [inclus] dans la remise', car assurément ils y sont [inclus] : soit qu'ils aient acheté à un israélite, ils [le] restituent, car ils ne sont pas exclus de l'ensemble des commandements ; soit qu'un israélite ait acheté d'eux, des deux mille coudées qui leur ont été données hors de leurs villes, [le champ] sort au Jubilé ; et même les maisons de villes murées, qui ne reviennent pas à l'israélite au Jubilé, leur reviennent, comme il est dit 'et ce que rachètera l'un des leviim'. Ainsi a objecté Rachi. Mais ce n'est pas une objection concluante, car on peut expliquer que 'remise des terres' désigne [le cas de] celui qui consacre un champ patrimonial et ne l'a pas racheté, et [dont] le trésorier l'a vendu, [où] le Jubilé ne le retire pas des mains de celui qui a consacré s'il est levi, de la manière dont il [le] retire s'il est israélite, [le champ] sortant aux kohanim au Jubilé ; et 'certes ils ne sont pas [inclus] dans la remise des terres' qu'il dit vise toute la loi de la remise des terres. Mais ceci, en revanche, fait difficulté : il aurait fallu dire 'dans la remise des terres [par] la vente, du moins, ils le sont', par exemple s'ils leur ont vendu un champ ou s'ils ont vendu à d'autres, de même qu'il a compté la remise des dettes et l'affranchissement des esclaves. Et de plus, quel rapport la remise des dettes a-t-elle avec le Jubilé ? Car il est explicitement enseigné dans le Sifri, section Ré'eh, que la [septième année] chemita remet les dettes et que le Jubilé ne remet pas les dettes, [le Sifri] le déduisant de 'et voici la teneur de la remise : relâche' (Dt 15:2) — la chemita remet les dettes, non le Jubilé. Et c'est force de dire qu'il [le] prend selon Rabbi, car selon Rabbi la remise des dettes dépend du Jubilé, comme il est dit dans [le chapitre] 'Ha-chole'ah' (Guittin 36a) : au temps où le Jubilé est en vigueur, la remise des dettes est en vigueur.
💡 Explication

La Guemara rejette la première raison (trompettes n'est pas choofar) et en donne une autre. Puisque le Jubilé (yovel) est assimilé à Roch Hachana pour la sonnerie, on aurait pu lier l'obligation du choofar à celle du Jubilé. Or les kohanim échappent à certaines lois du Jubilé (ils vendent et rachètent leurs champs sans limite). On aurait donc pu les exempter du choofar de Roch Hachana : la baraita l'exclut.

14
מִי שֶׁחֶצְיוֹ עֶבֶד וְחֶצְיוֹ בֶּן חוֹרִין — אֵינוֹ מוֹצִיא לֹא אֶת מִינוֹ וְלֹא אֶת שֶׁאֵינוֹ מִינוֹ. אָמַר רַב הוּנָא: וּלְעַצְמוֹ מוֹצִיא.

Celui qui est à moitié esclave et à moitié libre n'acquitte ni son semblable, ni celui qui n'est pas son semblable. Rav Houna dit : mais pour lui-même, il [s']acquitte.

💡 Explication

Reprise du cas du demi-esclave demi-libre : il n'acquitte pas autrui. Mais Rav Houna ajoute qu'il peut s'acquitter lui-même — car il n'y a pas ici deux personnes distinctes, sa part libre et sa part esclave étant unies dans un seul corps.

15
אֲמַר לֵיהּ רַב נַחְמָן לְרַב הוּנָא: מַאי שְׁנָא לַאֲחֵרִים דְּלָא — דְּלָא אָתֵי צַד עַבְדוּת וּמַפֵּיק צַד חֵירוּת, לְעַצְמוֹ נָמֵי — לָא אָתֵי צַד עַבְדוּת דִּידֵיהּ וּמַפֵּיק צַד חֵירוּת דִּידֵיהּ.

Rav Na'hman dit à Rav Houna : quelle différence [y a-t-il, pour dire] qu'il n'acquitte pas autrui ? Parce que la part d'esclave ne vient pas acquitter la part de liberté [de l'autre].

Mais pour lui-même aussi : sa [propre] part d'esclave ne vient pas acquitter sa [propre] part de liberté !

💡 Explication

Objection de Rav Na'hman : le raisonnement qui empêche d'acquitter autrui (la part esclave ne peut acquitter une part libre) vaut aussi pour lui-même — sa propre part esclave ne saurait acquitter sa propre part libre. Le distinguo de Rav Houna ne tient pas.

16
אֶלָּא אָמַר רַב נַחְמָן: אַף לְעַצְמוֹ אֵינוֹ מוֹצִיא. תַּנְיָא נָמֵי הָכִי: מִי שֶׁחֶצְיוֹ עֶבֶד וְחֶצְיוֹ בֶּן חוֹרִין — אַף לְעַצְמוֹ אֵינוֹ מוֹצִיא.

Plutôt, dit Rav Na'hman : même pour lui-même, il n'[s']acquitte pas. Et il a été enseigné de même [dans une baraita] : celui qui est à moitié esclave et à moitié libre n'[s']acquitte pas même lui-même.

⚖️ Rosh (1)
דַּף כט מַתְנֵי' חש"ו אֵין מוֹצִיאִין אֶת הָרַבִּים יְדֵי חוֹבָתָן זֶה הַכְּלָל כָּל הַמְחֻויָּב בְּדָבָר מוֹצִיא אֶת הָרַבִּים יְדֵי חוֹבָתָן. וּכְשֶׁאֵינוֹ מְחֻוייָּב בַּדָּבָר אֵינוֹ מוֹצִיא אֶת הָרַבִּים יְדֵי חוֹבָתָן: ת"ר הַכֹּל חַייָּבִין בִּתְקִיעַת שׁוֹפָר כֹּהֲנִים לְוִיִּם וְיִשְׂרְאֵלִים גֵּרִים וַעֲבָדִים מְשֻׁוחְרָרִים טֻומְטוּם וְאַנְדְּרוֹגִינוֹס. מִי שֶׁחֶצְיוֹ עֶבֶד וְחֶצְיוֹ בֶּן חוֹרִין. אַנְדְּרוֹגִינוֹס מוֹצִיא אֶת מִינוֹ וְלֹא אֶת שֶׁאֵינוֹ מִינוֹ. טֻומְטוּם אֵינוֹ מוֹצִיא לֹא אֶת מִינוֹ וְלֹא אֶת שֶׁאֵינוֹ מִינוֹ. מִי שֶׁחֶצְיוֹ עֶבֶד וְחֶצְיוֹ בֶּן חוֹרִין אֵינוֹ מוֹצִיא לֹא אֶת מִינוֹ וְלֹא אֶת שֶׁאֵינוֹ מִינוֹ. אָמַר רַב נַחְמָן אַף לְעַצְמוֹ אֵינוֹ מוֹצִיא דְּלָא אָתֵי צַד עַבְדוּת שֶׁבּוֹ וּמַפִּיק צַד חֵירוּת שֶׁבּוֹ:
Page 29. MICHNA. Un sourd-muet, un dément et un mineur (''herech, choteh ve-katan) n'acquittent pas le public de son obligation (ein motsiin et ha-rabim yedei 'hovatan). Telle est la règle : quiconque est obligé d'une chose acquitte le public de son obligation ; et lorsqu'il n'est pas obligé de la chose, il n'acquitte pas le public de son obligation. Nos maîtres ont enseigné (Tanou Rabbanan) : tous sont obligés de la sonnerie du choofar — kohanim, leviim et israélites, convertis (guerim) et esclaves affranchis, tumtum et androgyne, celui qui est à moitié esclave et à moitié libre (mi che-'hetsyo 'eved ve-'hetsyo ben 'horin). L'androgyne acquitte son semblable (mino) mais non celui qui n'est pas son semblable. Le tumtum n'acquitte ni son semblable ni celui qui n'est pas son semblable. Celui qui est à moitié esclave et à moitié libre n'acquitte ni son semblable ni celui qui n'est pas son semblable. Rav Na'hman a dit : même pour lui-même il n'[s']acquitte pas, car la part d'esclavage (tsad 'avdout) qui est en lui ne vient pas acquitter la part de liberté (tsad 'herout) qui est en lui.
💡 Explication

Conclusion : selon Rav Na'hman, le demi-esclave ne s'acquitte pas même lui-même. Une baraita le confirme. Tant qu'il n'est pas pleinement affranchi, sa sonnerie ne le libère pas de son obligation.

17
תָּנֵי אַהֲבָה בְּרֵיהּ דְּרַבִּי זֵירָא: כָּל הַבְּרָכוֹת כֻּולָּן, אַף עַל פִּי שֶׁיָּצָא — מוֹצִיא. חוּץ מִבִּרְכַּת הַלֶּחֶם וּבִרְכַּת הַיַּיִן, שֶׁאִם לֹא יָצָא — מוֹצִיא, וְאִם יָצָא — אֵינוֹ מוֹצִיא.

Ahava, fils de Rabbi Zeira, a enseigné : toutes les bénédictions, même si [celui qui les récite] s'est déjà acquitté, il [en] acquitte [autrui] ; à l'exception de la bénédiction du pain et de la bénédiction du vin : si [celui-ci] ne s'est pas acquitté, il [en] acquitte [autrui] ; mais s'il s'est [déjà] acquitté, il n'[en] acquitte [plus].

📜 Rachi (2)
אע"פ שֶׁיָּצָא מוֹצִיא שֶׁהֲרֵי כָּל יִשְׂרָאֵל עֲרֵבִין זֶה בָּזֶה לְמִצְוֹת:
'Même s'il s'est acquitté, il acquitte' — car tout Israël est garant l'un de l'autre pour les commandements.
חוּץ מִבִּרְכַּת הַלֶּחֶם וְהַיַּיִן וּשְׁאָר בִּרְכַּת פֵּירוֹת וְרֵיחָנֵי שֶׁאֵינָן חוֹבָה אֶלָּא שֶׁאָסוּר לֵיהָנוֹת מִן הָעוֹלָם הַזֶּה בְּלֹא בְּרָכָה וּבָזוֹ אֵין כָּאן עַרְבוּת שֶׁאֵינוֹ חוֹבָה עַל הָאָדָם לָא לִיתְהֲנֵי וְלָא לִיבָרֵיךְ:
'À l'exception de la bénédiction du pain et du vin' — et des autres bénédictions sur les fruits et les [choses] odorantes, qui ne sont pas une obligation, mais [découlent] de ce qu'il est interdit de jouir de ce monde-ci sans bénédiction ; et en cela il n'y a pas de garantie [mutuelle], car ce n'est pas une obligation pour l'homme de ne pas jouir ni de bénir.
💡 Explication

Règle d'arevut (garantie mutuelle) : pour toutes les bénédictions [de commandement], on peut acquitter autrui même après s'être acquitté soi-même, car tous les Juifs sont garants les uns des autres. Exception : les bénédictions de jouissance (pain, vin) — une fois rassasié, on ne les doit plus, donc on ne peut plus acquitter autrui.

18
בָּעֵי רָבָא:

Rava a posé la question :

💡 Explication

Amorce d'un nouveau questionnement de Rava, dont le développement se poursuit au verso (29b) : la teneur du dilemme — sur les limites de l'acquittement d'autrui pour une bénédiction — sera exposée ensuite.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).