Rosh Hashanah 2b — Nissan, Roch Hachana des rois : compter les années de règne et dater les contrats

Rosh Hashanah 2b

Sougya : Ce daf approfondit le principe de la michna : le 1er Nissan est le Roch Hachana des rois, et un seul jour de règne en fin d'année compte comme une année entière. La Guemara analyse une baraita à trois cas (un roi meurt, un autre lui succède en Adar, en Nissan, ou à cheval sur les deux mois) et explique la nouveauté halakhique de chacun, notamment le cas du 'roi fils de roi' déjà désigné dès Adar.

Puis R. Yo'hanan cherche la source scripturaire : le verset qui juxtapose le règne de Chelomo (Salomon) à la Sortie d'Égypte (I Rois 6:1), ce qui suppose de prouver que la Sortie elle-même se compte depuis Nissan.

La preuve vient de la mort d'Aharon (Av, an 40) et du discours de Moche (Chevat, an 40) : deux dates du même 'an 40' de part et d'autre de Tichri, donc Roch Hachana n'est pas Tichri. La sougya verrouille chaque maillon par guezera chava et par le repère 'après avoir battu Si'hon'.

L'enjeu pratique est la datation des actes (chetarot) selon l'année de règne.

Compter les années de règne : le principe 'Nissan = Roch Hachana des rois' Un jour de règne avant Nissan compte comme une année entière ; on repart à Nissan. 1 Nissan 1 Nissan 1 Nissan Adar Adar Il monte le 29 Adar (1 jour avant Nissan) -> ce jour compte pour 1 an ; à Nissan on écrit déjà 'an 2' Il monte le 1 Nissan -> on ne compte pas de nouvelle année avant le Nissan SUIVANT Nafka mina : la datation des contrats (chetarot) selon l'année de règne
Le principe : un jour de règne avant Nissan compte pour une année ; qui monte le 1 Nissan attend le Nissan suivant.
Baraita : un roi meurt, un autre lui succède (3 cas) Mort en Adar, succession en Adar Mort en Nissan, succession en Nissan Mort en Adar, succession en Nissan On compte l'année à l'un ET à l'autre (la même année sert aux deux règnes) On compte l'année à l'un ET à l'autre (1 jour en début d'année compte aussi) 1re année au 1er, 2e année au 2nd (Nissan a changé : nouvelle année) hava amina : shata le-bei terei ? non hava amina : début d'année ? si, compte cas : roi fils de roi désigné dès Adar
Les trois cas de la baraita (segments 2-5) et la nouveauté halakhique de chacun.
R. Yo'hanan : d'où sait-on que l'an 40 de la Sortie se compte depuis Nissan ? Mort d'Aharon (Nb 33:38) an 40, 5e mois (Av) 'depuis la Sortie d'Égypte' Discours de Moche (Dt 1:3) an 40, 11e mois (Chevat) Av puis Chevat = MÊME an 40 Donc Roch Hachana n'est PAS Tichri (sinon Chevat serait 'an 41') Verrous de la démonstration Discours 'depuis la Sortie' ? -> guezera chava 'an 40 / an 40' Av avant Chevat ? -> 'après avoir battu Si'hon' (mort déjà après Aharon)
La démonstration de R. Yohanan : an 40 depuis la Sortie compte depuis Nissan (segments 6-12).
1
קָא מַשְׁמַע לַן דְּנִיסָן רֹאשׁ הַשָּׁנָה לִמְלָכִים, וְיוֹם אֶחָד בַּשָּׁנָה חָשׁוּב שָׁנָה. וְאִם לֹא עָמַד אֶלָּא בְּאֶחָד בְּנִיסָן, אֵין מוֹנִין לוֹ שָׁנָה עַד שֶׁיַּגִּיעַ נִיסָן אַחֵר. פְּשִׁיטָא!

[La michna] nous apprend que Nissan est le Roch Hachana (Nouvel An) des rois, et qu'un seul jour dans l'année est compté comme une année [entière] ; [ainsi, même] s'il n'a régné qu'un [seul] jour, on lui compte une année. [La Guemara passe à la suite de la baraita :] Et s'il ne s'est levé [= n'a accédé au trône] que le 1er Nissan, on ne lui compte pas d'année avant que le Nissan suivant n'arrive.

[Mais] c'est évident !

📜 Rachi (1)
מַאי קמ"ל לָא גָרְסִי' אֶלָּא קמ"ל נִיסָן ר"ה לַמְּלָכִים וְכוּ':
Que nous apprend-il ? — On ne lit pas [ainsi la baraita] ; mais [on lit] : il nous apprend que Nissan est le Roch Hachana des rois, etc.
💡 Explication

La michna enseigne deux choses : Nissan ouvre l'année de règne des rois, et un seul jour de règne compte pour une année entière (s'il précède Nissan). La suite de la baraita ajoute : celui qui monte pile le 1er Nissan attend le Nissan suivant pour qu'on lui compte une seconde année. La Guemara s'étonne : cela va de soi (péchita) — pourquoi l'énoncer ?

2
לָא צְרִיכָא, דְּאִימְּנוּ עָלֶיהָ מֵאֲדָר. מַהוּ דְתֵימָא, נִימְנוֹ לֵיהּ תַּרְתֵּין שְׁנִין, קָא מַשְׁמָע לַן.

Ce n'est pas nécessaire [de l'énoncer sauf dans le cas] où l'on avait déjà décidé de le [nommer roi] depuis Adar. [Dans ce cas,] tu aurais pu dire : comptons-lui deux années [dès le 1er Nissan] ; [la baraita] nous apprend [que non].

📜 Rachi (1)
דְּאִימְּנוּ עָלֶיהָ נִמְנוּ וְגָמְרוּ הַשָּׂרִים לִמְנוֹתוֹ:
Qu'on avait décidé de le [nommer] — les grands (les princes) délibérèrent et conclurent de le nommer [roi].
💡 Explication

La réponse : l'énoncé n'est utile que dans un cas précis — les grands avaient décidé de le nommer roi dès le mois d'Adar (avant son accession réelle le 1 Nissan). On aurait alors pu croire qu'à Nissan on lui compte déjà deux années (l'année d'Adar + l'année nouvelle). La baraita écarte cette erreur : on compte seulement depuis son règne effectif.

3
תָּנוּ רַבָּנַן: מֵת בַּאֲדָר וְעָמַד אַחֵר תַּחְתָּיו בַּאֲדָר — מוֹנִין שָׁנָה לְזֶה וְלָזֶה. מֵת בְּנִיסָן וְעָמַד אַחֵר תַּחְתָּיו בְּנִיסָן — מוֹנִין שָׁנָה לְזֶה וְלָזֶה. מֵת בַּאֲדָר וְעָמַד אַחֵר תַּחְתָּיו בְּנִיסָן — מוֹנִין רִאשׁוֹנָה לָרִאשׁוֹן, וּשְׁנִיָּה לַשֵּׁנִי.

Nos maîtres ont enseigné [dans une baraita] : [un roi] mort en Adar et un autre s'est levé à sa place en Adar — on compte une année à celui-ci et à celui-là. Mort en Nissan et un autre s'est levé à sa place en Nissan — on compte une année à celui-ci et à celui-là.

Mort en Adar et un autre s'est levé à sa place en Nissan — on compte la première [année] au premier et la seconde au second.

📜 Rachi (3)
לָזֶה וְלָזֶה הַבָּא לִכְתֹּוב שְׁטָר בַּאֲדָר לְאַחַר שֶׁעָמַד הַשֵּׁנִי אִם רָצָה לִכְתֹּוב בִּשְׁטָר בִּשְׁנַת פְּלוֹנִי לַמֶּלֶךְ שֶׁמֵּת כּוֹתֵב וְאִם רָצָה כּוֹתֵב בְּשָׁנָה רִאשׁוֹנָה לְמֶלֶךְ פְּלוֹנִי שֶׁעָמַד:
À celui-ci et à celui-là — celui qui vient rédiger un acte (chetar) en Adar, après que le second s'est levé : s'il veut écrire dans l'acte 'en l'an untel du roi qui est mort', il [peut] écrire ; et s'il veut, il écrit 'en la première année du roi untel qui s'est levé'.
מֵת בְּנִיסָן וְעָמַד אַחֵר תַּחְתָּיו בְּנִיסָן וְהוּא הַדִּין אִם עָמַד בְּאֶחָד מִכָּל הֶחֳדָשִׁים שֶׁעַד נִיסָן הַבָּא וְרוֹצֶה לִמְנוֹת בְּכָל הַשְּׁטָרוֹת שֶׁיִּכְתְּבוּ מִשֶּׁעָמַד הַשֵּׁנִי לְמִנְיַן שְׁנוֹת הָרִאשׁוֹן מוֹנֶה וְהָרוֹצֶה כּוֹתֵב בְּשָׁנָה רִאשׁוֹנָה לַמֶּלֶךְ שֶׁעָמַד:
Mort en Nissan et un autre s'est levé à sa place en Nissan — et il en va de même s'il s'est levé en l'un des mois quelconques jusqu'au Nissan suivant : celui qui veut compter, dans tous les actes rédigés depuis que le second s'est levé, selon le décompte des années du premier [roi], compte [ainsi] ; et celui qui veut écrit 'en la première année du roi qui s'est levé'.
וּשְׁנִיָּה לִשְׁנֵי הַבָּא לִכְתֹּוב מִשֶּׁעָמַד זֶה לֹא יְמַנֶּה שָׁנָה שְׁנִיָּה לַמֶּלֶךְ שֶׁמֵּת שֶׁאֵין שָׁנָה זוֹ שֶׁלּוֹ וְלֹא יְמַנֶּה אֶת הָרִאשׁוֹנָה לַשֵּׁנִי לִקְרוֹת שָׁנָה שֶׁעָמַד בָּהּ שְׁנִיָּה אֶלָּא שְׁנִיָּה זוֹ רִאשׁוֹנָה לַשֵּׁנִי:
Et la seconde au second — celui qui vient rédiger [un acte] depuis que celui-ci s'est levé ne comptera pas [comme] seconde année [du règne] au roi qui est mort, car cette année n'est pas la sienne ; et il ne comptera pas la première [année] au second en nommant 'seconde' l'année où il s'est levé ; mais cette seconde [année civile] est la première du second [roi].
💡 Explication

Baraita à trois cas. Quand un roi meurt et un successeur monte dans le même mois (Adar-Adar, ou Nissan-Nissan), la même année compte pour les deux règnes (la fin de l'un, le début de l'autre). Mais si le premier meurt en Adar et le second monte en Nissan, Nissan a changé d'année : la première année revient au premier roi, la seconde au second.

🖼️ Schéma
Baraita : un roi meurt, un autre lui succède (3 cas) Mort en Adar, succession en Adar Mort en Nissan, succession en Nissan Mort en Adar, succession en Nissan On compte l'année à l'un ET à l'autre (la même année sert aux deux règnes) On compte l'année à l'un ET à l'autre (1 jour en début d'année compte aussi) 1re année au 1er, 2e année au 2nd (Nissan a changé : nouvelle année) hava amina : shata le-bei terei ? non hava amina : début d'année ? si, compte cas : roi fils de roi désigné dès Adar
Les trois cas de la baraita.
4
אָמַר מָר: מֵת בַּאֲדָר וְעָמַד אַחֵר תַּחְתָּיו בַּאֲדָר — מוֹנִין שָׁנָה לְזֶה וְלָזֶה. פְּשִׁיטָא! מַהוּ דְתֵימָא: שַׁתָּא לְבֵי תְרֵי לָא מָנִינַן, קָא מַשְׁמָע לַן.

Le Maître a dit : mort en Adar et un autre s'est levé à sa place en Adar — on compte une année à celui-ci et à celui-là. [Mais] c'est évident !

Tu aurais pu dire : on ne compte pas une [seule] année pour deux [rois] ; [la baraita] nous apprend [que si].

📜 Rachi (1)
שַׁתָּא לְבֵי תְרֵי לָא מָנִינַן מִשֶּׁנִּכְנַס בָּהּ הַמֶּלֶךְ שֶׁמֵּת אַפֵּי' יוֹם אֶחָד לֹא יִכְתְּבוּ כָּל שָׁנָה זוֹ בִּשְׁטָר לְמִנְיַן מֶלֶךְ הָעוֹמֵד אֶלָּא לְמֶלֶךְ הַמֵּת:
On ne compte pas une [seule] année pour deux [rois] — dès lors que le roi qui est mort est entré dans cette [année], fut-ce un [seul] jour, on n'écrira pas toute cette année dans un acte selon le décompte du roi en place, mais [seulement] selon le roi mort.
💡 Explication

La Guemara analyse le premier cas. Objection : péchita (évident) ! Réponse : on aurait pu penser qu'une même année ne peut compter pour deux rois (shata le-bei terei lo maninan) — auquel cas toute l'année irait au seul roi défunt. La baraita enseigne que si : les règnes de deux rois peuvent se chevaucher dans une seule année civile.

5
מֵת בְּנִיסָן וְעָמַד אַחֵר תַּחְתָּיו בְּנִיסָן — מוֹנִין שָׁנָה לְזֶה וְלָזֶה. פְּשִׁיטָא! מַהוּ דְתֵימָא: כִּי אָמְרִינַן יוֹם אֶחָד בַּשָּׁנָה חָשׁוּב שָׁנָה — בְּסוֹף שָׁנָה. אֲבָל בִּתְחִלַּת שָׁנָה — לָא אָמְרִינַן, קָא מַשְׁמָע לַן.

Mort en Nissan et un autre s'est levé à sa place en Nissan — on compte une année à celui-ci et à celui-là. [Mais] c'est évident !

Tu aurais pu dire : quand nous disons 'un jour dans l'année est compté comme une année', [c'est] en fin d'année ; mais en début d'année, nous ne le disons pas ; [la baraita] nous apprend [que si].

📜 Rachi (2)
בְּסוֹף שָׁנָה כְּגוֹן מֶלֶךְ הָעוֹמֵד בַּאֲדָר כָּלְתָה לוֹ שָׁנָה כְּשֶׁיָּצָא אֲדָר וְחָשׁוּב לוֹ יוֹם שֶׁבְּסוֹף שָׁנָה זוֹ כְּשָׁנָה שְׁלֵימָה לִהְיוֹת שָׁנָה הַבָּאָה נִקְרֵאת שָׁנָה שְׁנִיָּה:
En fin d'année — par exemple le roi en place [depuis] Adar : son année s'achève à la sortie d'Adar, et ce jour de fin d'année lui est compté comme une année entière, en sorte que l'année suivante est appelée sa seconde année.
אֲבָל יוֹם אֶחָד בִּתְחִילַּת שָׁנָה לֹא יַחְשֹׁוב לוֹ יוֹם אֶחָד שָׁנָה וְלֹא יִכְתְּבוּ שְׁטָר בְּשָׁנָה זוֹ לִשְׁמוֹ מִשֶּׁמֵּת:
Mais un [seul] jour en début d'année — on ne lui comptera pas ce jour comme une année, et l'on ne rédigera pas d'acte en cette année à son nom [au nom du roi mort] depuis qu'il est mort.
🗂️ Tossefot (1)
אֲבָל בִּתְחִלַּת שָׁנָה לָא. וא"ת וְלָאו קַל וָחֹומֶר הוּא כִּדְאָמְרִינַן לְקַמָּן (רֹאשׁ הַשָּׁנָה ד' י.) בְּפִרְקִין וּמַה נִדָּה שֶׁאֵין תְּחִלַּת הַיּוֹם עוֹלָה לָהּ בְּסוֹפָהּ סוֹף יוֹם עוֹלֶה לָהּ בִּתְחִלָּתָהּ שָׁנָה שֶׁיּוֹם אֶחָד עוֹלֶה בְּסוֹפָהּ אֵינוֹ דִּין שֶׁיּוֹם א' עוֹלֶה לָהּ בִּתְחִלָּתָהּ לָאו פִּירְכָא הִיא אַדְּרַבָּה (כּ"ש הָכָא דְּהָכִי נִיחָא טְפֵי) דְּדִין הוּא בְּעוֹמֵד (וּמוֹנֶה לוֹ) אַחֵר תַּחְתָּיו בַּאֲדָר דְּמוֹנִין לוֹ שָׁנָה בִּשְׁבִיל יוֹם אֶחָד דְּהַיְינוּ בִּתְחִלַּת שְׁנוֹתָיו כְּעֵין נִדָּה שֶׁסּוֹף הַיּוֹם עוֹלֶה לָהּ בִּתְחִלָּתָהּ אֲבָל מֵת בְּנִיסָן לֹא יִמְנֶה לוֹ שָׁנָה בִּשְׁבִיל יוֹם אֶחָד כֵּיוָן דְּהַיְינוּ סוֹף שְׁנוֹתָיו כְּמוֹ נִדָּה שֶׁאֵין תְּחִלַּת הַיּוֹם עוֹלָה לָהּ בְּסוֹפָהּ:
Mais en début d'année, non. On pourrait objecter : n'est-ce pas un raisonnement a fortiori (kal va-homer), comme nous disons plus loin (Roch Hachana 10a) dans notre chapitre : de même que la nidda, pour qui le début du jour ne se compte pas à sa fin [de période], la fin du jour se compte pourtant à son début — [alors] une année où un [seul] jour se compte à sa fin, n'est-il pas juste qu'un [seul] jour se compte à son début ? [Réponse :] ce n'est pas une réfutation ; au contraire (à plus forte raison ici, car cela convient mieux) : il est logique que, [pour le roi] qui monte après l'autre en Adar, on lui compte une année pour un [seul] jour — c'est-à-dire au DÉBUT de ses années [de règne], à l'instar de la nidda dont la fin du jour se compte à son début ; mais [pour le roi] mort en Nissan, on ne lui comptera pas une année pour un [seul] jour, puisque c'est la FIN de ses années [de règne], comme la nidda dont le début du jour ne se compte pas à sa fin.
💡 Explication

Deuxième cas. Objection : péchita ! Réponse : on aurait pu restreindre le principe 'un jour compte pour une année' à la fin de l'année (le roi qui règne un jour en Adar) — car son règne se prolongera l'an suivant. Mais en début d'année (le roi mort qui règne un jour en Nissan) on aurait pu croire que non. La baraita enseigne qu'il n'y a pas de distinction.

6
מֵת בַּאֲדָר וְעָמַד אַחֵר תַּחְתָּיו בְּנִיסָן — מוֹנִין רִאשׁוֹנָה לָרִאשׁוֹן וּשְׁנִיָּה לַשֵּׁנִי. פְּשִׁיטָא! לָא צְרִיכָא, דְּאִימְּנוּ עָלֶיהָ מֵאֲדָר, וּמֶלֶךְ בֶּן מֶלֶךְ הוּא, מַהוּ דְתֵימָא: נִימְנוֹ לֵיהּ תַּרְתֵּין שְׁנִין, קָא מַשְׁמָע לַן.

Mort en Adar et un autre s'est levé à sa place en Nissan — on compte la première [année] au premier et la seconde au second. [Mais] c'est évident !

Ce n'est pas nécessaire [sauf dans le cas] où l'on avait déjà décidé de le [nommer] depuis Adar, et [où] c'est un roi fils de roi. Tu aurais pu dire : comptons-lui deux années ; [la baraita] nous apprend [que non].

📜 Rachi (1)
וּמֶלֶךְ בֶּן מֶלֶךְ הוּא דְּאִי מִשּׁוּם דְּאִימְּנוּ עָלֶיהָ לָא אִיצְטְרִיךְ לְאַשְׁמְעִינַן דְּשָׁמְעִינַן לָהּ מֵרֵישָׁא אֲבָל הַשְׁתָּא דְּאִיכָּא תַּרְתֵּי אֵימָא נִימְנוּ לֵיהּ מִקַּמָּייְתָא קמ"ל וְטַעְמוֹ שֶׁל דָּבָר לְפִי שֶׁהַמַּלְכוּת יְרֻושָּׁה הִיא דִּכְתִיב (דְּבָרִים יז) לְמַעַן יַאֲרִיךְ יָמִים עַל מַמְלַכְתּוֹ הוּא וּבָנָיו:
Et c'est un roi fils de roi — car si c'était seulement parce qu'on avait décidé de le [nommer], il n'aurait pas été nécessaire de l'enseigner, puisque nous l'apprenons déjà du début [de la baraita] ; mais maintenant qu'il y a deux [facteurs], dis : comptons-lui [deux années] depuis la première [= dès Adar] ; [la baraita] nous apprend [que non]. Et la raison en est que la royauté est un héritage, comme il est écrit (Deut. 17) 'afin qu'il prolonge ses jours sur son royaume, lui et ses fils'.
🗂️ Tossefot (1)
דְּאִימְּנוֹ עֲלֵיהּ מֵאֲדָר וּמֶלֶךְ בֶּן מֶלֶךְ. אע"ג דִּלְעֵיל סַגִּי לָהּ בְּטַעְמָא דְּאִימְּנוּ עָלֶיהָ מֵאֲדָר הָכָא לָא סַגִּי לֵיהּ בְּהָכִי דְּמֵהַהוּא דִּלְעֵיל שָׁמְעִינַן לֵיהּ וְהַךְ רֵישָׁא וְהַךְ גַּבֵּי הֲדָדֵי מִתַּנְיָין וַאֲפִילּוּ לָא מִתַּנְייָן גַּבֵּי הֲדָדֵי כִּדְאַשְׁכְּחַן בְּפֶרֶק גֵּט פָּשׁוּט (ב"ב ד' קסו. וְשָׁם) גַּבֵּי הָא דְּתַנְיָא כֶּסֶף בְּדִינָרִין אֵין פָּחוֹת מב' דִּינָרִין זָהָב כֶּסֶף וַהֲדַר תָּנֵי בְּאִידָךְ זָהָב בְּדִינָרִין אֵין פָּחוֹת מִבִּשְׁנֵי דִינָרִין כֶּסֶף זָהָב וּפָרִיךְ אַבָּתְרֵיהּ דִּילְמָא (לְמֵימַר) דַּהֲבָא פְּרִיכִי בִּתְרֵי דִּינָרֵי קָאָמַר לֵיהּ וּמְשַׁנֵּי אַבָּיֵי יַד בַּעַל הַשְּׁטָר עַל הַתַּחְתּוֹנָה וּפָרִיךְ אִי הָכִי רֵישָׁא נָמֵי כְּלוֹמַר בְּהַהִיא דְּכֶסֶף בְּדִינָרִין נַמֵּי הֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר שֶׁיְּהֵא יַד בַּעַל הַשְּׁטָר עַל הַתַּחְתּוֹנָה וּבַשֵּׁנִי דִּינְרֵי כֶּסֶף כַּסְפָּא פְּרִיכָא קָאָמַר לֵיהּ וְאע"ג שֶׁהֵם ב' בָּרָיְיתוֹת קָרֵי לֵיהּ רֵישָׁא דְּקִים לֵיהּ דְּגַבֵּי הֲדָדִי מִיתְּנוּ (וְרַב) שְׁמוּאֵל דָּחַק לְפָרֵשׁ שָׁם בְּעִנְיָן אַחֵר:
Ou l'on avait déjà décidé de le [nommer] depuis Adar, et [où] c'est un roi fils de roi. Bien que plus haut il suffise de la raison 'on avait décidé de le [nommer] depuis Adar', ici cela ne suffit pas, car cela [le premier cas] nous l'apprenons déjà de plus haut ; et ce début-ci et celui-là sont enseignés ensemble. Et même s'ils n'étaient pas enseignés ensemble [on l'appellerait 'début'], comme nous [le] trouvons au chapitre Guet pachout (Baba Batra 166a et là-bas) à propos de ce qui est enseigné : 'de l'argent en dinars — pas moins de deux dinars d'argent', puis on enseigne dans l'autre [clause] 'de l'or en dinars — pas moins de deux dinars d'or', et l'on objecte après cela : peut-être veut-il dire des morceaux d'or valant deux dinars ; et Abaye répond : la main du détenteur de l'acte est en dessous [= interprétation en sa défaveur] ; et l'on objecte : s'il en est ainsi, le début aussi — c'est-à-dire, dans 'l'argent en dinars' aussi il aurait fallu dire que la main du détenteur de l'acte est en dessous et [qu'il s'agit] de deux dinars d'argent, [voulant dire] des morceaux d'argent — et l'on appelle cela 'début', car il tient pour établi qu'ils sont enseignés ensemble ; et [Rav] Chmouel s'est efforcé d'expliquer là-bas d'une autre manière.
💡 Explication

Troisième cas. Objection : péchita ! Réponse : le cas n'a d'intérêt que si on l'a désigné dès Adar ET qu'il est un roi fils de roi (la succession lui est automatique). Cumul de deux facteurs : on aurait pu croire qu'à Nissan on lui compte déjà deux années. La baraita enseigne qu'on ne compte qu'à partir de Nissan, quand il succède réellement à son père.

7
אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: מִנַּיִן לַמְּלָכִים שֶׁאֵין מוֹנִין לָהֶם אֶלָּא מִנִּיסָן — שֶׁנֶּאֱמַר: ״וַיְהִי בִשְׁמוֹנִים שָׁנָה וְאַרְבַּע מֵאוֹת שָׁנָה לְצֵאת בְּנֵי יִשְׂרָאֵל מֵאֶרֶץ מִצְרַיִם בַּשָּׁנָה הָרְבִיעִית בְּחֹדֶשׁ זִיו הוּא הַחֹדֶשׁ הַשֵּׁנִי לִמְלֹךְ שְׁלֹמֹה עַל יִשְׂרָאֵל״. מַקִּישׁ מַלְכוּת שְׁלֹמֹה לִיצִיאַת מִצְרַיִם: מַה יְצִיאַת מִצְרַיִם מִנִּיסָן — אַף מַלְכוּת שְׁלֹמֹה מִנִּיסָן.

Rabbi Yo'hanan a dit : d'où [sait-on] que, pour les rois, on ne leur compte [les années] que depuis Nissan ? Car il est dit : 'Et ce fut en la quatre-cent-quatre-vingtième année après la sortie des enfants d'Israël du pays d'Égypte, en la quatrième année — au mois de Ziv, qui est le deuxième mois — du règne de Chelomo sur Israël [qu'il bâtit la Maison de l'Éternel]' (I Rois 6:1).

Il rapproche (makich) le règne de Chelomo de la sortie d'Égypte : de même que la sortie d'Égypte [se compte] depuis Nissan, de même le règne de Chelomo [se compte] depuis Nissan.

📜 Rachi (4)
בְּחֹדֶשׁ זִיו הוּא אִייָּר כְּדִמְפָרֵשׁ קְרָא הוּא הַחֹדֶשׁ הַשֵּׁנִי וְאָמְרִינַן לְקַמָּן (רֹאשׁ הַשָּׁנָה ד' ז.) נִיסָן ר"ה לְסֵדֶר מִנְיַן הַחֲדָשִׁים:
Au mois de Ziv — c'est Iyar, comme le verset l'explique : 'qui est le deuxième mois' ; et nous disons plus loin (Roch Hachana 7a) que Nissan est le Roch Hachana pour l'ordre du décompte des mois.
לִמְלֹךְ שְׁלֹמֹה עַל יִשְׂרָאֵל אַשָּׁנָה רְבִיעִית קָאֵי וּמִקְרָא מְסֹורָס הוּא בְּשָׁנָה רְבִיעִית לִמְלֹךְ שְׁלֹמֹה עַל יִשְׂרָאֵל בְּחֹדֶשׁ זִיו הוּא הַחֹדֶשׁ הַשֵּׁנִי ה"נ כְּתִיב קְרָא אַחֲרִינָא לְקַמָּן וַיָּחֶל לִבְנוֹת בַּחֹדֶשׁ הַשֵּׁנִי [בַּשֵּׁנִי] בִּשְׁנַת אַרְבַּע לְמַלְכוּתוֹ (דִּבְרֵי הַיָּמִים ב ג׳:ב׳):
Du règne de Chelomo sur Israël — [cela] se rapporte à la quatrième année, et le verset est en ordre inverse (mesoras) : 'en la quatrième année du règne de Chelomo sur Israël, au mois de Ziv, qui est le deuxième mois' ; et de même un autre verset écrit plus loin : 'et il commença à bâtir au deuxième mois, le deuxième, en l'an quatre de son règne' (II Chroniques 3:2).
מַקִּישׁ מַלְכוּת שְׁלֹמֹה לְעִנְיַן מִנְיַן הַשָּׁנִים לִיצִיאַת מִצְרַיִם שֶׁהֲרֵי הַמִּקְרָא הַזֶּה מָנָה שָׁנָה זוֹ שְׁנַת ד' מֵאוֹת וּשְׁמוֹנִים לִיצִיאַת מִצְרַיִם וּבִשְׁנַת אַרְבַּע לִמְלֹוךְ שְׁלֹמֹה:
Il rapproche le règne de Chelomo — quant au décompte des années, [il le rapproche] de la sortie d'Égypte : car ce verset a compté cette année comme l'an 480 de la sortie d'Égypte et [en même temps] l'an 4 du règne de Chelomo.
מַה יְצִיאַת מִצְרַיִם מִנְיַן הַשָּׁנִים שֶׁמּוֹנִין לָהּ מַתְחִילִין מִנִּיסָן אַף מַלְכוּת שְׁלֹמֹה מִנִּיסָן:
De même que la sortie d'Égypte — le décompte des années qu'on lui compte commence depuis Nissan, de même le règne de Chelomo [commence] depuis Nissan.
🗂️ Tossefot (3)
בְּחֹדֶשׁ זִיו הוּא הַחֹדֶשׁ הַשֵּׁנִי. מַשְׁמַע הָכָא דְּהַיְינוּ אִייָּר כֵּיוָן דְּמִנִּיסָן מָנֵינַן לַמְּלָכִים וּלְקַמָּן (רֹאשׁ הַשָּׁנָה דַּף יא.) מַשְׁמַע דְּנִיסָן הוּא חֹדֶשׁ זִיו שֶׁנּוֹלְדוּ בּוֹ אֲבוֹת הָעוֹלָם שֶׁהֵם זֵיוְתָנֵי עוֹלָם מִיהוּ בַּקּוּנְטְרֵס פִּי' לְקַמָּן דְּהָכִי קָאָמַר כְּשֶׁנִּתְחַדֵּשׁ אִיָּיר כְּבָר נוֹלְדוּ זֵיוְתָנֵי עוֹלָם בְּנִיסָן א"נ זִימְנִין דְּנִיסָן דִּתְקוּפָה נִמְשָׁךְ בְּתוֹךְ אִיָּיר שֶׁל לְבָנָה:
Au mois de Ziv, qui est le deuxième mois. Il ressort d'ici que c'est Iyar, puisque nous comptons les rois depuis Nissan ; et plus loin (Roch Hachana 11a) il ressort que Nissan est le mois de Ziv, où naquirent les pères du monde qui sont les 'splendeurs (ziv) du monde'. Toutefois, dans le commentaire [de Rachi] plus loin, il explique qu'il faut comprendre ainsi : quand Iyar s'est renouvelé, déjà étaient nés en Nissan les splendeurs du monde. Ou bien : parfois le Nissan de la tekoufa (solaire) se prolonge dans l'Iyar (lunaire).
מַקִּישׁ מַלְכוּת שְׁלֹמֹה לִיצִיאַת מִצְרַיִם. מִפְּשָׁטֵיהּ דִּקְרָא לָא מָצֵי לְמֵילַף מִשּׁוּם דְּנוֹלְדוּ בּוֹ זֵיוְתָנֵי עוֹלָם דְּדִילְמָא מֵאֲדָר מָנֵינַן וּלְנִיסָן קָרֵי לֵיהּ חֹדֶשׁ זִיו וְאַפֵּי' אִי הֲוָה (הָכִי) קָרֵי לֵיהּ לְאִיָּיר חֹדֶשׁ זִיו מִשּׁוּם דְּאִית בֵּיהּ זִיוָא לְאִילָנֵי אֵין לְהוֹכִיחַ דְּאַלְמָא מִנִּיסָן מָנֵינַן מִשְּׁלֹמֹה דְּקָרֵי לֵיהּ חֹדֶשׁ שֵׁנִי מִשּׁוּם דְּהָכִי הֲוָה מַעֲשֶׂה שֶׁמָּלַךְ בְּנִיסָן:
Il rapproche le règne de Chelomo de la sortie d'Égypte. Du sens littéral du verset, on ne pourrait pas [le] déduire du fait que naquirent en lui les splendeurs du monde, car peut-être comptons-nous depuis Adar et appelle-t-on Nissan 'mois de Ziv' ; et même si l'on appelait Iyar 'mois de Ziv' parce qu'il y a en lui de la splendeur pour les arbres, on ne pourrait pas prouver que nous comptons depuis Nissan pour Chelomo, du fait que [le verset] l'appelle 'deuxième mois' — car il en fut ainsi de l'événement : il régna en Nissan.
מַה יְצִיאַת מִצְרַיִם מִנִּיסָן. וּמַאי דְּיָלֵיף יְצִיאַת מִצְרַיִם מִוַּיַּעַל אַהֲרֹן לָא מָצֵי לְמֵילַף דִּבְאֶחָד בְּנִיסָן ר"ה דְּדִילְמָא מט"ו בְּנִיסָן מָנֵינַן אֲבָל לְמַאי דְּיָלֵיף מִוַּיַּהִי בַּחֹדֶשׁ הָרִאשׁוֹן וְגוֹ' נִיחָא:
De même que la sortie d'Égypte [se compte] depuis Nissan. Et ce qu'on déduit [que] la sortie d'Égypte [se compte depuis Nissan], on ne peut le déduire de 'et Aharon monta' [pour prouver] que le 1er Nissan est Roch Hachana, car peut-être comptons-nous depuis le 15 Nissan ; mais selon ce qu'on déduit de 'et ce fut au premier mois, etc.', cela convient.
💡 Explication

R. Yo'hanan cherche la source scripturaire. Le verset (I Rois 6:1) date la construction du Temple par une double référence : l'an 480 depuis la Sortie, ET l'an 4 de Chelomo. Cette juxtaposition constitue un hekech (rapprochement) : le règne de Chelomo se compte comme la Sortie — depuis Nissan. Reste à prouver que la Sortie elle-même se compte depuis Nissan.

🖼️ Schéma
R. Yo'hanan : d'où sait-on que l'an 40 de la Sortie se compte depuis Nissan ? Mort d'Aharon (Nb 33:38) an 40, 5e mois (Av) 'depuis la Sortie d'Égypte' Discours de Moche (Dt 1:3) an 40, 11e mois (Chevat) Av puis Chevat = MÊME an 40 Donc Roch Hachana n'est PAS Tichri (sinon Chevat serait 'an 41') Verrous de la démonstration Discours 'depuis la Sortie' ? -> guezera chava 'an 40 / an 40' Av avant Chevat ? -> 'après avoir battu Si'hon' (mort déjà après Aharon)
Le hekech entre le règne de Chelomo et la Sortie d'Égypte.
8
וִיצִיאַת מִצְרַיִם גּוּפַהּ מְנָלַן דְּמִנִּיסָן מָנִינַן? דִּילְמָא מִתִּשְׁרֵי מָנֵינַן!

Et la sortie d'Égypte elle-même, d'où [savons-nous] que nous comptons depuis Nissan ? Peut-être comptons-nous depuis Tichri !

📜 Rachi (1)
אֵימָא מִתִּשְׁרֵי אע"פ שֶׁיָּצְאוּ בְּנִיסָן מִשֶּׁהִגִּיעַ תִּשְׁרֵי קָרְאוּ לוֹ שָׁנָה שְׁנִיָּה לְפִי שֶׁתִּשְׁרֵי ר"ה לַשָּׁנִים הַנִּמְנִים לִבְרִיאַת עוֹלָם וְהוּא הַדִּין לִיצִיאַת מִצְרַיִם:
Dis : depuis Tichri — bien qu'ils soient sortis en Nissan, une fois Tichri arrivé on l'aurait appelé 'seconde année', puisque Tichri est le Roch Hachana pour les années comptées depuis la création du monde ; et il en irait de même pour la sortie d'Égypte.
💡 Explication

Objection : le hekech ne vaut que si la Sortie d'Égypte se compte bien depuis Nissan. Mais peut-être la compte-t-on depuis Tichri (qui est le Roch Hachana de la Création) ? Il faut donc établir ce maillon.

9
לָא סָלְקָא דַעְתָּךְ, דִּכְתִיב: ״וַיַּעַל אַהֲרֹן הַכֹּהֵן אֶל הֹר הָהָר עַל פִּי ה׳ וַיָּמָת שָׁם בִּשְׁנַת הָאַרְבָּעִים לְצֵאת בְּנֵי יִשְׂרָאֵל מֵאֶרֶץ מִצְרַיִם בַּחֹדֶשׁ הַחֲמִישִׁי בְּאֶחָד לַחֹדֶשׁ״, וּכְתִיב: ״וַיְהִי בְּאַרְבָּעִים שָׁנָה בְּעַשְׁתֵּי עָשָׂר חֹדֶשׁ בְּאֶחָד לַחֹדֶשׁ דִּבֶּר מֹשֶׁה וְגוֹ׳״. מִדְּקָאֵי בְּאָב וְקָרֵי לַהּ ״שְׁנַת אַרְבָּעִים״, וְקָאֵי בִּשְׁבָט וְקָרֵי לַהּ ״שְׁנַת אַרְבָּעִים״ — מִכְּלָל דְּרֹאשׁ הַשָּׁנָה לָאו תִּשְׁרֵי הוּא.

Cela ne peut te venir à l'esprit, car il est écrit : 'Et Aharon le prêtre monta au mont Hor sur l'ordre de l'Éternel et y mourut, en l'an quarante de la sortie des enfants d'Israël du pays d'Égypte, au cinquième mois, le premier du mois' (Nombres 33:38) ; et il est écrit : 'Et ce fut en l'an quarante, au onzième mois, le premier du mois, [que] Moche parla [aux enfants d'Israël], etc.' (Deut. 1:3).

Du fait qu'[il] se tient en Av et qu'[il] l'appelle 'an quarante', et [qu'il] se tient en Chevat et [l']appelle [aussi] 'an quarante' — [il ressort] par déduction que le Roch Hachana n'est pas Tichri.

📜 Rachi (1)
וַיְהִי בְּאַרְבָּעִים שָׁנָה הוֹאִיל מֹשֶׁה בֵּאֵר אֶת הַתּוֹרָה מִכְּלָל דְּתִשְׁרֵי לָאו ר"ה דְּאִי תִּשְׁרֵי ר"ה הוּא הֲוָה לֵיהּ בִּשְׁבָט שְׁנַת מ"א:
'Et ce fut en l'an quarante [que] Moche entreprit d'expliquer la Torah' — par déduction, Tichri n'est pas Roch Hachana ; car si Tichri était Roch Hachana, on serait, en Chevat, en l'an quarante-et-un.
🗂️ Tossefot (1)
בַּחֹדֶשׁ הַחֲמִישִׁי. עַל כָּרְחָךְ שֶׁהוּא אָב דְּמִדְּקָרֵי בִּקְרָא בְּחֹדֶשׁ נִיסָן רִאשׁוֹן הוּא לָכֶם מִכְּלָל דְּכָל חֳדָשִׁים הָאֲחֵרִים הַנִּרְמָזִים אָמְרִינַן חֲמִישִׁי שִׁשִּׁי שְׁבִיעִי בְּמִנְיָינוֹ לְמִנְיָן הָרִאשׁוֹן מָנֵינַן:
Au cinquième mois. Force est que c'est Av : car puisque le verset appelle le mois de Nissan 'il est pour vous le premier [mois]', il en ressort par déduction que tous les autres mois évoqués — nous disons 'cinquième, sixième, septième' dans leur décompte — se comptent depuis le premier [= Nissan].
💡 Explication

Preuve décisive. Deux dates : la mort d'Aharon (Nombres 33:38) est datée an 40, 5e mois = Av ; le discours de Moche (Deut. 1:3) est daté an 40, 11e mois = Chevat. Or Av et le Chevat qui suit sont dans le même 'an 40'. Si Roch Hachana était Tichri (entre Av et Chevat), l'année aurait changé et Chevat serait 'an 41'. Donc Roch Hachana n'est pas Tichri.

10
בִּשְׁלָמָא הֵיאַךְ — מְפָרֵשׁ דְּלִיצִיאַת מִצְרַיִם, אֶלָּא הַאי, מִמַּאי דְּלִיצִיאַת מִצְרַיִם, דִּילְמָא לַהֲקָמַת הַמִּשְׁכָּן?

Certes, celle-ci [la date de la mort d'Aharon] est explicitement [rapportée] à la sortie d'Égypte ; mais celle-là [le discours de Moche], d'où [sait-on] qu'[elle se compte] depuis la sortie d'Égypte ? Peut-être [se compte-t-elle] depuis l'érection du Michkan (Tabernacle) !

📜 Rachi (1)
דִּילְמָא לַהֲקָמַת הַמִּשְׁכָּן שֶׁהָיָה בַּשָּׁנָה הַשֵּׁנִית:
Peut-être depuis l'érection du Michkan — qui eut lieu la seconde année.
🗂️ Tossefot (1)
בִּשְׁלָמָא הַאֵיךְ קְרָא מְפָרֵשׁ דְּלִיצִיאַת מִצְרַיִם. פִּי' קְרָא דְּוַיָּעִל וְכוּ' אֲבָל קְרָא דַּוְיָהִי לֹא מְפָרֵשׁ לִיצִיאַת מִצְרַיִם:
Certes ce verset-là est explicitement [rapporté] à la sortie d'Égypte. [C'est-à-dire :] le verset 'et Aharon monta', etc. ; mais le verset 'et ce fut [en l'an quarante]' n'explicite pas [qu'il se compte] depuis la sortie d'Égypte.
💡 Explication

Contre-objection : le verset sur Aharon précise 'depuis la Sortie d'Égypte'. Mais le verset sur le discours de Moche dit seulement 'an 40' sans préciser la référence. Peut-être cet 'an 40' se compte-t-il depuis l'érection du Michkan (qui eut lieu la 2e année) — auquel cas la preuve tombe.

11
כִּדְאָמַר רַב פָּפָּא: ״שְׁנַת עֶשְׂרִים״ ״שְׁנַת עֶשְׂרִים״ — לִגְזֵרָה שָׁוָה, הָכָא נָמֵי: ״שְׁנַת אַרְבָּעִים״ ״שְׁנַת אַרְבָּעִים״ — לִגְזֵרָה שָׁוָה: מַה כָּאן לִיצִיאַת מִצְרַיִם — אַף כָּאן לִיצִיאַת מִצְרַיִם.

[C'est] comme l'a dit Rav Papa : ['l']an vingt' ['et l']an vingt' — pour une guezera chava ; ici aussi : ['l']an quarante' ['et l']an quarante' — pour une guezera chava : de même qu'ici [c'est] depuis la sortie d'Égypte, de même là [c'est] depuis la sortie d'Égypte.

📜 Rachi (2)
כִּדְאָמַר רַב פָּפָּא לְקַמֵּיהּ:
Comme l'a dit Rav Papa — plus loin.
שְׁנַת עֶשְׂרִים שְׁנַת עֶשְׂרִים לִגְזֵרָה שָׁוָה רַב פָּפָּא כּוּלְּהוּ שְׁנַת שֶׁבַּפָּסוּק דִּצְרִיכִי לִלְמֹוד זֶה מִזֶּה כּוּלְּהוּ גָּמַר לְהוּ רַב פָּפָּא מֵרַבּוֹ לִלְמֹוד סָתוּם מִן הַמְפֹורָשׁ עַל יְדֵי דִּין גְּזֵירָה שָׁוָה:
['L']an vingt' ['et l']an vingt' pour une guezera chava — Rav Papa, tous les 'an [X]' des versets qui doivent s'apprendre l'un de l'autre, il les a tous appris de son maître : apprendre l'[énoncé] obscur du [passage] explicite au moyen du procédé de la guezera chava.
💡 Explication

Réponse par guezera chava (analogie de termes). De même que Rav Papa relie ailleurs deux 'an 20' par analogie verbale, ici les deux 'an 40' (Aharon et Moche) sont reliés : puisque l'un est explicitement 'depuis la Sortie', l'autre l'est aussi. Le terme identique 'an 40' transfère la référence du verset explicite au verset muet.

12
וּמִמַּאי דְּמַעֲשֶׂה דְּאָב קָדֵים, דִּילְמָא מַעֲשֶׂה דִּשְׁבָט קָדֵים!

Et d'où [sait-on] que l'événement d'Av est antérieur ? Peut-être l'événement de Chevat est-il antérieur !

📜 Rachi (1)
דִּילְמָא מַעֲשֶׂה דִּשְׁבָט קָדֵים וּבְתִשְׁרֵי שֶׁלְּפָנָיו נִכְנְסָה שְׁנַת אַרְבָּעִים:
Peut-être l'événement de Chevat est-il antérieur — et l'an quarante serait entré au Tichri qui le précède.
💡 Explication

Nouvelle objection. Même si les deux dates sont dans le même 'an 40 depuis la Sortie', dans quel ordre se suivent-elles ? Peut-être le discours de Chevat précède-t-il la mort d'Av — auquel cas Roch Hachana pourrait être Tichri (l'an 40 aurait commencé au Tichri précédent). Il faut fixer l'ordre chronologique.

13
לָא סָלְקָא דַעְתָּךְ, דִּכְתִיב: ״אַחֲרֵי הַכֹּתוֹ אֵת סִיחֹון״, וְכִי נָח נַפְשֵׁיהּ דְּאַהֲרֹן אַכַּתִּי הֲוָה סִיחוֹן קַיָּים, דִּכְתִיב:

Cela ne peut te venir à l'esprit, car il est écrit [à propos du discours de Moche] : 'après avoir battu Si'hon' (Deut. 1:4) ; or lorsque Aharon rendit l'âme, Si'hon était encore vivant, comme il est écrit [la suite sur 3a] :

📜 Rachi (1)
אַחֲרֵי הַכֹּותוֹ אֵת סִיחֹון נֶאֱמַר בְּמִשְׁנֵה תוֹרָה:
'Après avoir battu Si'hon' — [cela] est dit dans le Michne Torah (Deutéronome).
💡 Explication

Réponse finale. Le discours de Moche (Chevat) est daté 'après avoir battu Si'hon' (Deut. 1:4). Or la guerre contre Si'hon eut lieu après la mort d'Aharon (Av) — Si'hon était encore vivant à ce moment-là. Donc l'événement d'Av (Aharon) précède bien celui de Chevat (Moche), et la démonstration tient. La preuve scripturaire se poursuit sur 3a.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).